‹ Documents historiques, critiques, apologétiques, concernant la Compagnie de JésusChapitre 47 sur 69 · M»>*-MM · texte numérisé non relu

M»>*-MM

(t) Hodolphi Boéerei , t i, eic.

y noterons mille passages qui démontrent positiTement qu'il n'ai jamais existe. •

On ne finiroit pas si Ton Touloit suivre cette nomenclature : il faudroit citer ou transcrire les historiens de toutes les nations , qui se sont dqpné le mot pour ne rien dire qui nùt faire «oupçonner l'existence de cet Edit prétendu.

Enfin , à toutes ces preuves nég^atives et qui portent avec elles une entière c6nvicCion> ajoutons une dernière preuve positive qu'il n'a jamais existé.

Cayet ^ fameux dans son temps par le dévergondage de son esprit , et par une haine contre les Jésuites . qui aUoit jusqu'à la fureur; Cayet, qui prend à tâche de ne pas oublier une seule des circonstances^ vraies ou cbntrouvéesy du crime et du procès de Jean Châtel, et qui y ajoute ensuite des calomnies de son invention, répète, comme tous les autres , que aies Jésuites avoieiit été bannis par « arrêt du parlement de Paris , faisant observer que les « autres parlements firent observer cet arrêt, comme « étant donné en la Cour des pairs , étant de Yautoriiê « (ticellCf que les arrêts en tel cas soient observés par- « tout.

« Néanmoins ,* continue Fauteur, ceux de Tholose ne « voulurent faire observer cet arrest (après leur réduction « en Tobéissance du Roi), alléguant, pour toutes raisons, « qu'ils ne dépendoierU pas de Paris , ains avoient leur res- « sort à part, comme Paris le sien. Sur quoi le roi étoit • disposé de faire un édit solennel pour faire observer V arrêt ^ par toute la France, afin qu'étant une fois vérifié en'^la « Cour de Paris, qui est le parlement du royaume dans Paris, « tous les autres parlements et Cours, comme subalu ternes, eussent à y obéir sans contredit..!.. Mais l'in- « tervention du Saint-Siège et le respect que Sa Majesté « porte au Saint-Père et à la piété , AnRéTA. cet edit. De- « puis, les Jésuites ne bougèrent d'où ils étoient demeu- « rés , pour gratifier de ce Sa Sainteté , en attendant

D'HEIfRI IV. 21

« qu'on lui eût fait voir la juste cause de leur déchasse- «mental).»

Voilà enfin un témoin oculaire qui a créé des anec* dotes pour noircir les Jésuites, qui a composa, dans son cabinet, Finterrogatoire de Jean Châtel, afin que ses dépositions pussent embellir Thistoire impartiale de M. de Thou ; yoila un auteur contenàporaiti qui yeut apprendre. à la postérité tout c^ qui s'est passé dans le court intervalle de sept ans, et qui, d«?ns ce dessein, compose un gros journal de plus de mille pages ; et^cet écrivain, qui savoit tant de choses, ne connoissoit point Pedit d'Henri IV, porté en 1595. Bien plus, il en parle pcsUivenutU pour dire que«cet EcUl u'existoit point encore en 1598, et qu'il n'a JAHAÇ EXISTE depuis^

SECONDE ASSERTIOIf.

L^Edît d'Henri IV a été inconnu aux historiographes d'Henri IV.

Dupleix dit expressément que les Jésuites furent bannis de toute ta France par arrêt de la Cour de parlement de Paris, donné au mois de décembre 1594. a Le roi, ajoute « cet historiographe, désiroit rappeler les Jésuites, mais; « il no le pouvoit faire sans annuler l'arrêt àosiué/raiche^ « ment par son parlement..... (2). » Dupleix pouvoit-il sedispenser d'ajouter que cet dxvexfraichement, donné avoit été plusjratchement confirmé par un édit solennel du monarque lui-même?

Matthieu, historiographe d'Henri IV, cite vingt fois, l'arrêt du 29 décemb]:e 1594. Il ajoute que acet arrêt fut « renouvelé par la Cour au sujet desJésuitesdeTournorf, , « qui ne s'y étoient pas encore conformés ^n* 1 598 (3). » Sur quoi voici le raisonnement qine nous faisons : l'Edita .111 ... .1 ■ / - ■

(i) Chron. septenn,, édition de 1607 ^ a toI. in-8<>. T. i, Ht. yii^

(3) Dupleix y Hist, de HenriAe-^Grand ^ in*foI., p. 346. * {3)T. i, UT.i,p. 167. /

d'Henri IV, qne l'on nous cyppose, estdtr? janvier ld95^ L'arrêt du parlement de Paris , qui ordonne au sénéchal d'AuTergpe de chasser les Jésuites de Tournon, eit du 18 août 1598. Le' parlement de Paris n'avait pu se faire obéir à Tournon, parce que Tournon n'étoit pa» de son ressort , parce que le parlement de Toulouse avoil défendu « d'exécuter l'«rr A du parlement de Paris. » Fluide trois ans après VEdû prétendu d'Henri ÏV, le parlement de Paris s'àrise de "renouveler ce même arrêt y auquel le sénéchal de Tournon çiToit refusé d'obtempérer, auquel le parlement de TcHilouse avoit défendu, d'avoir aucun égard : et il ne cite point'au sénéchal de Tôumon et au parlement de Toulouse I'édiï d'Henri IV!' Le sénéchal lui-même ne sait point qu'Henri IV a porté un ÉDiT ! Il s'adresse a Henri IV, afin qu'il interpose son autorité pour arrêter les poursuites du parlement de * Paris! Henri IV, oubliant son édit, interpose en effet son autorité pour empêcher l'exécution d'un arrêt confirmé par son édit (i) ! Et nous serons condamnés à croire a cetEdit, malgré le témoignage des historiographes, malgré deux arrêts du^arlement, la résistance du sénéchal d'Auvergne , son recours au roi , et là conduite du roi lui-même ! C'est exiger sans doute de notre part une abnégation trop complète du sens commun.

TROISIÈME ASS£RTIO!V.

L'Élit d'Henri IV a ^té mconnn aiix- ministres d'Heâti IV, à ses ambassadeurs et à ses négociatetirs datu les tottts «uangîre».

