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SEPTIÈME ASSERTION

-L'Edit irHenri IV ^ été inconnu aux Jésuites qu^il proscriyoity

et qui ont dû Fexécuter.

L'Edit d'Henri lY a été inconnu aux Jésuites, pour qui il dut être un ccup dt foudre , si nous en croyons l'tn^ fable M« Charles (2). Les Jésuites françois n'ont jamais soupçonné qu'Henri lY les eût bannis du royaume. Le génér|kl des Jésuites, le fourbe Aquaviva, n'a jamais eu connoissance de cet Edit, dont il auroit sans doute tiré vengeance.

Nous avons déjà vu que , suivant le rapport unanime

*mmm

(i) Fleuri, Hist, ecclés., t. 36, p. 5o5. (3) Compte rendu à Rouen , p. 1 3i .

D HENUl IV. S

de tous les- historiens y les Jésuites demandèrent au roi leur rétablissementr dans les lieux d'où ils avoient été «liasses «par Tarrét d«i parlement. » «Les Jésuites, di\ « Pasquier (i), font rage de crier contre Tarrest , et, fei- • « gnant d'excuser le parlement, Vaccusent de T injustice « qu'ils disent avoir été par lui commise en les condam- « nant. » Or, c'est au roi lui-même que les Jésuites se ' plaignent de Tarrét du parlement ; Pasquier transfil'it leurs remontrances ; il leur reproche d'avoir écrit Tarrét, * udepuis et contre TafiTêt; » et bien loin de leur objecter TEdit qui renohéri^oit sur l'arfêt, il invite partout fe^ lecteur à conclure qiie les Jésuites « ne coYinoissent que l'arrêt. » Mais entrons dans quelque détail.

Les Jésuites , d$ins toutes leurs requêtes, demandent au roi , « non la révocation de <)*Edit qui les bannissoit d^royaume, n mai^ uniquement- «la révocation d'un* arrêtqui le&avoit bannis de certaines villes duroyaum;e. » Ces requêtes, qui ont toutes le même objet et^ qui sont conçues dans les mêmes termes, Ces r.equêtes auroient %té impertinentes dans la bouche des Jésui tes, s'ils avoieh t . su qu'Henri IV les avoit bannis de tout le royaume par un Ëdit» C'est comme s'ils eussent dit au roi : « Sire, le « parlement de Paris, par arrêt du 29 décembre 1594 > «ndus a bannis de son ressort; Votre Majesté, par un « Edit publié huit jours après, nous a bannis de tout le ir royaume; nous ne demandons point iique vous dérogiez « à votre Edit; nous ne demandons point à rentrer dans «'vos Etats, malgré votre Edit, c'est assez .pour nous de' « rentrer dans tous les lieux « d'où votre paiement nous « a chassés. Nous observerons FEdit de Votre Majesté jr « nous ne vous demandons aucun adoucissement au sujet' « de cet Edit; nous ne vous en parlons même point; nous. « ne voulons point rentrer dans le royaume, mais uni--^ « quement dans la capitale du royaume et<lans toUtds^

•^bvaiv^

(i) Catéchisme des Jésuites, ii*' gart.^ ch^ iQ, p. i66v

« les villes qui sont du ressort de quelqu'un de vos parr o lements... « Si cette requête n'a rien qui blesse la laïque des magistrats , on. ne« peut pas nier du moins qu'elle ne blesse le sens commun. Je conclus donc que si les Jésuites ont demandé au roi la révocation de l'arréi et noû la révo(5ation de l'Edit y c'est une preuve incontestable qu'ils connoissoient Tafrét, et qu'ils ne connoissoient point l'Edita Mais ne nous bornons point à une simple induction.

En 1603, Henri lY alUnt à Metz, paissa par Verdun. Charles de la. Tour, recteur du collège des Jésuites, et ses compagnons , allèrent saluer ce mpaarque, et le sup- . plièrent a que Tarrest donné contre les 4i^oliers françois « qjoi estudioient hors la France dans les collèges de leur « Société f ne f&t pas pratiqué .contre ceux qui estu- « dioient à Verdun*» Le roi leur dit «qu'il n'avoitpas «voulu que Verdun^»// compris dans Varrest, mais qu'il « entendoitquelesescoliersqui étoientàPont-a-Mousson « vinssent à Verdun ( i ). »

