III I I 1^ .■■.>■ É
(1) Jacques I«r, roi d'Angleterre.
(a) J.-J. Rousseau.
honnête homme:' «Je rëpatidois mon tiœur, dit Sully en V parlant du président Sëguier, je répandois mon cœulr u dans le sein de ce grand magistrat, que je connoissois ^ pour être également bon ami, honnête homme , et ex- « cellent politique (i)> » .
Les conséquences d'un pareil éloge ptôuYentbien, ce semble, que^SuUy ne l'auroit jamais donné aux Caradene ^ aux Charles, aux le GouUon, aux Riquet, aux Peiitcue-' not ,ni même aux Ripert, etc. Mais c'est d'Henri IV qu'il est^ question ici, et c'est Sully lui-même que nous allons entendre.
En parlant du rétablissement des Jésuites voici corn-» mexHT's' exprime ce ministre, à qui l'Ëdit d'Henri IV étoit parfaitement inconnu ; « Malgré Farrét qui sémbloit de- «Toir Ôter toutes espérances aux Jésuites > ils aToient « trouvé le moyen de s'approcher de la cour et de s'y Cl faire, jusque dans le conseil même de Sa Majesté, uxf « fort grand nombre de protecteurs et de partisans, dont ti la voix, jointe aux sollicitations pressantes et presque « continuelles du Pape, de la maison entière de Lorraine, "tt et d'une infinité d'autreis personnes , soit du royaume^ t( soit dèâ pays étrangers, se trouva à la fin si forte q\i*il « nèJiU plus possible à Ifenri et y résister (2) . »
Voilà sans doute un début tel que peuvent le souhisiiter les magistrats anti-jésuites; «il ne fut plus possible à Henri de résister à tant et à de si puissantes sollicitations ; » la fermeté de son parlement futpour ce monarque «timide » un exemple inutile, et il eut «la faiblesse » de céder aux raisons du P^ipe et du plus grand nombre de Catholiques français et étrangers, plutôt qu'à Y invective du président de Harlai et aux ^^a/e>mmV/ de l'avocat-général Servi»/ qui devoit expirer subitement en vomissant des horreurs
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(i) Mém, deSuUjr, t. 3, an iSga^p. i38. (â) Ibid,, t. 5. an i6o4} p* 96.
contre la Sodélë (i). Henri IV «ne put réttsterl » Ce fiit donc maigri lai qa'il consentit enfin à rivre au milieu d^une secte de régicides , dont il devoit être la victime; c*est par une condescendance 4{ui lui devint fa taie, qu'il rappela ses assassins : telle est l'induction légale que les auteurs des Ccmptes rendus tirent de ce témoignage et d'autres semblables. Qu'il est triste pour eux que Sully ne is'eji soît pas tenu à ce qu'on vient de lire 1 « Il ne fut pas « possible à Henri ée résister : il faut xinfi gowenir^ ^ ajoute aussitôt Sully (a), que ce prince re sîb fAisoit pas
o EN CELA UNE GRANDE VIOLBIfCE. QuclqUCS JésuitCS
a étoient parvenus jusqu'à Sen faire voir avec plaisir et ■ même jusqu'à approcher ensmte de lui familièrement, » Tek sont les aveux de Sully ; et en faut-il davantage pour prouver qu'Henri IV avoit déjà pour les Jésuites cette affection dont il leur donna depuis tant de preu* ves ? Sully convient que ceux qui s'assemblèrent pour délibérer au sujet du rétablissement delaSociété, savoiant que s'y opposer. *• c'iuil amtnedite une prûpcsiiien,..agréar lie au roi (3); aussi ce monarque eut-il l'attâ^ition de ne pas nommer ce ministre pour assister aux assemblées rolatites à cet objet , quoique ce ministre eût hii-^même assez de droiture a pour se récuser dans un sujet où sa « religion devoit rendre son sentiment suspect de par- « tialité. » Sully raconte fort en détail tout ce qui fut dit de part et d'autre dans le conseil où il fut appdé à la sollicitation de Sillery; il rapporte l'opinion ^de M. dû Thou, qui vouloit qu'on livrât les «tésuitea au parlement; et il ajoute aussitôt :. Ce nest pas là assurénmfU parler im HOMMi: DE COUR (i). Cette réflexion est décisive pour pro^ ver qu'Henri IV aimoit les Jésuites : on ne parloii poiiiit
(i) Mém* ohron* stdagmat, , 4 maw i6ft6. (a) Mém, de SuUjr, t. 5, an i6o4, p. 96.
(3) Ibid.f'p.^. 100, loi.
(4) Ibid,, p. 104.
€n hcmmeele counlomqn^Qïi'proposoitàe leur doimer pcmr juges « leurs vrais ennemis» , et ceux qui étoient portes « d'une animosité extrême » envers la Société.
Sully ajoute qu'il ne vouloit d'abord dire son senti'* ment au monarque^ qui le lui demanda en particulier: « il n'y avoit rien de si inutile^ dit ce ministre^ que ce « que me demandoit Sa Majesté^ puisquelU aveu déjà pris « sen parti. Mais enfin le roi m'ordonna si absolument de « p#ler, qu'il n'y eut plus moyen d« reculer (i). » •
Sully rappcHTte ensuite le distcours qu'il avoit préparé pour une conjoncture aussi critique (2). Les raisons qu'il allègue ont rapport k quatre chefs : la religion y la politique extérieure ; la politique intérieure et la personne du roi. tt L'union entre les Protestans et les Catholiques « peut seule assurer le bonheur et la prospérité de la « France : il Caudroit supposer que. les Jésuites s'accom-* « moderont avec les Huguenots; mais c'est ce qu'on doit a attendre d'eux moins que de toute autre personne qu'on « puisse imaginer, a Ils voudront toujours obéir au Pape « et a leur général; et ceux-ci ne verront jamais de bon a œil la religion protestante marcher sous ses bannières Q particulières. » Il arrivera donc que les Jésuites, tou«* « jours attachés au Pape, « adroits d'ailleurs et intelli* <K gents, el y peur comble, jaloux «fe donner la victoire au parti « des catholiques, » feront un schisme perpétuel dans le « peuple, par leurs confessions, leurs prédications, leuri « livres et leurs discours, etc. a Sully conclut donc, et c'est son argument capital , «que le bien de la religion, de* « mande qu'on extermine a perpétuité du royaume, «de^ « papistes, qu'on empêcher oitmoins que tous les autres,» « de £iire dès livres et des sermons, contre Calvin. i>
Quant au. second chef, Sully représente à son maître que les Jésuites « sont capables de susciter des guerres
{i)Mém. deSnlfy-fip. io6.
(2) Ibid,, p. 108.
« étrangères. » En effet, le Pape aime lés Espagnols ; lôd « Espagnols n'ont de vues que pour la destruction de la « monarchie Françoise; les Jésuites sont de la même re- « ligion que le Pape et les Espagnols : ils s'uniront aiix « ennemis de la France pour la renverser. D'ailleurs , « suivant le système poli tique d'Henri, qui vouloit assu- « rer aTEurope une paix inaltérable, ce prince devoit se «liguer avec les puissances protestantes. Les Jésuites n'y « auroient jamais consenti ; la politique exige ql^on a n'ait rien à démêler avec eux : it faut donc les tenir « éloignés, k moins qu'ils ne se fassent huguenots. »
Le gouvernement intérieur du royaume soufiriroit encore de leur présence, et c'est le troisième chef; «les « Jésuites ref useroient de haïr l'Espagne ; ils ne pourroient * point faire une guerre ouverte à la France ; mais leur « accès auprès du prince, la facilité qu'ils trouveroient à « disposer de son autorité, leur feroient commencer une « autre espèce de guerre contre les ministres et toutes les « personnes en place, qui ne seroient point de leur sen- « timent, c'est-à-dire, de leur religion. » a Je me mis moi- « même, ajoute Sully, du nombre de ceux qui seroient « les premiers sacrifiés à ces nouveaux favoris. » Sully fut un mauvais prophète : il partagea avec les Jésuites la confiance de son maître ; Henri IV combla de bienfaits Sully et les Jésuites; Henri lY aima jusqu'à la mort les Jésuites et Sully (i).
Enfin, et c'est le quatrième chef. Sa Majesté n'ignorolt point les raisons qu'avoient les Jésuites de lui substituer un prince qui voulût ne dépendre que d'eux: les rappeler « c'étoit ouvrir une nouvelle voie au fer et au poison. » Le roi laissa parler Sully> mais il demeura 6 ferme dans son dessein : » Il dit à son ministre qu'il avoit médité de longue main toutes les parties de son discours ; il lui fit remarquer qu'il n'étoit pas surprenant
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(i) Mém* de Sully, p. 1 1 1 , 1 13.
que les Jésuites se fussent dévoués à rEspagne, « qui les « avoit re[cherchés et caressés; » et il ajouta que, « s'ils « aboient trouvé le m^e agrément en France j ou si « on le leur procuroit aujourd'hui, ils oublieroient bien- « tôt l'Espagne (i). »
On voit qu'Henri IV se prétoit au caractère de ceux qui traitoient avec lui. Les ennemis de la Société ne trouvant point d'endroit foible par où ils pussent l'entamer, s'avisèrent de répandre dans le royaume que les Jésuites étoient essentiellement Espagnolsi et par conséquent ennemis de la Franoe. Cette calomnie trouva les esprits disposés à l'adopter : les Calvinistes et les magistrats en firent un moyen d'attaque contre l' ennemi commun. Henri lY comprit qu'il étoit inutile de combattre de front un préjugé presque universel; mais Henri iV savoit que les Jésuites étoient persécutés en Espagne , et qu'on leur faisoit un crime «do leurs liaisons trop étroites avec la France ; » Henri lY savoit qu'un a Jésuite espagnpl n.s'étoit opposé a presque seul » à la faction d'Espagne, piour ménager la réconciliation de la France avec le Saint-Siège (2] ; Henri lY savoit que le général Aquaviva. étoit odieux a l'Espagne, et que Philippe II, piqué contre lui , ne manqua jamais l'occasion de lui s:usciter. des affaires; Henri lY savoit..*. Mais ce n'est pas ici le lieu de pousser .plus loin «ce détail qui nous éloigneroit . trop de notre objet: nous devons recueillir les aveux de Sully qui prouvent « qu'Henri lY aimoitJes Jésuites. » Ce que nous avons rapporté paroit as^s concluant; ajoutons encore quelques tifaits qu'on trouve répandus dans les Mémoires publiés sous le nom de ce ministre.
Pour juger plus sûrement des motifs qui faisoient parler Sully, il suffiroit, ce semble, de s'en tenir à la réponse qu'il met luii-méme dans la bouqbe d'Henri lY.
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£1) Mém, de SuUj, p. 1 1 A.^ j[!i) Le cardinal Tolet.
Scrlly éntrft enfin dans les Tues de «on maître : il promic de ne plus s'opposer îiu rappel de la Société. « Et afiû <( que ce sacrifice qu«,,îe lui iïtisois, ajoute^t^l aussitôt, « ne demeurât pas sans récompense, loin qvUil retcmbât « sarmoi, comme j'avois para le craindre , le roi itie promit « en ce tnomefit deux ehoses sur sa parole royale:' Il l'une, que ni les Jésuites ni personne au ihonde ne lui « feroient jamais déclarei^ la guérite aux |>r<nestants, à « moins que je tie la lui conseillasse moi-théme; Tautre, n qiyerien fte seroil captaible non plus delui faire éloigner « de. sa personne un ministre deht'il seroit satisfait, de « quelque religion qu*il fût,- et Surtout Sully lui«méme... « H m'assurât idneorè qn^il alloit travailler à fhit"^ passer « dans res?|prh des Jéswîtes tons les sentiments qii*il o avoit ^cfur mdi, ûi que je (5ottitiotlix>is^ àPtaïit ^«41 fàl « peu, ë^ quelle manière )1 lear appre^roil à Se cotsktf porlet 5 raofl^g^rd (i). w
Il est évident, par ce récîk, que Sully OTàigtioit uniquement que la faveur ack^o^dée aut Jésuites ne nuisit, aux p^rès du calvinism^e; ôt étant Calviniste lui-, mette, Oe ti'est qu'à oe titre qu^il <»^gndit la Sodiété. H veut être rtfs^ré sur ce qui teg&rdê sa sec^ tat skr ce ^i Tintéresae petÎM^nellemeAt ; é«s^ inquiétudes tiat la vie du roi sie sont évanouies ; et il ne craiai plus que les Jésuites soient régicides, pourvu que leur présewce'n'altère, ni le repos dont îoui^sent les prote^iants^ ni la i^on* fianee dont Heiiti IV honore leobeif deè protestanu, c'està-dire Sdlly^ ltiv4«éiÀe. k^ ^èstei, lout ce qu'on viene de lii^ annofice de la jmrtid'HeWi' 1¥!« utie >ai¥0etion bien marquée pdur les Jésuites: » e'eat'tifeique la seule ébose que nous vouIotÉs qu'oii y vwe; l'amiitié 4'Henri lY suffit pour leur apoUÎgfe.* • ' • '
Suily ëky dttfis- «tite>aatre^ oedasioû v q^ liïpm^^MUs et lef^ ^oèhoUque^ même lui portoient des plaintes contre
( I ) Ment, de Sulljr, p . 218.
