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CHAPITRE VIII

La révolte de Thomas de la Marche

Départ des princes pour l'Angleterre. Embarras des gooTerneurs d'Auvergne pendant lenr absence. Ligne des trois Etats de Basse -Auvergne. Traité dn 27 novembre 1360- —Transaction avec Thomas. — La ■ Guerre de Thomas de la Marche » contre le Dauphin et les Etats de Basse-Auvergne. Il prend dix- sept cbflteaux et met à composition Clermont, Riom et le Bas-Pays. — Ses compagnies bretonnes. — Occupation de Plauzat Haarice de Trésiguidy et autres capitaines bretons.

— Mort de Thomas.

(Octobre 1 36o-Septembre iSGi).

Thomas de la Marche, redevenu Thomas Sans-terre, n'était pas d'humeur à geindre ainsi que Jean le Mauvais Ménager, dépouillé de ses états par Jean de Berry : « Hélas! il faut que je m'en aille hors de ce pays comme homme honteux et personne enragée ». Il ne pouvait penser à se réfugier sur les domaines de sa famille maternelle. Le comté et le duché de Bourgogne reposaient sur la tête du duc Philippe II, qui se qualifiait aussi comte d'Auvergne, jeune homme maladif mort quelques mois plus tard au château de Rouvres [i36i) ; l'influence souveraine dans ces pays était entre les mains de Jeanne d'Auvergne et de son second mari le roï Jean, si mal dispose; pour lui qu'il venait de frapperses biens de confiscation.

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Mais Thomas savait que dans ces temps d'ai:archie rien n'était perdu tant qu'on était fort. Sous Charles VII, Alain Charrier disait de ceux de sa sorte : « Qui povoit aviir plus de gens sur les champs estoit le plus craint et le plus doubcé, et qui plus tost eust obtenu quelque chose du roy de France que nul autre ». Il en était de même alors. La famille paternelle était maintenant fermée tout à fait pour Thomas. Il ne licencia pas ses troupes, tint sa révocation et la confiscation de sa terre pour non avenues, et resta, comme devant, le maître de fait des Montagnes. En Basse-Auvergne, il n'évacua point Nonetie.

Sur ces entrefaites, le nouveau duc d'Auvergne, le duc Louis et

le comte Dauphin, désignés pour servir d'otages au roi, furent

obligés de partir pour l'Angleterre. Jean de Berry, tout nouveau

marié, se fit peu chevaleresquement harceler pendant près de

quatre mois' ; enfin il se décida et nous avons vu qu'il se fit

chèrement payer l'accomplissement de ce devoir filial et national.

de partir, il institua Pierre Aycelin de Montaigu prieur de

.lartin-des-Champs et Jean Souvain sénéchal de Bcaucaire,

ints du roi et les siens pour administrer le Languedoc en son

;'; Philibert de Lespinasse et Imbaud Brun du Peschin

ouverner l'Auvergne et le Berry 3. Jean de Boulogne leur fut

pour l'Auvergne. Le duc de Bourbon délégua ses pouvoirs

tenant en Auvergne à Gilles Aycelin, sire de Montaigu et à

:rre de Giai son chancelier, qui devait devenir peu après

le 2i[ juin i36o, le roi Jean écrivait nu comte d'Armajinnc pour prier ce de deierminer son gendre à se rendre à CalaÎB à titre d'oiagt; (BiDl. nal. Doat. , foi. 47) ; mais, malgrii les instances de son pire, le comte de Poitiers ne s le l-aniiuedoc avant le mois d'août ; en effet, nous le trouvons à Carcassonnc llci. <JJ, q3, n° 107). il est probable qu'il revint à Paris par la Boureogne. ( Lunfc., IX, 7,3. note 2: Molmier). Nous avons vu qu'il était le S août à /e d'Avignon. (Aich. de St-J-loui. chap. Il, art. a, n- a3). Jean devait marpendant ce temps avec son père pour ae faire acheter son obéissance le plus sible. Deux duchés et la confiscation des biens de Thomas de la Marche en I prix. Il obtint, quoiqu'il en soit, un premier congé du roi d'Angleterre jssitût, car il était à Pèzenas le 19 novembre i36o, d'après des lettres où il te tenant du roi ès-parites de la Langue d'Oc (Hist. du Lang.. IX, 717) : k î(| décembre suivant et encore le î janvier ,26,. (Ibid.. j^-jW II rentre en re à la fin de janvier et le roi le remplace alors dans la lieuienance du Lanar Moreau de Fiennes, connétable de France. {Ibid., IX, jtg).

noms la aouvernait il irès peu aprds le i3 novembre i362 {Arch. munie, de \ Fonds Montjeirand. AA, liasse 7), en i363 {Kerwin de Lettenhove. ttoissart. ■ Philibert lie Lespinasse au sujet de la prise de Brioude par Seguin de Badefol) J4 {Spicil. Urivat. Traite de Moatlërrand).

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chancelier du duc de Berry, puis chancelier de France. Le comte Dauphin Beraud donna les siens à son oncle Amé Dauphin, seigneur de Rochefort'. Enfin l'évêque de Clermoni, seigneur de la ville, compléta ces mesures militaires en confiant le commandement de Clermont à un homme de guerre de quelque réputation dont nous avons déjà parlé, Guillaume de Ham, chevalier, maréchal du Bourbonnais*. Les princes s'embarquèrent pour l'Angleterre vers la fin de l'automne, au moment du pronunciamîento de Thomas de la Marche. Le duc Louis partit le 3i octobre. Dès le 24, lepri:ire Jean était rentré en France pour négocier dans son gouvernement le surplus de la rançon de son père, après le versement des 600,000 écus, premier terme de cette rançon 3.

Grand fut l'embarras des nouveaux gouverneurs. Ils jugèrent la situation assez grave pour nécessiter un exceptionnel remède. Aussitôt les princes embarques, ils convoquèrent les Etats provinciaux dans le couvent des Frères mineurs ou Cordeliers de Clermont ; et là ils proposèrent à la noblesse, au clergé comme aux bonnes villes une alliance offensive et défensive contre les perturbateurs. Le traité fut signé le 27 novembre i36o. Si le nom de Thomas de la Marche n'y est pas prononcé par un reste d'égards, on peut le lire entre les lignes. La ligue n'est pas formée seulement contre les Anglais qui ne sont pas plus nommés que lui dans l'instrument; elle n'est pas faite pour le seul Bas-Pays ni le seul évéché de Clermont, mais « pour la seureté de tout le pays d'Auvergne et des habitants en yceluy, pour obvier aussi aux graves pilleries et escandres* qui, de jour en jour, se font et multiplient par aucuns malfaiteurs, murdriers, raubeurs, pilleurs et autres ennemis malveillants habitant en icelui... de quelque condicion que soient^ ». Gilles de Montaigu, en sa qualité de lieutenant du duc de Bourbon,

[ Texte du traité de ligue du. 17 novembre i36o cit£ plus loin.

2 Arch. nai., X'', n* 7.

3 Htsi. du Lang., IX, 715, noie 1.

4 Scaidalis dans le préliminaire latin de l'acte. L'expression ne doit pas s'appliquer

au> Anglais, ni au:: compagnies, ennemis déclarés.

5 L.C texte de ce traité a été publié en iS'jS par M. François Boyer dant une plaquette intitulée : Documenta inédits sur FUist. d'Auvergne.

