Fin du procès des Deux Gendres, par Hoffmann
En est-ce assez? et tout cela dans la seule année de 1812, au moment des plus grandes préoccupations politiques. Au bout du comple, c'était encore mieux que Tindifférence littéraire dont nous jouissons.
19 avril lg|S. ^ iVtft«5 //, tragédie en cinq actes, de Brifaut.
— Pemi-sttccès.
22 septembre 1813. — La Nièce supposée, comédie en prose, de
Planaid. — Succès.
17 mars 1814, — La Rançon f&? Duguesclin, tragédie en cinq
actes, d'Amault. — Une représentation.
26 avril 1815. — Racine et Cavoie, comédie d'Etienne. — Une
r^ésentation pendant les Cent Joubs.
Total, 75 pièces nouvelles dans l'espace d'une douzaine d'années, et dont un très-petit nombre, parmi celles qui ont réussi, pourraient être reprises honorablement. Trois ou quatre seulement sont restées au répertoire courant.
La Comédie française , que l'ère impériale fit si grande, était donc surtout un théâtre d'exécution. Mais quelle exécution ! Quelle perfection dans l'interprétation de nos chefs-d'œuvre impérissables. On peut dire que jamais le répertoire du premier, du second et du troisième ordre n'a été mieux représenté. La Comédie française possédait une réunion incomparable de talents illustres; mais Napoléon pensait à Tavenir, et, dès le 3 mars 1806, il créait, au Conservatoire de musique, une classe de déclamation en désignant comme professeurs Dugazon, Monvel, Fleury, Dazincourt, Talma et Lafon.
Ce n'était donc pas essentiellement les'pièces nouvelles qui attiraient la foule au Théâtre-Français; c'étaient Molière , Corneille , Racine , Marivaux , Regnard, Destouches, Beaumarchais et tous nos maîtres interprétés par Fleury, Saint-Prix, Saint-
Fal, Talma/Michot, 1^ deux Baptiste, Damas, Armand, Lafon, Thénard, Devigny , Michelot ; M"**Raucourt, Thénard, Contât, Mézeray, Desbrosses, Mars, Bourgoin, Volnais, Duchesnois, Leverd, Dupuis, Demerson, etc.; ce qui n'empêchait pas les pièces nouvelles de concourir à la prospérité générale. Bonnes ou mauvaises, elles piquaient la curiosité, il fallait les connaître et les juger. On ne remplissait pas alors la salle d'un public ami, et les premières représentations étaient très-fructueuses. La Mort de Henri IV di fait le premier jour 5,608 fr.; le Tyran domestique j 3,825 fr.; les Templiers, 5,075 fr.; et les vingt premières représentations de cet ouvrage 74,074 fr. ; les Deux Gendre.^, 4,116 fr.; et les vingt premières représentations 77,229 fr. Il est vrai que, lorsqu'une pièce tombait, on ne persistait pas à la jouer en l'absence du public, et en dépit de la recette, on passait à une autre nouveauté, ou l'on revenait à l'ancien répertoire immédiatement.
En 1804, année du couronnement, le Théâtre- Français a encaissé 559,671 fr., dont 111,494 fr. de location. — En 1808, 666,798 fr., dont 120,329 francs de location. — En 1810, 781,800 fr., dont 133,152 fr. de location. En général, la moyenne de chaque année était de 5 à 600,000 fr.
Les auteurs modernes recevaient en moyenne 40,000 fr. par an. Le droit des pauvres était du onzième de la recette brute. Les artistes sociétaires^
n'avaient pas tous droit à la part entière : ils étaient classés par catégories de part, trois quarts de part, une demi-part et un quart de part. Les pensionnaires peu rétribués ne grevaient pas le budget ; cinq ou six suffisaient dans des emplois subalternes. Pour rester au Théâtre-Français, il fallait être Sociétaire de toute nécessité.
