CONFESSEL'B DE LOUIS XIII A H0NSEI6NEUR LE CARDINAL DB RICHELIEU
■<l«i1)WWIW».
Si vos oreilles étoient aussi accessibles aux vi^rités divines, qu'elles sont ouvertes au\ louanges humaines ; et si les Régimens de Ruel donnoienl aux bannis rentrée qu'ils refusent quelquefois aux adorateurs ; je nie scntirois avoir assez de résolution pour dire à votre Eminence , de bouche , ce que la nécessité m'H)blige de lui envoyer par écrit. Il est véritable qu'ayant remontré au Roi plusieurs choses qui concernoient le salut de son ame, et le bien de son État, il en fut grandement touché, et me demanda si je serois content de les proposer en votre présence, pour le désir qu'il avoit d'y pourvoir efficacement. A quoi je répondis que je n'ignorois pas qu'il y avoit un danger évident pour moi , si je venois à choquer vos sentimens que je savois être très -délicats ; néanmoins que je le ferois courageusement , n'estimant pas qu'il fût loisible à un Religieux de rougir pour la vertu ; ni à un Confesseur et Prédicateur du Roi d'obscurcir par le silence des vérités qui mériteroient d'être écrites avec le rayon du soleil. Je m'en allai de ce pas à
Ruel, où le Roi promit de se rendre, sans toutefois Youloir -^^y
faire parottre qu'il y vint à dessein ; mais plutôt par ren j.
contre. J'eus Thonneur d'entretenir votre Eminence qui^^ se mit incontinent à parler sur Tesprit et sur l'artifii des femmes ; comme voulant blâmer ces généreuses quE^ n'avoient point voulu s'assujettir aux loix de son Empire^: et quoique je sois peu façonné aux dissimulations de h Cour, je m'apperçus bien que les nuages s'assembloienl en \otre cœur pour faire de l'orage contre moi. Sur point le Roi survint , et vous me dites qu'il n'étoit pas propos qu'il nous vit ensemble; mais que je ferois biei d'enfiler une montée secrctte pour m'en retourner, quoi je ne lis aucune réponse, n'ayant point envie d'obéir^ et ne voulant pas aussi m'avouer être venu de la part
Roi, d'autant que ce n'étoit pas son intention. Je me reti ^-i-
rai en la chambre prochaine , puisque je ne pouvois de — -^smeurer en la vôtre contre le commandement de yotm^^"^ Eminence. Je signifiai à M. Desnoyers que peut-être oir"*^^ poiu-roit avoir affaire de moi , et que je demeurerois IJ^fe» J^ pour comparoître quand je serois appelle. Je tins ferme^a^ -^ jusqu'à la nuit, et le Roi ne manqua pas de demander si -^^ je n'élois point venu à Ruel; maison lui répondit quc:-3^ JC j'en étois parti, pour empocher cette entrevue, à laquelle j'étois très-disposé. Dieu sçait avec quelle sincérité el quel courage je me préparois de plaider la cause de Diei et du public en vos présences, sans être ébloui des rayoni de deux pourpres si confusément unies; mais votn Eminence rompit le coup , et ne s'estima pas assez fort( avec tous les Régimens de France, pour soutenir la véritéqui venoit à Elle toute nue , et portée sur les lèvres d'un seul homme. Vous me fîtes réponse incontinent par les argumens les plus familiers à vos pouvoirs , et les moins glorieux à votre réputation , qui sont les bannissemens et les proscriptions : ensuite je fus livré aux ministres de
; votre justice, et mené par li inr::^ ri-nr r -n pniorinkr #Blai jusqu'au lieu de mic ^i Z*:^ y.a .< m'-i^Dmai omsacrév me vojnan: p^rsrr-ic :*: ur li ^z^sL-n ; e: n'ayint rien à plaindre en moi . j-r ; -i-*^ ; -^ " i -" ;•- ^ "• i^2>r Eminenoe qui s'oppi>s-3it à ^i-r. salu:. J: i.t::.-:^ fur ce cher Prince qui fermoit la f-:r.^ rir *' i^: ? '.u'-îrte à son bonheur ; et p^^ur dcohirr-rr i-:::.-2:rr.: mi-a oïur, fécrivis sur le chemin une lf:::rr i M. [h:<::".7-rr^ par laquelle je protestois que jaf ;.;? \rr,i ï li Oiur en homme de bien, et je puis dire en Lomme de bleii, a^ec un esprit fiporé de toutes factions . ce que la ''i^ite de mes papiers aToit assez manifesU} : mii5 qu'a^ini mûrement considéré le devoir de ma char;:e , et implort- le recours du Ciel, j'avois dit au Roi les choses que je ne pouvoir taire sans me damner; et que p^Viir c^la j'étois traité comme un prisonnier d*Etat, banni d'un exil de déportation , et relégué aux extrémités de la France ; que je bénissois Dieu de tout , et que je demandois seulement , qu ayant Técu toujours en bon Religieux, on me laissât sous les ordres de notre Révérendissime Père Général. M. Dcsnoycrs qui vous rend une obéissance si aveugle , ne manqua pas de vous porter ma lettre comme j*avois prévu , et votre Emincnce se piqua d*une ardente colère sur ce mot de damner, et s'étonna comme dans la servitude du temps qui lie les langues et accable les puissances , j'avois la hardiesse de damner les Ministres d'Elat. Mais je ne suis pas si téméraire que de condamner personne aux enfers, scachant bien que la miséricorde de Dieu a toujours les bras ouverts à la pénitence : j*ai seulement voulu dire que si Totre Emincnce ne remédioit aux désordres et aux calamités de la Chrétienté qu*Elle avoit causé; et que de nui part je fusse assez lâche que de célcr au Roi les obligations de sa dignité, nous étions tous deux en hazard de perdre le salut éternel. Qu'y a-t-il de plus juste que
cette parole ? Et néanmoins elle me fait ressentir les effets de votre fureur , me voyant relégué dans ce bout du monde, et frappé des foudres de Ruel, que plusieurs craignent plus que ceux du Vatican. Tout navré que je suis, je cours d'esprit et de souhaits pour panser les plaies de votre ame, dont le salut, nonobstant vos rigueurs , m'est très-cher ; et je m'assure que si vous laissez agir votre générosité , vous sçaurcz bon gré au plus fidèle de vos serviteurs qui vous sert dans la disgrâce , et vous aime jusque dans vos colères. Il y a une infinité de gens qui parlent tous les jours à votre fortune : permettez-moi de parler une fois à votre conscience ; ce sera pour vous approcher du salut , sans m'éloigner du respect que je dois à votre éminente dignité : je dirai sincèrement deux choses, dont la première sera l'obligation que j'ai eue de parler au Roi ; et la seconde vous fera voir la substance des choses que je lui ai remontrées.
Je réponds donc i^ k ceux qui disent que votre Emincnce m'a pris pour donner l'absolution à sa Majesté , et non pas pour me mêler des affaires de son Etat. Je leur dcmanderois volontiers ce qu'ils pensent que ce soit une absolution , et si elle se donne comme le manteau et le chapeau du Roi sans y apporter autre considération. Votre Eminence sçait trop bien que l'absolution est une action de Juridiction spirituelle , par laquelle les péchés sont remis par le ministère du Prêtre propre pour cet effet, et qu'elle doit être précédée par une déclaration secrette que le pénitent fait de ses péchés à celui qui représente la Personne de Dieu dans ce tribunal de la conscience ; car vouloir absoudre et déUer sans connoissance de ce qui est lié, ce seroit peindre sur l'air, et écrire sur l'eau. Or je demande quelle connoissance peut avoir un confesseur des défauts de son pénitent , s'il n'entre dans celle de ses devoirs et de ses obligations ? Et y a-t-il
chose au monde qui oblige davantage un Hoi que le bon GouTernement de ses Peuples elles affaires de sa charge? Si ce n*est que nous pensions ou que les Rois soient impeccables, ou que les péchés qu'ils commettent en leur Office , soient de petite considération , et qu'il leur suffise de se confesser comme hommes, mais non pas comme Princes.
Je ne pense pas que cette pensée puisse tomber en l'esprit d'un homme qui a tant soit peu de lumière et de raison , puisque l'Evangile nous apprend que chacun est responsable à Dieu de son emploi , et que ceux qui président aux autres , s'obligent de rendre compte de leur conduite , le Sage nous avertissant hautement que les plus rigoureux jugements de Dieu tomberont sur les tètes couronnées de ceux qui gouvernent les Peuples. Tellement que le roi ne peut faire une parfaite confession sans toucher les fonctions de sa charge , ni le confesseur donner une absolution bien fondée à son pénitent sans connoltre les manquemcns qui lui peuvent survenir en l'acquit de ses devoirs ; autrement ce seroit condamner Tun de stupidité, et l'autre de trahison.
Je supplie votre sagesse de considérer qu'il y a deux sortes d'affaires d'Etat de nature bien différente ; les unes sont purement séculières, comme de faire desEdits, sous Tautorité du Prince , d*ériger des Chambres de Justice, de donner des Commissaires pour instruire un procès , de commander des levées d'argent, des subsistances, et des contributions , de traiter avec les Etrangers , de faire et défaire les alliances , de songer à la Marine , d'équiper des Vaisseaux , de fortifier des places , de mettre des Armées sur pied , d'assiéger des Villes , et de donner des batailles. Les autres sont pieuses et Spirituelles , comme d'exhorter les Princes à conserver leur religion, à se faire protecteurs de la Sainte Eglise, à rendre la justice à leurs
à RCOBfcatfcr les i^vrlBS.
OosKii m fiYwère il est Tni que si nous regardons FEsâsif diBS k porrtê de Tesprit Apostoliqae , les adioiis et les oêrmilîîMis pisCîtiques éloieiit tolileiiient interdites «UL EcrlMtt2<îfae^« H â quelqu'un du Clergé les eat entrpfciî^Sv of-k eal passé pour un prDdige. S. Paul dit exfreasnKBt qw ceioi qui soit h milice de Jesii»4:hrist, Bf s'enfeamssip peut dans les afiûres du âéde , et k Concile d'Anlmbe oondamiie hautement les Prêtres (jm slnsêrmt de traiter les aSûres de FEtat , comme étant éicM£iiées de ktir pnrfessk». Je sçais bien qu*fl y a des temps et des nmoontnes , auxquelles le Saint Père peat dispenser pour des sujets très-importans à la Chrédenté ; ■nîs quoique les dispenses en soient légitimes, elles sont toiqours ansâ pénibles aux bonnes âmes , qu'elles sont sa^oumtses à Tambition de ceux qui les recîiercbent.
Or quand àce qui louche les affoires du Gouvememenl qui reeardent b vraie piété, non-seulement elles sont permises « mais louables aux Eeclèsiastiques qui approchent la f*er?once de< Rois, et qui prennent la direction de leur consoieoce. Je dis même qu'elles sont nécessaires et qu'elles obliirent sur peine de griefs péchés ceux qui sont chargés de la c»>nduite Spirituelle d'un Prince. Telles sont les glorieuses négociations que S. Ambroise traita auprès de Théodose : S. Martin auprès de Maxime ; S. Rémi au Palais de Qovis, et S. Amould en celui de Dagobeit.