Di,,iizedl),G00>^le

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son chancelier de Giat ' et Amé Dauphin furent les premiers à jurer l'alliance. Un commandeur des Hospitaliers, au nom du grand prieur d'Auvergne Robert de Chalus et de tous les chevaliers de l'ordre, quelques grands seigneurs tels que Jean de Boulogne, son ~ adefroy seigneur de Montgâcon, et Thomas de Monimorin r de Montmorin de Massiac et d'Auzon, imitèrent leur ;. Soit qu'ils n'aient pas été convoqués, soit plutôt qu'ils sas voulu s'y rendre, les habitants du Haut-Pays ne figurent traité. Seuls de tout l'évéché de Saini-Flour, le chapitre et itants de Brioude, ainsi que la ville de Langeac entrèrent confédération ; cela vient de ce que, tout en relevant de ce depuis iSiy, Brioude et Langeac étaient restés administrai, comme par le passé, membres de la Basse-Auvergne, étrange de voir une ligue formée par les seules puissances asse-Auvergne contre les rebelles des deux parties de la ;, si la rébellion du gouverneur des Montagnes et la guerre îc ne donnaient l'explication de cette singularité, illes se montrèrent froides ; c'étaient elles qui devaient Elles se souvenaient de leur ligue de l'année précédente iinolles ; la prudence leur conseillait la réserve. On ne lour qui tournerait la chance. Le péril immédiat était le danger à venir très possible.

ïité du 27 novembre renferme une clause fort intéressante, ue un tribunal extraordinaire de commissaires- arbitres pris bre égal dans les trois ordres, avec compétence sur les ie la province entière, pour trancher souverainement toutes :s de nature à troubler la paix. On ne sait pas si ce tribunal ctionner ; c'est dommage, car l'assemblée de Clermont it son époque de bien longtemps par ce beau mouvement ;rnement provincial et d'unification de la justice. L'arbitrage las la justice de l'avenir, de même qu'il fut le mode préféré ;n-âge jusqu'au xni* siècle ?

Dnfédérations de cette sorte mettaient longtemps avant de ux actes ; il fallait faire voter des fonds aux communes, répartir, lever la taille, l'encaisser surtout ; faire les enrô-

ttr Pelrut de Giaco canceUeo-iui dieu domini ducis Borbonii. (Ibidem,

lemenis, tes montres. Cela durait souvent deux ou trois mois, quelque diligence qu'on y mît. Durant cet intervalle, Thomas fut le maître du plat Pays et d'un grand nombre de châteaux dans une partie des deux Auvergnes. Les villes du haut Pays reconnaissaient ou subissaient elles-mêmes son autorité ; Saint-Flour et Aurillac en donnaient l'exemple. Aurillac était alors au plein de sa guerre avec les Marcenat où son plus chaud défenseur était Guillaume de Perius, l'homme de Thomas de la Marche.

Le roi Jean avait repris l'administration du royaume depuis plusieurs semaines. Que Thomas soit allé le trouver, qu'il se soit défendu, qu'il lui ait ouvert les yeux sur la conduite de son fils Jean, c'est ce que l'on ne peut guère révoquer en doute. Il fut écouté pour une fois. Le roi voulut savoir la vérité. Il envoya en Haute-Auvergne, vers le mois de décembre., un sage et honnête chevalier, Benrand de Cosnac', avec mission d'enquérir et de pacifier. Le commissaire royal put constater aisément que, dans ces troubles nés en grande partie de l'esprit brouillon du comte de Poitiers, Aurillac et le bâtard étaient restés fidèles au roi, tandis que leurs ennemis s'étaient alliés aux Anglais. Des rapports intéressés avaient renversé les rôles. Il réussit à ramener la paix. Par ses soins une transaction fut conclue entre la ville d'Aurillac, Pertus et les frères de Marcenat^. Guillaume de Pertus conserva sa charge et Thomas fut rétabli dans la sienne.

Le bâtard l'exerçait publiquement au mois de janvier i36i. La foire de Saint-Biaise, qui s'agite à Saint-Flour sous mes yeux, en ce jour 3 février où je mets la dernière main au récit de ses aventures, c'est lui qui l'établit alors. Ayant fait la paix avec les Sanfiorains, il leur en accorda même deux à la fois \ l'autre est celle de la Saint- Laurent 3. Aurillac lui ouvrit ses portes ; c'est de cette ville qu'est

I Pareni proche, s'il n'eat lui-même, d'un autre Bertrand de Coanac, docteur en droit de l'Université de Toulouse, qui fui créé cardinal le 1 2 juin 1 3-j r par le pape Jean XXII. iHist. du Lang., IK, %^^).

3 Arch. nat., X'-, 21.

3 Arch. deSt-Floiir,ch. Vi, an. 11, n" 4. Ce qui porta le nombre des foire» de cette ville â quatre. Il n'y en avait toujours que quatre en 1 387. {A rch. de St-Flour, chap. VI, art. 11, n* 7. — Reg. consul, de :38j, fol. 2). Il y en avait dii à la Révolution. Cinq Jes autres lurent crcéei par une ordonnance du mois d'octobre \jj6 à ■ Saint-Flour, capitale de la H. lu le -Auvergne ■. (Archives de St-Flour, cliap. VI, an. 11, n* 4). Lei deux primitives et les plus importantes étaient les foires dites de mai (3i mai-i (uin) et celle du mois de novembre. Voir pièces justificative*.

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datée son ordonnance de janvier i36i (nouveau style) instituant tes foires de Saint-Flour, Guillaume de Penus siégeait ce jour-là comme bailli des Montagnes « dans son conseil » avec Messeigneurs hier de Villeboisou plutôt de Villebeuf, Aymon de Bonnebaut, chevaliers, et Pierre Sallemand son chancelier. Il fit précéder ses lettres patentes d'une copie de sa commission et de celle donnée au duc de Bourbon par le régent'. Pour donner satisfaction à l'ombrageuse susceptibilité du prince Jean, ne fallait-il pas faire dériver directement les pouvoirs du lieutenant des Montagnes du nouveau duc de Berry et d'Auvergne^ ? Le bâtard de France, lieutenant de son spoliateur et de son plus impitoyable ennemi, cela semble une dérision. S'il le fut, ce fut un peu comme le baron des Adrets t'était de Henri III dans le Lyonnais et le Dauphiné, de par ta force. Maître d'une province dont la position stratégique à ta frontière de la France anglaise était d'une importance majeure, on compta avec lui. Il fut d'ailleurs vraisemblablement couvert par une amnistie du roi Jean vers ie mois de février i36i î, pendant l'absence de Jean de Berry qui ne revint en France qu'au mois de mai suivant par suite d'un second congé du roi Edouard''; il en repartit le i5 août pour l'Angleterre '>.

On rendît bien à Thomas ses fonctions, il est moins certain qu'on lui rendit son apanage. Voulait-on qu'il congédiât ses compagnies et qu'il se rendit pieds et poings liés? c'est possible. Il n'eut pas confiance. Il fallait vivre pourtant, et faire faire vivre son monde ; il les fit subsister sur ce pays dévasté par la guerre, au grand mécontentement des gens foulés ; mais il ne passa pas aux Anglais ainsi que ses ennemis l'espéraient peut-être secrètement. On ne voit faire aucun progrès sérieux à l'ennemi tant qu'il resta dans les Montagnes, et ils les couvrirent de ruines aussitôt lui parti. Il est ■plus certain que ses gens d'armes devinrent un lourd fléau pour les

Arch

de St-Flour,

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U connétable nde période. Il c . (HÎJ(. du Lanp

de Fienne le re n prend le titre et ^Ix, 7,9).

