NEUVIÈME ASSERTION
L'Èdit d'Henri IV^ été iaconnu à Henri IV. luî^méme^ •
Il se présente ici , malgré nous, une alternative bie» embarrassante. Nous sommes réduits à croire qu'Henri IV étoit un fourbe, ou que ceux qui lui attribuent FEdit du 1 janvier sont des fripons. Que les magistrats nous pardonnent, si nous ne pouvons pas étouffer en nous ce sentiment involontaire qui nous porte invinciblement à croire qu'Henri IV étoit aussi honnête homn^e que lôs auteurs des Comptes rendus. Henri IV, qui vouloit ètte cru sur sa parole de gentilhomme , ne méritera-t-il pas de l'être sur sa parole de roi? Abrégeons ces indécentes réflexions ; épargiions-nous la honte de voir plus longtemps Henri IV en perspective avec M® Chalve t, M* Char-
les, M» Morveau, et même M« Joly de Fleury.,;Que tous les auteurs des Comptes rendus se liguent contre HenriJe- Grand : ce monarque triomphera une seconde fois des magistrats ; et les efforts qu'ils font pour flétrir la mémoire de ce grand prince ne seront pas plus efficaces que ceux qu'ils firent pour le détrôner^
Henri IV n'a jamais connu FËdit inique que les magistrats-osent produire sous son nom. J'ajoute que ce judicieux monarque n'a jamais été capable de porter un Edit qui contraste également avec ses lumières et avec ses sentiments» Nous espérons développer ces deux pro- ' positions d'une manière satisfaisante.
Le lecteur a dû se convaincre plus d'une fois, dans ce que nous avcmsdéjà remarqué, que l'Edit d'Henri IV fut toujours un mystère pour Henri IV. Nous allons recueillir une partie des témoignages que l'histoire nous fournit; il en résultera la démonstration 1^ plus complète , la plus, accablante pour ces magistrats aveuglés, qui croient subjuguer la raison en subjuguant la nation, et qui préten* dent faire la loi à tous les êtres pensants , « en vertu d'une « expédition déposée au grefiie. »
Rémarquons d'abord que, suivant TEdit, « Henri IV u a aperffment recognu que les Jésuites avoient été la fo- «i mentation et appuy des sinistres desseings brassés pour <t réversion de l'autorité du roi ; » ce sont les Jésuites dont le principal but a été « d'induire les sugjets à « poignarder leur souverain , et cela s'est MAiiiFfstEiiENT « découvert dans la très déloyale résolution de poignarder a Henri I y lui-même, prise d'abord par Barrière, à la seule a instigation des Jésuites , et récenlement par Jean Chastel « « qui, par sa conjession et^par ses confrontcUiens avec Guéret^ tt ne permet plus de douter que les Jésuites n'ayen t été ses « participants. Ce sont encore les Jésuites qui ,j9ar exé-^ « crailes et abominables moyens, poursuivent la ruine de la « monarchie et du monarque , » les Jésuites , en un mot; sont exterminés comme corrupteurs de la jeunesse , pertur^'
batenrs du repos public , ennemis de fEtai et ccuronne de France; et « ce sera désormais un crime de lèse-majesté a d'aller prendre de leurs leçons hors du royaume, etc.» Il est àpertemerU reconnu et manifestement découvert que les Jésuites sont des monstres : c'est Henri IV qui Tassure : oseroit-on soupçonner qu'il l'ait dit sans le croire ?
