‹ Documents historiques inedits du XIVe siecle: Thomas de La Marche, batard deChapitre 16 sur 21 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Ce que devinrent les compagnies et les capitaines du bâtard de

France après sa mort. — Guillaume de Ham, capitaine de

Clermont et les bretons de Trësiguidy, capitaine

de Plauzat. — Le siàge de l'abbaye de

Saint-AUyre. — Les amnisties.

— Conclusion.

Les Bretons du bâtard de France occupaient encore les plaines

de la Basse-Auvergne quand il périt, et il s'ensuivit des incidents

restes aussi inconnus que la plupart de ceux que le lecteur a

rencontrés dans ces pages. Maurice de Trésiguidy, leur capitaine

général, avait toujours le centre de ses compagnies à Plau.^at ; il

prenait le titre de « capitaine de Plauzat et autres places ' », ei,

soit qu'on eût essayé de l'amadouer par le don de cet office après la

mort de son chef, lorsque le gouvernement royal le chargea de faire

sortir ses compatriotes de la province, soit qu'il en fût revêtu avant

son enrôlement par Thomas, il y joignait celui de « sergent d'armes

du roi » que Charles V lui-même lui reconnaissait. Les Bretons ont

l'être têtus, ils en usèrent largement. Les 11,000 florins

ar le comte de la Marche et l'évêque de Clermont n'étant

ses, malgré le traité définitivement conclu à Plauzat^, les

ies de Trésiguidy, de Geoffroy de Lésignat et de Raoul de

tous ceux qui suivent, relatifs aux Brctona. sont extra tionales. (X'-, n- 7. fui. llS-70. V. ficcos justif.).

t-ce alors scuicmcnl que les r 1,00(1 Horins furent pruiii r^vâquc de Clermont au nom de la province ?

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Mez occupèrent d'abord divers châteaux et se payèrent les intérêts sur le dos des habitants de la Limagne.

Trésiguidy se rendit à Clermont pour presser l'évèque et Guillaume de Ham d'en terminer; il était convenu que les hostilités seraient suspendues des deux côtés pendant un certain temps pour lever l'indemnité destinée a ses compagnies. La misère publique ne permit pas d'être prêt dans le délai accordé. Alors les Bretons vinrent chaque jour escarmoucher jusqu'aux barrières et aux portes de la ville, insulter les faubourgs, enlever des prisonniers, tuer les gens et brûler les édifices, manière de rappeler qu'ils attendaient. Le peuple de Clermont était très irrité de l'impuissance de la garnison qui n'osait même plus sortir ; il y tut une sédition. Trésiguidy se trouvait, un jour de trêve, dans la ville avec quelquesuns de ses compagnons. Guillaume de Ham, qui en était toujours le capitaine, alla le trouver pour lui reprocher les attaques de ses gens du dehors , au mépris des saufs -conduits respectivement délivrés. Pendant ce temps, Guillaume de Lésignat, connétable des compagnies bretonnes et commandant des bandes en l'absence du chef, redoubla de violences et cela d'autant plus qu'il supposait Trésiguidy prisonnier dans ta place. Il n'en était rien ; avec une témérité inouïe et non sans arrière-pensée, le chef restait dans Clermont escorté d'une poignée de soldats. Les habitants ainsi bravés prirent les armes et se ruèrent sur lui. Trésiguidy battit en retraite pied à pied jusqu'à l'abbaye de Saint-Allyre, réussit à s'en emparer et s'y enferma avec ses compagnons. Certes les Clermontois ne se doutaient guère qu'ils travaillaient contre leurs intérêts futurs lorsque, cinq ans et demi avant, ils sommaient impérieusement Etienne Aubert, abbé de Saint-Allyre et gouverneur du temporel de l'évêque, de remettre en état de défense les vieilles fortifications du monastère et de les garnir sans délai de balistes et de munitions, en prévision d'une attaque des Anglais, en le menaçant de 11 démolir » l'enceinte fortifiée de leurs propres mains. Le bailli d'Auvergne avait joint ses ordres à ces sommations et, le i3 mars i336 (nouveau style), le chapitre s'était exécuté en votant des ressources'. Bien réparé, Saint-Allyre n'était autre chose qu'une

I Arcli. dép. du Puy-Je-I^'ime. Fonds St-Aliv^e. L:iyctlc n* r, n* 1171. Orifi. sur pareil. i*'r^i);iiivi>t >lc sceju <Jc l'iibbi! de Saini-Allyre, nev«u du pape Innocent VI lEtiennc Aubcri). Le sceau ilu chapitre manque.

