DE L'ÉDIT D'HENRI IV
page 34 9 on rapporte PÉdit d'Henri IV donné en 160S , dans lequel sont
nommées tuâtes les villes d'où les Jésuites n'ayoient pas été chassés, et
Béziers est du nombre.
A la page 48 1 on dit hardiment aux magistrats de Dijon « que cet
Édit se trouve sur leurs registres ; y* et ces magistrats , qui savent qu'il
n'en est rien, n'osant mentir, se contentent de dire, dans leur arrêt , « qu'il est au greffe de la Cour (*), » comme il y étoit en effet sur une
feuille volante.
Selon l'arrêt du parlement de Paris, l'Edit est enregistré « es cours de parlement séant à Rouen et à Dijon ; » selon une feuille volante où cet Edit est imprimé avec les arrêts d'enregistrement, il est registre à Rouen , à Dijon et à Rennes ; et l'on a vu que , dans le ressort de ce parlement, il n'y avoit pas alors une seule maison de Jésuites (^*)»
Suivant l'arrêt encore du parlement de Paris, la date de l'enregistrement du parlement de Rouen est du 31 janvier iSgS j celle du parement de Dijon du 16 février même année. Suivant le discours d'un de messieurs des enquêtes {***), la date de l'enregistrement de Rouen est du 3 février iSgS, at celle de Dijon du 38 juin même année.
Selon ce même discours (***J), l'enregistrement s'est fait à Dijon , huit jours après la réunion de ceux de Semur. Selon la feuille volante , il s'est fait à Semur, quatre mois avant la réonion.
Si l'on en croit ce Monsieur des enquêtes (*****), «l'Edit donné par a le roi, en janvier iSgS, est énoncé dans les articles secrets (art. 5i), n concernant la réduction de la Guienne , le^^els sont registres en la « Cour ; » et par conséquent l'Edit y est aussi et nécessairement registre, au moins d'une manière indirecte et implicite. Cependant on a vu que Tarrêt du parlement de Paris ne parle « que d'une expédition déposée au greffe.» (Note de t Editeur.)
(*) Arrêt de Dijon , page 9.
(") Voy. PAvertisscmeDt de la première partie, page 9, note ^t); TEdit et les enregistrements y sont copies diaprés celle feuille volante.
C*) Edit. in.40, page 3i , col. a. (*"*) Ihid. ( ) Ihid,
FIN
IMPRIMERIE ET FONDERIE DE J. PINARD
RDB B^ANJOU-DAVPSINE y N<* 8.
DU
DES
V^(%»MW%MSAIWXfVVVVVVWV1Mf^VVVV\(>«\|\|^^
Oj!T a pu s^apercevoir que, dans la publication de ces documents , nous suivons un certain ordre qui permet au lecteur de saisit l'ensemble des faits, et de mieux comprendre tout ce qui peut contribuer àéclaircir ce grand etscandaléux procès, commencé depuis plus de deux siècles par les mal-vivants d'alors, et poursuivi, sans interruption jusqu'à nos jours, par la faction toujours croissante des ennemis de la religion catholique. .
Ayant donc publié d'abord un écrit dans lequel étoit mise à découvert l'intrigue basse et odieuse qui a amené la dernière proscription des Jésuites^ et l'ayant fait suivre de quelques apologies, suffi* santés pour donner une idée des accusations élevées contre eux, nous sommes remontés jusqu'aux temps de la Ligue, époque où ils venoient à peine de paroître en France, et où paroissent déjà leurs premiers ennemis. Dès ce moment éclatèrent, contre eux ces. cris dé fqreur répétés depuis par d'innombrables écbos , et fut créée cette tradition de mensonges et de calomnies qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours, et dans laquelle ne cessent de puiser méchamment ou aveuglément, tous ceux qui haïssent les Jésuites , les uns sans savoir pourquoi , les
autres ne le sachant que trop. Qui de nous n'a eu les oreilles assourdies, depuis quelques années, des maximes abominables des Jésuites , de leur hypocrisie, de leurs complots ténébreux contre les rois et les gouvernements , des régicides qu ils ont armés et endoctrinés, surtQUt de leurs attentats contre Henri IV, de leur complicité avec ses divers assassins, des justes appréhensions qui déterminèrent ce grand roi «c à les chasser» de France, et des terreurs non moins grandes qui le portèrent à les rappeler? Pour prouver qu'ils étoient une race toute particulière de monstres qu'aucuns crimes ne pouvoient effrayer, on a copié Arnaud, Dollé, Pasquier, Cayet, le premier président Achille de Harlai , les avocats -> généraux Servin e€ Marion, M. de Thou , etc. , etc. , et finalement la tourbe des libellistes huguenots. Afin de démontrer (ce qui étoit plus difficile) que Henri lY les a rappelés <c justement parce qu'il les craignoit , » on a cité Sully, son ministre et son ami; et ce témoignage, artificieusement emprunté à un personnage fort recom* mandable sans doute, maïs qui' n'en doit pas moins à sa qualité dé protestant une grande partie de la renommée populaire que lui ont ISaiite kt plupart de nos historiens, est encore aujourd'fauid'un grand poids auprès de beaucoup de gens qui se piquent de modération et d'impartialité. Il étolt donc nécessaire de ne point nous séparer de Henri ÏV, aVant d'avoir démontré , à notre tour, « que ce n'est point parce qu'il avoit peur dés Jésuites qu'il les a rappelés ; » et tel est le motif qui nous a portés à pubKer le présent document.
DU
DES
JLis Jésuites aroient été bannis par arrêt dn parlement de Paris du 29 décembre 1594, et non par l'Edit imagi** naire d'Henri lY du 7 janvier 1595. Les Jésuites avoient été bannis, mais, dit rkistoriographe d'Henri IV, a c'étoit « le commun désir des catholiques » de les revoir ; il n'y avoit que les magistrats qui eussent un désir contraire « au commun désir des catholiques. i>
Les Jésuites, bannis du royaume contre la volonté du souverain, parce que le parlement les hàlssoit sans les connoitre, furent bientôt rappelés malgré le parlement, parce qu'Henri lY les copnoissoit et les aimoit. Henri lY, dit r historiographe Mathieu, « jugeoit des actions et « des paroles sur la mine et sur les yeux (i) ; » il étoit , dit Dupleix, « autant habite qu^homme de son royaume « pour juger de Thumenr et du mérite des personnes (a); il connoissoit, dit Sully, a aux gestes seuls et à Tair du a visage de ceux qui lui parloient, tout ce qu'ils avoient a dans le cœur (S). '» Èienri lY connoissoit donc les Jésuites ; Faffection dont îi les honoroit, et qui fut ta pre-
(i)T. a, liv. nr, p. 807.
(3) Dupleix , p. 349.
(3) Sully, t. SylÎT. XX, p. 349.
mière cause de leur rétablissement, n'étoit point aveugle
comme la haine quiiaiToît'dicté leur proscription.
Qu'on ne nous mette point dans la nécessité de prouver méthodiquement que les magistrats haïssoient les Je* suites. « Vous devez m^obéir particulièrement, vous de « mon parlement, disoit Henri lY , adressant la parole M au parlemétil lui-même ; j'ai remis les uns en leurs « maisons dont ils étaient éloignés ,- et les autres en la « FOI qu'ils n'a voient plus (i). » Le monarque rendoit justice au parlement, do^tla plupart des membres étoient favorables aux calvinistes, qu'ilsappeloient, plus de vingt ans après le Concile de Trente , « une hérésie inconnue « ou pour le moins indécise (2). » Or, de tous les temps, sans excepter le nàtre,^ceux quipnt eu besoin « d'être remis en la foi qu'ils n^avôient plus » ont fait unegiuarre ouverte à la Société; et dans la révolution actuelle, les parlements où les magistrats encyclojpédistqs ne dominent point, leS'parlementt^our qui le jansénisme n'est point uneliérésie inconni^ ou pour le moins indécise, ces parlements sont les seuls qui aiekit méningé la Société, ou qui aient osé s'immortaliser en prenant hautement sa défense.