Telles sont, en partie , les horreurs qu'on met dans la bouche de ce bienfaisant monarque, qui, comme nous le verrons, portoit une affection toute singulière aux Jésuites; telle est l'atrocité des imputations consignées dans un Edit qu'Henri lY m connut jamais : c'est ce que nous devons démontrer. Il seroii peut-être a propos de mettre dans nos raisonnements cette gradation qui semble en accroître la force , en conduisant insensiblement le lecteur de ce qu'il y 9 de plausible à ce qui peut lui paroltrç décisif : mais ici Tact est inutile; nous craindrions de nous rendre suspects, si nous suivions une autre méthode que celle de présenter nos garants et de les faire parler, dans le temps, et de la n^éme manière qu'ils ont parlé* Qu'on décompose nos preuves, qu'on les prenne ensemble ou séparément, elles ne perdront rien de leurs forces. « L'Ëdit est daté du 7 janvier 1Ô95:» Partons de cette époque, et jie nous arrêtons que lorsqu'Henri IV « aura porté un Edit contraire. «»
I. En 1595, le 9 janvier, c'est-à-dire « deux jours après la publication de l'Edit, « Henri IV envoie une longue dépêche à son ministre à Rome, pour lui re^ndre compte des raisons « qui l'avoient contraint de souffrir l'exécution de I'arrAt du parlement qui bannissoit les Jésuites; n il ordonne au cardinal d'Ossat d'aller à l'audience du Pape, pour lui faire part des raisons « qui Tavoient contraint de souffrir l'exécution de l'arrêt du parlement. » Je m'arrête, et je défie tous les auteurs des Comptes rendus de persuader à quiconque est encore François, qu'Henri IV, après avoir banni les Jésuites de
tout son royaume par un Edit solennel du 7 janvier ^ écrit le surlendemain à son ambassadeur (i)', ou pour mieux dire au Pape, « qu'il a été contraint de souffrir Texécution de Tarrèt du 29 décembre 1594, qui bannit les Jésuites du ressort du parlement de Paris. » Le parlement, par un arrêt particulier, me bannit aujourd'hui d'une province; le roi, par un Edit solennel, me chasse de tout le royaume huit jours après; et pour s'excuser auprès de mes protecteurs, qu'il a intérêt de ménager, il leur écrit le surlendemain que c'est malgré lui qu'on m'a chassé; qu'il a été contraint de souffrir l'exécution de
l'arrêt du parlement Tel est le personnage que les
magistrats font faire à Henri IV : et ils proscrivent tout citoyen qui croit Henri IV incapable d'une aussi misérable duplicité; et ils prétendent qu'il n'y a que des hommes que la vérité blesse qui puissent combattre^ par de pareils sophismes^ l'existence d'un Edit dont ils \>roAm^ej\xX expédition ou Y enregistrement, plus d'un siècle et demi après!
II. En 1695, le 9 janvier, c'est-à-dire deux jours après la publication de l'Edit, Henri IV écrit à son ambassadeur «n âoUande une lettre dont le parlement de Provence a recouvré l'original, et qu'on trouve en entier dans l'arrêt du 29 janvier 1763. Cette pièce a le même degré d'authenticité que l'Edit, et la Providence n'a pas permis qu'on put s'y méprendre (2); mais enfin, « Y original de
(i) lyOssat, lettre a7, au roi.
(a) a M. de Buzenyal fut envoyé en Hollande, pour faire entendre k leurs hautes puissances que la paix de Yervins ne devoit pas altérer la bonne intelligence qui régnoit entre la France et les Provioces^ Unies, et qu^on pouvoit être en paix avec l'Espagne sans être eu guci ic avec les Pays-Bas. Buzenyal ne fut donc envoyé en Hollande qu'après la paix de Vervins, tx là paix de Yervins ne fut signée que le 3 mai 1 59&. Sully dit expressément que Buzenval n'alla en Hollandef qu'en l59&. U^oy* ses Mémoiresy t. 3, p. 233.)
a Cette prétendue lettre d'Henri IV est d'ailleurs un tissu de wcit-
cette lettre vaut bien une expédition de l'Edit. » Examilions ce qu'elle contient.
