‹ Documents historiques inédits tirés des collections manuscrites de la Bibliothèque royal et des Archives ou des Bibliothèques des départementsChapitre 14 sur 165 · Poésies choisies; in · texte numérisé non relu

Poésies choisies; in

Un autre frère de Barthélémy fut Yabbé de Lajfemas, à qui a été attribuée une traduction de Juvénal, en vers burlesques.

4- Des huit enfants du même Isaac, et des deux mâles du premier lit, l'aîné fut conseiller au parlement de Metz ; le second , homme d'église. Les deux filles entrèrent dans les familles de de Fitte, baron deSoucy, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi ; et de Courtin , écuyer, seigneur de Tanqueux, conseillersecrétaire du roi. MaximiUcn, du second lit, seigneur de Saint- Vaueourt, fut maître d'hôtel du roi, et mourut en 1701; et de ses trois sœurs, Charlotte épousa en premières noces M. Le Sage, seigneur de Sainte-Honorine, conseiller au parlement de Paris, riche de quatre à cinq cents mille livres, et , en secondes noces, Guillaume de Beau vais, seigneur de Limeil , conseiller aux requêtes du parlement de Paris.

5. Nicole- Charlotte le Sage de Sainte- Honorine , encore mineure en i656, épousa Octavien Ondedei , comte de Vézelai.

6. Leur fille épousa Oratio Albani , frère du pape Clément XI.

vi DOCUMENTS HISTORIQUES INÉDITS.

7. Et d'elle naquirent Carlo et Annibal Albani , de l'illustre maison romaine de ce nom.

Voilà jusqu'où monta la fortune de la famille Laffemas, domestique du roi par son auteur, et dans un temps où les lois rivaient les familles roturières à leur berceau , et opposaient des barrières légales à toute élévation.

Ainsi la famille Laffemas, à la quatrième génération de celui qui la tira de la tourbe des inconnus, mêle son sang avec celui des princes de l'Église et perpétue l'une des plus illustres familles romaines.

Dans les notes que j'ai sous les yeux, je ne vois pas si une branche de Laffemas de Beausemblant se conserva ou rentra en Dauphiné : il est certain cependant qu'un de Beausemblant signa les protestations des gentilshommes de Dauphiné, le 17 juillet 1788.

On ignore aussi comment le premier Isaac, ou plutôt son fils Barthélémy fut lavé de sa roture. Quant à Barthélémy, on le voit, en 1598, désigné ainsi : « Barthélémy de Laffemas dit Beau- « semblant , et varlet de chambre du roy ' ; » en 1 60 1 , « natif de « Beausemblant en Dauphiné *;» en 160a, a sieur de Bauthor, et « contrôleur général du commerce de France \ »

Tenant la boutique d'argenterie du roi dès l'année 1576, admis bientôt après au nombre des domestiques du roi , son sttperlw entendement et l'usage qu'il en fit pour l'utilité publique, avec une rare persévérance, attirèrent facilement sur lui, avec la protection et la confiance du roi , les rémunérations qui avaient alors cours et crédit.

On verra dans le texte des Délibérations de la Commission consultative sur le faict du commerce, que, parmi les avantages et les encouragements promis à des inventeurs ou à des introducteurs en France d'industries nouvelles ou perfectionnées,

' Privilège du roy pour faire imprimer J Lettres et exemptes de la royne mère, se écrits} du m juillet 1598. etc.; Pari», Pautonoier, 1602 , in-ia.

' Les Discours, etc. ; Paris, Bioet, in -1 a.

TEXTE DES DOCUMENTS. vu

nationaux ou régnicoles, outre les sommes considérables de première mise, on leur octroie les privilèges réservés aux officiers domestiques et commensaux du roi, et tous ceux que donnaient les lettres d'anoblissement. C'est par cette voie sans doute que Barthélémy fut anobli.

Pour la (in du xvr siècle et le commencement du xvn*, c'est un fait digne de remarque, que la confiance de Barthélémy dans ses efforts, et dans l'influence de ses publications par la presse, sur l'opinion de la cour et du public. Sa persistance dans l'usage de ce moyen d'attirer l'attention générale vers l'objet perpétuel de son superbe entendement, annonce un de ces rares esprits et de ces nobles cœurs qui se dévouent avec un inquiet abandon, par manie ou par conviction , à la prospérité de leur patrie.

Dans le court espace de cinq ans, Barthélémy ne publia pas moins de douze à quinze mémoires; et, si l'on se fiait au ton criard et grondeur de ses préfaces, aux expressions de sa colère qui se fait jour surtout dans ses quatrains (car il fît aussi des vers, ou plutôt il aligna aussi des rimes), on se ferait une idée, sans doute exacte, des oppositions qu'il rencontra dans les diverses professions, corporations, ou coteries du temps. Un de ses quatrains dit :

« O Dieu ! que de pervers sans foy, sans loy, sans âme , « Ravissant le public sous le manteau des grands ! « Oncques il ne s'est veu tel nombre de brigands ; « Innocemment le roy pour eux porte le blasme. •

Au-dessous de son portrait, gravé sur bois, on lit :

« Autheur, tu es blasmé d'infinis tous les jours.

