PAR LOUIS XIV
Mos Rois très-chrétiens ont toujours montré beaucoup de zèle pour le salut de ceux de leurs sujets qui consacrent leur vie à la défense de l'État. Mais on doit avouer que Me service de la marine, offre au ministère spirituel des difficultés spéciales. Les ecclésiastiques^ souvent peu cpunus, qu'on y employait, manquaient parfois des qualités requises pour s'acquitter convenablement de leurs devoirs, « en sorte dit le roi dans ses lettres-patentes^ pour l'érection d'un séminaire (ies aumôniers de marine^ « que ceux qui composent ies équipages « de nos vaisseaux , se sont trouvés sans les secours « spirituels qu'ils en devaient espérer, et même « ceux de ia rdigion prétendue réformée, servant « sur nosdits vaisseaux, n'ont pas eu les instruc- « tions nécessaires pour se convertir j».
Il est vrai que M. Golbert avait eu plus d'une fois recours au dévouemeni: des Pères de la Compagnie de Jésus; mais il ne leur était pas possible de fournir à la ïuarine royale un nombre suffisant de religieux. Le roi se résolut donc de fonder à Toulon, à Rochefort et à Brest, des séminaires maritimes. Celui de Brest £ut élâbli en 1681 au bourg de Folgoët, situé à cinq lieues de la ville et siège d'une collégiale de fondation royale, qui fut supprimée. Les revenus en furent affectés à Tentretien des directeurs et aumôniers.
« Nous voulons et nous plaît qu'il soit établi au
« dit lieu de Folgott, un corps de communauté ou séminaire de prêtres séculiers, dans lequel seront « instruits de jeunes prêtres pour servir d'au- « moniers sur nos vaisseaux , et administrer , quant « au spirituel y l'hôpital des malades et invalides « dans notre ville et port de Brest. Voulons que « ladite communauté soit sous la juridiction de « rÉvéque diocésain [Mgr de St-Pol) , composée d'un « supérieur qui sera par lui choisi, et d'un aussi n grand nombre de prêtres que les logements et <t revenus que nous y destinons pourront sup- « porter : entre lesquels ecclésiastiques, il y aura « un maître qui enseignera la théologie auxdits u jeunes prêtres, et un autre qui les instruira dans « les cérémonies de TÉglise. »
Le premier supérieur fut M. Madec, prêtre pieux et zélé, maïs d'un caractère difficile. La bonne harmonie ne put subsister longtemps entre le directeur et les aumôniers, et comme la distance de Folgoët à Brest rendait pénible le service de l'hôpital et des vaisseaux ^ le roi, informé de ces circonstances, pensa à transférer le séminaire dans la yille et à le confier à une communauté religieuse : ce qu'il fit, vers le 'même temps, pour Aochefort qu'il donna à MM. de S. Lazare, et pour Toulon, où il plaça les Pères de la Compagnie de Jésus.
L'établissement des Jésuites à Brest en 1686 semble se rattacher à des faits antérieurs. Il est bon de les rappeler.
Les Jésuites qui élevaient , dans leurs collèges de la Flèche et de Paris, la jeune noblesse destinée aux armes ou à la marine, avaient commencé, dès la première moitié du dix-septième siècle , à donner à leurs élèves, des leçons de mathématiques, de physique, d'hydrographie et autres sciences propres à la carrière que ces jeunes gens devaient embrasser.
Ainsi de 1616 à 1626 , même avant l'époque où le nom d'hydrographie se trouve pour la première fois dans nos lois le P. Jean-François, professeur
* nans rordoooanoe de 1629* autrement nommée code Michaud, gui est attribuée au gante des sceaux , de MariUaii , il est question d'écoks d^hifàrograpkk pour les jeunes marins. Art. 433 et A34.
lyiii.
de mathématiques à la Flèche , préludait déjà dans ses leçons au cours de science nautique.
Au P. Jean François succéda le P. Pierre Bourdin, célèbre en son temps par ses ouvrages de mathématiques et par son livre de tort des Jortifications\ il Alt remplacé par le P. Georges Foumier dont le grand ouvrage sur \ hydrographie a fait époque.
Le P. Foumier, ainsi que plusieurs autres Jésuites, avaient joint à la science qui s'acquiert dans les livres celle que donne l'expérience ou la vue des choses \ ils avaient accompagné sur mer, dans leurs expéditions, plusieurs des plus habiles marins de leur siècle.
En 1670,*Louis XIV créait une compagnie de deux cents gentilshommes qui , sous le nom de Gardes de la marine ^ étaient répartis dans les principaux ports du royaume, Brest , Rochefort 'et- Toulon. £n 1682, cette compagnie des Gardes de la marine fiit portée à Jiuit cents hommes : une médaille fut frappée à cette occasion. Il est probable que vers i 670 les Jésuites de Toulon donnèrent des leçons de mathémathiques aux (rardes marines de ce port militaire. Ce qui est certain , c'est que vers le même temps Louis XIV établissait un Jésuite professeur ro} al d'hydrographie à Nantes et à Marseille.
A Tépoque où Colbert et son fils Seignelay orga-
nûsaient la marine royale de 1681 à I6â9> on voit le gouvernement français demander aux supérieurs
de la Goiypagnie de Jésus des aumôniers pour suivre les expéditions navales.
La Compagnie ne se trouva pas en mesure de donner un nombre suffisant d'aumôniers pour£aire le service sur tous les vaisseaux de la marine royale; seulement elle fit entrevoir qu'elle n'était pas opposée^ comme ii s'était déjà pratiqué plusieurs fois^ à ce que quelques Jésuites fussent attachés de temps à autres à des expéditions maritimes. Ce fut à ce propos que le gouvernement proposa à la Compagnie de se charger de TinstnicHon des aumôniers de vaisseaux. Les premières propositions en avaient été faites au Provincial de Lyon, pour, la ville de Toulon. De semblables propositions furent ensuite adressées au Provincial de France pour la ville de Brest. Enfin en 1685 un accord était passé entre le ministère de la marine, dirigé alors par Colbert de Seigoelay / et les provinciaux de France et de Lyon , par lequel les Jésuites se chargeraient des séminaires de marine à Brest et à Toulon , et s'engageraient de plus à y entretenir un professeur dliydrographie
* Ces divers détails onl été tirés de la cm'respondance du général de la Compagnie avec les Provinciaux de France, de 1681 à 1686. Les notes ont été prises sur fiiècet originaleSfqtin te conaervent aax arctiives du Gesù à Home.
Tels furent les événements qui préparèrent rentrée des Jésuites dans la ville de Brest. L'initiative
semble en appartenir au gouvernement et spécialement à Colbert ^
Voici d'après l'ordonnance de Louis XIV pour les armées navales ^ quelques-unes des clauses de l'accord passé entre le gouvernement et la Compagnie de Jésus pour l'établissement des séminaires de marine à Toulon et à Brest.
. « Les Pères Jésuites seront tenus (suivant Tac- « cord fait avec euxj de fournir à perpétuité , savoir « ceux de la province de Lyon , douze personnes « de leur société , de vie et mœurs exemplaires , « dont neuf seront prêtres et trois frères , dans le « séminaire de Toulon ^ et ceux de la province
* On doit ajouter que le gouvernement (tout occupé alors à faire rentrer les protestants dans le sein de relise catholique) avait aossi inteuCion , en appelant les Jésuites à Brest, de les einployer à la conversion des hérétiques et à riostruction des nouveaux convertis. Gela ressort des correspondances du Roi, ou de Seignelay son ministre, avec H. Desclouseaux, commissaire de la marine à Brest ; ainsi par exemple, dans la lettre du 18 décembre 1685, le lloi fait demander à M; Desclouseaux , des nouvelles des conférences que les Jésuites avaient commencées avec MM. de ta religion prétendue réformée {Archives de la marine, registre des ordres du Roy, en 1685, p. 616).
• P. 399 et suiv. Cette ordonnance de Louis XIV et signée Colbert, est du 15 avril 1689; elle a été imprimée en un vol. in-i2, la même année, à Paris , chez Michalel , rue Saint-Paal.
« de France, un pareil nombre dans celui de
« Brest, pour instruire, nourrir et loger vingt « jeunes prêtres séculiers, en chacun de ces sémi- « naires, et les rendre propres à faire les fonctions « d aumôniers sur les vaisseaux.
t Les Pères Jésuites auront aussi la direction
0 spirituelle des Hôpitaux de Toulon et de Brest. « Chaque séminaire sera composé d'un supé-
« rieur, d*un instructeur, pour servir de confesseur « aux aumôniers , et faire les conférences à certains « jours delà semaine ; de deux professeurs Jésuites
1 pour enseigner la théologie morale et les mathé- « matbiques; de quatre missionnaires pour instruire « les gardes , soldats , matelots et autres gens, de « marine , prêcher dans la ville , y visiter lesi « malades et ceux de l'hôpital , confesser et &ire la « mission sur les vaisseaux pendant qu'ils seront « dans le port : il y aura aussi un procureur et • trois frères pour le temporel du séminaire.
« Sa Majesté donnera , pour la subsistance du « séminaire et aumôniers de Brest, la somme de trois « mille livres de rentes et biens de la maison de « Folgoét réunie au séminaire, trois mille livres à « prendre sur les états de Bretagne, et le surplus . M sera payé par le garde du Trésor Roval jusque 9. à ce que sa Majesté leur ait pourvu d'un fonds « amorti par union de bénéfices ou autrement.