Henri lY, échappé au poignard de Châtel et des Jésuites, écrit à M. Buzenval , son ambassadeur en Hollande, pour lui annoncer son entière euérison. Après quelques mensonges bien avérés , ce monarque ajoute : « Je vous envoie Tarrest du parlement contre le malheu- « reux qui Ta commis (le coup), lequel fut exécuté le « lendemain, après avoir reconnu sa faute y comme Fa été tt depuis un certain Jésuite qui avoit composé plusieurs tx écrits et Mémoires approuvans et soutenans l'assassinat- « du fcm roi mon seigneur et frère, et persuadant dVn a commettre un semblable contre moi ; de quoi chacun a a été si esmeu et offensé, qu'en ajoutant tous les maléa fices aux autres que ceulx de cette secte ont commis « contre nos personnes et ce royaume , ladite cour les « A BANNIS d'icelui PAR SON DIT arrét, ayant jugé ne pou^ »« voir plus, avoir. sûreté pour .ma personne et pour a TEstat, souffrant telles gens vivre parmi nous, etc. »
Nous ne remarquerons point ici que cette lettre renferme presque autant d'impostures que de mots , et que l'adresse même décèle le faussaire, puisque Henri IV écrit à Buzenval , son ambassadeur en Hollande , trois ans avant que M. de Buzenval fût ambassadeur en Hollande. Ce n'est Isi qu'une de ces petites incongruités dont la délicatesse des magistrats anti*Jésuites ne se fait aucun scrupule. Quoi qu'il en soit, par cette lettre vraiment originale, Henri I\ dit à son ambassadeur, « Iç
longes et de contradictions. Dans cette lettre, il est dit que Ghàtel ftit "exécuté le lendemain, et il le fut deux jours après. {Mém, de Chivemy, |>. 477') n y est dit que le roi aroit été huit jours entre les mains des ^chirurgiens, et que le jeudi après il avoit remercié Dieu en public; et ce fut le jour même de ce malheureux coup que le roi alla à huit heures ^u soir jusqu'à Notre-Dame de Paris avec toute la cour, où le Te Deum fut chanté, a (Jdém, de Chis^erny, p. 477')
9 janvier, » qu'il lui envoie « Farrét du parlement contre, les Jésuites^ du 29 décembre précédent,» et il ne lui en* voie point « fEeUt qu'il avoit porté lui-même, huit jours après l'arrêt du parlement, deux jours avant la date de sa lettre ! » Henri lY parle à son ambassadeur de Tarrêt exécuté sur l'infortuné Guignard, le 7 janvier ,^et il ne lui dit pas un mot de l'Edit « qu'il avoit publié contre tous les Jésuites le même jour! » Ceux de cette secte, dit Henri lY, sont des scélérats » envenimés contre la France; o ce sont des démons a qui, par leurs maléfices^ veulent engager mes propres sujets a me percer le cœur; » c'est, en un mot, « pour la sûreté de mon Etat et de ma personne » que la cour les a bannis de son ressort; et comme si la sûreté de son Eltat n'exigeoit point leur extermination totale du royaume, le monarque a qui les a bannis depuis l'arrêt, » oublie son Edit pour ne penser qu'à l'arrêt !
Henri lY avoit été blessé le 27 décembre, et, «le' même jour, » il dépêche un courrier pour aller porter à M. Buzenval la nouvelle de ce funeste accident* Quelle exactitude ! Il lui écrit une seconde fois, « douze jours après, i> uniquement, ce semble, pour l'instruire des suites qu'avoit eu l'attentat de Châtel, tant par rapport à la personne du monarque lui-même, que pour le parricide et ses participants. Il n'avoit point écrit dans l'intervalle : aussi n'oublic-t-il rien dans cette seconde lettre. «Le roi a été blessé; il ne l'a été que légèrement; il a été huit jours entre les mains des chirurgiens; il assista le jeudi au Te Deum qui fut chanté en action de grâces; il envoie Tarrêt du parlement; il n'oublie point les écrits et le supplice de Guignard; il rappelle la mort tragique d'Henri III; il charge les Jésuites des imputations les plusatroces; ilrépète que la cour &/ a bannis par son arrêt; il rappelle les circonstances les plus minutieuses.» Ainsi donc, il écrit le 9 janvier une satire contre les Jésuites: il a publié le 7 janvier un Edit contre les Jésuites ; et dans 2 2
la satire écrite le 9 ^ il parle de tout, excepté de l'Edit porté deu% jours auparavant.^ Les magistrats diront-ils que le roi vouloit faire un mystère à ses ambassadeurs d'un Edit adressé à tous les parlemens?... Qu'ils disent ce quHIa voudront ; ils se sont arrogé le droit de touX dire impunément.