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2o8 THOMAS DK LA MARCHE

vaste et solide forteresse commandant une ville à part ' i elle exigeait un siège. Les Clermontois l'investirent entourés eux-mêmes par les Bretons du dehors. L'armée des grandes compagnies s'avançait en ce moment vers le centre de la France ; il était essentiel de traiter promptement avec celles de Trésiguidy. Guillaume de Ham, muni d'un sauf-conduit du connétable breton, sortit de la ville pour parlementer avec elles. Mais ayant jugé utile d'aller demander d'abord à ce sujet les instructions du sire de Montaigu, lieutenant du duc de Bourbon dans la province, ce qui n'était pas prévu au sauf-conduit, les Bretons lui tendirent une embuscade sur la route, le prirent et déclarèrent ne vouloir le rendre qu'en échange de leur chef et de leurs compagnons bloqués dans Saint-Allyre.

Ils exigeaient, en outre, la souscription par le capitaine de Clermont d'une obligation de 900 florins de Florence seus le sceau de Trésiguidy ^, payables à Paris avec engagement du souscripteur de se rendre prisonnier « à Nantes m au cas de non paiement à l'échéance. Guillaume de Ham ne pouvant s'y décider, ils incendièrent sa terre 3 ; alors seulement il signa pour échapper A de plus grands désastres. Encore les Bretons ne voulurent-ils lui rendre la liberté que lorsqu'il eut payé 60 moutons d'or et 60 réauji à l'un des hommes de Trésiguidy qui en avait été dépouillé dans le combat de la ville, plus 5o florins pour le cheval d'un autre breton tué devant l'un des châteaux de l'évêque. Pendant ces négociations, les sauvages Bretons promenaient la « désolation » dans tout le pays. Ces incidents se déroulèrent pendant l'automne de i36i, entre le mois d'août et le mois de novembre.

La guerre par procureur n'était pas plus étrangère à ces capitaines d'aventure que la bataille la lance au poing. La Bretagne et l'Auvergne continuèrent de se battre devant le Parlement de Paris ; Trésiguidy réclamant après son départ à Guillaume de Ham les 900 florins de Florence montant de l'obligation et les 1 !,ooo

le Guillaume Revel.

compélciils les juges ifu domicile du Breton au sujet de l'exccuiii

ve que cet homme du Nord avaii, ca Auvergne, des biens qu'un r

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Si <

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Di,,iizedl),G00>^le

florins de l'évacuation ; le chevalier français refusant de payer l'une et l'autre somme et demandant même des indemnités pour le dommage qu'il avait subi. Le 26 novembre i36i, le roi Jean autorisait Guillaume à assigner de son côté l'écuyer breton au Parlement et enjoignait au bailli de Saînt-Pïerre-le-Moûtier ' de surseoir à l'exécution des engagements dii capitaine de Clermont jusqu'à ce que tes deux procès fussent simultanément vidés par sa cour. Nous laisserons de côté cette lutte judiciaire où tantôt Guillaume comparut et tantôt se fit représenter par son frère Enguerrand de Ham ; elle nous intéresse peu. Disons seulement que les deux champions furent entendus en personne, confrontés le mardi 8 février i362 et que le 2 avril suivant un arrêt condamna Guillaume de Ham à payer les goo florins à Trésiguidy* Quant aux 1 1,000 florins promis par le comte de la Marche et l'évêque de Clermont, je ne sais s'ils furent jamais soldés.

Les compagnies bretonnes de Thomas de la Marche s'émiettèrent. Une partie suivit les lieutenants et les gentilshommes de Thomas dans le camp d'Henri de Transtamare ou à l'armée du maréchal d'Audrehem, et elles prirent part au siège de Saugues commencé le 11 mars i362 3. D'autres, apparemment le plus grand nombre, retournèrent dans l'ouest. Olivier de Trésiguidy était à la fin de juin [363 un des principaux capitaines de Jean de Montfort, duc de Bretagne, à Vannes ; il combattit là avec l'Angleterre contre Charles de Blois et contre nous*. Olivier et Geoffroy Foulard, chevaliers, se retrouvent à cette époque dans les guerres de Bretagne. ■ Quelques-uns paraissent être allés combattre sur le champ de bataille de Brignais où nos troupes furent écrasées, le 16 mai i362, sous les ordres de Jacques de Bourbon, comte de la Marche. D'autres encore, avec Jean de Quincampoix, se rendirent en Roussillon où ils firent campagne contre le roi d'Aragon pour te compte du roi de Majorque 5,

