‹ Documents inédits concernant la Compagnie de Jésus (volume 2)Chapitre 15 sur 23 · BI · texte numérisé non relu

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iCB enfims pour ipproclier dignancot de œt wgu&te Mistere. Après avoir pris toutes les mesures nécessaires avec Messieurs les Curés, et avec les parents an sujet de cette première Commnmcm, le jour venu qu'on avoit destiné à cette Fête , tous ces enfiuis au nombre de trois-ou-quatre mille , (on y avoit joint un assez grand nombre de ceux qui communioient déjà ; mais qui étant trop petits n'avoient pu être des Processions précédentes ,) tous ces enfims séparés en deux corps , Tun des garçons et Tautre des filles , firent aussi leur Procession avec une modestie et un ordre , qui dans cet âge innocent charmoit tout le monde. Les filles s'assemblèrent aux Péni-tens du CanfaUm , et les garçons au grand Colége ; et de là ils se rendirent à saint Nizier, où Monseigneur l'Evèque de Synope voulut bien encore leur donner lui-même la CJommunion , comme il avoit toujours fidt dans la même ElgUse aux autres Communions générales.

La fin de la Mission approchant , on pensa d'en faire la clôture d'une manière qui répondit au succez, que Dieu avoit daigné y donner. Monseigneur l'Archevêque fit un second Mandement (1)^ où, après avoir loflé le Seigneur des bénédictions extraordinaires qu'il avoit répandu sur la Ville par le moyen

(1) On peut le voir à la fin de la relation.

de cette Mission, il invite les peuples àlui enreodre des actions de grâces solemnelles ; et pour oda il indique une Procession générale , où tout le Clergé de Lyon, tous les Ordres Religieux et le peuple dévoient assister.

Cette Procession fut indiquée pour le jour de la Fête-Dieu. Le Consulat de son côté , voulant concourir avec Monseigneur l'Archevêque à Fédat de cette Fête, fit une Ordonnance (1)^ tant pour prévenir les desordres qui pourroient arriver, que pour la décoration des rues où la Procession devoit passer. On enjoint à tous les particuliers, qui ont des maisons sur ces rues, de les tapisser : on ordonne à tous massons , charpentiers , et autres , d'enlever tout bois, pierres, terres , qui pourroient embarasser les rues , places et passages , sous peine de cinquante livres d'amande ; et sous une peine triple , on déffend à tous cabaretiers , vendeurs de vin , et caffetiers de la Ville de donner à jouer, à boire , et à manger ce jour-là, avec ordre de tenir fermés leurs cabarets et cafTés sans y recevoir personne.

On dressoit cependant dans la place de Belle-Cour un magnifique Autel aux frais de la Maison de Ville. Le Consulat étoit composé cette année de Messieurs LOUIS RAVAT Prévôt des Marchands pour la cin-

(1) Elle est à la fin.

qoiéme année, Aim)iNE Fischer, Jacques Anisson, Jacques Bousa et César Ferrari , Echevins. Ces dignes Magistrats , aussi recommandables par leur piété que par le rang qu'ils occupent , témoins des grands fruits que la Mission produisoit , et y pre** nant toute la part qu'il convient en de pareilles occa^ sions à des Magistrats chrétiens , furent bien aise de donner une marque publique et éclatante de la satisfisu^tion qu'ils en avoient. Ils consentirent donc trèsagréablement de fournir à la dépense nécessaire pour élever cet Autel , qu'on devoit construire en Belle- Cour ; bien persuadez qu'une semblable libéralité ne déplairoit pas à l'Illustre Gouverneur de cette Ville , dont ils connoissent le zèle pour la Religion et la bonté pour les Jésuites. Ces mêmes Magistrats^ pour nous mieux marquer encore leur ressentiment et conserver à la postérité le souvenir d'un événement aussi mémorable, ont bien voulu faire imprimer eux-mêmes la relation qu'on en donne au public.