L'Edit d'Henri IV a été inconnu à ses ministres. Nousi n'en citerons que deus, Villeroi et Sully i ils avoient l'un et l'autre la confiance d'Henri IV; et il ne falloit pas avoir la confiance d'Henri IV pour savoir qu'il avoît

(i) Mém. de Chwerny, p. aS;

D'HENRI IV. 2g

porte un*Ëdit, «1 que tel Edit avoit é\é entep^&wé ei exécuté, au moins en Normandie et en Bourgogne. Henri IV auroit-il craint que cet Edit déplût à Sully, ou qu'il pliit trop à Villeroi ? •

•Le» mémoires d'Etat *de M. d^ Yil\eroi parlent de tout,, excepté de. TEdit : on y trouve la harangue ou plutôt rinvectiye dé M. de Harlai pour empêcher le rappel des Jésuites ; on y trouve la fameu$e réponse d^Henri IV au parlement, mais on n^ découvre pas un mot qui puisse faire soupçonner l'existence de TEdit. ,

Lorsque Henri IV assembla son conseil pour.délibérer sur le rappel des Jésuites, Villeroi dit à rassemblée: « Que le roi ne les consultoit que pour ne pas demeurer Cl chargé lui-inéme d'avoir anéanti par la force de son a autorité im akhét du parlement aussi solenneL » C'est de SttUy que nous tenons cette anecdote (i).

M. de Villeroi écrivit au cardinal d'Ossat une longue

lettre , efa date du 14 janvier 1595 , c'est-à-dire sept jours

après redit. Il lui rend compte «de Taccident advenu a

a $a Majesté, et de Yarrest de la Ccur de parlement qui s'en

« estoit ensuivi; » il lui explique les motifs « qui ont en-

« gagé le roi à souffrir l'exécution de cet arrêt» •. (2). »> De

bonne foi , n'est-ce pas le comble de Textravagance de,

prétendre que Villeroi écrivit à Rome pour excuser en

quelque sorte le roi auprès du Pape , sur ce qu'il avoit

souffert l'exécution de l'arréti, si l'on suppose que , sept

jours auparavant, le roï avoit porté un edit conforme à *

l'arrêt? Est-ce donc souffrir l'exécution d'un arréjt, que

d'en étendre Feffet à toutes les provinces?

M. de Villeroi écrivit encore au cardinal d'Ossat, le dernier jour du moisde novembre 1597, pour l'instruire de la procédure du parlement d^ Paris contre le sénéchal deTournon^ et de l'arrêt porté le 21 août de la même

(f ) Mém*. de SHUy,^s9Vk8 Tannée I664*

(a) Lettre* du cardinal d'OsMt, année i 5m5, letlre 17.

année contre les Jésuites qui s'étbientmaintenift à Tournon. On y Voit a que le roi n'avoit aucune part en tels narras, et que le Pape ne devoit pas les lui imputer.» Je le demande encore : quelle impudence ou quelle duplicité dans Villeroi, s'il avoit eiî quelque connoissanee del'Édit! ^VLenvïW n'dcvoïx^aucune part aux arrêts contre <f les Jésuites de Tournon ; il avoit été contraint de soufnfrir Texécution de \ arrêt de bannissement porté contre aies Jésuites, trois ans auparavant (i). » Est-ce là le. langage de ministres qui savent qu'Henri lY a banni tous les Jésuites, non seulement de Paris ou de Tournon , mais de tout le royaume; et ce langage ne prouve-tnlrien contre Fexistbnce de TEdit? Il n'y a que des auteurs de Comptes rendus qui osent le dire.

StiUy, chefdej huguenots, raconte en détail , sous l'année 1595 y le procès de Châtel, l'expulsion des Jésuites, le supplice de Guignard, le bannissement de Guéret; il implique même faussement des Jésuites que les arrêts ne nomment point ; il confond les maîtres avec les écoliers, pour augmenter le nombre des régicides; il fait de Jeanle-Bel un Jésuite.;. Il ne dit pas un mot qui puisse faire soupçonner l'existence de XEdil; il s'exprime toujours comme s'il n'y avoit jamais eu A*EdU,

Sous Tannée 1604 , il dit que les Jésuites travaillèrent à leur rétablissement, «malgré l'arrêt qui sembloit de- «*voir leur ôter k cet égard -toute espérance. » Il rend un compte très détaillé de tout ce qui fut dit pour ou contre, les Jésuites, danslçs différents conseils auxquels il eut ordre d'assister; il s'excusa de dii% son avis le premier, parce que , s'tigissant des Jésuites, « sa religion devoit le rendre suspect de partialité; parce qu'il vouloit auparavant consulter son oracle, » c'est-à-dire Henri IV.

Sully, que tout engageoit à s'opposer au rappel des Jésuites , et qui avoit donné sa parole d'honneur au roi

ttmmmmmm^^m^m

(i) Lottres du cardinal d'Ossat^ lettre 1 38.

d'Angleterre qu'il emploieroit tout son crédit pourFempécker; Sully, parlant à Henri IV téte'k tête, et avec cette liberté qui étoit devenue pour lui une sorte de privilège ; Sully, après avoir retracé vivement au roi tous les griefs que les calvinistes de France et d'Angleterre imputoientk la Société ; après avoir dit contre l'institut et ceux qui l'observent tout ce qu'on a répété , depuis, de mille manières dans les Comptes rendus , Sully reprér sente enfin au rdi o qu'il a tout à craindre des Jésuites , a et qu'il ne comprend pas comment, après un ^rrét du « parlement donné pour une cause aussi grave et aussi juste , « il se'laissoit encore prévenir en faveur d'un ordre « dont il n'avoit que du mal à attendre. »

Oseroit-on direque Sully ignoroitl'existence de VEdit? Et, s'il ne l'ighoroit point, comprend-on qu'il pût citer si souvent Y arrêt , et cet arrêt solennel, et cet arrêt si juste, et ne pas opposer au roi lui-même VEdit qu'il avoît porté pour étendre à tout son royaume l'exécution d'un arrêt borné au rassort d'un parlement? MM. de SuMy, de Bouillon , de Maupeou , de Tbou , qui envisageoient le rétablissement des Jésuites comme le plus grand des malheurs, pouvoient-ils ne pas rappeler au monarque déjà prévenu , VEdit qu'il avoit lui-même porté? Pouvoientils ne pas lui représenter que, révoquer cet Edit par un Edit contraire, c'étoit se mettre- en contradiction avec lui-même ; c'étoit donner lieu de penser que ces raisons , urgentes qui l'avoieiit déterminé à chasser les Jésuites et à mani£ister leur turpitude à toutes les nations , étoient des raisons imaginaires? Le président deThou pouvoit-il dire en plein conseil «que le parlement étoit saisi d^nne affaire, alors qu'elle auroit été solennellement décidée par un E((it du roi? Quoi! il n'y eut pas un seul des membres de ce conseil qui se douvint de cet Edit! Il n'y eut pas un seul parmi ceux qui détestoient le plus cordialement la Société, qui représentât qu'on ne devoit plus revenir sur une affaire irrévocablement terminée

par un EdU du rot! 11 n'y en eut pas un seul qui représentât qu'il étoît inutile de consulter Sa Maj0sté^ puisque son Edà faisoit assez connoître ses intentions!*.. Et de tout cela,. il n*en résultera rien contre Texistence de Tédit!!! Il faut ici multiplier les points d'admiration. * . *

Mais si l'Edit étoit un mystène pour les ministres d* Henri lY; il ne Té toit pas moins pour sesambassadeurâ, pour ses négociateurs dans les cours éti%ngères. Nous ne citeron^que le duc de Luxembourg et le cardinal d'Ossat, parce que ces deux ministres pouy oient , mcnns que tous les autres, igiiorer un Edit dont ils dévoient essentiellement avoir connoissance les premiers.

