‹ Documents inédits concernant la Compagnie de Jésus (volume 2)Chapitre 18 sur 23 · DE LA COMPAGNIE OE JÉSUS · texte numérisé non relu

DE LA COMPAGNIE OE JÉSUS

Écrite de Vennes, le premier jour de février de fan 1682 , au A. P. QoHen, de ta même Ccmpagnie, Premneial en la province de Lyon, touchant la Maison des retraites esttU>Ues à Vennes,

Mon Révérend Père,

Cette maison des retraites que je suis venu voir en cette ville , donne tant de gloire à Dieu y et produit pour le salut des âmes des effets si admirables et si surprenans, qu'elle peut servir d'un bel exemple à toutes les Maisons de notre Compagnie^ comme elle a servi d'idée à toutes celles que nous avons dans la Bretagne. Voici comment elle a été commencée depuis vingt ans, et conduite jusqu'à cette heure.

Un prêtre de ce païs, qui ne veut pas être nommé, riche et grand ami des Jésuites, fit bâtir une fort belle maison pour un Séminaire des Ecclésiastiques de ce Dioceze, désirant que comme il nous donnoit ce bâtiment, l'Evèque nous donnât aussi la conduite

de ceux qu'on y élèverait. M^ de Rosmadec k Prélat de ce temps-là , et notre ami particulier, consentit d'abord ; mais M' de Gondi , Archevêque de Sens , ayant conféré avec luy dans Paris, l'en dissuada. Et quand il fut revenu en son Dioceze et qa'U vit dans un Synode, que ses curez témoignoieiit quelque répugnance, de voir les Ekxdesiastiques dn Dioceze élevez par des Jésuites, il changea de resolution , et demanda cette maison à M. Querlivio qui la luy refusa pour la donner à nos Pères. Comme elle leur étoit inutile, il prit la resolution avec nôtre Père Hubi, compatriote et grand ami de ce prêtre, et un Jésuite fort spirituel et fort vertueux, de l'employer à l'usage des Retraites ; ce qui fut fiût dés rheure avec l'agrément de l'Evêque même , qui s'y est retiré quelquefois pour y faire les Exercices de saint Ignace.

Au commencement, on y recevoit d'abord tous ceux qui s'y présentoient, et on donnoit à chacun séparément ces exercices : mais comme le nombre croissoit tous les jours, pour éviter la confusion, on commença de les ranger par bandes , selon l'ordre que nous dirons dans la suite.

La maison est bastie fort commodément pour cet usage : elle est divisée en deux parties, celle qui est sur la riîe est louée à deux locataires qui s'obligent de nourrir tous les exercitants ; ceux qu'on appelle

de la première Pension, et qui scmt les plus qualifiez donnent seize sols per jour ; oeox de la seconde qui ne boivent point de vin, ne donnent qoe qoaiante sols pour toute la huitaine. Ces locataires s^obligent aussi d'entretenir durant toute Tannée Thuile de la lampe, et c'est de l'huile d*olrve : de fidre toutes les petites réparations de la maison , et de fournir le linge de la table, des lits, et même de la sacristie, et enfin d'entretenir des valets et des lecteurs qui servait les ezerdtants. Quoi que tous ceux qui vendent du vin en Bretagne payent quelques imposts, néanmoins les Etats du pais donnent la ferme générale à condition que les fermiers n'en exigent point pour le vin qui se débite en cette retraite. L'autre partie de la maison qui est contiguë à nôtre Collège est fort beUe et fort commode , elle a une basse cour, une grande sale toute environnée de peintures, et de pièces imprimées qui sont propres à instruire ou à toucher les exerdtants : de cette Sale on passe à une fort grande et fort belle Chapelle , où le Saint Sacrement repose toute l'année dans un riche et grand tabernacle doré. Il y a à côté un Parterre avec de belles allées où l'on va prendre l'air quand on en a besoin.

Le reste du bâtiment est un grand corps de logis qui a quatre estages l'un sur] l'autre : en chacun d'euz^ il y a une galerie qui a huit chambres à droite

et autant à gauche, avec une neufviéme qui la termine , et est occupée par l'un des quatre Pères qû ont soin cliàcun des E^ercitans de sa galerie.

Dans chaque chambre il y a un lit, un Oratoire et une table, elles ne sont divisées que par des tendues de bois , et n'ont point d'autres lambris que cdi^ qui est commun à toute la Galerie : car on a jugé qu'il faloit leur donner beaucoup d'air pour FEsté. On loge en la première et en la seconde Gralerie les personnes les plus honnêtes, et leurs lits sont emîronnez de rideaux fort propres , on loge sur la plus haute GkQerie les Villageois ; il n'y a de chambres que d'un côté et deux lits en chacune, de l'antre cfttfr on a mis un rang fort long de paillasses qui se touchent, et des couvertures grossières sur chacune de ces paillasses.

On reconnoit qu'on a mal fait déloger là les Villageois^ qui ne pouvans demeurer au Ut aussi longtemps que les autres, sur tout aux grands jours, incommodent grandement ceux qui sont dessous, parce qu'étant accoutumez de dormir peu, se lèvent plûtost , et se couchent plus tard que le reste des Exercitans : Il eut mieux été de bâtir en bas et à costé un logement pour cette sorte de personnes.

