‹ Documents historiques sur la comédie française pendant le règne de S.M. lChapitre 26 sur 46 · SOUS LE REGNE · texte numérisé non relu

SOUS LE REGNE

li'EKIPEREUR TSJkTOMjiKlOiM E^.

Il est incontestable que la période qui s'est écoulée depuis le commencement de ce siècle jusqu'à la fin de l'Empire, et pendant les premières années de la Restauration, a été une grande époque pour la Comédie française; mais époque remarquable, il faut bien le dire, surtout au point de vue de l'exécution de nos chefs-d'œuvre dramatiques. Le Théâtre-Français était grand seulement par l'admirable ensemble de son personnel, composé des premiers artistes du monde; et quant à la littérature dramatique du temps, elle n'a pas jeté un bien vif éclat. Le génie de Napoléon pouvait bien reconstituer une institution grandiose; il né pouvait pas créer des poëtes, lorsque toutes les intelligences supérieures étudiaient l'art de la guerre et n'aspiraient qu'aux

supr^me^; lionneurs militaires que l'Empereur savait prodiguer.

Depuis le 31 mai 1709 , jour de l'ouverture du Théâtre par tous les comédieus français réunis, i'aucienne Comédie française commençait à exister : elle avait pris possession , comme nous T avons dit, de la salle de la rue Richelieu, embellie et restaurée ; et, en attendant de nouveaux ouvrages, les comédiens sociétaires attiraient la foule ravie d'assister à la renaissance de la Compagnie illustre qui avait traversé bien des orages pour se retrouver reconstituée sous la main puissante d'un grand homme. De 1800 à 1803, le personnel de la Comédie française se composait ainsi :

Mole, Vacteur le plus accompli, la plus grande illustration de T ancien Théâtre-Français; Monvël, reçu en 1772-, Dcgazoïi, 1772; Daziwcourt, 1778; Fleury , de la même année ; Vanhove ; Florence , 1779; Saint-Prix, 1784; Saint-Fau , de la môme année; Naudet, 1786; Larochelle, 1787; Talma, 1785; Grandménil, 1791 ; Alexandre Du val; Caumont; MicHoT, venu du théâtre des Variétés du Palais-Royal au Théâtre de la République; Baptiste Cadet, du Théâtre de la Répubhque; Damas; Baptiste aîné, qui avait fait partie du théâtre du Marais en 1791, et qui était entré au Théâtre de la République en 1793; Armand et Lafom , nouvellement reçus ;

Mesdames Lachassàigne ^ reçue en 1769; Su in, 4776; Raucourt, 1773; Louise Contât, 1777 Thénard, 1781; Devienne, 1785; Emilie Contât Vanhove, 1785, depuis M"'^Talma ; Fleury, 1791 Mezeray, de la même année ; Mars cadette (la célèbre), venue très-jeune du théâtre Montansier ; Bqur- GoiM Et VoLNAis, nouvellement admises ;

Tous sociétaires. Les pensionnaires étaient Desprez, Lacave, Dublin, Marchand ; mesdames Gros, Desrosiers, Patrat.

Le commissaire du Gouvernement était M. Mahérault, agissant sous les ordres de M. de Rémusat, préfet du palais.

Sous le règne de la Terreur, la Comédie française n'avait pas été plus épargnée que tout ce qui existait à cette époque : institution royale , elle devait périr ; propriétaire de biens meubles et immeubles, il fallait les lui confisquer, le tout pour le salut de la patrie. La Comédie française fut, par conséqueot, dépouillée de tout ce qu'elle possédait.

Il ne suffisait donc pas de réunir ces magnifiques talents dispersés par les fureurs révolutionnaires, il fallait encore rendre à la maison de Molière une partie de son ancien éclat. C'est cette pensée réparatrice qui inspirait le Premier Consul^ lorsque, le â juillet 1802, il dotait la Comédie française d'une rente annuelle de cent mille francs. Jusque-là, les rapports de la Coinédie françg^ise avec le Premier

Consul avaient été ceux de la reconnaissance, d'un côté, d'une haute sympathie de l'autre. Les comédiens sentaient que leur destinée dépendait de la protection du chef de l'État ; ils ne laissaient pas échapper une occasion de lui témoigner leur dévouement respectueux, et, le 8 octobre 1801, une députation de la Comédie avait été admise à présenter au Premier Consul des félicitations au sujet des préliminaires de la paix avec l'Angleterre : quant à Napoléon Bonaparte, l'Empire existant déjà dans sa pensée, il comprenait que la gloire du Théâtre-Français devait être une de ses gloires, que la Comédie française serait son théâtre ; et, par quelques actes d'autorité, il commençait pour ainsi dire à prendre possession. Ainsi, le 6 janvier 1802, Talma, Desprez, M""® Petit Vanhove et M"® Raucourt recevaient l'ordre de se rendre à Lyon. C'était comme un prélude des spectacles de la cour. Enfin, l'acte de dotation du 2 juillet 1802 vint consacrer des liens indissolubles. Comme ce document est un des plus importants dans l'histoire du Théâtre- Français, nous le transcrivons ici textuellement :

Paris, le i3 messidor l*an x delà République française, une et indivisible.

