LETTRE DE COLBERT A. M. DE TERRON
Saint ■Gtrmain-en-Laic, le %k août 1670.
Je fais response à vostre lettre du 18. M. le vice-admiral ny mon fils ne m'ont point envoyé les remarques dont vous me parlés sur l'instruction dudit vice-admiral. Je ne puis plus rien vous escrire sur le sujet de son départ, puisqu'il demeure d'accord luy-mesme qu'il faut apporter une extrême diligence pour profiter du reste de la belle saison contre les corsaires de Salé; et ainsy je veux croire qu'il sera à présent parti. Il me propose seulement, par un billet escrit de sa main, que pour reconnoistre les postes de Guinée, il seroit nécessaire de mettre, sur les vaisseaux qu'il y envoyera, un officier autre que le capitaine de vaisseau, qui fust capable de bien reconnoistre les postes que les Hollandois occupent : sur quoy je vous diray pour le faire entendre, s'il vous plaist, audit sieur comte, que pourveu qu'il trouve un officier dans la marine dont il se puisse servir, il le peut sans difficulté; mais il ne faut pas prendre un officier de terre, d'autant que je vous ay escrit qu'il ne faut rien mesler de la terre avec la marine.
TEXTE DES DOCUMENTS. 5a 7
Je vois par le mémoire que vous m'avés envoyé qu'il vous manque 3a gros canons, et que vous en avés dans le port, non destinés, 28 : en sorte qu'il paroist par là qu'il ne vous en manque point; mais il auroit esté nécessaire que vous m'eussiés fait sçavoir combien vos forges vous en peuvent fournir tous les ans, d'autant que, comme il n'y a pas d'apparence que nous augmentions beaucoup le nombre de nos vaisseaux, si vos forges, soit en Testât qu'elles sont, soit en Testât que vous les pouvés mettre, pouvoient vous en fournir tous les ans jusques à 3o ou 36, je ne serois point d'avis d'en faire venir de Hollande, d'autant plus que je pourrais vous en faire faire aucuns en Nivernois et que nous avons des forges establies à Brest , au Havre et à Dunkerque. Il est donc nécessaire que vous m'esclaircissiés sur ce point avant que de prendre résolution d'en faire venir de Hollande.
A l'égard des bois de Mademoiselle et de tous autres, je me remets toujours à ce que je vous ay escrit , qu'il estoit nécessaire d'en avoir toujours la plus grande quantité qu'il se pourra dans nos arsenaux de marine.
Je suis bien ayse que les compagnies du Nord et des . . . ., s'acquittent bien de ce qu'elles ont promis et que vous ayés déjà veu des vaisseaux de la seconde passer dans vos rades pour aller à Brest. Il faudra vérifier à la fin de cette année ce à quoy les deux compagnies s'estoient obligées de fournir dans- nos magasins , et ce qu'elles auront fourni effectivement.
A l'égard du navire de l\o pièces qui a esté basti à Bayonne, vous le ferés visiter exactement , et me ferés sçavoir de quelle qualité il est , si vous l'estimés bon pour le roy et de quel prix il sera.
Je vous ay envoyé les nomades trois petites frégates : faites-les diligenter.
Je vous conjure toujours d'expédier tout ce qui concerne la petite escadre qui doit partir pour les Indes, pour la faire partir au mois de novembre prochain ; veu que je crains que M. de La Haye n'ayt peu doubler le cap de Bonne-Espérance, pour estre parti trop tard.
Examinés bien soigneusement tout ce qu'il faut envoyer à M. de La Haye sur cette petite escadre.
Ïa8 DOCUMENTS HISTORIQUES INÉDITS.
J'ay envoyé de grands mémoires à mon fils par le dernier ordinaire. Je vous prie de tenir la main à ce qu'il les exécute , et qu'il forme les mémoires-tnstructioos de tout ce qu'il faut faire pour mettre en mer les escadres que Sa Majesté destine pour le mois d'avril prochain.
Faites-luy faire aussy Testât de toutes les marchandises, armes , bois et munitions et autres de toutes sortes pour l'année prochaine, ainsy que vous le faites tous les ans , ensemble le projet de tout ce qui se pourra faire l'année prochaine tant en bastiment de vaisseaux, radoubs, bastiment à l'arsenal, et généralement tous les vieux ouvrages du parc ; et comme ce mémoire ne se peut faire sans vérifier l'inventaire de tout ce qui se trouve dans les magasins , je crois que ce travail luy seroit d'une très-grande utilité : au surplus qu'il travaille toujours à l'exécution de tous les points contenus en l'instruction que je luy ay donnée.
Il me prie de luy permettre de monter sur le vaisseau de M. le vicead mirai pour aller jusqu'à Belle-Isle , d'où il reviendra sur le Lion rfor. Je suis bien ayse de luy donner cette satisfaction qui pourra luy estre fort utile. Donnés ordre à tout ce qui sera nécessaire pour cela.