Il y a encore un corps de logis qui coupe à angle droit celui de ces quatre Galeries , il n'est pas si grand quoy qu'il soit aussi haut, on y a fait de plus

grandes et de plus belles chambres pour les personnes de la première qualité, mais il n'y en a pas assez , il y a néanmoins tres«souvent des Magistrats et des personnes signalées qui logent volontiers dans les chambres les moins commodes. Quand on mange il y a un Lecteur en chaque Refectoir, qui lit tout le temps de la table des matières conformes au sujet des Méditations qu'on fait chaque jour : il y a aussi un de nos Pères qui se promené toujours de Ton à l'autre Réfectoire pour donner ordre ^ tout, et qui après le repas s'en va manger au Collège : per^ sonne des nôtres ne mangent jamais dans la Maison de Retraite.

n y a quatre Pères qui y demeurent et qui la conduisent, M' Querlinio les a fondez et leur a donné près de cinq cens escus de rente? ils donnent au CioUege chacun cent escus pour leur pension , le reste est pour les besoins de leur Maison : le Père Hubi est le supérieur indépendant du Recteur en tout le tesaporel , les autres trois Pères dépendent de ce supérieur en la seule conduite des Exerdtans.

Leurs noms sont écrits au Catalogue de la porte du Collège avec ceux des autres dans l'ordre alphabétique : mais celui du Supérieur n'est mis dans ce même ordre que sous ce titre : Superior damus Exercitiarum.

11 faut encore remarquer ici sur le temporel de cette Maison, qu'il y a certains Exercitans qui ou ptr pauvreté, ou par quelqu'autre considération se nourrissent eux mêmes : ils ont un Refectoir à l'entrée de la Maison , où leurs parens leur portent i chacun leur diner et leur souper, à même tempe que les autres mangent ailleurs , et ceux-cy ne payent tout-à-fait rien aux Hostes qui nourrissent ces autres Exercitans.

Ceux Qui veulent faire la Retraite dans cette liaison s'y rendent le premier ou* le troisième Mardy au soir de chaque mois , excepté le mois d'Octobre, qui est le temps des vacations , tellement qu'il y a chaque année environ vingt bandes d'EIzerditans, dont le nombre est si grand et si prodigieux , qu'il monte chaque année au delà de deux mille. On reçoit indifTéremment les Laïques et les Elcclesiastiques, les Nobles et les Roturiers, les Pauvres et les Riches, les Doctes et les Ignorens, aussi a-t-on mis sur Ventrée de la Maison cette Inscription : Donm mea domus orationis vocabituvj omnibtis gentibus.

Avant que j'eusse veu l'expérience de cette Maison j'avois creu que celle de Quimper eu usoit mieux, parce qu'on sépare les bandes des Ecclésiastiques et des Laïques ; mais j'ay trouvé que cette séparation n'est nullement nécessaire , ainsi qu'il paroitra en la suite.

Au reste c'est une merveille surprenante de voir que le Mardy au matin on ne sait point s*il viendra personne en retraite , et néanmoins sur les trois ou quatre heures du soir , sans qu'on se mette en peine d'inviter qui que ce soit , la Maison se trouve toute pleine d'EIzercitans qui se rangent tous dans la Sale, jusques à ce que le Père , quand il voit que tout est Tenu assigne à chacun la chambre qui convient à sa qualité. Le nombre est ordinairement de deux cens. On en peut loger jusques environ deux cens cinquante. J'ai veu dans la dernière bande de juillet des EIxercitans venus de tous les Diocèses de Bretagne, à la reserve de celuy de Nantes , où il y a une semblable Maison : et ce qui est de plus admirable c'est que quoy que -ce fut au temps de moisson qui occupent tous les gens de la campagne, j'y contay plus de quarante laboureurs.

Voicy ce qui contribue à faire venir ces grandes foules de monde sans que nul des nôtres s'en mêle : Premièrement on imprime chaque année un placard et f on marque les jours ausquels on commencera , et l'on finira les Exercices de chaque bande. On en envoyé en toutes les Paroisses des Diocèses, on les affiche aux Sacrities et aux Eglises de chaque lieu : on en donne aux Exercitans lorsqu'ils s'en retournent pour les publier en leur païs , et même lorsqu'on imprime l'ordinaire de l'Office des Prestres comme

on y marque les jours ausquels on donne les Ordres, ainsi on y marque les jours ausquels les exerdcei commencent. Je vous en envoie un exemple que vous verrez en cette page de TOrdinaire imprimé cette année.

D'ailleurs plusieurs Curez publient aux Prônes ces Placards , et ceux du Dioceze de Vennes eIho^ tent leurs Paroissiens par ordre de leur Evèque i aller en cette retraite. Ceux qui y ont été une fois, y retournent presque toutes les années, et en disent tant de bien qu'ils persuadent à plusieurs autres d'y aller, et même ils les y conduisent. Les changements de vie et de mœurs qu'on remarque en plusieurs de ceux qui en reviennent en persuade d'autres, les mères y exhortent leurs enfants , les femmes leurs maris , quelques Confesseurs y obligent leurs penitens, les Missionnaires y en envoient un grand nombre. Les débauchez dès qu'ils veulent se convertir se résolvent à commencer par la retraite , et quelques uns mêmes se trouvans dans le danger font vœu d'y aller, il y a aussi des Curez qui s'y en vont et y mènent avec eux un grand nombre de leurs Paroissiens.

