‹ Documents historiques, critiques, apologétiques, concernant la Compagnie de JésusChapitre 48 sur 69 · CINQUIÈME ASSERTION · texte numérisé non relu

CINQUIÈME ASSERTION

L'Edit d'Henri IV a été inconnu au chancelier de France qui auroit

dû le dresser, le sceller, l'expédier.

L'Edit d'Henri lY a été inôonnu à Philippe Hurault de Chiverny, chancelier de France, lorsque cet Edit a d& être porté; on n'a qu'à rappeler ici ce que nous ayons TU dans l'article précédent. Suivant le témoignage du chancelier de Chiverny, « les Jésuites furent bannis du « royaume par arrêt du 29 décembre 1594 ; le Jésuite Gui- « gnard fut pendu par arrêt da 7 janvier 1595 ; deux aû- « très Jésuites furent bannis par un autre arrêt du 10 joTir ^ vùr 1595. En cette sorte, ajoute le chancelier, les « Jésuites furent chassés de Paris, non sans étônnement « de beaucoup et regret de plusieurs. Ceux du parlement « de Rouen firent quasi comme ceux de Paris (i). » De ces derniers mots, il faut nécessairement conclure que TEdit qui se trouve enregistré à Rouen, n'avoit pas même été adressé au parlement 4c Rouen. Si les Jésuites furent bannis de la Normandie, c'est parce que a ceux du paro lement de Rouen ^ri^n^ quasi comme ceux de Paris; » or," ils n'auroient pas fait quasi comme ceux de Paris, si, au lieu de porter un arrêt comme ceux de Paris, ils avoient enregistré un Edit inconnu à ceux de Paris, ou du moins non enregistré à Paris.

Ce que le chancelier dit et ce qu'il ne dit point, a

également déconcerté le ministère public de la classe de

Bourgogne. De tousles témoignages qu'on avoit cités pour

déposer contre l'existence de l'Edit, le chancelier de Chi- .

^ vemy est le seul contre qui il ait été proposé, dans cette

(i) Mém. éC Estât, etc. p. 241, a4^'

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classe^ des moyens de récusation. « Quand on ne sauroit « pasydit \à judicieux magistrat qui por toit la parole dans « cette affaire (i), que les Mémoires qui portent le nom « du chancelier de Chiverny ont été imprimés trentea sept ans après sa mort..., il suffiroit, pour en suspecter a la tradition y de lire les traits que l'anonyme y a puisés; a ils tendent à faire croire que le parlement n'agissoiê « que par animùsùé contre les Jésuites ^ en 1594. » M«. Morceau n'examine point par qui les Mémoires de Chiverny oni^ pu être fabriqués ou interpolés; il lui suffit d'avoir prouvé qu'ils sont indignes de celui à qui on les attribue, a parce qu'on y trouve des choses favorables aux Jé- « suites, que ce magistrat naimoû point; » et.M' Moryeau prouve que le chancelier de Chiverny n'aimoit pçint les Jésuites 9 par Fautorité de M. de Thou, dont le témoignage, comme on sait, est au-dessus de tout soupçon, lorsqu'il s'agit de la Société. »

« Les Mémoires qui portent le nom du chancelier de « Chiverny ne peuvent pas être cités, dit le parlement a de Bourgogne, pour deux liaisons : i^ parce qu'ils ont « été imprimés tretite-sept ans après sa mort; 2® parce « qu'on y lit que le parlement n'agissoit que par animosité a en 1594. » ^

• De ces^eux raisons, la première ne prouve rien, la seconde est singulièrement risible. En effet, de ce que les Mémoires de Chiverny ont été imprimés trente-sept ans après sa mort, s'ensuit-il qu'on doit y trouver, .jour par jour, et qu'on y trouve en effet tous les arrêts portés contre la Société en général, et divers Jésuites en particulier, et nommément l'arrêt contre Guignard , lequel arrêt porte la même date que le prétendu Ëdit contre toiïte la Société ; et qu'on ne doit pas y trouver un mot qui fasse soupçonner l'existence de cet Ëdit? Si une main vendue aux Jésuites a interpolé ces Mémoires poyr

(i) M« Moryeau. Arrêt de Dijon du 37 janvier 1764, p. 6.