)S-7o. C'est dans cet arréi que nous avons pujié le récit

3 Pour cette date, voir U Marichal d'Audrehem ( Mol i nier) ; Les Tard-Venui (Guigues) ; Spicil. Bnvat. (Chassaing), p. 3H9.

4 Hiat. de Du Gueiclin, p. 388. (Slméon Luce).

5 Arch. nat., JJ, 91, fol. 364, n* 397.

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aïo THOMAS DE LA MARCHE

L'allié de Thomas, Armand- Ran don le Grand de Polignac, poursuivi par ordre de la cour devant le sénéchal de Beaucaire pour la même guerre contre le Dauphin, fut gracié le 21 mars i362 par lettres d'Arnould d'Audrehem lieutenant du Languedoc et d'Auvergne, données dans son camp devant Saugues, où Randon lui avait amené 5oo gens d'armes de renfort '.

Les officiers de Robert le Fou bénéficièrent de mesures semblables en i363^ et sa veuve Françoise d'Aurouze reçut une indemnité parce que u ses propriétés avaient été ravagées pendant la guerre 3 h.

Gracié aussi, au mois de novembre suivant, son lieutenant Jean de Quincampoix. En quittant te service du roi de Majorque, il courut les champs pour son propre compte avec ses hommes sans solde, revint sur les terres du Dauphin, s'empara d'Espalem (canton de Blesle), puis de la tour de la Masse (corn. d'Ambert)ei s'y fortifia. Mais, lassé alors de la vie de routier, il redevint « bon français a, rejoignit au Puy le maréchal d'Audrehem (9 mars 1362), fit avec lui le siège de Saugues^, demeura quatre mois dans son armée, se rendit ensuite en Maçonnais ; s'engagea avec ses hommes dans l'armée de Jean de Melun comte de Tancarville, cKambffllande France ^ ; fut chargé par lui d'aller assiéger le Basquin de Ponset dans le Bourdieu (Hte-Vienne, comm. de St-Junien) et fut envoyé ensuite par le connétable en Normandie pour renforcer les troupes de Bertrand Du GuescUn. Là, il combattit sous les ordres du héros. II y était encore lorsqu'au mois de novembre t362 il reçut, sur la recommandation vraisemblablement de Du Guesclin lui-même, des lettres d'amnistie avec restitution de ses biens confisqués. Il convenait avoir pris deux châteaux sous les ordres de Thomas de la Marche, enlevé beaucoup de prisonniers et pillé les vivres emmaga-

1 Bal. : Mais. tfAuv., tl, 440. Dalunx in acie eoram Salgue. ~< Il 7 avait de tout au siËee de Saugues : des Espagnols, ceux d'Henri de Tranitamare ; des Bretons, ceux de Thomas de la Marche ; des Picards, ceux de Robert Dauphin ; sans parler des gens d'Auvergne, du Velay, du Gcvaudan ei du surplus du Languedoc. Un seigneur flamand de sou armie, Pierre d'Ostrevent, y fut tué pendant un assaut et inhume au Puv. (Spicil. Brivat., p. i>ig). Le maréchal entra dans Saugues le iS mars i3ôi, apris capitulation.

2 V. Pièces jiistif. Rémission po'ir Pierre Berlin. 11 y en a d'autres.

3 Elle lui fut accordée en i366 ou 1367 par Jean Dauphin, seigneur de Rochefort, ■ans doute comme gouverneur ou lieuteuanl de Louis de Bourbon ou du comte Béraud II. {Tabl. kitt. de CAuv., I, p. 35]).

4 Arch. nat., JJ, 91, n* 392, Toi. 364 et 104-30^.

i Nommé lieutenant du roi en Bourgogne le ï5 janvier i36i, et aussi en Auvergne.

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sinés au château de Grèzes. C'était une race violente et absolument dévouée aux Bourbons que ces Quincampoix '.

