‹ Documents historiques inédits tirés des collections manuscrites de la Bibliothèque royal et des Archives ou des Bibliothèques des départementsChapitre 95 sur 165 · N° XXXV · texte numérisé non relu

N° XXXV

LETTRE DE 7. SLEIDAN kV ROI DE NAVARRE , RELATIVE A SA MISSION A FRANCFORT, POUR LES AFFAIRES DES PROTESTANTS DE FRANCE.

(D'après l'original.)

la mars i546.

Sire, le vingt et sixiesmc jour de janvier, nous vinsmes en ceste ville de nostre voyage, et après avoir faict la relation devant le sénat de ceste ville, nous partismes bien tosl après et vinsmes à Francfort, le troisième jour de febvrier sur le soir, et après souper le Lantgraff nous donna audience, et y estoit présent messire Jacques Sturie, et fusmes avec luy environ trois heures. La relation fut faicte par le docteur Bruno, bien fidellement et à la bonne foy, sans rien dissimuler; et le lendemain fut faict autant publiquement devant les ambassadeurs des Estatz protestans. Sur quoy ilz feirent incontinent dépescber une lettre à vous, sire, en vous remerciant du bon vouloir envers eulx , que leur avoit esté par nous déclairé. Et pour ce que suis serviteur de toute la ligue, la charge me fut donnée de coucher ladite lettre. Cecy faict, je m'en allois incontinent au pays pour donner ordre à mes affaires, à cause de mes nopces qui seront icy lundy prochain. Mon retour du pays en ceste ville fut le neufviesme jour de ce moys, et sitost que j'estois arrivé , je trouvay de bien pauvres et mauvaises nouvelles en mon endroict; c'est assavoir, qu'on vous avoit faict rapport de moys, comme si j avois faict en public et en particulier faulse relation de vous, Sire, et du traicté, auxquel avions esté

commis, ainsi que j'ay peu veoir par la lettre de monseigneur le cardinal du Bellay. Sire, de paour de vous ennuyer par trop longue lettre, je respondray en peu de parollcs. Ce m'est une fascherie bien grande, que ne peus sçavoir les a util eu rs de ceste calomnie. Mais autant y a, combien que je soye serviteur advoué de toute la ligue des protestants, et citoyen de ceste ville, ce nonobstant, je suis résolu et prest, quand bon vous semblera, de me transporter par devers vous, sire, et respondre face à face auxdits rapporteurs quelz que soient, et là où je ne seray trouvé tout entièrement innocent de ce qu'il* m'ont voulu mectre sus , je suis content que faciez de raoy tout ainsi comme pourriez faire de vos propres subjeetz estans trouvés coupables en tel cas.

Je ne seau rois dire autre chose, et la grande angoisse du cueur où je me trouve, ensemble le tort qu'on me fait, m'empeschent d'escrire plus amplement. Le Lantgraff mesme, messire Jacques Sturin , le viecancelier de Saxen et les gens du duc de Wurtemberg en peuvent tesmoigner de ce que je leur ay dit en privé et particulier. Car publiquement, il n'y a eu que le docteur Bruno qui ayt parlé, comme dit est. Au surplus, je vous supplie me faire ce bien que je puisse avoir réparation de mon honneur contre ceulx qui l'ont voulu blesser par ung si faulx et meschant rapport. Car je me gouverneray tousjours de sorte que ceulx qui m'ont recommandé à vous, ne sçauroient estre aucunement blasmés, sinon par envie. Ce me seroit ung grand reconfort si, par ce présent porteur, je pou vois avoir quelque cognoissance de vostre vouloir, et sur ce prieray le créateur, après m'avoir trèshumblement (recommandé?) en vostre grâce, sire, de vous donner longue et heureuse vie. De Strasbourg, ce jeudy le xne jour de may, l'an i546.

Vostre très-humble et très-obéissant serviteur.

Signé : Joah Sleidanus.

/,8a DOCUMENTS HISTORIQUES INÉDITS.

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