MANDEMENT
DE MONSEIGNEUR l'aRCHEVÊQUE
Pour la Pfoctuùm générale du trèt-mtùU SaertmaU^
et la clôture de fa Mùsbm.
CLAUDE DE SAINT GEORGE , Par la Miséricorde de Dieu, et Tauthorité du Saint Siège Apostolique , Archevêque et Comte de Lyon , Primat de France^ Conseiller du Roy en tous ses Conseils.
A tout le Clergé Séculier et Régulier ^ et à tou$ les fidèles de la VUle et Faux-bourga de Lyon, SALUT en nôtre Seigneur.
La Mission générale qui a été faite dans toute cette Ville par les Révérends Pérès de la Compagnie de JESUS , en conséquence de notre Mandement sur ce sujets est sans doute ^ mes tres-chers Frères , l'Ouvrage de Dieu ; c'est lui qui Nous en avoit inspiré le dessein ; c'est lui qui Ta conduit , et rheureux succez qu'il a eu ne peut être attribué qu*à lui seul : à Domino factum est istud. Cette ferveur générale de tous les Fidèles dans tous les Exercices de Piété, leur empressement à venir en foule enten< dre les vérités Evangeliques , les conversions sur-
prenantes, les frâSè it pâmmop- a ùt XDases sortes de bonnes Genres qs'eBes os |c?Dâiifi pcimi. sat des merTeQks qoe 11 Aiint Biooè & iÉs ecbseriiias yeoXf ef eif niirsiKIf !'« «rrnSf Mus^rÛL & naes |o»- Yons dire qne le Seignenr esi dereeia ^c^çàce à xosie cette TiDe, poisqnlD ft &ii poreux» ses |ibs frnides MisenGOides sur ks ptes grands pécicars, ostendit majtttmUm m— i ia fmlaa Consdmz doBC, mes tuariLas Frères, h admirable dont fl toqs a trûiés. besîssei-le aiec
crainte et avec trendUemeni : rmdei homige i ce Roy de tons les siedes; nendet-lin de tres-hombles actions de grâces des biens infinis, que sa main libérale a répandns sor cette YiDe pendant cette Mission, et pries-le qo*!! daigne aCEermir tout ce qn'il a fait en nous. Pour tous donner le mojad de vous aqmtter d'an s juste defoir ; Nons aTons crik qn*il étoit à propos de toos assembler toos an jonr marqué pour la dôtore de cette Mission, par mie Procession générale du tres-saint Sacrement, afin que tous âant réunis dans un même lieu adorent en même temps et dans un même esprit Jesus-Ghrist renfermé dans la divine Eucharistie ; lui fiissent une réparation solemnelle pour toutes les prophanations et les outrages qui ont été commis contre son ado* rable Sacrement, et attirent par de ferventes prières la continuation de la protection divine sur cette Ville.
 CES CAUSES, Nous ARCHEVÊQUE ot Ciomte de Lyon susdit, après en avoir conféré avec nos Vénérables Frères Messieurs les Doyen, Chanoines et Chapitre de TEglise Comtes de Lyon, avons Ordonné et Ordonnons, que jeudy prochain vingt-sixième de ce mois (jour de la Fête-Dieu ) il sera fait une Procession générale du très saint Sacrement pour la clôture de la Mission, à laquelle tous les Corps Séculiers et Réguliers assisteront. Elle partira de nôtre Elglise Cathédrale à huit heures du matin , et passant dans la rue saint-Jean et sur le Pont de pierre, elle ira devant l'Église de saint-Nizier, de là dans la rue des trois Carreaux, dans celle de la Mort qui trompe , et sur le Quay saint-Antoine , pour aller dans la Place de Belle-Cour, où elle s'arrêtera pendant quelque temps pour adorer le tres-saiïit Sacrement, qui sera placé sur le Reposoir dressé à cet effet ; et après l'Adoration, la Réparation et la Bénédiction du tres-saint Sacrement, elle retournera par la rue de saint-Dominique , la Place Confort , la grande et petite rue Mercière, sur le Pont de pierre* dans la rue saint-Jean , pour finir dans nôtre Eglise Cathédrale. Enjoignons à tout le Clergé Séculier et Régulier de se trouver ledit jour dans nôtre Eglise Cathédrale, pour assister à ladite Procession selon leur ordre accoutumé; et aux Ekxlesiastiques des Séminaires de cette Ville de se rendre dans nôtre
Séminaire de saint Ii*enée, d'où ils viendront sous la seule Croix dudit Séminaire dans nôtre Eglise Cathédrale, pour assister pareillement à ladite Procession. Faisons défenses à tous Chapitres, Curés et Communautés tant Séculiers que Réguliers de cette Ville et Faux-bourgs, de &ire aucune procession du saint Sacrement ledit jour, ny de l'exposer dans leurs Eglises qu'après que la Procession générale sera finie, ny même de l'exposer et d'en donner la Bénédiction la veille dudit jour. Et d'autant que Nous ne désirons rien avec tant d'ardeur que d'augmenter le culte du très adorable Sacrement de l'Eucharistie, Nous Ordonnons que l'Adoration perpétuelle en soit établie dans toutes les Églises Collégiales et Paroissiales de cette Ville ; Et afin que cet établissement se fasse avec toute la solemnité requise, Nous Ordonnons que Dimanche prochain vingt- neufviéme de ce mois, il sera fait une Procession du tres-saint Sacrement de chacune desdites Eglises par le Clergé et les Religieux qui sont dans l'étendue des Paroisses , de la même manière qu'il se pratique le jour de la Fête-Dieu, lorsqu'il n'y a point de Procession générale. Donné à Lyon dans nôtre Palais Archiépiscopal , le vingttroisième May mille sept cens douze.