DBS JESUITES. 39
'les Jésuites oS Poitiers z « Qu'aurars-ja pufaire pour eux, « ajoute*t-U, auprès d'tîeqri qui venait d'aecorder tout ((récemovBttt k ces religieux que /en cœurjul ^nis dans la « maison âe. La Flèche^ ^u lieu île régllse de t^otre-Dame» a où r<api a coutume de déposer celui de nos rais (i)? » . Les proteslaoU de Metz s adressèrent encore, à S.cdly poHr eoipéeher que le duc d'Ëperaoïiy gouverneur d^ pette TÎUe» y donnât un établissement aux Jésuites» ÇuUy: pldtint 4u roi qu'il fie seroit iait aucjiuie inno^ vatîon. Malgré cette assurance , ces bons protestants craignaient que l'on ne fit chstnger de sentiment à Sa lUâ^tfé :. a Xss Jésuites., continue Sully ^ receyo^ent ■A eilectivement tçus les jours d'Henri de si ^rtes laoar* aques de proiiection, qu'elles ékoient l^ien oapal^Lis tf d'auFtori^r cette crai^lf (a^. » .
.. Tous «^1^ (témoignages, et, une infiiuté d'autres que iM».us supprimons 9 ne suffisent-ils |>oint pour confondre les ^yx%e,}aL]p^\àG^ Comptés rendus^, ^t tous ces iiisensés voldn^ taires, qui avan^^ent Sérieusement a qu'Henri IV ne cconJbla les Jésuitçs de bienfaits, que parce qu'il sa voit qu'ils^voi^); inspiré le projet de Barrière et conduit le poignard ^;Çhat^f el qu'il^^avoient résolu de con^ sommer.^ s^ur ;$a personne un attentat dont ils avoient manqué, mais non pas abandonné rexécution? » Àlais pourvoi qe monarque eutril si peu d'égards aux raisons de >Sul^y^ anx ftvis dn roi d'àngleterre, aux remontrances du parlementa C'esf que la ^conversion de Henri IV étpit ïinoèrei; c'iBSt,que<, devenu v^raiment catholique,, il vouloit satisfaire le, çs9imman>.d^sir des é8^«liques4 c'est fa'il ji'ignorxût ^ \^ .^otife de SaUy:! V^^î-i^^Â^Hi^ du roid'Ai;gle(«rre, « et^k^xeligion dj;^tp9^r|^j»en;t; j> c'e^t ^^il co^noiasott .1^ zèle, et le pair^ tisme du tr^ grand non>bred|eoeuxqui eiipiposoient
(i) Mém, de Sully, t. 6, m s6»9>,^.3I4. (a) Ibid,, 1606, p. 369.
4t) DU RAPPEL
son conseil ; c'est qu'il savoit que Sully etoit a le cheF des hug^aenote; que Jacques P' avoit porté îe fanatisme «jusqu'à ordonner à tous les prêtres catholiques, sous peine de raort, de sortir d'Angleterre ; que le parlement étoit « de la religion de Sully; *> et pouvoit-il ltgn(wer, puisque, comme nous l'avons vu, le parlement lui-même 's'en étoit expliqué dans des remontrances, etavoij^it, en parlant du calvinisme, ce qu'il dit aujourd'hui du jansénisme : que c'est une hérésie inconnue, ^e' est-à-dire 'imaginaire?
On voit que le parlement est toujours de là religion « de- ceux' qui haïssent les Jésuites , » et i|ue lé cemmun désir des magistrats est toujours opposé au commun désir •des catholiques, et plus encore au désir du souverain. Ce fut malgré les magistrats qu'Henri IV rappela les Jésuites; le parlement les avoit bannis ti sans le$ entendre, sans observer l'ordre des' procédures : t' lei**rii, dît M. de Péréfixe, se détermîria « à -leur faire- justice » en les rappelant (i): ainsi leur bannissement i< fuiV glorieusement réparé, » ajoute lé même historien. ' L'ai^rét du parlement fte pçouve autre chose, siiibh « qu'ils avoient beaucoup d'ennemis. » Tous'c'edx dont la^haïne h'aveugloit point Iç jugement « né croyoiént point que la Société fût coupable. » Henri IV avcriifc trofp de discernement pour ne pas apprécier le prétehd'ù ïèle des magistrats;' aussi « révoqua-t-il Farrêt du pariémerit; » et pour en faire sentir T injustice, « H- rappela les Jésuites (2). o^ 'C'est toùjôui^ IVf. de Péréfixe, qui neeroit point lùï-mêihe qdeles' Jésuites aient inérité la proscriptîéh, tet^qui ¥i%savoit point qu^Henri IV èùt confirmé parJun -édit, en 1595 jaParrêt qu'il révoqua *(mi^ un.édit mieux connu', en 1688i'V-Lé j^arleinent qui «toll eiiterminé les Jésuites « s' éfoil laissé trômj)er'^a** les héré-
Hqàès, & dit' un' écrivain très instruit (i); Henri IV ner vouloir point se laisser tromper par les tniigistrats, « k qui leur erreur étoit chère. » L'ânteuTs^ue nous Venom» de citer ajoute dans le même endroit « que le cardinalr d^Ossat et M. ée Béthune, frère du duo «de SùTly et ambassadeur à Rome, daasBindèrent à Henri IV le rétablisse-*' ment des Jésuisés^ an nomr de Clément VHL Ils allcguoient' pour raison que les Jésuites « étoient les plus propres* pour faire reviTreresprîi de FEvangile ; » ils on t des ennemis ^ mais « c'est \é caractère de la Vertu d'étiie toujours^ persécutée. »En un mi^, disent ces deux ministres, « Hhtérèt de la religion et de l'Etat exigeoit qu'on opposât la, Compagnie de Jésus aiAorrent de Thérésie et de Vimpiété qui menaçoit de renverser le trône et Fautel (2). »< Tout cela est bien expressif /mais c'est à l'histoire qu'ont doit s'en prendre: ne nous Itssôns point de l'interroger. Ce n'est poiiit Henri IV qui bannit les Jésuites; ib durent eétte disgrâce passagère au parlement calviniste, qui profita de la conjoncture pour satisfaire sa haine contre une Société «trop papiste (3). » «Les causes « ou les prétextes de cette haine subsistoient toujours « dans l'esprit des magistrats, remarque un magistrat;, «elle paroissoit assoupie; il ne falloit qu'une occasion « pour la réveiller : toute injuste qu'elte étoit, elle étoit « trop invétérée pour s'éteindre en aussi peu.de temps r Nondum causœ avU pratexti^ irarum excideranL senioribus,, nec sopita penitùs in secielalcm otUa, qum elsi vetsra et-. iNJUSTA, MANEBANT (4). Ccttc haine avoit dicté larrêt' du. parlement : doit-on être surpris que le célèbre Muratori^ ait affirmé, sans aucun correctif (6), « que ce même arrêt-
(i) Battaglini, Annal, du Sacerdoce et deV'Empire, an iCfo3, p. i4' li)Ibid, ^
(31) Davila,'!. xiv.
(4) Histor, Galliœ etc. , autorc Gubr. Batik» GramonUo, ct^, , p. 19^..
(5) Annal, ital. , anno i594'
4i VXJ RàPPBL
partit ntiostB à. t&és kes gmts m; BiKR?-L'éditqiilréfoi^ aïoit l'arrêt é»l donc parcuiitre J«va m toub is^ ôkm^ xur SUN t il ne troirva de otSatradic^Mn. que parmi leaCal-^ Tinistea et le» magistrats*.
Henri IV ne voulut p^int s'en rapporasr k se& semlea kdnières; il eràigneit son propve cœnr qui jostifioit kaut^ment les Jésuites; ii cou&uha des œiiiîsizres sages et éelairés doiMr il connoiasoit le zèle paur la religicm, pour FEtat, pour sa persoouae ; le éonseB qui décida cpi'iiëtoit à propos de rappeler les Jésuites étoiticomposé de \raia eitoyens^ qni joignoient à ne attackemeni sineère pour le roi une expérience consommée dans les afiEsûrea*- U suffit de les noBstter: c^étott flbnri de Hbntattorenoî ^ ooninétaUe de France; e'étoit Pomponne de fielKèyrSy ehanœlter de France, qui aroi t ser^ sous cinq rois ; cVr tait Nicolas Brulart de SiUerf^, chancelier de Fr«nee aprèa II. de BelKèvre; c'étoit Charles deFAubespine de CMteauneuf , qai (ut depuis gardft*de»«iiiaus ^ c'éioit Ca-^ Ngnon, chancelier de Nayarre; c'étoît de Yic, eeltii4» mènie que seconda si bien le comte de Brissae pour in^ H*oduîre Henri IV dans sa capitale, et qui fut dbpnis garde-^ieS'Sceftux ^ c'étoit Louis Lefèyre de €}ammartin ^ qui eut les soeanx après M. d'ËrraenonyiUe ; c^étoit Nicolas de Neuville de Yilleroi , secrétaire d*Ëtat; c?étoit André Htiapaute de Maysses, aussi secrétaire d'£Jnt; c'^tcrient le contrÀleur général ^es poste» et le oontrâleur général des finances ; c^étoient enfin le duo de Sully et M. le président de Thon. Je n'en otiblie pas un seul, et tous oonclurent unanimement qu~ Henri IV « ne pouroit pas rendre un plus grand service à la religion et à ses sujets qu'en rappelant les Jésuites. » Je n'excepte que M. de Thou, car le dvkC de Sully opina comme les autres. Après ce détail, je me borne à demander aiix auteurs des Comptes rendus, si tous ces ministres, tous ces magistrats que nous venons de nommer- étoient « des fripons, ou des imbécilles? »
DBS lESUITES. ii
Henri IV étolt donexigeinent éonseîU^, prdè eonsulluSy lorsqu'il se délermina « à remplir lecommuii désir des caifaoKqiics et de tous les gens de bien » en rappelant les JésniteSy « dont l'sbsence ne sefvoit^ dit Matthieu, cjn'à faire sentir le profit de leur présence. » Henri IV ne pouvott pas se dissimuler que Sully ne déçoit pas étve écpttté lorsqu41 s'agissoit « du commun désir d«s catholiques; n quela haine du roi d'Angleterre « honoroit et justiSoit les Jésuites ; » Heilri IV saToit, et son conseil le savoil comme lui y que^ pendant les guerres civiles, les jésuites françois aToient montré « moins de malice quis les autres ligueurs; & et que, si Ton étoit en droit de leur veprocher quelques faute, c'élort tout au plus ci dV voir obéi aux arrêts du parlement. »
PeuUott douter encore des vrais sentiments d'Henri IV? et n'est-ce pas outrager sa mémoire que de l'accuser aujourd'hui d'une duplicité qui fut toujours diamétralement opposée à son caractère? Les ennemis des Jésuites recoururent d'aborda ce pitoyable subterfuge ; ils firent courir le bruit que le roi u'accordôit le rétablissement des Jésuites « qu'à Tioiportumlié du Pape; » que, dans le fond , ce prince « savoît bon gré au parlement de sa résistance, » et qu'il n'étoi4; pas fôcbé d'avoir c^te 'e3£cuse « pour justifier ses délais auprès de Sa Sainteié. » lïenri IV fat irrité de cette supercherie; «il en paria au- « P. Cotton, le second dimanche de l'Avent, avec une « extrême indignation , lui disant qu'il feroit bien voir « qu'il n'étoît ni dissimulé nijlalieur, et qu'il ne dontioit « point cette graoe kYimparlmuié, mais à fe toison (i).« Si cette réponse a besoin d*un commentaire, ce n'est que de maître Ripert qu'il faut l'attendre ; il est le seul qui ait biéB expliqué les motifs « qqi /m^ar^ui^^is/ Henri IV au rétablissement des Jésuites. »>
Mibiasi œ monarque avoit un peWehant si décidé pour
^-^.^•——Êi^^-m 1^. 1 1 ^. ,. , .^-. ■ ■ ... — -■ — . — . .. ^ -■^. - ... .-■-.. - -^—
(i) f7e «il* P. Cotto»^ 1. Il, p,8f.