Pour revenir à la Procession ; elle devoit se rendre en Belle-Cour à l'Autel dont on vient de parler, et là se devoit terminer la Mission par une bénédiction solemnelle du saint Sacrement à toute la Ville assemblée dans cette vaste place, une des plus belles qu'on voit dans aucune ville de l'Europe , et capable de contenir fort à l'aise plus de cent mille personnes.

Dieu ne permit pas que cette Procession générale se fit le jour marqué : une pluye abondante et conti* nuelle l'empêcha ; et Monseigneur rArchevèque d6 jugea pas à propos d'en indiquer une seconde. Il nous fallut donc prendre d'autres mesures pour te \^^ clôture de nôtre Mission. % ^

De l'agrément de Monseigneur rArchevèque , e^ de concert avec Monseigneur de Synope , nous fo^ mames la résolution de faire une Procession part^^^^^

cufiere , qui seroit composée de tous les Jésuites '*

nos trois maisons , des Ek^clésiastiques des trois minaires , d'une partie du bas chœur de tous le»^ '^^ Chapitres qu'on inviteroit pour le Chant , de nos Congrégations ; et à cela se dévoient joindre le^ Processions particulières des Parroisses où la sion s'étoit faite , filles , femmes , garçons et hom mes f les mêmes qui avoient assisté aux Processions^^ le jour des Communions générales ; ce qui devoit faire un monde infini. Toutes ces Processions particulières dévoient précéder la nôtre, et se rendre en Belle-Cour, chacune par un chemin différent. Nous priâmes Monseigneur TEvèque de Synope , de vouloir bien honorer la Procession de sa présence , et y porter le tres-saint Sacrement : le Chapitre éPAinay nous fit l'honneur de nous offrir d'y assister (Belle- Cour étant dans sa Parroisse) ce que nous acceptâmes avec action de grâces.

onr qu'on choisit pour la clôture fut le mardy 'Octave du saint Sacrement. On perfectionna, ; les jounr qui restoient, l'Autel qu'on dresi Belle-Cour. Âpres avoir bien examiné le teron ne crut pas le pouvoir mieux placer qu'aue la grande allée de tilleuls , vis-vis la rue de >omtnt^ue, ayant devant soy toute la place de Ilour, d'où l'on pouvoit le découvrir de toutes Pour proportionner cet Autel à la grandeur urée de la place , on lui donna quatre-vingtskIs de large dans le fond : on y montoit par grandes marches , qu'on avoit construit en tiexagone , dont les trois côtés avoient chacun ite-cinq pieds de long : la neuvième marche issés large pour servir de repos. Toutes ces es , avec la plate-forme qui étoit au dessus , ient bien tenir environ quinze cents personnes. û étoit terminé dans le fond par quatre tenie tapisserie l'une sur l'autre , soutenues par ndes bigues, presque à la hauteur des arbres, ut de ces bigues , on avoit jette une grande pour garentir l'Autel en cas de pluye ; et on »mé les côtés de tapisseries , qui retroussées les cordons , formoient un pavillon tout aumais à une juste élévation qui ne deroboit l'Autel à la vue , de quelque endroit de la qu'on le regardât , même des plus hautes fe-

nètres. On bâtit TAntel sons ce pavillon ; et on le disposa de telle manière, qn'on pût Tomer le jonr de la Procession de tontes les richesses qu'on troaveroit dans la Ville.

Le Père qui avoit la direction de cet ouvrage , et qui prévit l'étrange foule qui seroit ce jour4a en Belle-Cour, et le desordre qu'elle pourroit causer ; pour mettre TAutel à couvert de tout danger, et donner au Clergé et aux Compagnies qui dévoient suivre la Procession , le moyen de se rangw à Taise et hors du tumulte et de la presse , fit construire une barricade qui renfermoit l'Autel , laissant entre deux un espace assés grand pour contenir sept à huit mille personnes. L'entrée en devoit être gardée par des soldats. Monsieur le Prévôt des Marchands nous donna à cet effet la Compagnie des Arquebusiers , qui fut destinée à garder l'Autel ; et une autre Cornpagnie du Guet, qui eut ordre d'éxecuter fidellement ce qu'il leur seroit prescrit de la part des Missionaires , pour maintenir l'ordre par tout. Nous devons cette réconnoissance à ce digne Chef du Gon« sulat, de témoigner ici, que psirtout où nous avons eu besoin de son secours , nous avons trouvé en lui toute la protection que nous pouvions désirer, accompagnée de mille marques de cette affection singulière dont il a toujours honnoré nôtre Compagnie.