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fonctions

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populations. Les nobles s'assemblèrent avec les consuls d'Aurillac pour s'en débarrasser ; le lieutenant demandait de l'argent, on lui vota au mois de janvier un fouage de trois francs par feu, sous la condition que « il et ses gens d'armes qui, de part Monseigneur le duc, avoient demouré dans le pays le vuideroient ». C'est dans cet acte qu'ils le qualifient « Monseigneur Thomas de la Marche, chevalier, seigneur de Nonette, lieutenant de Monseigneur de Berry, premier duc d'Auvergne^ », Ce subside représentait pour la Haute-Auvergne 10,000 florins environ, car, l'année suivante, une taxe de un florin et demi par feu en plat pays des Montagnes produisit, dans la même région, 5,ooo florins ou francs d'or'.

Une superbe occasion s'offrait à ce moment à Thomas d'employer ses bretons et de tirer une vengeance éclatante de la maison Dauphine. Armand-Randon vicomte de Pdignac 3 était en guerre avec son cousin Armand de Solignac, seigneur de la Roue, en Auvergne, au sujet de la succession de Solignac, en Velay-^. Armand de la Roue ût alliance contre le vicomte avec son neveu Robert'III Dauphin le Fou et Briant de Rochebaron. Robert le Fou envoya aussitôt un cartel de défi au vicomte, entra en campagne avec une bande d'archers picards qu'il entretenait depuis plus d'un an, remporta d'abord de grands succès, razzia les troupeaux et pilla les terres

I Aieh. d'Aurillac. Invenl. des litres du Consulat, fol. 2 ...

des Àreh. du Coisulat d'Aurillac donne â ce fait la dale de janvier i^dn, ce qui doit

., j„ ... ,-.__. , ^. . ..-, ijjj Ë'fliile - ------ - '-

.,'entendre de Tannée ancienne (inissani au â avril i3<ii. D'ailleurs Thomas de la Marche ii"a ^té nommé licuienaiii de» Moniaftnes que le 8 juin 1 îlio ; il n'y est venu pour la première fois que le i j du même mois ; il ne peut donc s'agir de janvier 1 36o nouveau style, mais de janvier :3(ji,

I Arck. de Sl-Flour, chap. VII, art, 1 1, n« 4. Orig. sur parch.

3 Randon net-Armand de Polianac. frère de Randon, dit Armand V le Grand, d'abord seigneur et baron de Solignac. Kandon. la Voûte en partie (Brivadois) ; Saint-Paulien, Cessac, Saint-Didier. Sainl-Agrève en Velay ; les Etang» d'Alleret. Coren, Taliznt. Mentières (arr. de Si-Flour) ; Aurec, Chambon, La Chapelle, Triol. Le Luguet (Basse- Auvergne), etc. Fils de Guillaume de Polianac baron de Katidon. celui-ci fils puîné d'Armand [V vicomte de Polij^nac. Institué nérilier de la vicomte par son arand-oncle paternel en 1343, sous la condition de prendre le nom d'Armand, il lui succéda en li^-î

^ Solignac, ch.-l. de canton, arr. du r'uj', séparé du canton de Langeac (évéché de Saint-F[our] par le seul canton de Loudes ; el, du canton de Saugues contigu aux Montagnes, par le canton de Cayres. Sibylle de la R[>ue (arr, d'Amben), héritière de son Frtire Bertrand, dernier de sa race, et vivante en i3]8, n'avait eu que deux fils : t* Léotûrd de Solign.ic, dont la fille Maragdc ou Marguerite épousa en 1 347 Randonnet- Armand de Polignac ; a- Bertrand dit de la Roue, dont le fils Armand 111 de la Roue, mari d'Ahélis d'Usson, héritière d'Usson sur les limites de l'Auvergne, du Forei et du Velay, Tut le compétiteur du vicomte de Polignac à la baronnie de Solignac. {Nabil. dAuv., V, 4Ô1-4Û1;. Le parlement liait par donner toct A Polignac.

DigilizedhyGoOt^lc

igo THOMAS DE LA MARCHE

de la maison de Polignac, voisines des siennes à Coren, Talizat, Mentières dans le canton de Saint-Flour ; La Voûte cl Salczuit dans l'arrondissemeni de Brioude. 11 accumula une énorme quantité de butin dans son fort château de Saint-Ilpize '. Ses soudoyers se livrèrent à toutes sortes de cruautés, anéantissant les villages par le feu, o mettant à la torture les sujets du vicomte, de ses frères, de ses vassaux pour leur arracher des rançons ou assouvir leurs vengeances et commettant les plus abominables sacrilèges. Les prisonniers empilés dans les geôles du- Dauphin y étaient si maltraités, si entassés qu'ils y mouraient en foule' ». Un chevalier de Haute-Auvergne enrôlé par Armand de la Roue, Hugue de Clavières, fîls de Bertrand, se livrait aux mêmes excès avec la bande placée sous ses ordres, et de ce côté encore ce n'étaient que a brigandages, meurtres, incendies, viols et moult de fléaux dans le paysî ». Robert III poussant plus loin ses conquêtes, s'empara sur le vicomte des deux châteaux de Saint-Romain, y mit garnison et en fît un second quartier général de pillards.

Ce fut pouf contrebalancer l'appoint apporté par Robert Dauphin à son compétiteur que Randon de Polignac songea sans doute à faire alliance avec Thomas de la Marche devenu libre par le traité d'Aurillac ; il est même infiniment probable que la guerre au Dauphin fut la principale cause qui détermina ce dernier à traiter de son évacuation des Montagnes avec les Etats du Haut Pays. Nous n'avons pas de texte de la confédération de La Marche et de Polignac, il n'est même pas sûr qu'il ait jamais été passé d'écrit ; nous en avons du moins la preuve claire et brutale par la simultanéité d'opérations militaires sur le même théâtre contre l'ennemi commun, la maison Dauphine.

Le bâtard de France quitte les environs d'Aurillac dans les

si embarraMi que Pierre Berlin, son ''émission que Robert contraignait s 1, à lui acheter sa part qui se tnon ; le bailli dut s'exécuter. [Arch. nal.

ituea de rémission du mois de mai ont relatés dans les lettres de remission Randon de Polignac au siige de Saugucs ' la Maison ifAuv., II, 4:49-440).

gon ou Huguenin de Clavières (on disait aloi^ Claviers), cant. de Si-Flour. (voir ses lettres de rémission ; L'Auvergne au XlV' sièeU. jusli/., p. 3i(3).

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premiers jours de mars i36i « au carême entrant' », franchit la chaîne du Cantal et se jette sur les domaines des Dauphins. Divisés entre les deux branches principales, la branche aînée dont Béraud II le Grand comte de Clermont était le chef, et la branche cadette représentée par Robert III le Fou, seigneur de Saint-Ilpize et de Ruines dans le diocèse de Saint-Flour et de Combronde en Basse- Auvergne, ses domaines dans la Montagne s'étendaient de Tanavelle à Faulhac au sud de Saint-Flour et encore du pont même du faubourg de cette ville jutqu'à la rivière d'Allier au-dessus de Brioude, couvrant de nombreux fiefs les cantons de Saint-Flour, Ruines, Massiac, Allanche, Marcenat dans le Cantal ; La Voûte, Langeac, Pinols, Saugues dans la Haute-Loire ; Le Malzieu et pays voisins dans la Lozère ; puis, par une série de possessions disséminées, ils descendaient la vallée d'Allier jusqu'aux environs d'Issoire où ils s'enchevêtraient sur plusieurs points avec la terre de Nonette. Les deux chefs de la maison Dauphine se soutenaient l'un l'autre, on venait d'en avoir la preuve par l'intervention du comte Dauphin Béraud en faveur de Robert le Fou dans une guerre qu'il avait soutenue quelques mois avant contre la ville de Saint-Flour^.