Tavoue franchement à votre Eminence que j'ai toujours eu une grande aversion des affaires civiles, et qu'il n'étoil non plus besoin de me les défendre à la Cour, que de me donner des ordres pour m'empécher de voler par l'air, ou de marcher sur les eaux. Mais quand aux autres , j'ai tâché à les procurer par pure obligation de conscience,
nesunint en cela plus mes devoirs que mes pouvoirs , et nlgnorant pas qu'il y a des temps où nous n'avons point d'antre gloire que de nous perdre pour ne point perdre Dien.
Qae pouTois-je dire , mais que pouvois-je taire à un Prince qui me conjuroit de la part de Dieu de ne le point épargner , mais de Tavcrtir de tout ce qui étoit nécessaire à son salut, si je ne touchons les points de la conscience ? Bt comment les pouvois-je toucher sans parler des obligations de sa charge ? Et y a-t-il choses qui obligent plus étroitement les Princes , que celles dont ils doivent rendre compte devant le Trône du Dieu vivant ? Mais sur qaoi penserons-nous qu'ils seront interrogés à ce jour redoutable qui séparera leurs amcs d'avec leurs corps ? Le Souverain Juge se contentera-t-il de rechercher s'ils ont récité leurs prières , s'ils ont assisté au Service Divin ; s'ils ont eu soin de recevoir l'cau-bénite avec révérence , et de veiller siu* le règlement des collets et des barbes de leurs Aumôniers ?
Je ne dis pas que tout ce qui concerne le Service divin, ne soit grandement louable ; mais il y a bien des comptes plus importans que ceux-là. Quand Dieu dira donc d'une voix tonnante à chacun en particulier : je t'ai fait mon Vicaire sur terre , je t'ai déclaré l'arbitre des hommes y le Dieu visible des peuples ; qu'as-tu dit , qu'as-tu &it pour les gouverner, pour cimenter les Etats par la Religion , par la justice , et pour les conduire à la paix et à la vraie félicité ? Tant de millions d'épées ont été tirées du fourreau par ton commandement, tant de villes saccagées ; a-ce été avec raison ? Tant de pays désolés , a-ce été avec équité? Tant d'Eglises pillées et prophanées, a-ce été avec piété ? Que veulent dire tant de larmes des veuves et des orphelins , qui ne cessent de monter jusqu'à moi ? Tant d'oppressions sans pitié ? Tant de crimes sans
punition ? Tant de levées d'argent sans nécessité ? Tant de profusions sans mesure? Tant de calamités sans remède?
A Dieu ne plaise que j'accuse mon Prince et mon trèshonoré Maître de tout ceci , sçachant bien qu'il n'a rien fait que par les avis de ceux qui avoient toutes les apparences de raison , sans en avoir la vérité : il a suivi ceux qui se vantoient d'avoir la Loi et les Prophètes. IjCS bonnes volontés sont à lui, et les fautes à ceux qui les ont conseillées. Toutefois, comme il ne manque point de bon sens, son esprit étoit souvent agité, et son cœur blessé sur tous les désordres qui se passoient , dont il vouloit être éclairé, avec un bon propos d'y remédier quand Dieu lui en donneroit le pouvoir.
Je vous supplie donc , Monseigneur , avec toute humilité , de juger si dans la connoissance que j'avois des devoirs des Princes, et dans le soin que mon Maître avoit détenir sa conscience en bonne assiette, je me devois contenter de lui parler de petites chosettes , et lui dissimuler les principales obligations de sa dignité ; ou bien le flatter ; et dans le danger évident de son salut, à raison des connoissanccs qui se fortiiioient tous les jours en son esprit, qui robligcoicntd*y entendre, l'amuser de menues dévotions. Devois-je ùtre auprès de lui comme un tronc pourri, sans voix et sans haleine ? Devois-je essayer de guérir ses passions et les maladies de l'ame avec des violettes et des parfums ?
J'atteste le Dieu vivant que je vous ai honore jusques aux Autels, et qu'il n'y a que la conscience qui m'ait fait perdre l'honneur de vos bonnes grâces ; ne contrevenant à vos volontés que par la nécessité d'obéir à celles de Dieu. On répond à cela que le Roi a son Conseil de conscience pour les affaires de son Etat , et que je ne m'en devois pas mettre en peine : mais n'est-ce pas une dure condition de charger un Confesseur de tous les péchés
ik Roi et de la France , sans lui permettre seulement de icgsrder le fardeau qu'on lui met sur les épaules ? Les Moindres Juges de village ne jugent point par commaniement; mais prennent connoissance des causes dont fls doîTent porter sentence. N'y a-t-il que le sacré tribuns! de la conscience où il faille juger à l'aveugle, à la discrétion des hommes , et approuver des choses qui sont mmifestement contre la Loi de Dieu ? Mais où étoit ce Conseil de conscience ? A-t-il jamais paru visible qu'en une seule personne qui étoit trop intéressée pour être cme? Que s'il étoit en être , qui est-ce qui y devoit avoir plus de part que le Confesseur, qui en est le plus responnble devant Dieu ? S'il me falloit conformer à la pluralité des avis, ils me dévoient pour le moins être signifiés. On m'a bien dit qu'il y avoit des papiers sur une consulte faite autrefois sur les alliances ; mais on les a toujours tenu comme l'épée dans le fourreau ; ou parce qu'ils ne disoient pas cequ'on vouloit, ou parce qu'on ne faisoitpas ce qu'ils disoient.
Je sçavoîs que ceux-là sont maudits dans le Prophète Isale, qui disent que les lumières sont ténèbres , et que l'amer est doux. Je sçavois que le Saint Pape Hormidas menace les Directeurs des âmes, s'ils prétendent de guérir des playes envenimées avec des eaux de senteur ; se servant de flatteries où il faut user de liberté. La crainte de Dieu m'a fait vaincre celle de l'homme , et dire avec liberté ce que je ne pouvois taire sans crime, ni dissimuler sans lâcheté.
Après avoir exposé à votre Eminence les raisons que j'avoîs de parler, je me suis obligé de lui déclarer ensuite les choses que j'ai dites ; ce que je ferai avec toute sincérité.
On m'a objecté que j'ai parlé de la paix, et que cela ne lui avoit pas agréé : mais est-ce un crime qui soit digne
(fan baniiftSiieiDent , des analhèmes el de la prison ? Tel qaû poisse <Hre en Totre estime, f aToae que je l'ai oomints , et f ai fût en cela le devoir de ma charge , Toflfioe d*iui homme de bi«i, d*an vrai Religieux , et d'un parfidt ctlOTen. Tentends le Prophète Isaîe qui béatifie jusques aux pas de ceux qui annoncent la paix ; devoîs-je prêcher la guerre et les massacres ? Pentends la Yërité éternelle qui dit que les pacifiques %Dnt les enfans du Père Céleste ; deTois-je renoncer à Fadoption des fils de Diea, pour porter sur terre le titre d*un Confesseur du Roi ?
Je ne suis pas de Topinion de TertuUien , au livre de 1& Couronne du soldat, et de quelques autres anciens Pères, qui tenoient que b guerre étoit absolument défendue aux Chrétiens. Tavoue avec S. Thomas qu'elle se peut fiiire avec 1 autorité requise , une cause juste et une bonne intention : mais les Théologiens Scholasliques , qui examinent ceci fort sérieusement comme une chose très-impor* tante à la Chrétienté , disent qu'un Prince ne se doit flatter légèrement de Téquîté de sa cause ; mais qu'il ne peut en conscience entreprendre une guerre sans en avoir dêlibêK* , el lavoir résolue en un plein Conseil , et par ravis de plusieurs Conseillers des plus sages el des plus hommes de bien de son r.oyaume. Je n entrois point en considération des causes de cette grande levée d'armes , parce que cela passoit ma profession ; je ne voulois point pénétrer dans >os intentions qui sont si secrelles: je regardois seulement ce qui paroissoil à la vue de tout le monde. Je considérois une guerre venimeuse allumée dans le cœur el dans les veines de la Chrétienté, qui divisoit les frères , qui faisoit couler le fer dans les entrailles de l'Eglise de Dieu , qui saccageoit horriblement les villes et les provinces , sans épargner les autels , qui enrichissoit les Infidèles de nos dépouilles , qui épuisoit l'argent et le sang du Peuple de Dieu , et qui étoit pour le donner
en proie aiu Sutubl Que {wxraê-ie furv . âiioa dr ncherchar les assannces de ki ccfksciesoe da Roi sans b permîssioa de tintd'tiaeiDiitf * Cêuit U toîx paMîqoe de Umte h Fnnce , qu'uat si frinle el si bfiale ajfaire éUÀi allée an pea bi« ^ite, et j^ ia roptnre d'un Traité qni atoit été arrHé avec Farâ de tant de saçes tètes poor le bien oniTersel de la Chréëentë . se îaxsoît a^ec beaneoap de chaleur et de prt^{^uùn. Louià XI , dans les instructions qu'il donne à Charles VIII son âb pour bien goaTemer , dîsoit qoe quand un roi Tient régner , s*il trouve le Bovaume pabible , il en doit être gTaiidement satisfiiit , et le oonserrer en même état , parce que la guerre est pleine de peines et de dinçer» , de destruction de peuple et de biens. Oue si elle se trouve nécessaire , en ce cas là il y doit travailler par le commun consentement du Royaume ; n*y ayant rien qui favorise tant une victoire que Tunion des volontés au dessein de la gagner. Tant plus les astres sont plus hauts , d'autant plus vontils lentement en leurs courses : les grandes Puissances doivent être fort modérées : et justement Sénèque a dit que s*il Moit lancer les foudres pour écraser seulement un homme , tous les Dieux étaient appelles au Conseil. Il étoit ici question de la conservation de TEglise , du bonheur de l'Etat, du bien et de la vie de tant de millions d'hommes , et tout ce dessein rouloit en une seule tête , que je sçavois ne pas être celle d'un Dieu. Que pouvois-je &ire , et que pouvois-je dire à mon Maître , qui gémissoit quelquefois sur les désastres de la Chrétienté, sinon qu'il avisftt à y apporter les remèdes convenables , sans toutefois lui prescrire jamais rien en particulier des moyens et des conditions nécessaires à cet efTet ? En outre je ne pouvoîs pas ignorer la sage résolution de S. Augustin contre Fauste, par laquelle il maintient que la guerre peut être permise aux Chrétiens pour de bons sujets :
i» U ajoute que depuis que rambitioii de dominer, le désir de se Tinger , et la cruauté s*y mêlent , elle ne peut avoir d approbation dans l'estime des gens de bien. Qu'on e3Lamine maintenant de part et d*autre les actions qui se passent dans ces troubles ; on les trouvera si sanglantes et si horribles , qu'elles ne peuvent compatir avec un cœor Chrétien* ni même avec la lumière de la nature.
