N° XL
RÉCIT DE L'iNSULTE FAITE AU PARLEMENT PAR M. d'éPERNOK.
De Paris, le »4 novembre 1614.
Monsieur d'Espernon alla, il y eust samedy huict jours, enlever dehors, aux prisons de Saint-Germain-des-Prez , un soldat des gardes avec cinq ou six de ses compagnies qu'il avoit mises en divers quartiers du fauxbourg ; laquelle eflracture de prisons estant venue à la congn oissauce de M. le procureur-général de la court, feist sa plainte et demanda permission d'informer contre led ici sieur d'Espernon. Laquelle chose ayant esté faicte conformément à ses conclusions, le bruit en fui bien grand et parvint jusques aux oreilles du roy et dudict sieur. Lequel recognoissant que le parlement informoit contre luy et estoit tout prest de décretter prise de corps, fist par commandement du roy surseoir pour quelques jours, et néantrooins luy, accompagné de ses deux fils et de deux ou trois cents genlilz-homraes, vint jusque dedans la grand'salle du Palais où, après avoir fait mille insolences aux président et conseillers de la court , comme donner des coups d'esperons, frapper sur la teste de la main, monstrer les pistolets tous bandez, se retira chez luy au grand scandalle de toute la compagnie. Laquelle considérant l'alTroot faict au roy et à la justice, et aussy le sien particulier, s'est assemblée en la grand'chambre dorée du Palais ce jourd'huy, jusques au nombre de cent cinquante conseillers, où M. le Prince s'est trouvé, M. de Sully, M. de Grenoble, et autres évesques, où comme Ton mettoit la matière en délibération , M. de Pralin est arrivé avec lettre de créance du roy, a fait entendre que le roy prioit la cour de surseoir pour deux jours la délibération de cette affaire, que pendant ce temps-là il feroit en sorte que l'affront à luy fait, non pas à la cour, seroit vangé. Et néant moins l'on n'a pas laissé d'opiner sérieusement
r,oo DOCUMENTS HISTORIQUES INÉDITS.
cl a esté ordonné que la cour, pour satisfaire au commandement du roy, attcndroit les deux jours, et que pendant ce temps-là et jusques à ce que justice eust été faite des insolences commises, aucunes affaires ne se feraient au parlement, et que la justice ne se rendrait en façon du monde.
De Paris , le a6 novembre 1G1 4.
Je vous ai mandé ce qui s'est passé de la part de M. d'Espernon au parlement : je n'en avois pas esté bien informé , comme je suis maintenant. C'est que ledit sieur ayant secu que la cour avoit ordonné des commissaires pour informer contre luy, afin de faire voir à la court et à tout le monde qu'il ne s'en soucioit pas , alla comme je vous ai mandé audit parlement accompagné de . . . gentils-hommes bottés et esperonnés, ayant les uns des escopètes sous leurs manteaux, monta par les grands degrez au milieu de sa troupe , entra à la gallerie, de là en la grand'sallc , jusques au banc de Langelier, au pilier proche de la chapelle, de là faict le tour de ladite salle de l'autre costé, et revient à la gallerie, s'a 1res le à l'entrée d'icelle devant la boutique d'une gantière tenue pour belle, et bouche par ce moyen le passage aux conseillers, mesmes aux présidens et gens du roy. Les uns contraints de rebrousser chemins, les autres au hazard de la huée et de la moquerie, delà s'en va Je long de ladite gallerie descendre par les degrez de la petite chapelle. M. de la Valette en mesme temps, avec une autre trouppe, faict la mesme ronde; de quoy la cour indignée y allant de l'auctorité du roy, lundy dernier, que on debvoil faire les harangues et rouvrir les audiences, toutes les chambres se trouvèrent assemblées sans que aucun les mandas! , pour délibérer sur la matière. Au mesme temps y arriva M. de Pralin avec lettres de cachet, par lesquelles la royne désirait que on sursit cet affaire pour deux jours. La court, M. le premier président et M. de Sully qui y estoienl allez pour estre à ladite ouverture, ordonna que ayant égard au commandement de la royne elle sursoiroit, et jusques à ce que ledict sieur d'Espernon eust satisfaict au roy et à la justice, qu'elle n'entrerait point pour enercer aucun acte de justice. Aujourd'huy le roy a envoyé des lettre»
TEXTE DES DOCUMENTS. 5oi patentes à la court, par lesquelles, à ce que on m'a dit, Sa Majesté déclaroit qu'elle prenoit l'ofTense sur soy, qui est cause que tous les conseillers ont esté mandez au Palais de bon matin , et y sont allez. Je vous advertirai au premier jour de la résolution qu'ils auront prise.
ta court délibérant sur les lettres de créance du roy rapportées par le sieur de Praslin , et icelluy ouy en sa présence, a a ries té qu'en obéissa ni à la volonté du roy elle se sursist pour deux jours de délibérer sur ce qui est advenu au faux bourg Saiut-Germain et ce qui s'en est ensuivy, et de supplyer le roy de trouver bon qu'elle ail jugé ne pouvoir, ne devoir rendre la justice aux particuliers qu'elle n'ait esté satisfaite du mespris faict à son auctorité. Faict en parlement le a/| novembre i6i4-