A peine eut-il le dos tourné au mont Cantal, que le parti des Marcenat et des Bertholène, c'est-à-dire des Armagnacs reprenait le dessus à Aurillac. Guillaume de Pertus était remplacé dans la charge de bailli des Montagnes3 (mars i36i avant le 20). Raymond de Bérenger, seigneur de Bertholène, les exerçait le 8 août i36i *.

L'entrée en ligne du bâtard de France changea aussitôt la face des choses. Les représailles furent terribles. Il fondit de la Margeride sur Saint-Ilpize, capitale de Robert le Fou, l'emporta d'assaut dans les premiers jours de mars (iSôi), la livra au pillage de ses soldats

I Ed i36i, Pâques lomba le 17 avril.

1 Terminée par Béraud dans un iratté conclu avec les consuls au moit de septembre i35o dans la cnapelle de Sai ni -Thomas, près du faubours de Saint-FIOur. !Areh. de Sl-Flaur. chap. IV. art. 6, n' i).

3 S'il faut en croire le Nobit. d'au». (IV. 57). Guillaume de Marcenai remplaça PerlUE. Cet ouvr^iee place sa nominalion en i3()o, ce qui ne peut s'eniendrc que de l'ancien comput. L'année ancienne finit le 38 mars i3ûi. Pertus occupait encore cette fonction en janvier i3i>i, nous venons de le voir. Mais il est à peu près certain que Bérenger lui succéda directement.

4 Arch. de St-Flour, chap. VI,

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et y mit le feu'. L'Allier franchie, il fit subir le même sort au château de Saint-Privat *, proprictc de Robert Dauphin, et réduisit le village du lieu en cendres.

La Voûte fut repris et pillé 3, Saint-Cirgues+, chef-lieu d'une des grandes seigneuries du comte Beraud II. tomba en son pouvoir et ne fut pas épargné davantage ; car si les Polignac n'étaient pas en guerre avec le chef de la maison Dauphine, La Marche, ulcéré par plus de deux ans d'outrages, avait à se venger surtout d'elle. Il lui prit encore le château de Grèzes, où l'an avait accumulé une masse considérable de vivres destinés à être livrés aux Anglais pour la rançon du pays 5. Geoffroy de Montmorin, co-seigneur d'Auzon, avait fait cause commune avec ses ennemis ; le canton d'Auzon fut particulièrement ensanglanté. Le chevauchement des terres féodales ne rendant pas le choix possible, les terres du chapitre de Brioude ne furent pas plus respectées que les autres. Devant les compagnies du bâtard, c'étaient des exodes de populations entières abandonnant les villages avec leur bétail et leur mobilier pour se réfugier à Brioude, à Auzon, à Langeac, au Puy, partout où il y avait

1 1^8 papier» du Comtour d'Apchon rcnrcrmaicni, sur le sac de Saini-llpiie par Thomas de U Marche pendant sa guerre contre le Dauphin, des Jellrcs de Ch^irics V. Mallteureuscment ces papiers, devenus la pruoriclé du bibliophile Jacob (Paul l^croii), ont ^lé vendus par lui en 1640 à un libraire de Liège, Alphonse Polin. Le curieux qui suivrait leur piste pi tes ferait rentrer dans nos depAls publics, rendrait un éininent service aui historiens de la guerre de Cent Ans dans la hrancc cnlrale. où Guillaume d'Apchon, capitaine général en Auvergne, joua un des premiers rôles. M. Bnuillet en a conservé un inventaire analytique. Le aocumcni en question y figure sous la date de 1 36o (ancien compui}, après d'autres titres relatifs à Robert Dauphin, seigneur de Saint-Itpizc, sous cette rubrique : • Lettres de Charles f sur les ravages faits '.n Auvergne par Thomas de la Marche qui lui avait 'au Dauphin) assiégé et pillé le château de Saint-Ilpije >. (Tablettes bist. de lAuv., II. î5o). Le rapprochement de ce fait iivjc le contenu des lettres de rémission accordées à Randon Je Polignnc en i3ûi [Baluze : loc. cit.. Il, 35o) à Jean de Quincampoix en i363 (v. Pièces jusiif. et plusieurs autres documents relatant la guerre de Thomas de la Marche contre le Dauphin) ne permettent pas de douter : 1° que cette euerre s'idenlilÎB un moment avec celte de Poli[;nac ; 1' que le chef fut Randon et Thomas le soudoyé. Ce fut Randon que le maréchal d'Audrchcm ht responsable de la prise de Saint-llpize el des principaux faits de guerre de eeltc expédition.

» Saint-Prival-d' Allier, canton de Loudcs, arrond appelé <r Tapon u d'apris le document, devait étr Saint- Privât,

- Chabrol : Coul.

4 Ch.-I. de comm., arr. de Brioude, dans l'évfché de SaintFlour.

5 Arch. liât., 33, gr, fol. 364, n" 39; l] y a deux Gréics ch,-l. de comm, dans celte ri„;r,„ , i>u„ (tang jg çam. Jg Siugues (arr. du Puy), rentre dans le cant. de Marvejols

le Grèzes, 11 s'agit plus probablCEuent du premier. Saupues était, en elTet, un de -la grande baronnic de Mcrci£ur, pri>priélé des Dauphins. Grèzes, près , appartenait au roi depuis l'annexion au vicomte de Gévaudsn à la couronne précédent.

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des murs d'enceinte pour les recevoir'; derrière, c'étaient des traînées de flammes et de fumées. Si la région a été si bien dévastée qu'il n'y reste plus debout une maison du xiv* siècle, cette guerre y fut pour beaucoup.

Pendant que Thomas opérait cette furieuse diversion, le vicomte de Polignac allait mettre te siège devant Saint-Romain, où Robert III s'était enferme^. II s'en emparait, ainsi que du château d'Usson, paroisse située moitié en Auvergne, moitié en Forez, et de ceux de la Roue et de Montpeloux3. Robert, poussé l'épée dans les reins, fut obligé de se jeter dans les montagnes du Vivarais avec ce qui lui restait de mercenaires ; et, comme il fallait les nourrir, il alla offrir ses services au capitaine qui commandait pour te roi dans Bagnols*. Cet officier les ayant refusés faute d'argent dans la caisse du receveur royal, Robert s'enrôla dans les levées que faisait le pape Innocent VI pour combattre la Grande Compagnie ; mais au moment oi!i il allait franchir le pont d'Avignon et pénétrer dans les Etats du pape, il fut arrêté, vers le i5 mars i36i S, par les officiers royaux; poursuivi pour guerres privées et pour lèse-majesté 6 et traîné des prisons de Sommières dans celles de Nîmes où il mourut peu après. Le Souverain pontife le rédamj en vain au connétable de France et au duc d'Anjou en leur affirmant qu'il avait loué ses services, rien n'y fit. On affecta de croire que Robert le Fou était venu soutenir en province la tentative de Jean Gouge, bourgeois de Sens, qui, « plus fou encore que lui », s'était fait proclamer roi de France par une bande de soudards ^. Ce que l'on voulait, ce que voulait Imbaud du Peschin chancelier du nouveau duc d'Auvergne, qui vraisemblablement conduisait cette afTaire , c'était la confiscation des domaines du Dauphin. Ils furent en effet confisqués, le corps du malheureux enfoui en terre profane et Imbaud du Peschin reçut sa part des dépouilles dans les terres de Combronde et d'Artonne. La

I V. Enquête d'Aierat aux pièces pustf.