- Recognoissant le bien que tu fais pour la France,

• Les sages et discrets jugeront de l'offense :

« C'est une œuvre du ciel qui veut prendre son cours. •

Voici la liste des ouvrages de Barthélémy. Cette notice, quoi-

vin DOCUMENTS HISTORIQUES INÉDITS.

que substantielle , épargnera aux futurs biographes des Laffemas la peine d'en chercher les titres :

1 . « Les Trésors et Richesses pour mettre l'Estat en splendeur; « Paris, 1598, in-8°.

2. « Le Tesmoignage du proffit et revenu des soyes de France, « certifié par un syndic de I*angtiedoc.

3. « La Façon de semer la graine de meurier et de gouverner « les vers à soye; in- 12.

4. « La Commission, édit et partie des mémoires de l'ordre et « establishment du commerce général des manufactures en ce « royaume; Paris, niay 1601, in-4°. »

5. Cinq traités précédés de ce titre : « L'Incrédulité et l'igno- « rance de ceux qui ne veulent cognoistre le bien et le repos de « l'Estat, et veoir renaistre la vie heureuse des François; Paris, « Mettayer, ifioo, in-8°. »

C'est l'analyse en prose et en vers de cinq mémoires particuliers intitulés :

6. « Advcrtissement à MM. les commissaires du roy pour estre « instruits en ceste œuvre publique.

7. « Second traité : Advertissement et Response aux mar- « chands et autres, où il est touché des changes, banquiers et « banqueroutiers; Paris, in-8".

8. « Troisiesme traité: Les Moyens de chasser la gueuserie, «contraindre les fainéants, faire employer les pauvres; in-8°.

9. a Quatriesme traité : Advertissement du commerce faictsur « le devoir de l'aumosne des pauvres; Paris, Jamet et Mettayer, « 1600, in-8".

10. « Cinquiesmc traité : Du Commerce, parlant des procès et « rhicaneries; in-8°. *»

1 1. Ces cinq traités furent réunis sous ce titre : « Les Discours « d'une liberté générale et vie heureuse pour le bien du peuple; « Paris, Binet, 1601, in-8°.

* Il se prononce fortement contre la contrainte personnelle.

TEXTE DES DOCUMENTS. ix

îa. «Lettres et Exemples de la feue royne mère, comme elle « faisoit travailler aux manufactures, et fournissoit aux ouvriers a de ses propres deniers. Avec la preuve certaine de faire les « soyes en ce royaume. Paris, Pautonnier, 1602, in-8°.

i3. <r L'Ombre des mignons de fortune, avec l'enfer des am- « bilieux mondains sur les dernières conspirations, où est traité « de la cbeute de l'hoste. Dédié au roy; i6o4, in-8°.

i4- « Recueil présenté au roy de ce qui se passe en l'assein- « blée du commerce; Paris, Pautonnier, 1604, in-4".

i5. « Remontrances politiques sur l'abus des charlatans, pi- « peurs et enchanteurs; in-8°. »

Cette persévérance de Laflemas porta ses fruits; l'attention du roi s'en émut, peut-être contre l avis de Sully, qui préférait l'agriculture aux manufactures. Des lettres patentes du i3 avril et du 10 juillet 1601 «commirent, départirent et ordonnèrent « plusieurs conseillers du conseil d'Estat et privé , et autres « grands et notables personnages, pour diligemment examiner a les remonstrauces et autres mémoires à nous présentés par « nostre cher et bien amé Barthélémy de Laffemas. »

En exécution de ces lettre patentes, « furent faites plusieurs « assemblées, esquelles, après avoir ouy les principaux et mieux « entendus au faict de la marchandise et des manufactures , les a advis et délibérations furent réduitz en plusieurs articles , au « long examinez en conseil, et ensuite jugez et approuvez comme « grandement utiles et nécessaires au bien du royaume et sou- « lagement des subjects. » Et le ao juillet iHoa, de nouvelles lettres patentes ordonnèrent à la Commission « de s'assembler « régulièrement pour vaquer à l'exécution des précédentes or- « do nuances, et procéder au reiglement requis par les corps et « communautés des marchans , artz et mestiers , pour oster les « grands désordres, abus et malversations qui se sont introduits « depuis les troubles, comme pour la police des vivres et den- « rées. »

x DOCUMENTS HISTORIQUES INÉDITS.

C'est le Registre des délibérations de cette Commission qui est reproduit textuellement dans ce volume (N° I de la 2* partie), et d'après le manuscrit original qui est à la Bibliothèque royale, volume in-4° de l'ancien fonds français, n° 9829.