Ijes Consuls de la République^ sur le rapport du ministre de l'intérieur ^

Arrêtent :

Article premier. Au premier vendémiaire

prochain, rinscription au grand-livre delà dette publique, n° 14281, volume 24, somme 100,000 fr., sera transférée à la Caisse d'amortissement par le ministère de l'intérieur, et le produit en sera versé dans la caisse du Théâtre-Français.

Article 2. Au moyen dudit versement, les comédiens français acquitteront :

I ** Le loyer de leur salle ;

2® Les pensions de retraite qui seront accordées avec l'agrément du gouvernement ;

3® L'indemnité annuelle qui a été promise à quelques artistes, à l'époque de leur réunion au Théâtre de la République, et qui a été payée jusqu'à ce jour sur les fonds du ministre de l'intérieur.

Article 3. La recette journalière de la Comédie sçra employée à payer les parts et divisions ou fractions de part des comédiens, conformément à l'état qui existe aujourd'hui.

II sera pareillement pourvu , sur les mêmes fonds, au traitement de ceux qui ne sont pas reçus à part, et à toutes les autres dépenses.

Aucun comédien ne recevra, à l'avenir, ni

ÉSà

supplément 9 ni indemnité sur les fonds du ministère de l'intérieur ou de la police.

Article 4- A compter du i ^ vendémiaire an XI , le prix des loges , par quelques pei^ sonnes quelleà soient occupées, sera versé dans la caisse du théâtre.

Article 5.* Il sera soumis incessamment aux Consuls, par le ministre de l'intérieur, un règlement de police et d'administration pour tout ce qui intéresse la Comédie française.

Article 6. Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent arrêté.

Le Premier Consul,

Signé : BONAPARTE.

Pour le Premier Consul :

Le secrétaire d'État ,

Signé : Hugues B. MARET.

Pour ampliation :

Le ministre de Fintérieur,

Signé : Chaptal.

Pour ampliation :

Le commissaire du gouvernement, Signé : MaÂérauft.

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M"*^ Devienne. Une autre perte, plus sérieuse, menaçait la Comédie française ; le 24 avril, le célèbre Mole jouait son deraier rôle, celui de Dubriage du l'ieiLx Véli'hataire. Il ne devait plus remonter sur la scène (ju'îl avait illustrée par son inimitable talent depuis tant d'années. Mole mourut le 11 décembre suivant, à Tâge de 69 ans, et après 48 années de services. Cette mort produisit T effet d'un grand événement. Paris tout entier s'en énmt. Les obsèques du doyen de la Comédie française eurent lieu le 13 décembre, au milieu d'un concours immense. Mole était membre de T Institut. La Comédie française tout entière, la Comédio italienne, les artistes de rOpéra^, du Vaudeville, de Louvois, des Bouiïes italiens, une députa tion de T Institut, dans laquelle on distinguait M. Bigot de Préameneu, le général Jubié, au nom du Premier Consul, trois cents personnes de toutes les conditions, assistèrent au convoi, composé de plus de trente voitures de deuil. Le corbillard était attelé de six chevaux. Un service solennel eut lieu à Saint-Sulpice , et le curé de cette église y prononça le panégyrique de Mole, en s*élevant contre le préjugé (jui pèse sur la classe des comédiens. Le convoi revint ensuite au domicile du défunt, rue Corneille, pour se diriger du côté de la barrière d*Enfer, et gagner de là Antony^oùMolé avait voulu être enterré. A Antony, le corps fut encore présenté à Véglise, où il fuf rrçu par le curé et

"fois '^éi»f ^es

ki ; "oi

— Tort metlm au nombre de s^ élus dans le séjour de « rimmortali té glorieuse,

(f Pardon, Messieurs^ si je vous dérobe des moa ments si précieux au public ; mais il a fallu satis- « faire mon cœur, et combien je m'estimerais heu* <c reux si celle lettre méritait d'être consignée dans « vos archives.