III. En 1595 y « durant Taltercatiou et débat qui ina teryint sur le traité de la réconciliation d'Henri lY « avec le Saint-Siège, jamais le Pape ne fit aucune menô tion du rétablissement des Jésuites, encore qu'il l'eût « à eœur; mais Duperron kii ayant assuré qae leur lan* ^ nissement ne pr^édcU et aucune impulsion de Sa Majesté^ « le pape ne voulut pas l'obliger par exprès à faire ce % qu'il se promettoit de sa justice (i). » C'est le témoignage d'un historiographe de France/ qui a dû être instruit des événements qui se passoient sous ses yeux et qu'il étoit chargé de transmettre à la postérité. Mais n'est-il pas bien extraordinaire qu'Henri lY exterminât les Jésuites comme autant de parricides, qu'il attestât à l'Europe entière qu'il avoit été la victime de leur fureur; qu^ deux fois il avait été sur le point de périr sous leurs coups; « quHl avoit apertement recoi^nu et manifes^ ^^^^/ découvert que les Jésuites avaient irassé réversion de lsQn autorité, et que c'éloit à leur seule instigation que Carrière et Châtel s'étoient armés d'un poignard pour lui percer le cœur? » N'eat-il pas bien singulier qp'Heiiri lY afÇrme tout cela dans un Edit le 7 janvier 1595, dans un^ lettre circulaire à ses ministres dans lea ^iirs étrangères deux jours après, et que, dans le mômci temps, il ordonne au cardinalDuperrop, son ambassadeur à^ IVoi^e, d'aasurçr le pape « que le bannissement des Jesi|it^s 2^e ^xoc^Aoïi à' aucune impulsion de Sa Majesté?
)Y. Ë^ 159$ , on proposa à Henri IV le Jésuite Tole^ pau^ légat eç» France, et Henri lY l'avoit accepté VQloo-r
^Q Dupleix, MiHL de Uen/v-k^Granâ^ p. 19^.
D'I1£NRI IV. 23
tiers : de Thou est forcé d'en conveBir. Facik... Passm fuerat ut Taletum, qui hgutiom chewndœ deslinahatur, admit-' i€ret{i). C'esl-à-dire qu'en 1595 Henri IV « ayoit aperie" ment reconnu que tous les Jésuites étoient les ennemis de la France ; il avoit mamfesUmerU découvert que c'étoit ' à la seule instigation des Jésuites que deux scélérats avoient entrepris de le poignarder; » et la même année, le pape lui propose d'envoyer un Jésuite légat ea France, et Henri IV Taccepte volontiers,^ et M. de Thou ne trouve rien d'étrange en tout cela, et les magistrats ne veulent point qu'on en puisse rien conclure contre rEditlII
V. En 1595, le 17 septembre, le cardinal d'Ossat écrit à M. de Villeroi qu'on parle beaucoup à Rome d'envoyer Tolet en France. « Soit qu'il y aille ou non , ajoute « M. d'Ossat, *il sera bon que , lorsque le roi écrira au *^ pape pour le remercier, il écrive aussi audit Tolet tPuns ^ façon particulière , et qu'entre autres choses il lui dise « qu'après Dieu et le roi il reconnoit tenir absolution de «lui; vous assurant, monseigneur; qu'en cela le roi « n* écrira rien qui ne soit vrai y et que sa majesté ne pourra <« jamais le remercier tant que ce ne soit beaucoup au-dessous « de son mériiè (a). » Tels sont les conseils qu'un ministre a l'impudence de donner à son roi en faveur d'un Jésuite, «l'année même que le roi déclare à la fece de l'Europe qu'il avoit apertement reconnu que, pour éviter le poignard des Jésuites , il falloitles exterminer* »
VI. En 1596, le 14 octobre, Henri IV écrivoit au Pape et au cardinal Aldobrandin, pour leur témoigner combien il étoit sensible à la perte quHl venoit de faire par la mort du Jésuite Jolet. Ce monarque ordonna qu'on fît « par toutes les villes de son royaume, en 1596, un service solennel pour l'àme du Jésuite Tolet; il assista
(i) De Thou, 1. Il 3.
