TITRE III
De la Comptabilité.
Art. 16. Le budget des recettes et des dépenses du Théâtre- Français est dressé chaque année et approuvé dans les formes prescrites par l'art. 2.
II comprend les prévisions de recettes et de dépenses afférentes à toute la durée de l'exercice.
Sont seuls considérés comme appartenant à un exercice , les services faits et les droits acquis à la Société ou à ses créanciers, du 1" janvier au 31 décembre de l'année qui donne son nom audBt exercice.
Art. 17. La subvention accordée par FËtat est versée, chaque mois et par douzième, dans la caisse du théâtre.
Art. 18. Il est ouvert, au budget de chaque exercice, un chapitre spécial destiné à pourvoir aux dépenses que le ministre de l'mtérieur croirait utile d'autoriser, dans l'intérêt du théâtre, en dehors ou en supplément des prévisions portées aux autres chapitres du budget.
La quotité du crédit ouvert par ce chapitre est déterminée chaque année par le ministre ; elle ne peut excéder le cinquième du montant de la subvention.
Il ne peut être imputé de dépense sur ledit chapitre qu'avec l'autorisation du ministre.
Art. 19. Les placements de fonds et les dépenses extraordinaires, non prévus au budget ou excédant les crédits alloués, ne peuvent être proposés et autorisés que dans les mêmes formes que le budget.
Art. 30. Le caissier ne peut faire aucun payement que sur un mandat signé de l'administrateur.
Pour les dépenses extraordinaires prévues par les art. 18 et 19*^
Esl-ce assez il'iQstabHité, de reviretueDU el d'iiicanséquences ? Danâ descQDdiùoas aussi mouvante^, une iastitudoQ trieuse peut-elle'prospérer oti seu* tement exister qu'au movea des plus grands sacrî- Ûces? Ou pourrait faire un gros Yotume de Bénédictin avee 1^ notes, mémoires, réquisifoir^s et consnl talions éVoqués depuis qoelqnes années seulement à propos de la Comédie française ; M^ Rîpaall, Marie, Paillel, de Yatimesnil, Ch. Dupin ^ Odiloo BaiTOt, toutes les iumières du barreau consuites, sans parler des procès el des difficultés de tontes sortes aboutissant à Tordonnauce de 1850. Cette ordonnance doit-elle être ie port où Ton veut atteindre, Je calme que Ton espère^ Tordre, la régula* riié, rissneà laquelle tendent tous les voeux? Noos ne le pensons pas, parce que nous avons la convie* lion intime que ce que le Président delà République a pu préparer, l'Empereur Napoléon 111 le complétera. Le Théâtre-Français est aussi nécessaire à la gloire de notre civilisation que les musées qui font notre orgueil ; ^ Les d^tinées de la Comédie française a importent à Thonneur littéraire du p>iys^ u disait M. Samson , rhonorable doyen actuel des Sociétaires, dans un excellent travail publié en 18i6; ta il ajoutait : « La Comédie française a pris^ sa part de H la gloire du grand siècle. On se souvient encore * de yécht qu elle a jeté sous TE m pire, La rédactt tion des rhéàtres, ordonnée par un décret impé-
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Art. !!ti. Le compte de L'exerciez de chaque année reste ouvert jusqu'au V^ avTil, pour le complément des opérations engagées avant le 31 décembre de l'année précédente , conformément h rart. 16.
Il est déânitivement arrêté le t^"* mai de Tannée suivante.
Il comprend toutes les recettes réalisées et les droits acquis dans la période de Tester cice \ toutes les dépenses faites ou engagements contractés, pour des services faits, pendant la même période, et constate l'excédant de recettes , formant les bénéfices i\ répartir, conformément aux art. et V2 ci'dessus.
Art. 27. Ce compte est certifié par radministrateur, soumis par lui â l^exainen de l'assemblée générale et a rapprobatioii du ministre.