1 Sainl-Rotnain-de-Siaueues, â deux lieuea anciennes de Langeac, Haute -Loire (Chabrol : Coul. d'Auv., IV, S57). Il y avait deux châteaux de Saint-Romain.

3 Ait. d^Ambert (Pu y .de- Dôme).

4 Ardiehe.

5, 6, 7 Baluze : ^fail. d'Auv., I, chap. de Robert III Dauphin, el II, 435-441, etc.

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veuve de Robert le Fou, Françoise de Rochefort d'Aurouze, ne récupéra, au nom de ses jeunes enfants, une partie des biens de son mari que plus tard, sur la prière du comte Bcraud II, chef de la maison Daupliine, membre du Grand Conseil, grâce encore à l'intervention de l'évèque de Clermont et d'autres seigneurs. '.

Les officiers de Jean de Berry et du Dauphin Béraud n'avaient pas d'autre but en poussant le bâtard à bout : partager ses dépouilles avec leurs maîtres.

Après avoir traversé comme une trombe les terres brivadoises du comte Dauphin, Thomas arrive à Nonette où il installe une forte garnison. Sa ligue avec le vicomte de Poiîgnac cesse à ce moment et il opère pour son compte dès la seconde quinzaine de mars 1 36i *. Il espérait peut-être en rester là et garder tranquillement sa bonne forteresse jusqu'à ce que le roi Jean fût définitivement revenu sur une décision qui le condamnait à ta misère. Mais, avant d'en avoir eu le temps, sa guerre avec le Dauphin le mit aux prises avec la confédération des Etats de Basse-Auvergne jurée le 27 novembre précédent à Clermont entre Amé Dauphin, représentant de Béraud, les gouverneurs et les grands de cette partie de la province. Les documents contemporains ont gardé la trace de ces deux campagnes différentes, l'une qu'ils appellent « !a guerre au Dauphin », l'autre « la guerre au pays d'Auvergne^ », c'est-à-dire aux Etats de la province, à la province elle-même, représentée par ses Etats.

Thomas se voit donc obligé de redescendre de son rocher de Nonette et de rentrer en campagne. Obéissant à sa nature, il fonce droit sur Clermont dont le seigneur-évêque Jean de Mello était l'un

I Le Maréchal SAndrehem. Em. Molinier. — Baluze : Mais. iTAuv., livre lEI.

3 t36i aux pièces. Mais Pâques tombait le 5 avril en i36[. Le vicomie lit alors sa

3 • Item que lan mil (XCLX, messire Thomas de la Marche vint à Nonette et pour le dàbat du comte Dauphin, el, de là ou autrement, ledit messire Thomas ci grant quantité de gens d'armes bretons el autres prindreni audit puis xvii forteresses ou environ ci firent touï feii d'ennemis •. (Arch. mun. de Kiom, piècei justif.). Voilà la

Kemièrc phase de la guerre. - <• Lan que len disait MCCCLXl... Mous. Thomas de la arche lit gucrroycs nu pais il'Auvergni; o. — n Lan que Icn disait MCCCLX ou entour que Monsieur Thomas de la Marche 0)mnicn(a faire guerre au piiis d'Auvergne o, etc. {Enquête d'Ajeiat. l'iects justif.). Ociasione guerre quam Thomas de .UarcAia, guondam miles, tempore qiia occuinAat casirum de .\oiieia et puerram facicbat contra patriam Ar¥*mi€. {Spictlegium Brinal., p. 383. Pièces justif.). Voilà la tecoode.

DigilizedhyGoOt^le

THOMAS DE LA MARCHE içS

des membres de la coalition, et sur Riom résidence de Pierre de Giat, l'un de ses principaux organisateurs.

En chemin, ses compagnies bretonnes s'emparent de diverses places dans la riche plaine qui s'étend entre Issoire et Clermoni, notamment de Plauzat', à peu près à moitié chemin de Clermont et de Nonette. C'était un fief de Bertrand de la Rochebriant, seigneur du Broc, de Bergonne et de Plauzat par sa mère Dauphine du Broc, veuve en premières noces de Louis de Beaujeu, ex-seigneur de Montferrand. Le second fils du seigneur de Plauzat périt dans un des combats livrés par Thomas dans ces parages *, Il laisse dans Plauzat Maurice de Trésiguidy, « capitaine général » de ses bretons, qui en fait son quartier général. Thomas est maintenant maître du plat pays, de la plus fertile région des domaines des Dauphins, des La Tour et du comte d'Auvergne, alliés contre lui 3.

Les Etats et les confédérés lui opposent ce qu'ils ont de plus actif et de plus expérimenté : Guillaume de Ham, alors maréchal d'Auvergne, gouverneur de Clermont, et Jacques de Bourbon, connétable de France quelques années avant, frère puîné du duc Louis II, à qui était confiée la défense de toute la province avec le titre de « lieutenant du roi en Auvergne », et particulièrement la défense de Riom où il avait placé son quartier général +.

Thomas culbute les corps de noblesse qui lui sont opposés, soumet Clermont, Riom et toute la contrée à un fort tribut que le comte de La Marche et l'cvéque s'engagent à lui verser au nom des Etats pour racheter le pays du pillage. Il se montait à 1 1,000 florins. Jacques de Bourbon était la bravoure même, il devait périr six mois plus tard à Lyon des blessures reçues dans la bataille de Brignais ; mais rien ne put résister au bâtard. Les caisses de la ville sont vides, il ne veut pas attendre ; les consuls de Riom se décident à un emprunt forcé sur les plus riches bourgeois et s'y font autoriser le 4 juillet par des lettres de Jacques de Bourbon. Les sommes

1 11 fut tué • pendant qu'il (Thomas de la Marche) occupait Nonette • et alors qu'il faisait • la guerre au pays d'Auvergne a. (Spicil. Briiiat., p. liS).

3 Aich. nat., X", n- 7, M. C8.

4 Ibid. Cl Arch. de Riom. Nomination faite entre le 17 novembre iWo et le 4 juillet

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produites par cet emprunt ne suffisant pas pour payer la rançon, les consuls mettent en recouvrement une taille extraordinaire répartie sur tous les liabitants. En quarante-huit heures, le rôle de répartition fut prêt et le 7 juillet i36i, Jacques de Bourbon, enfermé dans Riom, envoyait mandement à Bonnet Chambois et autres sergents du duc d'Auvergne d'en presser « vigoureusement n la rentrée, « afin que plus grand dommaige ne s'en puist ensuir... pour cause du paty, traitié et accort fait avec Messire Thomas de la Marche, ses aliez et autres estanz ou dit pais d'Auvergne, et pour paier iceluy paty ' ».

C'était une singulière rencontre, tout de même, que celle qui mettait aux prises, et sur le chemin du comté de la Marche, Jacques de Bourbon, comte de la Marche par acquisition^, avec Thomas, fils de la première comtesse de la Marche de la maison de France. Fut-elle voulue par la cour? 3 Cette guerre où le bâtard spolié n'avait plus rien à ménager, pouvait dans ce moment avoir de très graves conséquences. Bien qu'il fût en France à ce moment, Jean de Berry ne vint pas plus combattre pour défendre son apanage contre lui qu'il ne l'avait défendu contre les compagnies des d'Albret.