« Ce» deux séminaim jouiront des luémes hon-
« neurs , avantages, privilèges, franchises, exenip- « tions.et in>aiUDités dont joui&&eût les maisons et « commuDautés de fondation Royale, même du ft privilège de faire entrer quinze tonneaux de vin « pour chacun an quittes de tous droits , et encore « de trois niinots de sel chacun, pour leur franc salé.
« Les supéiieurs des séminaires tiendront la « main à ce que chaque vaisseau ait un bon prêtre « pour aumônier, d'une vie exemplaire, capable et « exercé dans la conduite des âmes.
■ Lorsque sa Majesté fera mettre en mer une « escadre de cinq vaisseaux et au-dessus, dans les « ports de Toulon et de JUrest , les Pères Jésuites « des séminaires, seront tenus de faire embarquer a un ou plusieurs de leurs missionnaires pour • diriger les aumôniers de l'escadre ^. »
* La position des Jésuites à bord des bâtiinenls de l^tat n'était •
pas Uîie sinécure et leurs excursions n'étaient point voyages d'agrément , comine on peut le voir par le passage suivant extrait d'une vie nianusorile du I'. Cliampion :
« Jamais le P. Cliampion ne travailla plus à son gré que dans ses deux missions uiarilinics; c'est ciinsi qu'on peut nommer les deux voyages qu'il fit avec Monseigneur le vice-amiral , Comte (niaintenant maréchal) d'Estrées, à qui il fut donné pour servir sur les vaisseaux. Il était seul Jésuite sur son bord. Quelle joie de se voir, comme saint François-Xavier , son cher patron, d'un côté sans aucune consolation humaine , de l'autre délivré d'ua charilabJe oenaeur qui «tirait eu le pouv4»ir de modérer son lète et de s-oppoeer
Pour la subsistance du séminaire et des autnô- .
niers, les Jésuites acceptaient la foiidatioD sur le pied de trois cents livres par téte, somme foit
à ses saintes indiscrétions. Le viod-amiral fui si puissamment tooebé âe ses Iwos eiemples et de sa conversation toute sainte quMI conçut dte lors pour lui, comme nous le dirons, une estime et une amitié très-particulières. Voici ee que je sais de ces deux expéditions rolHtaires: premièrement parce qu*il en écrivit A sa famille pour la tirer dMnquîétude et puis par ce que j'en ai appris de lui-méioe et tic la bouche de ceux qui firent le voyage avec lui. »
a L'an 1675 une flotte Indlamlaise étant venue attaquer Cayenne , qui n'avait qu'un petit iort et très-peu de soldats pour le défendre , s'en emjiara fort aisément et en chassa les Français. C'est une llede la Guyanne sur la côte de la mer du Nord de l'Amérique méridionale. Elle a environ sept lieues de longueur et dix-huit ou vingt de circuit. Les Français s'y étaient établis sous le lègne de Louis XIII et avaient donné son nom au fort qu'ils y avaient bâti. L*an iS26 ils en furent cbassés et n'y purent rentrer que l'an 16/iO. ds en furent chassés une seconde fois en i65A, et les OoUandais en demeurèrent les maîtres jusqu*à ce que i*àn lê6/k , NM. de Tracy et de la Barre les en dépossédèrent ; mais dix on douze ans «près ils s^en rendirent maîtres tout de nouveau. Le Roi ordonna à M. le vice-amiral de France, le comte d'Estrées, d^en aller faire la conquête. Il partit de Brest au commencement d^oetobre 1676 et arriva à la vue du fort le 17 de décembre et le trouva défendu de vingtsix pièces de canon et de trois cents soldats. Il ne leur donna pas le temps de se reconnaître. Jl débarqua en diligence huit cents hommes et marcha droit à fennen)! qui avait osé sortir avec deux cents de ses gens. Il les poussa avec vigueur et les obligea de rentrer dans leur fort. Ils n'y firent pas une longue résistance. Le Comte , dès la nuit, les fit attaquer l'épée à la main , à la française, et les <lélogea honteusement. »
« C'est è cette première expédition que M. le comte d*E8trées
— iO —
insuffisante. Messieurs de S. Lazare, mieux avisés, en exigèrent quatre cents ^ pour leur séminaire de Rochefort. Le fonds, pour celui de Brest, se com-
connut le mérite du P. Champion. 11 lai Vit faire Bor son bord tout ce que saint Ftvnçois-Xavier , qnMl se proposait pour modèle, avait fût autrefois sur les navires des Portugais en allant aux Indes. Il y prêchait, il 7 iostraisait les soldats et Téquipage, Uy faisait la prière, il y disait la messe , il y apaisait les querelles des soldats, et réprimait les désordres des matelots. Il y servait les malades et passait le reste du temps enfermé dans sa«petite chambre y faisant oraison et s^entretenant avec Dieu. »
« Lorsqu'on abordait dans quelque lie où il y avait des mission- / naires, comme il y en a dans toutes celles de l'Amérique, ou Jésuites, ou Jacobins, ou Capucins, il allait leur offrir ses services et partager la besogne avec eux , et quand il savait qu'on devait y faire un assez long séjour , il prenait quelques-unes de leurs cures ' à desservir , parce qu'un seul curé est souvent chargé de plusieurs paroisses fort éloignées. Son grand plaisir était d'instruire les esclaves nègres qui lui faisaient plus de pitié à cause de la dureté de leurs maîtres et des mauvais traitements qu^on leur feit 11 eut même le bonheur de convertir deux négresses qui n'avaient point encore de religion. Il souflirait beaucoup des ch&leurs du climat fort contraire à son tempérament, et ses migraines en étaient notablement augmentées, mais son zèle l'emportait sur toutes ces incommodités. »
« La compassion qu'il avait des misères corporelle§ et spirituelles de ces pauvres barbares lui demeura toujours dans le cœur. Il ne cessa depuis son retour de chercher les moyens de les soulager auprès des personnes charitables de sa connaissance et leur fit envoyer de la toile pour les habiller et d*autres secours semblables pour leurs plus pressantes nécessités, dont il avait pris oonnais* sance sur les lieux. »
'« IHeu a permis qu'on ait su par des personnes qui avaient MX le
. posait de trois mille livres de rentes et biens de la
maison de Folgoët, réunie au séminaire, do trois mille livres de rente à prendre sur les États de
voyage avec loi» noe parUe dea actes de charité qa*i1 croyait devoir demenrer inodlQua. On a appris par exemple , quMl passait pour un saint dans le vaisseau , qu*il ne sortait de sa chambre que pour les fonctions de son ministère , qu*U était d^nne assiduité charmante auprès des malades, qu'il leur distribuait souvent tout ce qu'on lui donnait pour ses usages et que plus d'une fois on Fa vu se charger de ces n]iséial)Ies et les apporter dans son lit, se couchant auprès d'eux sur les planches , et leur rendre les services les plus bas. il avait une grâce particulière pour assister les moribonds, et, dans ces derniers moments, il savait faire entrer dans les cœurs les sentiments propres de cet état. Enfin ces ofilccs cliaiitables lui avaient tellement gagné l'estime , le respect et Taraitié de tout le^nonde que M. le vice-amiral , qui ne pouvait s'en taire, se voyant obligé à faire un second voyage en Amérique , dont nous allons parler, demanda instamment aux Supérieurs qu'on lui donnât le P. Champion sur son bord , comptant beaucoup sur sa charité , sur sa sagesse et sur le crédit que sa vertu lui donnait auprès des soldats et des matelots. Le Père accepta avec joie la nouvelle occasion que Dieu lui présentait, et il y trouva de quoi exercer son zèle d^une manière encore plus héroïque que dans le premier voyage. »
« Voici ce qu*il écrivit à sa belle-sœur en s'en allant à Brest pour 8*embarquer :
« Les Supérieurs m*ont déterminé à accepter la proposition qui ' « m'a été faite par M. le vice-amiral de l'accompagner encore sur la « mer. Nousnesavonsoùnousallons; mais les dangers que j'ai courus « m'ont rendu hardi. 11 ne faut rien craindie sous la protection de « lasainte Vierge.» Il partit de Brest au commencement dumoisde mai 1677 , comme il parait par sa letlic du sixième , par laquelle il dit adieu à sa sœur. «Nous partons, dit-il, dans deux jours; le • voyage sera plus long qu^on ne me Tavait £adt espérer. Nous
Bretagne, selon la concession faîte dans l'assemblée
tenue à Dinan au mois de juin de cette année 1685, ainsi que de quarante mille livres une fois payées
« allons dans rAmériqne, et nous passerons par le Portugal. « Heureux si je suis de retour aTaot le earènie M Tannée pro-
« chaîne. » Il n'en fut pas quitte pour si peu de temps , puisqn*au mois de juin de Tannée 1678 il était encore dans Tlle de Saint- Domingue , de sorte qu'il n'arriva en France qu'au mois d'août suivant, après plus de quatorze mois d'une navigation pleine de dangers, dont nous allons raconter le détail ainsi que je l'ai appris non-seulement de ses lettres , mais encore de sa propre bouche. »