«t S^fté : Ghakles ChaiskeaUj n Desservant d'ADtony, gardien du tombeau de Mole. »>

La Comédie française fit du reste noblement son devoir. Elle cootinua pendant six mois à la famille de Mole la part entière dont il jouissait, et elle vota une somme annuelle de 1200 francs pour servir, pendant cinq ans, à Téflucation de M"^ Éveline, la petite-fille de Mole.

Les pertes cruelles se succédaient aussi parmi les acteurs retirés. Le 29 janvier 1803, on annonçait la mort de la célèbre Clairon, et, le H février, celle de Colbert de BeauUeu, dit de Bellement, après 37 ans de ser\ice et 7o ans d'âge. Le 23 septembre précédent, M"'*^ Vestris avait pris sa retraite de sociétaire.

En revanche, de nouvelles réputations commençaient à naître; le 12 juillet 1802, M"^ Duchesnois avait paru pour la première fois à Versailles, dans le rôle de Phèdre ; et, le 29 novembre suivant, M"^^ Georges Weymer avait débuté par celui de ClytenineslredV//'/''^g^e'«/e en JuUde.

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termes du procès- verbal de la délibération), vote une somme de 2,500 francs pour aider à subvenir aux frais de la guerre avec l'Angleterre. Une députation, composée de Dazincourt, Larochelle et Baptiste aîné, est chargée d'être l'organe de la Comédie auprès du gouvernement.

Vers le même temps , on met sur le tapis la reprise du Mariage de Figaro. Dugazon refuse formellement déjouer le rôle de Figaro, af&rmant qu'il n'en serait jamais l'interprète au Théâtre-Français. Ne pardonnait-il pas à l'auteur d'avoir destiné ce rôle à Pré ville, et, sur le refus de Préville en raison de son âge, ne pouvait-il pas oublier que Dazincourt l'avait créé ?

Pendant l'année 1803, la Comédie française avait perdu M"* Dumesnil, décédée à l'âge de quatrevingt-dix ansj et Vanhove, mort dans la maison et dans le lit de Talma, et inhumé à Brunoi, sous un gros noyer, dans la propriété de son gendre. Talma avait épousé j Tannée précédente, M"* Petit Vanhove. Enfin , M'"" Elisabeth Gontier, veuve Drouin, était morte le 2 août, à Verrières, à l'âge de quatre-vingttrois ans.

Le 2 juin 1803, la Comédie donne à l'Opéra une représentation à'Esthery au bénéfice et pour la retraite de M"'*' Vestris. Cette représentation produit une somme de 20,000 fr. — Le 5 juin, au Théâtre- Français, une i*eprésentation de Gahrielle de Vevgy

produit un tel effet sur le public, que plusieurs personuesy hommes et femmes, se trouvent mal, et que l'on est obligé de baisser le rideau. Lafon, Damas, Lacave, Desprez, M"^' Fleury et Suin, jouaient dans cette soirée mémorable, qui fait honneur au^ impressions faciles du public d'alors. Il est vrai que ce public n'avait jamais vu Anlonjy Lucrèce Borgia et autres chefs-d'œuvre de notre temps. — Le 10 septembre, arrêté qui metM"®DuchesnoisetM"®Georges en partage pour les reines et les pçpmiers rôles. — Le 28 du même mois, ces deux célébrités rivales, qui n'avaient jusque-là joYié que la tragédie, reçoivent l'ordre de paraître dans la comédie. Voilà pour le bilan del803. Nos lecteurs remarqueront qu'au milieu de ces notes rapides nous ne parlons pas du mouvement du répertoire et des pièces nouvelles. Cet examen viendra lorsque nous aurons épuisé les questions d'administration intérieure et celles qui émanent de l'autorité.

 ce titre , nous sommes obligé de constater ici l'ordre de suspendre Guillaume le Conquérant, drame en cinq actes, en prose, d'Alexandre Duval, le lendemain de la première représentation. L'air de Rolandy au deuxième acte, avait été écrit par MéhuL

Ce n'était, du reste, qu'en étudiant le terrain pas à pas que M. de Rémusat entrait dans le vif des réglementations décisives. Il y arrive cependant le S mai 1804, par un arrêté relatif à la distri-

bution des rôles et à la confection du répertoire. De ce jour date le rétablissement de la hiérarchie et des droits acquis par Tancienneté des services rendus. L'ordre porte qu'il ne peut jamais y avoir plus de deux acteurs doubles ou en second dans une même pièce. En même temps, le comité faisait respecter ses privilèges, et nous le voyons qui proteste, de son côté, contre une représentation ^ Andmmaque^ annoncée comme devant être jouée par M"* Duchesnois à la Porte-Saint-Martin.