Quand il eut ainsi bravé ses ennemis jusque dans leur capitale et encaissé la solde de ses hommes, Thomas remonta la vallée de l'Allier non sans piller sur son passage et courut défendre sa terre d'Auzon contre une diversion des royaux. Le seigneur d'Allègre* s'était rangé, de leur côté; Thomas mit le siège devant Allègre, s'en empara, rançonna, saccagea la ville et le château. Armand d'Allègre, seigneur du lieu, dernier de sa race, succomba pendant

Arch. de Riom, CC, liasse 7. Inverti. Bqyer, p. 6r,

Ce n'i;st ("uùri: qu'A [Mrlir Je lïâlî que les chroniqueurs contemporains désignent ucs Je UourbLiii s'ius le nom Je « comte Je ia Marche a. Avant et souvent même lis ils l'appellent de son nom patronymique. (V. notamment Chronique Normande, â, [40-7., as, I [4-115-116, 370, iMo, 3o3, 3:8).

Allègre ou AlÈfî!"^. '^'t-l- '*'= canl., arr. du Puy (Hte-L^ire), séparé du cant. d'Auïon une partie du cant. de Brioude. Notre savant ami Auguste Chassaing n'hésite pas Tibucr c6 liège à La Marche [Spicil. Briyat, Préface).

DigilizedhyGoOt^le

ce siège qui est aussi le dernier fait d'armes connu du bâtard de France(aoùt i36i) '.

Cette guerre, où il prit dix-sept châteaux dont cinq d'une force exceptionnelle, réussit à conserver Nonette, à refouler les troupe^ réunies des grands barons d'Auvergne, du duc Jean et des officiers du roi, resta légendaire et garda le nom de celui qui en avait été le hc'ros révolté. Il avait montré une véritable fureur, principalement dans sa campagne contre la maison Daupliine. Ses excès le rendirent justement odieux au pays où son souvenir demeura longtemps entouré de terreur et de ruines. Cinquante ans plus tard, un témoin déposant dans une enquête du meurtre d'un habitant de la Voûte- Chillac tué par les Anglais à coups de hache, ajoutait que ce meurtre avait été commis « du temps de la guerre de la Marche », tempore guerre de Marchia * ; et, dans l'enquête d'Azerai dont on trouvera des extraits aux pièces justificatives, presque tous les témoins se servent de la même expression « la guerre de Thomas de la Marche ». On parlait de même à la Cour3,

Nous venons de prononcer le nom des Anglais. Les opérations du bâtard coïncidèrent trop bien avec les courses des compagnies anglo-g-istonnes, pour que les habitants, frappés de maux semblables, ne les confondissent pas quelquefois sous la même dénomination. Les Anglais, les gens d'armes, pour eux c'était tout un. J'avais été d'abord tenté de croire, avec Siméon Luce et Augustin Chassaing, que Thomas de la Marche s'était fait Anglais-^ » dans ses

r Spicil. BrivaUnae. Préface, p. 8. — Anselme : Gr. Off. de ta Cour., VU, ^04. — Armand d'AUccrc, chevalier, soriait de la prison où *oti ennemi et voisin, Guillaume de Chnlencon. l'aviiit retenu huit mois, aprîs l'avoir fait prisonnier dans une embuscade au milieu d'uii bois enire In Chaise-Dieu el Alliitre, avec ses icuyers Jean de Vairon el Kustiitlii; Je Diiriiii.;n,iL. \ji i-ûyuiit {:h;irlcs Ic'lit roLkhcr. U mi Jean accnrda .les lettres de rùiTiissùm. au iiKiij du septi:inbtu k<I)i. a la priùrc cl cunsiJirraliuii de Bcraud 11 ■ qui s'c&t cunstitui! otage pour noire délivrance ei s'est rendu olage gêné- 1 Angleterre u. {Arch. nat., JJ, 89, n° Sy;. — Hut. du Long., IX).

à Bertrand de la Roche le iH juillet

■ .-: .-:-;■■ '■ ■:■■■■ >iz.A'c

1 placée en [410 dans la bouche d'un seul te l.a Marche nii passe aux Anglais. Michel

Thomas de la Marche », il a vu les Anglais

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i')H THOMAS DE LA MARCHE

iliTiiU-n-t Ciimpagncs. Mais les documents contemporains ne conllfiinciit p;ii la preuve de cette accusation. Elle doit être tenue l'inii' iiiiinéritcc tant qu'elle ne sera pas établie par des pièces à ilriuiiviir, Ka guerre de Thomas de la Marche fut « sa guerre » ; II' ti'inliiitt de se» chevaliers avant comme après, la sienne même, iiuii-iicnt il cette conclusion qu'il ne se battait que pour lui, pour I iiiih.fi ver son apanage, pour disputer ses dépouilles au plus grand i^^iutfiir qui ail gouverné le centre de la France et aux gens de proie qui l'critouraient.

:s, déclaré u criminel icomte de urtant que ;c Bernard traite de plus qu'un

la charge

les événepopulaire, r par son it i36i)' ; : Villemur s le mois

des Mon-

perpétua

. Ce bailli

euville en se ut des

:he. (V. pièce ^nan en i338 u lie Nanene

DigilizedhyGoOt^lc

Bourbons en Bourbonnais et Combrailles '. On chercha à calmer le pays en maintenant ce que le bâtard y avait fait de bon. Les foires de Saint-Biaise et de Saint- La urent^ accordées par lui à Saint-Flour, furent confirmées au nom du roi par le duc de Berry^.

Thomas de la Marche périt à la fin de cette guerre au mois d'août ou de septembre i36i î. Dans quel obscur combat, sur quel talus de chemin, dans quel assaut est-il tombé l'êpée au poing ? A-t-il été fait prisonnier, conduit à Paris et décapité sans jugement par ordre du roi Jean dans une salle basse de l'hôtel de Nesie comme son ami le connétable d'Eu-*? et serait-ce l'identité du sort qui aurait produit la confusion de l'anglais Josua Barnes entre le connétable et lui î S'il en était ainsi, une dernière ironie de la fortune l'aurait ramené , comme une victime du déshonneur maternel, dans cette sombre tour dont le nom reste attaché par la légende à celui de Blanche de Bourgogne et par l'histoire à Jean

1 Ptlrus de Mascone, miles, domimis de Novilla, baylhvus Monlanarum Arvemie pro excellentissimo principe domino duce Bilune et Arva-nie, donnait deux lettres à Saint- Flour le 20 octobre \if>\. {Arch. de Sl-Fiour, chap. IX. art. 1, n* 3. Orig. \tiA\s scella). Une autre du in£mc iour, vidimant une ordonnance de Thomas de Ja Marche du sS juin 1 36o, porte le sceau de Pierre de Mascon en cire rouRe : un écu ftsci avec trois étoile», deux en chef, une eit pointe. {Ibid.). Le \a décembre, il Tait encore acte de bailli à Saiot-Flouf « pour le duc de Berry et d'Auvergne 0. (Ch, 11, art. i, n* 17. Orig.). Un de ses descendants, Jean de Maacon, seigneur de Neuville, gouvernait les Exempts comme bailli de Saini-Pierrc-le-Moutier, au milieu du siècle suivant. Il y avait un Mascon, en patois nlascou, dans la comm. de Raulhac, cant. de Vîc-sur-CÈre, air. d'Aurillac. Je n'oserais réiiondre que ce soit de Jâ que cette famille lire son nom. Quant au Neuville dont ils étaient seigneurs, c'était la paroisse de Neuville pris Billom (arr. de CIcrmont). Ils avaient aussi des terres en Bourbonnais En 1367, Pierre de Mascon hommageaït au duc de Bourbon pour le four banal de cette ville. (Benancourt: Noms féodaux, p. 619). Il était encore bailli en 1367 {ibid.) et en i368, d'après le Sobil. d'Ami. (IV, 6j.), ou l'on voit que leurs armes concordent bien avec le sceau de Salnt-Flour « de gueules â ta làsce d'argent accompagné de trois étoiles d'or s. Il fut père au moins de Hugues et de Philippe qui, en lïgj, cédèrent le four de Gannat au Juc de Bourbon. {Ibid. Bcttancouri). Les Mnscon de Neuville durèrent jusqu'à la fin du xviii' siècle et tigurèrenl aux États géiicraux. (Nobil. ctAuv., IV, en i7âo). Cette famille eut aussi les terres d'Anglars, du Cheix cl autres en Combrailles.

