N° XII
LETTRE d'aNGELO CATO SOPPINO, DE BENEVAN, ARCHEVÊQUE ET COMTE DE VIENNE1, A M. DE LANGEAC DE LA MOT H E , AU SUJET DE LA PAIX CONCLUE ENTRE LE PAPE ET LE ROI DE NAPLES, ET AUX PnOJETS DU DUC DE LOR- RAINE SUR CE ROYAUME.
f D'à pré» une ancienne copie tirée du cabinet du »ieur Gobcrt , ei communiquer par M , correspondant à }
8 SEPTEMBRE i486.
Mon très cher seigneur et bon amy, à vous de 1res bon cueur me recommande. Je ne doute point que vous n'ayez bien entendu la paix avoir esté faicte entre nostre saint père le Pape' et vostre parent et afiin le roy de Naples \ Mais pour ce que par adventure n'estez pas adverty des moyens par lesquels ils sont condescendus à faire et traicter ladicte paix, je vous les ay voulu escripre et sommairement raconter.
Depuis que vous escrivis une lettre esquelle vous, très-saigement, me fitez response, advint que monsieur le prince de Tarente, vostre frère, luy estant en Calabre, à ('encontre du prince de Bisigniani, en champ de bataille, devers l'isle de Cécille, vindrent quatre cens hom-
' Angelo Cato ou Cattho, né à Sopioo, diocèse de Bénévent, et à Tarente, selon d'autres biographes, fut d'abord médecin, mathématicien, attaché au duc de Bourgogne, et ensuite accueilli par Louis XI, qui lui donna l'archevêché de Vienne en
Oauphiné. C'est à re prélat que Philippe de Commynes adressa ses mémoires.
' Innocent VII.
» Ferdinand 1".
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mes d'armes, armés de légières armeures, au secours dudit M. le Prince, et les autres pensoienl continuellement le faire : et ce voyant ledit prince de Tarente, d'ung très constant et vaillant courage assallist le prince de Bisigniany, qui, très villénement, luy loui-na le dos ri s'enfouisl ; et à cause de ceste victoire a eu beaucop de chàteaulx et places du prince de Bisigniany ledit prince de Tarente. Ce temps pendant, le prince de Capue, vostre ncpveu, assiégoit la place de St.- Severin, qui est à quatre lieues de Salerne, d'où se renomment les princes de Salerne, de Bisigniany et tous autres de ceste maison; laquelle place promise, par apoinctement fait et ostages baillés de eulx, e-stre donnée au roy Fernand, si dans buit jours n'a voit secours. Dont quand il vint au buitiesme jour, le prince de Salerne, accompagné des gens d'armes de l'Eglise, desquieulz cstoit capitaine le frère de monsieur le cardinal sancti Peliï ad vincula, et aussi des gens des Génevoys desquieulx esloit capitaine messire Augustin de Campo Fraguso, avec encore une autre grant multitude de gens ù pié; et vindrent en bataille contre ledit prince de Capue, tellement, que quant vint que l'on batailloit amèrement en ambiguë et doubteuse fortune, enfin falut que le prince de Salerne tournât le dos villénement et s'enfouvt, et la place St.-Séverin lors se donna au roy Ferrand ; et là fust blessé amèrement messire Augustin de Campo Fraguso, dont après en est mort. Dès lors se retira le prince de Salerne dedans Salerne, là où il faisoit double dey seulement demourer, pour la rumeur qui estoit en la citée, veu que le peuple disoit que estoit las de la guerre et qu'il/ demendoient la paix. Ce temps durant, monsieur le duc de Calabre, vostre frère, réduisit et assembla toutles les copies (troupes) de la ligue de Ytalie et se joignit avec les Ursins, et alla près des portes de Rome, et fist un pont sur le Tybre, et mist le champ du costé duquel l'on entre à Rome venant de Naples, où il ne peut arrester pour la grant multitude de mousebes, et fust forcé qu'il levast le siège; et si dès-lors ne lui eust été forcé de le lever, la paix eust esté plustôt faicte qu'elle n'a été. Et cependant le duc de Calabre ne fist nul dommaige aux Romains, à celle fin qu'il n'eussent cause de eulx plaindre de luy. Et advint que en traitant, le seigneur Robert de St.-Séverin, capitaine du pape, alla parler avec le duc de Calabre sans le sceu du pape; de
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quoy le pape fust moult troublé et y envoya ung gentilhomme nommé monsieur de Faulcon, de Provence (qui estoit allé à Rome pour monsieur de Lorraine), par devers ledit sieur Roberto pour lui dire que Sa Saincteté estoit moult troublée et s'esmervelloit de ce qu'il estoit allé parler, sans son sceu et consentement, à son ennemy. Auquel monsieur de Faulcon le sieur Robert respandit qu'il auroit entendu que Sa Saincteté traictoit la paix, et luy doutant qu'il ne le laissast, y avoit voulu prévenir, combien qu'il se garderoit bien de faire chose qui fust contre l'existimation de Sa Saincteté. Et huit jours après, ledit sieur Roberto s'en alla devers le pape, feignant, comme l'on dit, avoir mal à une jambe, et demoura au palais du pape bien huit jours; et dient aucuns que ce fust-il qui persuadoit au pape faire la paix, et aunes dienl que non c'est; finnllement, il se partist de Rome et retourna au champ. Et ce temps pendant, le duc de Calabre oppressoit moult In chose ecclésiastique, et aussi les rebelles au royaume de Naples estoient fort oppressés, car les secours qu'ils actendoient d'ailleurs demouroient trop à venir. Parquoy le unziesme jour d'aoust, à quatre heures après soleil couché, la paix et accord fust conclue et passée entre le roy de Naples et le pape, combien que ceste heure ne me plaist pas fort '. Et incontinent que le roy de Naples entendit la conclusion de la paix avoir esté faicte, fist prendre prisonnier son secrétaire qui, comme savés, avoit esté au roy bien vingt ans, avec messire Amello Archamond, qui avoit esté ambassadeur pour le roy Ferrand, à Rome, bien l'espace de quinze ans, où il avoit gaigné un granl trésor perfas vel nefas, et messire François Coppula, des gentilhommes du siège de la porte neufve de Naples et Messire Po (Pedro?) Cathalan, qui avoit esté corsaire et patron d'une galée et maintenant estoit président in Jirtntiria que l'on dit les comptes : lesquels princes les a mis en fortes prisons, et réduict les biens d'iceulx à ses mains, desquels, comme l'on dist, en aura en argent comptant plus de quatre cent mil ducals.