Le duc de Luxembourg étoit ambassadeur à Rome. Le Pape le fit appeler le 26 février 1698, ^pour se plaindre de Tarrét qui bannis^it les Jésuites de la ville d^ Tour* non [t). L'ambassadeur fit tout ce qu'il put pour persuader au Pape que le roi n'avoit aucune part aux arréu rendtft contre les Jésuites. Il faut supposer dans Henri IV k plus grossière duplicité, et dans le Pape et ses ministres la plus incompréhei^sible stupidité, ou reconnoitre que PEdit n'existoit point.

Mais vanons à quelque ctiose de plus décisif. Nous trouverons, dans le témoignage du cardinal d'Ossat, une démonstration complète que toutes les expéditions de l'Edit ne sauroient afibiblir. Nous allons parcourir les lettres de cetbabile négociateur, en suivant.Fordre des temps dans lesquels elles ont été écrites^ «

Nous devons remarquer d'abord que le cardinal d?Ossat n'étoit point Jésuite; et s^il prit le .parti de la Société,* il n'envisageoit en cela que l'avantage de la religion et le bien mcmede l'Etat.^ Quand il'n'yauroit jamais « eu de Jésuites en France , écrivoit-il à M. de Villeroi, « lé 6 mars 1598, ou quatld*ils eussent tous été chassés

aa^-rik^

(i) Lettres du cardinal d'Ossat, kitre i aS.

Cl incontinent après Fcmrét de la Çeur de parlenunê^ dut mois « de décembre 1594,' je n'enr pleurerois |)oint (i).ii Et dans une autre lettre au même, du 13 janvier 1603 (2), il s'exprime en oes termes : « Lors même que je vous- ai écrit «^avec plus de diligence pour la re&titudon des Jésuites « en France ,. je vous ai protesté que^^ ne /us jamais éna*

« mouré deux Maintenant je vous déclare que je ne

« veux plus me mêler de leur fait. » Examinons après cet avertissement, que nous avons cru nécessaire, ce qui a rapport à Tobjet que nous discutons.

Le Si janvier 1595, c*est4-dire vingt-quatre jours après la date de TEdit prétendu,' le cardinal d'Ossat écrit à . M. de Villeroi (3): «Qu'il a été à Taudience du Pape le 30 « du même mois; qu'il lui a rendu compte de Fattentat « de Jean Cliâlel , dont le Pape étoit déjà instruit; que « Sa Sainteté jeta w^ profond^oupir du fond de son « cœur et se mit à pleurer tout aussitôt que le cardinal « commença à parler. Le P^pe ajouta mêmement qu'il « avoit été très marri de ce qui étoit advenu , et que s'il <» pouvoit remédier à tels désordres av^c son propre « sang, il ne Fépargneroit. Après cela; continué M, d'Os- « sat, le Pape me dit qu'il étoit aussi très marri ùeYarrét « qu'avoit donné la Cour de parlement, par lequel il se <« voyoit quele malfaiteur n'avoit rien dit qui eût charge « les Jésuites du cas particulier ; et néanmoins ladite « Cour chassoit ces Pères de tout le royaume , et défena doit ifaême , sous peine de crime de lèze-majesté , à tous « François d'aller ouïr leurs leçons hors du royame. » On voit que le Papen'étoit pas mal instruit ; il attendoit la réponse de M. d'Ossat, qui lui répondit f «Qu'en tout «.événement , si la Cour avoit excédé en quelque chose, « ce ne seroU point là faute du roi.n A quoi Sa Sainteté ne

(i) Lettres du cardinal éC Oss^t , lettre HQ. ^ "(a) Ihid., lettre 33 1 .

(3)/6iJ.> lettre 16.

, répondimtie ces trois mots : Dieu U veuille, u Les Éspa- « gnols, continue d'Ossat*, ont fait et font un grand Ta-

« carme de cet arrêt Quant au Pape, il n'en pouToit

« parler plus modérément quHl a fait à moi. Et à mon « ayis, on fera plus sagement et utilement ici. . . de prendre a en bonne part le dire de la Cour . . . que se mettre en nécesu site d'en demander réparation et en danger plus que « certain de ne l'avoir jamais.. k., et corrohorer de plas en 9. plus le schisme qui n'est déjà que trop avancé. «

Le même négociateur écrit au roi lui-même une lettre de douze pages, datée du 16 février 1595, quarante jours après la date de TEdit en question. Par cette lettre, il répond à une dépêche qu'il avait plu à Sa Majesté luifaire^ le 9 janvier, « deux jours aprèsTEdit (i).»M. d'Ossat parle au roi ; le roi parle à M. d'Ossat; tout cela vaut bien une expédition confomu consigné^ au greffe du parlement , cent soixante-dix ans après. Qu'on lise donc avec attention ce qui suit. • . a M'ayant semblé, dit le cardinal d'Ossat, après aw)ir « bien considéré la dépêche de Votre Majesté (du 9 jan- «< vier), qu'elle ne eontenoit rien qui pût offenser le Pape, « ains que le.touty étoit si bien, que je n'^n devois point « perdre un mot en parlant a lui , je résolus en moi-même « que, lorsque j^au rois audience, je le supplierois de la « vouloir ouïr lire... pour être mieux cru du Pape quand o il verroit de quoi, et pour lui ôter tout soupçon que •/y ajoutasse rien du mien, et que je fusse poussé de quelques « mauvaises affections que je portasse aux Jésuites... Je dis « au cardinal Aldobrandin que Votre Majesté avoit écrit, « et mccommandoit de rendre compte , à Sa Sainteté et « à lui, de ce qui s'étoit passé sur l'accident advenu k « Votre Majesté le 27 décembre, et touchant I'arrêt de la « Cour de Parlement qui s'en étoit suivi... Je ne pus avoir

« audience du Pape jusqu'au mardi (14 février 1595)..^-.