Le lecteur ne doit pas oublier que j dans le prétendu

Edity le roi a fait très expresses inhibitions et défenses à

a to\i^ ses sujets, d'envoyer des écoliers aux collèges de

« la Société qui sont hors, du royaume , pour y être in-

« struits, sous peine de prime de lèse^majesté. ».Mais si

les Jésuites connoissoient cette même disposition de

l'Edit, comment pouvoient-ils demander à Henri IV « que

« l'àrrétqui renfermoit cette disposition n'eût point lieu

«à Verdun?» Mais si le. roi lui-même avoit «quelque

connoissance de son Ëdit, » comment pouvoit-il répondre

« aux Jésuites « qu'il n'avqit pas voulu que Verdun fast

« compris dans l'arrest?» Mais si l'historien qui rapporte

la requête des Jésuites et la réponse du roi à cette re-

quét^e , connpissoit lui-même TEdit du roi, comment a-t-il

pu( mettre ces contradictions et dans la bouche des Jé«

(i) Cbron. septén.y t. i, p. 383.

suites et dans celle du roi ? Mais si les auteurs des Comptes vendus et les magistrats anti-jésuites ont quelque teinture de FHistoire de France ^ comment ontrils pu se persuader que le public impartial dëvoreroit toutes ces absurdités sur la foi d'une expédition enferme?

Ce n'esl pas encore tout : le roi étant arrivé à Metz , les PP. Ignace Anftand, provincial, Cbastelier, Brossât , et la Tour, allèrent se je ter à ses pieds , le mercredi-saint ; et le provincial fit une longue harangue pour justifier la Société de tous les faux bruits suscités contre elle. «Nous « ne doutons aucunement , Sire , dit ce Jésuite en par- « lant à Henri IV, que l'on n'ait tâché par tous moyens « de nous faire paroltre devant vous tout autres que nous « ne sommes, par impositions de crimes les plus grands

« et les plus énormes lesqueb toutefois nous détes-

« tons comme du tout exécrables. » Il entre ensuite dans Le détail des imputations dont cm chargeoit l'institut et les Jésuites, et réfute d'avance tous ces sophismes que le parlement a érigés en démonstrations, un siècle et demi après. Il finit par supplier Sa Majesté «qu'il lui plaise les' «recevoir comme ses trèshumblessubjets,etajouter cette «signalée obligation à une infinité d'autres- qui tiennent «les Jésuites du tout engagés en son^service (i)**** « Dans* toute cette harangue , qui est fort longue , il n'y a pas un> seul mot d'où l'on puisse inférer que le suppliant connoissoit l'Edit d'Hen» IV; Henri IV lui-même, comme nous le verrons bientôt, ne parla à son tour que de I'ar- RÂrdu parlement,. et dit « fort ârmla^/^992^n^ qu'il ne vouloit nul mal aux Jésuites. «^ Le silence du monarque et celui du P. Armand est décisif contre l'Edit; et ce qu'ils disent l'un et l'autre dans cette conjoncture est encore plus décisif que leur silence;

Le P. Mayo, Jésuite, Provençal de nation, vint à Paris en 1603, pour solliciter le rétablissement de lar

(i) Chron. septén.j sous Tannée i6o3, p. 984) etc.

Société ; il eai audience d'Henri IV , qui le reçut «• arec* toute bënigi(iité, » qui Itii dit a que les axrtsti du parle-, «nient ne se pouvoiçnc pas aisënient révoquer^ et que « toutefois il y apportfroîttout ce qui, lui seroit pom-' a ble.« Le P. Mayb fut retenu en cour; il alla partout où le roi étoit; il le suivit à Lyon,. où il t'<^hardit de dire au roi, qu'il hii avoit promis «qtfà temps* il le rên-. droit content : » «Vous avez dit à temps-, Sire , et il est M temps, car il y a neuf mens que T<Mia Pavez promb. » A ce mot, le roi repartit «qu'il n'avoit d'autres diffi-^ « cultes que celle qui naissoitde X^arrii de son parlement ; « mais qu'il les contenteroit et qu'il ne s'en donnât plus « de peine (i). a Ceux qui se donneront la peine de lire ce détail , qu'on trouve dans presque tous, les écrivains du temps, admireront. sans doute Tassufance et (intrépidité du faussaire qui vient de persuader au pârlatuent qu'il existoitun.Edit d'HenH IV en t&95, que les Jésuites, et Henri IV lui-même ne connoissoient point en 1603.