ses asaas&ÎDS, pourquoi les rappela-t-il si tsard? Pourqitoi souffrit-il que leur exil durât plus de huil ans? Pourquoi résista- t-il aux pressantes sollicitations du Pap<?, qtti paroissoit d'abord attacher le retour d^ ses bonnes grâces au rappel de la Société? Au lieu^d'u^ë dissertation que je veux épargner au l^teur, je jne con* tente de transcrire ce qu'on trouve sur ce sujet dans rhistoriograpbe Dupleîx.
a Le roi y dit cet historineni désiroit fort rappeler les «Jésuites; mais [dusieurs considérations lui enfaisoient « dilayer Vexécution; car, premièrement^ il ne le pou- « voit faire sans annuler Varrét donné Jra&h^mêtU par • sou parlement^ ce qui eust semblé alors injurieux; et « avec le temps , qui donne diverses faces aux affaires , « l'action en ponvoit être moins odieuse. Enseicond lieu, c le roty étant aux prises avec l'Espagnol, ne se pouvoii « passer du service de ses subjetsreligionnaires, lesquels, « déjà outrés de sa conversion,. Teusscnt abandonné Vil « eust rappeté les Jésuites.... Pour une troisième consi- « sidération, le roi craignoit d'offenser la reitie d'A.a- « gleterre ,. Falliance de laquelle lui étoit grandement « nécessaire ; mais après avoir mb fin aux guerres étran- « gères, rangé le Savoyard a la raison, étouffé la conjup- « Fation du maréchal de Biron , renouvelé son alliance « avec les Suisses, fermement établi la paix en son « royaume, et le roi d'Ecosse ayant succédé à la couronne « d'Angleterre, il u résolut vacilebient à rappeler les Jea saiiês (i). »
Lorsqu'on cherche sincèrement la vérité, c'est une vraie satisfaction d'entendre les personnes instruites et qu^ n'ont aucun intérêt à la déguiser, à la trahir. Le texte qu'on vient de lire, et que lesauteurs des CentpUs renduks n'ont eu garde de citer^ ne laisse rien k désirer au lecteur raisonnable. On y voit un grand roi qui subordonne
(^i) Hist.de Henri-U'Grand,^. ^^Q,
DES JESUITES. 40 adx vues d'une sage politique les desseins qm Itii tiennent le plus à cœur, mais dont Inexécution précipitée ne se combine point arec ^l'intérêt actuel de TEtat^ et doit être renvoyéj^kdes circonstances plus favorables* Quelle liaison, qu^jle harmonie dans la conduite, dans le système d'Henri-le-Grand! N'est-il pas honteux pour notre siècle d'avoir produit cea discours inconséquents, qui, sana observer les nuances, sans ménager les gradations, •nt CQusu au hasard cette multitude de rapsodies légales et disparates, qui ont presque forcé la nation à conclure -avec eui^; que x* est par un abps de termes que VEurqpe a donné au premier. des Bourbons, le nom d'Henri-le- Grand?.... Ou ce monarque aimoit cordialement les Jesuiteff, et dès lors, suivant les magistrats modernes, il ne pouvait être un grand homme, encore moins un gi*and roi; ou il cacha la hailie qu'il avait pour eux sous les déhoi« deTaffection la plus tendre, la plus efficace, la plus constante, et dès lors quel personnage que celui d'Henri IVl Voilà recueil ^quel sont venus se briser successivement les auteurs des Comptes rendus Ne sont-ils pas
{>lus à plainare que les Jésuites?.
Henri lY ne se contenta pas de rappeler les Jésuites : il voulut anéantir tous les monuments que Thérésie avoit élevés contre la Société; il ne voulut point qu'il restât le moindre vestige de l'iniquité dont le parlement s'étqit rendu coupable à l'égard des Jésuites; il voulut, en un mot, les rétablir, non seulement dans leurs biens, mais aussi dans leur honneur. Ce seroit ici le lieu de détailler les bienfaits qu'Henri lY répandit avec tant de profusion sur ses assassins : nous nous bornerons à indiquer les principaux : Henri lY fit abattre une pyramide infamante pour les Jésuites, et qui ét<9it comme une espèce d'arc-de-triomphe pour le parlement qui l' avoit élevée, pour les Huguenots qui en avoient fourni le dessin, et composé les inscriptions, pour les libertins qui joignoient leurs éprigrammes aux satires de Scaliger et
du pavlennênt ; Heari IVVëMMtt le^ Jéftolte» en Bëafrn * il les logqa à^ts sa propre maison; il multiplia et dotlt leurs éiabtissemêRU dans tes principales villes de }&én royaume ; il^roulut lœ avoir continuellement auprès de sa personne^ en faire ses Amis et ses confidents ; et afin que son affection pour eux parrùt^ en quelque sorte, lui eurvivre, il ordonna que les Jésuites, qti^it aybitaiméft. pendant sa vie, fussent, après sa mort, les dépositaires de soif coeur; et il ne doutoit point que les fois , qcii bérheroient de son royaume, n'héritassent aussi de son affection pour eux, et ne la perpétuassent , en quelque sorte en donnant leur cœur à ceux qui posiéderoient le sien. Reprenons cesi différents objets; et ne disons que la moindre partie de ce que ekacun peut liA dans, les historiens contemporains.
Henri IV fit abattre la pyramide que le parlement avait fait élever : ce monarque ne put pas voir subsister sous ses yeux im monument que Vimpudence et In tna^ lignite avoient consacré.... Ces termes sont »bien énergiques, mais c'est un magistrat qui les emploie ; ^yrawî«V«» dirai mandat, dit le président de Grammont, vetuf in Je^ suitas monumentum PROCAeitATB réspersum et satyra (i). Le parlement s'ekprimoit sur la destruction de la pyramide de manière à faire craindre que cet événement « n'avançât la fin du monde; v le sort de la monarchie étoit attaché à ta pyramide , e'étoit le palladium de la France; l'arrêt du parlement, gravé sur une plaqué dé marbre noir, ne pouvoit être biffé sans qu'il ne s'en suivit au moins ifti tremblement de terre; il n'y avoit point^ën fle comète qui pronostiquât cette funeste révolution, étoit-il naturel d s'y attendre? Ecoutons encore un moment M. deSull]i^ a Les Jésuites, dit ce minisltre, crurent « qu'il manqueroit taujoui's quelque chose à leur entière « réhabilitation , quelques témoignages qvHils reeussent de
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(i) ffist. gall:,ip. 107. ■
DES J«;SIIITES. 4T
a Im èiemntiâmoedtSaÂfaf^sêé, tant qu'on i^eiroil subsister
• hk pyramide élevée sur le 40I de la maison de CMteK ^Sbl Majie»té, pvessée, pri^e, perséeutëe suf cet atûcle, « dDimenûi à la fin qu'il fàt remis à la délîbéralicui de
• son conseiL imcteyeisp et beaucoup d'aoù^es croyoîent «la'vee moi , "que ce n'étoit point tl*aiier la Société en en- «» nêinie, que de eonclure à hiffer seuUm^tèê tÎMenption, m «N PB9 f ean a la TÉaivé, éçnèeéttepyramickitfiit chargée;
• ipais elle aroît si bien su gagqer la plus grande partie « de cecti qiii compesaièpt Iç conseil , qu'elle e^ obtint « un arrêt tel qu'elle le demamloit (i). »
On Toit par ce témoignage que Sully lui-même étoit d'avis qu'on biffât t inscription ; on voit que, suivant le ebef des huguenots, œtte inscription éteit à la vérité un p€u/ûrU; cet aveu, tout modifié qu'il est, ne suffit-il pas pour confondre ceux qui avoient élevé la py ramidç , et pour justifier le monarque qui la fil dénuxUr? ^'y av.oii.il pas d'ailleurs de la contradiction à révoquer l'arrêt du parlement en rétablissant les Jésuites, et à laisser subsister cet arrêt gravé sur la pyramide, ou la pyramide elle-même élevée en, vertu dç cet arrêt? Ce monument avoit été élevé « moins contre le< parricide de Jean Châtel « que contre les Jésuiles^, » qui n'étoient haïs que parce qu'ib s^obstinoient à n'être pas coupables. Henri IV, qui Touloit ménager l'honneur du parlement, insinua qu'il s^roit à propos que la pyramide élevée par un arrêt, fût rasée par un autre arrêt. « M. le Chancelier assembla les « présidents avec les gens du roi , auxquels il proposa au « nom du roi eett€! affaire ; maïs ayant c<»inu que le plir- « lemenl n'y consentiroit jamais, il fut résolu dese servir « de l'autorité du roî {%). 1»
Les ennemis ^de» Jésuites, qui avoient leurs vues, faisoient craindre le tumulte du peuple, « qui pourroit,^
p<»iiifi<ji ^1
■I 11 ■ ■■ii'i ■ I
(i)Mém. deSuUf, t. 5, 1. ïx, p. 563.
(a) Journal tVHcnri IK, t. 3, an i6o5, p. 276'.
« disoient-ib, se soulever et empêchée rexéboitôè d^ « ordres du roi. » On proposa sans afFoctation de fafrft démolir la pyramide pendant la nuit : le P. Coifeciny.qui vit l'artifice, « soutint que la pyramide devoijb èlr9«dé* tt molie pendant le .iour> disant tout haut qu'Henri IV <t n'étoit point un roi de ténèbres (i). » SonaviapreYsiat parce ^n*il étoit plus judicieux; le pilier fut renversé en plein jour, au mois de mai, par le lieutenABt.civil Mii^on^ « envoyé pour ce sujet par Sa Majesié.(2)-; » et quelque chose que pussent faire les magistrats, « le peuple ne se « souleva point, » Les beaux esprit firent, des épigram* mes ; la rage tint lieu d'Apollon à quelques satiriques ignorés , qui croyoient cesser de l'être en attaquant pas des bons mots les Jésuites et les Espagnols. Il y eut beaucoup de qùatr-ains de différentes espèces; nous n'en ei<terops qu'un qui sûrement ne sera pas du goût des auleurs des Comptes rendus. C'est Henri IV que le poète fait parler : ».
J*ôte la pyraqiîde , honte de mes sujets,
Pour des malheurs passés arracher la mémoire ;
Ceux qui n'approurent pas mes hauts et saints projets , .
Feignant d'aimer nton bien, ils envient ma gloire (3).
Le Mercure françois dit a que le roi, continuant ses" ^faveurs aux pères jésuites , leur accorda , au mois de « mai de cette année 1605, la démolition du pilier, vul- « gairement appelé la pyramide. » .Onpensoit, ajouie-tu il, que ce pilier deustétre après mille siècles; mais le t* l'tû.*-* commanda , de son autorité, au lieutenant civil « Miron, de le faire du tout abattre.... ce qu41 fitexé- « eu ter. Nonobstant tout ce qu'on peust dire, et écrire « sur ce subjet, li^enri IV continua envers les Jésuites
■ I I I .111 I ■■ .1. Il, ^ , ,»i„. ■ ■. . I ,1 I ■■ ., .1 II, 'm. ■ ■ I I
(i) Journal de Henri IV, t. 3, an i6o5, p. 375. (ci) Mém. de Sully, t. 5, 1. xx, p. 364» (3) Breuil, Dict. de Paris, 1. 1, p. 176.
-« sa bonté et clémence jusqu'à la fin de sa vie(i)«i» Tel est le langage uniforme de tous les historiens , sans excepter les ennemis des Jésuites.