A Tappui dudit compte sont joints :
I" Un état présentant la situation des valeurs de caisse et de poTtefeuille, à la date de la clôture de rexercice ;
S" Un état des engagements contractés;
3" L'inventaire du matériel.
Art. 28. Les dispositions encore en vigueur du décret du 15 octobre 1812 auxquelles il n'est pas dérogé par le présent décret , continuent à recevoir leur exécution.
Le ministre de T intérieur continue a exercer ceux des pouvoirs conférés au surintendant a Té^rd desquels il n'est point statué par le présent décret.
Art. 29. Le ministre de l'intérieur est cliargé de F exécution du présent décret.
Fait a Paris, a TÉlysée National, le 27 avril 1850.
LoUlS-INAFOLiO» BONAPASTE
Le Ministre dt l'intérieur, L Harochk.
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oc rial da 8 aoûl 1807 , servît poîssamment les îiité- « rets des Sociétaires. Napoléon aimait à détourner <c sa pensée des préoccupations les plus terribles « pour les reporter sur eux , sur leurs travaux , sur « leur avenir... Les hauts fonctionnaires de TEm* « pire avaient mis au nombre de leurs habitudes « la représentation de nos chefs-d'œuvre, obéisa sant ainsi à l'exemple et aux désirs du souverain ; « car notre gloire dramatique était chère à l'Empen reur : c'est avec la gloire des armes celle que les « nations rivales de la France osent le moins lui dis» a puter. » .
Nous ne pourrions certes pas si bien dire, et citer l'opinion de M. Samson, c'est s'appuyer sur la plus compétente et la plus respectable autorité.
Oui , la Comédie française est le véritable théâtre de la nation , le vrai temple élevé au culte de la poésie française, l'unique maison de Molière, de Corneille et de Racine, la scène illustrée par des auteurs dramatiques dont un grand nombre l'ont aussi honorée par leurs talents d'artistes so^ ciétaires depuis Molière, le père de la Comédie, jusqu'à nos jours. Il faut donc sauvegarder le Théâtre- Français, c'est*-à-dire l'art tout entier. La multiplicité des scènes de troisième ordre , l'état de dégradation où en est arrivée la littérature dramatique , la dif* ficulté que l'on éprouve à recruter des sujets d'un mérite satisfaisant sont des obstacles qu'il faut com*-
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battra. D'ud bout de la France à l'autre ce ne sont que flonflons et ritournelles j que piètres et minces vaudevilles, dont le moindre défaut est de porter atteinte à l'esprit moral des populations. Quant à la ipusique, qui , elle aussi y est un art noble et élevé , elle a tout envahi aux dépens de la comédie, et Texécution des grands opéras continue à ruiner toutes les administrations de la province. En attendant des temps meilleurs, auxiquels il est impossible de croire sans la protection du Gouvernement, sans son intervention ferme et énergique, les comédiens manquent, et le Conservatoire et l'Odéon restent seuls pour alimenter la scène française, ce qui est loin de suffire ; car si le Conservatoire forme d'excellents élèves, il ne fait pas de comédiens.
Est* ce à dire pour cela que la Comédie française ne renferme pas encore de beaux éléments de succès et d'exécution? Tout le monde sait le contraire. Le Gouvernement a placé à sa tête, pour la diriger, un littérateur distingué, artiste passionné et écJairé, un homme jeune, intelligent, rempli de bonnes intentions et de bienveillance , et qui a déjà su ren* dre au Théâtre-Français une part importante de prospérité. M. Arsène Houssaye est tout prêt à continuer son œuvre, si on lui laisse des moyens d'action. Non, ce ne sont pas les éléments dont on dispose qui peuvent faillir a la mission imposée an Théâtre-Français; ces éléments, il ne s'agit que de
les coordonner poar en tirer le plus grand parti pos^sible. La littérature dramatique de 1810 n'existait guère qu'à Tétat de pâle imitation du xviii^ siècle ; celle de 1853 a de la valeur, elle est elle-même, elle essaye, lutte, combat et triomphe souvent.