Ne Cilloit-il donc pas être traître à ma profession et Infidèle à mon Maître * pour lui celer que les désordres , qui se passoient, ne pouvoient subsister avec le désir qu*Q avoit de conserver sa conscience pure devant Dieu et devant les hommes? Davantage quand tout se fut pratiqué avec la justice et la modération requise, comme c*est le devoir du Confesseur d'avancer le spirituel de TEtat tant que les bonnes occasions le peuvent permettre. Je considérois que lorsque je commençois à parler de la conversion des hérétiques , de la punition des blasphémateurs, des Edits faits contre les Duels , de l'extirpation du libertinage , du soulagement des peuples , de la réformation de la Justice , et de tint d*autres œuvres pieuses , on me ronvoyoit toujoui's à la paix , ce qui me faisoit croire que javois droit de souhaiter et presser un bien qui devoit être la source de tous les biens, et le premier pas de nos félicités.
Mais entîn quel péché e^t-ce d'avoir parlé de la paix, que la voix de toute la Chrétienté appelloit par tant de vœux , que les Autels demandoient incessamment , que les peuples imploroient à toute heure , que les jubilés s'efforçoient d arracher du Ciel ? J'atteste vos paroles et vos souvenances ; c'est vous-même qui m'avez témoigné la souhaiter ardemment, et m'avez fait l'honneur de me communiquer les dispositions que vous prépariez pour faire réussir une si bonne affaire. J'en pleurai de joie en votre cabinet , et pensai depuis que c'étoit vous faire un
agréable service, que d'appuyer auprès du Roi vos bonnes intentions.
Excusez y Monseigneur , ma simplicité , si j'ai cru que les paroles étoient faites pour manifester les pensées , et non pas pour les couvrir ; c'est une faute de laquelle je ne puis me repentir : je suis fait comme le rayon du soleil qui, passant par des figures tortues et difformes, ne laisse pas de garder la rondeur qu'il a de son astre ; aussi dans les entortillemens de la Cour j'ai toujours conservé une franchise toute religieuse , qui est le caractère de Dieu «t l'esprit de ma profession. Si j'ai parlé de la paix , c'a été dans les limites de mon devoir ; je me suis bien donné de garde de faire l'arbitre des Couronnes , ni de songer seulement à ce qu'il falloit rendre ou retenir pour terminer les difTérends , me contentant seulement de parler comme un homme de Dieu , et laissant les traités à votre Eminence.
Je ne vous sçaurois assez exprimer les tendresses que j'ai pour le Roi , avec quelle ardeur je souhaite les prospérités de son royaume ; ce qui me fait d'autant plus aimer la paix que je sçai^ de science certaine que c'est le bien de sa Personne et de son Élat.
N'attendrirez-vous jamais votre cœur sur les calamités du genre humain ? Si vous pensez être homme , ayez pitié de leur condition , et craignez le reflux des affaires du monde. Si vous croyez être dieu , songez à faire du bien aux mortels , puisqu'au dire d'un ancien , les titres de tous les dieux sont fondés sur les obligations des hommes ; donnez-nous la paix , qui est le meilleur présent que vous sçauriez faire au monde , le plus avantageux à votre repos, et le plus glorieux à votre mémoire.
On dit que l'astre du belliqueux Scorpion a regardé votre naissance ; mais regardez l'Agneau de Dieu à qui vous avez consacré votre vie. Les cendres de Nembrot ,
àbpo»-
vOcBairi-
éf mêamt % ivm csbsel ^ wm^mÈ mqàiHé h iem ;
rctenîlè de knrs
bfingfliléde
C^f^ iiKtfn»r«K Aia^igfire fiBBcncr ëeshmiefS 45 ^■amgnfn^ «nif Iks ■*» pK pliBlè pour dk. ùAé misse ^îL nuiir ânsKrer le Shs et JeaB-Chiîsl, se
ks éoKxIe» , a cit isiviiiée cl domée aflX rendre ■■ iêBoawe publicda desîr Axiest smôr de »Hftîr le ■nliirpoorh défense 4f k r^ . «t ii:k p^ii poisr Butyrècr onix qm en font
L'Ksteve EcciMiKâlae fiût ■cation que S. Cjrik VJî^aziîrir ^"•îî^c trxr^ C3e f?c> «i armes : mais c^éioit iiT:? ^z>? rnziif ^Decesx Uf d? >« DiiXêsains contre les û':o:c5 *i lef trrcij*? 5Ci^;i?< jar ks Juifs. Marcdk ET-irr^? f Aratye. itcdi ift? It^r-es. mats ce fat pour ruis.-*r un T-îfr:»j* n-5.^-*?. Ei:!>3<iie ETéque de Théodosie, ée:r«î>î:: sa VLje par lise jTîs^e rnerre . mais ce fiai contre ks I^r>aiK> Iii5dêi<e<. Le Cardinal Aibomos marcha conaiî je< z«?cit5 tTTLtts de FEiîîîe • et k Cardinal Xim#tiAg contre Ses Maores «oinemê iorés de la Chrétienté , qull détrotso^t à ses fraîsw II ne s'en troaTe aocon de ceux-là qui ait suscité la rnerre contre ks peuples fidèles pour l'intérêt de sa grandeur.
Je ne dis pas ceci par forme d*ini^ectiTe ,^nais par ime très-humble remontrance que je fais à Totre Eminence , touché d'un extrême désir de son saint. On lui vent per-
que c'est la guerre qui la maintient ; que c*ost q/d TOUS rend nécessaire ; qu'elle vous bit disposer teances, des soldats, des places et de toutes les forces en. Royaume : mais outre que nous ne devons pas désirer ane gloire qui soit conjointe avec le désastre de la Chrétienté , je crains que si vous portez les alTaires à Teitrémité , TOUS n'attiriez les colères du Ciel , et quelques funestes événemens sur vous et sur l'Etat , puisque nous sçavons que Dieu se sert souvent , pour la ruine des Grands , des moyens môme qu'ils ont clioisi pour leur conservation.
J'ai parlé ensuite des alliances avec les Infldèles , et en tout cela je n'ai rien dit que la Tliëologic et la politique Chrétienne ne professent d'une voix commune et publique. Les grandes occupations que votre Emincnce se donne aux affaires de la guerre , ne lui permettent pas de sonder bien avant ces questions. Elle s'en est flée à M. Ferrier qui tenoit encore du levain des Ministres, dont il étoit fraîchement sorti. 11 a écrit un Traité assez gros en masse et petit de sens , où il fait un ramas des exemples pour justifier les alliances de notre Roi très-Chrétien avec les Hérétiques. Quand on a bien examiné son livre , on trouve qu'il se réduit à deux ou trois sortes d'inductions mal fondées : il appelle l'alliance un commerce de bois et de pierre que Salomon noua avec Hiram pour bfttir le Temple de Dieu ; ou un achat de terre que fit Abraham des fils de Heth pour enterrer sa femme ; ou un trafic de poivre que les Portugais entretenoient avec le Roi de Galicut. Tout homme de jugement voit bien que cela fait peu à son dessein ; car personne n'a jamais nié qu'il ne fût permis aux Fidèles d'acheter des Infidèles les choses nécessaires à la vie , et de converser même avec eux dans les fonctions civiles ; autrement , dit S. Paul , les premiers Chrétiens eussent été obligés de sortir du
monde et de la \ie« s'ils eussent rejette toute coaTersatkm atec les Payens. Néanmoins il se rend ennuyeux sur ce geni^ d exemples » et semble qu'il ne lui restoit plus que d'alléguer Cain et Abel qui parlèrent ensemble , lorsqu'il u*y avoitiiue quatre personnes dans TUnivers.
En second lieu , il Tait passer pour alliés des Barbares tant de pauvres peuples qui, pour sauver le bien , la vie et riionneur des femmes , ont payé tribut par nécessité à des tyrans qui les a voient subjugués ; ce qui est bors de propos , et n*est nullement pardonnable à un Auteur qui fait profession d*écrii*e avec un peu de sens commun. Mais ce qui est de plus ridicule , est qu'il compte S. Paul en ordre, etdit qu il avoit soixante et dix Cavaliers Payens, avec 200 Archers quand il fut conduit prisonnier de Jérusalem à (lésarée. 1^ même moyen il dira que tous les Martyrs ont fait alliance avec leurs concierges et leurs lH)urreaux , comme s'il eût été permis à un homme captif et enchaîné de choisir des gardes et des soldats à sa discrétion.
En ti-oisiC^mo lieu il produit des exemples blâmés par rEorilure lUi^me qu'il alK^gue , comme le mariage de Salomou avoc des l\i>eunes qui rurent fatales à sa ruine. Il dit (lu'Alphouse a clé chassé par sou ills, et privé du scoplreimr Taidoiles Maures que ce dénaturé avoit appelle à son secoui"s ; connue si l'exemple d'un fils parricide devoil faire les manu-s d'un Roi Uès-Chréticn ; c'est une malheui^euse innocence qui ne subsiste que par Timitatien des fautes d'aulrui.
En qualriiMne chef, il avance ceux qui ont employé les armes des Genlils conti'c les Gentils môme ; ce qui est assez notoire, el que pci'sonne ne dispute aujourd'hui. Il se sert du procédé d'un seul Isaac qui se voyant opprimé dans l'Empire de la Grèce par ses proches , eut recours aux Arabes pour défendre son salut et sa dignité ; ce qui
sembloit fort excusable , vu la sincérité de ses intentions, et la nécessité de son Etat ; et néanmoins il fut si peu heureux en cette entreprise , qu*il perdit les yeux , la Cîouronne et la vie.
Et pour dire sainement en ceci ce que nous apprend TEcriture et la plus pure Théologie (4), il est vrai que la Loi commandoit aux Juifs de ne faire aucune alliance avec les nations infidèles, comme il est porté dans le Deutéronomc {ch. 7. c. 23,) , et le Livre de Josué. Et en effet Asa Roi de Jérusalem est repris de la part de Dieu d'avoir mandié le secours du Roi de Syrie, quoique ce fût même contre les Idolâtres. Josaphat est menacé de la colère du Souverain Monarque, pour s'être alUé avec Achab , quoique ce fût pour exterminer des mécréans et des blasphémateurs. Et Ferricr ne prouve point ce qu'il allègue, disant que cette défense n'étoit que pour la maison d* Achab ; vu qu'il est manifeste que l'Ecriture étend ceci en la présence de tous ceux qui étoient de contraire Religion.