1 V. Pièces justif.

3 Jean de Quincampoii dit dans sa demande en grScc accordée en novembre i3'Î3 {Arch. nal., JJ, <ii. n" 3r)Ti qu'il est entré dans la compagnie do » défunl Thomas de la Marche pour co'mbaitrc le hauphin d'Auvergne u au carême de i36o, c'est-à-dire de i36i (nouv. style, puisijiie Pâques esi innibé le S avril en i36i) et qu'il y est resté « six mois « ; qu'alors il esl allé chercher du service ailleurs. Thomas de la Marche est aussi mentionné comme mon dans les lettres de rémission de Thibaud le Maire, un de ses hommes d'armes, en date du 3 décembre [3()î. (Arch. nat , i}, gS, n* r tS).

4 Pour la mort de Ranul de Ouines comte d'Eu, décapité le iH novembi

malin, ft l'hf.lel de Ncsie, er — ' '~ -'^- ' - "-^

chap. 3ji. Appendice (édii. lii

iirésence de divers seigneurs, v. Froissarl : Tome III, ■non. PP- 4=0-437).

DigilizedhyGoOt^le

i"o THOMAS DE LA MARCHE

de Berry. Ni en Angleterre toutefois, ni en Friz^s. -■; z il -pa tr'fuver de base positive à cette allégation ; et tc^r ce ;. :c r*iii dire pour s'en tenir aux éléments historiques est qj; '.c '-}— 'niij-d mourut de sa rébellion.

J'ai vainement cherchi aussi dans onze dépaner-.;-:* '.t ^tz. cii fut déposée sa dépouille. Place par sa révolte 5.oji .z c;r de l'iiccunation de le se- majesté, son corps dut être mis 'r:3r.:;«~er;i Cn icrrc non bénite, comme le fut, à la même époque e: r^r ^2 du daupriin Robert le Fou, son adver^î re. Là put obtenir, quelques mois plus urû :^ ~srs d'Audrehem, par l'entremise du T:cc2".ie de uurtant Ju défunt, de Guillaume de Chaier.c^n angcac, la remise du corps de son époux avec ihumer en terre sainte' ; mais la fen-.ir.e de clic vivait-elle encore seulement : Son père ei tombeau ; sa famille paternelle le reniait ; le l'Auvergne Jean de Berry avait été son ennemi bon duc Louis, qui aurait pu éprouver quelque lit honnêtement sa prison d'otage en Angleterre, enir que cinq ans après 'octobre 1 36') -.

quelque obituaire d'église révcler<i-t-il le lieu Lielque pierre tumulaire attirera-t-elle l'attention^ : avéré que son nom n'était pas celui du premier

ce de succomber à la veille du jour où l'approche iagnie fit gracier en Auvergne tous ses compai ceux qui n'étaient comme lui coupables que de ce qu'on avait besoin de tous les bras. Le régent ie générale pour tous les excès de guerre à la fin on. Le roi Jean revînt d'Angleterre anime des

augucs que le maréchal donna celte autorisation. Lt ii mai abastciis. stfncchal de BeaucnJre, autorisa les funcrailles de taits y inviier les amis t-t a^ins ciiriimoiiii; |>ublique jp (Le Ma- Molinicr).

jve du bon duc Loys, p. ixviir. — Il vim ce|>endant, mais à erchcr à se procurer S!i rançi'ti. <:'csl ainsi i]iie. le 3 septembre tli.rii.B Je Floreiite au cn„,ie de VeiU.ulou. ei de M..i.ipi:ii=ier joyaux énuméréb dans l'atie. {Aixh. >xat.. K, 4S. n* -^o).

GooqIc

mêmes sentiments : <■< Nous voulons, disait-il dès février i36i^ assurer la paix à nos sujets, apaiser leurs discordes et agir avec eux par la clémence plutôt que par la rigueur ' ».

Au moment même où 11 s'exprimait ainsi, un autre bâtard royal encore emprunté à la Castillc qui, chassé de l'Espagne par les persécutions de son frère légitime Pierre le Cruel, ravageait le midi du Languedoc avec une bande d'espagnols, fut enrôlé au service de France par le maréchal d'Audrehem, de l'aveu du roi Jean, du Grand Conseil, et les Etats du Languedoc s'engagèrent à solder ses troupes, bien qu'elles leur coûtassent environ (o,ooo livres par mois. Henri de Transtamarc, qui les commandait avec son frère Sunche, était un fils naturel du roi Alfonse VI[ de Castille, comme Thomas l'était de Philippe de Valois, avec cette différence qu'il ne pouvait, comme Thomas, invoquer du chef maternel une légitimité putative. Un détachement des Grandes (;ompagnies fort d'environ i ,200 hommes, sous les ordres du bâtard de Breteuil, s'avançait sur le nord de l'Auvergne à la fin de mai [362, après la bataille de Brignais, pendant que le gros des compagnies désignées dans l'histoire sous le sobriquet de Tard- Venus, se dirigeait sur elle par le sud-est avec Seguin de Badefol pour chef principal, Transtamarc accourut pour lui barrer le passage ; et, le i3 juin i362, quelques mois seulement après la mort de Thomas, il écrasait les envahisseurs « devant Montpensier » en un sanglant combat où 6oo d'entre eux trouvèrent la mort, 200 la capture et le reste la honte dans une complète .déroute^. Les Espagnols n'étaient que 400 au dire du Parvus Thalamus de Montpellier; c'est possible, mais ils avaient très vraisemblablement à côté d'eux une partie des gens d'armes de La Marche que la mort de leur chef venait de laisser sans emploi.

On se rappelle que l'année précédente, pendant son gouvernement

de Haute-Auvergne, Thomas avait établi son quartier général et le

■ siège de sa cour au château de Roquenatou, près d'Aurillac, terre

des seigneurs de la Roque et de Sennezergues, et que c'est là qu'il

[ A>ch. nat., JJ, «3, n- 5; i , Réniissinn pour Guîll. de Chalencon et Armand d'Allègre.

2 « l.n dich an (MCCCI.XM). .1 m prn dcl mes de ruînh, lo comie de Trestamcr^ am

SOS Ks]vinlifils. ciitiirn irii'', dfSv-nTiliriin Jav.iiit Moiitpenssicr en Alvernha una toiiipanha

Qnc ni ■•c bu ïi'- i''irt/. Il' proiMiniers, i;!-. .iinrt-. finiircm ". {Paru. Thalam-, py. 360- 36). l'utilii; par lu Soc. arcltéolog. Je Moiilpelliei; ifiSG).

DigilizedhyGoOt^lc

uvflit \uné l'aMignation en duel de son lieutenant Guillaume de

\'iinit pur Guiberi de Marcenat. Or, dans les troupes d'Henri de

'rr;iiiolfirri;jre, on rencontre, six semaines après le combat de Monl-

l'iamicr, un Sennczergues et sa compagnie ; il est précisément dans

lu >i'-ul<: biindc d'espagnols qui ait passé par le cœur de la Haute-

Aiivtunfu: pour se rendre en Espagne où Du Gucsclin les emmenait.