A cette preuve de droit, il seroit aussi aisé qu'inutile â'ajouter des preuves de fait. Ne sortons point de l'époque dpnt il s'agit dans cet article. Le chancelier de Chivemy avoit de la. peine à comprendre que les Jésuites, calomniés par Amauld et DoUé, eussent pu « échapper a à L^'GRAJNDB ^jnimosité qu'il y avoit contre eux au par- «lement; A les. premiers du parlement leur vo.uloient « MAL d'assez long- temps, et ne cherchoient qu'un pré- « texte pour ruiner la Société» » C'est dans le parlement qu'étaient les vrais ennemis de la Société. Mais la diffama-
(i) Histoire de France et choses mémorables, es 7 Ht., à G>logney 1617, t. I, liy. a, p. du.
(3) Remont, du Ptrl. de Tannée 1585, p. 2i3.
PJES JESUITES. c 9
tioa et rexterminatioziLde^ Josuitciat zie^auffispi^nt pointa la haine de ieuri^ vraUenmmis^ leâ^ mus^gistrata persécutèrent encore les Jésuites aprè& les airoiir extçnminé^ ^ «^ tant aétoit extrême ranimosité qu'Us lem: pQrtqient^. « l^a haine s'adoucit avec 1q temps; celt^ de^/in$igi$trat3 pour qui Fhérésie proscrite est une hérési« inç0mm QH indécise, sembloit s'accroitre en vieillissant,, et. topJQur^ animés contre les Jésuites ^ a les^ arrêts Us pitiés f^ftf^r^inqir^s ^e « coùtoient rien à leur intégrité (l)* »
Ainsi s'exprime le chef de la justice « et celujde |ous les magistrats qui se souvint le mieux qu'il devoit ^ux peuples l'exemple d'une fidélité inviolable au souverain. Mais qu*on ne pense point que le chancelier de Chiverny soit le seul qui ait parlé pour la justice contre les juges qui la trahissoient : quelque redoutable que soit un corpa qui compte toujours moins sur ses raisons qu,e sur ses bourreaux 9 il s'est trouvé dans tous les temps des citoyens courageux qui ont osé voir ses prévarication^ , .qui n'ont point balancé entre la patrie et les jgiagitrats, la religion et le parlement, et qui ont dû là védt.é à la honte de ceux qui l'oppriment.
« Les Jésuites, dit l'historiographe Dupl^ix, étoient u HAÏS d'aucuns des juges mémçs (â) » c'est-à-dire du plus grand nombre , puisque la pluralité pronopça leur extermination. Si leur rétablissement essuya tant de difficultés , tant de longueurs , c'étoit non pfir le ^èle , .« iQais « par les artifices d'aucuns de ce grand sénaj^qui^^voient « UNE ETRANGE AVERSION au rappel dcs Jésuites^ » Ce.grand sénat fit un dernier effort pour inspir-er au roi lui-même cette élrange aversîcn, qui avoii dicté $e$ arrêts contre la Société; Messire Achille de Harlai porta la parole j,§a harangue fut « plutàt une invective*., qu'une civile re^
(i) Mém. d* Estât, p. 240, 27a, 287.
(2) Histoire de Henri-U' Grand , p. 164.
10 DU klAPPEL
€ maùtnmc» (i) » • Henri lY âTôit trop dé discernement po«r f'arréter k «fir mmciive, quelque A^^ofe qu'elle fat ; U ae fit pas plus d'attention aux invectÎTes mult^liées de Louis Senriaii airocat général, qui présidoit alors aux délibératioiiS du pariément» et qui étoit porté « d'une « haine implacable envers les Jésuites (a) » « Aux gestes seuls et k Fmir devùofe de Mons de Harlai et de Tavocat fënéral Serrin , « Henri IV counoissoit tout ce qu'ib « avoient dans le cœur ».
I4es magistrats y n^écoutant que « leur animosité ex- « trème et leur étrange aversion » pour la Société, s'op* poBoient donc de toutes leurs forces à la bonne Yolonlé du monarque , qui ahnoit autant ses sujets que le parlement katssoit les lésuiles. A la résistance la moins pardonnable, les magistrats joignoient les artifices les plus bas } rien ne leur paroissoit difficile ou iÛégal ^ et ils él(»ent secondes par les hérétiques et les libertins. Les intérêts des ennemn de la religion se confondent toujours lorsqu'il s'agit des Jésuites. « Au temps de la ligue, « les libertins étoient très puissants , dit Dupleix ; ils « dressèrent une forte partie contre la Société. » La première tentative n'eut pas tous le succès qu'ib en attendoient ; « les libertins et les religtonnaires en/rênUrsoient iule dépk et de rage. * Une seconde conjuration échoue encore ; ceux qui « étoient portés d'une ctnimcsitè exlrime «contre les Jésuites, c'est-à-dire, » aucuns du grand • sénat, les religionnaires et les libertins Saillirent à^r- « eener de rage (S), a
Ce forent encore « les huguenots et les libertins » qui publièrent que Tinfôme Châtel avoit été induit par les Jésuites à commettre un parricide exécrable en la per* sonne sacrée d^Henrî ÏV. Le parlement les extermina par
(i) Hiit, de Htmri le Grand, p. 347.
(a) Ibid,, p. 349.
(3) Ihid., p. 143.
DBS JESUrrBS. lî
les méniies mottfr qui eiiga|;èreiit <t. les hupienois et Je& ]ibeï*tin8 à tes calomnier. » Ceiiii qui {kisoit 'ooo^ré la Société « les satires les plus poignantes ^ étoit le mieux « venu des magistrats (t). » Henri IV donnoit^il qurique marque d'afiection.aux Jésuites , « c'étoit le commum « désir des catholiques qu'il leur donnât encore davan»- « tage ; » tt^is les calvinistes « frémissoient de rage. % Cependant « lé commun désir "é des catholiques étoit qu'Henri IV fût immortel , et ceux «j^i conspirèrent contre lui ayx>ient à leur tête le duc de Bouillon | chef des protestans. a Ce qui navra plus vivement le cœur « des huguenots, i> oè fut ^ dit toujours Dupleix (3)^ de voir qu'Henri IV « chérissoit grandement un Jéauite* « et le faiàoit souvent appeler pour s'entretenir avec « lui» » Les libertinsy « voyant cela avec crève-cœur, « résolurent de faire poignarder le Jésuite « grandement a chéri; » c'étoit Tunique moyen d'empêcher les calvi* nistes et lès magistrats « de forcener de rage» » On n'ignoroit point que « les religionnaires et les libertins étoient « les ennemis conjurés des Jésuites (3), » et on ne fouvoit pas se dissimuler que le parlement formoit et éloit comme Tame de cette espèce de triumvirat. Malgré le& détours auxquels on est forcé de recourir, en faisant passer à la postérité des vérités humiliantes pour ceux qui menacent a de faire éiranghr légalement » un écrivain trop sincère ^ou trop instruit (4),^ il ne faut,- dans . répoque que nous rapp<slons, que lire sans prévention les historiens catholiques et contemporains, pour se,, convaincre que Clément VIII n'étoit que trop fondé à-
li^a««n^iM*ÉtaMM^kBBlMBMM«i4*«*i^«W
(1) Hîst, de hienri'4e-Grand, p. 1 63*1 65/ (a) Ibid., p. 349*
(3) Ibid., p. i53-
(4) Lors de la dernière proscription des Jésuites, tout écrit publié en leur faveur, étoit pour cela seul condamné au fau ; et nous avons déjà dit quVn prôtre et un jcsuitè furent pendus pour propos indiscrets.