C'est pourquoi les plus anciens Pères qui ont examiné de plus près l'alliance des Machabées avec les Romains , comme fait Rupcrt, tiennent que ce fut la source de tous les malheurs qui les suivirent. Toutefois je trouve cette opinion un peu rude, vu que Judas ne prétendoit auti*e chose par ce Traité , que de demander justice aux Romains contre les tyrans qui étoient leurs vassaux , sans qu'il fit jamais combattre un seul soldat Romain sous ses drapeaux. Il ne se trouve aucun des Hébreux l'espace de quatorze cent ans , qui ait osé se servir des armes des Infidèles contre le Peuple de Dieu , si ce n'est Alcimus , un
(1) Le Père Gaussin tient une thèse an moins dontease sor la question des Traités politiques avec les Infidèles ; mais c*est un point qui ne nuit à aucune de ses autres observations.
&UX Prophète du temps des Machabées , qui demanda au Roi Démétrius des troupes payemies pour saccager ses propres frères; ce qui fut pris pour un attentat exécrable, et puni ^isiblement de la main de Dieu parThorrible maladie et la mort de son auteur (4 . Maehab. 7.) Quand David se retira chez les Philistins , il fourageoit le pays des ennemis du peuple Juif, mais il ne marcha en bataille contre Saûl , quoique ce fût son capital ennemi, d autant que les Grands du Royaume le firent retirer, s'étant apperçus qu*il feignoit , et qu'il n*étoit pas résolu de combattre avec les Idol&tres contre sa Nation.
Mais sans aller plus loin dans ce discours, disons en un mot ce que disent les Scholastiques, et prenons cette opinion dans la plus grande et la plus favorable étendue qu'on lui peut donner : avouons qu*on se peut servir en une guerre juste du service des Infidèles , comme on se sert des chevaux et des éléphans ; moyennant qu'on garde étroitement deux conditions, dont la première est qu il n*y ait aucun scandale dont les personnes sages et de bonne conscience se puissent offenser; et la seconde, que TEglise n'y reçoive aucun désavantage tant au Spiriluol , qu'au Temporel ; ce qui se fait quand les soldats appeliés sont tenus en bride par ceux-là mêmes qui les appellenl , et n'usent pas de leurs ai'raes à leur discrétion. Voilà tout ce que les Théologiens ont pu dire en leur consulte ; voilà les \oies dont on s'est servi pour assurer la conscience du Roi , qui a toujours recommandé trèssoigneusement en semblables Traités , que la Religion fût conservée en son entier.
Maintenant que nous sçavons que cela n'est nullement gardé par rinlidélité de nos Alliés ; mais que les Autels ont été renvei^s , les Eglises saccagées , la liberté de conscience opprimée, et la Rehgion éteinte par voies de fait dans les villes asservies, pouvois-je trahir la Foi et les
Sacremcns , fouler aux pieds la piété , et dissimuler à mon Maître tout ce qui est capable de perdre son salut et son Etat ?
n est arrivé encore sur ce point un autre incident qui me donne de l'horreur en y pensant, et qui mérite l'exécration de tout ce qu'il y a encore de pur en notre Christianisme. Le Père Joseph tramoit de longue main un funeste dessein , qui étoit de faire fondre le Turc sur la Chrétienté avec tous les ravages et tous les sacrilèges qu'on peut attendre de plus cruel , et du plus insolent de tous les ennemis de la Croix. On avoit déjà tâché de disposer le Roi, à qui on foisoit entendre qu*il étoit permis de faire un mal pour procurer un bien , et que c'étoit le moyen de faire la paix, si on portoit la guerre des Sarrazins dans le cœur de l'Empire Chrétien.
J'appelle ici votre caractère de Prêtre , votre dignité de Cardinal , votre ame , s'il y a quelque partie qui ne soit point encore éclipsée par les ténèbres de l'abyme , et par l'orage des passions de la Cour. Se peut-il faire qu'une telle pensée soit tombée dans un cœur Chrétien ; qu'elle ait été couvée sous l'habit d'un Religieux, sous le manteau de la plus rude austérité , et qu'elle ait germé sous une poitrine arrosée tous les jours du Sang du Fils de Dieu ? Âppeller au saccagement des Chrétiens l'ennemi juré de la Chrétienté , l'adversaire éternel et le blasphémateur de Jésus , enivré tant de fois de notre sang , et tant de fois couvert de nos dépouilles !
0 Louis, le saint et l'incomparable de nos Rois, je conjure vos cendres , et implore votre grande ame de ce pourpris de la gloire qui la possède ; est-^e donc pour cela que vous avez quitté les délices d'un grand et florissant Royaume ; tout ce que la nature avoit de doux, tout ce que votre dignité vous montroit de grand et de pompeux ; tout ce que le Ciel promettoit de riant à vos yenx
pour voguer sur les mers effroyables , parmi les rochers et les monstres, parmi un million d'images de morts? Est-ce pour cela que vous avez livré votre valeureuse personne à tant de combats et de dangers que la mer irritée écumoit sous vos pieds , et que les portes du Ciel les versoient sur votre tôte ? Est-ce pour cela que détournant les yeux de toutes les beautés de la France , vous avez couru aux peines, aux fatigues, à la faim, à la peste, à la mort, aux faces infernales des Sarrazins , et que vous avez expiré les restes de votre vie en une terre étrangère, dans une constance contre qui la. mauvaise fortune n*avoit point assez de traits , et pour qui tout le monde avoit de Tadmiration ? Que deviendront vos sentimens, vos travaux, vos trophées et vos gloires ? Sera-t-il dit que vous aurez laissé sur votre Trône un héritier de votre BeUgion , de votre Sang et de votre Sceptre, qui appelle au sac des Chrétiens ceux que vous avez poursuivi et combattu jusqu'aux portes d'enfer ? Ame sainte, fermez les oreilles de votre cher Louis , pour ne point écouler ces pernicieux conseils ; fermez son cœur, de crainte que des pensées si criminelles n'y abordent. Il est trop sage pour les écouter, il est trop bon pour les penser ; je lai toujours reconnu porté à rimitation de vos vertus ; il est impossible qu'il les démente en une occasion si pressante , et un fait si important à l'Eglise.
Pardonnez-moi , Monseigneur ; je ne sçais plus à qui je parle , et je ne crois point parler à vous , parce que je ne sçaurois me persuader que cela vienne de vos intentions : c'est un effet des conseils de celui qui ne tient rien de ce S. Ordre dont il tient l'habit , et qui est désavoué de tous ses frères, d'un million de bons Rehgieux qui le tiennent pour un prodige. On tolère en plusieurs Heux les Hérétiques , parce qu'ils sont baptisés comme nous , et confessent un J6sus-(jhrist dont ils reconnoissent les pouvoirs
et adorent le nom : mais s'allier à l'ennemi de notre Chrome et de notre Baptême , non pour un commerce de marchandise, une permission d'aller et venir sur ses terres ; mais par une jonction d'armes, de desseins, d'intérêts, parmi les larmes et le sang de l'Eglise, c'est ce qui a toujours été condamné et détesté par toutes les âmes qui ont quelque reste de piété.
Votre Eminence est versée en l'Histoire Ecclésiastique, et sa mémoire lui pourra suggérer, comme l'an 884 un certain Athanase , qui tenoit pour lors la souveraineté du Royaume de Naples, fut condamné et frappé des foudres de l'Eglise en un Concile tenu à Rome sous le Pape Jean VllI, pour avoir appelle le Turc à son secours , et maintenu que cela se pouvoit faire licitement.
Elle ne peut pas ignorer combien le nom de Cantacuzëne est détesté dans l'Histoire de Constantinople , qui étant déclaré tuteur desenfans de l'Empereur son maître, usurpa la Monarchie sur ses pupilles, et fortifia sa tyrannie par les armes et les alliances des Othomans. Elle peut avoir remarqué ce qu'a écrit M. Soissel , M' des Requêtes de Louis Xïï, et depuis Archevêque de Turin, qui raconte comme le Grand-Seigneur, ravi des vertus de son Maître, rechercha par tous moyens son amitié , avec de grandes offres et de grandes promesses : à quoi ce sage Prince ne voulut jamais entendre, parce qu'il luisembloitque c'étoit une chose très-indigne d'un Roi très-Chrétien d'accepter l'alliance de l'ennemi de sa foi. C'est pour vous dire en un mot les sentimens de l'Eglise Romaine, Grecque, et Gallicane sur ce point , et vous demander si étant chargé de répondre devant Dieu de l'ame du Roi , qui m'est plus chère que la prunelle de mes yeux, je n'étois pas obligé de lui remontrer avec toute humilité le devoir de sa charge, et ne permettre nullement que la conscience d'un si bon Prince fût tachée d'une erreur si dangereuse. Nous sçavons
par les histoires comme ce dessein réussit sous François Premier, lorsque le Turc appelle à Nice, ne fit autre chose que de nous mépriser et de nous saccager ; et on tient raisonnablement que de-là sont venues tant d'horribles calamités qui regorgent ensuite sur la France.
Si vous jugez que j*aie mérité le bannissement et la mort pour avoir combattu ces damnables maximes, je suis encore tout prêt de signer de mon sang les propositions contraires à ceUes-ci , pour ne point démentir la doctrine de TEglise , l'approbation de gens de bien , et le sentiment de tant d'illustres âmes qui vivent éternelle* ment entre les bras de Dieu.
Je viens au troisième chef de mes crimes, où mon aveu a plus de gloire , que mon apologie de nécessité. C'est pour avoir parlé pour la douceur du Gouvernement et le soulagement des peuples ; ce que je confesse avoir fait avec d'autant plus de zèle, que je sçavois la conscience du Roi être intéressée en cet article au dernier point. Le divin Platon disoit que le Royaume étoit un art inventé de Dieu contre les désordres de la nature corrompue , qui n'avoit autre but que de rendre les peuples heureux par une amiable conduite , qui devoit tenir plus du Pasteur, que du Monarque. La nature n'a pas fait des Rois, parce qu'elle rend tous les hommes semblables; mais les premiers ont été créés par le consentement des peuples , qui ont abandonné leurs volontés et leurs pouvoirs à une seule personne, non pas pour les perdre, mais pour les perfectionner. Les grandes mers se font par l'union des plus petites rivières : elles se donnent à l'Océan , non pour être gênées et anéanties dans son sein, mais pour y subsister avec plus de gloire et d'utilité. Ce père commun les reçoit entre ses bras sans leur interdire leurs fonctions, les laissant même couler hors de lui à dessein de retourner à lui. Les nobles et grandes es-
sences sont toujoars bienfaisantes , elles ne s'attribuent point les petites pour les dévorer, mais pour les enrichir. Nous sçavons même par la Théologie que la nature humaine subsiste en la personne divine du Verbe Incamé sans perte ni confusion de son être , mais non sans augmentation de richesses et de beautés qui lui sont communiquées par l'union hypostatique. Les Monarques Chrétiens doivent imiter en quelque façon ce commerce de Dieu avec l'homme , et ne tenir le bien des peuples que pour le rendre meilleur. La première loi d'une Monarchie est le salut des sujets ; et quiconque s'en éloigne pour rechercher ses commodités , ne trouvera enfin que des désastres. C'est faire un Prince non Prince , que de le rendre trop absolu ; c'est le tenir hors de la Royauté, que de vouloir faire passer pour loi tout ce qu'il veut ; c'est le rendre petit et chétif, que de le faire régner aux dépens et par la misère de ses peuples. On dit que votre Eminence a fait jusqu'ici de la France ce qu'Appelles fit de sa Vénus, qui ne songea qu'à la tête : Elle a tant relevé l'autorité royale dans qui elle trouvoit ses intérêts ; qu'en voulant faire un Chef , elle ne s'est pas souvenue de lui donner des membres. Je dis trop peu ; car vous avez continuellement porté vos pensées à détruire ceux qui étoient faits par des tourmens qui n'ont point de fin, et par la privation de toutes les choses nécessaires à la vie. I^rdonnez-moi, Monseigneur, si je vous parle avec cette liberté ; c'est que mon cœur est blessé pour les membres de Jesus-Christ , et pour le salut de votre ame , que je ne puis oublier même dans les déplaisirs que vous donnez à l'innocence de ma vie.
