‹ Documents historiques inédits tirés des collections manuscrites de la Bibliothèque royal et des Archives ou des Bibliothèques des départementsChapitre 50 sur 165 · SIECLE · texte numérisé non relu

SIECLE

(Communiqués par M. de Ltrovs, baron de Mellicoq, correspondant du comité, à Douvrin • .;

Les opulentes et luxueuses villes de Flandre n'étaient pas les seules qui, au moyen âge, avaient des confréries, des joutes, des tournois. Béthune, à cet égard, s'était montrée leur digne rivale. Pour s'en convaincre il suffit de compulser ses précieuses annales.

C'était, surtout, le prince de jeunesse qui avait droit à ses faveurs, et envers lequel elle se montrait toujours d'une générosité inépuisable.

' Ces extraits, classés dans l'ordre chronologique, et où sont insérés textuellement les passages essentiels des documents originaux, nous paraissent avoir l'avantage de réunir beaucoup de faits dans un court espace. Le sujet de ces extraits est

d'ailleurs fort en vogue aujourd'hui, et se rattache directement aux savantes et soigneuses recherchos de M. Ch. Magnin, sur les origines et les progrès du théâtre moderne.

TEXTE DES DOCUMENTS. 3a i

Chaque année, l'argentier remémore les riches cadeaux, les quasoes de vin, qui étaient offerts à ce prince, soit à son retour d'Airas , où il avait assisté aux joyeusetés du gras dimanche 1 ; soit lorsqu'il célébrait sa fêle , à laquelle venaient prendre part le roi des sots, les princes d'amour, de jeunesse, des tars-saiges, de Saint-Jacques et le duc du Lacq de Lille; ceux d'Amour », du Puy, du Glay, de Malespargne, de Jeunesse3, des Faims, des Lours, des Soudans, de l'Estrille, de Tournai, d'Arras, de Saint-Omer 4, de la Bassée, d'Aire, de Saint-Pot 5 (à Béthune même, les princes de Saucrois, de Larrière, des Lours, des Gaians de Saint-Py, de l'Estrile, de Plaisance, de Folie, de Saint-Jacques); les abbés de Liesse d'Arras6, des mariés de Péronne, des faims de la Bassée, des Pau-prouffitans ou de Mal-espargne 7, de Sens-Légier 8, de Saint-Bétremieu , des sots de Saint-Vaast », de rousse-amule de Béthune; des innocens de Lillers : sans oublier Mardy, lieutenant volant de la ville de Lille , Boin-Espoir et son compaignon Moullequinier d'Arras, le capitaine Pignon et les carbonniers de Douai , le capitaine des piedz-desaulx (deschaus?) de Pérou ne, et, enfin, le roi des hiraulx de Calais.

A tous ces joyeux confrères force vin de courtoisie était offert.

1 A Arras , l'abbe de Liesse levait la bannière et prenait ta croche de l'abbaye de Liesteté, pour présider aux jeux , esbattemens et joyeusetez du cras dimenche.

* Ailleurs : Espoir d'Amour.

' En i5ii, on offrait à ce dernier huit quesnes de vin, alors qu'escorté de cinquante joyeux compagnons à cheval , il se rendait au princhaige à Tournai.

* En i5i6, on donna au messager du prince de Jeunesse, de Saint-Omer, une chaîne d'argent aux armes de la ville, qu'avait fournie l'orfèvre romain Rose.

(Fol. vx» xvni v.)

' La princesse de FoUe-emprinse de Lillers.

* Au xvi' siècle ; i5o4), xxv' mf m* lui étaient allouées pour subvenir aux dé-

penses occasionnées par les voyages que lui, ceux de sa bande et des autres principautés, avaient faits à Douai et à Cambrai. Lorsque les principautés de Douai, Cambrai, Lille, Béthune, Saint-Pol, se rendaient à An-as, ces frais s'élevaient à xiviii'iinvi*. (Arch. d'Arras, fol. xliiiv*xu ui r. et v*.)

' Qui sont les porteurs au sac.

* Ailleurs: Saint-Légier; i535. Le jour Saint-Légier, six cannes de vin à sire A ndrieu Pâmer, abbé dudit jour, assisté de plusieurs notables chanoines et vicaires de Saint-Bétremieu.

* En parlant de ces deux derniers abbés, on ajoute : Qui sont ceux de Saint-Bétremieu et de Saint -Waast de Béthune.

3aa DOCUMENTS HISTORIQUES INÉDITS.

Le prince de jeunesse revenait-il du princhaige de Lille, aussitôt les Gavant, les fourniers, les Genius. I .arrière, les Lours *, les compagnons de Beuvry, de Dovrin , le prince de Larrière de Waudricourt, d'aller en grande pompe à sa rencontre.

D'ordinaire, sa cotte d'armes, de taffetas et de talich bleus, était ornée de franges de saiette. Telle était celle qu'en i5i6 avait confectionnée Berlin de Habarcq, couturier.

Sur l'étendard garni de bnugran rouge, Nicolas de Bennes avait représenté l'imaige d'un prinche à cheval, les armes du roy très-catholique et de la ville. Ces dernières, il les avait peintes aussi sur la cotte d'armes.