(a) Lettres du cardinal d^Ossat, lettre Su.
2i DE L'EDIT
lui-même à celui qui fut fait dan^ la cathédrale de Rouen , où il se trouvoit alors ; o et cependant ce même monarque « avoit déclaré , Tannée précédente, que les Jésuites étoient essentiellement les ennemis de l'Ëtat et couronne de France! » En 1595, il extermina tous les Jésuites de ses Etats, parce que, « par exécrables et abo* minables moyens, ils poursuivent la ruine du royaume et du monarque; » et en 1596^ il ordonne « qu'on fasse à un Jésuite des honneurs qu'on ne fait pas même aux princes du sang ; » et il veut assister en personne au service solennel qu'on fait pour ce Jésuite dans la capitale de la Normandie; et le parlement de Normandie, qui avoit enregistré FEdit contre les Jésuites, voulut assister à cette cérémonie (i)!! Quel homme étoit-ce donc qu^Henri lY? Les magistrats peuvent seuls nous développer le caractère inconséquent de t;e monarque, si chéri pendent sa vie, si regretté depuis sa mort...
VII. En 1597, suivant l'auteur de la Chronologie sepU^ noire, Henri IV, indigné contre le parlement de Toulouse, a qui maintenoit les Jésuites malgré Tarrét du parlement de Paris, » résolut de publier « un.Edit solennel pour faire observer l'arrêt par toute la France... (2) » Chose admirable! En 1597, Henri IV
prend enfin la résolution de porter l'Edit quil avoit déjà pjorté en 1595 ! Ce n'est que deux ans après l'avoir porté
qu'il se détermine enfin à le porter!... » L'intervention du Saint-Siège et le respect que sa majesté portoit à la pieté ARRETA CET EDiT (3),' c'cst-k-dire qu'en 1597 l'intervention du âaint-Siége arrêta la publication d'un Edit publié: en 1595. Telle étoit la piété d'Henri IV, qu'elle l'empêcha de porter contre les Jésuites, en 1597, un Edit de 1595 !!!..... En vérité, j'aimerois encore mieux
(i) Lettres du cardinal cPOssat, lettre 88. (a) Chron, seplén,, sous l'année i6o4* (3) Ihid.
être pu avoir été Jésuite, et subir ranathème des magistrats, que d'être avocat général, et avoir adopté TEdit d'Henri IV.