Les talents supérieurs abondent, mais ils ont besoin de sérieux encouragements. Le répertoire classique est d'une richesse incomparable, il faut le jouer avec honneur. Le répertoire moderne est abondant en œuvres spirituelles, pleines de sève, de verve et de style ; on doit tendre à l'épurer et à le choisir avec soin. Les petits actes, au Théâtre-Français, doivent être tous remarquables; les grandes pièces, des œuvres supérieures longuement élaborées. Rien de tout cela ne nous manque , et nous avons encore, ce qui est inappréciable, l'interprétation savante et studieuse des chefs-d'œuvre consacrés.
N'avons-nous pas, en effet, M"® Raghel, le point culminant aujourd'hui de la scène française, la tragédienne inspirée, la véritable Melpomène antique, la plus riche organisation que la scène ait possédée? N'avons- nous pas Samson, le Mole de notre époque , école vivante de pure diction , d'atticisme et de bon goût ; ie professeur érudit , l'auteur spirituel , l'expérience et l'autorité du Théâtre-Français ? N'avons-nous pas Beacjvallet, le dernier représentant de la tragédie classique; Geffrot, dont la
IHstinction, les études d'artiste ^ la noblesse, la dignité sont d'un comédien de premier ordre j Régnier, dont le mordant et le vrai comique égalent le profond savoir et l'érudition théâtrale; Provost, dont la bonhomie et la verve rappellent les Grandménil j les Gaumont et tous les maîtres dans l'interprétation de la comédie de Molière ? N'avons-nous pas le plus franc sourire , la plus aimable gaieté, l'esprit le plus vif, la fine soubrette jointe à l'élégante comédienne, le tout personnifié dans M^^® Augustine Brohan? Et M"*Denain et M"® Madeleine Brohan, qui se partagent, avec un talent plein d'avenir et tout l'éclat de leur beauté, l'héritage, si difficile à accepter, de M"® Mars ; et toutes ces charmantes et jolies femmes, qui luttent entre elles de mérite, W^ Rébecca , M"« Judith , M"« Bonval , M"« Natha- LIE? Et pourrait-on oublier que la nouvelle Société du Théâtre-Français s'apprête à marcher sur les traces de l'ancienne, et que Brindeau, Lerogx, Mau^lart, Got, Delaunay, Maubant, Louis Mon- ROSE ne sont pas déjà les dignes héritiers de leurs devanciers ?
Il n'y a donc qu'à vouloir , la Comédie française est encore le premier théâtre du monde et ne de^ mande qu'à prospérer.
Le malheur est tout entier dans l'oubli des règle ments d'administration intérieure; et, si Ton trouve le moyen d'innover , on ne le pourra , d'une ma-
nière efficace , qu'en respectant les traditions, qu'en tenant compte des droits acquis et des services ren^ dus 9 qu'avec le maintien de l'équilibre d'un budget que ie chiffre des pensionnaires écrase; et en se rappelant qu'un personnel de cinquante personnes est inutile là où trente ou trente-cinq artistes, dont la grande majorité devrait être Sociétaire, suffisent pour assurer le service amplement. En général, la qualité vaut toujours mieux que la quantité.
On doit donc hâter de tous ses vœux une réglementation définitive du Théâtre-Français. Peut-âtre le décret de 1850 ne supplée-t-il pas dans toutes ses parties à l'ordre administratif du décret de Moscou , qui porte dans ses moindres détails Tadmirable régularité du génie de son auteur, ordre suprême qui consiste dans la pondération intellîgeiite d'un pouvoir digne, fort et respecté,, et les fonctions d'un comité composé d'artistes expérimentés et dévoués aux intérêts de leur maison commune , sorte d'autorité oligarchique, respectable par cela même qu'elle repose , comme nous le disions tout à l'heure, sur Tes droits acquis.