Une guerre réelle, implacable, une rivalité ayant de nombreux partisans dans les deux camps, et qui n'offrait d'exemple que la lutte de M^® Sainval et de M"* Vestris, s'était élevée entre M"* Geoi^es et M"^ Duchesnois. Toutes deux promues au grade de sociétaires par arrêté de M. de Rémusat, du 17 mars 1804, élevaient la même prétention à la priorité ; et si une grande beauté plaidait en faveur de M"® Georges, il est demeuré incontestable que les gens de goût et les amateurs éclairés préféraient le jeu passionné, la sensibilité et la diction de W^ Duchesnois. Il fallait cependant mettre un terme à cette guerre intestine, beaucoup plus nuisible au répertoire et au service intérieur du théâtre qu'aux plaisirs du public, qui y trouvait un aliment de curiosité. En conséquence, en vertu de la décision prise le 5 mai 1803 pour le rétablissement des droits hiérarchiques, M. de Romusat, par un nouvel arrêté

du 9 juin 1804, voulut régler la position respective des deux actrices rivales. M"^ Duchesnois eut la priorité sur le registre des sociétaires aux assemblées, où elle était la première à donner son avis, aux droits de choisir sa loge et de nommer à un poste vacant, et, comme ni l'une ni l'autre des deux concurrentes n'étaient alors chefs d'emploi, il fut décidé que M^^ Duchesnois doublerait la première les grandes princesses, et M"* Georges, la première, les rôles de reines.

— Le même jour, Lacave et M"* Desrosiers étaient nommés sociétaires.

Le 4 juin i804, la Comédie française, M. Mahérault, commissaire du gouvernement, en tête, prête, à l'Hôtel de ville, le serment prescrit par le sénatusconsulte pour l'Empire, Cet usage pour les comédiens français est tombé en désuétude, mais cela voulait dire alors que le Théâtre-Français était considéré officiellement comme une institution inhérente à l'État.

— Le 20 juin, mise à la retraite de Florence, sociétaire. — Le 3 juillet, la formule des comédiens ordinaires de t Empereur remplace sur les affiches , celle des comédiens français sociétaires. — Le 5 octobre, mort de M"* Vestris, ancienne élève de Lekain, retirée depuis deux ans, après trente ans de services , et âgée de soixante-deux ans. — Le 21 , dernière représentation de M"* Lachassaigne,

qui parait encore une fois, après trente-neuf ans de services , dans te rôte de Dorilée de Mélanide:^ et le 14 novembre, représentation de retraite et au bénéfice de Dupont; on joue Phèdre Wl théâtre de l'Im^ pératrice (Louvois) : recette 7,^00 fr:

Pendant ce temps, M. de Rémusat, nommé premier chambellan de la maison impériate, poursuivait son œuvre réglementaire. Le 3 novembre 1804, paraît une ordonnance sur les congés, en vertu de laquelle, et attendu les abus existants, il demeure interdit d'accorder plus de deux congés à la fois. Mais ce n'est là, au bout du compte, qu'un détàiK M. de Rémusat comprend qu'un règlement général est devenu indispensable, et, le' 21 novembre, il signe les dispositions suivantes : A partir de ce jour, le répertoire étant fait, les distributions proclamées, les lectures çt les répétitions fixées , les semainiers ne peuvent rien changer, sans motifs sérieux, sous peine pour eux de 50 francs d'amende. Aucun acteur ne peut annoncer la veille qu'il ne jouera pas le lendemain, à moins de 150 francs d'amende s'il a part entière. Tout chef d'emploi forcé de ne pas jouer le lendemain .doit avertir son double la veille ; l'amende comme la première. Faire manquer un spectacle équivaut à Une amende égale au produit de cette représentation. Un comédien restant deux mois et demi sans faire son service est privé pendant un an du titre et des appointements de sociétaire;

en cas .de récidiva , pendant deux ans ; la troisième fois y il est exclu de la société sans pension. Aucun comédien ne peut voter aux lectures que six ans après sa réception, à moins qu'il n'ait eu trente ans! d'âge accomplis au moment de sa réception ; mais il est admis aux lectures et reçoit son jeton. Tous les bulletins votants doivent être motivés. Tout comé^ dien sociétaire doit savoir son répertoire en entier,' et nul ne peut être reçu aux appointements sans en connaître au moins la moitié.

Il suffit de lire de pareilles dispositions pour en apprécier toute la portée, et les développements sont bien inutiles.