Pardonnes également les Bonnebaui. Ai mon, chevalier, le premier des lieutenants et des conseillers de Thomas, disparaît en même temps que son chef; mais Jean de Bonnebaut, gendre de Thomas de Montmorin, cousin du bâtard, te chevalier « si plein de vaillance et de gentillesse >* que Froissart nomme Jean de Bonnelance, entra, lui aussi, dans les compagnies du vicomte de Poiignac, battit à plate couture les Anglais en 1 36S à Paulhaguet (Hte-Loîre), dans l'évéché de Saint-Flour, en ce même pays qui avait été le théâtre de la rébellion de son père^. Il fut un des trois généraux qui s'emparèrent de Ventadour. Maréchal puis sénéchal d'Auvergne (1392-94), il consacra toute sa loyale vie à combattre les Anglais sous les ordres de son suzerain Louis 11 de Bourbon et se montra aussi parfait modèle de bravoure et de prudhommie que ce prince. Louis le décora de son ordre de l'Ecu d'Or, en Bt un des quatre chevaliers de son hôtel 3, son ami, son compagnon de corps comme naguère il avait fait de Thomas, et ne voulut jamais plus s'en séparer, pas même

I LnuÎB de QuincampoU, homme d'armes de ta compagnie d'ordonnance de Mathieu de Bourbon seigneur de la Roche- en- Ré nier, Arthien, etc., .-n Velav, dit le Grand Bâtard, fils naturel du duc iean II, pénétra au bord de nuit, le 14 février 148H, avec ton maitre el deux autres Écu^ers, Bernardin Peloux et Jean Basion, dans la chambre où Jean Berry. secrétaire ei favuri du duc Jean de Bourbon alors expirant, soupait à l'auberge d'Odias Beilocier, i Moulins, lia l'arrachèrent de table, l'emmenèrent à Arthiers où ils le pétèrent dans la Loire, ainsi qu'il avait été fait en 1 44a du bâtard Alexandre de Bourbon, noyé à Bar-sur-Seine par ordre de Chartes VU, et encore de Jean de Vernet, seigneur de Beaulieu en Auvergne, dit le Camus, minisire et favori du roi. sur l'ordre du connétable de Rlchemoni. Mathieu de Bourbon reprochait à Jean Berry d'ensorceler son père. Les meurtriers trouvèrent dans les elTels de leur victime ' une épée el ceruin couteau plein de aoultea de sang, diverses lames de cuivre semées et remplies de caractes (caractères), peaulx de serpens, mendrcgores, oigns (onguents), un ccptre et autres plusieurs ehos» sentant sorcerie, composées pour faire invocation' de malins espritz ». (Lettres de rémission à Louis de Quincampoix. Saumur. mai [4HS. Arch. nal-, JJ, n" (33, p, 77I. La vraie raison était que Berry éloignait le duc Jean du bâiard de Bourbon et que celui-ci voulait s'en défaire au commencement du nouveau règne. Jaoi)ues de Quincampoix, capitaine d'Usson à la fin du iv siècle, eut pour arrSre-

Btite-fille Madeleine, dernière de sa race, femme de Gilbert du Lac, ssigneur du aotel (com. de Busséol), dans la première moitié du xvi* siècle.

lui garda le commandement principal des débris françai; Marche. L'écrasement des Anglais, près de Paulhaguet par les ruiiKnac n unaiaLc^ uc messire Jean de Bonnebaut a, en i365. Suivit immédiatement la défaite de Nicolas Dagorne et de ses 1,000 anglais massacrés à Saint-Cirguet [alors en Auvergne, cant. de ]a Voùte-Chillac), bour^ séparé par l'Allier de la Voùle. ils délivrèrent le pays pour auelque temps. Leur victoire attira • un million de béné~ dictions aux vainqueurs t. iHUt. manuic. dt la Mait. de Polignae, Chabron, i6zo-i63o. Spicil. Brivat., 394).

3 II était en l'ifb au siège, célèbre dans la région, de la Roche-Sannadoire (P.-de-D.) et s'y signala. {Ckron. du fon duc i^jr». Chaïaud. p. 101). Il accompagna Louis 11 en Prusse et en Lithuanie avec Robert de Chalus, l'Hermiie de la Faye, Chdielmorand et autres, ses chevaliers. {Ibid., p. 64). Il fut désigné pour être de l'avani-garde de l'armée réunie à l'Ecluse pour ta descente en Angleterre en i386. (Ibid., p. iHi).