« I.C Roi .content des succès de la première navigation qui nous avait remis en possession de Cayenne , songea .'i assurer le repos et le commerce des colonies françaises en enlevant aux Hollandais les forts qu*ils avaient bâtis dans le pays et qui leur donnaient le moyen de troubler notre négoce et d^alanner souvent nos habitations par des attaques Imprévues. Il envoya donc des ordres à M. le vioe-amiral de se remettre eu mer et d*aller faire quelque nouvelle conquête. On lui donna une escadre de six bons vaisseaux, de quatre frégates et d*un brAlot II se crut capable de tout entreprendre avec ces forces, il jeta les yeux sur la conquête de Tabago. C*est une des lies Caraïbes ou Antilles dans l'Amérique où les Hollandais avaient placé une de leurs colonies, riche par le trafic du tabac. Ils y tenaient une escadre qui incommodait fort notre commerce dans TAmérique. Elle était en ce temps-là de dix vaisseaux, trois autres moindres bâtiments et d'un brûlot. Le vice-amiral partit de la Martinique le onzième de février et parut au commencement de mars à la hauteur de l'Ile. Le fort était en très-bon état, et l'escadre renfermée dans le port où il n^était pas aisé de la forcer, parce que rentrée en était si étroite , qu'on ne pouvait y mettre deux vaisseaux de front. U fit sa descente dans l'Ile sans opposition, mais il trouva que le fort n^étaitpas insnltable. Il crut qnll valait mieux tenter rentrée du port. Il s*y présenta le troisième jour de
pour les bâlinients. Le surplus, qui montait à dix mille cinq cents livres par an devait être fourni par le garde du trésor royal , jusqu*à ce que le roi
mars. Il y fut reçu par le plus gros vaisseau qui vint pour lui disputer le passage. Il trouva moyen d'y mettre le feu et d'entrer ensuite et faire suivre à la file le reste de son escadre. On y brûla tous les vaisseaux hollandais , et ceux qui étaient dans le fort perdirent courage à la vue de cet acddeot et se rendirent. »
« On sera bien aise d*apprendre par nne lettre da Père quelques particularités du voyage qui ne se trouvent pas ailleurs. Void ce qu'il écrit de la Grenade , le ao de décembre 1677 : « Notre naviga- € tion a été très-heureuse; en deux mois et dix jours, nous avons « été à la côte d'Afrique, prendre et détruire les deux forts des e Hollandais dans TUe de Corée et au cap Vert. Ces forts ne nous « ont coûté qu'environ trois cents coups de canon, sans qu'aucun « homme ait été tué de part ni d'autre. De la nous sommes venus « prendre et ruiner leur fort de Tabago dans rAmérique. Dès «c la première attaque que nous fîmes, la troisième bombe que V nous y jetâmes tomba sur leurs poudres. Le feu se communiqua • en un moment aux canons , aux grenades , aux mousquets et « enleva le fort sans qu*il ait paru depuis aucun vestige de trois « b&timeots qu'on y voyait. Environ deux cents hommes ont été m enlevés, écrasés, brûlés, déchirés d'une horrible manière. J*y m accourus avec M. le vice-amiral : c'était un étrange spectacle de « voir de tous côtés , des corps morts ou mourants, rôtis , écrasés, « ensanglantés et des membres déchirés. Je donnai ^absolution & « quinze ou seize pauvres catholiques mourants. Un Père Jacobin « qui était avec moi rendit le même oflîce à six ou sept quoiqu'il y « eût bien du danger â nous tenir là, parce que quelques grenades «. éclataient encore de temps en temps. J'aidai aussi à déterrer de « pauvres gens à demi ensevelis sous des canons , sous des coffres « ou des amas de terre qui les empêchaient de se sauver.
• On peut compter que les Français ont fait perdre aux Hollandais
y pourvût par union de bénéfice ou autrement.
Ce contrat fut passé le 25 décembre 1685 par M. le marquis de Seigneby, ministre de la marine
« la dépense de quatre minions quMis y avaient employés , en leur « ôtant ou en lear rainant quatre belles colonies. Nous allons après
a cette expédition Wsiler toutes nos îles et pourvoir à leursûretépar
« les forlificalions que nous y ferons faire. En retournant nous pille- « rons quelques-unes des Iles espagnoles. Presque loul notre monde a « clé malade; je ne l'ai point été. Je suis seulement toujours un peu « indisposé dans ces pays chauds. »
« Il est aisé de juger l'exercice que lui donna ce grand nombre de malades , la Providence Payant soutenu pendant ces grosses fatigues , pour la consolation et pour le service de ces misérables. Ce
ne fut que pour le disposer au mallieur qui lui arriva dans la suite du voyage, où il faillit perdre la vie en se sacrifiant généreusement pour le salut de ses frères. »
« M. le comte d'Kstrées , depuis la prise de Tabago, était demeuré à ta Martinique et à la Guadeloupe , résolu d^aller an printemps
chasser les Hollandais de Hle de Curaçao. Il mit à la voile le 7 de mai avec quinze vaisseaux de guerre et sept armateurs. Mais quatre jours après, par la faute des pilotes qui ne connaissaient pas assez ces mers, toute celle flotte s'engagea dans des courants si rapides qu'elle ne put s'empôcher d'aller échouer sur les bancs de l'Ile aux Oiseaux. Il y péril sept gros vaisseaux , une flûte et trois armateurs avec cent cinquante hommes de l'équipage, qui, se voyant maîtres des tonneaux d'eau-de-vie restés à fond de cale, par une brutalité incroyable, aimèrent mieux se livrer à une mort certaine, que de se priver du plaislr.de s*enivrer. Mettons premièràment la çbose telle que le Père récrivit lui-même à sa belle-sœur, de nie de Saint- Domingue , le 13 de juin , et puis j'y ajouterai ce que lui-même m en a dit , et à quelques-uns de ses plus intimes amis : « il faut a vous faiie savoir, dit-il, qu'il y a aujourd'hui un mois que
d'une part, et de l'autre par les RR. PP. Pallu, provincial^ et Isaac Magnao, procureur de la Provioce de France, avec autorisation du R. P. Charles
de Noyelle, général de la Compagnie.
c pièu m*a tiré da plus grand péril où je me aoiB trouvé en toute « ma vie.
« Lé onzième de mai, au commencement delà nuH, nous échouft- « mes sur un écueil d'une île déserte. Les sej)l plus beaux vaisseaux o de noire escadre et cinq autres moindres se trouvèrent arrêtés (. sur des roches en moins d'un quart d'heure. Dieu voulut qu'ils « ne se brisassent pas tout d'un coup, comme il y avait de Tappa- « rence qu'ils auraient fait si Dieu n'avait eu pitié de nous. Jugez
• en quelle consternation nous passâmes le reste de la nuit. Mous « fîmes plusieurs prières. Je donnai l*absolution ft tous nos gens « en général et à plusieurs en particulier. Tous nos officiers nous
• abandonnèrent et se sauvèrent dans des chaloupes. Nous atten- « dions la mort à chaque moment. Tenciourageais tout notre monde, c Le lendemain de grand matin , M. le vice<am!ral envoya son canot « pour me prendre. Mais outre que je n'en fus pas averti , je n'eusse « pu me résoudre à quitter tant de pauvres gens dans ce danger, a Je demeurai donc avec eux et depuis ce temps-là nul canot ni « chaloupe ne vint plus nous secourir. Le deuzièroe jour sur les dix « heures , notre beau grand vaisseau , après avoir bien résisté à la « mer, s*onvrit en deui. Nous nous retirâmes sur le o6té entier. « Chacun songea à se sauver , les uns à larnage , les autres-sur des « radeaux ou planches attachées ensemble* Je passai dans ce dan- « ger tout ce jour-là et la nuit suivante , et le lendemain jusqu'au « soir, sans boire ni manger , ni reposer. Enfin , voyant qu*n ne « restai! plus qu'environ quarante personnes sur les débris de notre « vaisseau et que je ne leur étais plus utile, je persuadai à notre « pilote de lier ensemble quatre ou cinq inéchanlt s planches ou « avirons sur lesquels nous nous mîmes à la merci de la mer. Sou-
Dès le mois d'avril précédent, le Roi avait fait acheter la ferme de Tronc- Joli, vaste terrain , appartenant au sieur Thomas le Mayer de la Ville neuve, alors maire de Brest. Ija portion principale,
« vent les flots nons ensevelissaieDt Noos priions Dieu de bon ctenr. f Enfin nons arrivâmes heureuBement sur des roches trandisntes à « flesr â*eau. MaiB comme f étais nu-pieds , je ne pouvais qaasi- « mardier. L^écuyer de M. le vice-amiral vint au devant de moi et
« les malelots de son canot m eniportèrent sur leurs dos, me délivrant « de ces pierres aflilées et des fosses profondes où la faiblesse m'eùl • fait tomber.
« Depuis ce temps-là jusqu'à présent , j'ai eu des plaies aux deux « pieds qui m'ont fait souffrir des incommodités inconcevables. J^ai « perda tous mes livres , mes écrits et mes bardes. 11 ne m*est resté « que ma sontane , nne chemise et un caleçon. Ajoolez-voas <|oe « je souffrirai bien jnsqn'à ce que Je sois de retour en France. Ce « ne pourra 6tre que sur le milieu ou la fin d*aoàL
« Remerciez la sainte Vierge de ma délivrance , |e lut en sois « obligé. Je demande la même grâce à tous mes amis.