{Dfote de VEdiUur.)
dire à un négociateur qui youloit excuser Tarrèt de pro^ cription porté contre la Société : « Je vois^ quoi que tous a en puissiez dire, M. d'Ossat, que les huguenots sont « encore bien puissants en France. » Et comment ne l'auroient-ils pas été, puisque outre Sànct leur héros ^ c'étoienti suivant la remarque du judicieux Pontife que nous yenons d'entendre , c'étoient « le duc de Bouillon, « le baron de Rosny et Duplessis Mornay , huguenots « zélés I »^ qui excitèrent les magistrats, et qui tramèrent le complot dont les Jésuites dévoient être à perpétuité les victimes l (i)
Mais quel est celui que cette triple alliance n'effraya point ? Quel est celui qui osa tenir tête aiAX magistrats quînourrissoient dans leur cœur prévenu «une étrange « aversion pour les Jésuites? » aux huguenots, «qui foreenoieni de rage?» aux libertins, « qui étoient alors très « puissants? » Quel est le mortel qui osa braver la fureur réfléchie des uns, la rage menaçante des autres, et la vengeance combinée de ces hommes sans mœurs, forcés de persécuter la vertu, parce qu'ils ne pouvoient la haïr ni ne vonloient la pratiquer? Nous Pavons déjà djt^ ce lut Henri IV^ dont Famé généreuse et magnanime triompha des sollicitations de tout le parti protestant, de la résistance, des représentations et des artifices, des magistrats.; des intrigues tortueuses de quelques pédants qui clabaudoient parce qu^ls voy oient décroître leur salaire; et de la haine fanatique des ministres huguenots, qui se flattoîéht de subjuguer et de pervertir la nation, s'ils pouvoient décréditer ou exterminer les Jésuites. Henri IV étoit a dès lors Henri le Grand; il connoissoit « Finnocence des Jésuites et les services qu'ils rendoient « à l'Eglise, dit un historien impartial (a)^ a Henri le
(i ) HUt, de l'JE^lise,^par Choisy . 1 74^ 5 în-4"> *-• >«> ^iv. xxxi, ch. i«i p 137. .
i^) nid., p. 166,
Grand ëtôit catholique de bonne foi , et il savoit que a c'étoit le commun dësir des catholiques de revoir les
• Jé&tiites ; » leur absence , dit T historiographe et le confident de ce monarque 9 n'avoit servi qu'à faire mieux connoitre le bien eé le frojix de leur présence.
Ce n'e^t point au reste sur des bruits incertaiDs ou suspects qu'Henri lY jugeoit du commun dësir des catholiques: l'historiographe Dupleix nous apprend «qu'il
• y avolt peu de princes , officiers de la couronne et sei- « gneurs catholiques, qui ne contribuassent de leur re-
• commanda tion en faveur des Jésuites (i). n Je ne remarquerai point que, parmi ces princes, ces officiers de la couronne, ces seigneurs catholiques, il n'est point fait mention des magistrats... Mais n'est-il pas singulier que le parlement n'eût que des opprobres et des supplices pour ceux qu'Henri le Grand jugeoit dignes de ses bienfaits, pour ceux que les princes, les officiers de la couronne, les seigneurs catholiques honoroient de leur bienveillance et de leur estime ?
Mais ne nous écartons point de la méthode que nous nous sommes prescrite: ouvrons les archives de l'histoire , p'avançons rien de nou3-mémes , et que les conjectures n'aient jamais lieu que contre les Jésuites. Interrogeons par préférence leurs ennemis, et ne récusons leur témoignage que lorsqu'il sera évidemment contradictoire ou notoirement calomnieux ; écoutons successivement M, de l'Etoile, Cayet, le duc de Sully lui-même : comparons leur témoignage à ceux des cardinaux d'Ossat et Duperron, de Villeroi, ministre d'Etat, du chancelier de Chiverny , des historiographes de France Mathieu et Dupleix. N'oublions point qu'une semi-preuve contre la Société doit toujours prévaloir sur une démonstraticHi en sa faveur. Si les Jésuites ne succombent point à cette
^"■'11 ■■■■ I ■■rifi 111 |iMt \
(i) Dupleis;, 347.
14 DU RAPt>EL
ëfM^uir6| est-ce à eut, à nous ou aUK Auteurs «tes Campus rendus qu'il faut s'en prendre?
< Le 16 mai iS99 et ks jouM suivants , dit M. de^ « l'Etoile, il a été fort parlé de rappeter les Jésuites dans « Paris, lesquels ont été chassés par arrêt du Parlement; « mais parce que le roi ne saroit pas «neore s'il auroit la « paix ou la guerre avec le duc de ^aYoye> «ette ai&ire « a été renvoyée à un temps opportun, et cela contre « lavis de M. le chancelier (i) et de M, Vîlleroi qui en « pressoit grandement la conclusion (a).
« Le jeudi 26 septembre 1S08 , le roi arriva de Saint- « Germain, étant de retour de son voyage de Normandie, « et il arrêta k ritaHissrment dêt Jéswàes (3).
« Le 9 décembre 1603, la cour fut assemblée pour le « rétablissement des Jésuites, que sa majesté leur déclara a vouloir avoir lieu, sans plut amples remontrances eu décla- « ralion (4).
« Le roi commanda à M. le connétable d'assembler « chez lui MM. de Bellièvre, de Rosny, de Chateauneuf, « de Pontcarré , de Yilieroi , de Meslé , les préridents de «Thon, Calignon, Jeannin, de Sillery, de Vie et de « Caumartin, pour entendre et estaminer les requêtes « faites au nom de toute la Société de Jésus > touchant « leur rétablissement en France^ Il ne fut rien délibéré « pour le coup , à- cause d'une contestation qui s'éleva « entre MM. de Sillery et de Rosny; et pour prévenir de « pareilles contestations, M. le connétable fut d'avis de <c ne rien conduire qu'en présence de sa majesté. Cepen-
(i) CTétoit M. de Chivernjr qui «cëtoit chancelier^ et Toilà une nou- « veUer piteuTe de la boalie foi de M. de ThovL et de ia probité des magisw trats de Dijoa, qui répètent, d'après cet historiea, que le chancelier de « Ghirernjr étoit opposé aux Jésuites. » Vojez l'arrêt du parlement de Djjon du 37 janyier 1764*
(a) Journal ile Henri ly, t. 3 , p. 5i3.
(3) ihid; t; 3, p. 199.
(4)/6iJ.,p. 143.
DES J£Sl}t¥ES. 15
« dtAit M* ée Thon âjdtitea qu«, pour s'exempter de lout Il i»lâme^ il iMmt Ixmi ^ i^en^oy^r ternes l«is reqci^tes au c parlemeni. M. de Rony alla tmr le toi le lendemain , « et lui nrppela entre autres ckoses ee que le roi d'angle- « terre Favoît chargé de lui dire de sa p^rt : qu'il regar- « doit les Jésuites eomine ennemis non seulemeut de sa u tdigiM^ itiais de tous o^x qui ne irotiloieiil dépendre ti de ilaine> et<$i.