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lorsqu'il se retira au couvent des Célestins de Vichy où il rendît l'ftme entre ses bras ',

Amnistié de même, aussitôt après la mort du bâtard, Guibert de Marcenat, le rebelle de 1 36o, l'allié des Anglais contre les officiers de Thomas de la Marche et contre Aurillac; amnistié, son frère Déodat; amnistiés par les mêmes lettres, les incendiaires et les pilleurs d'églises, tes brûleurs de femmes vives, Géraud de Cols, Gilbert de Gère, Guibert Aycard, Jean Gorbus, Jean de la Dourgne bâtard de Moisset, tous écuyers, tous complices des frères de Marcenat. Les lettres de grâce des Marcenat et de leur clan furent accordées d'abord par Jean de Berry (fin i36o-i36i)t puis par le maréchal d'Audrehem en 1 362, et confirmées enfin en 1 366 par le roi Charles sur la prière du duc Jean son frère*. Guibert avait vaillamment servi le roi Jean à la guerre, et ses ancêtres les rois dans le passé, atteste Charles V. Guibert se montra ensuite, ajoute-t-il, « homme de bonne vie et renommée, louable et honnête ». Il commença par réparer, lui ou Guillaume de Marcenat, la brèche faite à la fortune de sa famille par la cruelle guerre d'Aurillac en se chargeant de percevoir dans la Haute-Auvergne, en i362, une taille de cinq mille florins d'or pour l'évacuation des Anglais 3. La même année, avant le mois de septembre au plus tard, peut-être même dès i36i, le duc Jean le récompensa d'avoir si puissamment contribué à écraser les partisans de Thomas de !a Marche dans le sud de l'Auvergne en le nommant son bailli de Berry*. Guibert fut depuis fidèle à la France et resta le client de Jean de Berry. Il fut avec divers autres chevaliers et financiers l'un des négociateurs du traité de Montferrand conclu le 4 avril (364 par Imbaud du Peschin, gouverneur d'Auvergne et de Berry pour le duc Jean et les Etats de cette province d'une part, avec le périgourdin Seguin de Badefol, le gascon Bertucat d'Albret et les autres capitaines des compagnies de Brioude et de Varennes 5,

un des * quiire vieils chevalier! • que te bon duc I.OUJE choisit pour « com- . lorsqu'il alla passer les deux dernîires années de sa vie dnns le couvent

s de Vichy, [40M-1410. (Ibid., ig3). Les autres étaient Jean de Chliet-

i porte-fenion, Robert de Vandat et Guichard a'Vrfi.

tu.. X^n•al, fol. 415.

a. du Caillai, V, s6i.

«., X'*, D'it, fol. 4i5.

s, comm. de Moulet, canl. d'Allègre, arr. du Puy.

DigilizedhyGoOt^le

pour l'évacuation du diocèse de Saint-Flour et des terres du Dauphin d'Auvergne, moyennant un pâtis de4o,ooo florins ' .Ce fut à son retour définitif en Auvergne après sa captivité d'Angleterre au printemps de i365', que le duc Jean nomma Guibert son bailli de Berry; il l'était encore au mois de février 1367, lorsqu'il obtint de Charles V la confirmation de ses lettres de rémission, par l'intervention personnelle du duc Jean, y est-il dit 3. Mais le duc n'oublie pas sa caisse et) cette circonstance ; il a bien soin de faire expliquer dans l'acte que cette grâce ne fera pas obstacle au procès en indemnité qu'il a intenté contre ledit Guibert de Marcenat et Guillaume Julien, d'Aurillac, à raison de la guerre de i36o''; de telle façon qu'il ne lui fait rendre Marmiesse et ses autres biens confisqués par le roi que pour augmenter son gage à lui ; il n'y a que le roi et les autres créanciers qui perdront. Cela c'est du Jean de Berry tout pur. Armand ou Arnaud de Marcenat, damoiseau, resta comme Bonncbaut et Quincampoix dans les troupes du vicomte de Polignac, fit le siège de Saugues avec les débris des compagnies de la Marche sous le maréchal et reçut sa grâce en même temps que ce vicomte 5.

Les habitants d'Aurillac furent amnistiés comme les Marcenat 6.