Il appert bien que ceux qui vous ont porté à des conseils si violens , vous ont été ou amis infidèles , ou lâches serviteurs. La loi de Dieu y répugne , l'ordre du monde les contrarie , la politique la plus saine les dément. Vous
qui êtes Ecclésiastique , pouvez-vous ignorer que toutes les bouches des Prophètes sont tonnantes sur les têtes de ceux qui dévorent la substance des pauvres et oppriment les peuples ? Pouvez-vous nier que la face du Dieu vivant dans toutes les Écritures ne rougisse d*éclairer sur leurs déportemens , et ne sçavez-vous pas qu*il y a des excommunications expresses portées par les Bulles les plus authentiques des Papes contre ceux qui inventent et imposent tant de nouveaux subsides à la ruine des Peuples et au déshonneur du caractère Chrétien ? Si vous méprisez la Religion et la conscience , pour le moins étant si grand Conseiller d'Etat , vous avez couru le monde , vous avez étudié les Royaumes et les Républiques, et où n*avezvous vu dans l'histoire de tous les Empires que les charges excessives des misérables Sujets ont attiré le couroux de Dieu sur les Princes , excité d'horribles séditions et d'étranges révoltes , qui ont changé l'Etat et transporté les Couronnes à d'autres maîtres ?
C'est pour cela que Roboam , petit fils de David, perdit pour une matinée dix parts de son Royaume de douze que Dieu lui avoit données, le Souverain Juge aimant mieux les mettre en la main d'un Idolâtre, que de les conserver en celle d'un Prince impitoyable. C'est pour cela que le corps d'Aristobule, Roi des Juifs, fut abandonné par sa propre femme et ses enfants aux peuples mômes qu'il avoit tourmenté sans pitié. C'est pour cela que nos Pères, et ensuite toutes les autres Nations secouèrent le joug des Empereurs Romains. C'est pour cela qu'au rapport des plus sensés Historiens les guerres des Anglois et tant de malheurs non imaginables inondèrent la France, lorsque Philippe-le-Bcl et ses enfans commencèrent à charger leurs sujets d'impôts extraordinaires , à changer et altérer lesmonnoies, exiger des Ecclésiastiques de grosses sommes d'argent pour entretenir des guerres prophanes.
Dieu pardonne au Roi qui gémit bien souvent sur tout ce qui se passe , et n'approuve rien de ce que vous faites que par la nécessité du tems et des affaires : Dieu pardonne à vous-même , si vous avez encore quelque sentiment d'humanité. Mais qui voudroit votre ruine , vous pourroit-il suggérer des conseils plus pernicieux pour vous perdre ; que ceux que vous prenez pour vous établir ? Ignorez-vous que les Royaumes se maintiennent par l'esprit même qui leur a donné commencement ? Et qui est l'esprit qui a jette les premiers fondemens de cette Monarchie, sinon un esprit de douceur et de débonnaireté des Rois envers leurs sujets ? Ce que Âgathias, auteur Grec, a sçu fort bien remarquer, quand il a dit qu'il n'y avoit point de Princes en tout le reste du monde qui gouvernassent avec plus de modération , et qui fussent obéis avec plus de cordialité , que les Rois de France. Vous éteignez tous les jours ce même esprit par la rigueur de votre gouvernement, et tarrissez l'humeiir vitale de ce grand corps du Royaume, qui n'est plus qu'un squelette. Que peut-on attendre de tout cela, sinon un ravage universel des vies mourantes , et des morts vivantes , des exécrations, du désespoir et des rages ? L'amour qui seul appuie de Ses divines mains le trône des Rois, est perdu, l'obéissance forcée , tous les exercices de la vie civile troublés ; la désolation est dans les campagnes, et la faim et l'oisiveté dans les villes , et la pauvreté dans tous les corps.
Après tout on n'ose parler ; on bannit les Evêques ; on ferme la bouche aux Parlemens ; on gourmande la Noblesse ; on étouffe les gémissemens des affligés ; on arrête les larmes , non par consolation, mais par menaces. On dit que c'est une nécessité que la guerre , et nos maux nous apprennent que c'est une nécessité que la paix..
Quelle nécessité avez-vous d'allumer un brasier que
fOQS 116 poiiT6z ni 116 TOfriez élcindi^ f ifBCfcOoit, p6rsouii6 TOUS presoit. Ob A <|a6 goerre est la méditation fan raohie , Teflët f i qui eit aussi grosse de sang qne de ftiiBée. On cependant des lauriers de conqoérans , firaille morte étoit capable de réjouir m corps qm a donné do nei en terre , et qoi est an désespoir de b Tîe. On allégne qa*il Tant mieox Toir on pays nmé qne perdo 9 comme si c*étoit one grande finesse de brtfer sa maison pour empêcher les larrons de la Toler. Nos nam sont toujours réels , et les nécessités , qn*on suppose , ne sont qo'iitiaginaires , au moins elles ne sont point ftlales , mais volontaires et faites à la main ; on les a recherchées, on les a appellées, on en tient encore les remèdes suspects et la santé dommageable. Je ne dis point ceci pour rendre le gouvernement odieux , n'ayant pas rés<rin de publier cet écrit , mais de le présenter à vous seul , pour voir si quelque rayon du Ciel touchera votre oomr à sa lecture ; encore m'en tairois-je volontiers , n*ét<Ht que les impôts et les subsides sont venus à telle extrémité qu'il est impossible d'y trouver le repos de la conscience du Roi, le salut de son ame , ni môme la fermeté de son Etat. Cela fait croire à plusieurs que vous n'avez pas la capacité de gouverner qu'on s'imagine , puisque vous avez porté les afTaires à un tel point , que les peuples n'attendent presque plus de salut que de leur désespoir. Quelques écrivains flatteurs et mercenaires, qui se sont vendus à vous pour le pain , prennent plaisir à supputer ce que les Rois d'Espagne ont tiré des Indes depuis quelques années , et comptent jusqu'à quinze cent trente-six millions d'or. Après tout ils disent qu'il ne faut qu'un trait de plume à notre Roi pour en faire venir autant dans leurs coffres. Ne sont-ils pas abominables de se jouer ainsi du sang des peuples, et donner au Prince une
funeste gloire du plus capital des vices ? Ne sont-ils pas traîtres au genre humain de penser que les Rois ne soient bjfls que pour dépouiller leurs sujets à discrétion , et montrer leurs pouYoirs dans l'impuissance de tout le monde ? Néanmoins on les écoute , et on ne fait point de fin aux oppressions, lors même que l'extrémité des misères trouve le bout de la vie.
Il y a douze ou treize ans que votre Eminence fit une harangue à l'ouverture de l'assemblée des Notables , et dit qu'il falloit augmenter les recettes du Royaume , non par nouvelles impositions que le peuple ne pouvoit plus supporter, mais des voies inuocentes pour donner moyen an Roi de décharger ses sujets par la diminution des Tailles. Qui croira maintenant que vos paroles soient fiiites pour signifier les mouvemens de votre cœur, puisque toutes les années suivantes , qui ont été si longues et si douloureuses, vous n'avez cessé d'être contraire à vous-même , et de démentir une si douce harangue par de très-rudes effets ? Les charges et les subsides montent à présent à un tel point , que la postérité aura plus de passion pour les maudire, que de facilité à les croire. On tient que ce siècle seul a plus exigé que soixante-deux Rois mis ensemble , que douze cents ans de Monarchie ; et que votre Maison , la Marine et l'Artillerie sont des goufA^s d'argent, où on ne trouve jamais de fond. Après tout cela comment voulez -vous qu'un Confesseur, s'il n'est méchant ou stupide au dernier point , accorde avec la conscience du Roi des oppressions dont les Sarrazins et les Maures auroient horreur ?
La condition des Royaumes Chrétiens et Catholiques doit être la plus douce et la plus raisonnable, pour participer aux qualités du Royaume de Jésus ; et on l'a rendue aujourd'hui la plus amère au mépris de notre loi et au scandale du Christianisme. Plût à Dieu qu'il vous fut
loisible de voir d'un clin d'œii les effroyables cahmités de la France ! Peut-être que votre esprit en auroit de h frayeur, ou votre cœur de la compassion. On voit partout des gens autrefois bien fortunés , qui sont réduits à la mendicité ; des familles désolées et vagabondes , des villages déserts , des corps couverts d'un peu de peau qui marchent comme des ombres sorties de Fabyme , et qui. se font peur les uns aux autres.
Plusieurs ont désapris l'usage des lits et du pain , et les autres prennent pour vivre tout ce que les délicats voudroient prendre pour mourir. Leurs maisons leur sont comme des enfers , et les sergens sont leurs démons. Ils sont prêts d'abandonner tout leur bien pour se délivrer de leurs importunités, n'étoit qu'on veut encore tirer des tributs de leur sueur et de leur sang. J'ai passé par des lieux où les pauvres pères se sont noyés par le désespoir qu'ils avoient de ne pouvoir plus fournir de pain à leurs enfans , et quelques mères les ont étouffés pensant que leurs mains seroient plus miséricordieuses de les faire mourir une fois , que de leur arracher tous les jours la vie. Après cela ne faut-il pas qu'un Confesseur soit exécrable à Dieu et aux hommes de dissimuler tout au Roi , et demeurer muet et stupide à son oreille pour ne point perdre sa place, lorsque tout se perd ? L'Histoire Grecque dit que le peintre Parrhalius fit mourir un pauvre vieillard son esclave parmi le feu et les fers pour faire le tableau de Promélhée mourant dans de grandes agonies. Cette peinture fut mise dans la Ville d'Athènes , et personne ne la pouvoit regarder sans pleurer , tant elle donnoit d'horreur et de pitié. Ceux-ci pleuroient sur une feinte , et nous pleurons sur une vérité. La France est si navrée et si déchirée de tous côtés, que les yeux même de glace en fondent de compassion.
Depuis le pied jusqu'à la tête il n'y a plus rien d'entier.