(i) Lettre du cardinal d'Ossat, lettre 17.

« Le Pape médit qu'incontinent qu'il entendU que celui- . « là (Chastel) avoit été écolier des Jésuites ^Jl pensa bien «« qu'on pourroit faire quelque ressentiment contre eux , « attendu Vammosité que quelques uns avaient j à morUrée en « &«r^«rfmi^/ mais qu'il n'eûtjamais,pensé qu'on fût venu « à une telle exorbitance que de chasser tout l'Ordre « du royaume... Que l'on âvoit espéré que Votre Majesté « mcdéreroU la rigueur de la Cour, et feroit surseoir l'exé- M cuTiQN DE l'arrêt. .. Je dis au Pape, qu'au fait des Jé- <* suites, je n'y voulois rien mettre du mien... Mais que « la lettre de. Votre Majesté relidoitles raisons pourquoi « Votye Majesté^ voit été contrainte de souffrir l'exécu- « TioN DE l'arrêt...»

Terminons là l'extrait de cett« lettre. Nojas ne nous arrêtons point à la commenter ; il doit suffire à tout lecteur qui a un peu de sçns commun, de savoir que le 9 janvier 1555 , Henri IV écrivit à Rome « qu'il avoit été contraint de so uffrir V exécution de V arrêt du 2 9 décembre 1594.» S'il se trouve un François à qui une expédition et trois enregistrements persuadent qu'Henri IV avoit porté un £dit de. bannissement contre tous les Jésuites , le 7 janvier, et qu'il écrivoit deux jours après qu'il avoit été contraint de soujfrii' l'exécution d'un arrêt antérieur à l'Edi t, et qui ne bannissoit les Jésuites aque du ressort du parleitf||nt de Paris ; i^ s'il se trouve un tel François. • . comme nous n'avons pas l'autorité en main , et que la raison n'est plus écoutée dans. certains tribunaux, nous nous bornons à déclarer ce François cUgne et capaile défaire un Compte rendu. Mais n'abandonnons point encore le car* dinal d'Ossat.

Dans une lettre à M. de Villeroi, en date du 30 mai 1595 (i), ce cardinal lui écrit « qu'il a vu le cardinal Al- « dobrandin ; qu'il lui a faifjpart du contentement qu'on ti avoit eu en France des réponses de Sa Sainteté, après

(i) tiettreê du etardirud t^Ossat, lettre 93.

« la ncnvêlU de /*ARiiâT contre les Jésuites; el; sur œ €[ue «yavo» écrit 9 par delà de la plainte que N. S. P. avoit « faite de ce qp'on chassoit les Jésuites , je lui dis , ajoute « M. d'Ossat, que vous m'y répondiez très junplement et

« très pertinemment rejetant la résolution et exécu-

a tioïkdudit i^rr^/^, principalement sur /ay2?rc^ ^^ n^c^/j^V^ « du, temps et des choses, qui A^voient periuis d'en user « autrement. » La lettre de M. de 'Vilieroi étoit du 30 mars 1595.; et le 30 mars 1595, ce ministre rejetoit Vexécution de V arrêt du parlement sur «la nécessité du temps. On prétend toutefois qu'il y avoit alors un édit qui étendoit à tout le royaume Texécution de cet«arrét, et qui n'étoit postérieur à c^t arrêt que de huit jours !. .. et ou exige que la nation entière croie k son authenticité sur la foi d'une expédition 1 Telle est la liberté d'esprit que le parlement veut nous rendre.

Ne nqus lassons point de lire les lettres du cardinal d'Ossat y c'est une mine inépuisable que les fabricat&urs de TËdit ne connQissent point assez. On parloit en 1598 d'exterminer tom les Jésuites du royaume ; ce bruit par* vint k Rome, et les gens de bien en furent alarinés. Le cardinal d'Ossat crut devoir en instruire M. de Villeroy , et il le fit par une lettre du 5 mars 1598 (i). Nous exhortons le lect^r à la lire tout entière , et nous n'en extrairons que quelques lambeaux. • A

^ On fait ici un grand bruit , dit le cardinal en eSm* « mençant , d'un arrêt qui fut donné au conseil prive « du roi , tenu a Paris , le 21 novembre , par lequel est « ordonné que les Jésuites videront hors la ville de « Tournon et hors du royaume, dedans trois mois, « après la signification qui leur en sera faite sur les « lieux.. ., Après vous avoir prié de vous souvenir de « ce que je vous écrivis le 33 octobre, sur un semhlalU % arrêt de la oour de parlement, du 21 acût , et de la rQ«-

(i) Lettres du cardinal cC OêsaA , lettre i ad.

DUENRI IV. 3T

« pense qnUl vous plut m'y faire , par vos lettres du « dernier novembre , je tous représenterai certaines « considérations sur cette matière , lesquelles je soumets «àvotre bonjugementy et d'un chacun des seigneurs « dudit conseil : tous assurant que comme j'ai en sin- « gulière révérence les arrêts de toutes les cours souve- « raines de France , et principalement ceux dudit con- « seil privé, aussi n'ai-je aucune particulière dévotion « ni affection aux Jésuites y et n'entends , pour cette « heure , dire rien en leur faveur ou considération , mais « pour le seul service du roi , auquel nuisoit grande- « ment l'ExicuTion dudit arrêt..... Et encore , qu'à mon « avis y le roi €ui la moindre part en tels arrêts, toutefois o s'ils s'exécutoient, c'est lui seul qui en porteroit toute « l'envie et toute la haine, et le dommage en ses affaires « et services.... On prend l'allarme d'entendre qu'on va « chasser du royaume , pour la seconde fois, . . . , les Je "« suites^ et qu'on les veut chasser de sang-frôidy sans « qu'ils en aient donné aucune nouvelle occasion , trois « ans après le premier arrêt qui fut donné contre eux en fan « 1&94 , et deux ans et demi après l'absolution donnée « par le pape au roi... ; et encore après que le pape a « fait instance que ceux-là mesmes qui avoient été chas- « ses du ressort du parlement de Paris y y fussent remis et ti restitués : et les chasser encore par un arrêt du conseil « privé, qui n'y avoit poifùé encore touché y et en avoit « I.AISS1Î FAIRE LA cou^'bfe i^XKLkMEifT, sur laquelle nous •« nous étions «j?^»/^/ jusqu'à'présent, e\ en mettant hors la ti i»ERsoifNE DU ROI. Dc quoi nous ne serions plus crus dé- « sormais, apràs un arrest du conseil prive.