Uans ce narré clair et précis^ que le Père fait d'un accident si extraordinaire , il est aisé de voir que son humilité nous a dérol>é beaucoup de choses qui pouvaient relever sa charité et son conrage. Voici ce que Dieu a ponnis qui soft venu à ma connsiSBanoe. Aussitôt que le vaisseau ott était te P. Champion eut échoué , les officiers et les plus intelligents se sauvèrant dans les chaloupes et s'iillèrent jeter dans les vaisseaux les moins avancés qui n*étaieDt pas encore entrés dans ce courant impétueux qui emporta ceux qui vin* rent s'y jeter faute de connaître l'endroit où ils étaient. Le l»ère louclié sensiblement du danger de ceux qui restaient, ne songea qu'à les secourir, et à confesser ceux qui se voyaient hors d'espérance de secours, il leur protesta qu'il périrait avec eux plutôt que
qu'on iioiuma le jardin du Roi, lut destinée à servir à remplacement du Sémioaire. Pour la con&tructiou de cet édifice et de Téglise qui devait y être jointe^ on résolut de la confier au sieur Gareugeau, archive 168 abandoDoer , et cette cbarilé géaéreiue sembla leur donner uà nouveau courage afin de ae diapoaer à mourir cbrétiennenient. »
c M. le comte d^fslréea ne trouvant point le P. Champion dans les chaloupes, lui en envoya une pour le prendre» Mais 11 répondit qoll n*y avait pas d'apparence de quitter de pauvres gens qui allaient périr et quMl était résolu à ne point sortir qu'il tae les vil tous ou perdus ou sauvés. Il garda fidèlement sa parole : il laissa prendre sa place dans la ciialuupe qu'on ne songea plus depuis à lui renvoyer et le Père continua à entendre les confessions et à disposer à la mort ceux qui ne pouvaient se sauver. U vit ainsi tout r,e beau vaisseau périr par pièce et se trouva resté lui siiième avec quelques matelots qui se préparaient à se jeter en mer pour tAcher de gagner à la nage quelqu'un des vaisseaux qui n'étaient pas fort éloignés. Le Père leur persuada de lier ensemble quelques sis du débris et d*en faire une espèce de radeau sur lequel il se mit avec eux. Ils furent ainsi portés par les courants sur des écneils voisins , qui paraissaient à fleur d'eau, mais dont les loohes étaient ou si pointues, ou si tranchantes et si glissantes qu'on ne pouvait y faire un pas sans tomber dans l'eau, Les malelols lui dirent que, pour avoir le pied plus ferme, il fallait quitter ses souliers. Il les crut, mais il s'aperçut bientôt que , pour tirer quelque secours do conseil qu'on lui avait donné, U fallait avoir les pieds endurcis comme ces bonnes gens accoutumés à marcher pieds nus. Le Père eut donc, en moins de rien , les pieds tout déchirés et ensanglantés de telle sorte qu'il fallut l'emporter dans la chaloupe qui vint recueillir ces pitoyables restes du naufrage. »
On trouvera quelques choses dans ce narré, où ce que je rapporte paraîtra différeol de ce que lui-même raconte dans ses lettres. Mais
tecte du gouvernement. M. le marquis de Seignelay fit connaître ses intentions à Messire Hul>ert de Chaiopy , seigneur des Glouzeaux , intendant de la marine, par uue lettre de juin 1686. Il écrivait en
il fout seulement faire réflexion que son hamilité lui a iàit écrire airec beaucoup de retenue ce que ramitié qu^il avait pour moi lui a fait découvrir avec plus de franchise , lorsque nous nous en sommes
entretenus à cœur ouvert. i»
« Il paraît qu'il sentit parfaitement la grandeur du péril où il se trouva, par ce qu'il en écrivit , après son retour , à une personne de ses confidentes, le 12 septembre :
« J'ai été deux nuits, et deux Jours en danger de mort, sans « boire, ni manger, ni reposer, attendant à tout moment d'être « noyé. A la fin , je me sauvai sur quelques méchants ais ou avirons « liés ensemble, m'exposant avec six autres à la merci des flots qui « nous portèrent sur des roches tranchantes où je me blessai telle- « ment les pieds que j'ai été un mois sans pouvoir marcher, avec « des incommodités inconcevables. J'ai perdu tous les écrits , les « sermons, les livres et les hardes que j'avais portés. Je n'ai sauvé « que ma vie. Dieu soit béni. Remerciez la sainte Vierge pour moi, a c'est ma libératrice. » C'est ainsi que son courage le soutint dans cette extrémité et lui fit trouver de la joie à souffrir pour Jésus- GhrisL »
« Enfln étant tiré du danger, et ayant été apporté dans le vaisseau de M. le vice-amiral, sans avoir rien sauvé que sa personne, il ordonna qo*on lai donnât de quoi se remettre en équipage et pourvoir à ses nécessités; mais la compassion qu'il avait de tant de pauvres soldats et matelots qu'il voyait être dans le même besoin, le loucha si sensiblement qu'il leur distribua loul ce qu'on lui avait donné , ravi de se voir dépouillé de tout et abandonné absolument aux soins de la Providence en qui seule U avait mis tout son espofa* et qui * faisait toutes ses richesses. »
même temps au R. P. Fallu, provincial de France :
« J'ai reçu votre lettre du 6 de ce mois, et j'ai
• rendu compte au Roi de la proposition que tous « faisiez au sujet du logement et de l'église que « vous deviez faire à Brest. J'écris à M. des Clou- « zeauxy que Tintention de Sa Majesté est que les
• marchés pour la construction du bâtiment se « fassent devant lui, comme ceux des ouvrages de
• S. M. , et que la distribution des fonds que les « États fournissent pour cela, se fasse aussi par ses « ordres , pourvu qu'il y ait toujours un de vos « Pérès, qui assiste à tout ce qu'il fera pour ce « sujet, u Mais avant qu'on ne mit la main à Tceuvre, survint un nouveau projet, source de tous les désagréments qu'éprouvèrent par la suite les Jésuites du séminaire.
Dans un mémoire, adressé en 4680 au ministre de la marine par M. l'Évéque de Léou, dont Brest dépend pour le- spirituel , on lit que l'ancienne paroisse de Notre-Dame , renfermée dans l'enceinte
I» Il y trouva Ions les secours qu'il en allendait. Chacun se fit un plaisir et un devoir d'assister une personne qui avait exposé si courageusement sa vie pour leur salut. On ramassa ce qu'on put des débris des vaisseaux qui avaient péri, et Ton reprit la route de la Martinique où le Père eut le temps de se remettre de ses fatigues , el de prendre assez de forces pour rentrer dans le vaisseau et pour revenir en France recommencer ses travaux ordinaires avec an lèle tont nouveau. »
du château, ayant été détruite pour élever les nouvelles iortiûcations , il ne reste plus pour la ville que Téglise des Sept-Saiots, annexe de la paroisse de Lambezellec, située hors de Brest; que du reste cette église ou prieuré des Sept*Saints est beau* coup trop petite pour le nombre des habitants, et que ceux-ci sont dans l'intention de bâtir une église. Le prélat ajoutait que pour Fautre partie de la ville, appelée Recouvrance^ il n'y avait qu'une petite chapelle, dite de S. Sauveur, dépendante de l'église paroissiale S. Pierre de QuilbignoD éloignée de deinie-lieue.
L'année suivante, M. de ILeret, recteur de Lambezellec, et le sieur Roignant , curé, c'est-à-dire, selon la manière de parler en Bretagne, vicaire des Sept-Saints, firent un arrangement, par lequel le premier cédait à l'autre la partie de sa paroisse renfermée dans la ville; en sorte que celui-ci devenait recteur de Brest.
Le 9 octobre 4 685 , les habitants adressèrent à M. rÉvéque une requête pour lui demander cette union. Mais comme l'église des Sept-Saints était, trop petite, on recourut à Sa Majesté, qui ordonna la levée de huit livres par tonneau de vin, ou de quatre par tonneau de bière ou de cidre , qui entreraient dans la ville, pour subvenir aux frais de construction d*une nouvelle église paroissiale..
Elle commençait à s'élever hors de terre sur la
place de Keravel, lorsque M. des Clouzeaux représenta au ministre qu*il était facile d'éviter les frais d'une nouvelle église , en unissant la cure au séminaire; qu'il est. vrai que les Jésuites ^ d'après leur institut, ne se chargent pas volontiers de paroisses, mais que celle de Brest , étant par sa nature un prieuré-cure^ le supérieur pourrait être seulement recteur ou prieur primitif, et qu'il la ferait desservir par deux aumôniers de marine , en qualité de vicaires : ce qui donnerait en même temps le moyen de les former aux fonctions du saint ministère et aux cérémonies ecclésiastiques. Ces propositions furent agréées de S. M», qui en fit parler à M. de la Brousse, alors évéque de Léon le prélat répondit que cette union ne pourrait déplaire aux habitants qui n'auraient plus le désagrément d'avoir souvent pour pasteurs des étrangers pourvus en cour de Rome , gens pauvres, sans mérite et sans
* Pierre le Neboux de la Brousse on de la Brosse , sacré évèque
de Sainl-Pol de Léon, en 1G72, mourut le 18 septembre 1701 (Voyez Tresvaux, Eglise de Bretagne, p. 211). Le P. Julien Mau-
noir, Tapôtre de la Bretagne, disait de lui : « G*eat un prélat extrèmemenl honnête et trèa-obligeant. Il est homme d*ordre et 2élé pour le aalut de m diooèw et le règlement de ion deifé; ayant fort à cœur qae tontes ses paroisses soieot desservies par des Rectenrs capables, vigilants et de bon exemple. i» [Vie du P. Maunoir , p. 331 , ééit. de 1834.)
capacité; mais que la cure serait toujours desservie par des personnes désintéressées et capables. Au mois de mars 4686, M. de Laval Bois-Dauphin, • sacré évêque de S. Paul de Léon, le 17 août 1652, puis transféré à la Rochelle en 1661, avait pareillement demandé et obtenu Tunion de la cure de^ Rochefort au séminaire maritime , dirigé par Messieurs de S. Lazare Cette union ne fut point combattue par les Jansénistes ^Mgr de Bois-Dauphin, fils de Mad. de Sablé, étant fort lié avec le parti.
