‹ Documents inédits concernant la Compagnie de JésusChapitre 13 sur 18 · POITIERS HENRI OUDIN, IMPRIMEUR-LIBRAIRE · texte numérisé non relu

POITIERS HENRI OUDIN, IMPRIMEUR-LIBRAIRE

Tout le monde connaît les excellentes qualités des habitants de la Bretagne. — Nous parlons de la Petite et non de la Grande. — Tout le monde admire la foi des Bretons, lenr lidélité, leur courage, et combien est ferme leur yolontë. Cette vdlonte si ferme leur a été, on le sait, assez souvent reprochée comme un défaut , ou du moins, comme l'excès d'une qualité.

Ce défaut, où, si l'on veut, cét excès, n'a pas manqué d'être exagéré par les mauvaises langues nées hors de l'Armorique, et le défaut de quelques-uns, attribué à tous.

Ce mauvais procédé de province à province est vieux eomme le monde et semblerait ne pas vouloir finir avant lui. Pour nous.

te

ayant à parler de quelques Bretons passablement entêtés, nous éviterons, comme la justice le demande, de généraliser le défaut de ces quelques-uns.

JNous avons à publier le récit d'une contestation , disons mieux , d'une guerre doqt la durée égale et même surpasse la plus classique de toutes , celle de Troie racontée par le vieil Homère. La ville de Brest, théâtre de la guerre dont nous allons donner le récit abrégé , n'a pas besoin d'un Homère pour raconter le siège de son église y la poésie n'ayant rien à voir en ces interminables débats , un des plus illustres monuments de la chicane contre le bon droit. Mais, sans plus de précautions oratoires, livrons le fait à l'impartialité des lecteurs.

Vers la tin du XVII« siècle , Brest n'avait pas encore d'église convenable. Louis XIV voulut lui en donner une, et en même temps doter la ville d'un séminaire

destiné aux aumoaiers de la marine royale.

Si le but , si le projet fut excellent , les moyens , mal choisis , mal combinés , en , compromirent le succès. Le roi voulait, en bâtissant l'église de Brest , la faire servir , en même temps , et d'église paroissiale et de chapelle pour sou séminaire des aumôniers de la marine , dirigé par les Jésuites. Cette rjéunion, dans une même église, du clergé séculier et régulier, i'ut assurément une mauvaise combinaison. La Compagnie de Jésus en fut la victime, mais, suivant la coutume , accusée , dénoncée comme étant l'auteur de la discorde. Âpres dix ans de guerre et un demi-siècle de contestations, on finit par où l'on aurait dû commencer : c'est-à-dire abandonner entièrement Fusage de l'église aux habitants de Brest et bâtir une chapelle pour le séminaire de la marine.

On a beaucoup écrit sur cette aflfaire de Brest} mais l'ignorance ou la passion tenait

la plume , comme il arrive d'ordinaire quand les Jésuites sont en cause. La vérité sur cette affaire, se trouve, non dans les pamphlets de l'époque, mais dans les documents officiels. Ces pièces officielles formeraient un wr-folio parfaitement ennuyeux, et personne n'ouvrirait un pareil ballot d'opium. Sur ces pièces officielles on a fait un extrait, oii l'affaire de Brest est complètement et très-exactement racontée. Ge récit, nous le publions sans crainte de le voir contester. Mais cet extrait, nous demandera-t-on, n'a-t-il pas été fait de la main d'un Jésuite? — Oui indubitablement , malgré le défaut de signature. — Alors, nous dira-t-on, c'est un procès raconté par une des parties? — Soit , mais oii a-t-il été défendu à un honnête homme de témoigner dans sa propre cause, surtout quand son témoignage, même dans les moindres détails, s'appuie sur des documents incontestables et pour la plupart incontestés?

Ces pièces, ces documents officiels, malgré riiabilelé des Jansénistes et leur persévérance à faire disparaître des témoignages embarrassants, existent encore dans plusieurs dépôts publics et particulièrement dans les archives de la marine et dans celles de rEmpire. Puis la bibliothèque de Brest n'est pas la seule à posséder certaines pièces curieuses et peu connues.

Nous donnerons en forme d'appendice, et

pour rédificatioQ de tous, un nombre suffisant de pièces justificatives : elles satisferont certainement les lecteurs honnêtes j mais pour ceux dont le parti pris est de trouver les Jésuites en faute, nous ne prétendons point leur interdire cette ordinaire et malsaine consolation.

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