« Et comme toutes ces circonstances sont ici prises en « très mauvaise part , le pape , le premier et sur tous « autres , s'en offense et s'en afflige extrêmement , et « prend cela pour un mépris de son autorité , de ses « prières et de son amitié , et pour un affront fait à S. S. « et au Saint-Siège ; car c'e^ ainsi qu'il parle.... Vous

« ne sauriez plus irriter et animer le pape et toute cette « cour contre le roi et ses affaires j qu'en faisant exécu- «terTARRéT du 29 décembre 1594, après un si long « temps, ets*étant depuis passées tant de choses qui vous a en peuvent et doivent détourner.... J*ai opinion. que a Vexéctttien dudit arrest engendreroit des affaires préju- 3k diciables à la' bonne renommée et au bien des affaires « de S. M. , es esprit de tous les catholiques , tant de- « dans que dehors du royaume.. 4. A propos des hugue- « nots y j'ajouterai encore ceci que jaçoit cp!ils seteient « très aises du, hcmnissement de tcut un ordre qui leur est ti U plus cenlraire , si est-ce que la condition du roi en « empireroit pour leur regard. ... Il seroit bien plus utile -« au roi.j.. de laisser en paix ces gens-ci (les Jésuites) « qui sont échappés à la fortune, et à Forage de T arrest a du mois de décemite iS94,,., Outre que S. M., en ne a passant outre à l'exécution dudU arrest , retiendra la « bonne affection du pape et de tous les catholiques hors « et dedans la France.... S'ils disent qu'un arrest d'une « cour de parlement ne doit demeurer sans exécution, je « prierai Dieu qu'il leur donne un pareil soin de faire « exécuter tant d'autres arrêts , dont l'exécution tournea roit au grand bien des particuliers et du roi même.... « Que si l'exécution ô!un arrest est pour tourner à leur « dommage et danger, comme il a été démontré qu'il a adviendroit de celui-ci, il ne le faut point exécuter.... « Il me souvient qu'on ne put faire vuider du royaume « les Jésuites qui étoient à Bordeaux , lors même que a l'horrible et exécrable attentat de Jean Chastel étoit « tout chaud, et que la plaie en saignoit encore, et ja- « çoit^u^ ce parlement là tient pour le m /beaucoup moins « donc est-il à espérer qu'on en vienne à bout mainte- « nant qu'il y a si long-temps, et que les choses se sont .« depuis modérées d'elles-mêmes. Ainsi, « la dernière tf erreur seroit pire que la première » pour autant que « les Jésuites demeureroie'nt, et ne sauroit-on au roi nul

« gré de cette demeure; ains il seroit moins aimé y pour ne « dire haï^ de les avoir voula chasser, et moins prisé de « nWavoir pu faire...

a Pour toutes ces considérations , il semble qu'il vau- « droit mieux se contenter de ce qui a été fait jusqu'ici, « et de ce que Varrest de la cour de parlement a été exécuté a en tout le ressort dudit parlement.... Vous avez eu par «delà plus de trois ans pour vous adoucir.... Encore « en pourrez-vous tirer de profit pour le roi , sans que a ï! autorité dé la cour de parlement y demeure engagée , en a montrant que ses arrêts eussent été exécutés , si ce n'est a que le roi , évoquant tout ce fait à sa personne , a sura sis Fexécution desdits arrêts en ce qui reste à exécuter. ...»

Encore une fois il faut lire tout entière cette lettre, qui suffit pour déconcerter tous les auteurs des Comptes rendus. Il seroit bien singulier qu'après l'avoir lue, on eût encore quelque scrupule sur la non -existence de l'Edit d'Henri IV. Tous les parlements peuvent se liguer et produire des expéditions en forme : cet Edit n'a commencé d'exister qu'en 1761 ; il n'existoit point en 1598. Le conseil privé n'avoit point toucbé aux Jésuites en 1598 : il en avoit laissé faire la cour de parlement; les ministres du roi avoient rejeté le tout sur cette cour; ils avoient mis hors la personne du roi; c'est-à-dire que les minisires d'Henri IV protestoient au pape que ce monarque n'avoit aucune part à la persécution suscitée aux Jésuites; que la nécessité seule Favoit contraint de souffrir l'exécution des arrêts du parlement contre eux ; ils protestoient qu'Henri IV n'avoit garde d'autoriser la conduite du parlement; et cependant, si l'on en croit les auteurs des Comptes rendus, « trois ans aiiparavant, Henri IV avoit porté uuédit contre les Jésuites , et ses ministres sans doute ne pou voient l'ignorer ! . . . o -

Henri IV écrivit à M. de Luxembourg une lettre , en date du 4 octobre 1598, dans laquelle il dit expressément « qu'il se veut accommoder au vouloir de Sa Sain-

• ieiéf touchant les Jésuites (i) , c'est-à-dire que si ceux m qui ont été chassés du resseri da parlement de Paris, ne a sont pas rappelés , il veut du moins que ceux qjÊtsone « restés an royaume jr soient tolérés. » Ce bon roi ne Sé S€uvenoUplus de son édit. Mais tout ceci s^éclaircîra encore jMir ce qui nous reste à dire (a).

QUATAIÂMB ASSERTION.

L*Edit d'Henri IV a été inconnu aux magistrats, aux gens du roi , aux parlements m^mes qui prétendent l'avoir enregistré , et à ceux qui ont d6 le rejeter on en éluder Texécution.

L'Bdit dUenri tV a été inconnu aux magistrats , à H. de Harlay , premier président , au président deThou» auxtiTocats généraux Serein et Marîon , tous ennemis forcenés des Jésuites.

M. de Harlay , dans son discours a qui fut plutôt une a ùMeethfe qu'une civiU remontrance y » représenta au roi , la teille de Noél 1603 , tout ce qu41 crut de plus propre à empêcher y à éloigner du moins le rétablissement des Jésuites. Il emploie contre eux les calomnies les plus atroces , et ose dire au monarque lui-même que ce sont les Jésuites qui Ont voulu le poignarcjer par la main de Ckâtel. Il auroit dû rappeler à ce prince, « que ce n etoit point sur de simples soupçons qu'il chargeoit la Société de cet exécrable régicide , puisque le roi lui-même l'en atoit chargé, k la face des n^iùoxiA^parson édit du 1 jan^ tier. » Mais nous ne pouTons pas tout dire dans une ma-^ lière aussi abondante; contentons^nous de transcrire la fin de la harangue de M. de Harlay.