Les spéculatifs qui n'ont pas l'expérience de ces exercices ont déUbéré plusieurs fois , s'il ne serait pas mieux de recevoir séparément les bandes des Ecclésiastiques , des gens qualifiez , et puis des Vil-

lageois , mais cm a toujours conclu qu'il est mieux de les recevoir tous ensemble , parce-qu'autrement , <m ne pourrait pas donner en un an les exercices à tous ceux qui se présenteroient ; car comme les bandes des Ecclésiastiques ou des personnes qualifiées seroient plus petites , il fitudroit que celles du peuple fussent chacune de quatre ou cinq cens , et Von ne sauroit ny en loger ny en confesser un si grand nombre tout à la fois , outre que les exercices de Saint Ignace fournissent les mêmes Méditations, et les mêmes sujets pour toutes sorte de personnes, Laïques et Ecclésiastiques , Doctes et Ignorans, on traite en public certaines matières, ou dans les Ebchortations ou dans les Méditations qui conviennent à tout le monde , et on explique en particulier les autres matières qui conviennent à chaque estât , Ecdestastique ou Laïque.

Et quoy qu'il semble qu'un Gentilhomme ou un Magistrat doive se rebuter d'être mêlé avec des Païsans^ et les Âbbez avec des jeunes Echoliers , néanmoins ils avouent eux-même que cette multitude et la variété des personnes leur donne de la dévotion. Cest ce que j'ay remarqué en la dernière bande, où je voyois en même temps fondre en larmes des Curez, des Magistrats, des Gentils-hommes^ des Bourgeois , des Marchands , des Artisans , des Laboureurs, des Vieillards, de septante à huitante ans,

et des Echoliors ei d'antres jeunes garçons de boutique âges de quinze à seize années.

J*ay veu des Magistrats et des Oentil84iomiii68, ' ^^ et même des Ecdésiastiques fort spirituels, qiû m'en dit qu'en fiûsant la retraite dans des Maisons de Paris ou d'ailleurs, ils s'ennuyoientdans trois jours, et que néanmoins ils ne s'ennuieroient pas celle-(rf 1 ^ après trois semaines , quoy-que durant tous les boit jours on y observe un silence aussi sévères quepanr^^ les Religieux les mieux réglez.

L'ordre qu'on tient durant la Retraite est tout-à^^ ^ fidt beau , et bien proportionné au dessein de saiou^ Ignace, on y traite en abbregé selon l'idée de^^ Exercices de ce saint Patriarche , tous les sujets d^^ '^ la vie purgative, illumbiative, et unitive, et Ton ]^^^^ garde avec soui , non seulement le silence , car il^ -^ n'est jamais permis aux Exercitans de parier dnrand^^

la huitaine , mais encore les annotations , les addi -^^

tiens , et les autres règles qui sont prescrites dans le livre que le saint a composé.

Pour cela dès le Mardy au soir après souper , on s'assemble dans la Sale , et là au Ueu de la récréation , le supérieur de la Maison déclare à tous la distribution du temps des Elxercices, et de toutes les autres clioses qui doivent estre observées et qui sont marquées dans des imprimez qu'on a mis en chaque chambre : On donne aussi à ceux qui en sont ca-

pables , qudqaes cayers séparez, où sont imprimées les Méditations de diaqoe joor , et les livres qu'ils doivent lire.

Le lendemain et tons les antres jours snivans depuis cinq heures du matin jusques à neuf heures du soir , les Exercices sont si bien ré^ez qu'il n'y a pas un quart d'heure qui ne soit déterminé pour quelque saint employ.

On les assemble tous les jours cinq fois , et durant cinq heures ou à la Chapelle pour foire leurs méditations , ou pour entendre les Exhortations , ou pour vaquer aux considérations qu'on appelle icy des Conférences. Le reste du temps qui n'est pas pour le repas, est employé à dire ou à entendre la Messe , à reciter l'Office Divin pour les Prestres, ou celuy de Nôtre-Dame pour les Laïques, ou le Chapelet; il est aussi employé ou à lire , ou à entendre lire les livres propres aux Méditations de chaque jour, ou enfin à quelques autres exercices qui sont marquez à chacun selon sa portée.

A cinq heures du matin on se lève , on va saluer le Saint Sacrement, depuis cinq et demie jusques à six et demie -, ceux qui sont les plus spirituels , font leurs méditations s'ils veulent dans leur chambre , ou bien ils vont avec tous les autres la faire dans la Sale en cette manière. Le Père qui a ce soin monte en Chaire, explique en peu de mots l'art de méditer

et le sujet de la méditation qu'on va faire. D en distribué les points , et puis tous se prostemans à genoux, avec luy , il fait la méditation tout haut , qu'il commence par l'Oraison qu'on nomme préparatoire, où il se propose la présence de Dieu , luy offire ceft^ exercice, fait les deux préludes, et passe ensuite points qu'on doit méditer, produit tout haut 1 pensées de l'entendement, et les affections de volonté , fidsans de temps en temps des poses donner à chacun le loisir de les continuer en silence, selon que le Saint Esprit luy suggère. Il continu cette méthode pendant l'heure entière, &isant ou seoir ou agenouiller les assistans selon les besoins. L'heure étant passée on se levé on va de la Sale à la Chapelle , on baise en passant un crucifix qu'on rencontre sur l'entrée, et tous étant rangez à genoux le Père fait le dernier colloque devant le Saint Sacrement avec une prière ou il demande à nostre Seigneur les grâces proportionnées au sujet de la méditation , après quoy tous disent le Pater et l'Ave^ baisent la terre et se retirent en silence en leurs Chambres pour y faire un quart d'heure de recoliection ; ou de reflexion sur les bons propos qu'ils vien* nent do concevoir.

