DE LA
MORT DV SEIGNEVR TROILE SAVELLE
décapité à Rome en Tage de dixhuicl ans,
dans le Chasleau Sainct-Ange, sur les huicl heures et demie du matin,
sous LE PONTIFICAT DE N. S. P. LE PAPE CLEMENT VIII.
Qui seruira de miroir et consolation à toute personne^ et d*vn vray moyen pour se préparer à bien mourir.
Traduicl d'Italien en François, par P. D. P.
AVX LECTEVRS
L'vne des plus vtiles et nécessaires leçons de toute la Philosophie Chrétienne, est celle qui nous enseigne à bien mourir : pour autant que la mort est vn glissant passage, lequel, fait comme il fault, nous conduit au Ciel, mais aussi si nous choppons, l'Enfer est nostre précipice. Leçon neantmoins ordinairement la moins cstudiéo de toutes; parce qu'il y a si estroite et iurée amitio entre Tàmo et le corps, que quand on parle de les séparer, chacun bouche l'oreille : et mille fois le iour que nostre fragilité nous conuie d'y penser, nous nous flattons nous-mesmes, et cherchons tous moyens d'en diuertir nostre esprit. Si est-ce que, puis que la mort est ineuitable, y estans tous condamnez par arrest définitif de la Nature, il nous y faut résoudre : et comme chose où il n*est pas permis faillir deux fois, nous deuous mettre peine à la bien faire. A quoy nous excitent merueilleusement les exemples de ceux qui d'vn cœur généreux ont franchy ce sault, et beu ce calice, ainsi qu'une médecine qui les deuoit rendre immortels. Entre lesquels, ie confesse n'en auoir guère veu ny leu qui m'ait esmeu d'auantage que la belle et Chrestienne mort du Seigneur Troïle Sauelle, décapité à la vérité pour ses meffaicts, mais à qui Dieu en fin ouurit tel-
lement l'esprit, et départit si libéralement le tbresor de ses grâces, qu'il doit seruir à toute la postérité pour mirouer non seulement d'vne constance Romaine et digne de son sang, mais aussi d'Mie vraye et parfaite contrition. Le iugement que i*en fais, et le sentiment que l'en ay ne seront aucunement suspect, pour la connoissance^rticulière que i'auois de ce ieune Seigneur, et l'estime que i'ay tousiours faite de sa maison, Tvne des plus illustres et anciennes de Rome; mais ie n'y pense point estre trompé, quand ie considère que nostre sainct Père mesme (soubs l'autborité duquel il mourut) ayant esté informé au vray de tant de vertu, qui s'estoit Irouuee en vne créature d'aage encor' si tendre et délicat, meu de compassion ne peut contenir ses larmes : et que d'ailleurs la bonne et yertueuse Dame mère de ce Seigneur ne peut iamais receuoir consolation de la mort de son fils, que quand elle en apprit la bonne et heureuse fin, par le discours de ceste pitoyable histoire, recueillie fort fidèlement par vn très docte et et religieux Père de ceux qui assistèrent au patient iusques à la mort. Celuy, à mon aduis, auroil le cœur de marbre, qui la pourroit lire sans estre touché de quelque bonne et saincte motion en son ame, soit à louer et admirer la bonté diuine, qui faict reluire en tout temps, en tout lieu, et en toute personne, les efifecls de sa grâce et miséricorde : soit à pleurer ses fautes et en auoir contrition : soit à mespriser la mort, et se roidir contre ses efforts à l'imitation de ce généreux Seigneur.
Quant à moy, si ie n'en ay iusques icy faicl si bien mon prouffit que ie deuois, pour le moins puis-ie dire y auoir pris im merueilleux goust'et contentement : et tel, que le discours escrit à main, m'en ayant esté communiqué par TAutheur mesme, moy estant à Rome, et du temps que le faict suruint, ie l'apportay en France, et d*Italien, luy fis
parier nostre langage, non a autre dessein, que pour m'en donner moy mesme plaisir : toutefois Tayaut laissé voir h quelques uns de mes amis, et voyant qu'ils y pronoient pas moindre goust que moy, ic mo suis laissa vaincro à leur persuasion de le mettre en lumière. La l<M'luro nVn est pas longue, et m'assourcj qu'elle niî ««M'a point ««nnuyeuse à quiconque, soigneux de son saint, no demlalgnera point vne si saincto guide pour vn si difflrilo <*! dnngereux passage, que celuy qu'il faut nocrsHnirenxMit f;iin* pour y parvenir. Vsez doncques de ce iM»tit labour to»moin du grand désir que i'ay de seruir au public. ADIEV.