« Le lendemain le conseil , composé des personnes ci- « dessus nommées I Alt m faveur du réliéHf^emeiU des Jïti suUes. Le roi leur donna un ëdit qui les conSrmoit « dans les maisons cPoù ils n'avoient point été chassés» ' « et les rétablissoit dans celles de Paris^ Lyon et Dijon ^ < et les remettoît dans tous leurs biens (t) » .
SiiT tout ce détail nous ne ferons qu'une reflexion : Le dernier arrêt du parlement de Paris contre le sieur de Toumon, sénéchal «l'iL'uyergne , ou plutôt contre les Jésuites qu'il aroît reftisé de chasser , est de la fin de Tannée 1598| et l'on Toit que dès le commencement de l'année li99 y « il fut fort parlé de rappeler les Jésuites « dans Paris » . Cela ne prooTe-t-il point que le roi rendoit justice à Xhuégrilé des magistrats qui yenoient de porter contre les Jésuites cet arrêt que le chancelier de Chiyemy trouvoit « si extraordinaire ?» Ce grand monarque songeoit à rappeler les Jésuites à Paris, dans le temps même que le parlement faisoit les derniers efforts pour les ext^miner d^une petite rille qui n'étoit pas de son ressort, et où le sénéchal d'Auyergne se eroyoit en droit de les maintenir. Henri lY songeoit à rappeler les Jésuites, dans le temps même que le parlement déclaroit que tous les Jésuites de tous les pays étoient essentiellement des assassins ; que tout François qui étoit ou qui avoit été Jésuite étoit pour cela seul un régicide } que tout citoyen qui entretenoit quelque correspondance
•mm^im
(») Journal de Henri IV, t. 3, p. 109 et suIt.
avec eux étoit ennemi de la patrie f qne .tout père de famille qui souffroiî que ses en&nts fussent formés^ à la vertu par un Jésuite, étoit évidemment crimiael 4e lès«majesié ; que les enfants eux-mêmes qui étoient devrâus propres k tout sous la direction des Jésuites, étoient réellement inhabiles à tout sous i'ana thème du parlementa. • C'est dans ces circonstances qu'Henri lY^ a qui.avoît an- « tant de discernement qu'homme de son royaume pour « connoitre le mérite dés personnes, « et pour p^noncer « entre les Jésuites et les magistrats, c'est dans ces circonstances qu'Henri lY méditoitle rétablissement des Jésuites, et qu'il songeoit à les rappeler dans son royaume, dans sa capitale , dans sa maison ! !
Après M., de rEtdilonousne saurions citer d'écrivain moins suspect que l'auteur de la Chronique Septénaire * «Le tt roi, allant àMétz, dit Cayet, passa par Verdun; Charles «DelaTour,recteurducollégedes Jésuites, etsescompa- «gQons allèrent saluer le roi, et le supplièrent que l'ar- « rest donné contre les eseoliers françois, qui estudioient « hors de France, dans les collèges de leur Société, ne « j^ust pas practiqué contre ceux qui estudioient kVerdun: « le.roi leur dit qu'il n'avoit pas voulu que Verdun fust n compris dans l'arrest; mais qu'il entendoit que les es- « coliers qui étoient à Pont-à-Mousson vinssent à Ver- « dun ; qu'ils seroient toujours les bien-venus en sa mai- « son; qu'il les vculoii retenir en son royaume; qu'ils lui fus- H sent bons sujets et qu'il leur seroît bon roi* Cette réponse, « si favorable, fit que les Jésuites s'assemblèrent à Pont- « à^JMLousson, et résolurent d'aller supplier Sa Majesté de « leur rétablissement en France (i)* **
Quatre Jésuites, c'est-à-dire les pères Ignace Armand, provincial^ Chastellier, Brossât et la Tour, furent députes pour aller à Metz se jeter aux. pieds du ir^ii. Le Jeudi- Saint, ils furent introduits en \ arrière-^cabiniet «de ce mo-
(i) Chron. sept., sous l'année i6o3, p. 383v
narque, qui ayoit auprès de sa personne le duc d'Espernon, Villeroi, de Gesvres, etc. S. M. reçut les quatre Jésuites « avec toute douceur, » et ne voulut permettre « qu'ils lui parlassent de genoux. » Le père provincial fit la harangue que Cayet rapporte en entier, et dont nous ne transcrivons que quelques traits.
Après avoir fait Féloge du monarque, le harangueur entreprend l'apologie de la Société. Elle avoit été hannre du royaume par le parlement ; mais nonobstant « tou- «tes les traverses et contradictions, nonobstant les faux « bruits suscités contrôles Jésuites, ils n^ont jamais perdu « Tàffection envers leur chère patrie, ni le désir de lui « être utiles, ni l'espérance de recouvrer les bonnes grâ- « ces d'un prince, à qui le temps découvriroit enfin la «vérité.
« Nous ne doutons aucunement, continue le père Ar- K mand^ que l'on n'ait tasché, par tous moyens, de nous «I faire paroi tre devant vous tout autres que nous ne « sommes, par imposition de crimes les plus grands et « les plus énormes qu'un subjetpourroit cpmmettre cou- < tre son prince et sa patrie, lesquels toutefois nous dé* «testons comme du tout exécrables; et si nous avions « pensé tant seulement de les commettre^ nous nous es- .« limerions indignes, je ne dirai pas d'être reçus en notre « pays, mais que la terre nous portasi.
« L'on s'est pareillement efforcé de blasmer notre in- ^stitut... comme s^il nous ordohnoit une obéissance en- « vers notre général en toutes choses, voire mesme qui sevreierU contre Dieu et raiscn. Je ne pense pas toutefois, « Sire , que jamais telle opinion ait pu loger dans l'âme « de ceux qui ont eu la moindre cognoissance de notre in* « stitut...Etcomment seroit-il possible que tantet tantde « personnes qui entrent dans-nôtre Compagnie, et toutes « désireuses de faire leur salut, il en demeurast voire une
' (t) t^Aron. ^ept.,-anTié« i6o3,-p:
IS DU RàPPEL
« senl, «Hk apercevoieiit que teU«, non obéissance, mais <» impiété» y eiist lieu f A^t-on jamais oui dire ê^nn seul « qui en soit sorti, quelque grand ennemi qu'il soit, qu'i) « y eust rien de semblable, et que cette obéissance djêsro* « geast en rien à celle que nous, devons aux rois et magis- «trats?...»