Bnpprimer un Edit qui proscriyoit U Société, pourquoi n'a'^t-elle pas supprimé rarrélquiTavoit exterminé, huit jours avant la date de TEdit? Pourquoi faire mention des arrêts portés contre divers Jésuites, le jour même de la . clate de l'Edit, deux jours après FEdit, deux ans et trois ans après l'Edit?

Les Mémoires de GhiVemy ont été imprimés trc^ite^ sept ans après sa mort, donc ils ont été « fabriqués ou « interpolés par quelque faussaire. « Cette conséquence peut être lêgaUf mais elle n'est pas légitimt^ parce que, prise en général, elle est illusoire; parce que, dans le cas présent, elle est éyidemmezjtt fausse. En efiSet, M. Clément, dans le catalogue manuscrit des livres de la biUiothèque du roi , parle des Mémoires manuscrits du chancelier de Chivemy, qu'il a comparés avec les Mémoires imprimés ; il ne dit point que ceux-ci aient été a fabriqués ou interpolés; » nous ajouterons enfin que ces mêmes Mémoires manuscrits sont dans la bibliothèque du roi j avec le supplément ajouté par M. de PonN levoy, second fils du chancelier, qui ne fait que détailler les circonstances de la maladie et de la mort de son il* lustre père. Voici comment s'exprime M« de Pontleyoy :

« Pour satisfaire à l'intention du chancelier mon père « et à mon devoir, j*assurerai premièrement que tout ce « qui est écrit ci-dessus a été yéritablement pris et tran» € scrit sur Mémoires écrits de la main dudit sieur chan* «celier, n'y ayant rien changé ni ajouté que quelques et mots pour la liaison du discours et pour, plus claire •< explication d'icelui... Parce c[ue, pour dresser lesdits « Mémoires, il n'avoic aucun temps que celui qu'il dé- « roboit k son repos de la nuit, étant incessamment oo- « cupé pour les aifaires du roi et de l'Etat (i). »

Le manuscrit original est à la bibliothèque du roi; les magistrats peuvent en demander communication. En

(i) Mém, d^ Estât y etc^^ première édition^ p. ^Sg.

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attendant, je ne orains pas d'affirmer qu'ils n'y luouveront pds un mot qui puisse justifier la découverte mira* culeuse de l'Ëdit d'Henri IV contre les Jésuites, et. c'est de quoi il s'agit uniquement ici. Au reste, si, par un nouyeau prodige, on venoit à découvrir les Mémoires de Chiverny dans les registres de quelque parlement ou dans le cabinet « des cénobites qui ont composé les Ex a traits des Assertivns, » nous prévenons le public que l'Ëdit d'Henri IV y sera inséré tout du lone.

Le second moyen de récusation est tout-à-fait comique. On cite, contre des magistrats évidemment passionnés, le témoignage d'un chancelier de France, dont Tinlégrité et la fidélité au souverain furent toujours hors de soupçon ; et pour infirmer ce témoignage,* conforme d'ailleurs à celui de tous les historiens, les magistrats répondent « qu'il suffit qu'il leur soit con- « traire pour être récuàable. » A ce titre, la probité des magistrats ne court plus aucun risque; toutes les histoires, tous les journaux, tous les Mémoires, tous les registres, tous les monuments, même de marbre ou d'airain , qui attestent « que les magistrats ont été anglois^ puis Uvigueurs, ^uis calvinistes , -çxm frondeurs , puis jansénistes , « ]pms philosophes, puis... tout a été interpolé. » Il est impossible que des Mémoires où Ton trouve « que le parle- « ment agissoit par animosité contre les Jésuites, » quelques mois après avoir porté la modération jusqu'à défendre aux citoyens d'avoir aucune correspondance avec leur roi ou ses adhérents, sous peine dêtre perclus ; il est impossible que de tels Mémoires n'aient point été interpolés. Disons donc, avec M« Morveau, que l'histoire de bupleix, qui parle de \ animosité des magistrats contre les Jésuites, a été interpolée; disons la même chose des histoires écrites par l'historiographe Matthieu, par l'évêque Péréfixe, par le président de Grammpnd. Qu'on nous pardonne cette discussion , qui pr^ye que les magistrats n'attaquent point avec plus de succès l'au-

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