Le Clergé est extrêmement foulé jusques à avoir des Evéques mandians , et des Chanoines qui courent les villages pour gagner une misérable vie ; plusieurs paroisses sont abandonnées au spirituel après avoir perdu le temporel ; tant il est vrai que la ruine des revenus tratne facilement celle des âmes. La Noblesse y a foncé de son argent et de son sang, et pour récompense elle est contrainte de laisser des enfans qui seront plutôt héritiers de leur misère que de leur bien. Les Officiers sont démesurément tourmentés, et si la bonne conscience les retient, le temps les invite assez à vendre la Justice , qui leur coûte si cher. Le bourgeois est pauvre ; Fartisan famélique ; le païsan rongé jusques aux os ; tous les yeux pleurent , et tous les cœurs saignent sans soulagement ; la pauvreté est partout, et la France ne sera désormais qu'un hôpital. Que si les enfants sont traités en la façon, que sera-ce des étrangers, des Allemands, des Flamans et des Lorrains, où Ton exerce des exemples de cruauté, qui ne cèdent en rien à la désolation de Jérusalem ?
Je vous conjure au nom du Dieu vivant d'attendrir votre cœur sur des calamités si déplorables , et pendant qu'il vous reste un filet de vie , de ne porter point les affaires à des confusions irrémédiables. Si vous nous dites que votre honneur y est engagé, sçacliez qu'il ne se dégagera jamais que par les voies contraires à celles que vous prenez. Si vous estimez vous conserver en faisant vivre le monde dans des rages continuelles , c'est un moyen qui ne peut avoir de bénédictions du Ciel, ni de succ^ honorable parmi les hommes.
Ne vous vient-il point quelquefois en pensée, quand vous contemplez vos Palais qui égalent ceux des Monarques : je me promène par les délicieuses fraîcheurs de Ruel, et le pauvre Peuple est brûlé à petit feu ; ma famille est riche des dépouilles de la France , et la France est ap-
pauvrie par mes richesses ; j*ai toiqoiirs dix taMes qm regorgent de bien , et tant de gens autrefois bien erodîtionnés enragent de faim ; la pourpre couvre mes^panks» et ceux qui étoient nés aussi Gentilhomme que mot soi^ couverts de haillons; je b&tis mes maisons toutes d'or, pour faire que le reste du Royaume ne soit plus que d*argile ; mes palais sont des villes , et les villes sous moi deviennent mes déserts ; je tiens la mer et la terre , et tant d'autres n'ont pas presque Tair libre pour respirer; j'ai des plaisirs et des délices sans fin, lorsque les misères ' du monde qui sont extrêmes « ne trouvent point l'extrémité de leur durée ?
Monseigneur, croyez-moi, c'est assez ; c'est tantôt assez pour un homme qui doit mourir et pourrir : ne lassez point votre félicité , elle est de verre aussi bien que celle des autres hommes , et se peut briser au plus beau de son éclat. Voyez les Princes et les Princesses bannis aux terres étrangères ; voyez les Maréchaux de France, les uns sur les échafauts sanglans , et les autres dans des prisons si longues et si amères : ce sont les ouvrages que vous avez faits, pour vous apprendre ce que Dieu peut faire de vous.
Mais regardez surtout où est réduite celle qui étoit autrefois l'une des plus hautes puissances de l'Europe , dont vous tenez le bien , et déshonorez la mémoire ; c'est elle qui a fait le quatrième chef de ma remontrance. Je n'ai pu supporter une dévotion pharisienne , de laquelle on amusoit le Roi pendant le bannissement de la Reine sa mère , voyant qu'on le portoit à dresser un bel Autel à Notre-Dame, et tenoit-on que c'étoit là le haut point de sa sainteté. On ne cessoit de flatter ce bon Prince par certaines ombres de piété qui avoient bien quelque chose de louable, mais qui n'étoient pas au point de la vraie charité. Je n'ignore pas que le zèle qu'il a pour la très-sainte
Vierge est fort recommandable , comme étant la source des grands biens que Dieu lui a communiqués ; mais je sçais d'autre part que celle qui a mis si haut le titre de mère, et qui en cette qualité a été honorée par un Fils de Dieu, ne prenoit point de plaisir qu*on revêtit des Autels en dépouillant une mère. Jésus reprocha la même chose aux Pharisiens lorsqu'il les reprit aigrement de ce qu'ils rccevoient des ofTrandes au Temple par la main des enfans, qui frustroient leurs pères et mères des devoirs de la nature. L'honneur, qui est dû à ceux que Dieu a voulu être auteurs de notre naissance, est un rayon de la principale lumière , une voix de la conscience , une doctrine de toutes les écoles , et un consentement de tous les peuples : c*est le premier commandement de Dieu qui porte avec soi sa récompense ; et toutefois nous l'avons vu si avili, que plusieurs des Prédicateurs qui étoient du nombre de vos bons esclaves , ne le nommoient jamais dans les Chaires ; et ceux qui écrivoient de gros volumes pour donner les ordres de bien vivre à tout le monde , quand par nécessité leur discours les portoit sur cet article , ils sautoient par dessus , sans en rien dire , aimant mieux rayer la parole de Dieu, que d'oflenser la vôtre. Que diront ici les voix de la nature ? Que diront les Infidèles ? Gléobics et Biton prirent la condition de chevaux pour traîner le carrosse de leur mère , et la postérité en a fait des Dieux. Plusieurs Barbares qui n'avoient point la connoissance du vrai Dieu , respectoient leurs père et mère comme des Divinités : les uns enchftssoient leurs cendres après la mort dans Tor et dans l'argent, et dans tout ce qu'ils avoient de plus riche ; les autres , dans tous les repas qu'ils faisoient , leur en ofTroient les prémices. Les plus grands Rois et les plus grands Saints ont honoré leurs mères par dessus tout ce qui se peut dire après Dieu. Alexandre l'a fait par la loi de nature , et S. Louis
par celle de Grâce. PTest-ce pas nue lâcheté à on GobIe»ieur digne de rhorreor du cœur de Dieu, de n'oser ment dire le nom d'une mère à roreiUe d*nn fib , dans le secret de la confession, et croire qne c*est on moyen de se conserver à la Cour, comme sll fidloitfDiikr aux pieds les loix du Ciel et de la terre pour h conservation d'un homme chétif dans tout ce qui perd k safait de Tame ?
Je vous avoue, Monseigneur, qne je n*ai pn snoeomber k cette infâme servitude. J*ai parlé hautement an Roi de la Reine sa mère ; j*ai parlé du req[>ect et de la charité qui lui est duc , non pour monopoler contre l*Etat , mais pour rendre à Dieu ce qui lui appartient. Jamais je n*ai eu l'honneur d*étre connu particulièrement d^eDe, ni d'être obligé par ses bienfaits , et je ne l'ai pn regarder en tout ceci autrement que dans les idées de Dien , et la loi de la charité.
Il ne faut pas estimer , Monseigneur, que vous soyei tout l'Etat , toute la parenté du Roi , et tout Dieu , pour rapporter tout à vous-même. Si ce n'est le bien de Fétat de votre maison qu'elle recueille les honneurs que la loi de Di(îu lui ordonne , c'est le bien de toute la France , et môme celui de toute la Chrétienté.
Qu'a-l-elle dit, qu'a-t-elle fait, pour mériter les prisons et les bannissemens , pour vivre en une terre étrangère , pour expérimenter de si grandes et de si longues rifleurs?
Dans le manifeste du Roi où vous avez couché vos justifications avec tous les avantages, ce qui vous est assez ordinaire, vous n'avez pu alléguer autre cause d'un si rude traitement , sinon qu'elle ne vouloit pas s'accorder avec votre Eraincnce.
La sage Reine a beaucoup plus vu que nous ne pensions ; elle a prévu d'un esprit avancé sur l'avenir les dé-
saslrcs qui dévoient arriver de votre Gouvernement, et elle n'y a point voulu prendre aucune part. Est-ce un si grand crime de n'ôlrc pas dans vos sentimens , qu'il en faille procurer l'expiation sur une tôte couronnée par un supplice si extraordinaii'e ? Vous dites que c'est elle-même qui s'est bannie ; mais que peut faire une pauvre abeille qu'on veut brûler dans sa ruche, sinon de s'envoler? Elle étoit environnée d'espions, de gardes, chargée d'ennuis , tourmentée de frayeurs : elle n'avoit rien à espérer de votre duceté, et tout à craindre de vos artifices. Elle a tâché d'assurer sa liberté pour assurer sa vie. Elle a fait ce que vous bl&mez en apparence , et ce que vous avez souhaité et tramé en efiet. Maintenant celle qui a porté le Roi et toute la fortune de la France dans ses entrailles , vit bannie d'un Royaume qu'elle a si paisiblement gouverné. La mère des trois premiers Rois de la Chrétienté , la mère des lumières et des gloires, est obscurcie de ténèbres ; elle vit chez autrui , elle demande le couvert , elle mandie son pain en sa vieillesse , en ses infirmités , après les Sceptres, après Téclat de deux Couronnes. Elle est toujours parmi les armes et les dangers ; eUe regarde tantôt la Hollande, et tantôt l'Angleterre, nonobstant la diversité des Religions , pour trouver un petit coin dans le monde où elle puisse vivre à couvert de votre persécution. Les animaux ne peuvent être séparés un seul jour de leur chère portée sans qu'ils endurent beaucoup , et ne pensez-vous pas que ce lui est un martyre bien douloureux d'être arrachée si longtemps de celui qui lui a donné tout le premier la qualité de mère ? Des pénitences , qui se donnoient jadis en l'Eglise pour des crimes énormes , ne passoient pas sept ans , et elle entre au huitième de son bannissement , sans avoir autre ^éché que de vous avoir obligé par dessus tous les hommes. Elle a tantôt perdu les yeux à force de pleurs ; donnez-lui pour le moins une
^ide qui b lu^ne au tombeau de son cher Henri , pour etxpirer Us rentes de sa vie.
Holas ! l^siuvre Princesse , tu tires les larmes de tout le UKMide « et m<^me des yeux des Protestans , sans pouToir encore loucher le cœur de ton iniidèle , qui t'est rede- Table do tout ce qu*il a, et de tout ce qu'il est. Pardonne à ton cher tils sil ne t*honore pas aussi des siennes en public ; la nature n*est pas étouffée, mais elle est captive : il le garde un cœur de tils » mais il n'a pas la liberté d*uD Roi ; et celui à qui Dieu a donné tous les pojiYoirs, n'est pas seulement en puissance de pleurer ton malheur.
Writablement , Monseigneur, il n'y a esprit qui ne sente du transport dans la considération d'une si haute per^mne traitée avec tant d'indignité. Souvenez-vous de celte belle lettre que vous lui adressâtes au commencement de ce divorce que vousa>ez fait depuis insérer dans les pièces du temps pour servir de témoignage perpétuel de la contradiction de vos paroles et de vos œuvres.