Le mai'dy, Dieu nous favorisa d'un assés beau

jour. A l'heore marquée , Monsâgneor TEréque de St^mjpe , MessieiiR des trois SànÎDJÛreSy et Messiears les Eoclesiastiqoes da bas Chœur des Chapitres , qu'on avoît prié pour dianter, se rendirent an Colége ; et sur les quatre heures la Procession sortit de ndtre E^Use en cet ordre : les Congrégations d'Artisans marchoient les premières, les écoliers suivoient , puis M**, les Pensionaires , tous le flambeau à la main« Les Jésuites an nombre de cent , marchoient ensuite en surplis , le cierge allumé. Us étoient sniris des Séminaires au nombre d'airiron deux-cents : les bas choeurs des Chapitres marchoient les derniers , et le saint Sacrement étoit précédé de vingt jeunes Séminaristes , portans chacun un Encensoir. Après le dais , venoit la Congrégation des Messieurs , au nombre d'environ trois-cents ; ausquels se joignirent dans le chemin un nombre prodigieux de Confiréres du saint Sacrement , tous avec de grands derges allumés.

Tandis que nôtre Procession se disposoit à partir, cm travailloit dépuis une heure après midy à foire défiler en Belle-Cour les Processions particulières des Parroisses , chacune par un quartier différent , tous avec des derges. Mais comme Taprés-diné entière n'6ùt pas suffi pour feire marcher cette multitude deux-àrdeux, on les faisoit aller quatre-àquatre , six-à-six ; et à mesure qu'ils arrivoient en

Belle-Cour, on les fiEuisoit ranger dans les endroits destinés pour chaque Parroisse.

N6tre Procession sortant du Ck>lége prit sa mar» che par les rues qui conduisent à l'Hôtel de Ville i fit le tour de la place des Terreaux , et poursaiyit son chemin par les rues de la Cage^ Lanterne ^ VHerberie , petite rue Mercière , le quai S. AnMne^ le port du Temple^ le quai des Cekstina. Tout le long du chemin c'étoit une foule prodigieuse de monde , qui bordoit les rues , et remplissoit toutes les Fenêtres. L'ordre et la modestie de ceux qui composoient la Procession , et singulièrement du Clergé , inspiroient par tout tant de respect et de silence , qu'aa milieu de cette foule de peuple , on n'entendoit pas le moindre bruit. Messieurs du Consulat nous avoient fait la grâce de nous donner les Trompettes et Timbales de la Ville , qui eurent ordre de se placer sur le balcon de l'Hôtel de Ville pour y jouer diverses fanfares, durant que le saint Sacrement seroit dans la place des Terreaux. Le Chapitre d'Ainay attendit la Procession aux Celcstins,et là elle se joignit au Clergé en son rang. La Place de Belle-Cour étoit pleine d'un monde infini ; toute la Ville y étoit accourue ; tous les balcons et toutes les fenêtres des maisons , depuis le toit jusqu'en bas, étoient garnies de monde.

Le Père Missionaire (1) , qui régloit la marche de

(l) Le P. Bontoux.

la Procession , et aux soins duquel est deu tout le bel ordre qui régna dans cette occasion , avoit sceu former au milieu de cette foule qui remplissoit la Place, un chemin large d'environ quatre toises, parfEÛtement libre bordé d'espace en espace de soldats ; de sorte que , malgré l'avidité de ce peuple innombrable pour voir passer la Procession , il n'arriva pas le moindre desordre , ni le moindre dérangement.