«J'ai dit plus haut que le général des Jésuites, Âqua->. viva, ignoroit parfaitement, en 16&7, l'édit porté contre tous les Jésuites de Firance en 1595. Ecoutons le cardinal d'Ossat , qui écrit à M« de Vill^oi en ces termes ^ <i*Hier vint à moi le P. général des Jésuites, qui est «i:personnage trèsiionorable de la maison d'Aquaviva.;. <ret m'apporta un arrestA% la cour de parlement, im-^ 0 jNrimé à Paris et donné le 31 joiip d'aoust dernier , par « lequel est ordonné que I'arrest du 39 décemhre \h%K « contre lesdits Jésuites sera exécuté selon sa forme et tt teneur, et en conséquence de ce sont faites inhihi*w « tions, etc.

«Et sur ledit^Krri^j/, le P. général, ai^ec grande modestie,. « comme il est très sage et très modéré, me jremonstra; a l'instance que N* S. P. avoit fait faire envers le roi... « à ce que ceux delaSofciété... fussent r^is en France.,..

(0 Ckron. septén,,stuwe i6o4, p* 4^6*

< et maintenant , non ^ seulement ne complaire point à « S. S. en sa demande, mais tout au contraire ordonner' a que Tarrest de Tan 1Ô94 seroit exécuté... étoit chose tt qui déplairoit grandement a Sa Sainteté et a toutes « personnes modérées.., me requérant d'en écrire au roi « et supplier Sa Majesté d'empêcher que les choses ne pas* « sasseni cuire. . .

« Je leus ledit arrQst tn sa présence , et puis lui dis que « j'en étcMs man^y... ; mai^ que je Tasseurois que le foi « n'y avoU aucune part; que la cour de parlement faisoit a des arrests sans en d^mander'congé niatbfis k Sa Majesté ; « et quand le roi eût été dans Paris mesme , il n'en eust « rien sçu avant que ledit arrest eus! été donné ; beaucoup o moins l'avoit-il pu sçavoir en étant loin et en un siège.. . o et aïant une armée ennemie si près... » Qu'encore que « €€t arreSl denné du mois (faousl fust mauvais.. . peur plu- « sieurs rais(ms , si est->ce qu'il ne s'en falloit pas tant « émerveiller, pour ce quel' arrest de 1594 étant encore a sur pied et n* ayant peint été révcquéy la cour... n'avoît a quasi peu faire de moins que d'ordonner ce qu'elle 0 avoi t ordonné : que tout le mal éteit au premier arrest, . . . « Je lui dis qu!en ce dernier arrest, je ne voïois d'autre « mal que la continuation de la rigueur et dureté de la « cour de parlement envers eux; mais au reste il n'en a viendroita leur Société autre dommage. Car, commet a le premier ârr^j/ avoit été exécuté au ressert de ce parle^ a ment et non des autres , aus3i n'avoit ladite Société rien. % plus à perdj*e au détroit du parlement de Paris'; et le&. « autres "psirlenientseiéireient encore moins dce second arrest-^ ^ quHls navoient fait au premier. Et jaçoit que parmi le& « autres parlements il y en pouvoit avoir qui n'aimoient^ « guère cette Société, si est-ce qu'ils ne feroient rien. a contre elle , pour ne donner à penser au monde que le- ^ parlement de Pétris eust quelque peuv^r et autorité sur- ^eux.,.

« Quant aux mots plus piquants qu'il m' avoit cités.

« dans Tarrest du mois d'aoust^ je lui dis que despersomur « irrUées contre euxn* en fallcU point attendre paroles doucer. . . « et pour conclusion de mon dire je le priai de ne laisser « pas de bien espérer pour ce dertuerarresi.., ; qu'ils étoient

« jà désirés d'une grande partie de la France ; que

« j'espérois de les voir un jour consolés tous, etremis en- « leur premier estât...