Sur ia réponse de M. de Léon, touchant l'union, te roi s'adressa au R. P. de la Chaise, confesseur de Sa Majesté, qui témoigna d'abord beaucoup de répugnance à ce projet , et finit pourtant, par y donner son consentement. M. de Seignelay écrivit alors en date du 1 9 septembre 1 687 à M. des Gouzeaux : « Le roi trouve bon que vous vous en- « tendiez avec le sieur Evéque de Léon sur l'union « de la cure de Brest au séminaire des Jésuites; « mais il ne convient pas que vous en fassiez la « réquisition , et il est plus à propos que ce soit le a procuréur duroide la ville. « C'est ainsi que porte la lettre de M. de Seignelay, en original et non : le procureur de ia ville ^ comme lui font dire les libelles publiés par les ennemis de la Compagnie. D'ailleurs le syndic de Brest n'a pris le titre de procureur de la ville qu'en 1 692.
Le procureur du roi étant alors à Vannes occupé
h soutenir un procès son substitut, Christophe Gaiion de la Tour, présenta requête à M. de Léon pour demander Tunion; mais comme il mourut vingt- sept jours après, son successeur, M* Joseph Tailkrt, reprit la procédure au mois de mars 1 688. M. de la Brousse avait ordonné de procéder à Tenquéte de commodo et incommoda : le substitut fit publier l'ordonnance au son du tambour et avec des cris publics, .selon l'usage du pays. Tout le monde ainsi assigné, dix neuf personneé comparurent î M. de Cintré, gouverneur du château, le major de la ville, cinq officiers de la marine, lieutenants-généraux ou chefs d'escadre, deux syndics , quatre maires et six autres bourgeois. Après avoir longtemps conféré entre eux, quinze approuvèrent avec éloge Tunion de la cure au séminaire, deux y consentirent et deux seulement y firent opposition. Le sieur Roignant, curé de la paroisse, se présenta pour demander la conservation de ses droits, et ne forma opposition à l'union qu'autant qu'elle pourrait lui être préjudiciable; il ne réclama pas de droit de résignation , qui lui appartenait naturellement , ce qu'il n'eût pas manqué de faire s'il eût voulu s'y opposer sérieusement.
* Mous tronvoDBy daos les archives de la marine, qu'il était aoensé de malveisatioiu
maire et les échevins, après délibération, dressèrent un mémoire, tendant à ce qu'il ne fût fait aucune dérogation ni préjudice aux droits, coutumes et prérogatives de l'église ou des habitants de la paroisse. Ces droits consistaient dans la nomination des marguilliers et trésoriers pour la recette et direction des revenus de la fabrique. Ix sieur le Gac de TArmorique, qui avait un fils Jésuite, fut nommé pour présenter le susdit mémoire à M. l'Évéque, qui y eut égard. Car dans son décret d'union, du 25 juin 4688, M. de la Brousse accorde au curé et aux habitants les réserves qu'ils avaient demandées : il y ordonne que la cure ou vicariat sera, apiés le décès du sieur Roignant, exercée par un des aun.oniers de vaisseau, qui lui sera présenté, et à ses successeurs, par le recteur du séminaire, afin de recevoir l'institution canonique.
Ce décret fut confirmé par lettres-patentes,, enregistrées sans opposition au parlement de Bretagne le 26 mai 1689.
On n'avait pas attendu jusque-là pour s'occuper de la construction d'une nouvelle église. M. de Seignelay écrivait à l'intendant, M. des Clouzeaux, le 1 5 juillet 1 68T ; a Les Jésuites ont accepté de se « chai^r de la cure de Brest, aussi S. M. a résolu « de ne faire qu'un seul et même bâtiment pour • le séminaire et pour l'église paroissiale. Mais jé
« n'estime pas qu'il faille augmenter les dépenses,
« et je trouve que suivant le projet que vous avez t fait de 93,183 livres d'une part, et 4,494 de « l'autre pour l'exhaussement de la tour et du « clocher, celte église servant au séminaire, servira « en même temps d'église paroissiale. Il faut donc « que vous fessiez travailler incessamment à cette « église. »
En conséquence, une nouvelle lettre du ministre,
en date du 9 février 1688, enjoignit à l'intendant de la marine, de faire démolir les commencements de l'église construite sur la place de Keravel , qui s'élevaient déjà de six à sept pieds au-dessus du sol. Les Jésuites avaient fait observer qu'elle serait trop loin du séminaire, pour que les aumôniers pussent la desservir facilement, surtout en hiver.
Enfin le l"* mars 1688, M. l'Evéque de Léon posa la première pierre du nouvel édifice , sur laquelle on lisait cette inscription : Sahctis Luoo-
VICO ET X^VERIO, LUDOVICUS MAGxNUS PAROCHIALEM HAUC £CCLESIAH COjrSECRiLTAM VOLUIT , AG PaTRIBUS Soc. JesV REGENDAM, UlTA CDM ELEBMOSTNARIIS SEM I- NARII BRESTENSIS, C03ÏMIS1T iLUlSTRiSSlMUS EPISCOPUS ET GOMES S. PaUU DD. DE LA BroUSSB. ReGNI ADMI* NI8TRO M ARCOT0I9E DE SeIGNELAT, REI HARITlMiE D. DES
ClOUZEAUX, TOTUM OPDS UIRIG£MT£ ARCUITECTA D.
Gabengeau.
On mit plus de dix ans à bâtir cette église. Les guerres qui survinrent ^ l'expédition malheureuse tentée en Irlande en faveur du roi d'Angleterre (Jacques II), les désastres des flottes françaises, entraînèrent des dépenses extraordinaires, qui retardèrent les constructions. Pendant ces dix ans, il ne s'éleva dans la ville de Brest ni plainte, ni murmure, ni remontrance, ni requête, soit sur l'union de la cure au séminaire, soit sur le plan de l'église qui montrait évidemment qu'elle était desti* née a l'une et à l'autre. Mais en 1699 on vit surgir de graves démêlés.
Depuis qudques années, la secte Janséniste chei^ chait à s'introduire dans Brest. Le sieur Jean Roignant, toujours curé de la ville, avait choisi pour prêtre sacristain un quidam, nommé Alain le Kargour. Celui-ci, né au diocèse de Vannes, s'était insinué dans les bonnes grâces du vicaire général de M. de liéon , M. de Keremprat , qui l'avait fait nommer un des directeurs du séminaire maritime, lors de son établissement à Fblgoét. On a vu précédemment les divisions qui amenèrent la dissolution de cette maison, et le Kargour n'y avait pas été étranger. Se trouvant sans emploi, il était venu
se présenter au sieur iloignant, qui lui donna toute sa confiance. Cet intrigant ne tarda pas à se foriner un parti, et quand il jugea le moment favorable, il le mit en mouvement, et la tempête éclata contre les Jésuites ^.
M. le marquis de Seignelay était mort en 1G90: M. de Pontcbartrain lui avait succédé au ministère de la marine. C'était un homme de mœurs austères qui renonça à tous les honneurs , pour se retirer chez les Oratoriem^ où il mourut en 1727; mais il passait pour ennemi des Jésuites, et pour favorable aux Jansénistes. Mgr le grand-amiral (le comte de Toulouse) était tout entier sous l'influence de madame de Maintenon. Mais avant d'aller plus loin et pour faire comprendre certains faits que, autrement, il serait difficile d'expliquer , il faut signaler le peu de crédit et faveur que les Jésuites avaient alors à la cour et dans le gouvernement, et
* Les nouvelles ecclésiastiques (année 17/|6, p. 149-151) font un grand éloge de cet Alain le Kargour , qui mourut le 8 novembre i7Uh. Il n'aimait pas, dit la feuille Janséniste, qu'on parlât des Jésuites en sa présence ; mais quand ce dévot et charitable personnage ne pouvait l'empêcher , il réduisait tout à cet axiome : Les Jésuites sont amateurs de tout mal et ennemis de tout bien. Le journaliste prétend aussi que le P. de la chaise lui ayant fait ofTrir, par une personne de grande considération, une pension ou un liénéfice , sa réponse Ait : qu*U ne voulait pas se stmiUer tes nuiins par (es Henfaiis des Jésuites»
aussi la part que les Jansénistes ont eue directement ou indirectement dans les démêlés de Brest , soit par eux-mêmes , soit par des personnages non jansénistes, mais point assez en garde contre les intrigues de la secte.