Le chancelier de Chivemy remarque que la pyramide avoit été construite « aux dépens des biens des Jésuites ; » c'étoit là^ansdoute «l'intention primitivendesfondateurs qui a voient donné ces biens à la Société : personne n'iu-# terprè te mieux que les magis trais les dernières vôloniés dé6 testateurs qui ont fait des legspies. Le chancelier de Chiyerny remarc(ue que lesdUs siewrr du parlement qui avoientexterminélesJésuites , a disposèrent toujours des biens dont il les^ avoient dépouillés, tant qu'ils furent hors de Paris (â) , » c'est*à-*dire pendant tout Fintervalle qu'il y eut de Tarrét du parlement à l'édit qui le révoquoit*. Seroit-ce avoir l'âme bien noire que dUmaginer que ^c» ne fet point là le moindre des obstacles que les Jésuite» eurent à vain^^«? Lorsqu'un aimé le bien public avec, ce désintéressement a qui dicte lès arrêts contre le chef d^ l'Eglise, contre son propre pasteur, contre le souvevain^ ck>n trèfles Jésuites (3); »> lorsqu'on ainie le bien publicavec ce désintéressement qui préside àradministra*^ tion actuelle des biens de^la Société proscrite ; lorsqu^qn aime lérbien public -autant que Taiment la plupart des commissaires séquestres nommés par la cour, on songe uniquementà se Fapproprier ; Que le lecteur me'permette d!irisoiier ici unie-anecdote connue de peu de personnesy et dont'j^ ne prétends faire aucune application: IL n'y a pas bien long-temps qu'un célèbre magistrat, qui a fait', .pendant plusieurs années , Vornement de la cour
1^ M I II !■ ■ I «1 I. I I II m. III ■ Il II I II m m >■■ 1^ Il
(i) 4^erc*yrnnç. jai^^i6o5j p. lo. . •
j(2j J^én^, éC Estât, etc., p. a4^"
(3) Ceci fait allusion à rensemble de la conduite du parlement, dans lë dix-huitième siècle, depuis les scandaleuses querelles qui s'élevèrent entre lui , le clergé «t la cefur, à l'occasion de la lyiiUe Urûg&titus, jusqu'à l'arrêt de proscriptions des Jésuites qui termina cette longue suite d'iniquités politiques et religieuses. (3Fote de l'Editeat,) '
50 i>U aAPPEL
des pairs par ses luntèrea et encore pkii par soa iftiégritëi^ légna en mourant «a faibUothèqutt iau collège de Louis-le-Grand. On s'aperçut bientôt c{tt'«ki principe de conscience avoit dictië cette disposition : la plupart des Ityres. aroient appartenu 4 ce même coUége ; «in des aïeux du magisUrat les aToit confisqués à #oa prol&t soM tHenri IV. C'ëtxHt criai-là m4mû qui iSVoU été le {ri«s actif |tour enlpèdle^ ienr rappel. •» . Mais réprimons :
Henri IV> méprisant les Glan)eulrs^,yîv-oMw/^ pour stf» senril* de reKpnission d'un liisteriea (i), nrdonna qtie h fiyramide fSit rasée èa plein j«4r ; « et isette déuû^* tion fiii un témotgtiafpB é&latant de Tianooence dtea Jésuiuos, ajoute £ponde » (a). « La gloire de leuk* raj^pel rëëutte de TtgaiiMniiiiie de leur bansiisseaseat, dit Mesemi lui-»méme. * La nation ee rangea anssil^ du paifli. de son roi^ et ies enbeUftis des Jésuites «e dédommagèi^ent par des assassinats et des libelles ; ils eraig^ûf ent surtout que les inscriptions gradées sut* la pyramide ne fusietat perdues pour la postériité. L'«slampe y suppléât ciUe j^aSsa dans les oabinets des ealtiniéles et des màgistmls, juse quli oe qu'Henri IV « pouroster du tout la mémoire à tti'ad^emr de ce pilier^ en entoia enle^r la plancbe « de cuivre chez l'imprimeur Jeaa. Lé fGlerovqtii Famt « faite dès l'an U^6 {&). »
Henri4e«CTund ^ après àroir «néamti tout oe qui pou- Toit vappelet «non le «rime des iésuâses^ mais Tini^- Quille de leurs. persëou«enrs% * tie sonfg^-plns qu'à mnl^ tiplier les atoomaienas de son affection pou# une société ^tt'tl esti«la> dès qv^ fut à poveée de la mntnoitre/ll entroit dons les intérêts des Jésuites « non -comme un souverain en ceux de ses sujets , tnai» îoemme un père en ceux de ses enfants ; » il s'étoit fait instmirè ât letir
it *
{y)MBt€iateyrwÊÇoiè^ année i6oS, pb to.
ÎDAtittti, « pour les ^défendre conttte ceux qui Faitàquoieai; » il dispit qu*il étoil bien juste que tandis qu'ils le servoient, il prit soin de les protéger. «Il aimoit « à voir ceux 4^. 1^ Société qui étoient en réputation « d'4¥oir du mérite; il témoignoit quelquefois au P* Coto ton qu*U lui faisoit plaisir de les lui faire connoitre.ll a cçnféroitquelqu^fois avec lui des moyens de ^ multi-» « B)ier en France « et il s^nibloit être fâché qu'ils fussent o en plus grand nombre en d'autres états que dans le c< §içi| ; il leur faisoit 4fi M^n partout j é^epd&lii même « sealibéralitéfiii aux temps des congrég^iions générales, «^H^^e suv la maison professe dde Konie^ Une Touloili « p^Sy 4is<^it-il BOi]^vent^ qu'U y eût iin)9 bolàne yiUe cil « Fra^e ^ oiK il n'y eût un collège de J^ésuioea (i). »
Mais ce n'étoit point dans c0. généreux prince une
bieiiLVBillwce st^riM t% par là mèmeéqvivoqiie. Henri lY
étpit roi de France ât d^ Nayatre : il vo«lui qve.les Jéf
sui^cp eussent des établissements daus le royaume qui
avoit été d'abord son piutrimoine ; le clergé seconda ses
intentioïis; les éyéques étoi^t édifiéa de yeîr que c6
prince y deyenu catholique , youlùt en quelque sorte.
6ire Tapàtre. d^ ses sujets comme il en éèoil le. père*
Les fl^fi^istrats s'éleyèrenl , suîyant Fusage « contre le*-
éyéquisS^ et çoAtrc le sOuyeirain i ils craiguoieiat « que les
Jésiyiites ne conyertissent les cjdyindlaîes. « Par arrêt du;
27 octobre 1598^ dit le Mercure françois» lé ooinr. du
parlement de Pau ordonna a que les Jésuites ne pour-*
<i rodent étire reçus .dan^ le Béatn;^ poùi: y faire «ucftin
« exercice de la rdîgion céthottque ronfkainei.i* Mais à
« jl'instai^tA prièBre et; soilicitalion *de Féyéque d'Oleron
a. et antr<e$ prélats et ecclésiastiques deadils pàys^ Sa
«. Majesté a yo>iljii , par édit du mois de féyrier^ que >
(i^saAS'4T^^gAr4iauftit Br|*èt^ son intenûon étoitqae
« Jes J^^HÎte^ fusaeitt'Iidalis et reçus à fiiire csercioe de
(i) f^ie du P. Coîton, l. ii,p. ï it.
52 DU RàPiPEL
«la religion catholique en Béarn.... (i)» N'oublions point que y suivant le témoignage d'un avocat qui écrivoit dans le temps même, le parlement de Pau eut la gloire « de faire des martyrs ; » des Jésuites furent mis à mort.*.. Par ménagement, rapportons le texte sans le traduire : Prœ ceeteri} mcrtalibus Ignalianum genus cane et angue^ejus bderunt , et Icngè a finibus suis prepulsarwU, repertosque antea ut Sincnes expbratoresque moete
AVFECEAUHT.
Henri iV savoit se faire obéir aur le sommet des Pyrénées comme à Paris j et il convint aux parlements a d'obtempérer, tf Le cemmun désir des catholiques prévalut sur le commun désir des magistra^. Henri lY commença par donner aux Jésuites l'héritage même de ses anedtres; il vouloit que la noblesse françoise, que les guerres civiles avoient rendue ignorante , ou à qui Thérésie avmt donné une science pernicieuse , fut élevée à La Flèche, dans la maison, même où le roi de Navarre, son père , avoît'été marié , dans la maison même qu'il vouloit un jour rendre d^ositaive de son cœur. Si le premier projet n'eut pas' lieu, dans toute son étendue, c'est parce <^ue ce monarque ne vécut pas assez long-temps. Mais dans quel détail n'entra-t-il pi» pour rendre cet établissemeiït digne de lui , et pour prouver à la naticm combien il aimoit. ceux qu!il avoit choisis pour seconder ses vues ? Ecoutons Sully dont le témoignage pourroit suppléer à tous les autres :
Après avoir dit que les Jésuites recevoient tous les jours d'Henri lY « les {dus fortes marques de protee-' tion, » Sully,, qui étoil surintendant des finances , et ()ui auroit désiré sans doute qu'on en fit un meilleur ' eiiiploi,' ajoute aussitôt: « Ge prince fit présent aux ié-' «.smtea, dana cette année (1606), de cent mille 'éciiis «opour leur seule maison de La Flèche , et il prit la
(i) Mercurtifnmçois, année 1608, p. ia6.
m peine f'&ï feire lui-même la distribatioB de la ma^^ « niëre suivante : Cent soixante mille livres pour la a construction du collège; vingt-un mille pour en payer « l'emplacement ; soixante-quinse mille en récompense é des bénéfices pris pour faite une fondation perpétuelle «<À cette maison f parce que ces bénéfices étant possédés « par des personnes qui n'étoient point ecclésiastiques > « on pouvoit les forcer, et qu'on les força effectivement « à les rendre , moyennant un dédommagement $ douze « mille pocH* la maison servant à loger les pères ; trois « mille pour leur acheter des livres , autant pour les -m ornements de leur église ; sit mille pour leur nourri- « ture pendant la présente année , car Henri ny mvûit « rien onUié; eUquinze mille livres que La Varenne leur « avoit prêtées depuis qu'ils étoient à La Flèche , dont et « prince avoit bien voulu leur tenir compte. Cette pièce « est datée du 16 octobre , et signée du roi (i). » Henri IV prenoit la peine de régler lui-même les dépenses écono* miques des Jésuites; il lescombloit de biens > et il leur marquoit lui-même Fusage qu'ils dévoient en faire; il pourvoyoit à leu,r logement ,,à leur nourriture ; il payoit leurs dettes; en un mot , il n'y eublioit rien; il abandon^ noit à Sully Tadministration des finances de TEtat; il se réservoit pour lui l'administration des biens qu'il don* noit aux Jésuites.... Les auteurs des Comptes remtus concluent de tout cela qu'Henri IV savoit « qu'il iie mourroit que delà main d*un Jésuite.... , i* et une partie de la nation trouve dans les Comptes rendus une grande force de raisonnement ! T..
L'historiographe Dupleixy après avoir dit qu'Henri IV> «pour un plus ample témoignage de son affection » envers les Jésuites , leur donna son propre château pour logé* ment y ajoute « que les calvinistes en frémissoient de.
(i) âiém, de Sully, t. 6, 1. xxiu, p. 369.
rage (i). » Quelle, consolation pour eux, s'ib avoient pu prévoir que^ par la protection du parlement , leurs des» cendants « tressailliroient d'aUégress.e » en voyant un jour les volontés les plus sacrées du restaurateur de. la monarchie foulées aux pieds 1
Nous seroit-il permis de demander à Henri IV luimême queb motifs puissants le déterminèrent à montrel* aux Jésuites une prédilection aussi distinguée? Les auteurs des Comptes rendus nous disent que ce monarque , « déjà assassiné au moins deux fois par ces régicides / » se proposoit uniquement u d'enchaîner leur férocité , et de les empêcher de l'assassiner une troisième fois. » Henri IV, moins instruit sans doute de ses propres sentiments, que ne l'a été , un siècle et demi* après , maître Ripert , procureur-général du~ parlement de Provence , Henri IV croyoit être le bienfaiteur de son royaume en se montrant le bienfaiteur de la Société ; ce prince auroit moins aimé les Jésuites s'il a voit eu moins d'amour pour ses sujets, et il ne voulut être Tami déclaré des uns que parce qu'il étoit le père c^^s autres. Voici comme il parle en confidence a un de ses ministres, au sujet du collège de La Flèche, qu'il vouloit donner aux Jésuites:
a J'ai proposé au cardinal Aldobrandin l'union d*un « certain prieuré assis auprès de ma maison de La Flèche, « à un collège que je désire fonder audit lieu , auquel je a fais état de loger des Jésuites, comme les estimant plus « propres et capables que les autres pour instruire la jeu- « nesse : ce que ledit cardinal a loué et m'a promis de « favoriser envers Sa Sainteté. 4^artout je commanderai a que les mémoires vou^ en soient envoyés au premier A jour , afin que vous le lui ramenteviez , et en fassiez la « poursuite; car j estime que ladite fondation, faite en « Tune de mes maisons , sera projltable^ au pays et favo-
ri) Hist, d* ffenri-'le-Grand f-p. 349.