Le père Armand justifie ensuite Tinstiiut sur Vaiticle de la pauvreté, et le venge des difiEérentes imputatiims que les CalviniMes repandpienUy quelêsmagistrato aecré^ ditoi^t, et.({ue les autiçurs des CcmpU4 rendm n'on^ pas craini.de rajeunir* X^ ^ V^ luma venons de transcrirci swr «.l'obéissance jésuitique» , il est aisé déjuger que l^s modernes calomniateurs a n'ont paa même la gloire de rinvention » • Il si^nble cependjint qu^ pour être e& droit de renouveler les mêmes accusations , il auroit été né* cessairQ. de commencer par détruire i^ que les Jésuites avoient répondu pour leur justification. Cest à quoi les auteurs dea Comptes rendus n'ont pas. i)iéme pensé. On H d^ a'en apercevoir et on s'^n apercevra encore jdus d'une fois dans le cours decet ouvrage *^ now ne ppi^voiis paa V>ut dire : le leQtjeor attentif suppléera au^^réfif^xious qae nous snpprimo^^. pareil qu'ettes se présentent trqi souvent.; il aurtiremarqué.sj^s doute dai)& ledjscour&du P. Armandy quele&meuxEdit.d'HenrilY est unectûmère, et que ce Jésuite n'auroit jamais parlé sur ce ton , et n'auroit pmnt traité à»Jamp iruàs deafoits « cousigpnés «et ajitestés. dana mu Sditt soiem^^l^ du numarque bii-
m ]Xom siipplipiia Votre M4^^» 4iA le Jésuite en ter- «I misant sa b^rG^ngfue ,^ d'ajouter ce noiiveau bien&it 3^ a tafti d'Mtres> dont vous nous» a^aç 4éjà comblés^qua h « cléaimee doiMt vqu$ userezr à notre égfird ne dép^adi^ « ^^ de vouflh4nesme, qu'eUe aoi^; toute 4^^ vous^ ^ qp< 4 n'en saebions gré à auHre qu'à vous- 1». don ei^ ser^ plii3 « précieux, et l'obligation qu'aurons envers vous beau* « coup plus grande. Cela nous eccroistra le courage à
Dl^S JIBSUTTES. )»
^ vpuft aiio^r et servir, et excitera un chacun à loéme de- « voir pour s^afTecti<Niper et passionner à votre service. « Nous ne voulons point en cela être vaincus par les es- « irangerSy ains plutôt les voulons surmonter. Si ceux de « noère dimpagnie m Espagne, en ludie^ en AlUmagnt le/onl ^ « nous mourrions plutost , qu'estant François naturels y « nous ne re^^îoiis le même devoir à notre roi et- patrie i « le droit iiati^rel et divin, commun à touA, pous y obli- << g^ 9 ^^€. » Il fipU par les ^uhaits d'un règne lon^ et heurem s«r la terre , et d'un roys^umQ éternel et assuré dans le ciel.
« Sa Majesté» dit Cayet, leur répondis fort fimiableq ment : Que ce que la cour de parlement avoit fait con- « tre les Jésniies n^estoit pas sans y avoir bien pensé ; « que, POUR 1.91 y il m vculcà aucun mal aupp JésuiUt. Puis
a il leur demanda par escrit ce qu'il lui avoit dit et
« leur commanda de passer ce jour auprès de lui.
« Le lundi de Pâques, ils furent encore introduits en a l'airière^cabinet de Sa Majesté, qui avoit vu par écrit « ce qu'ils lui avoient dit de bouche. Ce fut alors qu'ils en'* « tendirent plus, particulièrement la hienvâillance que Sa a Meyesté leur por^it, qui commanda au père provincial « Amiand , de Le venir trouver à Paris ^ et y amener le a père Co^on, et quHl avoit la vcUmU de les rétablir en « France el se servir ievbx. Puis, en leur donnant congé,^ « il Us embrassa tous quaire en tesmoipwMi par cet acte la a douceur de son cœur, etc. (i)« .
« Quelque temps après., dit toujours Cayet, le P. Mayp, « Provenu de nation, homvAo entendu, grave et d'un « jugement très grand , vint à Paris pour poursuivre le f nétabUssement de la j^oçiété, Le roi... reçift \e P. Hilayo • avec toute bénignité, ^ lui promit une partie dn ce «quHl lui demandoit; mais il lui dit qu'j) fSsdloit en « eppMftiwaiqiMr k iMSMeuM de U Cour de parlement,
(i) Chron, sefttén, , sous l'jmofip i6o3^ p. 385 et sniv.
te dent, les arrtsts ns se pcOvoéerU pas aisémefU révcqmer, et é toutefois, qu'il y apporteroit tput ce qui lui seroit « possible (i).
« Le P. Mayo demeura en cour sur cette response, tt allant partout où le roi estoit, pour Toir, ayec le con- <t seil de sa majesté , ce qui se pourroit faire pour leur « rétablissement. Mais le roi tenoit toujours son prin- « cipe, qui étoit de consenrer cette digne justice de son « souverain parlement de la cour des pairs à Paris; il « disoit au P« Mayo : Ce sera à temps , je vous rendrai « content.
« Le P. Mayo étant allé à Lyon» suivant le roi Tors de « la guerre de Savoie, il s'enhardit de dire à sa Aidj^té, « parlant de ce mot (de temps) que les femmes avoient « neuf mois pour enfanter, et qu'il étoit bien temps que « sa majesté enfantast ce rétablissement qu'il demandoit, « comme il Favoit promis, et reprenant ce mot : vous « avez dit à temps, sire, et il est temps, car il y a neuf « mob que Vous l'avez promis : les femmes accouchent « au bout de neuf mois.
« A ce mot le roi répartit : Comment, père Mayo, ne « savez-vons point encore que les rois portent plus long- « temps que les femmes? A cet apophtegme n'y eut point « de réponse, et en cela le P. Mayo monstra qu'il avoit « de l'esprit; mais le roi lui dit qu'il les contenteroitf et « qu'il ne s'en donnât plus de peine. »
Le P. Cotton et le P. Armand vinrent à Paris^ stiivant l'ordre qu'ils en avoient reçu du roi à Metz ; et « ils trou- < vèrent toutes choses non seulement faciles, mais du tout « par-dessus les espérances qu'ils en avoient conçues; car a le roi prit en telle affection le P. Cotton, aussitôt qu'il « l'eut vu , qu'incontinent il ne se faisoit rien qu'il n'y « fus t appelé...
« Enfin les Jésuites poursuivirent si bien sa majesté,que
(i) Chron, teffU, année i6o4 , p. 4^^^ suiv.
« teur retour leur fut accordé en France sous certaines © conditions; et Tédit fait pour leur rétablissement ^ « nonobstant toutes les oppositions faites à la cour pour o en empêcher rentérinement, fut.vérifié au commence- « ment de cette année (1604); et furent leurs collègues « rétablis à Lyon, Rouen, Bourges et Dijon, Poitiers, M Amiens et autres villes... pourchassèrent et obtindrent a dû roi permission de les recevoir et de Ifeur dt>nner « des collèges (i).
« Le roi, ajoute le même écrivain, augmenta de plus « en plus les/aveurs qu'il faisoit aux Jésuites; ainsi leur « retour ^ut aussi plus heureux et glorieux pour eux que ik ieuf bannissement ne leur avoit apporté dUncomûiodité « en leurs affaires (2). »
Tel est le langage d'un ennemimortel des Jésuites, qui ne dit point tout ce qu!il sait d'honorable poui* eux, mais qui n'ose pas non plus dénaturer ou dissimuler ce que toute la France savoit comme lui. Nous né pouvons pas nous empêcher d'insinuer en passant une réflexion qui nous a toujours frappés : nous avons eu la patience de lire la plupart des libelles que l'hérésie, le libertinage, l'intérêt, le dépit, la passion, l'ignorance, ont enfantés en divers temps contre la Sbciété. Les hérétiques ont répandu contre elle , en Hollande surtout et en Angleterre» à Londres et à Utrecht, les accusations les plu^ atroces ei les plus incohérentes; les libertins, en France surtout, ont publié mille brochures superficielles. Où l'on trouve encore plus de frivolité que de malice; Ce n'tBSt que dans les satires légales ^u'on réunit lés calomnies des hérétiques et les sarcasmes des libertins à une extravagance systématique , qui semble tenir constamment récrivain en garde contre tout ce qui ][)ourroit
(i) Chron, septén., sous Pannëe 1604, p. 437*
paroitre raisonnable. Les plus grands hommes, s'ils sont magistrats et ennemis des Jésuites, ne sont plus ni hommes ni magistrats, dès qu'il est question des Jésuites; et sans parler de la harangue ou plutôt de Vinvéctive de M. de Harlai, dans laquelle on trouve si peu de logique et tant de noirceur, peut-on citer^ même dans l'antiquité, un ouvrage qui ressemble aux plaidoyers de Pasquier, avocat, d'Arnaud, avocat, de Dollé, avocat, ou aux Comptes rendus des Ripert, des Charles, des Riquet, des Le Goulon , des Salelles, des Cantalauze? Ce sont autant de recueils d'absurdités, pressées, entassées san& goût, sans vraisemblance, sans combinaison; c'est, dans, tout, un enchaînement de faux principes bizarrement rapprochés, dont on déduit le plus souvent des conséquences étrangères à ces faux principes et plus fausses que ces principes mêmes. S'il se glisse furtivement quelque proposition vraie en soi, elle se trouve si mal placée, si mal\étayée, si mal déduite, si mal p^sentée, qu'elle semble avertir le lecteur de se défier de la duplicité de celui qui abuse et de la vérité et de la bonne foi de ceux qui la cherchent. Je ne répéterai plus cette réflexion, mais on aura mille fois occasion de la faire; et elle paroîtra évidente a ceux mêmes qui y donnent lieu, lorsque celui qui commande aux tempêtes aura dit aux aquilons de se calm0r, et aux flots qui menaçoient le rivage d'aller se briser en écun^ant contre ce rocher, qui écrase également ceux sur qui il tombe et ceux qui tombent sur lui. Superèiâ prcstravit Goliam, saspendit Jtmmi, inter/ecU Nichanoremy pcrenuè Aifdkchm^ Pharaonem suimersit,^et Sennacherib inleremiti^i).
