PREMIÈRE ASSERTION
L'Edit d'Henri IV choque tous les caractères de législation.
Nous ne ferons qu'indiquer trois réflexions, parce que nous ne voulons pas épuiser la matière.
I. Un édit doit éu*e adressé k tous les parlements : M. Tabbé de Chauvelin Ta senti , puisque j sans donner a d'autres preuves que sa parole , y» il a prononcé définitivement devant les chambres assemblées , que TEdit d'Henri IV fut adressé a à tous les parlements (i).» Si ce témoignage n'étoit pas au-dessus de toute exception , il suffiroit de remarquer que TEdit ordonne « à tous les Je- «suites » de vider le royaume; or la Normandie et la Bourgogne « ne sont pas le royaume ; » il n'est donc pas possible de supposer que le monarque ait limité à ces deux seules provinces , un Edit dont Texécution ne devoit avoir d'autres bornes que « le royaume. » Cet Edit a donc dû être envoyé à tous les parlements ; a tous les « parlements Font reçu , » suivant M. Tabbé de Chau* velin ; il n'y en a cependant jusqu'ici que trois qui l'aient trouvé dans leurs registres , et le ministère public du parlement de Dijon donne un démenti formel à l'Oracle de \2i cXdi^^e mélropolilaine , en déclarant juridiquement a que l'Edit n'a été envoyé que dans quelques parleyiENTS (2). » Quelques précautions qu'on prenne pour cimenter un traité d'alliance, ou plutôt une ligne offensive et défensive contre un ennemi commun , Talliance n'aura jamais de stabilité , tant qu'elle n'aura pas la vé-
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(1) Idée générale des vices de PinstiUU, p. 83. (?) Arrêt du a; janvier 1764, p. 8.
rite pour base et la bonne foi pour ^rant. Nous pour* rons communiquer quelque jour au public une partie de la correspondance secrète des auteurs des Comptes rendus, et de quelques uns de ces hommes ignobles , dont l'âme, aussi noire que le vêtement, a imaginé ces manœuvres souterraines que l'enfer a secondées (i). On y verra que les chefs du Sanhédrin concertoient toutes leurs démarches , et quç Tan^ivée d'un courrier déterminoit les suffrages. Mais la machine étoit trop compliquée : il falloit mettre en mouvement des ressorts trop déliés, dont l'activité trompoit souvent ceux qui en avoient la direction. D'ailleurs, parmi ceux qu'il a fallu initier à ce mystère d'iniquité , il s'en est trouvé dont l'intelligence étoit fort épaisse : les principaux acteurs n'entendoient pas le latin, et dévoient le parler comme si c'eût été leur langue naturelle ; quelques uns ne savoient pas lire , et dévoient paroitre avoir tout lu ; ceux qui étoient les moins capables de penser, vouloient passer pour philosophes ; et, hors d'état d'effleurer lej objets ^ ils vouloient qu'on crût qu'ils avoient tout approfondi* •• Tout cela s'expliquera dans la suite ; « tout se dira. » Nous terminerons cette première réflexion, en disant que, suivant le ministère public de Dijon, l'Edit d'Henri lY « ne fut point envoyé à tous les parlements, d et que, suivant l'orateur parisien, l'Edit d'Henri IV «fut « envoyé à tous les parlements. » Nous n'avons garde au reste de prétendre qu'il y ait en cela une ombre de contradiction : un a procès-verbal» nous prouvera que c'est une faute d'ortographe^ ou une bévue de copiste.
II. En supposant même , contre toute vraisemblance ^ que l'Edit n'eût été envoyé que dans quelques parlements , il aûroit dû être adressé par préférence au par-
(i) L'auteur de cet écrit, M. Pabbé Dazës, est mort ayant d'avoir pu réaliser cette promesse. Il écrivoiten 1765^ eteii 1766 il ayoit cessé de ▼iyre.
lemenl de Paris. L'Edit regarde nommément « les éco- « liers du coUëge de Clermont de cette yille ; » c*eslr-à dire do la capitale, comme il conste par le texte même de TEdit. Nous n'examinons paini s'il n'y a pas de ToJb»* curité d^ordonner aux Jésuites de sortir « db paris ^ » dans trois jours , a par un édit » adressé à Toulouse ou à Rouen ; « mais en&n y les écoliers du collège de Clermont, » qui avoient suborné Châtel, » le collège de Clermont lui-même, n'étoient ni à Toulouse, nia Rouen. L^Edit regarde donc plus particulièrement les Jésuites, de la capitale; c'est aux Jésuites de la capitale qu'09 iaipute cette complicité avec Ghâtel , qui les rend dignea d'une proscription universelle. Les Jésuites de l^aris sont les seuls , ou du moins les premiers coupables , et cependant Védit qui accuse , qui diffame, qui exterç^ine les Jésuites du collège de Clermont, n'est point adressé au parlement , « dans le ressort duquef se trouve le col- « lége de Clermont ; » j'en prends à témoin le parlement lui-mén\e, qui , dans Tarrét du 6. août 1762 , déclare expressément n'en avoir «qu'une expédition déposée ai:^ « greffe. »