Le jour de la féte de jeunesse », on suspendait à l'entrée de la halle un drap rouge de xxi aunes, sur lequel on remarquait cinq écus de drap blanc aux armes de la ville.

Les registres mentionnent les crampons, les clous d'huis, ainsi que les annelets de léton à ce nécessaires.

L'estrade que l'on y érigeait était destinée à recevoir les tables du princhaige.

Au refus du prince, celui de Larrière se voyait forcé de le remplacer, puisqu'en i5oo, ce dernier se rendait à Arras 3, « escorté de vingt compaignons à cheval, tous habiiiez de robbes blanches et aultres habillemens de parure. »

En 1 309, cette joyeuse société allait célébrer à Douai le jour de nouvel an.

Dès les premières années du xv* siècle , les jeux de perso nnaiges vinrent encore accroître la pompe des réjouissances par lesquelles les villes s'associaient aux joies et aux succès de la puissante maison de Bourgogne.

En i4*3, l'argeutier porte en compte les vi lots de vin offerts à

1 Qui sont les bouchers. dres, cinq escuelles, une xn*de trinchotrs,

' i53g. Délivré au prince trois escru- six tailloirs et sept louches de pot, sont

mêlé*, de xvi4; une xu" de double» trin- nu* m*.

rhoirs, de xn*; deux doubles louches.de 1 A la féte de l'abbé de Liesse, xu*; délivré au prince, le jour des Cen-

TEXTE DES DOCUMENTS. 3a3

maistre Baude de Laustais messire Raoul Fi lier, chanoine de Saint- Bétremieu, Henry d'Obbessencq , Aubelin Hacquebart, et pluiseurs autres joueurs de personnàiges, qui avaient remporté en la ville un notable pris d'argent , que on avoil donné à Wavrin J à juer de personnages, le xve jour de juin.

En 1439, maistre Anthoine Haneron, estudiant en l'Université de Louvain , recevait trois lots de vin , en faveur de ce que nagaires, pour l'amour et honneur de Béthune, dont il est, «il avoit visité et fait visiter par pluisseurs notables clercs estudians ausdites escolles, certains jeu de personnages, que les compaignons jueursde pluisseurs bonnes villes avoient joué audit lieu de Béthune, à l'instance de gaignier les pris. »

C'était surtout lois des entrées du souverain que les villes cherchaient à se surpasser les unes les autres.

A celle du comte de Charolais à Béthune (i456), toutes les façades des maisons , depuis la porte du Carnier jusqu'aux Frères mineurs , étaient couvertes de riches tentures 3 qu'avaient ornées de lacs Augnès le brouderesse et Marie, femme de Jehan le Wedeur.

Pour récréer le prince et sa cour, les vicaires de Saint-Barthélemi , les habitans du marché et du rivage avaient représenté durant plusieurs jours, les mystères < qu'jls avaient été chercher à Cambrai, à Anas et ailleurs.

La même année, la naissance de la fille du comte était solennisée par ceux des rues de Notre-Dame, de Saint -Vaast , de Sainl-Pry, du rivage, du marché et les vicaires qui, à l'envi les uns des autres, « faisoient jus, allumées et belle compaignie , alors que les clercs de Saintpies villages de la Flandre accordaient de riches prix aux joueurs de personnage* jugés les plus habiles.

J En i485, on achetoitdeox pavillons, dont l'ung cstoit tout noeuf, contenant iceulx deux pavillons m* xxn aunes àe cancvach, au prix de dix deniers l'anne. 4 Pluisseurs jus.

' En i4'i8, Baude de Laustais, canoine

recevait xit* de messieurs, pour avoir translatté de latin en franchois certaines «teriptures et mémoires touchant madame la comtesse de Namur, dame de ladite ville, et mesdames soeurs, contre . Jehan Bordaine.

' Wavrin, près Lille. Ainsi, les sim-

3a4 DOCUMENTS HISTORIQUES INÉDITS

Barthélemi, placés sur un hourd, où la plus belle femme de la ville

faisoit le personnage d'accouchée, cantoient canchons ». »

Trois ans après (a août i45<)X le chevaucheur du duc de Boulogne venait annoncer à la cité la naissance du fils du Dauphin , pour lors retiré à Geneppes en Brabant.

Sûrs de se rendre agréables à leur très redoublé seigneur, les officiers municipaux, non contens de se montrer magnifiques envers le chevaucheur, auquel ils offraient une riddre de xxvi', ordonnaient que «jus de rétoricque a » eussent lieu sur des hourds.

Toujours généreux , ils allouaient «à ceux de l'église Saint-Bétremieu xvr, pour le plus belle compaignie; xx' pour avoir jué de rétorique et fait alumée; — xxxn* à ceux du marché;» — pareille somme à ceux des rues du Carnier et du rivage3 ; — xvi" à Tassart de Bellesaises de la rue du Carnier, « pour le meilleur dittée ; » — xxxvi' à ceux de la rue de Saint-Pry, tandis qu'ils gratifiaient de la même somme les joueurs de la rue Notre-Dame, qui avaient fait « le plus belle alumée, » ainsi que belle compaignie, et avaient jué jeux de personnaiges.

Aux frères de Saint-Franchois qui, par seigne, avaient joué aucunes mi stères, en passant et repassant la pourchession , ils accordaient

Page 1