VIII. En 1598, le 18 août, le parlement de Paris porta « cet arrêt si extraordinaire » contre le sieur deXoumon, sénéchal d'Auvergne, qui n'avoit pas voulu chasser les Jésuites de Tournon : Henri. IV interposa son autorité en faveur du sénéchal d'Auvergne, et pour empêcher Texécution de Tarrét. Cette conduite d'Henri IV n!est« elle pas aussi extraordinaire que l'arrêt dont il empêcha Texécution? Et s'il avoit .connu son Edit en 1595, auroit*il interposé son autorité «pour défendre qu'on lui obéit (i)?.«. » •
IX. En 1598, le 4 octobre, Henri IV écrit au duc de Luxembourg, son ambassadeur à Home, « qu'il se veut accommoder au vouloir de Sa Sainteté touchant lés Jésuites. » Le monarque doit apprendre le vouloir de Sa Sainteté de la- bouche à^HorcUio del Mente, archevêque d'Arles, que le Pape envoie en France pour cela. L'archevêque d'Arles a pour charge principale de demander «que les Jésuites, qui ont été chassés du ressort du parlement de Paris, y soient remis. » C'est sur quoi on
f prévient Henri IV (2), qui ne trouve pas ridicule qu'oïl ui demande le rappel dçs Jésuites « chassés par Tarrét du parlement,» sans lui dire un mot de .ces mêmes Jésuites o chassés par son propre Edit... ««Ce n'est pas à moi à concilier toutes ces contradictions.
X. En 1600 , lorsque la reine fit son entrée à Avignon, les Jésuites furent chargés de désigner les fêtes qu'on donna à cette princesse. Henri IV étoit alors à Lyon : il n'ignoroit rien de ce qui se passoit à Avignon ; on ne
' voit nulle part qu'il ait trouvé mauvais, ou du moins déplacé, que ces monstres, qui l'avoient «apertement et
(1) y oyez première partie, p. a8.
(a) Lettres du cardinal £ Ossat « lettre 1 63 .
manifealement assassine deux fois, » se fiiaoeiit chargés de donner des fêtes à la reine son épouse.
XI. En 1601, le 20 janvier, Henri IV écrit de Lyon «ne kmjue lettre au cardinal d'Ossat ; il lui rend compte des entretiens qu'il a eus avec le cardinal Àldobrandin , légat du Pape. « Il m'a fait instance, dit ce monarque, « du rappel des Jésuites. » Après lui avoir représenté y « continue toujours Henri lY, les difficultés qui m'avoient « emp&dié jusqu'à présent de satisfaire à cette demande, ■ je lui ai fait entendre mon intention être « île Us ad- « mMre en certains lieux de mon royaume... n Sur cela, je « lui airproposé l'union d'un certain prieuré assis auprès « de ma maison de La Flèche , k un collège que je désire « fonder audit lieu , auquel je/ais estât de loger lesdài Je- 9ijuites, comme les estimant plus propres et capables que les « autres pour instruire la jeunesse y ce que ledit cardinal a « loué et m'a promis de favoriser envers Sa Sainteté. «Partant, je commanderai que les mémoires vous en « soient envoyés au premier jour, afin que vous le lui • rementeviez et en fassiez la poursuite : car j'estime que « ladiie fondation, /aiU en Cune de mes maisons, seua profi- « TABLB AU PATS etfovoroble àceux dudit Ordre (i).n Cette lettre est certainement d'Henri IV : je demande qu'on la compare avec l'Ëdit, et qu'on prononce...
XIL En 1601, Henri IV permit au P. Larenzc Mofgio, Jésuite , « d'aller visiter les collèges de la Société qui « étoient en Languedoc et en Guienne (2); » mais n'est* il pas incompréhensible que les Jésuites aient osé demander une pareille permission ? N'est-il pas plus incom* préhensible encore qu'ils Talent obtenue d'Henri lY, qui les avoit a exterminés, » « comikie ses ennemis personnels etses assassins?» Mais est-il plus aisé de comprendre qu'mt
(i) Lettre da roi au cardinal d'Ossat, à la fin du tome 5 des Lettres de oe cardinal , p. aS.
(9) LeUres du cardinal d^Ossat^ lettre 953.
£f HENRI IV. 17
nous fasse « un crime de lèse-majesté» de rimpuîsgtnce où nous sommes de concilia cette conduite avec TeKis-» lence et le langpage de TEdit?