L'année 1805 s'inaugura par un nouvel ordre qui imposait à tous les sociétaires, sans exception, l'obligation de paraître dans les cérémonies des ouvrages de Molière, le Bourgeois gentilhomme et le Malade imaginaire: hommage rendu à l'immortel créateur de la Comédie française.

Rien de plus remarquable cette année que le début de M"® Amalric Contât (4 février), dans les rôles de Donne de Tartufe, et Lisette du Cercle; et celui de Michelot (29 mars), dans les rôles de Britannicus, dans la tragédie de ce nom, et de Dormilli des Fausses Infidélités. — \j^ 15 avril, représentation à^Esther, à l'Opéra, pour la retraite de M"® Suin, après 30 ans de services; la recette s'élève à 17,000 fr. — Le 1" juin, représentation, à l'Opéra, ^Oljmpie et des

Mœurs du temps, pour la retraite de M"* Lacbassaigne.

Le 29 avril 1806, Monvel, Dazincourt, Fleury, ^ntrPrix se rendent auprès de Si M. l'Empereur, pour lui adresser une pétition concernant les intérêts de la Comédie française. L'Empereur aimait à s'occuper lui-m^me des affaires intérieures du Théâtre-Français ; et, malgré les règlements rendus, il existait encore des abus qu'il s'agissait de réprimer. Un nouveau décret ne se fit pas attendre, et le 6 mai suivant, le premier chambellan décidait que chaque samedi le comité et deux semainiers arrêteraient le répertoire, qui serait soumis à l'assemblée générale le lundi suivant; que tout acteur refusant de jouer, sans cause légitime, serait passible d'une amende et soumis à un rapport constatant les motifs du refus, lequel rapport adressé au commissaire impérial ; — que tout acteur absent serait censé prêt à jouer, à moins de maladie ; qu'enfin les lectures auraient lieu une fois par semaine.

Le l^^ mai 1806, mise à la retraite de Naudet. — Le 1®' juillet, premier début d'Auguste Thénard, par les rôles d'Hippolyte de Phèdre et d'Auguste de [Amour et la Raison. — Le 13 août, début de Saint-Eugène, dans Polyeucte. — Le 20^ptembre, le tragédien Lafon aborde, pour la première fois, la comédie, en jouant Glitandre des Femmes sasHintes, et Détieulette de la Gageure imprévue.

Nous ne constatons ici, comme toujours, que les débuts et les faits importants.

Le 7 février 1807, représentation à l'Opéra, pour la retraite de Florence, après 30 ans de services. On y joue Bérénice et la Belle Fermière devant une recette de 22,000 fr. — Le 14, Larochelle parait , pour la première fois, dans le rôle de Saini^ermain de Y Amant bourru. — Le l**" mars, mise à la retraite de Monvel, dont la part entière, par ordre supérieur, est distribuée, ainsi que cela se pratiquait à l'ancienne Comédie française, entre Desprez, La* cave. M"* Mars et M"* Desrosiers. — ^ Le 9 avril, mort de Larochelle, après vingt-cinq ans de services , à l'âge de 57 ans. — Le 20 mai , début de Mainvielle, dans le rôle de Xipharès de Mithridate. — Le 10 juin , ordre de se rendre à Paris, expédié à Joanny et à Thénard, l'un tragédien et l'autre premier comique au grand théâtre de Lyon. C'était là un des plus anciens et des plus précieux privilèges de la Comédie française de s'approprier tous les talents partout où ils se trouvaient. Sous l'Empire, on conserva un usage qui avait force de loi, et qui contribuait à maintenir le Théâtre- Français à la hauteur de sa mission. Aujourd'hui, en 1853, on prétend que le Théâtre-Français doit rester supérieur à tous les autres, et on a supprimé ses privil^es. Qui veut la fin, cependai^t, doit vouloir aussi les moyens.

Donc, le H juillet 1807, début de Joanny, dans le rôle de Cinna, et ensuite dans Rodrigue du Cid j et Oreste &'Andromaque. — Le 7 août, mort de

j M"® Desrosiers , âgée seulement de 32 ans. — Le

i 3 novembre, début de Thénard aîné, dans le rôle

I de Pasquin dû Dissipateur j et ensuite dans les rôles

f de Desmazures de' la Fausse Agnès j de Cliton du

[ Menteur J et de Pasquin des Jeux de P Amour.