Depuis le mariage de madame de Maintenon , le crédit du P. de la Chaise sur le roi était passé peu à peu à sa nouvelle épouse : elle assistait souvent aux audiences que Louis XIV donnait à ses ministres, et son influence détermina plus d'une décision royale. Généralement les vues de madame de Maintenon étaient sages; mais, élevée par des protestants, elle avait puisé dans sa première éducation beaucoup de préventions contre les Jésuites. De plus elle se trouvait liée de parenté et de confiance avec le cardinal de Noailies; ceprélat, homme pieux, mais d'un esprit borné y avait été circonvenu par les Jansénistes, et, sans être précisément du parti, il en fut longtemps un des principaux appuis; il ne lui devint défavorable que peu de temps avant sa mort. Or ce cardinal, toujours mal disposé à l'endroit des Jésuites, était, à l'époque dont nous parlons, exaspéré contre eux, et ce, à cause du Problème ecclésiastique qui venait de paraître. Dans cet ouvrage, on montrait les variations ou inconséquences du cardinal de Noailles, qui en condamnant le livre de Barcos et approuvant celui de
Quesnel , foudroyait d'une main le Jansénisme et le relevait de lautre. Le Prélat se persuada que le Problème venait de la plume d*un Jésuite : inde irœ. Plus tard Tauteur du livre se déclara luimême : c'était le bénédictin dom Thiery de Viaixnes. {Voy.-ekmtoM^ t. xm.)
Le reste de Tentourage de Louis XIV n'était pas
plus favorable aux Jésuiles. Le ministre de la marine et plus tard grand-chancelier^ protégeait les Jansénistes : madame de Maintenon se moquait de sa femme une des ardentes du parti. Daguesseau le Procureur général, et Daguesseau du conseil du roi, Voisin, autre conseiller et plus tard chancelier, Amelot, Trudaine, etc., étaient tous plus ou moins prévenus contre la Compagnie de Jésus, comme leurs Êiits et gestes l'ont assez prouvé.
Quant au P. de La Chaise, son crédit auprès du roi était nul. Fénelon écrivait eu 1 099 : A la cour le Père La Chaise et sa Compagnie n'ont plus de crédit. Dans une autre lettre il ajoutait : Le crédit du cardinal de JSoailles s'est élevé d autant plus. {Conup, t. Vin, p. 56, et t. IX . p. 105.)
Le 1 7 février 1 701 , madame de Maintenon écrivait au cardinal de Noailles : Jamais les Jésuites n'ont été plus faibles quils le sont; le P. La Chaise nose parler, leurs meilleurs anxis en ont pitié,,,.
— sa —
le bonhomme^ encore un coupy na nul crédit. Qui savait oda mieux que Mme de MaintBQon? Un peu plus tard, en 1 702 , Fénelon écrivait au duc de Chevreuse : M. (le Marillac s est souvent tiéclaré mec chaleur contre les Jésuites ; M. d Ar gouges^ geiidre de M, Pelletier^ ne leur sera pas JavorabU selon les apparences ; Jif, Voysin a toj^ottrs paru prévenu contre eux ; M, Leblanc a été mis hors de r intendance de Rouen, pour avoir été con* vaincu de favoriser le passage des écrits Janr sénistes^ etc..
Ayant affaire à des conseillers si mal disposés , faut- il s'étonner que les Jésuites de Brest aient éprouvé un déni de justice? $ans doute le roi les aimait toujours; mais, circonvenu par* ceux qui Tentouraient y il fut amené à laisser TafiEsiire de Brest suivre son cours devant les tribunaux ordi* naires qui étaient hostiles à la Compagnie.
Le conseil du roi, par uo arrêt provisoire, chargeait en 1702 rÉvéque de S. Pol de pourvoir à la desserte de la cure en attendant un arrêt définitif, qu'il pouvait rendre dès lors s'il l'eût voulu. Mais on savait que J'évêque, favorable aux Jansénistes, agirait de manière à plaire au parti et au cardinal de Noailles , et par là-méme à Madame de Main-^ tenon .
D'un autre coté , les bourgeois de Brest voyaient
ûiyitizea by ^OOglc
avec peide arriver le momenl de rendre compte
des deniers accordés pour la construction de l'église, qui montaient à 500,000 livres-, tandis que le bâtiment n*en valait pas la moitié. C'était plus qu'il n'en fallait pour les animer à la résistance. Le maire et les échevins parcoururent donc la ville pour soulever le peuple. Us allèrent jusqu'à menacer une partie des habitants d.u logement des - ^ soldats , pour les âiire consentir au procès. Yoid en quels termes le P. François Fortet, recteur du séminaire, en écrivait à M. de Pontcharlrain , le 24 mai 1699 : « Monseigneur, de l'avis de M. l'in- « tendant , je supplie Votre Grandeur de nous « accorder votre protection contre les bourgeois de « Brest , qui avant le temps et par mauvaise hu- « meur nous inquiètent sur la réunion de la « paroisse au séminaire de S. M. M. l'intendant « vous dira que j'ai fait de ma part toutes les « avances pour la paix et bonne intelligence. Je me « suis offert de leur faire lecture de la sentence de 0 réunion, portée par l'évéque de Léon, de leur « propre consentement, donné dans les formes ordi- « naires, après les informations et publicationsfaites « par ordre delà cour. J*ai voulu encore leur mon- « trer les lettres-patentes du Roi, visées par le chan- « cdier et enregistrées au Parlement de Rennes. Ils « m*ont envoyé deux notaires pour me demander
« copie de toutes ces pièces. M. rintëndant n*a t pas jugé à propos que je les douue , parce qu'ils «r voulaient s'en servir pour commencer un procès, « et parce qu'ils disent hautement que les travaux « cesseront, s'ils trouvent les lettres-patentes en « bonne forme ». Le l*' juin il ajoutait r « Des « sieurs Pouhinon et Bigot , maire et échevin , «r après avoir soulevé le peuple, firent hier une « assemblée , dans laquelle ils firent signer à plu- « sieurs habitants une requête en cassation , de la « réunion de la paroisse au séminaire. Il était fedle « de répondre , par une pareille requête , signée « par MM. de la marine et les principaux boui^epis, « qui approuvèrent cette réunion. J'ai cru , a Monseigneur, que vous approuveriez davantage 0 que nous usassions de modération, sans faire « tant de bruit, ni sans en venir à tant d'éclat, « nous confiant sur notre bon droit, sur les lettres- « patentes du Roi , sur la sentence de réunion de « Monseigneur TEvéque et sur la signature des « anciens maire et syndics de la ville de Brest, qui, « lorsqu'on informa juridiquement sur cela , il y a « dix ans, par ordre de la Cour , demandèrent cette « réunion comme avantageuse à la ville ».
il est clair que si l'esprit de secte ne s'en fût mêlé; les Jésuites n'eussent pas été plus inquiétés que MM. de Saint-Lazare à Rochefort. « Messieurs
« les bourgeois (écrivait trois ans après, le P. Vau- « Bby Q, alors recteur du séminaire), qui remplissent « nos Congrégations , nos retraites et notre église, « nous avouent franchement qu'ils voudraient bieu « qu'on n'eut jamais entrepris une chose si con- «. traire à leurs solides intérêts ; puisque s'ils « venaient à bout de faire rompre l'union par une « procédure qui leur coûte déjà dix mille livres, « ils seraient en danger de bâtir une nouvelle église « pour eux ou pour le séminaire, et à n'avoir dans « une paroisse de vingt et quelquefois de cinquante « mille âmes qu'un recteur et qu'un vicaire , parce « que tout le revenu de la cure consistant en « casuel, le recteur ne peut augmenter le nombre « de ses prêtres , sans diminuer d'autant son « revenu ».
Un de ces messieurs formidait en ces termes son opinion : i Avant que de nous déterminer à pour- 0 suivre la cassation de l'union que le Roi a « souhaitée , et que notre Évéque a faite , je crois « qu'il nous faut examiner deux choses : la première, « de quels fonds on pourra bâtir une église pour « les bourgeois, ou pour le séminaire de trente (t prêtres, à qui S. M. en a promis une; la seconde, « s'il nous est avantageux de nous exposer à « recevdir souvent de Rome ^ un recteur ou vicaire « étranger et de la campagne, qui, étant maitre de
« tout le revenu, ne nous donnera , pour desservir « le grand peuple de Brest , qu'un seul prêtre à M 1 50 livres de gages. D'où je conclus qu'il est à « propos de ne pas rompre Tunion , mais qu'il faut t y ajouterdeux choses : la première, que le casuel, « qui fait tout le revenu de la paroisse, sera partagé » entre le TÎcaire et trois prêtres, enfants de la « Tille , qui la serviront , et seront aidés par les « aumôniers; la seconde, que les Jésuites auront
• ici des classes qui nous épargneront la dépense et « le chagrin d'envoyer nos enfants ailleurs, et qui « attireront dans notre ville, du monde et de
• l'argent ».
Des considérations aussi naturelles ne firent aucune impression : on sait assez que la passion et surtout Tesprit de secte ne raisonnent point.