«C'est donc le bien de votre estât et raffection que « nous devons tous à la conservation de votre personne « qui nous ont portés à les chasser (les Jésuites) loàif de

^*iaki<.B*iakBMi^i«BKiat^a^ii*i^M*dUirih

(ï) Lettre î63.

(^} V^^» 1a sepfièiae assertion , denxième partie.

« vouSt sçuhi voire iiMorilé, et les m&nea raisons nous « forcent maintenant à vous supplier de ne trouTer « mauvais» si ne pouvons consentir à leur rétablisse* <iment(i),i>

C'est donc le parlement qui avoit « chassé ■ les Je» suites y « loing du roi, soubs Tautorité 4u roi; » M* de Harlay ne savoit point encore que le roi avoit ra* tifié Tarrét du parlement par un bdit porté huit jours après ; et s'il Tavoit su , pouvoit-il ne pas s'en pré» valoir?

M. de Thou n'étoit pas mieux isatruit que M. de H«r» lay : on trouve, à la tête du catéchisme de Pasquier, une « apologie pour M» le premier président de Thou sur a son histoire, j» On veut le justifier sur sa partialité contre les Jésuites, sur son exactitude à faire passer à la postérité tout ce qui |>eut contribuer à leur difiamation^ L'apologiste/ qui n'est autre que M. de Thou lui-même, répond que.« les artifices des Jésuites sont ai puissants, « leurs intérêts sont si grands, sont tant mêlés de brigues, « se trouvent de si grand poids en toute sorte d'estat, « qu'il est plus à pardonner à un historien de passer les « actions des plus grands princes que de toucher légère- « ment sur ce qui concerne ces gens-ci ; voila pourquoi, «ajoute-t-il. Ton voit, en cette histoire, les ]^aidayertf « entiers, etc. (2). p.

£n effet, M. de Thou n'oublie ni les arrêt| du parlement de Vannée 1594, ni celui de l'aimée 1597 contre toute la Société, non plus que les arrêts donnés en l'an 1$98, en divers parlements». • M. de Thou n'oublie que

Ce magistrat s'étend avec complaisance sur tout ce qui peut persuader au fecteur que les crimes de Barrièl'e ^ de Châtel soni les crimes de la Société. « Ce lieu de

{i) Mém, de P^iUeroi, t. a, p. 399.

{q).^PoL pour M. le Pr, de Thou, p* 17.

« rhistoire, dit Tapologiste (i), offense sans doute les « Jésuites. Que pouiroit-on dire autrement que de faire « voir à la postérité la cause étunsicélèhre arrit^ et qui avoit « donné sujet à la condamnation de Guignard, Jésuite, « et de toute la Société. C'eût été faire en très mauvais « historien y d'insérer V arrêt de la cour sans en déduire « les causes; il importoit trop au roi et au parlement de ■ faire Toir les motifs de cet arrà si célèbre et de si « gi^ande conséquence. •• »

Que le lecteur décide si un historien « qui passeroit « plutôt les actions des plus grands princes que de tou- « cher légèrement » ce qui regarde les Jésuites; un historien qui riapporte en entier les plaidoyers prononcés contre eux, les arrêts portés conti*e la Société, ou quelqu'un de ses membres, en 1594, en 1595, en 1597, en 1598; un historien qui transcrit les décrets donnés contre les Jésuites à Venise, à Dantzick, k Thorn en Prusse..... que le lecteur décide si un tel historien étoit capable de passer sous silence Fédit d'Henri lY en 1595 ; et si un pareil silence ne forme qu'une prêsomptien qui doit être anéantie, deux siècles après, par une expédition enferme,.... Mais nous avons quelque chose de plus positif. En parlant de Tî^rrét de la cour métropolitcdne de l-année 1598, qui défendoit de donner aucun asile aux Jésuites, et de celui de la seconde classe [%) de la même année, « qui .défei\doit de les troubler dans leur ministère et dans « la jouissance de leurs biens , n M. de Thou ajoute ces PAROLES d'or , qui suffiroient seules pour décider la question: « Le roi, dit cet historien président et contem- «porain, fut justement indigné de voir son autorité « compromise par la contrariété de ces deux arrêts,' il s'en « fallut peu... qu'il ne fît casser et annuler V arrêt du parti lement de Toulouse, et n'ordonnât à ce parlement et k «celui de Bordeaux d'enregistrer (non I'edit, mais)

( I ) jépoL pour M* le Pr, deTbou,\t, 19. (2) Le parlement de Toulouse .

« t'ARiiéT fendu contre Jean Châul quatre ans auparavant. « Mais la chose fut différée par les sollicitations de « quelques courtisans (i). » Une pareille autorité est un coup de massue k laquelle toutes les expéditions, tous lès enregistrements possibles ne sauroient résister.

M« Louis Servin, avocat du roi, dont la Sorbonne censura les plaidoyers par' un décret du 16 février 1604 (2), M« Louis Servin ne mit point de bornes à ses invectives contre les Jésuites, qu'il détestoit avec une fureur qui ne se démentit jamais. Ecoutons Thistoriographe Dupleix : « Louis Servin, l'un des avocats-génë- A raux, qui étoit porté d'une haine implacable envers « les Jésuites, ne laissa pas de travailler à la recherche « des expédients pour empêcher ou dilayer la vérifi- « cation de VEditpour le rétablis sèment des Jésmtes y dont le « roi ayant eu advis, le manda venir au Louvre, le tança

« âprement de son obstination , et lui commanda de

« se comporter tout autrement en cette affaire, sur peine tt d'encourir son indignation et sa disgrâce (3). i»

On ne peut pas douter des dispositions de M. Servin à l'égard de la Société. Qu'on lise les plaidoyers, les réquisitoires qu'il prononça pour empêcher leur rappel : il n'est point d'horreurs qu'il n'impute aux Jésuites, et un écrivain du temps a remarqué qu'il porta la noirceur jusqu'à affirmer, en plaidant contre eux, qu'ils étoient les auteurs' de l'apologie de Jean Châtel, c'est-à-dire « d'un misérable parricide, d'uii prodigieux assassinat , « d'un martyr à double potence , écrite d'une plume « d'acier et d'une encre de sang (4). Cependant Louis Servin et tous les magistrats savoient très bien que

(i) De Thou , p. lao.

(i) Journal d'Henri i/^, t. 3, p. iSg. (3) Histoire de Henri'h' Grand, p. 349.