I C'est à Fontainebleau, le l^'^ novembre 1807, que

f l'Empereur Napoléon signe le décret sur la surin-

I iendance des théâtres impériaux. M. de Rémusa t est

\ nommé surintendant général avec pleins pouvoirs

> administratifs sur les sociétaires du Théâtre-Fran-

l çais, du Théâtre-Feydeau et du Théâtre de Tlmpé-

ratrice. L'Académie impériale de musique obéit à [ une autre juridiction. M. de Rémusa t préside à

I toutes les admissions, aux règlements des pensions,

[ aux retraites, à l'obtention des gratifications, à la

rédaction deâ répertoires, à la fixation des budgets, aux transactions, aux permissions de congé. C'est le pouvoir central et souverain allié au respect de tous les droits.

Le même jour, l'Empereur arrête la suppression, au Théâtre-Français, de tous les billets gratis et de toutes les entrées de faveur. Chaque sociétaire a deux grandes entrées et trois places dites de parents ; chaque pensionnaire n'a droit qu'à une place. — La liste des entrées est soumise à l'approbation du

surintendant. — Les auteurs, pour les six premières représentations de leurs pièces seulement, ne peuvent obtenir que trente places pour un ouvrage en quatre et cinq actes, vingt places pour trois et deux actes, quinze places pour un acte. — Chaque débutant n'a que douze places à sa disposition.

On voit qu'à mesure que les années s'écoulent, l'ordre se fait. Du reste, on conviendra qu'avec un pareil système, et les claqueurs n'existant pas (il n'y avait pas de claque organisée à cette époque), les succès et les chutes avaient au moins le cachet de la vérité.

Bien que ce soit peut-être un hors-d' œuvre dans le travail qui lious occupe, nous ne pouvons résister au plaisir de mentionner ici une décision du comité des sociétaires prise vers le même temps. Il s'agit du chansonnier Laujon, très-âgé alors, et qui apportait constamment une pièce nouvelle pour la lecture. Par égard pour les 82 ans dé Laujon, et reconnaissant qu'un refus pouvait lui être funeste, le comité décida qu'on simulerait la réception des élucubrations du vieux poëte, en ayant soin de constater que ses héritiers ou ayants cause ne pourraient jamais en poursuivre la- représentation. Il y a dans cet acte si simple une délicatesse touchante qui plaît.

Le 17 février 1808, début de M"* Rose Dupuis dans le rôle 4'Androraaque et celui d'Isabelle de

y École des Marisy ensuite dans le rôle d'Iphigénie et celui d'Agathe des Folies amoiueuses. — Le 30 juillet, début de M"® Emilie Leverd, dans le rôle de Célimène et celui de Roxelane' des Trois Sultanes. — Le 31, dernière représentation dans laquelle Dazincourt ait paru, à cause de sa santé. Il joue le rôle de Fabrice de V Assemblée de famille^ et Figaro, du Barbier. — Le 19 septembre, départ pour Erfurt. Dazincourt était à la tête des comédiens, en qualité d'ordonnateur des spectacles de la cour, et c'est lui qui fit construire eu quelques jours un théâtre digne de recevoir tous les souverains réunis. A l'occasion de ces représentations splendides , les comédiens français reçurent des gratifications dignes de l'Empereur et Roi ; Talma , pour sa part , eut 10,000 francs, et M"® Rose Dupuis, qui n'avait joué qu'une fois, 3,000 francs. Encore n'obtint-elle de jouer Palmyre de Mahomet que sur l'ordre de M. de Rénmsat, M"^ Bourgoin étant chef d'emploi et s'y opposant. Inutile de faire entrer en ligne de compte les cadeaux que tous les artistes reçurent des autres souverains. — Le 10 octobre, début de Devigny dans le rôle de Lisimon du Glorieux^ et, plus tard, dans les rôles de Francaleu de la Métwmanie^ de M. Rémy des Fausses (hnfidences^ de Géronte du Bourru bienfaisant.

C'est dans le cours de cette même année 1808 que M"^ Georges , au mépris de ses engagements ,

crut devoir partir pour ia Russie, laissant la Comédie française dans l'embarras à la quatrième représentation A'ÂrUi.rerce de M. Delrieu. Le 13 mai, M**® Georges est condamnée à une amende de 3,000 francs; le 30, sa part est mise en séquestre; le 17 juin, l'artiste transfuge est rayée du tableau des sociétaires, en perdant tout droit à la pension.

Le 7 janvier 1809, translation des archives de la Comédie dans le bâtiment même du Théâtre-Français. Où étaient auparavant ces documents précieux , et combien de pièces inappréciables n'avaient-elles pas été perdues ou soustraites? et qu'on s'étonne après cela que l'écriture de Molière, nous ne disons pas sa signature, soit introuvable?