DES JESUITES. Si
^ rabk à ceusp duJU crare,.^^. (i) o Ainsi s^exprimoit con-^ fidemment Henri lY sur le compte des Jésuites^ au commencement de Tannée 1601 , c*est-à*dire dans le temps même que le parlement défendoit de douter que tous les Jésuites, fussent des assassins. Henri lY faisoit en secret l'éloge des Jésuites, trois ans avant de les rappeler : cela ne prouve-t-il point et sa haine pour eux ^ et Teffort qu'il fit par lui-même pour céder long-temps après k Timportunité du Pape ?... En vérité, je suis honteux d'avoir Aes témoignages aussi décisifs h produire : je pe puis presque faire aucun usage de ma logique; j'ouvre les yeux , je lis , et je trouve toujours plus que je ne cherche. Je n'ai presqu'aucune occasion de raisonner avec les auteurs des Comptes rendus: partout où ils disent OUI, l'Histoire dit non ^ partout où ils disent nom, l'Histoire dit OUI ; si j'avois de l'esprit, quel usage pourrois-je en faire 2
Nous nous sommes hâtés de citer Henri lY, afin d'être dispensés de transcrire tout ce que les historiens clas* siques ont dit sur le même sujet. Des recherches superficielles nous ont fourni des matériaux immenses. Noua craignons presque d'en faire de nouvelles, qu'il ne nous seroit pas possible de mettre en œuvre , sans nous exposer: à lasser la patience du lecteur. Nous ne faisons que pressentir la disposition du public , à qui nous ferona part de nos découvertes, lorsqu'il sera plus en état de les apprécier. Nous allons indiquer succinctement les principaux établissements qu'Henri lY donna aux Jésuites depuis l'an 1604 jusqu'en 1610 , que la France et la Société eurent le malheur de le perdre. ^ Par TEdit du mois de septembre 1603, enregistré presque aussitôt au parlement de Dijon , et au commen-' cernent de Tannée suivante seulement, au parlement de
(i) Lettres d'Henri l y au cardinal drOssat du ao janvier 1601/ Voyez les Lettres du cardinal iCOssat , t. 5, à la fin, p. 94 *
Paris I Henri IV permet aux Jésoites 4e réûder ès-TÎHe» de TottloQse , Auch , Agen , Rodez , Bordeaux , Perl*' guedx f les Limoges , Toumon , le Puy j Anbenas et Bétiet^ : toutes ces Tilles s'étoient carnes dispensées d'o* béir a i'arrét du parlement de Paris , et de eonnoltre le prétendu Edit d'Henri IV de l'année 1595. Le roi permet de plus aux Jésuites de s'établir a. Lyon et à Dijon ^ et particulièrement de se loger « en sa maison de La Flèche » en Anjou.
• Un mois après l'enregistrement de wt Edit, Henri IV leur donna des lettres patentes pour s'établir à Amiens. Dans le même temps ^ il leur permit de s'établir à Vienne en Daupliiné. Les lettres patentes, qui sont du 28 terrier 160^ , furent enregistrées sans remontrancoB , daiis lettre* de jussion , par le parlement et la chambre des oOmptes de Grenoble. Au mois de féTrier, encore de lu même année y Henri IV les établit à Rouen , leur donna le collège, et leur assigna six mille livres de revenu à prendre sur les amendes du bailliage, présidial , et autriss juridictions de la ville. Le parlement de Rouen accueillit les Jésuites avec une complaisance qui n'anuoJûçoit point les excès auxquels il vient de se porter contre eux* En 1606, le roi leur accorda des lettres patentes pour s'établir à Rennes, et il leur assigna trois mille livres de rente sur le domaine. Le parlement ne fprma pas la moindre opposition; la ville voulut eontribuier à la dotation de leur collège; un des ancêtres de M. C^iAADeuc ns LA Chalotais, qui s'appelait alors M. Caradene^ se trouve parmi les Beurgeeis notaèUs qui signèrent le contrat de fondation. La même année, les Jésuites sMta- Mirent à Reims , en vertu des lettres patentes du 2w mars. En 1606 encore , par lettres patentes du 26 juillet, enregistrées au parlement de Paris au mois d'août suivant, il fut permis aux Jésuites de résider en leur collège appelé de Clermont. Par de nouvelles lettres patentes du 12 octobre 1609, le roi déclare solennelle*
mettt qull savcU qu41 est utile et nécessaire /»ci{r le lien de ses svkjeU que les Jésuites fassent^Iecture publique de la théologie à Paris » etc. C'est pour procuver lobien de ses sujets qu'il avoît donné aux. Jésuites le collège de Poitiers y quoique le dmc de Sully fût gouyémeur du Poitou ; il les aroit élablts à Moulins , à Eu , a Cahors , à Saintes, a Famiers ^ etc« Les Jésuites avoient, en un mot, trente-cinq collèges dans le royaume, a la mort d'Henri iV.
Ce grand prince atmoit la Société parce qu'il airooit la religion; aussi son affection n'étoit-clle pas restreinte aux Jésuites de ses Etats: ses bienfaits alloient les chercher en Italie, a Constantinople et jusque dans le nouveau monde. On sait tout ce qu^il fît pour obtenir leur rappel à Venise; M. de Canaye, son ambassadeur auprès de cette république, les cardinaux de Joyeuse et Duperron eurent des ordres très pressants d'insister sur cetartiole. Henri IV chargea le baron de Solignac, en l'en^ voyant k Constantinople, de solliciter auprès du grandeseigneur la permission d'^envoyer des missionnaires Jésuites dar|s ses Etats ; le grand -soigneur accorda son agrément et en écrivit au roi, qui fit partir aussitôt cinq Jésuites sous la conduite du P. de Canillac, qui fut comme lerestaurateurdecette mission fondéeàPéra,c'es^ a-dif é, dans un des faubourgsde Constantinople. Henri IV voulut que les Jésuites eussent des établissements dans le nouveau monde i après les découvertes de Samuel de Champlain, du côté de Québec et du grand fleuve, il se forma dans cette nouvelle contrée une colonie qu'on a appelée depuis la nouvelle France; les Jésuites s'offrirent à aller dans les foréis du Canada chercher les sauvages pour en faire des hommes, des chrétiens, et même des Franjçois ; Henri IV les encouragea , lés prit sous sa pro« tection et se chargea de pourvoir à leur subsistance.
A la vue de tant de bienfaits, les Jésuites, pénétrés de reconnoissance , portèrent aux pieds du trône de leur
i8 DU RAPPEL
bieufaiteur « les remerctments des trois provinces de « France* » Ils présentèrent en même temips au monar» que « le catalogue des collèges » qu'ils tenoient de sa magnificence et qui ne subsistoient que par ses libëra-^ lités. L'historiographe Matthieu nous a conservé la rë« ponse que leur fit Henri IV, réponse, dit cet écrivain, aqui « devroit servir d'épigraphe sur tous leurs bâtiments. » Nous la transcrivons sans y rien changer.
a L'assurance suit la confiance , dit Henri lY aux Je» « suites. Je me confie en vous; asseurés tous de moi. « Avec ce papier, je reçois hs cœurs de lente votre Compa^ « grUe, et avec les effets je vous témoignerai le mien. J'ai tou* « jours dit que ceux qui craignent et aiment bien Dieu • ne peuvent faire que bien et sont toujours les plus fideUsà a &ar/7nVu:^. Nous NOUSSOMMES détrompas; jevous estimois o autres que vous n'êtes, et vous ne m'avez trouvé autre « que vous ne m'estimiez. Je voudrois que c'eût été plutét^, « mais il y a moyen de récompenser le passé ; aimez moi ,
u CAR ^E VOUS AIME (l). »
Si ces paroles avoient « servi d'épigraphe » aux bâti-^ menls qu'Henri lY donna aux Jésuites, le parlement les efiaceroit aujourd'hui ; mais elles sont gravées dana le cœur des Jésuites eux-* mêmes, et ce cœur n'est point a du ressort du parlement. » Ils n'oublieront jamais qu'Henri IV avoit reçu les cœurs de toute la CSompagnie, et qu'il leur donna le sien. On n'ignore point l'afiection particulière qu'il conserva jusqu'à la mort pour le P. Cotton. «Quel crève-cœur étoit-ce,. s'écrie n un satirique contemporain , de voir un chétif Jésuite « assiéger l'esprit du roi, et être, par manière de dire, « pendu à sa ceinture, pendant que des princes et sei- « gneurs qui lui ont fait de grands services, avoient « beaucoup de peine d'en approcher ! (9) » Le roi, dit.
mm*
(1) Matthieu, Panégyr. d'Henri IF", etc., V^^iô, ^ïj. (a) Anti-Cotton, ch. ▼.
Cayel, « prit en telle affection le P. Coitôn, aussitât qu'il « Feùt vu, qu'incontinent il ne sie faispit rien qu'il n'y fût « appelé (i)* » Les ennemis de la So^'*^ ^ forcenoient à de ragé ; » mais rage impuissante vis-à-vis d'un prince dont la tête, suivant ^expression de Sixte V, étoit faite exprès pour la couronne de France (a). Nous l'avons déjà remarqué, Henri IV connoissoit mieux qu'homme de son royaume le mérite et le caractère des personnes qu'il se donnoit la peine d'étudier ; sa franchise ne lui pêrmettoit point de dissimuler ses propres défauts, ni
dé pardonner aux autres cette duplicité réfléchie que des hommes d'un génie étroit et rampant ont décorée du nom équivoque de politique. Henri lY savoit que la vérité, grave dans sa démarche, suit toujours la voie la plus droite parce qu'elle est la plus courte; il savoit que rhérésie, le libertinage, la haine s'élancent pour ainsi dire dans des sentiers souterrains et tortueux. La passion ne marche point , elle vole pour devancer la vérité , pour lui fermer tout accès auprès de ceux qui auroient plus d'obligation et de besoin de: l'entendre que le reste des hommes, et qui de tous les hommes sont presque toujours ceux qui l'enteiïdent le moins.
Henri IV éeoutoit tout ; il tachoit même de croire que ceux qui lui donnoient des conseils pernicieux avoient de bonnes intentions ; mais il n'avoit garde de suivre ces conseils, qu'il apprécioit lui-même avec le discernement le plus exquis. £t de bonne foi, s'il entroit dans les vues du duc de Sully, lorsqu'il s'agissoit de l'administration des finances, n'est-ce point parce qu'il savoit que Sully étoit un grand homme d'Etat? Et s'il se bornoit à l'écouter avec Itonté, lorsque ce ministre imputoit aux Jésuites des attentats imaginaires, n'est-ce point
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(i) Chton, septén,f ann. i6o4, p* 4^7.
(a) p^ie de Sixte V, de Gregorio Leti, traduite par M . Lepelletjiér , etc. , 1. 10, p. 317.
parce qu'il aaToit que le svr^ntesadeDt * de s«e finMioed étoit aussi « le chef des huguenots ? » Si Henri lY fit le pre* mîer pas pour s'H^urer Talliauee de Jacques I^^ succès seurd'Ëlizabeth, n'est-ce point parce que celte alliance hii étoit nécessaire pour consommer rexécution d'un prqjet qui devoit perpétuer la paix de TEurope ? et s'il n'eut aucun égard aux instances de ce monarque, qui yoploit lui £iire partager sa haine contre les Jésuites» n'est-^ca. point parce qu'il savoit que Jacques 1*' avoit signalé son aTénement au trône par une déclaration qui ordonnoit^ non point aux Jésuites seuls , comme les auteurs de» Ccmptts nndvLS le donnent à entendre y mais à tous les ec^ clésiastiques de sortir dn royaume dans un mois, à peine de la Tie ? Henri lY poUToit-il ignorer qu'un habitant de Londres « fut pendu » en vertu de cette déclaration, pour avoir non retiré un Jésuite, mais un prêtre séculier après Texpiration du terme fixé pour sortir? Henri lY pouvoit-il ignorer que les catholiques anglois ayant pré* s^ité une requête, pour obtenir de Jacques que l'exercice d'une religion qui avoit toujours été la seule religion de ses ancêtres jusqu'à la reine sa mère inclusivement fût au moins tolérée , ee mônar<)ue pour toute réponse avoit fait publier à Londres a une confession de foi, »dans laquelle il traite le Pape d'anteçhrist, il diminue le nom^ bre des sacrements, il abolit la messe. Tordre hiérarchique de TËglise , etc.? (i) Encore une fois, falloit-il la prudence ^'Henri lY pour se décider au sujet des Jésuites, sans s'arrêter aux représentation» du chef des huguenots en Europe, et du chef des huguenots en France? CemonarqucéiïlairéconsultoitleP. Cotton ; le P. Cotton « avoit rhonneur de posséder l'oreilUe et le cœur de Sa « M^esté (2); n mais çroit-on que ce roi conquérant s en rapportait au Jésuite, lorsqu'il étoit question de xanger
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(1) De Thou, t. 5 , lir. cxux , p. io54- (a) Joawn, d^HenrilV, ann. i6o4, p. \t\^*
DES JBSUriES. 61
dks bautUoos, de dioisir un eamp avanoigeuti de fnàfcher à renmmi? Mais parlons d'Iietiri4e«6faiid^ qui aurait été Henri-riinbéciUfe y s'il avôit confié êa ednsdence à Sully et son ai*tîllerie k €otft>n.