Amnistié de même le marchand d'Aurillac Astorg Dalson ^. Un

[ Dominus GUbertus de Marcenaco. Témoin

neur oour le duc de Berry et d'Auvergne, le --.„ — . ,

de la Borie. chevaliers, Guillaume Guittard chantre de KofBac près Saint-Flour, Canton de Mona, Robert de Riom receveur aénéral d'Auvergne, {Arch. mun. de CUrmonI, divU. A. section A, chap. I, publié par M. Chassaing au Spicil. Brivat. p. 360).

3 ATck. nat., X'*, n* ii, fol. 415.

4 Ibid. Le Pariemeni enregistra ces dernières lettres de Charles V en faveur des frire

5 Le» lettres de rémission accordée» à Armand-Randon ou Randonet de Polignac au siège de Saugues le nomment par erreur de Larcenato. 11 était poursuivi devant le bailli du Velay pour eicés commis dans cette même guerre privée contre le Dauphin Robert 111 le Fou, (Baluze : Maison d'Auvergne. Preuves, 11, 440).

6 11* obéirent à l'ordonnance du roi Jean du 5 octobre i36i, défendant aux villes et I habitants de se faire la guerre (Isamberi, V, [36-129I jusqu'il ce que les

de Jean de Berrj pour s'arroger injustement la haute justice suc eux (i365J v

miner un nouveau soulèvement. Charles V eut beaucoup de peine à répri

d'usurpation de son frère sur tous tes exempts d'Auvergne.

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de ses homonymes, si ce n'est lui-même, était chancelier des Montagnes dès le 26 septembre i36o *.

Guillaume de Pertus ne périt pas pendant la guerre de Thomas de la Marche. Il réclama après ta mort de son chef diverses sommes à la ville de Saînt-Flour pour services qu'il lui avait rendus à I& cour de France, sans doute au sujet de la ratification par le Parlement des foires de Saint-Blatse et de Saint-Laurent accordées par Thomas de la Marche à cette ville. Elles furent en effet confirmées par lettres de Jean de Berry. Le trésor municipal étant à sec, le consul Jean Saysset avait payé pour la ville à Pertus 5o florins d'or dont les consuls lui souscrivirent une reconnaissance le 2 avril 1369^. Ils avaient une autre affaire, celle-là criminelle, au Parlement au sujet de quelques excès commis par les habitants contre leur seigneur évêque Pierre d'Estaing. Saysset se rendit à Paris, obtint des lettres de grâce pour ses concitoyens et fit toutes les avances. Il n'en était pas encore remboursé en 1369. Les consuls lui en passèrent obligation en même temps que pour le paiement à Guillaume de Pertus 3. Quinze ans plus tard, un Guillaume de Pertus, peut-être bien le même, se faisait Tuchin et devenait avec Jean de Dienne, fils d'un bâtard de sa maison du nom de Guillaume de Dienne, bailli de Dienne, un des principaux lieutenants de Guillaume Gracia, le général qui succéda à Pierre de Bruyère dans le commandement de la grande insurrection de r384. Guillaume de Pertus occupait Murât avec un détachement de l'armée des Tuchins au milieu du mois de mai 4. A le supposer survivant aux massacres qui mirent fin au Tuchinat, il fut couvert par l'amnistie générale accordée en juillet iSgi par Charles VI. aux Tuchins du diocèse de

I Aitorgius de Ungulit dtymmi notlri francorum régis clericus tjasque eancellarius tt

tentas sigiUum pro eodem domino in bayllivia Montanorum Ai-vtrme Novo Noveritîi quoi coram Siephano Badueilh clerico noiario, etc. {Arch. de St'FIoiir. Orig. Malle. >ni). La 'orme de Ungulis dais Ongles, aujourd'hui Deizongles, peut provenir ial du pluriel d'Alzons ; ans siguifialt otigles en dialecte populaire . Les ^^^^ ...,.., s Eont depuis longtemps portés p«r des familles distinctes.

3 Ce consul montra le même dévouement lors du procès au Partement de la ville contre son setaneur évéque Pierre d'Estainit el le procureur du roi dans les Montagnes. [Arch. de St-Flour).

4 Mêmes arch., cbap. IV, art. G, n* 8. Enquête oric. sur pap. Stiiime déposili< (Voir mon étude sur Les Tuchins. [894),

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Sainl-Flour et de la prévôté de Mauriac'. Les premiers Tuchins connus s'étaient montrés dès i363 dans l'évêché de Saint-Flour presqu'aussitôt après la guerre de La Marche '.