Les causes pourquoy il les a prins prisonniers, sont plusieurs: la première si est qu'ils craignoienl le duc de Calabre, car il leur sem-
' Cette remarque est bico d'un astrologue passionne; l'archevêque de Vienne en mérita la réputation. J.-J. C.-F.
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bloit qu'il les raenaçoit, el cy advisèrent les seigneurs du royaume que si ils ne se gardoieut , que le roy les feroit prendre et bouter en prison l'ung après l'autre, et qu'il devoil commencer au conte de Moulorio, ainsi qu'il a esté fait. L'autre cause si est, comme l'on dit, que ceulx icy continuellement escrivoyent au pape qu'il ne fist point paix avec le. roy Ferrand, car le roy de Naples estoit si dénué d'argent qu'il n'eu povoit plus, et ne se povoil plus soutenir la guerre, el beaucop d'autres choses que pour maintenant je ne raconte point. Enlreiant, le sieur Roberto, capitaine du pape, envoya un sien secrétaire devers monsieur de Lorraine, qu'il rencontra à Montargis, avec lectres de crédence, et après beaucop de vaynes promesses, dist ledit secrétaire à mondit sieur de Lorraine, de par sondit maistre, que hardiement povoit aller ledit duc de Lorraine à Rome, et combien que la paix fusl faicte, que sondit maistre sieur Roberto luy promettoit le mectre dans le royanme de Naples, lequel il aurait en peu de temps. Or donques, comme dessus ay dit , què ledit sieur Roberto alla à Rome et qu'il demoura huit jours, s'il traicta la paix ou la guerre, on laisse le jugement aux sages.
Monsieur le cardinal d'Angiers a escript, depuis, que la paix a esté acceptée du pape par faillie de bons capitaines, et que si monsieur de Lorraine y alloit, que encores fairoit-il quelque chose; et à monsieur le cardinal Sa/icti Pétri ad vincula, qui estoit , ces jours devant passés, venu à Gihezimes pour solliciter monsieur le duc de Lorraine et les Génevoys contre le roy Ferrand , on luy a retenu la charge, pour son honneur, de aller légat au royaume pour appointer les seigneurs du royaume avec le Roy : si il le voudra accepter ou non, je ne sçay.
Il me semble que vostre seigneurie, s'il vous plaist , devrait escripre au roy de Naples, au duc de Calabre et au prince, ou à l'ung d'eulx, en les conjoyssans de la paix et victoire par eulx eue et ensuivie, et vous prye que leur escripvés comment je suis leur bon et loyal serviteur, et autres choses que vous sembleront à escripre, me recommandant toujours à vous, à madamoy selle votre femme et benetiico Jamiîiœ vestrtr, et si leur voulez escripre me pourez envoyer les lettres, car je les enverray seurement, aydant notre Seigneur, qui vous ayt en sa garde. Escript à Paris, le buitiesme de septembre i486.
3ao DOCUMENTS HISTORIQUES INÉDITS.
Dei echief vous prie que s'il ne vous plaisoit d'escripre aux aultres, que au moyns veuillez escripre à monsieur le Prince, car j'ay messaige pour envoyer les letlres si me les envoyez.
Signé: Totus vester: Angélus Cato,
Architpiicoptu et ccmei rieane.
4u dos y a : Mou très cher seigneur monsieur de Langhac de Lamothe
' Celle lettre a etc insérée dans VMstoirr de Charles VIII , d'où elle a passé dans les Preuve* des Mémoires de Coromyne», nouvellement, soigneusement et
complètement édités par M"" Dupont (t. III, p. 355 -36o); mais notre copie, peut-être plus ancienne , nous a parn meilleure en plusieurs passages. J.-J. C.-F.