POUR MO* FILS
11 faut examiner en Hollande et en Angleterre si les trousseaux , les moules et les fontes des canons se font, comme en France, suivant les mémoires qu'il a pris de M. Du mets.
Quel est l'alliage des matières.
Quels sont les calibres des canons des deux nations.
Examiner avec soin la question sur les plus gros calibres de canons de fonte et de fer que l'on peut mettre sur les vaisseaux.
En France, dans l'artillerie de terre, Ton croit qu'un canon de 24 fait autant d'effect qu'un de 33 , et au-dessus. Pour la mer, l'on en fond
de 36.
En Angleterre, pour la mer, l'on a appris qu'il y en a de 4o à 5o livres de balle.
En Danemark,
En Hollande, l'on ne sçait pas s'ils se servent dWsy gros canons. Examiner bien si un canon de 36 livres de balle peut faire plus d'effect.
S'il est mesme nécessaire d'en avoir de 36, et si ceux de »4 ne feroient pas autant d'effect.
Au nombre des raisons pour et contrçjes gros canons, il ne faut pas oublier le furieux poids que les canons de gros calibre causent dans un vaisseau.
Examiner avec soin la distance des sabords tant en Hollande qu'en Angleterre, et les raisons de leur différence.
Examiner de mesme quelle eslévation au-dessus de l'eau ces deux nations donnent à leurs batteries basses, et les inconvéniens qui arrivent quand elles sont basses, et quand elles sont un peu plus hautes, et ce qu'elles pratiquent à présent sur ce sujet.
Examiner tout ce qui dépend de leurs fonderies.
Combien de canons ils fondent chaque fois.
De quels calibres.
S'ils fondent la culasse en haut ou en bas.
Et ce qui est le plus important , il faut bien examiner de quelle soi te ils font leurs espreuves.
S'ils reçoivent des canons chambrés ou non.
Dans les combats qu'ils ont donnés en mer, s'ils ont eu beaucoup de canons fondus.
En rechercher les causes et les remèdes qu'ils y ont apportés.
Sçavoir combien de coups l'on peut tirer, dans un combat opiniastre, d'un canon de fonte, et combien d'un canon de fer, jusques à ce qu'ils soient l'un et l'autre assés eschauffés pour ne pouvoir plus mettre de poudre, et quelle différence il y a de la fonte au fer silice point.
Le poids différent des cauoos de fonte et de fer de mesmes calibres. A l'égard des canons de fer,
S'informer de tous les lieux où il s'en fond. Des différentes qualités de fer.
Quels sont plus estimés.
Examiner la qualité du fer de tous.
En voir le différent grain, pour pouvoir connoistre, à la veue, si le fer est aigre ou non.
En voir et examiuer la forme , et prendre des dessins des figures de tous les canons de fonte et de fer des deux nations, pour pouvoir les confronter toujours avec ceux de France.
Examiner les différens poids des canons de fer pour voir quels sont les plus légers , estant certain que, s'ils résistent également aux épreuves, le fer des plus légers doit estre meilleur, plus doux et moins aigre.
Examiner de quelle sorte Tune et l'autre nation fait l'espreuve des canons de fer, lorsqu'ils en achètent, si après les espreuves il leur arrive des accidens dans leuTS vaisseaux , c'est-à-dire s'il y en a qui crèvent et par quelle raison.
De quelle quantité de canons de fer et de fonte ils arment leurs vaisseaux de chaque rang , c'est-à-dire combien de canons de fonte et combien de fer ils mettent sur leurs vaisseaux du premier rang, et ainsy de suite.
Il faut, s'il se peut, bien examiner la manœuvre de leurs canons, qui est très-essentielle et très-importante, d'autant que comme c'est l'artillerie qui décide des combats de mer, les Anglois sont en réputation d'estre plus justes et de servir plus promptement leur artillerie, en sorte que , s'ils sont en effect plus asseurés de leur coup, et qu'ils en puissent tirer trois, par exemple, contre les autres nations deux, il est certain qu'il faut qu'ils soient toujours supérieurs.