Le S. Sacrement entra en Belle-Cour au son des cloches , des trompetes , des timbales et des tambours. On marcha tout le long des maisons de Belle- Ciour jusqu'à la rué de saint Dominique; et depuis cette rue là , on tira droit à l'Autel qu'on avoit en face , et qui, au gré de tous ceux qui le virent , faisoit dans cette place un des plus beaux efiects du monde.

On arriva ainsi jusqu'à la barrière, et on y entra sans le moindre obstacle. Tout le Clergé se rangea sur les marches de l'Autel ; l'espace , que renfermoit la barricade , donna un grand large à ceux qui précedoient et suivoient le saint Sacrement. Monseigneur rÉvèque de Synope^ étant monté à l'Autel, et y ayant reposé le tres-saint Sacrement , se mit à genoux ; tandis qu'un des Missionaires (1) fit un

(1) U p. de la Ferté.

petit discours patétique convenable au temps et i h cérémonie ; le même Père, prenant ensuite à la nuûn un gros flambeau en forme de torche , se prostenii à genoux, et fit à haute voix TÂmande honorable an tres-saint Sacrement. Quoique la voix du Missionaire ne pût s'étendre bien loin dans un lieu si vaste, on eût dit que tout le monde l'entendoit , tant Tattention étoit grande et universelle : tous les yeoi étoient tournez vers lui : un silence profond regnoit partout ; et il paroissoit dans toute T Assemblée une consternation générale.

Il est plus aisé d'imaginer que de décrire l'efiet surprenant , que formoit dans cette Place , tout cet appareil de Religion qu'on y voïoit ; l'esprit en étoit encore plus frappé que les yeux. Le tres-saint Sacrement paroissoit élevé sur un magnifique reposoir, dont la structure, la grandeur, l'ornement, les richesses n'avoient rien que d'éblouissant. Plus de trois-cents Ecclésiastiques en chape ou en surplis l'en vironoient , la fumée sacrée de l'encens qu'on bruloit sans cesse le couvroit comme d'un nuage : on voyoit briller de toutes parts un nombre prodigieux de flambeaux. Un monde infini d'hommes et de femmes de toute condition et de tout âge étoient prosternez devant l'Adorable Sacrement dans un respect profond et un silence religieux. Tout cela formoit un spectacle si beau et si touchant qu'il ins-

piroit , malgré qu'on en eût , des sentiments d'admiration et de religion. J'avoue que je n'ai encore rien TÙ de si grand en ce genre. On avoit peine à retenir ses larmes ; et bien des gens en répandirent de joye et de consolation. L'Amande honnorable étant finie , on entonna le Pange lingua ; puis on donna la bénédiction du saint Sacrement à tout ce peuple , au son des cloches, des trompetes, timbales et tambours ; et on finit par le Te Deum.

On ne doit pas omettre icy un trait remarquable, qiii arriva en Belle-Cour durant, cette dernière cérémonie, et qui fut regardé comme un eOect particulier de la bénédiction du Seigneur. Deux hommes de qualité avoient un procez depuis plusieurs années, et l'avoient poussé avec une animosité extraordinaire, études frais immenses. On avoit tenté durant la Mission de les accommoder, mais en vain. Le jour même de la clôture on y travailloit encore. L'heure de la Procession venue , les parties se portèrent en Bdle-Gour pour la voir, et y recevoir la bénédiction du tres-saint Sacrement. On avoit cependant continué de ti*aiter cette affaire : mais elle venoit d'être encore rompue par une des parties, qui avoit protesté qu'elle n'entendroit plus à rien. Sur cela la Procession passe \ le saint Sacrement arrive ; on se met à genoux ; on assiste à tout ce qui précède la bénédiction, on la reçoit, et elle n'est pas finie que

cette même partie se lève, et changée dans ce mo- W^

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