Ainsi, et pour ne citer qu'un exemple, n'arriveton pas à démontrer que le temps du Sociétariat , réduit de vingt à dix années , facultativement il est vrai, peut engager à admettre dans la Société des talents trop jeunes, non éprouvés,
susceptibles de ne pas réaliser les espérances qu^ils faisaient concevoir; et encore qae les antiéas de service comme pensionnaire ne comptant plus, on aspire trop vite au rang de Sociétaire, ou l'on préfère un engagement lucratif, dans un théâtre de genre^ à la position éphémère d'un Sociétaire ayant accompli ses dix années et possesseur peu enrichi d'une rente de 1,300 francs ? N'oublions pas que le Sociétariat de la Comédie française a toujours été considéré comme le bâton de maréchal d'un comédien, et qu^il faut que la part reste belle si Ton veut qu'elle soit poursuivie et enviée.
Nous croyons que l'organisation d'une surintendance générale des théâtres impériaux, et spécialement de la Comédie française, serait une mesure efficace en ce qu'elle nous ramènerait aux traditions monarchiques et a celles de l'Empereur. On parle d'abus ? Ils disparaîtraient san^ aucun doute. Chargé d'exécuter les termes d'un décret s'inspirant de cette législation suprême de 1812, un surintendant général ne pourrait pâs sortir des voies légales au profit de certains intérêts particuliers ■ on saurait où s'arrête le droit et où il commence ; on verrait la loi respectée et toutes les positions franches et net^ tes, ne seraitrce que celte d'un administrateur, commissaire du Gouvernement, aujourd'hui respon^ sable d'actes qui peuvent se trouver répréhensibles^ el qui ne sont pas^ toujours de son fait.
Mais nous avons confiance en Napoléon Ilf.
Gomme tons les grands esprits, comme toutes les natures élevées et exceptionnelles , FEmpereur aime les arts et les lettres, et nous savons qu^l affectionne le Théâtre-Français. L'Empereur ne le prouvet-il pas chaque jour par sa présence fréquente dont S. M. veut bien honorer notre première scène ; ne l'a-t-il pas prouvé en rendant aux Sociétaires le titre glorieux de ses Comédiens ordinaires? Sous le poids d'un loyer onéreux , et devenu d'une perception injuste depuis que la salle du Théâtre -Français appartient à l'État, la Comédie ne doit-elle pas à la munificence de l'Empereur et à l'active intervention de M. le comte de Morny, alors ministre de l'intérieur, l'exonération définitive d'une charge énorme que rien ne pouvait plus justifier? Depuis lors , et par cela seul , l'Empereur a assuré irrévocablement les pensions de retraite que les cent mille francs dont Napoléon V^ a doté la maison de Molière étaient destinés à acquitter concurremment avec le loyer de la salle. Ce sont là des gages assurés pour une protection plus efficace. Nous y croyons fermement, en vertu de deux grands principes qui obligent le TRÔNE et le nom impérissable de Napoléon , nom deux fois immortel par le génie et la puissance organisatrice de Napoléon V^ et de Napoléon III.
Et, d'ailleurs, pourquoi s'inquiéter? Comment pourrait péricliter et disparaître cette institution si
précieude de la Comédie fraoçaise? N'a-t-eile pas aujourd'hui pour la sauvegarder notre noble souveraine^ l'Impératrice, la protectrice de rintelligence , et l'Impératrice ne sera-t-elle pas pour le Tbéâtre- Français comme pour les lettres et les arts y comme pour la France, i'ange tutélaire qui veillera sur nos destinées ?
Quant à nous, nous n^avons voultt qu'essayer humblement de formuler la ferme espérance qui nous soutient et nous inspire* Puisse notre modeste et bien imparfait travail apporter comme une pierre infime au grand œuvre d'organisation qui se pré* pare et qui ne tardera pas à être accompli.
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