Il faut donc examiner avec grand soin la manœuvre du canon des deux nations, pour prendre ce qu'elles peuvent avoir de bon.
Voir combien d'hommes chacun employé pour servir chacune de leur batterie, c'est-à-dire combien d'hommes elles mettent dans une batterie basse d'un vaisseau du premier rang.
Les noms et les fonctions de chacun de ces hommes, tous les mouvemens qu'ils font pour arrester leurs pièces, combien de coups ils peuvent tirer en un quart d'heure, demi-heure, et ainsy du reste.
Enfin il faut travailler à s'instruire en sorte que mon fils puisse establir l'exercice du canon en France, comme celuy du mousquet et de la pique, et qu'il considère sur ce point que, comme la marine est nouvelle en France, nous cédons assurément à l'Angleterre et à la Hollande sur ce point qui est le plus essentiel et le plus important de toute la marine, et qu'il faut qu'il se mette fortement dans l'esprit d'eslablir des escoles de canonniers dans tous les ports et principaux arcenaux de marine; et quand il connoistra , par la visite qu'il fait des deux marines d'Hollande et d'Angleterre, la quantité de canonniers qu'il faut pour mettre en mer lao vaisseaux de guerre, 3o frégates légères et les autres bastimens que le roy peut mettre à présent enmer, et le peu de canonniers qu'il y a dans le royaume, et l'importance et la nécessité de cette profession dans les combats de mer, toutes ces connoissances l'exciteront fortement à donner toute son application et à mettre sa gloire et sa satisfaction à en augmenter le nombre et perfectionner les canonniers dans le royaume. Il sçait pour cela que les intendans de marine ont esté toujours sollicités et pressés d establir des écoles de canonniers dans tous les ports, à quoy ils n'ont point encore satisfaict , à cause des grands travaux auxquels ils ont esté appliqués pour mettre les establissemens de marine en Testât qu'ils sont ù présent. Ce travail est réservé à mon fils, et il faut qu'il se fasse une affaire d'honneur et se pique d'y réussir.
Il est nécessaire qu'il sçache de plus les noms et l'usage de toutes les parties des canons, des affusts, et de tous les instrumens qui servent à les mettre en batterie, et à les exécuter;
Qu'il sçache mesme les différences qui se pratiquent par ces deux uations, pour prendra toujours ce qu'elles ont de bon et de meilleur que nous;
Qu'il s'informe avec le mesmc soin et la mesme application , de toutes les munitions qui se mettent dans la sainte-barbe des vaisseaux de chaque rang, lorsqu'ils sont mis en mer, afin qu'il conuoisse
la différence des quantités de chaque munition et marchandise de ces deux nations à nous.
Qu'il observe de mestne tout ce qui se pratique pour mettre un vaisseau bruslot à la mer, quelle quantité d'artifices et de quelle qualité.
Le nombre des grenades qui se metteut dans une sainle-barbe et leur usage.
Qu'il sçache de mesme toutes manières de charger les canons, sçavoir à boulets, à cartouches, à boulets d'une lieue dans les canons de gros calibre pour faire plus d'elTect, à boulets à pointes, boulets à chaisnes, boulets à tranchans, boulets à deux testes, et généralement tout ce qui se peut pratiquer pour désagréer un vaisseau amené.
Si mon fils s'acquitte bien du contenu en ce mémoire et qu'il y supplée mesme ce qui y pourra manquer, estant impossible à la pénétration d'un homme, quelque grande qu'elle soit, d'épuiser une matière, j'espère qu'il se rendra capable de bien servir le roy dans un point qui est asseurémeut le plus important de toute la marine.
Il peut encore observer de quelle qualité, et de quel port de vaisseaux, ces deux nations se servent de bruslots, et quelle est leur manœuvra pour s'en servir utilement dans les combats de mer.