Claude de SAINT GEORGE ,
Archevêque de Lyon,
Par Monseigneur, Le poivre, Secrétaire.
LeS PREVOST DES BCARCHANDS ET EOHEVINS DK LA
VILLE DE Lyon, voulans contribuer à tout ce qui peut concourir à l'honneur et à la dignité de la Procession du tres-saint Sacrement, qui se doit faire Jeudy prochain 26. du présent mois, pour la clôture de la Mission générale^ et répondre aux intentions de cet établissement, et à l'utilité des soins que les R. P. Jésuites se sont donnés pour entretenir, et pour augmenter la piété de nos Citoyens, Nous avons crû devoir prendre toutes les précautions convenables, tant pour la décoration des rues par où ladite Procession doit passer, que pour en rendre le passage libre, et prévenir en mème-tems jusqu'aux moindres occasions de désordre.
Nous avons à cet éflet Ordonné et Ordonnons à tous les Propriétaires ou Locataires des Maisons faisant face sur les rues de S. Jean, sur les entrées du Pont de pierre jusqu'à l'Eglise de S. Nizier, la rue des trois Carreaux, celle de la Mort qui Trompe, le Quay S. Antoine, et des Celestins, sur toute la place de Belle-Cour, la rue S. Dominique, la place Confort, la grande et petite rue Mercière, de faire tapisser le devant de leurs Maisons ; ensorte que le tout soit en état ledit jour jeudy prochain sur les sept heures du matin, déffendons d'employer des Tentures noires, sous quelque prétexte que ce soit.
Enjoignons à tous massons, charpentiers et autres, d'enlever tous les bois, pierres, terres, et matériaux qui occupent lesdites rues, places, et passages, conformément aux Ordonnances de Voyrie dans le jour de demain 25. du présent mois, et ce pour tout délay, à peine de 50 1. d'amande et de confiscation de tout ce qui se trouvera embarrasser lesdites rues et places passé ledit tems , aplicable moitié aux Pauvres du grand Hôtel-Dieu, et l'autre moitié à ceux de l'Aumône Qénérale.
Deffendons à tous cabaretiers, vendeurs de vin, et caffetiers de cette Ville de donner à jouer, à boire, et à manger ledit jour jeudy prochain : leur enjoignons de tenir fermés leurs cabarets , beuveries et caffés, sans y recevoir personne, à peine de 150. liv. d'amande, applicable comme dessus.
Ordonnons au Voyer de cette Ville et aux Commissaires de Police de tenir la main chacun en ce qui le concerne à lexecution de nôtre présente Ordonnance, laquelle sera lùê, publiée et affichée dans tous les endroits accoutumés. Fait au Consulat par Nous Prévôt des Marchands et Echevins de ladite Ville, le Mardy 24. May 4712. Signé, Ravat, Fischer, ÂNissoN, Bourg, et Ferrary.
Par le Consulat^ Perrichon.
I^eu , publié à haute et intelligible voix , son de Trompe et cry Public, dans tous les Lieux, Places et Carrefours de cette Ville, à ce que personne n'en puisse ignorer. Par nous Jean-Baptiste Lardy, et Jaques Guinand , Huissiers Âudianciers , et Jurés- Crieurs publics pour le Roy, en la Ville et Fauxbourgs de Lyon, soussignés ; en présence de Jean- Claude Jaquier, Trompette de cettedite Ville, ce 24. May 1712. Signé, Lardy et Guinând.