En assistant à cette sorte de méditations , j'y ai remarqué , une espèce de miracle approchant de celuy que firent les Âpostres au jour de la Pente-

coste. Car j'ay yù en une multitude composée de tant de aortes de gens Eodesiastiqiies , Laïques , Doctes y Ignorons, Nobles, Roturi^s, jeones et vieux , Spirituels ou grossiers , que quand un seul homme leur pariait, le Saint*£sprit par un prodige

ordinaire en ce lieu, touchoit tous ces cœurs fort sensiblement , et donnoit à chacun d'eux les pensées et les sentimens qui luy étoient propres, ainsi qu'ils dédaroient aux Pères qui les dirigent.

Environ les sept heures on dit la Messe , tous y assistent, on l'accompagne par fois de quelque chant, ou de quelques actes proportionnez à la Méditation du jour. Au sortir de là , ceux qui en ont besoin vont déjeuner. Depuis huit heures et demie jusques à neuf, et demie , on fait à la Chapelle une exhortation pathétique, sur le sujet des méditations. On la finit aussi par un colloque que le Prédicateur fait à genoux devant le Saint Sacrement. Tout le reste de la matinée est employé selon la distribution du temps, ou à reciter l'OfTioe à l'Oratoire, ou à Ure les Livres Spirituels qui sont assignez ou à préparer la Confession générale^ ou à dire le Chapelet pour le regard de ceux qui ne sçavent pas lire. A dix heures et trois quarts tous dinent, et après le diner, ils s'assemblent à la Sale, et pendant qu'ils gardent le silence , un des Pères , au lieu de la récréation leur explique d'une manière familière, et instructive

chaque jour un Tableau différend qu'on expose pour lors et qui contient quelque moralité conforme anx sujets qu'on médite ce même jour. On en vend à Paris ; ces tableaux représentent ou les sept pechei mortels , ou les quatre fins de l'homme , ou quelques paraboles de l'Evangile , comme sont celle de l'Enfant prodigue , ou du Samaritain ou l'histoire da riche damné , quelques autres représentent les deux étendards des exercices de Saint Ignace , ou les trois classes différentes , ou les deux Tables du Decalogue ou les vertus Théologales , ou les huit Béatitudes et ainsi du reste. L'explication de ces Tableaux est fort ingénieuse , instructive , et si agréable qu'elle sert de récréation à chacun des exercitans , qui en sont également édifiez et touchez. A la fin de cette explication on va dans la Chapelle, faire une prière pathétique au Saint Sacrement, sur le sujet qui vient d'être expliqué, et puis chacun se retire en sa Chambre.

Depuis cette sorte d'entretien jusques à deux heures et demie. On s'occupe ou à lire et à écrire dans la chambre , ou à visiter les stations différentes de la Passion exposées à la Chapelle , à la Sale et aux Galeries de la Maison. Ces Stations sont dixhuit peintures , qui représentent les diverses peines de Nôtre Seigneur , son agonie au jardin , sa prise , ses accusations , sa flagellation , son couronnement et le reste. On y conduit une bande de ceux qui ne

çavent pas lire , car les autres y vont chacun en on particulier , ils se prosternent à genoux devant Image, et puis un Lecteur lit tout haut le Mystère xpliqué dans un Livre du P. Parvilliers composé »our cet usage , et les prières ou les actes proporionnezau sujet. Ils se lèvent trois ensemble et vont te la première Station fiEiire le même à la seconde , it puis à la troisième , et en distribuent le nombre Tune telle sorte, que dans les huit jours ils les visient toutes , quand la première bande a fait , la scande et les autres succèdent et font le même , et ^nent ainsi les Indulgences que Monseigneur de fennes a appliquées à ces peintures pour les exercians qui les visitent de cette sorte.

Depuis deux heures et demie jusques à trois et lemie , on fait dans la Chapelle une seconde exhoration fort pathétique qui peut servir et de conside- *ation et de méditation , après laquelle tout le reste lu temps est employé , ou à la prière vocale de Tofice ou du Chapelet ou à la mentale et à la lecture , )u à la conférence particulière avec le P. Spirituel, tfais depuis cinq et demie jusques au souper on issemble séparément les Prêtres pour leur faire des conférences propres à leur état , et les bonnes gens, 30ur leur faire des catéchismes et des instructions chrétiennes, pendant que les autres s'occupent saintement en leur chambre.

On soupe à six heures et demie , et à sept heures tous se rendent à la Sale , où le Père les entretient comme après le dîner non pas sur des peintures, mais sur des règlements de la vie chrétienne , et leur expUque fiEU^ilement tout ce qu'ils ont à fiûre chacun en son état pour la conduite de leur conscience oa de leur famille et ainsi du reste.

A huit heures on dit en ce même lieu les Litanies des Saints , et les Oraisons qui suivent , avec quelques autres prières , on y fait tout haut l'examen de conscience , après lequel tous s'en vont à la Chapelle , et la on trouve exposée chaque soir sur l'aatel une peinture différente sur les divers Mystères de la Passion ^ elle paroit dans les ténèbres par le moyen de quelques chandeles allumées que l'on cache derrière. Ces peintures sont l'une de l'agonie du Sauveur au jardin , l'autre de la trahison de Judas, l'autre des tourmens que le Sauveur souffrit chez Caïphe^ l'autre de la flagellation , et ainsi de suite , jusques au crucifiement.

Tout le monde étant à genoux devant cette représentation , le Père explique en peu de mots et en des thermes pathétiques le mystère, et l'accommode au sujet des méditations et des autres matières qui ont été traitées ce même jour. Il conclud par quelque prière proportionnée qui est quelque fois suivie d'un chant ford dévot, et fort touchant, après lequel

tous baisent la terre, et puis on se retire aux Gbamlires et Ton se couche.