XIII. En 1603 y Henri IV passant pa^ Verdun , les H^ suites demandèrent à Sa Majesté que l'arrêt qui défendoît à tous ses sujets d'allé étudier chez les Jésuites n'eût point lieu pour lécollég;e de Verdun. Le roi leur répondit « qu'il n'aToit pas voulu que Verdun fût compris d^ahs l'arrêt. » Il ajouta que son intention étoit que les Frairçoisquiétndioient «à Pont-à*Mousson vinssent à Verdun ;i^ et y adressant ensuite direttement la parole aux Jésuites, il leur dit a qu'ils seroient toujours les bien-venus dam sa maison y et qu'il les vouloit retenir en son royaume; qu'ils lui fussen tbons sujets et qu'il leur seroit bon roi( i ).» C'est ainsi qu'Henri IV, après avoir ordonné qu'on puntt « comme criminels de lèse-majesté» ceux qui enverroient leurs enfants dans les collèges de la Société hors du royaume, déclare aux Jésuites «qu'il ne se souvient plus d'avoir donné dé pareils ordres ; d il a oublié son edit ; H ne se rappelle qu'il y a un arrêt du parlement «quep<!Mir en empêcher l'exécution à Verdun;» il entend que les François « qui ont encouru la peine des rebelles pour avoir suivi les Jésuites en Lorraine, « reviennent en France «pour arller trouver les Jésuites à Verdun. ^4..» Mais, en admettaM Texistence de l'Edit, la requête- des Jésuites de Verdun est une absurdité ; la réponse du monarque le met dans la plus pitoyable contradiction avec lui-même. Le silence seul des Jésuites et du monarque, «qui parlent de l'arr êli et iie font nutte mentiôhde l'Edit,» ee silence seul déconeertéroit des calomniateurs tooîns a{^uerris que ceux à qiii les Jésuites ont afifaire;
Xiy.En 1603, le roi étant à Metz) les Jésuites léi demandèrent leur rappel. Henri IV , après avoir entendu la requête du supérieur , qui portoit la parole,
(i) Chron. septin., sous TanBee i6o3.
lai répondit, en présence de tous ses courtisans, «qn^il a'avoit jamais eu la moindre aversion pour les Jésuites, i» Cest un avocat au grand conseil qui nous a transmis cette réponse (i). Suivant Cayet (2), le monarque leur répondit que pour lui « il ne vpuloit nul mal aux Je* suites ; » mais n* est-il pas singulier qu'Henri IV n'eût jamais eu la moindre aversion « pour des scélérats qu'il avoit apertement et manifestement reconnus pour les ennemis de son Etat et de sa personne ? » N'est-il pas sin* gulier que, «sans aucune aversion pour les Jésuites, » il les eût rendus les objets de l'exécration publique , en les chargeant de l'attentat le plus énorme plusieurs fois exécuté, et toujours avec réflexion et par principe?...
XY. En 1604, H. de Maisse, conseiller d'Etat, fut
envoyé au parlement de Paris, pour.déterminer les ma^
gistrats a enregistrer l'édit qu'Henri lY venoit de porter
en faveur des Jésuites. M. de Maisse rapporte aux cham*
bres assemblées (3), «qu'il y a deux ans ou environ ,
« que .Sa Majesté avoit fait dresser des articles à peu près
« de ceux contenus en TEdit (de rétablissement des Jé-
« suii^)y que ledit seigneur roi fit bailler au Pape par
« son ambassadeur, pensant avoir beaucoup gagné d'é-
« viter un rétablissement général que le Pape demandoit,
« en accordant lesdits articles , par lesquels ceux de ce
« parlement (de Paris) étoient réduits à deux maisons,
« et pour Us autres parUments où l' A.KKk'in avoit été eœécuUy
«réduits à ce qui est porté par l'Edit (de rétablisse-
« ment).»
C'est de la part du roi que M. de Maisse fit ce rapport aux chambres assemblées^ mais de ce rapport ne résultet-il pas évidemment qu'ivn'existoit point encore unEdit de bannissement contre les Jésuites? On voit des parle-
(1) Rodolphi Botereii, etc., t. 3, p. 1 10. (3) Chron, teptén,,MvA l'anDee i6o3.