Guillaume de Chalencon, qui avait bataillé comme Thomas dans {e même temps et dans le même pays, obtint son pardon au mois de février i36i à la recommandation du Dauphin Béraud II 3.

Il n'est pas jusqu'au parisien Thibaut Le Maire, le neveu de Jean Chauffecire le greffier du Parlement, homme d'armes de Thomas de la Marche, qui ne reçut des lettres de rémission du roi Jean. Il les eut le 3 décembre i363 à Hesdin (Pas-de-Calais). Le roi lui fit rendre ses possessions de Louveciennes et de Fourqueux qui avaient été confisquées'*-.

Mais ce qui était confisqué à son profit, Jean de Berry le rendait moins aisément. Entré en possession réelle de Nonette après la mort de Thomas de la Marche à qui on ne put l'arracher, lui vivant, il se garda bien de commettre la faute d'inféoder à un tiers une telle forteresse*. Il la conserva dans son domaine direct, la fit restaurer par son architecte Guy de Dammartin (i 373-82), la transforma en un château superbe, à trois enceintes hérissées de tours, entouré de hauts arceaux dans le style du palais des papes d'Avignon, avec un très haut donjon à pans coupés qu'on peut admirer dans le registre d'armes du héraut Guillaume Revêt dit Auvergne (1450-60). Il y dépensa en une fois près de quatre millions de notre temps, sans compter de nombreux compléments, et Nonette devenu l'une des plus belles demeures princières de France fut avec le palais de Riom, œuvre du même architecte, la résidence préférée du premier duc d'Auvergne quand il était dans la province. Us5on>

i Jrch. Ml., JJ, 145, 1 a lUd., JJ. 98, n« i38.

3 lbid..iJ, 89, n' 571.

magis eUmealia qutim ri/tore, dit li

4 Ibid., JJ, gS, D> i5S. Plicei juslif.

5 Les Bourbons ses héritiers, puis les rots de France, successeurs îles Bourbons, firent aussi une eicentioii pour Nonette, au milieu de leurs innombrables démembrements du domaine de la couronne. Nonette fui rasé, sur adjudication des travaux le 1 novembre i63î, au prix de in.ooo livres. (Tabl. Hisl. de VAuv., I, 36i). Nonette et Cariât sont les deux places qui ont coûté te plus à démolir. Ce n'est quaprés la des-

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voisin et rival de Nonette, la meilleure place de France au dire de Brantôme, lui faisant ombrage, il l'extorqua en 1387 au comte d'Auvergne par des procédés sur lesquels nous n'avons pas à revenir, maisqui expliquent fort bien ceux employés pour dépouiller Thomas de la Marche ' . Quant aux terres dépendant de Nonette, il en donna, comme de juste, une partie à son chancelier Imbaud du Peschin '. De même ce favori avait eu une large part des dépouilles de Robert Dauphin.

Il serait possible cependant que Jean ait été obligé de rendre aux héritiers de Thomas de la Marche le prix ou une partie du prix de Nonette. Un passage des comptes des consuls de Montferrand parle, à la date du 14 mai 1 377, du « prix de Nonette que devait le duc n. Mais ils constatent en même temps que s'il paya, ce fut avec l'argent du public, en imposant une taille extraordinaire dans ce but sur ses sujets ou ses administrés 3.

Si la maison de France abandonna son sang, il était de tradition chez les d'Armagnac de ne pas abandonner leurs serviteurs, et leurs robustes habitudes de patronat ne furent pas étrangères à l'étonnante influence dont ils jouirent pendant un siècle. Le seigneur de Bertholène devint un des principaux officiers du comte Jean IL Ce fut lui qui convoqua au mois d'août i363 les Etats du Rouergue de la part de la femme de ce prince, Béatrix de Clermont, comtesse de Rodez et belle-mère du duc de Berry, pour voter la rançon du comte Jean II fait prisonnier par Gaston-Phébus comte Poix, à la bataille de Laussac^.

Le vicomte de Villemur était en i362 bailli des Montagnes ^, lors de la réaction qui suivit la mort de Thomas ; il l'était encore dans

I Bibl. nat. Arm., Baluxe, VI, p. H, n* 3 T, tgq. Déposition de Ponchon de Langeac. 1 Imbaud les po8s6Jaii en i36€. (Baluze : Afaii. dAuv., Il, 446).