Outre les exercices qui se font tous les jours , on pratique encore chaque matinée dans la Chapelle , afirés la première méditation « quelques cérémonies propres au sujet de chaque jour , comme par exemple au commencement de la semaine , on distribue à. chaque exercitant un Gruciiix en cette manière. On met deux Êiuteûils aux deux cotez de TÂutel où se mettent deux Pères avec le surplis pour les distribuer , et après qu'on a expliqué, avec quelle dévotion on le doit garder à la Chambre , on entonne lo VexiUa Regia , que l'on continue durant la distribution. Deux autres Prêtres les prennent aux deux portes de la Sacristie , et les remettent à ces deux Pères qui les donnent , comme on donne les Saints du mois à ceux qui viennent en ordre les recevoir à genoux , et lorsqu'ils sont tous distribuez on leur fait une petite exhortation pathétique sur ce sujet , qui est une paraphrase de ces mots de saint Augustin , SiAspice vulnera pendentis pretium redi" mentis... Totuspro vobisfigatur in corde qui totua pro vobis fixus est in cruce , après qu'oy on les renvoyé tous à leurs chambres avec le Crucifix à la main, et les larmes aux yeux.

Un autre jour on fait une amende honorable devant le Saint Sacrement qui est dans le Ciboire ex-

posé sur Tautel. Un prêtre ayant le surplis et Tétole prononce cette amende tout haat , et le reste des assistans la ratifie.

Un autre jour on fidt à peu près de la même minière, tantôt le testament de Tame , selon le modèle de celuy que fit S. Charles Borromée, tantôt la consécration de sa personne et de sa fiBunille à la saints Vierge , ou à TÂnge Gardien , tantôt on fidt l'Adonh tion du Crucifix , ou la rénovation des Saintes promesses du Baptême , ou quelque dévotion pour les âmes du Purgatoire.

Le dimanche au matin tous ceux qui ont la ûe^nh tion de communier le font durant les Messes qui se disent pendant toute la matinée; mais le dernier jour qui est le Mecredy^ on £Edt une communion générale , d'une telle sorte néanmoins que si quelqu'un n'étoit point en état de la faire , comme il arrive parfois , on ne le pourroit pas remarquer.

Ce même jour le dernier de la Retraite se passe tout , en une soleronité extraordinaire ; car quelque temps après la méditation du matin , tout le monde étant assemblé à la Chapelle on espose le Saint Sacrement pour tout le reste de la journée , on dit la Messe , à la fm on communie les Exercitans, ausquels on fait avant , et après la Communion quelque exhortation courte et dévote qui excitent à Tamour de Dieu, et à la résolution de mieux vivre.

Afin que cette dévotion soit plus touchante , on a dessein d'introduire la coutume , que chacun en communiant aura un Cierge allumé et que les hôtes qui nourrissent les fourniront moyennant deux sols, que chacun leur donnera par dessus la pension ordinaire , après la Messe et l'action de Oraces , on se retire à la Chambre , ou bien on se tient devant le Saint Sacrement.

A huit heures , on revient à la Chapelle , où l'on a préparé un Autel , devant le Balustre , sur lequel est exposé , au milieu , un Crucifix en relief , à la droite du Livre ouvert de l'Evangile, à la gauche un grand Reliquaire , ou l'on voit au travers d'un verre de belles Reliques.

Tout le monde étant prosterné devant le Saint Sacrement, et devant cet Autel , le Père revêtu d'un surplis , et debout à côté du même Autel explique le dessein de la cérémonie , il dit que c'est pour renouveller icy non seulement les protestations faites au Baptême ; mais tous les bon propos faits durant la retraite , et pour promettre à Dieu , non par un vœu, ni par un serment , mais par une sainte resolution de le mieux servir désormais , et de mourir plutôt que de l'offenser mortellement.

Après cette petite instruction, un Prêtre revêtu de la Chape prend le Saint Sacrement de l'Autel , et se tournant vers le peuple , il le soutient jusques à ce

que le Père en le moDtFmt anx Exerdtaiis , leur A que c*est là ce Jesos qui les est vena chercher da CM dans une étable et sur une Croix pour fiiire toir» lot « et pais en leur montrant ce qui est sur l'Atiid, il leur dit que c'est cette Croix qoi a mis en ftiik toutes les poissanoes de TEnfiM*, et triomphé de tout le monde , que c'est là cÀ Evangile qui a disôpé toutes les ténèbres de la terre , et que ce sont ià ta Reliques des Saints • qui ont signé de leur sang le même Evangile , et nous ont donné l'exemple de k fidélité que nous devons à Dieu ; qu'il &ut que chacun promette à Dieu une semblable fidélité , en adorant Jésus-Christ sur cet Âuf d , et en baisant avec respect et sa Croix et son Evangile , et les reliqon de ses saints Martyrs.

Ensuite le Prêtre accompagné de quelques Ecclésiastiques porte en procession le saint Sacrement autour de la Chapelle en dedans , pendant qu'on chante un HymnCi et quand il Ta remis sur TAutel, le Père prosterné au milieu de la Chapelle dit tout haut quelques prières , qui sei*vent d'exemple anx autres , et puis pom* adorer le saint Sacrement , il baise la terre, après il s*approche de l'Autel et baise la Croix ^ T Evangile, et les Reliques, ensuite pour adorer encore le saint Sacrement, il baise une seconde fois la terre au même lieu que la première fois, et va s'asseoir à sa place. Le Prêtre qui a posé

sa Chape, toas les Ecclésiastiques qui le suivent, et tous les autres font la même que le Père : cependant on chante quelques Psaumes propres à cette solemnité, qui dure presque jusques au dîner.