« On ne sauroit faire pis par delà pour le service du

« foi que si maintenant après un si long temps on'

« vouloit chasser les Jésuites qui sont demeurés jus-^ « qu'ici. .. De remettre ou ne remettre point les Jésuites* « au ressort du parlement de Paris et autres lieux, d'où ils- « furent chassés en vertu du peehier arrest j je ne vous u en parle point ; je m'en remets à tout ce qu'il vous « plaira en faire. . . Mais vous né devez permettre en sorte «f du monde que ceux qui sont demeurés jusqu'ici soient « chassés y après un si long temps, auquel le Pape de- « mande et espère que ceux qui furent autrefois chassés- « soient remis... Ce 23 octobre 1597 (i). »

On n'exigera pas de nous, sans doute, un long commentaire sur ce long extrait , qui couvre de confusion^ le parlement et ses sacrés registres. On y voit évidemment que ni le Pape , ni le roi , ni le cardinal d'Ossat , ni M. de Villeroi , ni le très modéré Aquaviva , n'avoient aucune connoissance de I'édit en 1597. Ceux qui ont besoin de nouvelles explications sont incapables de rien entendre, ou ne méritent point de connoitre la vérité. « Le roi avoit donné un Edit contré les Jésuites en 1595, et il est supplié » d'iempécher l'exécution d'un arrêt absolument conforme à son Edit et postérieur à son Edit! oEt son ministre ne craint pas d'assurer que le roi^ qui afaitVE* £t, n'a eu aucune part à F arrêt, lequel renferme les mêmes dispositions que l'Edit; et le cardinal d'Ossat trouve mau* vais « un arrêt ais^ument conforme à FEdit, n et il le dit aur

(i) Lôlù^ du cardinal iPOuatf lettre 1 18.

général des Jésuites, et il l'écrit en cour; et il assure que tout le mal est au premier arrêt, quoique ce premier arrêt « ait été confirmé par un Edit du roi, huit jours après! » EtAqua^iya, au lieu de se plaindre de TËditdu roi^ demande que le roi empêche l'exécution d'un arrêt conforme à son £dit ! ! !

M* Morveau ne manquera pas sans doute de dire que les lettres du cardinal d'Ossat ont été interpelées comme les mémoires de Chivemy ; il pourra faire valoir les mêmes preuves y et rejeter comme, apocryphes des lettres dans lesquelles on lit que les magistrats étcient irrités contre les JésuUfii , et que « des personnes irritées n'en/aut attendre paroles douces. »

HUITIÈME 4SSERTl0n.

L'Edit d^Henri iV a été inconnu k la reine , épouse d'Henri IV.

L'édit d'Henri IV, inconnu à tous les écrivains, à tous les ministres I aux ambassadeurs, aux magistrats, au chancelier, au Pape, aux Jésuites, et à tous les François, n'a pas été plus connu de la reine de France, épouse d'Henri IV. Consultons l'histoire , ne citons qu'un fait et abandonnons-en les conséquences au lecteur.

En 1600 , la reine de France passa par Avignon , pour aller joindre le roi, son époux, qui étoit à Lyon* Les Jésuites d'Avignon furent chargés spécialement de faire les honneurs de l'entrée de cette princesse. C'est à cette occasion que , sous l'emblème d'Hercule et des différents travaux que l'histoire et la fable mettent sur le compte de ce héros, les Jésuites représentèrent les travaux et les trophées d'Henri IV (i).

Je me borne à remarquer que les Jésuites étoient alors exterminés par arrêt du parlement; et, s'ils avoient été

■ III ■■■— .— ■•i»»»*^— W— «Il I— 1^1— i I I — — — ^— — — ^IM»— — — — ^—

(i) Rod. Botereii , t. i, p. 6i3.

1^ DE LiRDIT

regardes comme les ennemfis de la France, et comme hes ennemis personnels d'Henri IV, est-ce à eux qu'on se seroit adressé pour une pareille fèj;e ? Auroient-ils eu rimpudence d% s*y prêter? Et s'ils étoient ^i furieux contre le monarque , comment purent-ils se dét^miner à chanter publiquement ses triomphes et ses vertus?

Mais ne perdons pas de vue TEdit d'Henri lY^et interrogeons les personnes sensées. Si Henri lY âÎToit exterminé les Jésuites pour avoir attenté à sa propre personne^ et pour avoir enseigné qu'un pareil attentat est mérî toÎTe devant Dieu , se seroit^on adressé à ces mêmes Jésuites ^ cinq ans après , pour célébrer ses victoires et ses exploits? La politique permettoit-elle qu'on les fît parokre sur la scène, dans une conjoncture aussi délicate? Les habitants d^Avignon devoient-ils t;hdisir*les assassins du roi pour donner des fêtes à la reine ? et la reine elle-même l'auroitelle souffert? L'édit d'Henri IV étoit-il un mystère pour elle? Le sénat de Bourgogne peut seul répondre k ceii questions.

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