Le P. Fortet s'en plaint en ces termes, le 25 août 1699 : « Monseigneur , un de nos Pères, après en « avoir reçu l'ordre de M. l'intendant , qui lui a t marqué la chapeUe du Roi et deux heures après « midi , a assemblé les ouvriers du port pour leur « faire une instruction, suivant l'andenne coutume, « et leur fiiire chanter les vêpres ; le curé de la « paroisse et quelques bourgeois séditieux sont ff vénus tout à coup fondre dans la chapelle du ^« Roi, ont interrompu le Prédicateur lui disant
• toutes sortes de duretés, auxquelles le Père a
n répondu d'urne manière très-édifiante... Après « qae ce» Messieurs ont insulté un ministre de « l'Évangile dans la chapelle du Roi et de la « Marine , dans laquelle le recteur de la paroisse « n'a aucune juridiction , ils nous suscitent trois « procès, nous chargent de calomnies , etc. »
A toutes ces plaintes, confirmées par les lettres de l'intendant , le ministre répondait par des fins de non recevoir. « J'ai vu, écrivait-il en date du « 1 8 août y à M. des€lou2eaux , ce que vous m'écri- « vez sur la contestation qu'ont eue les J ésuites avec « le maire et les habitants; je vous ai écrit que t Sa Majesté ne voulait pas entrer dans ces contes- « tations ; ainsi que c'était à eux à en décider par « les juges à qui la connaissance en appartient • . Puis , le 2 septembre , après avoir reçu la lettre du P. Fortet qu'on a lue plus haut : t J'ai vu ce que t ' vous m'écrivez sur les exhortations que le recteur « du séminaire veut faire dans la chapelle de « la marine aux ouvriers et artisans ; pourvu qud « cela se puisse faire de manière à ce que le curé « n*y puisse trouver à redire, cela me parait * bon. Mais à Tégard des autres contestations , « Sa Majesté ne veut pas s'en mêler ». On voit le peu d'importance que ce ministre affectait d'apporter aux embarras suscités aux Jésuites. Il semble même en quelque sorte prendre le parti du curé ^
dans la violence dont celui-ci s'est rendu coupable. Ce n'était plus M. de Seignelay chargeant, par leçontrat de fondation, les directeurs du séminaire d'instruire les gens du port et les soldats. Heureusement pour eux, M. de Pontchartrain ayant été nommé chancelier sur la fin de cette année , son iils Jérôme lui succéda à la marine, et se montra plus équitable ou moins prévenu.
Au mois de juillet 1 G99 , la ville avait assigné les Jésuites du séminaire, au parlement de Bretagfne; mais le 17 août, M. de Lisac, procureur de la ville y annonçait à rassemblée , qu'en vertu de leurs lettres de comnUttimus ^ les Jésuites les assignaient au Conseil.
Les bourgeois avaient eu un moment l'idée de
se pourvoir en cour de Rome , mais un avocat de Paris consulté , les en dissuada , attendu que les ordres venusde Rome, quels qu'ils fussent, devraient passer par les mains de l'Ordinaire , qui probablement serait toujours &vorable aux Jésuites. C'était encore du temps de M. de la Brousse.
Après tout, les Jésuites tenaient peu à cette union de la cure au séminaire, qu'ils n'avaient point désirée et qui ne devait avoir son effet qu'après la mort du sieur Koignant ; ce qu^ leur importait, c'était la possession de l'église, bâtie principalement pour eux^ et leur droit était si clair,
que M. de la Bedoyère , procureur général du Parlement de Bretagne, qui ne les aimait point , écrivait le 15 mars 1700 au ministre delà marine : « Je vous envoie le mémoire touchant l'affaire des d Pères Jésuites et des habitants de Brest. . . Aujour- « d'hui il n*est question que de l'église, et la « prétention qu'y ont les Pères Jésuites paroît • appuyée de bonnes raisons *,n
Le plan même de cette église en indiquait clairement le but. Dans un devis du 12 mars 1697| pour la continuation de l'édifice, signé par les sieurs Jean Bachelier de Bouridal, subdélégué de M. de Nointely Mollart, ingénieur du gouvernement , et Perrôt de Coye, entrepreneur, qui avait succédé an sieur Gareogeau, on lit ces mots : « L'on fera au « pourtour du chœur un rang de bas-côtés, et « quatre chapelles de pareille largeur que celles de « la nei , deux sacristies et un escalier de pierres « de tailles pour descendre du logement des (I aumôniers de la marine, ainsi qu'il est marqué
• C'est ce M. Ilucbet de la Redoyère , qui reçut en 1718 la dénon- . ciation contre les Pères de Rrest , dans le fameux et ridicule procès intenté par les héritiers d'Ambroise Guys. On sait par les nouvelles ecclésiastiques que toute cette famille Uucliet était dévouée aux Appelants, On vit même le flls ou petit-fils du Procureur général figurer parmi les oonvulsiounaires du diacre Paris. Le témoignage de M. Ruchet de La Bédoyère eu faveur des Jésuites ne paraîtra pas suspect
« par le pian Les adversaires Tavaiept bien $euti : aussi quand, en1G99, il fut question déposer les fondations de ces sacristies j le procureur de la ville fit observer que les fonds disponibles étaient nécessaires pour la construction du maitre-autel , et sur ce « la communauté arrête qu'il sera supplié « S.* A. le comte de Toulouse, MM. de Pontchar- « train y le Peletier de Souzj et de ]>iointel de « vouloir faire surseoir à la construction desdites M sacristies, se pouvant servir des ciiapelies des « bas-côtés pour d'ici à longtemps pour sa- « cristies » . En faisant ainsi ajourner, sous prétexte de défaut de fonds, la sacristie réservée aux aumôniers de marine, et en faisant plus tard, de leur propre autorité , fermer la porte ouverte sur le séminaire, les adversaires espéraient faire oublier le premier plan. Ce qui donna lieu plus tard, à leur avocat de dire que les habitants ayant découvert dans la bâtisse de l'église une sacristie postiche, qui avait entrée sur le séminaire, comprirent par là le dessein que les Jésuites avaient de s'emparer de l'église, et en appelèrent au Parlement de Bretagne en juillet 1G99.
Cependant, sur le rapport du nouveau ministre de la marine, la cause fut évoquée au conseil du Roi par arrêt du 4 mai 1 700. Les habitants de Brest ne s'oublièrent pas : ils écrivirent à Madame de
Mainteiioii, à M. le cardinal de Noailles et même '. à rassemblée du clergé. Leur député était le procureur-syndic de la ville, maître Bigot sieur du Verger, intrigant de la pire espèce. M. le maréchal « d'Ëstrées Tayant signalé au ministre comme un brouillon, qu'il importait de chasser de Paris, on eut recours à S. A. M. le comte de Toulouse, et on obtint pour lui une prolongation de séjour. En même temps, ravis d'une si belle occasion de déclamer contre la Compagnie de Jésus, ses adversaires semèrent à milliers , par toute la France, et sôus tous les formats, des libelles^ composés au nom des bourgeois de Brest, mais si pleins de faussetés notoires à tout le pays et à une partie des juges, qu'on voyait bien qu'ils ne venaient pas de Bretagne; aussi furent-ils plus nuisibles qu'utiles à la cause de la ville.
Le conseil du reste ne se pressait pas de donner une décision. Le Roi préférait les voies d'accommodement : les Jésuites les préféraient aussi; mais comme les registres de la maison de ville en font foi, tout projet de ce genre était repoussé ou rejeté d'avance par leurs ennemis. Le P. Yau-Rhyn, nouveau recteur du séminaire, écrivait le 1 3 juillet 1702 à M. de Pontcbartrain, en lui envoyant cinq mémoires sur l'affaire en question : « Le 4*^ mémoire « ùÀt voira votre Grandeur quelle est cette maison
« de ville qui ose, onze ans après coup, disputer à a notre séminaire une église que le Roi a fait « tout expias transporter dans notre avant-cour « pour notre commodité, et qui ose résister à son « intendant, à son ministre de la marine, à son « Évéque, à son Parlement, à son Roi lui-même ; « dans une union nécessaire à Tinstruction de tt MM. les aumôniers, très-utile au public, etc. « Cette maison de ville est composée de quatorze « personnes dont deux ne veulent plus s'y trouver « à cause du bruit, et des douze autres, aucun n*est « né dans la paroisse de Brest, »
0 5^ justifie , par les registres de 1 093 et 1 694, « qui sont les plus récents que nous ayons pu « avoir, parce que les derniers sont à Rennes, il
• justiûe, dis-je, que MM. les bourgeois de Brest « n'ont- pas payé la vingtième partie de Téglise, et « que MM. de la marine n 'ont pas tort de se moquer « d'euxj lorsqu'ils parlent de Téglise comme de « leur ouvrage. L'autre jour, je priai M. le vice- « amiral en présence de M. l'intendant (M. de <c Louvigny) d'avoir la bonté de nous dire ses a pensées là- dessus. 11 me répondit que l'église « avoit été bâtie des deniers de la marine; que
• Brest h'étoit autrefois qu'un trou, et qu'il retom-
• beroit bientôt dans son premier néant, si Ton en « retiroit les vaisseaux du Roi; que le peu de bour-
« geois qui y demetiroient, ne subsistant que par « la marine, deyoient être regardés comme ses
« vassaux ; que tous les officiers et tous les honnêtes « gens souhaitoient que nous eussions la paroisse, « qui sans cela seroit toujours aussi mal desservie « qu'elle lest aujourd'hui; que ce seroit nous
• rendre la demeure du séminaire insupportable « et dégrader ce maguihque monument que d'en « donner l'église à des étrangers; qu'il ne com- « prenoit pas comment les bourgeois avoient été « entreprendre cette affaire, ni comment on les « écoutoit si longtemps ; qu'il en avoit dit à la Cour
• ses sentiments, quoique la Cour et les Jésuites ne
• lui eussent jamais fait l'honneur de le consulter. « Je TOUS assure, Monseigneur, oontinuoit le V p. Van-Rhyn , qu'il est de votre piété de donner « une église à Brest et de terminer une affaire, « dont tout le monde désire la fin. MM. les bour- « geois qui s ennuient d'entendre murmurer le « public, voudroient que le Roi dît un mot, afin « qu'ils ne parussent pas avoir plié. Car tel est le « caractère de la nation. »
Cependant M. de la Brousse, évéque de Léon, était mort le 18 septembre 1701 ; son successeur, messire Jean-Louis de la Bourdonnaye, avait été sacréle23 avril1702^
' Jean-Louis de la Bourdonoaye, êlail, quand il fut nommé à
Pour se préparer à sa consécration , ce prélat avait choisi la Maison professe de la me Saint-Antoine , et en toute rencontre il témoignait aux Pères de la Compagnie une extrême bienveillance ; mais d'autre part il tenait à se ménager les bonnes grâces de Madame de Maintenon et de M. le cardinal de NoaiUes. Une lettre d'un avocat de Brest^ qui se troti- ▼ait pour lors à Paris, annonçait que , bien qu'il ne voulut pas se laisser pénétrer , le nouvel Évéque inclinait pour les prêtres de la paroisse. Le Ministre de la marine l'avait prié de se porter médiateur entre les deux parties, et c'est avec cette réputation qu'il arrivait dans son diocèse. Les Jésuites comptaient entièrement sur lui ; ils ne tardèrent pas à être cruellement désabusés.