Ver H le iK août, elle força les pones des faubourgs de Saint-Flour,

:nta l'assaut de la place par la porte du Tuile, sous

at Je Sennezergues et de Don Fagno, son capitaine

rgues avait, paraît-il, des intelligences dans la ville,

que Roger, bailli de Saint-Flour, fut dénoncé au

tants comme son complice pour n'avoir pas fait

hommes de Sennezergues pris vivant pendant

mbourgs'. D'ailleurs les troupes de don Henri

interval'e du combat de Montpensier et de leur

pagne, restées dans les environs de Clcrmont, très

ent des compagnies de Thomas devenues vacantes ;

dans le camp de Transtamare le service et

r manquaient soudain ; l'occasion était inespérée

ux de ces aventuriers qui, étant de la province,

à défendre. C'est donc à des soldats du pays aussi

agnols du pseudo-infant de Castille que l'Auvergne

ïlus d'éviter le saccage.

réflexion se présente. Comment n'essaya-t-on point e France ce que l'on fit avec le bâtard de Castille ? I;iges n'était-il pas aussi flagrant et plus odieu.v de [ui payait ainsi l'hospitalité de la France "; Le renom mier n'était-il pas alors au moins égal chez nous à

', n" igS. Un autre dutument ilu mois il'aoùt i?>>2 sign.ile comme Il rciy nostre seigneur en la ville de (Mcriiinnt en Auvergne, aouf comte de Trisleiiiare pour contrestet aux grani compaingnies qui llj il Jehan de Chirr^iii. éciiver (Chnrr^iix, tant, de I-aiiRcac, arr. e Saint-riour), Guillaume lïr.uleleu {n.im d'une famille 'do Sainll qu'on retriiuif un peu r-lu* tirJ parmi les Tuchins), Jean de I D.iuph.n. JEic-iuci Aubcri, Jean de Saini-(Juentîn. Jean Colin, o^cr de Momliin fprùs de Saiiit-Piiur^iiin), lous éi'iiveis ; Jean ^in de Charraix et autres. {Atch. ual., i), i|3. n" jH3.' Lettres de i mois d'août 1 3fii h ces gens d'iirmei par Jean cumte de Tancarin, chambellan du n)i et siin lieutenant en Laniiucdoc, Bourgogne,

au mois de de<:embre suivant par lettres datées de Villeneuve-

GooqIc

THOMAS DE LA MARCHE 2o3

à celui de l'autre ? N'avait-il pas donné des preuves de fidélité tant qu'on ne l'avait pas exaspéré ? D'où vient que la cour combla Transtamare de ses faveurs et Thomas de ses rigueurs ? Avec le pardon accompagné d'un apanage et d'un commandement dignes de lui, que n'eût-on pas obtenu, en ce moment de péril, d'un homme capable de nobles mouvements et si fièrement outillé en soldats que tous avaient cédé devant lui depuis six mois, y compris l'ex-connéiable de France ! Pourquoi ? C'est que Transtamare ne pouvait être un prétendant qu'en Espagne ! Les Valois n'auraient été que des usurpateurs si Thomas de la Marche eût été le fils présumé légitime de Charles IV. Que la décision de Jean XXII sur l'annulation du mariage de Blanche de Bourgogne fût révisée par la cour pontificale <i mieux informée », Thomas, né pendant le mariage, bénéficierait de la règle pater t$ est quem nuptice demonstrant. Unique petit-fils de Philippe le Bel, il excluait la branche cadette, à commencer par son véritable père Philippe de Valois. Et que ne pourrait pas faire casser, en ces temps de troubles, un prétendant fort, populaire et victorieux ! Voilà ce que les membres de la famille régnante devaient se dire dans leurs conseils intimes. Les Valois ont redouté Thomas jusqu'à la fin : telle est l'explication qui viendra sans doute à l'esprit du lecteur comme au nôtre.

Prétendant, on ne le laissa pas aller jusque-là, et rien dans ce que l'on connaît de ses actes ou de son langage ne laisse transparaître, fût-ce dans le plus obscur lointain des projets, d'aussi ambitieuse.'; visées. La coui cependant n'avait que deux partis à prendre. Lui témoigner de l'affection, le gagner par une large confiance et le faire grand ; elle en eût fait peui-être un Dunois ; les rois Philippe et Jean n'osèrent pas l'essayer, le régent Charles eut des débuts trop difficiles pour le pouvoir, et Jean de Berry l'âme trop peu généreuse pour le vouloir. Ce premier plan écarté, il n'en restait plus qu'un : le comprimer impitoyablement dans les rangs inférieurs et, poussé à bout, le laisser périr de ses fautes. Il semble bien que ce soit là le parti auquel se soient arrêtes les conseillers de la couronne. On ne sait trop ce qu'il eût été sur le trône si les événements l'y eussent porté, les princes n'y donnent leur mesure que lorsqu'ils y sont assis ; on le vit bien par Henri de Transtamare qui, couronné bientôt (i366), fut un des grands rois de l'Espagne après avoir été un bâtard ingrat d'apparence,

DigilizedhyGoOt^le

un rebelle et même un fratricide. On en sait assez toutefois pour présumer que s'il eût été vraisemblablement supérieur au roi Jean son frère, il manquait du sang-froid par lequel Charles le Sage releva la France démembrée- Thomas de la Marche laissa-t-il des enfants, et que faut-il penser d'un autre Thomas de la Marche qui se serait qualifié « seigneur de Nonctte et capitaine de Saint-Flour en i SgS », d'après le Nobiliaire manuscrit de Dom Col de la bibliothèque de Clermont ' ? Il n'en faut penser rien qui vaille. Dom Col, qui du reste ne cite point la source où il a puisé, s'est certainement trompé de date, et il est de la dernière évidence que ces deux Thomas n'en font qu'un. Ce qui le prouve péremptoirement, c'est la qualité de capitaine de Saint- Flour donnée parce bénédictin à son personnage. Les archives de Saint-Flour renferment, nous l'avons vu, de curieux documents sur Thomas de la Marche qui, en etîet, gouvernait Saint-Flour comme le surplus des Montagnes en i36o-i36t. Elles ne contiennent rien sur aucun La Marche après cette date. Les comptes consulaires de la ville existent cependant au jour le jour pour iSgS, pour les années antérieures et pour les suivantes. Cette ville n'eut pas de capitaine royal en iSgî, et à cette date le seigneur incontesté de Nonette était Jean de Berry. Si le bâtard de France laissa des fils, le sort de leur père dut en faire des mécontents et ce serait à la cour de leur parent Charles de Navarre qu'il faudrait les chercher.

On trouve bien un Jean de la Marche dans le camp de Charles le Mauvais après la mort de Thomas ; il obtint sa grâce de Charles V le 20 juin i365, en vertu du traité de paix conclu entre les deux rois dans les premiers jours de ce mois de juin par la médiation des reines Jeanne et Blanche^, et il était assez qualifié personnage pour être spécialement nommé parmi les bénéficiaires de l'amnistie ■ '"'" *'ais rien ne nous dit qu'il ne soit pas ce Jean de la apitaine de la garenne de Cachan, à qui le régent Charles

: d'Auvergne. Bibl. de Clermont.

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THOMAS DE LA MARCHE 2o5

avait accordé des lettres de légitimation en iSSg, ou tout autre encore.

Que la postérité mâle du bâtard du roi Philippe de Valois et de Blanche de Bourgogne, femme d'un autre roi de France, ait pu se perpétuer longtemps sans laisser de visibles empreintes, c'est ce qu'admettront dUIîciiement sans preuves formelles ceux qui savent quel lustre s'attachait au sang royal, de quelque côté qu'il vînt; Thomas lui-même, de qui nous avons pu relever les traces en de nombreux documents, en est le meilleur exemple.

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