N° XLV
MÉMOIRE DE COLBEBT A M. DE TEMBOIf, CONCEBW4KT LA MARINE.
(Autographe.)
Jth, U % juillet
La résolution que le roy a prise de mettre en mer, dès le mois de febvrier ou de mars prochain, une escadre ou flotte de 3o vaisseaux pour faire la guerre dans la Manche, mérite de très-grandes réflections, pour bien exécuter les ordres de Sa Majesté et éviter les inconvéniens qui pourroient arriver selon les différentes rencontres de gros temps ou de la guerre , par le défaut de ports et de retraites pour les vaisseaux de Sa Majesté, et de magasins et arcenaux de marine bien fournis pour tous les accidens qui peuvent arriver.
Pour cet effect, il faut considérer la Manche entièrement fermée dès lors que cette guerre sera commencée, et par conséquent que l'on ne pourra tirer du Nord aucunes des marchandises nécessaires pour les arcenaux de marine. Il faut de plus estre persuadé que l'un
des plus grands malheurs qui peut arriver aux vaisseaux de Sa Majesté, ce seroil qu'ils fussent cootraîneta de prendre leurs retraictes dans les ports d'Angleterre et d'y chercher les «grès, armes e* minutions qui leur seraient nécessaires. Ces deux points présupposés , il faut examiner trois choses principales :
La première, ce qui est à faire pour munir les arcenaux de marine qui sont hors de la Manche, sçavoir Brest et Rochefort
La seconde, pour avoir des retraites pour les vaisseaux du roy dans la Manche.
Et la troisième, pour fournir les arcenaux de marine qui sont dans la Manche, de toutes les marchandises, armes, bois, fer et canons et autres munitions pour tous les accidens qui peuvent arriver aux vaisseaux de Sa Majesté , dans les accidens ou de mauvais temps ou de combat.
Pour la première, il est nécessaire que ledit sieur de Terron, pour le port de Rochefort, et le sieur Deseuil1, pour celuy de Brest, travaillent à y amasser, dans le cours de cette année, toutes les armes et marchandises pour lesquelles il a esté fait fonds dans Testai;
Que ledit sieur de Terron presse les compagnies d'Agier et du Nord de faire les fournitures auxquelles ils sont obligés par leurs traictés;
Et particulièrement celle d'Agier de faire voiclurer prompternent du charbon de terre du Rouergue, pour en fournir à Rochefort et à Brest toute la quantité qui sera nécessaire pour la consommation de ces deux ports pendant une ou deux années.
Et en cas que ledit Agier n'en puisse pas fournir, pour une année entière, dans lesdits deux ports dans le cours de ceHe-cy, il faut faire venir d'Angleterre ce qui pourra manquer.
Il faut dans le mesme temps faire acheter toute la quantité de goldrons qui sera nécessaire pour lesdits deux ports et les y faire voicturer incessamment.
Faire travailler avec toute la diligence possible les forges des gros ancres, examiner la quantité que Ton en pourra avoir dans la fin de
' Eserire au sieur Deseuil en conférence de cet article.
TEXTE DES DOCUMENTS. i>35 cette année, et combien, tous les vaisseaux fournis, il pourrait en rester pour envoyer au Havre et à Dunquerke '.
Faire travailler aux pattes, bras et verges d'ancres partout où il s'en fait; il faut frire la mesine chose à l'égard des cordages en l'un et en l'autre port, et surtout voir la quantité* que l'on pourra transporter au Havre et à Dunquerke, estant t réimportant qu'il y avt dans ces deux ports une quantité considérable d'armes et de cordages.
Il faut de mesroe presser la voicture des bois que les officiers de Mademoiselle doivent fournir.
Examiner si des bois et des mâts que la compagnie du Nord doit fournir à Brest, l'on ne peut pas en divertir un vaisseau chargé de bois et un de mâls pour le Havre ou pour Dunquerke a.
Examiner le nombre de boulets , de grenades qui sont en chacun de ces deux arcenaux, pour voir la quantité que l'on en pourrait envoyer au Havre et à Dunquerke.
L'on donne ordre dès à préseut à Bourdeaux pour y faire acheter du goldron et l'envoyer auxdits lieux.
Examiner de mesme les poudres, et voir s'il y en aura assés dans lesdits arcenaux pour les arméniens de l'année prochaine, d'autant qu'en ce cas de l'achapt qui sera faict ladite année, H en sera destiné ?oo milliers pour le Havre et pour Dunquerke.
Et pour finir, il faut examiner en destail toutes les marchandises et munitions qui peuvent estre nécessaires dans ces deux arcenaux, en faire des estats bien exacts , et les envoyer pour adviser ensuite aux moyens de les recouvrer, et donner les ordres pour les y faire voicturer et faire en sorte que, dans le cours de cette année, toutes lesdites marchandises y soient rassemblées.
' Kscrire au «tour Deseoil sur cet article.
Nota. 60 ancras, savoir :
ta .de 4,000,
ia de 3,5oo,
ta de 3,ooo,
ta de à,5oo,
ta de a,ooo.
60 cotuteroDt à , en Hollandt-,
à 6 a. la livre , 53,6oo liv.
Cables aoo, a aa liv. 10 s. le quintal, 45,ooo liv.
• Escrire au sieur Deseoil sur cet article.
A l'égard des retraictes, Sa Majesté fait travailler au Havre et à Dunquerke, en sorte qu'elle a lieu d'espérer que les vaisseaux de 1,000 et i,?oo tonneaux pourront s'y retirer avec facilité et seureté.
Sa Majesté estime nécessaire que ledit sieur de Ten on examine, avec les officiers de marine qui se trouveront à Rochefort , s'il ne seroit pas à propos de faire reconnoistre la mer de la Manche, dans toute son estendue, par quelqu'un des meilleurs et plus expérimentés officiers de marine, avec quelques pilottes, et en ce cas Sa Majesté veut que ledit sieur de Terron choisisse ceux qu'il estimera les plus propres pour ce travail , leur donne les bastimens qui seront nécessaires et les fasse partir sans perdre un seul moment de temps, pourveu toutefois que le travail du sieur de la Savollière ne soit pas estimé suffisant pour cette reconnoissance.
A l'égard des marchandises qui seront nécessaires dans les magasins de Dunquerke et du Havre, Sa Majesté veut que ledit sieur de Terron en fasse un mémoire par estimation, sur le pied des 3© vaisseaux qui doivent entrer dans la Manche.