' Ces deux personnages, que leur commun attachement au meilleur des souTeraint auroit unis^ n'iétoiènt guère divisés que par la reHgioné Sully étoit le confident, l'ami d'Henri IV, et on le lui patdonnôît parée qu'il atoit à OQôur le bien de TEtat et la gloire de son niattre ; peut* étre aussi parce qu'il n'étoit que huguenot. S'il avoit eulemalheurd'dtre Jésuite, on en seroit irentf jusqu'à dire de lui ce qu'on disoit du P GottoUi « qu'il n'aroit « gagné les bonnes grâces du roi que par ses èôiàmuni- « cations avec le diable (i). » Ainsi parloient tout haut ces scélérats ignobles dont on vient sous nos yénx d'en* registrer le témoignage. Mais ils ne crurent point que les sortilèges qui aVoient subjugué le cdefur du monarque eussent rendu le P. Cotton invulnérable. « Durant « toutes les grandes faveurs royales , dit Tauteur de la « chronologie septénaire j le P« Cotton ne laissa d'expé- « rimenter les défaveurs particulières (2). 11 fat attaqué « dans un dés carosses du roi, comme nou6 l'avons dit « ailleurs ; la blessure ne. fut pas mortelle, mais le roi V prit si vivement cette affaire, qu'il promit une somme « considérable a celui qui découvriroit les coupables (3) ; « il vouloit assister en personne aux interrogatoires qu'on « fit subir à quelques uhs d'eux j il défendit aux courtî- « sans d'allbr chez le P. Cotton, de peur que le malade « ne fût incommodé de leurs visites ; la reine prit elle- « même le soin de pourvoir h ses besoins; elle lui envoya « les médecins et les chirurgiens de la cour ; Henri IV « disoit tout haut que cette blessure étoit une chose ar-r>
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{i)Journ. d^ Henri ly, ann. i6o5, p. a^S. (a) Jbid,, ann. i6o4) P* 4^^* (3)/6fW.^p. 439-
« riwiù à «otthaity pour donner au P. Cottoa le pbisir « de Yoir combien il étoit aimé (i). Les coupables furent « chassés de la cour, ditCayet, et défense à eux de jamais « s'y. trouver, sur peine ne la vie. Cet écrivain ajouté « que si le P. Cotton n^eùt instamment supplié le roi de* « leur vouloir pardonner, leur affiiire eût été niai (2). « Les ennemis du P. Cotton eurent donc tout à la fois « le double chagrin de voir que sa blessure n'avoit fait « que le rendre plus cher à son maitre, et que ce fut « pour le Jésuite une occasion de demander grâce pour « ses assassins. » 11 ne s'agit plus que de savoir s'il avoit puisé cette charité dans ses cemmunicalicns avec le dialU. Qu'on ne dise point au reste que l'esprit, les talents ou « les sortilèges » du P. Cotton Favoient rendu personnellement cher a son roi (3), et que si la Société ellemême avoit part aux faveurs de ce prince, elle n'en eut point à son estime. Ce subterfuge est encore démenti par tous les historiens; et peut-on exiger des témoignages plus convaincants que ceux qu'on trouve épars dans ce qu'on a lu jusqu'ici ? « Et pour surcroît de satisfaction, a dit Henri lY à SuUjry Ttie voilà à table environné de < ces gens que vous voyez , de l'affection desquels je « suis très assuré. Il avoit à ses côtés, ajouta Sully, lès a PP. Cotton et Gonthier (4). n Voilà déjà deux Jésuites a de l'affection desquels il étoit très assuré , » quoiqu'il n'ignorai point l'unité de sentiment « qui les constitue « tous régicides ; » quoiqu'il n'ignorât point que le P. Cotton « tenoit registre de ses confessions pour les « envoyer au Pape ou au roi d'Espagne (5) ; » quoiqu'il n'ignorât point a l'asservissement indispensable de tous
(i) Fie du P. Cotton, 1. il, p. 85, 86.
(a) Ibid; ann. 1604» p* 4^9*
(3) Fofbz l'éloge du P. Gottoadans les Mém, de^SuUjr, t. 7, p. 66.
r4) Mém. de SuUy, t. 6, 1. x.xixi, p. 3o8.
(5) Anti-Gottx>n, ch. 5.
« les Jésuites aux Tolontés arbitraires d'tin général icu" « jours Castillan. .... »
Henri IVn'ignoroit rien de tout ce que dévoient dire^ un siècle et demi après lui^ les auteurs des Cemptes rendus; mais il saVoit bien des choses dont ceUx-ci ne seront jamais dignes d'être instruits. Il savait, et il le éisoit en plein conseil, en parlant des fondations faites en faveur de la Société , que les fondateurs « auroient « de la joie s'il revenoient s^u monde de voir faire un si « bon emploi de leurs biens (i); » il savoit, et il le disoit en plein conseil» « que la législation des Jésuites est le
a chef-d'oeuvre DE LA POLITIQUE CHRETIENNE : » ils OUt de
« bonnes lois^ dit-il à ses ministres asseiiiblés; laissons- « les vivre selon leur» règles, et qu'on ne me parle plus « d'y rien changer (2). ^ Ce prince dit, Tan 1608, a un Jésuite qui alloit à Rome: « Mon Père, assurez votre « général que je suis Jésuite en mon ame, encore que ma « robe soit bien courte; et mettant la main sur son épée , « il ajoute: Dite&-lui que je veux être son vicaire général « en ce qui touche votre Compagnie en mon royaume, « la prenant en ma protection et sauvegarde, et sou- « haitant la conserver en rintégrité de son institut (3). v
Terminons cet article en rapportant en entier la fameuse réponse d'Henri lY aux remontrances de M. le président de Harlai, et le discours qu'il adressa aux Jésuites à Yillers-Coterets çn 1607. Je sais que ces deux pièces se trouvent partout ; mais elles doivent aussi trouver leur place dans cet ouvrage.
La veille de Noël de l'an 1603, le premier président de Harlai fut au Louvre; avec une suite de conseillers plus. nombreuse qu'à Tordinaire, pour faire un dernier
(i) Vie du P. Cotfn, 1. u, p. 107.
(a) Ibid.y p. Ï09. '•
(3) Rép. à V AnU-CoUàn , par Adrien Behoffe, grand archidiacre de Rouen , p. 99,
f 4 DU RAPPKL
effort «An de déioiiraer le roi du desseift qtt'it «voie d% rappeler les Jésuites. M. de Harlai fit une kaitingue qu'on peut tire dans les auteurs^ des Compte/ rend»/, ek à laqudle Henri IV fit la réponse sniTante :
« J^ai toutes Tos conceptions et sertices en la mienne ^ « mais TOUS n*9^tt pas la mîenAe en la TÔtre. Vons m'ave» « proposé des difficultés qui vous semblent grandes et « considérables > et n'avez cette considération que tout « ce qu'avez dît a été pesé par moi , il y a huit on neuf
• ans; vous faites les entendus en matière d'Ëiat^ et « vous n'y entendeifc non plud xftie moi à rapporter un « procès.
tf Je veux donc que vous saebleai touchant Poîssy , « que si tous eussiez aifssi bien fait qu'un ou deux Je*
• tuites qui s'y trouvèrent à propos, les choses y fussent « mieux allées pour les catholiques | on reconnut dès^ « lors y non leur ambition, mais bien leur suffisance ; et « m'étonne sur quoi vous fondez l'opinion d'ambition, « en des personnes qui refusent ks dignités et prélatures « cftiand elles leur sont offertes, et qui font vœu à Dien « de n'y aspirer jamais, et qui ne prétendent b autre « chose en ce monde que de servir sans récompense tous « ceux qui veulent tirer service d'eux ; que afi ce mot
• do Jésuite vous déplatt, pourquoi rie reprenez-vous « ceux qui se disent religieux de la Trinité? et si vou3 « estimez d'être aussi bien de la Compagnie de Jésus «qu'eux, pourquoi ne dites*vous que vos fllks Sont « aussi bien religieuses que les filles-Dieu à Paris^ et que « V0US êtes autant de l'ordre du Saint-Esprit que mes «chevaliers et que moi? J'aimerois autant et mieux « être appelé Jésuite que Jacobin et Augustin.
« La Sorbonne, dont vous parlez , les a condamnés : « mais ça été comme vous, devant que les connoître; et n si Fancienne Sorbonne n'en a point voulu par jalousie, « la nouvelle y a fait ses études et s'en loue ; s'ils n'ont « été en France jusqu'à présent, Dieu me réserve cette
« gloire qnè je liens à c^e de le$ j établir , ^el s'ilf «'f jH £|;o4ent que par provision » ib y ^eroat éé^ormm par 41 £cUt et par Arrêt. Là Tolonté de ii»es ptédéoesaeur# Aaa « relenoit ; «m volonté est de left éli^Ur*
« L'Université les .a oootre^poÎQtés^ m^i$ ça été, ^ M pour ce qa'ils feiseÂ^Qt mieux .que les autres, ténooia « Taffluence des écoliers qu'ils avgiei»t en leurs ^ollégea» « ott pour ce qu'ils a'éieieod inoorpores^ii rUuiversiitéy ^ dopt il9 ne feront ina^ntc»aot refais quand je ieur copn- « manderai t et quand pour les remettre vous serez eonu traints de me les demander»
«Vous dites q4»'^n voire parlement lea plus doeteis M n'ont rien appris chez enic. Si les pli^ vieux scliat les fi plus doctes y il e»t vrai s car îb 4voien<t étudié devan^t #que les Jésuites fussent oonnns en France; mais j'ai ^ ouï dire que les auu^s parlements ne parloient fias .^ ainsi» ni même: tout k vôitre : ei si on n'y apprend mieux ,« qu'aiUewnSt d'oîll vient que; par leur absence» votreUpi* « versité est rendue toute déserte^ et qu'on les va cbecr * cher, nonobstant tous vos arrêta, à Douai et hors de M «umrpyaume? De les appeler Con^pagnie de factieux, « pour ce qu'ils ont ébé de la Ligue, ça été l'ii^iore dn m temps. lis croyoie^t y l^i^n fair^, comme pinceurs au- « très qui s'étoient mêlés danS' les afi^ires de ce temp»- « VL IMbais fis ont éU trompés et déçus avec eux, et .ont « reconnu tout le contraire de ce qu'ils ayoient cru de ^ mon intenticm. ; mais je veux croire que ç^ été avec m moins de malice que les autres ^ et tiens que la même K oonseifince, jointe aux g;rdees que je leur f^ai, me les «^ affectionnera aniant et plus qu'à la Ligue.
. • lia attirent f dites*vous , les enfants qui ont de l'es*- «prit, voient et .choisissent les meilleurs, et c'e^t de « quoi je les estime. Ne faisons-nous pas choix, des meil- « leurs soldats pour aller à la guerre? Et si les faveurs « n'avoient place , comme envers voi;^s , en recevriez- «voiis qui ne fussent dignes de votafe compagnie , et de
6ft DU RAPPEL
« seoir au parlement? SUis vous fourttissoient des pré- « cepteurs ou des pi^édicateurs ignorants ^ tous les mé- « priseriez : ils ont de beanx esprits , tous les en repre- « nez ! Qoant aux biens que tous dites qu'ils aToient , « c'est une calomnie et imposture , et sais très bien que « par la réunion faite à mon domaine f on n'a su entrer -• tenir à Bourges et à Lyon sept ou huit régents ^ an « lieu qu'ils T étoient au ncnnbre de trente à quarante; « et quand il y auroit de FinconTénient de ce côté , par « mon Edit j'y ai pourTU,
a Le Tœu d'obéissance qu'ils font au Pape ne les obli* « géra pas dsTantage à suiTre son Touioir , ^ue le ser- « ment de fidélité qu'ils me firent, à n'entreprendre rien « contre le prince naturel ; mais ce Tœu n'est pas pour « toutes choses ; ils ne le font que d'obéir au Pape quand « il vendra les envoyer à la cenversien des infidèles; et de « fait) c'est par eux que Dieu a conTerti les Indes, et «c'est ce que je dis souTent , si l'Espagnol s'en est serTi , « pourquoi ne s*en serTira la France ? Notre condition « est-elle pire que les autres? L'Espagne est-elle plus « aimablç que la France ? Si elle l'est aux siens^ pour- « quoi ne le sera la France aux miens? *
« Ils entrent comme ils peuTcnt; aussi font bien les «ff autres , et suis moi-même entré comme j'ai pu dans « mon royaume : mais il faut ajouter que leur patience « est grande , et que moi je l'admire : car, aTec patience « et bonne Tie, ils Tiennent à bout de toutes choses y et « je ne les estime pas moins en ce que tous dites qu'ils « sont grands obserTateurs de. leurf Tœux : c'est ce qui « les maintiendra. Aussi n'ai-je touÎu en rien changer «leur règle, ains les y maintenir ;. que si je leur ai « limité quelques conditions qui ne plairont aux étnm- « gers, il Tant mieux que les étrangers prennent la^ Ich « de nous que si nous la prenions d'eux. Quoi qu'il en « soit, je suis d'accord aTec mes sujets; pour les.ecclé- « sias tiques qui se formalisent d'eux , c'^estde tout temps
d que rignorance en a voulu à la science; et j'ai reconnu^ « que quand je parlerais de les rétablir, deux sortes de « personnes s'y opposeroient, particulièrement ceux de ikia religion, et les ecclésiastiques maWivans; c'est ce « qui me les fait estimer davantage.
