IX* PARTIS
26 Maintenant vous ouïrez les grandes souffrancct Que lut fit le tyran,
Le perfide , tant il fot cruel î Les jeux de la tète il lui fit crever. Quand ce fiit fut, il le fit enfermer; Nul homme ne sut ce qu'il était devenu.
27 n lui fit couper les deux lèvres
Et aussi la langue qu'il avait à la tète;
Cum si Faut toth vitupérât , Dist Evvruins, qui tan fiid miels :
<c Hor a pordud do m Deu parlier, « Ja non podra mais Deu laudier. »
A terra ioth, mult fo ailliez, Non oct ob se cui en càl sist , Super li piea ne pot 1 ester ; Qui toz Tosat il condemnets; Or'a perdud don Deu parlier^ Ja non podra mais Deu laudier.
Se cil non at Uingu'à parlier Deus exaudis lis sos pensaerz , Et si el non a d^ols carnielz En corps 9 los at-el spiritiels; Et si en corps a grand lorment , L'amma n'auvra consolament.
Guenes oth num cui 1 comandat La jus en castres l'enmenat, Et en Fescant in ciel monstier lUo reclusdrent S. L[ethgier].
Domine Deus in ciel flaiel Visitel Letghier son servu.
La labia li restaurât.
Si cuni desanz Deu pues laudier.
Lorsqu'il VeUt àinii tout mutilé,
HébfoiD , qui fot si nécbaiit , dit :
« A présent il a perdu le BM^en deme parler de Dieu,
- n De pourra janais louer Dieu. »
28 A terre il glt, il fut fort afiBigié, 30 Il n*eut avec hii rien mar quoi il a*assit «
n ne put restar sur ses pieds ;
<^i Tavait osé hiTait condamné :
A présent, il a penlu le moyen de parler de Dieu,
Il ne pourra jamais louer Dieu.
29 S*il n*a point de langue pour parler 31 Dieu exauce ses pensées ,
Et s*il n'a pas d'yeun cliamels
En son corps, il les a spiritueb ;
Et s'il a. en son corps de grands tourments
L'âme en aura consolation.
Guenes a nom celui à qui il commanda Qu^il l'emmenât là bas en prison , Et i Fécamp dans ce monartère Là ils enfennék^nt saint Léger.
Le Seigneur Dieu dans ce fléau Yisita Léger son serviteur.
Les lèvres il lui rétablit , Comme auparavant il put louer Dieu«
Et hanc en aut merci si grand Parlier lo fist si cum desans.
Donc près S. Letbgiers à preier, Poble ben fist credrè in Deu.
Et Evrruins , cum il Taudit, Credrer ne 1 pot antro que 1 vid; Cum il lo vid fud corroptios, Donc oct ab lui dures raizons ; El corps exastra al tirant, Peis H promest adenavant.
A grand furor à grand flaiel Si I recomandet Laudebert; Cio li rova et noit et di Miel li fiseist dontre qu'el viu.
Ciel Laudebert era buons om , Et sancs Letgbier dius à son dom :
a II mio fraire, miedra me beuvre; »
Beuvre li rova à porter ; Garda , si vid grand claritet De cel vindre , fud de par Deu ; Et sicum roors in cel es granz, Et sicum flammes clar ardaz.
Cil Laudeberz quai hora 1 vid , Tome s'als altres , s'il lor dist :
Et de plus il en eut merci si grande Qu*il le fit parler oonime auparavant.
Alors Saint Léger se mit à prier.
Bien il fit croire le peuple en Dieu.
32 Et Hâ)roin , qnand il Tappril , 34 Ne put le croire annt qu'il le vit ;
Quand il le vit il ftit oourroaoé , Et il eut avec lui de dures paroles ; Sou corps il (le saint) abandonne au tyran, Et lui promet paix comme auparavant
33 Avec grande fureur et grande rage 35 n le recommanda i Laudebert
Et lui ordonna qw mut et jour Blal lui fiMse souffirir tant qu*il vivrait. Ce Laudebert était un boonne bon.
Et saint Léger dk à son naître:
« Mon frère, donnex-asoi à boire : ** A boire il ordonna de lui apporter ; U regarde et voit une grande clarté{ Dudel venir; ce fut par onke de Dîen ; Elle est comnie une grande rongeur au del , Et éclaire eomme flamme briUante.
Ce Laudebert quand il le vit , Se tourna vers les autres et leur dil :
a Ciest omne del mult aima Deus , « Por cui tels causa viu de cieU »
Por ciels signes que vidreni tels, Deu presdrent mult à conlauder.
Tuit li omne de ciel pals Treslant apresdreut à venir, Et sancs Letghiers lis prédicat ; Domine Deus il les lucrat ; Rendet ciel fruic spiritiel Quae Deus li auret perdonat.
Et Evvruins, cum il l'audit , Credre ne I pot antro que 1 vid ; Cil biens qu'el fist si I li pesast , Occidere lo commandât.
Quatr omnes i tramist armez Que lui alessunt décoller.
li très yindrent à sancz L[ethgiers;] Tuit se giterent à sos pez; De lor pechietz que aurent faiz Il los absols et perdonet Lo quarz, un fel, nom a Vadar, Ab un inspieth lo décollât
Et cum il Taut 1 toUud lo queu, Lo corps esteva sobre Is piez ;
- Diea aime beaucoup cethoBVM»
- Pour qui telle diose irient du cieL » Pour ces miracles qa'ik virent tels, Ils se mirent à louer beaucoup Dieu.
36 Tous les hommes de oe pajs Aussitèt se prirent à tenir;
Et saint Léger leur prêcha; Au Seigneur Dieu il les gagna ; n rendit ce fruit spirituel Que Dieu lui avait accordé.
37 Et Hébroin » quand il Tapprit , Ne put le croire avant quHI ie vit ,
Ce bien qu*il fit tant lui déplut , Qu*ll ordonna de le mettre à mort.
Quatre hommes armés il y envoya Qui allassent le décoller.
38 Trob s*approohèrenl d^ saint Léger, Tous se jetèrent à ses pieds ;
De leurs péchés qu*ib avaient fiiits
U les absout et lëi pardonna.
Le quatrième, un félon, il a nom Vadart#
Avec un épieu le décolla.
39 Et quand il lui eut enlevé la tète « Le corps restait sur tes pieds;
Cio fud lonx dis que non cadit.
Lai s'aprosmat que lui firid.
Entre li talîa los pez dejus, Lo corps steva sempre sus. ,
Del corps asaz l'avez audit , Et dels flaiels que grand sustint :
L^amma reciut Domine Deus, Als alti*es sanz envai en cel.
Il nos ajud ob ciel Senior Por cui sustint tels passions!
Finit, finit, finit Ludendo Dicrr.
Ce iiit longtemps qu*il ne tomba pas.
Là s*approclia œlni qui Fa frappé.
Quoiqu'il li coupât les pieds en bas Le corps restait toujours debout.
Du corps assez vous en avei ouï.
Et des grands toormeuts qu'il supporta :
Le Seigneur Dieu reçut rame ; Avec les autres saints elle ta dans le ciel. Qu'il nous aide auprès du Seigneur Pour lequel il souffrit une telle passion !
Finit, finit, finit
En se réjouissant dit (le scribe).
P. S. La révision générale des épreuves de cette coHectioD, confiée à si Juste titre au savant et modeste M. Chabaille , m'a procuré sur ces textes romans quelques bonnes observations dont j*ai profité avec reconnaissance.