On n'était pas arrivé à ce résultat positif, une Commission libre qui fonctionne régulièrement, sans beaucoup de temps, et des efforts souvent renouvelés par le zélé citoyen premier auteur de ces importantes améliorations de l'industrie nationale. On voit, en effet, que le mémoire que la commission de 1602 devait examiner, avait été remis au roi le 17 avril 1598, sous forme de projet d édit. En même temps Laffemas s'était fait des auxiliaires, toujours indispensables aux plus utiles propositions; et pendant les années 1598, 1599 et 1600, avec le concours du lieutenant civil , il avait fait délibérer les maitres et gardes des métiers, les corps et communautés des marchands, sur le projet d'édit qu'il avait dressé. L'approbation fut générale.

Ce Projet d'édit fut le guide principal dans les délibérations de la Commission royale : il est comme la préface de son Registre, renfermant l'ensemble des vues de Laffemas , résumant toutes ses études, et représentant par l'énumération des réformes alors jugées nécessaires, le tableau des erreurs ou des abus dont l'état politique et les règlements du commerce et des manufactures étaient entachés. On trouve ainsi dans les délibérations de la Commission , des documents certains sur l'état de l'industrie et du commerce de la France à la fin du xvi* siècle, sur les conquêtes importantes qu'ils firent alors à l'égard des étrangers, et sur les améliorations remarquables dont ils furent redevables au zèle d'un bon roi , et aux lumières d'un citoyen heureusement entêté du bien public, race précieuse, mais inféconde dès la plus haute antiquité.

Feu Adelphe Bernier, qui a édité le volume des Etats de Tours dans la Collection des Documents historiques, et donné d'autres ouvrages utiles à l'histoire de France, forma le projet de publier

TEXTE DES DOCUMENTS. m le registre de la Commission du commerce; je fus désigné par le comité des travaux historiques pour examiner cette proposition. Mais M. Bernier mourut, et ce fut quelques années après que le projet fut repris: la lettre suivante, que j'écrivis à M. le Ministre de l'instruction publique, le 8 juin i84i, dit à quelle occasion.

«Monsieur le Ministre, parmi les manuscrits modernes de la Bibliothèque royale, plusieurs personnes ont remarqué le volume de l'ancien fonds français portant le n° 9829, provenant de Colbert , et contenant les procès- verbaux d'un véritable comité consultatif du commerce et de l'industrie, institué par Henri IV en 1601, et qui tint sa dernière séance le a a octobre i6o4-

« Ce comité examina les vues nouvelles sur ces matières, proposées au roi par le sieur de Laffemas, se livra à des enquêtes multipliées sur diverses branches d'industrie, et proposa au roi plusieurs mesures qui furent en partie adoptées.

« On trouve dans ces enquêtes ce qui concerne l'établissement des manufactures de soie, les soins personnels du roi pour l'introduction et la multiplication du mûrier en France, pour le rétablissement des haras, et les premiers projets du canal des deux mers.

« M. le comte de Gasparin , qui connaît très-bien ce manuscrit , m'a plusieurs fois engagé à vous informer de son existence , de son intérêt et de l'utilité qu'il trouvait à en insérer le texte dans un des volumes des Mélanges des Documents historiques, où ce texte prendrait environ 3oo pages, si l'on n'en faisait pas une publication spéciale.

« Peut-être, Monsieur le Ministre, trouverez-vous bon de demander à M. le comte de Gasparin son avis motivé au sujet de son vœu pour la publication de ce manuscrit : j'attendrai à ce sujet vos ordres ultérieurs.

« J'ai l'honneur de vous renouveler, etc. »

Sur le rapport de M. de Gasparin , le comité décida que ce registre serait publié parmi les Mélanges historiques. Voici ce que j'ai fait pour répondre au vœu du comité, approuve par le ministre.

xit DOCUMENTS HISTORIQUES INÉDITS.

Le texte imprimé a été soigneusement revu sur le manuscrit, et son orthographe conservée.

Dès que la Commission eut clos ses assemblées , le 22 octobre 1604, Laffemas présenta au roi le résumé de ses délibérations, et le répandit dans le public sous le titre de Recueil de ce qui se passe en l'assemblée du commerce : c'est l'analyse des délibérations, je l'ai reproduite {page 282 de ce volume) à la suite de leur texte.

On a déjà vu que l'imprimé de 1601, intitulé la Commission, édit et partie des mémoires de l'ordre et establissement du commerce en ce royaume, était réellement la préface de ces délibérations. J'ai donc dû reproduire, en tête du texte du registre manuscrit , ce même imprimé comme une introduction nécessaire à cet ensemble de documents. Tous les mémoires de Laffemas sont d'une grande rareté ; les bibliographes généraux ne les ont point connus, et les historiens du Dauphiné ' ont à peine accordé quelques lignes à leur digne compatriote, et sans mentionner ses nombreux ouvrages, quoique tous d'utilité publique \

J'ajoute à cet Avertissement la Table alphabétique des matières traitées dans le Registre qui est l'occasion de cette publication.

Outre son intérêt pour l'histoire du commerce de la France, elle sera aussi un juste hommage à la mémoire et aux travaux patriotiques d'un bon citoyen trop généralement et trop tôt oublié, même par la province, célèbre à plus d'un titre, où il reçut le jour.

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