Le 6 mars, représentation de retraite de M"® Louise Contât. {Voir, pour les détails, la nomenclature des spectacles de la cour,) — Le 28, mort de Dazincourt, après trente-trois ans de services. — 1®' avril, réception de M"* Leverd comme sociétaire. Le 24, Dugazon joue pour la dernière fois le rôle de Figaro du Barbier de SeVille. — M"® Bourgoin obtient un congé d'un an pour se rendre à Saint-Pétersbourg, laps de temps pendant lequel le payement de sa part est suspendu. — l**" mai, représentation de retraite de M"* Fleury, a{H*ès vingt ans dé services ; on reprend le Comte de fVarwick et les Deux Pages; la recette s'élève à 8,500 livres. — Le 11 octobre, mort de Gourgaud, dit Dugazon, à l'âge de

66 atis et après trente-neuf ans de sociétariat. — Le 27 novembre, le roi de Saxe et le roi de Westphalie viennent voir Athalie et le Legs. — Le 6 décembre, \ Enthousiaste^ comédie en cinq actes, en vers, fait une chute complète en présence des rois de Hollande, de Wurtemberg , de Naples et de Westphalie.

Le 14 mai 1810, début de M"* Dupont dans les rôles de Finette du Dissipateur ^ et de Lisette des Folies amoureuses.

Le 9 juillet, début de M"® Demerson dans les rôles de Nérine du Joueur ^ et de Toinette du Malade imaginaire. :— Le 7 août, ordre de jouer toutes les pièces mentionnées au rapport du jury pour les prix décennaux. — Le l®"" octobre, réception de Thénard aîné comme sociétaire. — Le 17 janvier 1811, début de Dumilâtre par le rôle d'Achille Xlphigénie. — Le 7 mars. M"® Dupont s'essaye dans la tragédie, mais n'y réussit pas. — Le 25 mars, mort de Caumont, ancien sociétaire, à l'âge de 62 ans. — 1 **■ avril, retraite de Grandménil et de M™* Talma. Réception de Devigny comme sociétaire. — Le 28 mai, début de Cartigny dans le rôle d'Hector du Joueur y et celui de Labranche de Crispin rival. — Le 24 juin, représentation de retraite de Monvel, après trente ans de services; on joue Esther par Talma, et les Deux Gendres par Fleury; la recette est de 10,000 francs. — 27 juin, début de Baudrier

dans le rôle de Francaleu de la Mélroniame. — Le 3 juillet, début de Firmin dans le rôle de Séide de Mahomeiy et celui de Dormilli des Fausses Infidé^ lités. — \^^ octobre, réception de Michelot comme sociétaire. — Le 13 février 1812, mort de Boutet- Monvel à l'âge de 67 ans; une députation de douze membres de T Institut assiste à son convoi. — Le 15 avril , représentation au bénéfice de la veuve Dugazon. On reprend Œdipe chez Admèle et les 7>t;/.v Sultanes^ jouées» par Talma, Lafon, Baptiste cadet, M^^'Bourgoin, Rose Dupuiset Brancbu, de l'Opéra. La recette se monte à 20,000 fr. — Le l®*" juin, réception de M"^ Rose Dupuis comme sociétaire. — Le 18 août, début de Desmousseaux dans le rôle de Tancrède, et le lendemain dans celui de Rodrigue du Cid. Le 9 septembre , début de M"® Régnier dans Hermione dH Andromaque^ et ensuite dans Camille A' Horace.

Fmissons Tannée 1812. Le 11 novembre, représentation au bénéfice delà veuve Caumont. On joue le Misanthrope et la Jeunesse de Henri V. La recette n'est que de 5,200 francs. Caumont, dont nous avons enregistré le décès , s'était retiré avec de graves infirmités sans avoir fait son temps, mais il était fort estimé.

Arrêtons-nous un moment. En cette année, si funeste pour la France, l'empereur Napoléon était en Russie, luttant avec son génie contre tous les élé-

ments, la neige, la glacé et le feu. C*est de Moscou, en octobre 1812, qu'est daté T impérissable décret ayant force de loi, et qui est venu constituer d'une manière définitive la grande institution de la Comédie française. Quoi qu'on ait pu faire, le décret de Moscou est resté debout comme un monument de granit. On a modifié quelques-unes de ses parties , on en renouvellera d'autres ; mais l'esprit de cette charte unique restera la base de toutes les réglementations à venir. Toutes les ordonnances promulguées depuis lors sont venues se greffer sur le décret impérial, qui ne périra pas. Nous l'avons détaché pour lui donner, dans ce volume, la place d'honneur qui lui convient.

Le décret de Moscou n'est que le complément, la consécration, inscrits «u Bulletin des Lois, de toutes les dispositions adoptées depuis 1802.