{^Histoire de France et choses mémorables, en 7 liv-, à Cologne , 1617, t* ï> liv* i> P- '68.

cet abominable libdle étoit du docteur Boucher, qui i'ayoit publié scas sen nom; mais la probilé n'est plus qu'une chimère, lorsqu'elle ne se combine point avec la haine des magistrats contre la Société. M. Servin en est un exemple; il n*est point d*excès auxquels il ne se soit porté pour satisfiiire sa passion. Nous avons eu la patience de lire tous ses ouvrages : nous y avons trouvé les arrêts contre les Jésuites, mais il n'y a pas un seul mot qui prépare à la découverte d'un édit d'Henri IV contre eux.

Simon Harion, avocat-général ainsi que M. Servin, prononça, le 16 octobre 1597, un plaidoyer contre les Jésuites, sur lequel intervint l'arrêt contre le noi|imé Porsan, cide/vant sei-iUsanl Jésuite. Ce plaidoyer, dont H. de Thott ne manque point de donner l'analyse, se trouve en entier dans l'Histoire de l'Université de du Boulay, et dans le sixième tome des Hémoires de la Ligue. Examinons un moment si nous y trouverons quelques traces de l'Edit porté près de trois années auparavant.

Après avoir fait l'éloge de la ville de Lyon, qui, de* puis sa réduction à l'obéissance du roi, « n'a plus for- « ligné de son devoir, » il prend a partie les Jésuites, et se rend ridicule pour les faire parottre coupables. « C'est «chose assurée, dit ce consciencieux magistrat, que « ceux qui s'arrogent le nom de Jésuites ont, dès long* « temps, conjuré la ruine du roi, et se sont dévoués à « cette immanité. Il falloit donc les exteiminer plutôt; a mais les magbtrats, éblouis du lustre de leur hypo- « crisie, les ont soufferts dans le royaume, jusqu'à ce que « leur est venue l'audace d'entreprendre ce qui nous a a cuidé totalement ruiner, et par raison de quoi la cour, «à bon droit, par son arrêt du mois de décembre « quatre-vingt-quatorze, les a relégués en Espagne, d'où

« ils étoient veiius Aussi ib prévôt des marchands et

« échevins de Lyon, célébrant la justice de l' arrêt qui

« juge cet exil, remarquent à bon droit qu'en y obtema péranty ils expulseront promptement de leur yille tous «les Jésuites.. •

« Tout leur soubait (des Jésuites)| et auquel ik réfèrent « tous leurs artifices, est de rentrer en France pour y «faire pis que le passé. Cest pourquoi... la cour..» « prudemment a donné, selon nos conclusions, son « SECOND ARRÂT du mois d'aoùt dernier... »

Dans tout le reste de ce plaidoyer, Favocat revient plus d'une fois « aux arrêts de la cour: » tout Tinvitoit à parler de TEdit du roi, qu'il n'auroit pu se dispenser de citer, s'il Feùt connu. Il ne dit pas un mot qui n'exclue toute idée de ce prétendu Edit ; et il suffira d'en donner au public une expédition en former cent;soixante-dix ans après, pour en constater l'existence !.

L'Edit d'Henri lY a été inconnu à tous les parlements; et cependant tous les parlements ont dû l'enregistrer, ou du moins faire des remontrances pour en éluder l'exécution. « L'Edit fut envoyé k tous les parlements ; » c'est M . l'abbé Chauvelin qui Fattestoit aux chambres assemblées, en 1761 (i); cependant il ne fut point einfoyé au parlement de Paris, puisqu'il déclare en 1763 « n'en avoir qu'une « expédition en forme. » Ainsi, pour ne ^rler ici que de deux classes du parlement de France, l'Edit ne fut point adressé au parlement de Paris, « qui l'exécuta sans « l'enregistfier ; » il fut envoyé au parlement de Toulouse, % qui l'enregistra sans l'exécuter, » c'est-à dire que ces deux classes, non plus que les six autres qui existoient alors, n'ont jamais eu la moindre connoissance d'un Edit, « qui en effet ne devoit exister que plus d'un siècle et « demi après. »

Tous les historiens sans exception disent que le parlement de Paris bannit les Jésuites « par son arrêt du 29 décembre 1594; v> ils joutent que d'autres parlements,

(i) Idét tçéméraU des vicês principaux, etc., p. 83.

c'est-à-dire ceiix dé Dijon et de Rouen, « entrant dans les « mêmes sentiments de celui de Paris, bannirent les Jé- « suites PAR DE PAREILS arréts, mais que ceux de Bor- « déaux et de Toulouse refusèrent de se conformer à ces « ARRETS, c'est-à-dire qu'ils refusèrent d'en porter de fv semblables.» Le lecteur le plus passionne né peut se dissimuler ici qu'il y auroit eu de l'inconséquence à bannir les Jésuites des provinces de Bourgogne et de Normandie, par « des arrêts pareils à celui de Paris, » s'il ayoit existé o un Edit d'Henri IV « postérieur à cet arrêt, et portant bannissement des Jésuites du ressort de Rouen et de Dijon; il serait absurde de dire que les parlements de Toulouse et de Bordeaux « refusèrent de porter contre « les Jésuites desr arrêts pareils à celui de Paris, » s'ils avoient eu connoissance de TEdit. Ce n'est point un silence purement négatif, c'est une contradiction palpable de supposer que le parlement de Toulouse « ait reçu « l'Edit de bannissement porté contre les Jésuites, » et d'ajouter que^ pour conserver les Jésuites, « il a refusé « de porter un arrêt pareil a ceux de Paris, de Roue» ou « de Dijon; » il fsÉloit nécessairement direqve le parlement de Toulouse refusa d'enregistrer TEdit, qu'il fit des remontrances et qu'on les- écouta, ou que, par voie de fait, il déclara ne pouvoir obtempérer,' et que le roi, qui avoit porté l'Edit, ne lui sut point mauvais gré de sa résistance. Mais ce n'est pas tout.