« Touchant l'opinion qu'ils ont du Pape, je sais qu'ils,
f( le respecte^ fort, aussi fais-je moi. Mais vous ne dites
« pasqu'on a voulu saisir à Rome les livres de B(. Bellatr^
« min , parce qu'il n'a voulu donner tant de jurisdiction
« au Saint-Père que font communément les autres. Voua
« ne dites pas aussi que , ces jours passés , les Jésuites
« ont soutenu que le Pape ne pouvoit errer, mais que
<t Clément pouvoit faillir. En tout cas, je m'assure qu'ils
«lie disent rien davantage que les autres de l'autorité
« du Pape , et crois que, quand on en voudroit faire le
o procès aux opinions, il le faudroit faire k celle de
« l'Eglise catholique. Quant k la, doctrine d'émanciper
« les ecclésiastiques de mon obéissance , ou d'enseigner
« à tuer les rois, il faut voir d'une part ce qu'ils disent,
«. et informer s'il est vrai qu'ils le montrent a 1? jeunesse..
,<y Une chose me fait croire qu'il n'en est rien t c'est que
« depuis trente ans en çk qu'ils enseignent la jeunesse en
« France , plus de cinquante mille écoliers de toute sorte
« de conditions sont sortis de leurs collèges , ont con-
û versé et vécu avec eux, et l'on n'en trouve uw seul de ce
«grand nombre qui soutienne de leur avoir ouï tenir
« tel langage , ni autre approchant de ce qu'on leur re-
« proche. De plus , il y a des minisires qui ont été étu-
« dier sous eux : qu'on s'informe d'eux de leur vie; il est
" a à présumer qu'ils en diront le plus qu'ils pourront,
. « ne fût-ce que pour s'excuser d'être sortis. d'avec eux.
« Je sais bien qu'on l'a fait, et n'a-t-pn tiré autre raison,
m sinon que pour leurs mceurs , il n'y a rien à dire.
« Quant à Barrière , tant s'en faut qu'un Jésiiite l'ait « confessé, comme vous dites; que je fus averti par un * Jésuite de son entreprise, et un autre lui dit qu'il SC"^
68 DU RkPPtL
m toit oondanmé s'il osoit rentreprendre. Qoaai à Chà'* « tel y les UMimionto ne purent lui arracher aucune ac* « eusatkm à Fencontre de Varade ou antre Jésuite , et ..«8i autrement étoit, pourquoi l'auriez->TOU8 épargné? « car celui qui fut arrêté , fut arrêté sur un atlirô sujet ^ « que Von dit a' être tronté dans ses écrits; et quand m ainsi seroit qu'un Jésuite auroit £ait ce "coup, faut-il « que tQitts les apêtres pâtissent pour Judas , ou que je m réponde de tous les larcins et de toutes les fautes qu'ont M faites et feront à l'aTenir ceux qui apront été de mes « soldais P Dieu m'a voulu alors homiKer et sauver , et • je lui en rends grâce , et m'enseigne de pardonner les m offenses , ei l'ai fait pour son amour volontiers , tant m s'en faut que je m'en veuille souvenir, comme voua « me convies à faire peu clirétieiinem^ity dont je ne m vous sais point de gré» »
Nous osons dire qu'U falloit toute la vivacité de génie et toute la présence d'esprit d'Henri lY, pour s'exprimer sur-le-champ avec cette éloquence mâle et précise qui ne dit rien de superflu , et n'omet rien de ce qu'il faut dire. On ne peut s'empêcher d'admirer , dans un roi nourri a la guerre , cette justesse d'expressrions qu'on ne trouve point dans les remontrances de M. de Harlai , et encore moins dans les Comptes rendus des magistrats modernes.
On a fait quelques tentatives pour affoiblir, s'il étoit possible, l'authenticité de cette réponse ; un libelliste moderne (i) prétend qu'elle est supposée; il s'appuie sur le témoignage de M. de Thou , qui n'a eu garde de s'inscrire lui-même en faux contre une pièce que la <Aritique la plus sévère est forcée d'admettre. La réponse d'Henri IV se trouve manuscrite dans plusieurs bibliothèques y OÙ elle se conserve depuis le temps même
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(i) Hiat, génér, de la naissance et de la Compagnie de Jésus, etc., t. r , p. 4^*
qu^elle fut faite ; la réponse d'Henri IV nous a été trans^ mise par ceux qui l'ont entendue; elle fut imprimée sous les yeux de ce monarque et de toute sa cour^ sans que personne s'avisât de jeter des nuages sur son •authenticité. On la trouve dans les mémoires de Yil^ ieroi) secrétaire d'Etat et confident d'Henri lY; on la trouve dans l'Histoire d'Henri lY, écrite sous ses yeux jpar Pierre Matthieu I son historiographe; on la trouve dans Dupleix ^ historiographe de France ; on la trouve dans le Mercure françois (i); on la trouve dans le plaidoyer de M. de Montholon ; on la tronve partout ^ et les plus grands ennemis des Jésuites se sont bornés k n'en rien dire, sans en venir jusqu'à la contester. M. deTbou lûi-méme n'a pas eu le courage de la dissimuler : il en donne une analyse assez détaillée y se bornant à'&uppri^ mer ce que son cœur ne lui permettoit pas d'écrire , et à affoiblir ce que la nojtoriété publique ne lui permettoit pas de supprimer. Nous allons transcrire le texte méine de cet historfen y et afin qu'on ne nous chicane point sur la longueur de la réponse rapportée par les antres écrivains, nous avertissons que ]^. de Thou déclare lui* même qu'il ne prétend qu'en donner un extrait : c'est cet extrait que nous mettons sous les yeux du lecteur.
IX Le roi y dit M. de Thou y répondit au discours de « M. de Harlay avec beaucoup de douceur, el remercia en « termes pleins d'affection son parlement, du zèle qu'il «t montroit pour sa personne et pour la sûreté de soft « royaume (M. de Thou étoit président). Quant au dan* « ger qu'il y avoit à rétablir les Jésuites, il témoigna s'en « mettre fort peu en peine, et réfuta sans aigreur les rai* « sons alléguées a ce sujet, n (C'cst Cet te réfutation qu 6 l'historien président a trouvé à propos d'omettre.) « l\ « dit quil avoit mûrement réjléchi sur cette affaire, et qu'il « étoit enfin déterminé à rappeler la Société, bannie du
(i) Merc, franc,, t. 5», p. 170 , folio verso.
« du royaume; qu'il espéroit que. plus on l'avoit jugék « cRixiiiELLE dans le temps, p\us elle s'efforceroit d'être .« fidèle après son rappel. » (Ce n'est point Henri lY qui VsLyoitjafée criminelk, de l'aveu même de M. de Thou. ) « Que le péril qu^oN se figuroit , il s'en rendoit garant ; « qu'il en avoit déjà bravé àe plus grands par la grâce de . « Dieu 9 et qu'il vouloit que tout le monde fût en repos a par rapport à celui-ci. » ( M. de Harlay avoit donc calopinié les Jésuites en les représentant comme autant de régicides qui avoient attenté à la vie d'Henri IV luimême j et qui étoient par état dans la disposition de l'assassiner encore ; de l'aveu de M. de Thou , Henri IV savoit que c'étoit un péril imaginaire que les magistrats se fignrcitnl être fort à craindre; de l'aveu de M. de Thou , Henri IV donna au premier président un démenti formel y en termes indirects si l'on veut, mais qui n'en sont pas moins significatifs, ) « Qu'il veilloit au salut de « tous ses sujets ; qu il Itnoit conseil peur eux tous; qu'une « vie aussi traversée que la sienne lui avoit donné assez « d'expérience pour être en état d en faire des leçons aux ^plus habiles de son royaume, » (et par conséquent àuic magistrats y à qui Henri IV étoit surtout redevable de ces traverses qui lui avoient donné assez d'expérience pour leur en faire des leçons. ) « Ainsi qu'ils pouvoient « se reposer sur lui de sa personne et de son Etat. » ( C'est, pour notre malheur, ce que le parlement n'a jamais voulu faire. ) « Et que ce n'étoit que pour le salut des a autres qu'il vouloit se conserver lui-même. »
A s'en tenir à cette réponse d'Henri IV, et en suppo* sant que l'extrait qu'on vient de lire soit fidèle*, que n'est-on pas en droit d'en conclure en faveur des Jésuites et contre les magistrats ?
Je pourrois ajouter que les écrivains catholiques des autres nations rapportent la réponse d'Henri FV, sans qu'il leur soit venu dans l'esprit d'en suspectef* l'authenticité. Je ne transcrirai que celle qu'on trouve dans
FouTrage bien connu d'un evéque italien qu'on n'accusa^ jamais de partialité. Voicr en substance ce que ce prélat met dans la bouche d'Henri IV : « Je ne puis que me « louer de votre fidélité. Messieurs; je tous sais bon « gré de la preuve que vous m'en donnez aujourd'hui : « vous paroissez plus sensibles au bien de mon royaume' «que je ne le parois moi-même; mais tranquillisez- « vous ; il y a une grande différenee entre la discussion « d'un parM et les affaires d'Etat auxquelles vous n'en- « tendez rien. Vous accusez les Jésuites d'ambition , et « je sais qu'ils renoncent par serment à toutes les digni- « tés ; leur nom vous paroit odieux , sachez qu'il est « préférable à ceux de Franciscain , de Jacobin ou d'Au- « gustin ; les Jésuites marchent à la suite du maître y et « les autres ne suivent que les disciples. Vous m'assurez^ « que les Jésuites ont été factieux au temps de la Ligue, « mais le parlement et la Sorlomie elle-même ont été pires « queux. Vous croyez leur faire tort en disant qu'ils at- « tirent à Qix les jeunes gens qui ont d'heureuses dispo- « sitions ; mais je choisis aussi mes soldats, et il est bien « plus à propos que ceux qui doivent instruire les autres « soient les mieux choisis : vous exagérez leurs richesses; « je m'en suis fait rendre compte , ils n'ont pas quinze « mille écus de rente dans tout mon royaume; Tobéisft sance qu'ils vouent au Pape vous scandalise , mais que « lui promettent-ils , sinon d'aller chez les infidèles « chercher le martyre ? Ils s'insinuent , ajoutez-vous , « dans les bonnes grâces des princes ; mais c'est un avan- « tage dont je ne veux pas être privé ; j'ai éprouvé ce «, qu'ils savent faire. Dans deux occasions importantes, « lorsqu'il s'est agi de mon absolution et de la dispense «pour ma sœur, je n'ai point eu de meilleur avocat « qu'un Jésuite ; et si ceux de cette compagnie osent « prendre mon parti à Rome , même où les Espagnols «dominent, que né feront-ils pas lorsqu'ils seront au- « milieu de npus? Je veux donc absolument avoir les.