Mais ne perdons point de^vue notre objet, et. ne nous laj$sons point de citer les historiens cla^iques, au hasard de répéter les mêmes choses. L'uniformité des témoi-
(i) Innoc. deviktaie conditionis humancc,
f nagesy malgré la diversité, la multiplicité des témoins, et leur opposition même dans tout le reste , exclut tout doute raisonnable y et couvre d'un opprobre étemel les auteurs des Ce^mp^^/ rendus, ceux qui ont été leurs oracles, et ceux dont ils sont les oracles eux-mêmes.
Ecoutons Dupleix , qui parle un langage bien jn^opre à humilier ceux qu'il ne dessillera point : En 1608, c'està-dire « en même temps que les Calvinistes assemblés au « synode de Gap mirent au nombre des articles de foi ^ de leur prétendue Eglise, que le Pape étoit vérita- « blement T Antéchrist ; en ce même temps que les calvi- « nistes françois bandoient tous leurs nerfs pour faire « un dernier effort contre le Saint-Siège, la Providence « divine leur apposa derechef cette leste Compagnie des a Jésuites, qui avoient souvent terrassé les troupes mises a sas par Sathan, larestablit et la logea dans les meilleures o villes de France et à la cour même, lorsque ses ennemis « la croycieni Are iamUe pour jamais de ce royaume. Le « roi non seulement y donna son consentement, mais aussi ^ passa par-dessus Unies les eppcsiticns et difficultés qui s'y ^ tmecntrènent (i). »
« Ce fut au mois de septembre 1603, dit encpre cet « hktorien, que le roi fit dresser l'édit pour le rétablis- « sèment des Jésuites, lequel ayant été présenté au par- « lement avant les vacations , fut r<envoyé à Touverture « après la^ain^t-Martin , et alors même, quelque comman* « dément que le rei enfU, en ayant même parlé en parti- « culier aux principaux de la même cour, Taffaire étoit « tirée en longueur /Mzr les artifices d'aucuns de ce grand « sénat , qui avoient une étrange aversion au rappel des « Jésuites. Enfin Sa Majesté ayant déclaré qu'elle vou- « loit être obéie, la Cour se réserva de lui feire des re- « montrances ; messire Achille de Harlai , premier pré-
(a) Hist* de Henri-le-Grand, p. 345-
* sident,, porta la parole et parla près d'une heure. La <( harangue fut plutôt une invective ramassée de tous ks <' conviées et opprobres dont les plaidoyers de Pasquier et « d Arnaud f le catéchisme du même Pasqui^, et Fauteur Avl « franc advis (Arnaud) ont chargé cette religieuse société f Ai qu* une civile remontrance i^i). .
« Louis Servin, l'un des avocats-généraux^ qui étoit «porté dune haine implacable envers les Jésuites, ne o laissa pas de travailler encore à la recherche dès expéa diens ; pour empêcher ou dilayer la vérification de « PEdit, dont le roi ayant eu advis , le manda veniuau « [«ouvre ) le tança âprement de son obstination...*, et lai « commanda de se comporter tout autrement en cette « affaire , sur peine d'encourir son indignation et sa disn grâce. Bref, après plusieurs subterfuges ^ la Gour pro* « céda à la vérification d« rEdit , le second jour de Tan « 16o4 (2). »
Des commientaires sur ce iext« seroiènt superflus : mais
croiroit-on que l'historiographe d'Henri IV lui-même
ne ménage pas plus que Dupleix les auteurs-des CompUs
rendus? Pierre Matthieu, conseiller du roi , dans le pa^
négyrique même du roi , a l'audace d'anéantir d'avance
tous les arrêts modernes du parlement. Pierre Matthieu
crpyoit , et Henri IV croyoit lui-même , que l'édit q«*
rappeloit les Jésuites, leur donnoit une existence U-
gale, ft Le roi, dit un historien instruit par le roi
a lui-même, restablit les Jésuites, < mais plutôt les bsta-
« BLiT en France; car ils ne Tétoient pas auparavant > ei
« on le leur avoit bien fait paroître. J'ai remarqué &
a plaisir qvûil se donnoit en parlant de cette action, et
« celui qvH il recevoit quand un. grand cardinal lui disoit
« que par ce rétablissement Sa Majesté avoit gagné âirff^
(i) Hist, de Henri'le-Grandti^, 347.
(2)/fefd.,p. 349*
« milU bûtmes plumes- k son- serTÎce ei à sa^ perpétuelle r « renommée (i). »
( Ecoutons encore ua^a¥écat au grand conseils, et Un
i président de la seconde classe ^ ou, pour être mieux entendu
des citoyens, un président du parlement de Toulouse.
I Le premier entre dans un détail très circonstancié ,
i dont nous ne présenterons que la substance.
I <t Lorsqu'Henri IV eut entendu le P. Armand à Metz ,
« il répondit (^) « qu'il n'avoit jamais eu la moindlre
« aversion pour les Jésuites. » Il voulut, continue notre
; historien , « qu'Ignace Armand et ses trois compagnons
I « passassent les fêtes de Pâques avec la cour; il les fit
« appeler le jour de Pâques, et dit publiquement que
« non seulement il désiroit qu'ils fussent rétablis dans
j «.tout son royaume, mais qu'il vouloit lui-même se.
<x> servir deux. Il donna ordre au P. Armand de venir
« le trouver avec le P. Cotton, après son retour à Paris»
« Ceux-ci n'y manquèrent point , et leilrs ennemis surent
a bientôt que le roi étoit/^^ffr^aar. Les magistrats jetèrent
« les hauts cris j ils représentèrent que renverser la py-
« ramide élevée par le parlement, c'étoit renverser le
« parlement lui-même ; qu'on ne revenoit point sur la
a chose jugée , et que toutes les lois fondamentales s'op-
« posoienjt au rappel et à la réhabilitation des Jésuites: » ^
Les magistrats dirent alors tout- ce que nous leur avons
entendu répéter depuis trois ou quatre ans : il n'y avoit
point de difierence entre « pappeler les Jésuites ^l.renver-*
sen\gi monarchie. »
Henri IV, qui étoit accoutumé au bruit^ et surtout au bruit causé par les parlements; Henri IV, qui se regardoit comme le bienfaiteur et Tapôtre des magistrats ^ qu^il avoit remis en la foi et dans leurs maisons; »
(i) Panégyr. de Henri IV, etc.', p. 4 1 5 et suiv.