A la fin le même Père distribué à ceux qui sortent de la Chapelle , une petite Croix qui a touché de celle de nôtre Seigneur, et un petit billet imprimé, qui les fait souvenir d'implorer souvent Taide de Dieu et de la sainte Vierge pour la persévérance.

Après dîner on explique à la Sale le dernier tableau^ qui est de la gloire du Paradis et de la peine de TEnfer, dont les Exercitans ont été délivrés par la pénitence. Et puis on va conclurre la Retraite dans la Chapelle. On chante le Te Deum^ pour Taction de grâces. On invoque l'assistance de la sainte Vierge pour toute l'assemblée, on prie pour le Pape, pour le Prélat, pour le Roy, et pour tous ceux qui sont recommandez aux prières, on donne la Bénédiction du saint Sacrement, on le remet dans le Tabernacle.

Après cela, le Prêtre va poser la Chape, prend le&omemens noirs, on met sur l'Autel les omemens de même couleur, et un Tableau du Purgatoire, on fait des prières pour les morts qui ont été autres fois dans la Retraitte , on écrit dans un Livre ceux qui se veulent obliger de faire dire chaque année , là ou ils se trouveront, une Messe pour les morts de la

même Retraitte , et puis le Père prie toute Tasse» blée de luy pardonner les foutes qu'il peut afoir commises en leur service , prend congé d'eux en tes embrassant, tous les autres Pères font le même, et tous les exercitans se disent aussi à Dieu mutudlement, et se retirent, souvent les larmes aux yeux rt avec l'édification de tout le monde.

Les admirables fruits de ces exercices ravissent tous ceux qui les voyent, quelques-uns pour exprimer leurs pensées nomment ces Retraittes, un ample abbrégé des exercices de saint Ignace , qui a cet avantage par-dessus les ordinaires , qu'on y traitte dans huit jours presque toutes les matières des quatre semaines ; et on les traitte d'une manière très propre à toucher, car sans préjudice du silence qui s y observe très exactement , on est fort animé par les bons exemples de tant de personnes qui s'assemblent tous les jours durant plus de cinq heures entières, et qui pratiquent des cérémonies très touchantes.

Quelques autres nomment ces Retraittes un abrégé de Mission ; et c*est avec raison , car on peut dire pour quelques-uns des Exercitans que cette retraitte n*e$t qu'une Mission de huit jours, mais on peut dire pour tous , que cette Mission a des avantages que les autres n'ont point. Car nous n'allons pas chercher les Auditeurs ; ils viennent eux-méme nous

chercher, et s'abandonner absolument à nos dispositions, ils entendent chacun plus de quarante ' exhortations , sans être jamais distraits par aucun de ces embarras du monde , qui étouflent les mouvemens du saint Esprit au sortir d'un sermon, et ils ont tous l'avantage de ne consulter pour leur conscience, et pour leur Cionlession générale, que quelque habile Directeur.

n y en a d'autres qui nomment la Retraitte un Noviciat du Christianisme , et ceux-cy parlent fort juste. Car nous voyons effectivement que tous ceux qui en sortent , quand même ils auroient été auparavant debeauchez, ignorans des veritez Chrétiennes, et tout-à-£edt perdus ; ils en sortent remplis de l'esprit de Dieu comme les disciples qui sortoient de leur Retraitte lorsque le saint Esprit y parut le jour de la Pentecoste , ils parlent un nouveau langage , ils ne respirent que Dieu , ils sont changez en des nouveaux hommes, ils sanctifient leurs familles, ils édifient toutes les compagnies où ils se trouvent, et ils avouent eux-mêmes qu'ils n'ont commencé de vivre en Chrétiens que lors qu'ils ont commencé leur Retraitte.

L'exemple de cette sainte entreprise a animé le zèle des femmes qui ont souhaitté un bonheur semblable à celuy des hommes ; une Demoiselle de la ville, qui ne veut pas être nopimée , fille de cinquante

ans, de la première qualité de ce pais, riche et fat vertueuse, étant sous la direction de nos Pem, coinmo elle l'est aujourd'huy, sous celle du foodi* tour de la Retraitte des Hommes , leur proposa b dessoin qu*elle avoit de bâtir une maison d'exenâoa pour les femmes , ils n'en furent point d'avis cnignans plusieurs inconveniens qu'il y avoit à craÎDdro : mais le zèle admirable de cette demoiselle i surmonté toutes les difllcultez, feu Monseigneur de Uosnmdet n*ayant pu avoir pour son Seminûre b maison qu'on nous donna, en fit bâtir une autre asseï proche do notice Collège, il n'eut pas loisir de rachd> ver avant qu*il quittât ce Dioceze. Cette Demoiselle qui on fait bâtir une pour les Retraittes des femmes, a loué coUo-cy pour quelques années ; et Ta mise en oUit do servir a son dessein , il y a une Chapelle qd est servie pondant toute Tannée par un Prêtre qu'elle ga^o, ollo y a mis des Grilles, comme aux Monastères ilos Uoligiousos, et Va si bien meublée , qu'on y peut loger commodément plus de deux cent femmes.

Monsoignour leur ayant donc donné son agrément, on a ajouté au placard qu'on publie pour les Retraites do notre Maison, que celle des femmes commencera et tiniiTi toujours en même temps que celle dos hommes, on les nourrit toutes dans la maison, à deux prix dilTerens, qu'on nomme la grande et la petite pension, cette sage Demoiselle se charge de

lout ce soin, elle a pour ce sujet des Servantes , et encore deux Demoiselles qui l'aident à faire les lectures, les explications des Tableaux, des Catéchismes, et le reste, qu'elles enseignent selon les écrits qu'on leur donne et qu'elles recitent par cœur.