(3) Arrêt du 6 août 1 769 > p. 1 1 «
menta qai se conforment à Tarrét du parlement de Paris , on en voit d'autres qui n'ont aucun égard à ce même arrêt; mais si TEdit de bannissement ayoit existé; s'il aToit eu son exécution à Rouen et à Dijon , M. de Maisse, envoyé de la cour, aurôit-il pu se contenter de dire : « Et pour les autres parlements où I'arrêt n'ayoit été
Mais enfin TEdit de rétablissement enregistré en 1604, forme seul une démonstration complète contre l'existence d'un Edit contraire, «porté huit ans auparavant.» Un magistrat , dans des remontrances a Henri lY, au sujet du rachat des rentes de l'hdtel-de-ville , lui disoit en 1605 : « Pour hi forme, Sire, c'est une règle « bien certaine en la justice , que toutes choses doi- « vent être révoquées de la même façon quelles cnl été éta^ « blies. Les contrats de constitution de rente ont été « faits en vertu àHEdits vérifiés en vos cours... Il est donc « raisonnable que la cassation de ces contrats soit faite
« par UN ÉBIT VÉRIFIÉ... (i) »
Quand même ce principe n'auroit pas été établi par des magistrats , il n'en seroit pas moins incontestable. On ne révoque , on ne casse , on n'annule jamais une
loi, sans en faire mention; on ne déroge point à un Edit sans parler de cet Edit , et les magistrats ne citeront jamais un exemple du don traire. Le silence d'Henri IV, qui révoque en 1603 un Edit qu'il avoit porté en 16^6, et qui ne dit pas un mot « pour faire soupçonner l'exis- « tence de l'Edit qu'il révoque ; » ce silence est sans réplique.
Pour mieux sentir la force de cet argument, il suffit de remarquer que même « dans le prétendu Ëdit de 1595 , » il est fait mention de l'arrêt qui l'avoit précédé ; il suffit de remarquer que lorsque Henri IV rétablit les
(i) Le Mercure françois , p. 54.
Jésuites dans le Béani y il casse nommémeni rarrét èa pariement de Pau qui les avoit exterminés à perpétuité... a Que les magistrats se donnent la peiçe de consulter leurs registres; qu'ils aient assez de droiture pour n'y voir que ce qui y est et ce qui doit y être, et qu'ils citent un Edit de quelqu'un de nos rois directement contraire à un autre Edit , » et qui ne fasse aucniié mention de cet Edit antérieur doht il annule lès dispositions... »
Mais les faussaires qui ont fabriqué cet Edit, étaientils du moins bien exercés dans leur profession ? Notis avons vu qu'ils se sont mis peu en peine dé les c6n<»Iier ayec l'histoire; mais de «bonne foi pou voient-ils, devoient-ils lire tous les historiens? Ne leur suffisoit41 pss de savoir qu'on n'en trouveroit pas un seul qui eût avoncé en prophes termes, que le 7 janvier 15^5 Henri IV ne porta point F Edit qu'on devoit produire sous ten nom en 1 761? et nous sommes forcés de Fa vouer , nous ne pouvons pas citer un seul écrivain qui se soit exprimé de la sorte; et, dès lors , en vertu de l'arrêt du parlem^ot de Dijon, etsuivant les auteurs des Comptes rendus, nonsn'^vous plus de frexxYe positive a alléguer contre l'existence de l'Ëdit. Mais du moins cet Edit, considéré en lui-même^ annonce-fril du talent dans ceux qui l'ont fabriqué ? Font^ils parler Henri IV, comme Henri IV auroit parlé lui-même? Cet Edit ressemble-t-il en un mot, pour le fond et pour la forme , à un édit qui seroit véritablemeat d'Henri IV? c'est ce que nous allons examiner.