« Jësttjies auprès de moi ; il faut quUls soient aussi prè» « de vous, xi vous n* aimez renoncer à vos charges ei au titre de^ « f€ns de bien / Un* y a que les huguencts et ks ecclêsiastiqu^r. « ignorons ou scandaUux qui fassentla guerre àlaSociété{i)^ik
Nous supprimons des réflexions que le lecteur fera sans nous ; nous supprimons mille anecdotes que THis* toire nous a conservées, et que nous ne pourrions insérei^ ici sans sortir des bornes que nous nous sommes pres-> crites ; nous ne ferons plus que transcrire uuf autre dis-r cours d'Henri IVy adressé aux Jésuites eux-mêmes , ea que Af. de Montholon , leur avocat , rapporte en entier <}ans son plaidoyer, sans que personne osât alors s'ins^ crire en faux eontre son authenticité. Il serott trop tard aujourd'hui de iaire ce que Tavocat de rUniversité, ce que nul docteur, ce que nul magistrat ne hasarda de faire dans le temps. Cest donc une pièce dont rexÎ3tence est juridiquement constatée, puisqu'elle se trouve danÀ un plaidoyer prononcé devant toutes les .Chambres, sans que la partie adverse ou les magistrats se crussent en droil de réclamer*
En 1607, les supérieurs des Jésuites se rendirent k yillars*Coterets, où étoit le roi, pour lui présenter le député qu'ils envoyèrent à Rome. Le monarque les accueillit avec tant de bpnté qu'ils profitèrent de la circonstance pour lui demander de nouvelles grâces , aprèa. l'avoir remercié de celles dont Sa Majesté n'avoit ces^sé de les combler. Ils supplièrent ce monarque d'aifermir^ par des lettres patentes , leur établissement dans la capitale, et de leur permettre d'ouvrir des classes publiques dans le collège de Clermont. Henri IV, après avoir écouté la requête des Jésuites, leur adressa le discours suivant, recueilli par ceux qui l'ont entendu :
« Il y a quatre ans que j*eus pour agréable la requête « que vous me fîtes à Metz ^ et je ne vous ai point reçus
^m^mmmmm»m,^mmm, « ii ■■ ati ■ ■ ■ ^ ■ ■ i il i i il ■ mm^mm^mm m ■ ii n i ii ■ ■—— «y^
(i)^AQiialidtilSaoenjloziQ. e del Tlmp., t. i, anao i6o3,p. 4o.
« qu'après m'élre bien informé de youa. Vos ennemis « TOUS ont cause ce bien , et ma curiosité a été Totre fit bonheur. Si les choses vont lentement , cette lenteur « ne vient point faute d'aifection et de soiui mais de la « multitude de mes affaires. J'ai j à la vérité j de grandei^ « charges sur les bras , tout ne se peut faire en un coup. « Nous sommes $ur la fondation des collèges , et peu à « peu le reste se fera : j'en ai assez de soin ; les affaires <f reculées pour la presse des autres ne sont pas pour- « tant délaissées. J'ai bien reconnu que ce n'étoit que « calomnie ce dont on vous chargeoit. Je vous ai tou- \ a jours défendus ; et incontinent que f ai su quelque « chose j je Tai dit au père Cotton , afin qu'en étant « avertis vous y puissiez mettre ordre , et pour- vous « faire connoitre aussi que ce que je fais à votre endroit, « n'étoit par faintise et dissimula^on , mais pour vraie a çt sincère affection. J*ai voulu vous mettre en ma « maison , en celle de mes pères , pour donner exemple ff à mes sujets d'en faire de même. J'ai la requête que « vous me faites maintenant pour agréable : je veux bien «parachever mon oeuvre, mais, pour vous dire fran- 4i chement, je ne veux pas que le collège de Paris soit « rendis pour cette heure ; il le sera avec le temps. »
Et comme il sembloit se vouloir arrêter là-dessus , le père Ignace Armand, provincial, répartit qu'il avoit demandé deux choses, et alors le roi lui répliqua :
« J'y viendrai bien ; mais j'ai commencé par ce point « qui me touche le plus. Je me souviens de tout ce que « vous m'avez dit, encore que je ne le suive par ordre. « Il est vrai que vous êtes à Paris comme en l'air, et que « si j'en étois dehors on pourroit vous faire un affront ; « mais il n'a tenu qu'à vous, vous me le deviez dire, je « ne pensois pas que la chose allât ainsi ; si je Teusse su , « j'y eusse déjà pourvu. Donnez m'en un mémoire , je ^ le communiquerai à mon conseil pour le faire expé*; « dier dès aujourd'hui ou demain. Je vous ai aimés et
« chéris depuis que je vous ai connus , sachant bien « que ceux qui vont à tous , soit pour leur instruction » « soit pour leur conscience, en reçoivent de grands pro^ « fits. Aussi j'ai toujours dit que ceux qui craignent et « aiment vraiment I)ieu, ne peuvent que bien faire et « qu'ils sont toujours les plus fidèles à leurs princes ; « gardés seulement vos règles, elles sont bonnes; je « vous ai protégés , je le ferai encore ; je trouve meril veilleusement bon que le Pape ne fasse ni évéque ni « cardinal d'entre vous , çt vous le devez procurer : car « si l'ambition y en troit, vous seriez incontinent perdus. « Nous sommes tous hommes, et avons besoin de ré- « sister a nos tentations. Vous le pouvez expérimenter « chacun en vous mêmes, 'mais vous savez y résister. « J'ai un grand royaume, et comme tels grands peuvent « faire de grands maux ou de grands biens, parce qu'ils « sont grands et puissants ; aussi vous autres qui êtes « grands en doctrine et piété entre les serviteurs de « Dieu, vous pouvez faire de grands biens par vos prétf dications, confessions, écrits, leçons, disputes, bons « avis et instructions ; que si vous veniez à manquer et « à vous détraquer de vos devoirs , vous pourriez faire « de grands maux pour la créance qu'on a en vous. J'ai a été très aise d'entendre que vous advîsiez à donner « ordre qu'aucuns livres ne s'impriment par personne « des vôtres qui peuvent offenser ; vous faites bien. Ce « qui serait bon en Italie, n'est bon ailleurs, et ce qui «< seroit bon en France, seroit trouvé mauvais en Italie ; « il faut vivre avec les vivants, et vous devez fuir toutes <4 les occasions, voire les plus petites pour ce qu'on veille « sur vous et sur vos actions ; mais il Vaut mieux qu'on « vous porte envie que pitié. Si pour les calomnies on « coupoit toutes les langues médisantes, il y auroit bien « des muets, et on seroit en peine de se faire servir. J'ai » été des deux religions, et tout ce que je faisois étant . « huguenot, on disoit que c*étoit pour ceux de ce parti ;
^ et maititenant que je suis catholique , ce que je fais « pour le bien de ma religion, on dit que j« suis Jésuite; « je passe par dessus tout cela y et m'arrête au bien parce « qu'il est bien; faites aussi Vous autres. Ceux qui disent « que TOUS laissiez par esprit de vengeance à remettre «vou'e collège, de Paris ^ ne laisseroient pas d'ailleurs « de parler mal de tous sur d'autres s^ijets qu'ils pren- « droient ; né vous souciez de ce quW peut dire, mais « seulement faites bien. Si de douze mille que vous êtes, « quelques uns viennent à faillir , ce ne, sera pas grande « merveille. Ce sera plutôt un miracle qu'en un si grand « nombre il ne s'en trouve pas davantage, vu qu'il s'est « bien trouvé un Judas entre douze apôtres. Cependant a si quelque particulier faut, je serai le premier à courir « sus, et ne m'en prendrai point au Corps. Yoilà celui « que vous avez choisi pour aller à Home , qui tèmoi-* « gfiera à votre Père général mon affection en votre en-* « droit. Priez Dieu pour moi. »
Nous croyons que ceux qui auront lu cet article avec un peu de sang froid, se formeront une idée assez juste du caractère de Henri le Grand et de son a£fection pour les Jésuites. Les auteurs des Comptes rendus ne croient pointa la postérité; et s'ils étoient jaloux de vivre dans l'estime de nos neveux, auroient-ils entrepris sérieusement de dégrader un héros qui fut le père et Fidole de nos ancêtres? Henri IV travesti, jugé, calomnié par des plébéiens mercenaires , précisément parce qu'Henri ÏV aimoit les Jésuites, et que ces plébéïens ne les aiment pas ! Les monuments de l'histoire ont dd s'évanouir à la sombre lueur de quelques conjectures lécrales, de quelques falsifications y ariVâ'^u^/, de quelques sophismes ^nregislrés l L'expression la plus naturelle a dû se plier à des interprétations arbitraires, risibles, absurdes! Henri IV indigné de la résistance du parlement qui, comme on a vu , refusoit avec la plus criminelle obstination d'enregistrer l'Edit en faveur des Jésuites^ Henri IV
aitoie des lettres de jassion ; il aroit dëjà dit « qa^ii « a voit plas d^expérience , plas de dûcemement et « plos dé zèle pour le bien public que tous le& magis- « trats ensemble ; • il répète dans ses lettres de jussion que la démarche qu'il fait est le résultat de ses réflexions ; flipii/ ne neuf sommes embarqués à ce télaJbUs sèment ( des Jésuites ) que sur de très hernies et fortes censidéralions. « Tout « ce que je Tois dans cette phrase , dit un écrivain qu'oA « a essayé de flétrir, mais qu'on n'essaiera point de ré-
• futer, c'est qu'Henri lY étoit instruit , qu'il aroit de « bonnes raisons pour rétablir les Jésuites et qu'il tou- « loit être obéi. Maître Ripert y voit bien d'autres choses. « Dans ce mot seul ai embarquement ^ il trouve de quoi « faire trois ou quatre pages de raisonnements ; jamais « Commentaire plus riche et mieux dévoloppé ; Matha- « nasius n'y auroit pas si bien réussi* De \ embarquement f m l'imagination de Fauteur provençal passe a la naviga- « tion ; de la navigation , aux dangers qui en sont insé- « parablesy aux vents orageux, aux tempêtes violentes;
• des tempêtes aux écueib, des écueils aux naufrages, « des naufrages a la mort : or, Henri IV regardoit le ré- % tablissement des Jésuites comme un embarquement ; « donc il le regardoit au moins comme une source fa- « taie de dangers pour sa personne sacrée : donc il n'a «jamais aimé les Jésuites (i)* »
Cette conséquence, que la déraison même auroit de la peine à ne pas trouver risible, doit suffire pour anéantir tout ce qu'on a lu dans cet article. Le rappel des Jésuites étoit un embarquement; Henri lY en faisoit l'aveu , le parlement en frémit, c'est maître Ripert qui a fait cette découverte; c'est un scélérat obscur qui en félicite cet illustre magistrat (2).
C'est cette force de raisonnement qui caractérise près*
(i) Iletttemps de parler, t. i , p. 69. (a) N011T. ecclés. du 9 janvier 1765.
que partout les Comptes renias. M. de Péréfixe dit-il
qa'Henri IVretînt auprès- de lui le P. Cotton « en qualité
« de son prédicateur ordinaire , de confesseur et direc-
« teur.de sa . conscience ? (i) » Les magistrats orateurs
prétendent que ce Jésuite n'étoit à la. cour que pour
servir à! étage. Qu'on dise à maître Ripert et à ses con^
frères que M. le président . Hénault ,. qui en sait plus
qu'eux, affirme expressément que le roi « choisit le
« P. Cotton pour son confesseur » ; qu'on ajoute que,
suivant tous les historiens, il le choisit parce que tous
les courtisans et les huguenots eux-mêmes, se réunis-
soient pour en faire l'éloge ; parce que, suivant Fabbé
L'Advpcat, le roi fut lui-même « très satisfait de l'élo-
« quence et de la piété de ce Jésuite (2) » ; qu'on ajoute
avec Henri IV lui-même que le P. Cotton avoit été
choisi « parce qu'il étoit Jésuite et non Dominicain » ,
parce que Jes Jésuites « s'étoient montrés moins ennemis
<i de la royauté que lé parlement » , parce qu'il s'étoit
aperçu qu'il n'y avoit «que les hérétiques et les prêtres
« ignorants ou scandaleux qui improuvassent sa prédi-
u lection pour les Jésuites: o a tout cela les Ripert, les
Cottin, les Rederer, les GouUon, les Charles, répliquent à
l'unisson que le Jésuite a qui Henri IV rendoit lui-même
compte de ses actions, n'étoit auprès du monarque
que comme un étage y et pour lui répondre des actions
de ses confrères. Henri-le-Grand déclare aux magistrats
« qu'ils cesseroient d'être gens de bien (3), s'ils s'oppo-
« soient au rétablissement des Jésuites... » Etoit-ce une
menace ? Etoit-ce une prophétie ?
Les faits que nous venons d'articuler sont nombreux , publics, éclatants, incontestables, décisifs. Nous défions les auteurs des Comptes rendus ou à rendre y d'atta-
(i) HisU de Henri-le-Grand, p. 379, (a) Dîct. hist. port., etc, article Cotton. (3) BattagUni, j^nnal.,VLnn. i6o3, p. i/}-