{p)Rodolphi Boter^ii eic, commentariprum libri ikViii , t. .i.,p. iio, iria.
Henri IV, dont le discernement étoit exquîs» ne a^en rapportant point à ceux qui crioient le plus , ordonna d'abord que les Jésuites resCasseni à perpélnilé dans les ▼illes où ils étoient déjà établis, telles qU'étoient en particulier Toulouse et Bordeaux ; il défendit à tous ses sujets de les inquiéter, et son Edit a été respecté jus^ qu'en 1762, que maître Riquet s'est déclaré plus puissant et mieux in$truit qu'Henri lY, et a contribué avec ceux de son parti k ce monstrueux arrêt, qui extermine à perpétuité ceux qu'Henri IV avoit établis et fondés à perpétuité.
«Ce monarque, dit encore le même écrivain (i), permit aux Jésuites de rentrer k Lyon et à Dijon, d'où \es factieux , et non pas un édit d'Henri IV, les ayoient chassés, a II leur donna le collège de la Flèche , et la maison fnéme où il avoit été conçu. La plupart des villes s'empressèrent alors de leur offrir des établissements : e'étoient les coxisuls , c'étoient les magistrats eux-mêmes^ mais non pas ceux de hi première classe, qui demandoient au roi des lettres patentes 'pour les collèges qu'ils fondoient, et dont ils confioient la direction aux Jésuites.
«Le roi retint auprès de lui le P. Cotton, qu'il honora de la confiance la plus intime , k qui il offrit inutilement desévéchés et même le cardinalat, que les Jésuites savent refuser avec autant de constance que leurs ennemis savent les briguer. La faveur d'Henri IV est presque funeste au P. Cotton : des scélérats attentent sur sa vie ; et le monarque indigné cherche lui-même les coupables pour soulager sa douleur en punissant leur crime. Les Jésuites, comblés de bienfaits , honorés , aimés du ino« narque le plus digne lui-même de leur amour, s'empressent de lui témoigner leur gratitude. Les Italiens, les Polonois , les Allemands , les Espagnols eux-mêmes
(i) lîodolphi Botereii etc, commentariorum libri xvut, t. a, p. i»Of
II2r '
ont le coeur français lorsqu'il s'agit d'Henri IV, et on peut dire, sans exagération, que le bannissement des Jésuites tourna autant à leur propre gloire qu'à celle du monarque : illi a^uè ac ïllis proscriplio ad summum gloriam cessk (i). »
\ Le président de Grammont ne parle des Jésuites que
parce que son plan ne lui permeltoit pas de les oublier. Il en parle peu et comiïie en passant; mais ce qu'il en dit est décisif. Voici comment il s'exprime au sujet de
' leur rappel : « La fureur des Calvinistes s'étoit un peu
«ralentie, dit cet historien magistrat ; le royaume goû-
^ « toit les douceurs de la paix, et Henri IV, sagement
' w conseillé, rappela les Jésuites que le parlement avoit
<« exterminés. Ce même parlement éleva la voix pour « s'opposer aux ordres réitérés du souverain ; Tavocat- « général Servin avoit fait passer dans le cœur des ma- « gistrats sa haine contre les Jésuites , qui ne s^éteignit « qu'avec sa vie. * Le texte est court et ma traduction n'est pas littérale ; qu'il me soit permis de transcrire les propres termes du respectable écrivain que je cite : Postquam desœvierant prima calvinistarum contra Jesnitàs cdia, règne extorrem Gallico sccietaUm revocat probe consul- Tus Henricus IV ^ adulta pace, . . Ohstrepit senalus Parisiensis , Jesuitas tum aversatus , procurante Servinc^ cuifuere in societatem cdia quamdih vixit (a).
C'est après ces témoignages, auxquels nous pourrions ajouter ceux de la plupart des historiens « qui ne croient point-que le Pape fut l'Antéchrist; o c'est après de semblables autorités qu'un père de l'Oratoire, dont M. de Harlai dirîgeoit la plume , avoue (3) , dans le troisième volume de son Histoire de France , que les Jésuites ayant
(i) Ihid., p. 107.
(a) Historiarum Galliœ ah excessu Henrici IV , libri xviii, p. 197. (3) Histoire de France, 3 vol. in-»ia 5 à Paris , che* Jean Mariette ^ 1730 ; par M. Châlons, prêtre de l'Oratoire, etc., t. 3, p. 374*
2ê DU RAPPEL
4çmandéau roi leur rétablissement oans les lieux d'pà ils avoient été chassés par Tarrêt du parlement (l'Edit d'Henri IV n'existoit point encore), ils Tauroient obtenu dès lors 9 « si le roi n'avoit voqlu qu'ils en eussent obligation au Pape qui.... le deVoit faire demander par son nonce. » Ce ne fut donc point aux importunités du Pape qu'Henri* lY accorda le rétablissement des Jésuites ; il ypulnt uniquement se faire un mérite auprès du -souverain pontife d'une démarche que son propre cœui: sembloit lui rendre nécessaire.
Nous en avons assez dit pour ceux dont la passion n'offusque point le jugement ; mais nous ne voulons point qu'on puisse nous soupçonner de dissimulation. Nous n'ignorons pas qu'on nous oppose M. de Thou et le dup de Sully ; noa:^s allons recueillii^les aveux de l'un et de l'autre ; et quoique le second fût le chef, et que le premier fut r^uni des Huguenots, ils étoient trop près des éyénemens ppur. les changer ; ils se 3ont bornés à en empoisonner les motifs ; ils ont envisagé les fî^its a leur manière ; ils les ont présentés tels qu'ils les envisageoient ; ils les ont dénaturés , moins par malice , si l'on veut, que par prévention. Ceci regarde surtou.t le duc de Sully; il seroit- trop difficile de justifier M. de Thou , qu'une, partialité manifeste fait donner dans les écarts les moins pardonnables. y et qui, plus d'une fois., est en contradiction avec la vérité et avec lui-même ; ipais enfin profitons des aveux que cette même vérité \eu;r arrache en faveur des Jésuites : il sera ai$ç ensuite d'apprécier leurs accusations.
M. de Thou dit qu'à la fin du carême de 1603, le roi étant à Verdun , les Jésuites vinrent lui présenter leurs très humbles respects. Us le supplièrent par la bouche du père de La Tour, qu'ils ne fussent pas compris dans l'arrêt du parlement qui bannissoit leur Société de tout le royaume, a Le roi leur répondit avec tt beaucoup débouté qu'il le vouloit bien, mais à condi-
« tion qu^ils feroient Tenir à Verdun la jeunesse qui « étudioit à Pont-à-Mousson. Il les assura ensuite qu'il «( ne leur vculoit .point de mal, et.qa'il leur accorderoit « volontiers sa protection.... »
Quatre Jésuites se rendirent à Metz pendant la se^ maine sainte; ils se jetèrent aux pieds du roi, et ce prince leur ayant ordonné de se lever , le provincial le harangua. M. de Thou rapporte en entier laharangue du provincial ,) et il ajoute qu'Henri IV lui répondit: « Je vlbx jamais vcùla de mal aux Jésuites. Si j'en veux « à aucun d'eux, qu'eV retombe sur ma tête; mais cetarrét, ^ que mon parlement a rendu contre eux , n'a été rendu ^ qu'après de longues et mûres déliiératûms (i). »
La période qui termine cette réponse est évidemment de M. de Thou , qui nç craint point de mettre une absurdité dans la bouche d'Henri IV, pour se dédommager de la violence qu'il s'est faite en écrivant que ce ipnonarqûe ne vouloit aucun mal aux Jésuites, Il est éviident, au reste, que cet historien, tout président qu'il étoit, ne soupçonnoit pas même l'existence de l'Ëdit du 7 janvier 1595 , et qu'il ne croyoit pas qu'il fût connu d'Henri IV. Mais comment a-t-il pu faire dire à ce jnor narque que l'arrêt du parlement qui bannissoit les Je* suites, n'avoit été rendu « qu'après de longues et mûres délibérations? ». Cet arrêt fut porté k Toccasion de l'attentat de Jean Chatel : il ne faut que le lire pour s'en convaincre. Mais M. de Thou ne nous a-t-il pas appris lui-même que Jean Chatel porta ses mains pa^rricides sur le monarque le 27 décembre 1 594 ;. et qu'en punition de leur complicité , les Jésuites furent bannis du royaume par un arrêt du 29 décembre i534 ? 11 est un peu diffi^cile de placer « ces langues délibérations » dans un intervalle aussi court; mais, nous l'avons dit, on ne peut pas anéantir un fait ppblic sous les yeux de ceux qui en
' ■ '"' ■■! Il I II I I I !■■ — ■ ' fil'' . I I I II II p m| ■
(i)PeThou,l. i32.