On obserye dans cette maison le même ordre que dans la Retraite des hommes , on y fait les mêmes méditations, on y explique les mêmes peintures, on y lit et à la Sale et à Table les mêmes Livres, on y &it les mêmes prières , et les mêmes conférences, mais pour les exhortations et les confessions, elles ont outre le Chapelain ordinaire, qui est fondé, un Père Carme fort ancien, fort vertueux et fort expéri* mente en la direction des âmes qui prend le soin de ces Retraites. Monsieur de Querlivio, Vicaire General de Monseigneur de Vannes et le P. Hubi, quoyqu'ils n'en soient plus les Directeurs ordinaires, et nos autres Pères aussi, y vont souvent ou pour leur faire des exhortations, ou pour confesser celles qui les demandent.

n vient en ces exercices^ des femmes de toutes les quaUtez , on en voit bien souvent qui arrivent de vingt ou de trente lieues loin, d'autres qui se trouvent à la ville , venues encore de plus loin pour quelques affaires, se servent de l'occasion^ les maris qui viennent à la Retraite des hommes mènent à celle-cy leurs femmes ; les Pères , leurs filles ; les

Frères, leurs sœurs ; Tellement que le nombre des hommes qui Viennent augmente celuy des femmes, comme bien souvent le nombre des femmes aog* mente celuy des hommes. On m'a asseuré que ùm les deux années de cet établissement on y avoit reçQ plus de deux mille femmes, dont la plus part profitent de ces saints exercices plus avantageusement, et pour un plus long-temps que la plus part des hommes , tant parce que leur sexe est plus susceptible de la dévotion, que parce qu'après la Retraite elles ne sont pas si exposées aux tentations qae les hommes le sont d'ordinaire.

Je vous diray ici, en passant, de cette vertaeose fondatrice que non seulement elle oblige par un zde Universel toute la Province ; mais encore notre C!ompagnie par des bienMts signalez : nôtre Père Darand n'ayant de fond qu'un seul écu entreprit avec une confience en Dieu saintement hardie, de bâtir pour nôtre Collège de Vannes une grande et beUe Eglise semblable à celle de nôtre Noviciat de Paris, comme celle-cy est semblable à celle de nôtre Noviciat d'Avignon, cette Demoiselle luy donna vingttrois mille livres , et quelques autres bienfaiteurs ayant sui\7 son exemple , on Ta présentement achevée, pour exprimer la merveille de cette providence Divine, on a mis sur le Frontispice :

FUNDAVrr £AM ALTISSIMUS.

' Depuis ce temps, la même bienfaitrice pour acheter son entreprise en faveur des femmes a bâti et destiné à leur Retraite la plus belle maison de la Ville, capable de loger commodément trois cent femmes de toutes les qualitez.

Nôtre maison des Retraites de Venues a servi d'exemple à celles qui ont été établies en toutes les autres villes de Bretagne où nous demeurons, à celle de Quimper, où l'on sépare les bandes ; car elles sont composées , tantôt de seuls Ecclésiastiques, tantôt de seuls Laïques ; à celle de Rennes, où Ton ne reçoit encore que des personnes qualifiées que le Père Gigon Recteur de ce Collège dirige d'une manière très excellente. A celle de Nantes , où la résidence qui n*a que huit ou neuf des nôtres a déjà pour loger plus de huitante Exercitans.

On a fondé l'entretien de quatre des nôtres pour la Retraitte de Venues , et de deux pour celle de Quimper; les autres deux maisons de retraittes D*ont encore point de fondation, et sont dirigées par un seul Père.

Tout ce que je viens de vous dire de nos retraittes n'est point si surprenant, que ce qui se voit depuis peu dans la basse Bretagne où la foule des personnes qui s'y présentent étant trop grande pour être reçue dans nos maisons , notre Père Maunoir a trouvé le moyen de donper les exercices de Saint Ignace à

cinq cent personnes à la fois dans les Missions qnll fait aux Bourgs et aux Villes de ce pais.

La vocation de ce Père est aussi rare , qu'il est soigneux de s'en acquiter dignement. Quand il étoit jeune Régent à Quimper , il s'offiroit aux Supérieurs ' pour le Canada. Il tombât malade , et fut visité par M' de Noblets , illustre Missionnaire du pais , PrèM fort saint , dont on a imprimé la vie. Ce Missionnsdre, qui n'avoit jamais connu ce jeune hommes rassura que Dieu le destinoit à luy succéder aax Missions de la Basse-Bretagne, depuis ce temps, comme ce même jeune homme étudioit en Théologie à Bourges , il eut une cangraine au bras gauche qui s'étendoit depuis le coude jusques à Fépaule : Il fit vœu à Dieu que s'il guerissoit et que les supérieurs l'agréassent il passeroit toute sa vie aux Ifissiens de la Basse-Bretagne ; il fut guéri miraculeusement , il apprit la langue du païs tres-difQcile , et depuis quarante-cinq ans , il n'y a jamais discontinué le travail des Missions , il a présentement dans le païs plus de deux cents Prêtres à sa disposition , il les a formez à cet employ ; quand il fait une Mission il en appelle à son aide un grand nombre , qui est quelques-fois de quarante ou cinquante, tant Prédicateurs que Confesseurs , ils vont tous à luy à> leurs frais , et plusieurs d'eux se nourrissent , et eP^ nourrissent d'autres pendant la Mission , par l'aida

de ces Messieurs il donne en un mois de Mission les exercices à plos de mille cinq cent personnes.

n en reçoit 500. i la fois , ce sont la pluspart de panvres gens, qui viennent les uns du voisinage, les autres deux ou trois lieues loin , ils portent en y allant du pain , du beurre et quelques autres provi-* «ions pour 8. jours. Ceux qui sont du voisinage se retirent tous les soirs chez eux , on loge les autres dans quelques granges, ou dans quelques autres lieux commodes , et Ton y sépare les femmes des hommes.