Vous dites là-dedans que ce sont les ennemis de l'Etat qui ont publié que vous n'approchez le Roi que pour l*oloiguor iio h Koino si\ im^re ; séparer ce que Dieu et la nature a>oiout joint, mais que vos déportemens vousjustilioivut bio^ll^t, Néanmoins, pour ne vous point celer ce qui so dit ivu' toute la France , et que j'entends à mon grand ivgret , tant oo qui a suivi depuis a vérifié les pan^los qui se disoiont de vous , et condamné vos actions à la faoo do TuniviM-s : co qui rond vos apologies aussi foiblos , que \os prooêiluros sont violentes. Vous protestez que vous touoz dollo toutes les grandeurs de la terre, et que NOUS les abaisse/ à ses pieds , et cependant il y a sept ans que vous lui tenez, le pied sur la gorge , et que vous foule/, aux pieils le diadème qui est la source de vos lumières.
Vous assurez qu'il n'y a point d'apparence que le plus
obligé (les hommes soit le plus ingrat et traître à la meilleure et à la plus grande des Reines : toute votre conduite a fait paroître depuis que vous ôtes en effet ce que vous niez en paroles, et que vous ne haïssez rien tant que ceux qui vous ont le plus obligé, comme s*ils étoient coupables pour n'avoir plus rien à vous donner , après vous avoir donné tout.
Vous vous vantez que votre humeur a fait] assez paroître que vous recherchez la gloire dans la fidélité et la sûreté dans l'innocence ; c'est pour justifier cette proposition que vous avez chassé votre unique Maîtresse ; que vous êtes inhumain contre une femme , hautain contre une Reine, et infidèle à une si haute bienfaitrice.
Pardonnez-moi, Monseigneur, si je parle de cette façon : ce n'est pas moi qui ai inventé ces paroles , c'est la voix publique des Nations qui vous fait ces reproches , et vous ne devez pas trouver étrange si on fait une juste plainte de ce que vous faites une fausse gloire.
C'est pour rechercher la sûreté dans l'innocence , que vous avez des Régimens à la façon des Rois ; que vous ne faites pas un pas dans vos allées sans un corps de gardes, et que vous vous faites prêcher dans un baÛustre bordé de mousquetons, tant il faut d'attirail pour garder un innocent de votre qualité. Enfin la seule pensée de vous fortifier dans l'esprit du fils contre la mère est jugée par vous criminelle. La vie vous est odieuse étant privé de l'honneur de ses bonnes grâces ; vous^souscrîvez à votre malheur , et sans la permission de ne la plus voir, il ne vous reste plus que celle de mourir. Elle ne vous l'a jamais refusée ; mais pour le zèle du salut de votre ame , elle a toujours jugé qu'il vous eût été plus expédient de mourir, que de continuer une vie si désagréable à Dieu, et si préjudiciable au repos des gens de bien. Après toutes ces protestations et ces effets, qui pourroit
plus croire une seule de vos paroles, et qui ne jugera que si vos actions sont de feu, vos promesses sont de
ruiiiih^ t
Oue pouToit faire un Confesseur, qui n*étoit ni béte, ni malicieux « pour ignorer ou pour dissimuler tout ceci , sinon d atertir le Roi quHl avis&t à mettre ordre à sa conscience sur ce point qui étoit si important à son salut ? Au;f^ « TaTois-je totalement disposé à rappeller la Reio^ sa m^re« si vous ne IVussiez empêché par de fausses consitU^rations d'Ktat« et de vraies recherches de vos intérêts. Vos prvKtSlures m*ont obligé de parler ensuite de la Reine rt^Mute « >oyant que vous n*étiez pas encore satisfait d\Mer la pnh^nce du corps à la mère , sans ravir à la fi^nimo le cteur de son mari. Je voyois Tesprit du Roi continuellement agité par >ouS) d*ombrages, de soupçons , de fisiux rapports el d'illusions qui étoient les petits Imns de sa > ie « et qui empéchoient la bénédiction de $on mariage» Oue devois-je faire , sinon allumer leurs chastes afTections du feu qui brûle au Sanctuaire , et les fairt^ jouir dos fruits de la fécondité ? Il est bien vrai que Notre Knnnonoo di^iroil aucunement Tunion des corps , et 11 naissance d'un liauphiii pour avoir de quoi appuyer >oln^ Ktat , et étendre voUv domination ; mais vous ne Youliox nullement celle des cœurs , craignant qu'elle n\np|H>rt;\t quelque diminution à celle violente domination que NOUS avei usur^nV, laquelle ne pouvoit pas seulement souffrir une êiK>use légitime , et une Reine pour rivale. Mais moi, je jugeois que Tunion des corps , sans cvlle des âmes, est une fonction de nature qui Icnoil plutôt de la LkHc, que de 1 homme ; du Turc, que du Chrétien. C est iHHU'quoi je dissipois tant que je pouvois ces nuages que \oliv Eniinence formoit s;uis cesse dans l'esprit du Roi contre riuuocence de cette très-haute et très-bonne Princesse. Je lioisles esprits parle nœud d'une vraie cha-
rite , et y ai si bien réussi , que j'en ai eniin tiré le fruit que toute la France souliaitoit.
Qu'y a-t-il à mépriser en elle ? N'est-elle pas d*asscz bonne Maison , quoiqu'elle ne se mette pas non plus en peine d'éclaircir sa généalogie, que d'illuminer le Soleil ? N'est-elle pas assortie de toutes les qualités nécessaires à sa condition ? Y a-t-il Princesse sous le Ciel qui soit plus accomplie en toutes les parties qui peuvent composer une grande Reine ? Son esprit est rempli de grâces, son corps doué d'une agréable majesté , sa parole douce et discrette, ' et sa convei'sation très-exemplaire. L'amour qu'elle porte au Roi est patient et invincible; sa conduite est extrêmement sage, ses déportemens irréprochables, et les démons mêmes ont été contraints de rendre les témoignages dûs à sa pudicité : son cœur est dévot envers Dieu , et charitable envers le prochain; elle prie, elle souffre; toutes les misères ne cessent de navrer son esprit par une tendre réflexion , et jamais elle ne trouve de repos que dans le contentement de tout le monde. Il y a vingt ans qu'elle est mère de toute la France par son amour , devant que d'être mère d'un Dauphin par sa fécondité. Excusez-moi, Monseigneur, si je le dis : elle est beaucoup plus Françoise que vous , puisque c'est la créance du public que vous n'avez jamais aimé la France que pour la dépouiller; et elle l'a aimé jusqu'à se vouloir sacrifier pour elle. Elle a demandé à Dieu hautement de mourir même dans les premières couches , moyennant qu'elle enfantât un fils qui fût cause de la paix et du bonheur du Royaume ; et jamais elle n'a cessé en public et en particulier de procurer le soulagement du pauvre peuple , et la satisfaction des gens de bien par tous les moyens qui ont été dans ses pouvoirs que vous avez toujours contrarié. Il vous est bien aisé d'aimer la France , tant qu'elle vous fournit des mines d'or et d'argent pour enrichir votre maison. Qui
doute que tous a'aiuiassiei le Pérou cl le Brésil pour les mêmes raisons ? Mais aimer dans les disgrâces et dans les afflictions que la Reine expérimente continuellement par TOts artifices , c*est la preuve d*un amour sincère et inviolable. Aussi Teslime que tout le Royaume a de son affection est si haute , que son nom ne semble pas aujourd'hui le nom d'une femme et d'une Reine , mais celui de la bonté même. Et cependant que nVt-elle enduré , et que n endure4-elle encore tous les jours par vos rigueurs? Elle est persécutée dans sa Maison qu*on veut extirper, en ses proches qu'on traite avec toutes les hostilités possibles; en tout ce qu elle aime qu'on lui arrache avec violence ou bien qu on lui refuse pour ses nécessités ; en sa liberté qu'on gène par tant de captivités ; au corps par la séparation de la moitié de soi-même ; en la renommée par tant de calomnies; en l'esprit par tant de troubles et tant d'inquiétudes. Qui n'auroit horreur que pour un compliment qu'elle a>oit fait avec le CardinaMnfant son frère , elle ait été traitée par vos intentions ainsi qu'une criminelle dXlat , et comme mise sur la sellette pressée de répondre à vos interrogatoires , lors^iue vous senibliez lui tenir le i>oignard sur la gorge pour lui faire avouer de vieilles fables contre sa réputation ? Qui ne détestem la violence de la passion qui vous porta à faire assiéger un Monastère de tilles avec les puissances spirituelles et temporelles; y employant un Arohevèiiue avec le Chancelier de France pour arracher une très-bonne Religieuse , Supérieure de la maison, de son Couvent et de ses autels, pour la mettre entre les mains des gens d'armes , et la faire mener en exil, sans qu'elle eût aucun crime , que d'avoir été honorée de la bienveillance (^ ) de sa Reine ? Que trouvera-t-on
(l) Ce fait parolt concerner la Mère Abbeasc, Réformatrice da Valde-Grace à Paris.
dans cotte Religion, sinon des Rréviaires, des Méditations et des disciplines ? Et néanmoins, à voir ce qui se passoit , vous laissiez à conjecturer qu'il y avoit des armes et des munitions de guerre , et de grandes conspirations contre TEtat ; tant il vous est ordinaire de feindre des bosses et des plaies pour y appliquer des remèdes pires que le mal. Si cela se faisoit pour le bien de l'Etat, pourquoi le faisiezvous au déshonneur du Prince que vous portiez à ces conseils ; ou à perdre une innocente , ou à retenir une criminelle ? Si cela se traitoit pour montrer vos pouvoirs, vous n'y avez témoigné que vos foiblesses , attaquant une Reine dont le diadème semblable aux Couronnes des Rois d'Egypte , peut porter des aspics avec des perles ; les uns pour la punition des coupables, et les autres pour la lumière des peuples. Si vous l'avez pour lors estimée incapable de lignée , vous avez offensé les espérances de la France ; et si vous l'en avez jugé capable , vous avez outragé ce qui devoit naître d'elle. S'il y avoit de la faute en une si haute personne , il la falloit couvrir de votre pourpre ; et si , comme il est manifeste , il n'y en avoit point, il ne la falloit pas noircir de votre langue.
Mais vous n'avez respecté personne , n'estimant pas qu'il y eût dans l'univers une seule puissance comparable à la vôtre. Quand la mauvaise humeur s'est emparée de votre raison , vous avez fait gloire de fâcher le Pape , e avez parlé de lui et des Cardinaux ses neveux avec des paroles indignes du rang que vous tenez , mais bien dignes de la passion qui vous tient. Les Princes, qui ne veulent pas être vos valets, sont vos victimes ; vous détruisez par avance ce qui devroit naître d'eux, et vous n'aimez la virginité des Princesses que pour l'immoler à votre fortune. Les Evoques vous servent de passe-temps, les Parlemens de jouet , tout ce qu'il y a de saint et de généreux parmi eux est l'objet de votre mépris ou l'exercice de
we:4rt ferstcuùfso. Les G«ntikboauiics des plus anciennes Bofafessi» âOiil trûÊés anx portes de Rod comme des bx&m^ de néuiL et semble qall n'y ait plus d*honneiir an Dxnde. sH nesL de la DooTeOe éditîoo.