onf été les lémoins oculaires. Un homme d'esjnrit se > borne à glisser quelques circonslanees accessoires, dont il s'attend bien qu'on saura tirer parti pour affoiblîr l'impression que produiroit ce que la vérité lui arrache ; il ne nie pas le £ait , it le défigure. Nous voudrions que les auteurs des Comptes rendus n'eussent pas dédaigné cette méthode : leurs satires auroient fait plus d'honneur à leur esprit , et plus de tort à ceux qu'ils vouloient diffamer.
Mais crqiroitron que ce même M. de Thou , qui fart dire à Henri IV que Tarrét du parlement contre les Jésuites n'avoit été porté a qu'après de longues et de mûres délibérations ; » croiroit-^n , dis-je > que M. de Thou , dans le même livre , tâche de justifier la prècipitaiion avec laquelle cet arrêt fut porté? 11 fait dire à M. dé Harki qu'après Ta ttentat de Chatel, les magistrats, comme hors d'eux-mêmes , scois s^ assujettir à tordre des procédures f sans entendre même les parties {i) , se comportèrent comme dans une émeute publique, et prononcèrent l'arrêt qui bannissoit les Jésuites du royaume; Cet aveu , dans la bouche de M. de Harlai, est une réfutation de l'arrêtlui-même; maiscetaveU, rapporté par M. de Thou, se combine«t-ii avec ces longues délibérations dont cet arrêt fut le résultat ? Rapportons les propres termes de notre historien , et laissons aux auteurs des Comptes rendus le soin de le concilier avec lui-même : Eefaetwm ut tanti periculi sensu atloniti, patres, non servato juris ordine, neque partibus auditis, ut in seditione,.,»Societatem toto regno tam salutari S* C exulare jusserint.
Après cette lég-êre contradiction , M. deThou ajoute (2) que npar ^i?w/<^, Henri IV reçut le discours manuscrit du « provincial ; qu'il dit aux Jéisuites de bien espérer du « succès de leur requête ; que l'affiiire étoit entre les
(i)Delliou, 1. i32.
DES JESUITES. 3t
m maïQt du Pape, sans leqael il ne Toulott rien décider ;. « qu'il y peoserott tout de bon aussitôt qu'il seroit à « Paris, et qu'il agiroit de manière qu'ils n'auroient « aucun lieu de douter qu'il ne songeât sérieusement à « leur rétablissement. » Tel est le récit de M. de Thou , et il ne prouye point qu'Henri IV halsso^ les Jésuites ^ et que la crainte seule d'être poignardé par eux le for* çoit à déguiser ses sentiments.
On voit que M. de Thou trouve, dans sa prévention contre les Jésuites , un motif légitime sans doute d'altérer ce qu'il est contraint de rapporter à leur déckarge.^ Les autres historiens disent qu'Henri lY « demanda » au P. Armand sa harangue par écrit ;: M. de Thou se contente dédire qu'Henri IV « la reçut*.. » ; mais ce sont des minuties pour un ennemi de la Société. Arrêtonsnous à des objets plus impcMPtants.
Le P. Ignace Armand, dans sa harangue, telle qu'elle est rapportée par M. de Thou lui*méme, s'inscrit en faux contre les principaux griefs qu'on imputoit à la Société. Il donne un démenti formel à Henri IV,. s'il est vrai qu'Henri IV ait déclaré par un Edit , que les Jésuites étoient complices de l'attentat de Ghatei. La harangue du provincial est assez maussade pour le style; mais n'est-elie pas encore plus impudente pour le fond? Henri IV pouvoit-il l'écouter jusqu'au bout? et après l'avoir totendue, l'indignation ne devoit-elle pas dicter sa réponse? Nous l'avons demandé k M. de Thou : nouss avons supposé que ce magistrat, qui étoit alors à Paris ^ « a mieux entendu ce qu'Henri IV dit à Metz , que ne l'avoit entendu M. de Villeroi et les autres qui étoient présens ; » et de tout cela que résulte-t-il ? qu'Henri IV ne voukîi et riavoil jamais voulu aucun mal aux Jésuites^ C'est uniquement ce que nous avions à prouver.
Ecoutons encore le duc de Sully, et jugeons parles ^veux de ce chef des Protestants, de ce que pensoit Henri IV sur le compte de la Société. Ce ministre ayoit
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fait pacte avec le roi d'Angleterre, ayec les Huguenote et ayeo son propre cœar> de ne rien négliger pour.em* pécher Henri lY de suiyre son pen'chant pour les Jésuites. II ne faut pas croire cependant que Sully se permit 4Des déclamations puériles qu'on ne trouye que dans les Comptes renduf. Ce ministre haïssoit cordialement les Jésuites : sa religion lui en faisoit un devoir ; Téducation lui en fit une habitude; les inTeciiyes continuelles des Protestants fomentèrent«sa préyention ; le désir de faire sa cour k un roi qui , dans les prihcipes du calvinisme , croyoit Riome le siège de l'Antéchrist ( i ), lui rendoit sa prévention chère; toutconcouroitenunmotàlui rendre odieuse celte Société « papiste, » à qui il imputoit des maximes détestables et des attentais conformes, à ces maximes. Mais un ennemi de la religion catholique etde ceux qui la prêchent, peut avoir un génie vaste et être un grand homme d'état. 11 n'y a que les hommes boi*nés et superficiels qui, après avoir donné aveuglément dans quelques travers d'esprit,, vont d'écueil en éeueil, d'absurdité en absurdité, aussi loin que la fureur , dirigée par la raison , peut les conduire^ Ils n^xtravaguent jamais à demi, parce qu'ils ne regardent jamais derrière eux, et qu'ils croient, avec un législateur moderne, « que l'homme qui réfléchit est un animal dépravé (2). ». Sully détestoît les Jésuites ; mais s'il avoit fait un Compte rendu , il se seroit bien gardé d'affirmer léfalemerU que tout citoyen qui les aime est un scélératou un im« bécille. Tout le monde sait que le célèbre Séguier éloit « le père et le protecteur déclaré des Jésuites : » mais que pensoit Sully du président Séguier? Que les auteurs des Comptes rendus lisent « les blasphèmes » que nous allons transcrire ; et ils apprendront qu'un ami des Jésu i tes peu t être un grand magistrat, un excellent politique et un