Il est vrai que l'Empereur récompensait dignement et royalement. Les grands talents recevaient des subventions particulières sur sa cassette, et le service de la cour était largement payé.
Nous avons constaté qu'un séjour de quelques jours à SainIrCloud a coûté 29,000 fr., un autre à Fontainebleau 24,300 fr. Le voyage d'Erfurt a occasionné une dépense de 25,920 fr., sans compter les gratifications aux artistes; de 1810 àl811, après le mariage de l'Impératrice Marie-Louise, la cour impériale a dépensé plus de cent mille francs, rien que pour les spectacles donnés par le Théâtre-Français. Mais voici qui est encore explicite.
C'est une lettre de l'Empereur adressée au comte de Rémusat.
« Dresde, 12 août 1813.
« Je vous envoie un état des gratifications que j'accorde « aux acteurs de la Comédie française qui ont fait le voyage « de Dresde ; cet état monte à la somme de 111,500 francs* « Vous ferez solder ces gratifications par la caisse des « théâtres, n
«rfltlllcailonfi nccvrdétM aax coinédlewi fr^nçalii qnl uni fiiît le Toyttjçe de Itreiid^.
D^pre^. . . , G|000
Saint-Prix. - 6,000
Talma 8,000
M"*=Georges.<-: B,ooo
Fleury. '■ . ■ • 10,000
Saint-Fa!, -^.-^ 6,000
Mîchot 4,000
Baptiste cadet «,000
Annand -^. ti,000
Thénard 4,000
Vigny 6,000
Miclielot , 4,000
Barbier 3,000
M^^Thénard 4,000
M"^ Emilie Contât 6,000
M""^ Mézeray . - 4,000
M^^'^ Mars 10,000
IMiï*= Bourgoiu 6,000
M. Malgnien. 2,000
Les frères Freehot 1,500
Colson SOO
Combre 500
Bouillon .,.- 500
Mongellas - 500
Ces derniers GgLirants^sauEUeur ti perruquier.
Enfinj à ce document d*un si grand intérêt, nous pouvons joindre cette seconde lettre de TEmpercur adressée au général Drouot :
r« Dresde, 13 août 18tS.
K J'approuve que vous Tassiez piiycr aux comédiens fian- K çais les 4i2,80f> ft-ancs auxquels vous évaluez leurs frais de w retom^ ; ces frais de voyage doivenl leur être payés ici <( avant leur départ, w
L'Empereur entendait que tous les membres de sa famille et les grands dignitaires de la couronne eussent leur loge au TliéEitre-Français. Lui-même donnail l'exemple, **n payant sa !a!^o 21,000 fr, ; la reine ftorlense, pour la sienne, ;îj2H0 fr. ; S. A. l arclu-
chancelier, 5,280 fr. ; le prince de Neufchâtel , 8,800 fr. ; le gouverneur de Paris, 2,400 fr. ; le prince de Bénévent, 9,048 fr. ; le duc de Cadore, 6,518 fr.; la princesse de Ponte-Corvo, 3,280 fr.; le duc de Rovigo, 5,280 fr. ; la duchesse de Castiglione, 2,112 fr. ; et le duc de Valmy, M""* de Beaufremont, M. Rœderer, tous les ministres, la princesse de Suède, le roi Joseph, le prince Lucien, le prince de Talleyrand, le prince architrésorier, M. de Pontécoulant, M. de Montalivet, le prince d'Essling, M™® Récamier, le duc de Massa , le duc d'Albuféra, le prince de Neufchâtel, la princesse de Gallitzin, M™® de Noailles, et toutes les sommités de ce temps-là.
Nous avons pu nous assurer que la moyenne de la location des loges était de 12,000 fr. par mois, soit 144,000 fr. par an.
Si l'art doit avoir des protecteurs, c'est aux plus hauts degrés de l'échelle sociale. L'Emperaur le comprenait et le voulait ainsi.
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