Pour leur donner les exercices on les assemble tous des le grand matin , et on les tient jusques au soir dans l'Eglise à la reserve du temps de leur dîner. On leur fait des instructions de la méditation , et de la prière, on la fSût tout haut devant eux-mème, pendant la Messe et après ; on leur lit des Livres Spirituels , on leur explique des peintures semblables à celle de Venues, on les aide à préparer leur Confession générale , et pour les confesser on les distribue à 50. Confesseurs destinez à les entendre et à les instruire ; on donne à chacun de ces exercitans le temps et l'heure d'aller à Confesse , en telle sorte que le pénitent est assuré d'être entendu en son rang sans qu'il soit obligé de perdre au prés d'un Confessionnal le temps qu'il doit mettre à oûir les exhortations et les instructions publiques.

Âpres quelques jours d'exercice chaque mafinto *^ on Communie tous ensemble ceux qui ont été coa* fessez, et on fait en leur Communion plusieurs cérémonies fort touchantes.

Sur les onze heures on les envoit dîner au Ornetiere ou ailleurs , et sur le soir on les congédie pour aller au lieu où ils doivent coucher. C'est merveille de voir toute cette foule de monde garder le silence comme des Religieux, non seulement lors quMls mangent; mais lorsqu'ils s'en vont coucher chei eux , après qu'on a achevé de la sorte la première blinde on fait le même à la seconde, à la troisième et aux autres durant toute une Mission. Le Père Maunoir âgé aujourd'huy de soixante et quinze ans, donne Tordre à tous ces travaux ; mais avec tant de présence d'esprit et de conduite qu'il semble n'avoir pas à disposer de dix personnes , et avec autant de force et de vigueur, qu'il en avoit à Tâge de quarante ans , lorsqu'il préchoit dans les Campagnes.

L'exemple de ce Père est imité aujourd'huy par nos autres Missionnaires qui dans les villes même où ils font leurs Missions, donnent les exercices à tous les habitans qui les veulent faire , les divisans en des bandes de deux ou trois cens à la fois , qu'ils tiennent durant tout le jour, séparez dans quelque lieu propre à ce dessein , où ils les occupent saintement durant quelques jours, les faisant manger là même

tons ensemble , car chacun s^y fait porter de chez lay pour chaque repas sa nourriture, et les ren* voyant chaque soir coucher chez eux pour en revenir le lendemain ; quand la première bande a achevé sa retraite , et que chacun a fait sa Confession en commence une autre de ceux qui demandent d'en être ; car pour y entrer il faut être admb par le Supérieur de la Mission , qui choisit les personnes selon la qualité convenable à ceux de chaque bande , pour ne mêler pas les ignorans avec les gens d'esprit, ni les païsans avec les personnes qualifiées.

J'ay vu en ce païs quelques Missionnaires Ecclésiastiques qui font durant leurs Missions de semblables Retraites pour les homtnes , et ils ont des Demoiselles vertueuses qui donnent en même temps les exercices de la même manière aux femmes , à l'exemple de celles de Yennes.

Si vous voulez donc sçavoir mon Révérend Pere^ le nombre des personnes qui profitent aujourd'huy des exercices que Dieu a inspiré miraculeusement à nôtre Glorieux Patriarche saint Ignace , et qui se rependent en ce temps avec tant de fruit par toute la terre , je vous diray, qu'en cette seule ville de Yennes , où la maison des Retraites est établie depuis plus de vingt ans , on y a donné jes exercices à plus de trente mille personnes. Que si nous joignons à cela le nombre que l'on conte en nos autres trois

maisons de cette seule Provinoe de Bretagne, el^ ^ nombre de femmes qui font de semblables Retrall^St et dans Vennes et dans Qoimper, et aux autres viD^sf du voisinage (car on en établit partout à Tréqukr, ê saint Malo , à saint Paul de Léon, à Nantes et ifl* leurs) vous pourrez conjecturer par là, quelle gk»re donne encore à Dieu nôtre saint Patriarche , par le moyen de ces saints Exercices qu*il employa durant sa vie , et qu'il nous a laissé après sa mort pour la conversion et dans la sanctiGcation du monde.

Quand à nos autres maisons de Retraittes qu'on a établies en Bretagne à l'exemple de celle de Veanés , j'ai remarqué quelques diflTérences qui sort accommodées aux lieux , et qui peuvent servir d'ina* truction aux Provinces qui voudront entreprendre cette sainte œuvre.

A Quimper on divise les personnes selon leur condition , car on donne séparément les exercices tantôt à une bande de seuls Ecclésiastiques , tantôt à une autre de Grentils-horomes où des Boui^geois les plus honnêtes , tantôt à une bande de seuls Villageois a qui on ne parle que le langage du pais qui est le bas Breton. Les deux Pères qui conduisent cette maison ne sont point fondez comme ceux de Vennes , ils sont du collège comme les autres et sous un même supérieur. Vers la fin des exercices , ils observent une cérémonie qui leur est particulière :

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