Notre siècle où brille 1 egoîsme, — et ce n'est pas là son moindre défaut , — a cependant des applaudissements pour le dévoûment catholique en la personne des enfants du vénérable de La Salle et des Petites'Sœur&. Cette admiration si justement méritée étonne les libres penseurs et les philanthropes, qui ont traduit en leur baragouin libérâtre le mot divin de charité en celui de bienfaisance et d'humanité. Allez demander à ces bienfaisants s'ils auraient le cœur de manger les restes des pauvres et de les laver, eux et les haillons sordides dont la philanthropie les couvre, et vous verrez la réponse qui se peindra sur leur visage I
Celui qui guérissait les lépreux peut seul inspirer cet amour à notre pauvre nature. Le dévoûment des Petites-Sœurs, si adnrirable qu* il soit , n'a pas attendu les temps a^ tuels pour fleurir en TÉglise de Dieu, et la preuve que nous en allons donner ne diminuera en rien cette œuvre admirable ; mais, répétons -le encore, la charité envers les membres souffrants de Jésus-Christ n'est pas un fruit nouveau en son Église : il y a toujours eu des Petites-Sœurs 1 Et M. de Montalembert a, de son riche pinceau, donné le por trait de celle qui s'appelait Elisabeth de Hongrie, et dont les actes de courage, racontés par l'illustre écrivain , soulèvent le cœur de nos délicates du jour, trop proprettes pour toucher des pauvres dégoûtants. La philanthropie voudrait des pauvres en gants blancs et costume de bal, avec ou sans parfums !
Nous avons parlé de la reine de Hongrie; parlons d'un pauvre religieux qui, au temps
des splendeurs de Versailles, trouva le moyen d'élever une centaine de palais plus admirables pour les pauvres que celui où Mansard logeait le grand roi soleiL
En nous servant de cette dernière appellation, inventée par les Michelets ou autres Saint-Simons modernes, nous n'avons nullement l'intention de justifier une expression inventée par les contempteurs de la royauté. Mais revenons au Mansard provençal, qui trouva moyen d'élever, dans le seul Comtat- Venaissin, 10 palais et 109 autres en divers lieux. Si le mot palais déplaît , bien qu'il s'agisse seulement d'asiles destinés aux membres souffrants du roi céleste, disons : hospices ; ce terme, plus chrétien, est d'ailleurs plus exact et n'impliquera pas l'idée de luxe, qui serait peut-être inconvenant en des fondations charitables où la salubrité et la commodité semblent le seul luxe permis.
Les asiles ouverts aux pauvres de la cité
papale et du Gomtat eurent pour architecte un homme pauvre lui-même, n ayant d autre fortune que son bon cœur et sa soutane de jésuite, — car il faut bien avouer qu'il Tétait; si nous ne le disions pas, les pierres le diraient — Le grand roi voulut louer ce pauvre Jésuite, et le pape lui-même recourir à son expérience. Enfin , pour tout dire en un .mot, cet homme admirable , dont le nom était dans la bouche des rois et dans le cœur des pauvres, s'appelait le P. Honoré Chaurand (1).
Nous avons peu de détails sur la vie du P. Honoré; ses œuvres disent ce qu'il fut. Les pauvres n'ayant point d'historiographes, nous bornerons notre récit à la copie du vieux ménologe de la Compagnie et au Précis historique du religieux enfant d'Avignon , Louis de Gamaret, dont la famille vit encore à Tombre du château des papes. Avant de passer
(l) (i'ost le nom porté de nos jours par le très-honorable baron député de l'Ardôche.
aux récits du P. de Gamaret, lisons le menaloge que nous a légué Tancienne Compagnie, sans ajouter un mot à cette religieuse notice. A ceux qui seraient tentés de la trouver trop courte, nous dirions : comptez tous ces pauvres vieux disant au P. Honoré : Filii lui sumiLS, et domus noslrœ opéra manuum tua" rum : félicitas fUiorum gloria pairis eorum.
Après les notes du P. de Camaret viendra la lettre du P. Ghaurand lui-même sur les maisons de retraite. Nous y verrons l'admiration du charitable hôtelier des pauvres pour ceux qui, en Bretagne, avaient élevé des asiles où les pauvres affamés du pain de Tàme, qui est la parole de Dieu, se pouvaient rassasier en ces hôpitaux spirituels dus à l'inspiration du fondateur de la Compagnie de Jésus, dont les succès, même de son vivant, le faisaient appeler seductor ille (le magicien). Le P. Chaurand nous exprime vivement son admiration pour les arsenaux
spirituels fondés par nos trois célèbres Bretons : Huby, de Kerlivio et de Francheville; ces derniers ayant fait pour Tâme des pauvres ce que le P. Chaurand fit pour leurs corps.
Voici comme il parle de l'œuvre des trois Bretons. Nos lecteurs diront sans doute, avec nous, que l'impression du P. Chaurand méritait d'être conservée, ainsi que Tœuvre dont il parle, et vivante encore au sein de la catholique Bretagne dont le sang, mêlé à celui de la France, a donné tant d'émulés aux du Guesclin, aux Maunoir et aux Chateaubriand.
Voici cette lettre du P. Honoré Chaurand, datée de Vannes , le i^^ février 1682.
COPIE DTNE LETTRE