PudoDoez. VoQseiznear, à ma franchise , qui dit ced eaïïï^ IKX2S Aeta^ doq pour tous diflbmer, mais pour toos miii»tmr a^^ec foule hnmililê Totre deroir, puisque tous m aTex fiût rhoonenr de me dire que tous ne Touliez ftm> d'autres maximes que les miennes. Je tous parie devant Dieu . et tous sip^ie de ne prendre point de h main sauche ce que je toos présente de la droite.
Je ne nierai point que je n*aie recommandé an Roi , dans les occasions qui se sont présentées , le respect que les Rots ses Prédécesseurs ont porté aux Saints Pères ; TaSection qull doit sdon Dieu à Monsieur son frère unique , aux autres Princes de son sang et à toute la maison Royale. Je ne désaTouerai point que je me sois efforcé de relever en son esprit Testime de la Noblesse , des Cours souTeraines et de tons les bons Officiers de la Couronne, jugeant qu'un Prince qui est tout à un. n'est à personne ; eî qu'il n'ètoit pas loisible . selon Dieu et selon Futilité de s-^n Etat , de faire tourner une grande Monarchie dans la Icte d un seul liomme. C'est ce qui vous a le plus effaré contre moi. et ne trouvant rien à mordre sur ma vie, qui c^it de bonne v.wJeur à mon Maître et à toute la Cour, vous lui avez fait suggérer que je prélendoisàrEmineuce. Mais tout le monde sçait que jamais je n'ai eu la moindre tentation de cette >anité: puisque connoissant de pleine science que vous êtes le père des lumières et l'arbitre de riionneur, sans la volonté duquel à peine le Roi faisoit un Chapelain ; je me suis montré si peu complaisant à vos humeurs, et si contraire à rendre les adoralions à votre fortune , que vous m'avez tenu suspect dès aussitôt que je suis entré au senice de Sa Majesté. Vous
Ignorez pas qu'un des Grands du Royaume nie disant I jour que je tinsse ferme de votre parti , même par SSU5 toutes les considérations du Roi , qui ne me pouit nuire ni obliger sans votre Eminence , que par ce 3yen jeserois tout ce que je voudrois ; j'eus liorreur de tte parole , et je répondis que j*étois Religieux , que vois renoncé aux honneurs du siècle , et que si Dieu oit quelque dessein sur moi qui fût au delà de mes initions et & mes volontés , je me rendrois à ses ordres iitôt par vertu que par crime. Vous avez taché par ces i^mes voies de me décrier à notre Compagnie ; mais je 18 trop bien connu de mes frères qui sçavent que j'ai ujours été aussi éloigné de ces prétentions , que le Ciel i élevé par dessus la terre. Les songes mêmes, qui sont > pères de tant de fantômes agréables et qui peut-être us ont fait mille fois Pape , ne m*ont pas fait une seule Is Cardinal. Jamais je n'ai eu encore intention de rougir El robe noire , si ce n'est de mou sang pour la confession la Foi ou de la vérité.
J'ai déduit à votre Eminence avec toute franchise le jet des discours que j*ai tenus au Roi, et maintenant je us conjure, Monseigiieur, par les caractères de Prêtrise le salut de votre ame, qui vous doit être plus chère que tre fortune, qu'il vous plaise faire quelque réflexion sur ut ce que je vous ai dit avec autant de courage que de icérité.
Dieu m'est témoin que parmi ces foudroyantes colères »nt vous m'avez fait sentir les effets, je ne désiste point I vous aimer. J'ai pleuré souvent devant Dieu sur vous , ai senti mon cœur percé d'une amère douleur, voyant le vous employez si mal les bonnes qualités que Dieu »us a données , et que vous fassiez des couronnes à Baal ) l'or de Jérusalem.
Rentrez un peu dans vous-même , songez quelquefois
d*où vous ùtes venu , et où vous allez. Il est vrai que trop grande indulgence de la fortune vous a fait désa.^ — prendre la condition de la vie humaine. Vous n'avez poiuE^ t été formé parmi les globes célestes ; vous n'êtes poin ~t descendu du sang de ces Rois qui se disoient les cousin^^ du soleil. Vous êtes un homme mortel , tissu de foible^s élémens , et n'avez qu'un souffle attaché à un corps qa S vous menace tous les jours de sa ruine. Cependant vous prenez des gloires qui ne sont point séantes à un homme, et qui ne s'accordent nullement avec la vie d'un Prêtre. On vous peut dire ce qu'un capitaine Scythe disoit au grand Alexandre : si Dieu vous avoit donné un corps proportionné à l'ardeur de votre esprit , vous voudriez toucher d'une main TOrient et de l'autre l'Occident ; vous feriez vertu d'échéler (escalnder) le plus haut des deux et de pénétrer dans les abyraes de clartés où l'essence de Dieu se cache à la foiblesse de nos yeux. Vous êtes fait pour servir à Dieu aux Autels avec une simplicité de colombe, et vous avez pris le vol de l'aigle pour courtiser le soleil et jouir parmi les foudres. Vos historiens mêmes témoignent que vous avez été toujours extrêmement ambitieux des cliarges de la Cour, ce qui est un très-mauvais signe en la personne d'un Ecclésiastique. Vous avez assiégé l'esprit de la Reine mère , et ensuite celui du Roi , pour régner par eux, pour les gouverner, et puis pour les diviser. Vos conseils sont vos affaires ; les protestations de» fidélité les pièges de Tinnocence ; vos services des commandcmens, et vos récompenses des Royaumes.
Aussitôt que vous avez été insinué dans le Gouvernement que vous souhaitiez avec des ardeurs incroyables , vous avez tout fait par excès contre la maxime des sages Politiques, qui assurent que jamais il ne faut rien porter aux extrémités ; d'autant que les félicités des Royaumes sont des médiocrités aussi bien ([ue les vertus : mais
jamais vous n'avez rien voulu de médiocre ; vous n'avez songé qu'à marcher sur les ailes des vents , el bâtir votre maison sur la ruine de la France.
Le Roi Louis XI, après avoir vieilli dans les expériences, disoit que « le bon gouvernement et le salut de ce Royaume » subsistoit sur trois colonnes, qui sont Tamour des Rois » envers les peuples , le respect cordial des peuples en- )) vers le Roi, et la justice entre les deux. » Tout cela a été renversé sous votre administration. Vous avez pris une façon de gouverner hautaine , turbulente et Sultanique, pleine de rigueur, de proscriptions , d'extorsions, de désolations de provinces , de chaînes , de prisons , d'échaffauts sanglans, de massacres, de plaintes, de cris, de fureur et de rage. Vous avez opprimé les Parlemens , et fait parler la justice comme vous avez voulu, toujours maître des loix , et toujours esclave de vos passions. Ce siècle est un siècle d'or pour vous qui disposez tous les ans de tant de millions à votre discrétion ; mais il est de fer pour toute la Chrétienté. J'ai honte de dire ce que toute la France pubhe , que votre Eminence est continuellement poussée à toutes ces violences par l'esprit du Père Joseph que tous les meilleurs Religieux de ce grand et saint Ordre tiennent pour un prodige, et les bons François pour le mauvais génie de la France. Ce sera une chose aussi difficile à croire que les enchantcmcns de Maugis , quand on racontera à la postérité qu'un homme de qui l'habit ne portoit que la pénitence et la paix , ait fait rouler sous son capuchon toutes les guerres de l'Europe entre les Princes Chrétiens. Il a commencé par de beaux songes , quand il croyoit renverser la Monarchie des Othomans avec les forcés de M. le Duc de Nevers ; mais il travailloil alors sur ses chimères , et ne gâtoit rien. Depuis que vous lui avez donné de l'étofTe, il a pris des idées de conquérant qui nous coûtent bien cher. Il s'est promis de gouverner
la France comme un Noviciat de Capucins , et de donner à tout le monde la pauTreté qu*il a perdue dans les allées de Ruel. C*est un Trai empirique d'Etat qui ne cesse encore de jetter le souffre et les eaux brûlantes dans les plaies de l'Eglise aniigée. Il excite des tempêtes et sur mer et sur terre : il brouille incessamment les affaires, et a si bonne opinion de sa suflîsance, qu'il croit faire un déjeûner de la Maison d* Autriche, et un souper du Grand-Turc, quoiqu'il soit de ses bons amis. C'est pour cela qu*il se flatte de TEminence , et que de tous les points de la passion , il ne médite rien si dévotement que la pourpre. Croyez-moi , Monseigneur . qu'il ne vous est point tant avantageux de le tenir auprès de vous : cela a fait dire aux plus sensés que votre conduite est bien pauvre , puisque vos conseils sont réduits à la besace.
Dieu m'est témoin que je ne dis pas ceci par inimitié , mais par une horreur que j'ai du vice et des vicieux, afin que tous les Religieux considérant son malheur, retirent le pas d'un goufTre ou il s'est abymé.
Mais enfm , quelle sera l'issue de celte longue et horril»le trairédie ? Ne pensez-vous point qu'il y ait sur votre tète un Ciel , un Dieu . une Providence ? On voit tant de grands arbres qui sont des siècles à croître , et tombent en un moment. Les prospérités du monde sont de belles médailles qui ont quelquefois des revers bien hideux et bien effrovables. Tout est branlant ici bas ; mais il n'v a rien de plus instable que le bonheur des Favoris , qui après avoir fait les Cx^zars, ont servi bien souvent de jouet aux peuples . et de déclamations aux Ecoles. Toutes les histoires sont teintes de leur sang, et tous les siècles remplis de l'horreur de leur mémoire.
Je supplie le Père des lumières qu'il vous donne, MonseiuMieur, les conseils les plus propres à \otre salut , et le> plus a\anl;igeux au repos de la France. Mon cœur est
sans fiel , et ma plame sans venin ; et tout ce que j'ai dit ici, ne procède que d'un très-ardent désir que j'ai de votre conversion.
Votre Emincnce sçait que ce n'est point par le consentement des nôtres que je lui adresse ces lignes , puisque ceux qui gouvernent si ponctuellement sous vos empires, m'ont sacrifié à votre discrétion, cherchant leur sûreté dans ma perte , et leur l'epos dans mon tourment. Je ne désiste pas pour cela de les aimer, priant Notre- Seigneur qu'il les inspire , et qu'il les fortifie de son Esprit, à ce que servant le dieu du temps, ils n'oublient point celui de l'Eternité.
Si cette remontrance que je vous fais avec un cœur plein de charité et dé compassion vous allume contre moi , je souffrirai ce qu*ont enduré les Martyrs , et vous ferez ce qu'ont fait les persécuteurs. La mort n'est point hâtive à un âge qui passe le vôtre de deux ans, ni tciriblc à un Religieux qui a renoncé aux délicatesses de la vie ; ni ignominieuse à celui qui la reçoit pour la défense de la vérité.