Aussi, le 28 janvier 1813, la Comédie française, qui ne pouvait pas méconnaître les liens de reconnaissance qui l'unissaient à la fortune et à la destinée de l'Empereur, et jalouse de signaler son dévouement à son souverain et à la France, délibérait-elle, approuvaitrcUe, en assemblée générale, le don de trois chevaux pour le service des armées.

Le 6 février, M. Bernard est nommé commissaire impérial, 'en remplacement de M. Mahérault, appelé à d'autres fonctions.

Les succès obtenus par M"^ Emilie Leverd avaient

été si grands, que la lutte de M"* Duchesnois et de M"^ Georges menaçait de se renouveler avec M"^ Mars , rivalité que , malgré tout le talent de M"^ Leverd, rien ne semblait justifier. Par un arrêté en date du 20 février , on s'empressa de remettre chacun à sa place , et M"^ Mars fut laissée en possession de remploi en chef des grandes coquettes, des premiers rôles et des premières amoureuses de la Comédie, M"* Leverd venant en double immédiatement après.

Le 9 mars 1813, mort de M"** Louise Contât, devenue M™*' Pamy. Elle était âgée de 53 ans et avait vingt-sept ans de services. La fin de cette artiste célèbre ne fut qu'une longue suite de souffrances et une cruelle agonie. — Le 1*' avril, mise à la retraite de M"* Devienne , après vingt-sept années de services ; le même jour, réception de M'** Demerson comme sociétaire.

Le 12 juin 1813, départ pour Dresde de la plus grande partie du personnel de la Comédie française. A Dresde, les magnificences d'Erfurt se renouvelèrent, et la magnificence de l'Empereur se surpassa. Fleury et M"® Mars eurent chacun une gratification de dix mille francs, et Talma de huit mille francs, la comédie ayant eu le pas sur la tragédie, cette fois-là.

Le 18 septembre, début de M"** Louise Thénard, dans le rôle de Dorine du Tartufe^ et celui de Lisetle du Jeu de V Amour et du Hasard.

M"** Georges, depuis longtemps, était revenue de son expédition. en Russie. Elle avait repris possession de son emploi, qu'il fallut encore réglementer. Le 26 octobre 1813, on arrêta que les premiers rôles tragiques seraient tenus en chef par M"® Duchesnois, M"® Georges les doublant, et que M"® Georges serait, pour les reines, le double de M"® Raucourt, sauf les rôles de ce genre déjà joués par M"* Duchesnois. •

Ici, notre plume s'arrête en présence des événements politiques , n'enregistrant que quelques notes rapides sur le Théâtre-Français du temps de l'Empire; l'année 1814 rentre dans le cadre d'une histoire générale, que nous n'avons pas la prétention d'écrire pour le moment.

Le 20 mars 1815, l'Empereur faisait sa rentrée dans Paris, entre huit et neuf heures du soir. Ce soir là on jouait au Théâtre-Français Y École des femmes et Y Esprit de contradiction. Deux cent vingt-cinq francs de recette, que l'on parvint à réaliser, sont encore un chiffre énorme, eu égard à l'anxiété générale assistant à la marche triomphale de Napoléon. Le 27 mars (l'Empereur ne perdait pas de temps), M. le duc de Montesquiou était nommé surintendant des théâtres impériaux et M. Bernard confirmé dans son poste de commissaire impérial près le Théâtre- Français. Le 21 avril, l'Empereur assiste au spectacle ; il vient voir Hector et le Legs. — Le H mai, Monrose commence ses débuts. Il joue successivement

Mascarilleder^/our^^'^ Pasquin du Dissyjaieur,Dubois des Fausses ConfidenceSyVa^uin de \ Homme à bonnes fortunes^ l'Olive du Grondeur^ Scapin des Fourberies j Sganarelle du Festin de Pierre , Desmazures de la Fausse Agnès , le Mariage de Figaro, elc. — Le 5 juin, M^^* Mars aînée débute par les rôles d'Orphise de la Coquette corrigée, et d'Aramînte du Cercle ^ et c'est là le dernier fait que nous aurons désonnais à constater.

L'ennemi était à nos portes, la France en deuil ^ l'Empereur succombait malgré une défense héroïque, plus grand qu'il ne l'avait jamais été. Paris était dans la consternation ; le 22 juin, le Théâtre-Français réalisait 65 fr. de recette; le 23, 132 fr. ; le 26, 94 fr. ; le 27, 165 fr. Le 28 juin, il faisait relâche : les alliés entraient dans la capitale, tout était consommé.

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