3 Arch. mun. dt Cltrmont. Fonds de Montferrand. Reg. consul, de iSôy. — Les consul» envoient, le 14 mai 1367, Géraud Champc, J. Raiada ei L^uis Le Clerc au duc de Berry & Saint-Pourçain pour obtenir de lui « une assignation de q40 florins que devait le duc pour le prix de Noneitc a.

4 Le Rouergue mus les Anglais, p. S7. (Abbé Rouquette). — Amaury de Bertholène,

euienant des Hontaenes, portait jes armes pour la défense du Rouergue n frère encore en iSgr. Cette branche des B^ren^cr s'éieignit en Marie e Bertholène. femme de Frantoii Hibles, seigneur de Las Ribcs, qui {De Gaujal. IV, 358).

liUcii et fidelis nostri vie res du roi Jean du moii cA. nat., JJ, 1)3, n* io3).

le courant de l'année suivante. Ses partisans, devenus maîtres de la situation dans Aurillac, lui faisaient confier la défense de la ville par les citoyens eux-mêmes et par voie d'abonnement. Il y mit ses hommes en garnison. Ce fut une entreprise à la fois guerrière et politique, et le plus traître des deux à la France ne fut pas La Marche. Le vicomte de Villemur s'entendit avec Aton de la Roque, seigneur de Roquenatou, ce même chevalier qui s'était vendu aux Anglais et dont La Marche avait repris le château sur eux, pour livrer Aurillac à Bertucat d'Albret. Grâce à leur connivence, Bertucat entra dans les faubourgs avec six cents anglogascons ; un combat s'engagea entr'eux et tes habitants. Ceux-ci repoussèrent l'ennemi ; mais furieux de voir Aton pactiser avec les Anglais, ils le massacrèrent le même jour. Arnaud de Villemur quitta la ville, assembla ses amis, ses parents, ceux d'Aton et fît la guerre à Aurillac. Les habitants obtinrent des lettres de rémission pour ce meurtre au mois de mars i365 (n. st.). Le vicomte de Villemur resta indemne.

Ainsi finit ce fils de roi de France. Les fils tiennent de la mère, les filles du père et le type de l'aïeul maternel est celui qui se reproduit le plus fréquemment. Rien ne ressemble à Thomas de la Marche, à le juger par ce que nous connaissons de sa conduite, comme le portrait de son grand-père le comte de Bourgogne Otton IV tracé par les historiens modernes : « Vaillante épée, disent-ils du palatin, nature généreuse, chevaleresque, aimant à la folie le luxe, les périlleuses aventures ; tète faible, esprit léger, administrateur incapable' ». C'est bien là le Thomas que nous connaissons avec, en plus, je ne sais quoi de fier, d'agité, d'ombrageux et de violent dû à sa position mal définie, comme h ses infortunes. Fait pour être fidèle et mourant en révolié, promenant partout le roman de sa vie, sa nature inquiète et son mobile foyer à la poursuite d'un établissement qui lui échappe toujours, il ne nous apparaît plus que comme un brillant aventurier. La maison

I Richard : Afahaut comtesse d'Arroit e

Le Sii-ge iie Besancon en i : " 4-s^rie. IV, Hi^, cilés par p. »4lJ-

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ai8 THOMAS DE LA MARCHE

de France aurait pu tirer de lui un parti excellent dans ses armées. Duc d'Auvergne au lieu d'un prince de parade^ il eût autrement défendu en tous cas la terre française que son mol et impitoyable spoliateur.

Tout a été sur le point de lui réussir et rien ne lui a réussi. Evidemment ses défauts y furent pour beaucoup ; mais le vice de sa naissance pesa douloureusement sur sa destinée et il paya cher la faute de ses parents. C'est pour cela qu'il reste intéressant malgré tout et qu'il méritait de sortir de l'ombre où les annalistes de France ont oublié ce descendant de saint Louis, dupes en cela d'un silence voulu par ia famille du roi Jean.

De ce grand déclassé il reste surtout l'impression d'un être malheureux. 11 aurait pu prendre la devise de son homonyme Olivier, le chambellan de Bourgogne et l'auteur des Mémoires : « Tant a soufTen La Marche. »

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