Si le parlement de Paris avoit eu quelque connoissai)ce de l'Edit, il n'àuroit pas porté contre les Jésuites les arrêts du 21 août 1597, et du 18 août 1598, ou du moins, dans ces arrêts, il auroit dû indispensablement faire mention de l'Edit, et je le démontre : le parlement de Toulouse défendit qu'on eût aucun égard à l'arrêt de bannissement porté contre les Jésuites; pour justifier cette défense, il déclare « que le parlement de Paris n'a aucune juridiction hors de son ressort, et que ces arrêts ne peuvent avoir d'exécution dans le ressort des autres parlements ; » c'est

ce que nous avons tu plus haut (i). Le parlement de Paris, en ordonnant au sénéchal de Toumon de chasser les Jésuites, malgré Tarrét contradictoire du parlement de Toulouse, pouToit-il, deux ou trois ans après FEdit, ne faire aucune mention de ce même Edit qui fermoit la bouche aux magistrats toulousains? Et les magistrats toulousains pouYoient-ils maintenir les Jésuites, sous prétexte queTournon étoit du ressort de leur parlement^ s'ils avoient eu quelque connoissance de FEdit? Auroientils prétendu que Toulouse et le Languedoc étoient indépendants d'Henri IV? Est-il possible, en un mot, que le parlement de Toulouse, après avoir enregistré TEdit qui extermine les Jésuites, porte un arrêt pour les maintenir, sous prétexte que le Languedoc « n'est point du ressort du parlement de Paris? » Vit-on jamais un plus grand excès de déraison, et n'est-ce pas nous dévouer à la stupidité la plus incompréhensible, que de nous condamner aujourd'hui à dévorer toutes ces contradictions, et à reconnoitre un Edii enregistré au parlement de Toulouse , et qui, en même temps, lui est inconnu?

Qu'on ne coure point à de vains subterfuges, et qu'on ne croie point avoir levé la difficulté en disant, ainsi que l'a osé dire un auteur de Comptes rendus (2), que* l'Edit ne fut enregistré que par les magistrats fidèles qui composoient le parlement séant] à Béziers. Qu'on lise le Compte rendu de maître Chalvet (3) : on y verra que les magistrats de Bézières et de Castel-Sarrazin se réunirent k ceux de Toulouse en 1696. Le parlement de Toulouse étoit donc rentré dans son devoir à Tégard d'Henri IV, lorsqu'il défendit,» qu'on n'eut aucun égard a»x arrêts du parlement de Parisjde 1697 let del698.»De

(i) Voftz, p. 26.

(2)MeRiquet.

(3) Compte rendu au parlement de Toulouse, les 10 et 1 1 mai 1762, p. 172.

€6 fait iooonle^lablement frai et reconnu pour tel par le0 magistrats de Toulouse, en 1762, il résulte un argument inyincible contre l'existence de FEdit de Henri lY.

En effet , les magistrats qui avoient enregistré ce prétendu édit à Béziers, en 1595, ne dévoient pas Tavoir oublié en 1597. Ils avoient dû insérer TEdit dans les re- {[istres ; ils ayoient d& rendre un arrêt pour en ordonner Ten^écution ; et réunis à ceux de Toulouse, quelques mois, après, ib ne disent pas un mot, ni de TEdit, ni de Tenregistrementl Et le parlement de Toulouse, par ses ^réts du 4k novembre 1597 et du 23 septembre 1598, maintient les Jésuites dans son ressort, sans faire mention ni de l'Edit ni de l'enregistrement! Et le parlement de Toulouse, par ces deux arrêts, défend k tous sergents et autres de faire aucunes procédures en vertu d'autres arrêts que de ceux de la cour : et il existoit alors dans ses registres un Edit du roi qui bannissoit les Jésuites du royaume! Le roi, par son Edit, défend à tous ses sujets d'envoyer leurs enfants aux collèges des Jésuites pour y être instruits, sow peiau €i crime de lêu^maje/léyet moins de deux ans après, le parlement de Toulouse, sans daigner faire mention de l'Edit, défend de déteumer les habitants du ressort à! envoyer leurs er^anls chez Us Jésuàes pour'y être instruits; et le parlement de Toulouse connoissoit l'Edit d'Henri lY , et cet Edit étoit consigné dans ses registres 1 Credat Jwiœus apella*

Nous ajoutons que c'est sur le réquisitoire de M. de Belloy, avocat^énéral , qu'intervint l'arrêt du parlement de Béziers contre les Jésuites, du 21 mars 1595. Or, it n'est question de l'Edit, porté deux mois auparavant sur le même objet, ni dans le réquisitoire, ni dans l'arrêt. Je dis plus : M. de Belloy dit que les crimes des Jésuites sont notoires a par les lettres closes d'Henri I*^, et par « le jugement solennel qui en a été donné en la cour du « parlement de .Paris, lequel nous doit servir de témoi

D*HENRI IV. i9

m gnafe de vérité. » J'en suis ao désespoir, mais les leiiftr doses ne furent jamais un iùity et Tarrét du parlement de Paris n'auroit point dû servir priTativement àeUnwi^ gnage de vérité, s'il y ayoit eu un Edit conforme à cet arrêt. M. de Belloy requiert que les Jésuites soient chassés du royaume, d'autant « qu'ils n'ont été jusqu'au- « jourd'hui que tolérés en France. » Cette raison est fausse et ridicule^ s'il est vrai qu'en vertu de l'Edit d'Henri lY^ enregistré dans ce même parlement de Béziers deux mois auparavant I les Jésuites avoient été bannis à per» pétuité du royaume. Des traîtres bannis irrévocable-, ment, le 7 janvier 1595, ne sont point des religieux U>^ Urés jusK{u!au 21 mars de la même année. *

L'arrêt exclut encore tout Edit antérieur âl suffit de le lire; nous ne le transcrivons point parce qu'il se trouve, et dans la plupart des recueils publiés au nom de l'université, elàzxL%\^ Mercure jésuitique, seconde édition deieâl, t. II,p. 536.

Au témoignage positif du parlement même, • qui pré* « tend avoir enregistré l'Edit, » nous joignons le témoignage du parlement de Paris, a qui n'en a qu'une expé^ u ditùm déposée au greffe. » Je Us les remontrances de la cour métrepolàcme de l'année 1603, et j'y trouve que l'arrêt d'expulsion d^ Jésuites fut exécuté « dedans les o ressorts des parlements de Rouen et de Dijon , par le « commandement du roi. » Qu'on combine cette façon déparier avec un Edit solennel enregistré dans plusieurs cours; qu'on me fasse comprendre que , lorsqu'on dit a qu'un arrêt est exécuté dans deux provinces par le « commandement du roi, » cela signifie que « le roi a « porté un Edit plus sévère que l'arrêt, et qui en étend « l'exécution à tout le royaume... » Si ce langage ne se prête point aux vues des auteurs des Comptes rendus, qu'ils avouent du moins qu'en 1603, ni le roi ni le parlement de Paris n'avoient aucune connoissance de TEdil porté en 1595... Nous aurions trop de choses à dire, et

les matériaux se multiplient sous notre main. Ce n'est pas ici le lieu de les employer tous : cette discussion ne sera déjà que trop longue.

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