SaiDl-Pol de Léon, vicaire général de Gilles de Beaavau du Rifau, évèque de mantes, qui se distingua par le renvoi desSulpiciens que le vénérable M, Olier avait accordé à son séminaire et par la pro-„ teetion dont il couvrit les Oratoriens dans leurs hoeUlilés contre les Jésuites de Nantes.
Malgré son affection pour les Jansénistes , Jean-Louis de là Bourdonnaye cherchait à se rendre agréable à tous les partis. On voit les marques d^estime et d*amitié qu^ donnait aux Jésuites. Plus tard , quand , après la mort de Louis XIV, il n*y eul plus rien à crahidre de la Cour, il conférait les Ordres sacrés aux Bénédicthis, sans exiger la signature du formulaire : aussi envoyait-on de toutes parts à Sainl-Pol de Léon ceux que leurs Évèque diocésains refusaient d'ordonner pour cause de Jansénisme. Voy. Supplcmeni aux Nouvelles ccclésicistiques , année 1736, p. 8. Jean-Louis de la Bourdonnaye mourut le 22 février 1745.
Le 21 juillet 1702, M. de Méjusseaunie, syndic des £tate de Bretagne , étant prêt de partir pour une afFaîre importante qui Tappelait à Brest , avait été pareillement invité par le Ministre à donner ses soins, avec M. le maréchal d'£strées et M. de Louvigny , pour contribuer à raccommodement.
Il alla aussitôt faire part de ce que lui avait dit M. de Pontchartrain au R. P. de la Chaise et au V. Isaac Magnaii , procureur de la Province. Ils en témoignèrent de la joie et l'engagèrent à faire tout son possible pour que cet accommodement réussît à l'avantage de la ville et du Séminaire. A Quimper, où il était venu rendre visite à M. l'Evéque de cette ville et à M. Tabbé de Coétlogon , M. de Méjusseaume rencontra le R. P. Julien fiaudran, Provin^ cial et le pressa fort de prendre part à raccommodement; mais le W. P. Provincial, qui connaissait les préventions du maire et de son parti , lui fit entendre que sa présence serait plutôt nuisible que favorable au succès des négociations et qu'il était ' résolu de passer à Brest pour sa visite , saas y attendre l'arrivée de M. l'Evéque de Léon : ce qu'il ht.
Au commencement de septembre, sur les lettres du Ministre de la marine , qui envoyait par le même courrier un mémoire sur les moyens les pitis propres à &ire réussir raccommodement^ M. le maré-
chai y d'accord avec MM. de Méjusseaiune et de Louvigny , réunit chez lai le maire, le syndic et les principaux habitants pour leur faire part des propositions de la Cour. Voici en quels termes il rend compte à M. de Pontchartrain du succès de cette démarche :
« Il ne m'a pas été possible de vaincre Fopiniâ-
« treté de ceux qui composent la Communauté de « la ville. Je les ai assemblés chez moi; M. de Méjus> « seaume leur a expliqué les propositions sur les- « quelles on pourroit convenir à Tamiable. Ils « voulurent les avoir par écrit; mais, bien loin M d'en trouver quelqu'une de conforme à leur sen- « timent, ils ont rendu la réponse que je vous fais « tenir en original. Le sénéchal , le lieutenant-géné- « ral de police et procureur du Roi , et le baillii , « ont été aussi assemblés chez moi , et après avoir « examiné les propositions , ont été d'un sentiment « tout contraire à ceux de la Communauté , comme « vous verrez par Técrit qu'ils m'ont donné. A con- « sidérer les choses comme elles le doivent être , « on ne peut douter que cette résistance des uns « ne soit causée par de grands intérêts, ou par une « liaison entretenue par la faction , que Ton décou- «c vre aisément , lorsqu'on va un peu avant en « matière. maire paroit surtout fort lié avec les <i plus aheurtés , et on a de la peine à croire qu'il
« n'ait pas beaucoup de part à cette résistance , • qu'on peut qualifier de rebelle.
« Mais quant au fait principal , il semble qu*il <( seroit suffisant que les Jésuites possédassent la a nouvelle église sous le titre de séminaire royal , et « que la cure deaieuràl comme elle a été jusqu'ici , « et quoique les babitants mettent en afVant que « réglisë a été bâtie à leurs dépens , à cause des a huit livres par tonneau de vin qui se paient à « cet elfet^ il est aisé de les confondre sur ce point, « et de faire connoître que la marine et les gentils- « hommes, qui demeurent en cette ville, y ont « contribué plus de la moitié en payant cet impôt, ' « par conséquent beaucoup plus que la Commu- « nauté. U paroit que cet expédient est le meilleur, « et que ne se mêlant point de la cure , toutes les « diiBcultés vont cesser. C'est ce que les habitants « craignent extrêmement, et échauffés comme ils « sont sur cette affaire, ils désirent une pleine vic- « toire, et je ne dois pas oublier que le maire eut 0 l'impertinence de mé dire que la populace étoit « fort émue sur ce chapitre, qu'il falloit appréhen- « der des mouvements ; vous jugez comme je de vois « recevoir cette parole , et comme je le fis en effet. « Je me suis toujours bien imaginé qu'il falloit des M moyens plus forts que les exhortations pour « vaincre cet aheurtement , entretenu par beaucoup
« de conseils et de movens que l'on met en usage, « et surtout celui de dire qu'ils sont sufiisamment « justi6és de leur résistance , puîscpi'ils attendent « le jugement des coninùssaires du Conseil. »
M. le maréchal voyait juste ; et le moyen qu'il proposait €Ût déconcerté tonte l'intrigue. C'était aussi ravisdeM. deMéjusseaume, dans son mémoire. Les habitants demandaient, en terminant leur réponse à M. le maréchal , permission de présenter requête à leur Évéque pour bénir Téglise , y transporter les fonds baptismaux et y faire exercer les fonctions curiales. « il semble, dit M. de Méjusseaume , que dans Tétat présent on ne peut accorder que la moitié de la demande des habitants , en permettant seulement que Téglise du séminaire soit bénite et ouverte, suivant qu'il a été proposé par l'Êvéque diocésain , et c'est le véritable moyen d'obliger les habitants à finir ce procès. ■»
Le P. Jean Van-Rbyn en disait autant dans sa lettre du 15 septembre à M. de Pontcharlrain : « Monseigneur, tout le monde demande avec em- « pressement l'ouverture de l'église, Mgr l'Évéque, « M. le maréchal, MM. les bourgeois, ahn que le « peuple puisse entendre :1a *messe et des instnic* « tions : il ne convient point que la paroisse et le « séminaire, qui plaident, y entrent ensemble, « cela seroit sujet à trop d'inconvénients. Le clergé
Oigitized by
« des Sept-Saints composé de M. Roignant ^ rec-
« teur, âgé de 76 ans , et d'un seul prêtre appelé « Lallouer, ne peut donner au peuple ni grande « instruction , ni nombre de messes : je conjure <i donc 1^ piété de Votre Grandeur de faire entrer « incessanmient dans la grande église par un arrêt « du conseil, les aumôniers et les jésuites de notre « séminaire qui peuvent la desservir avec diguité. « Je souhaite, Monseigneur, que cet arrêt arrive « ici avant le mois d'octobre , afin que M. le niaré « chai ait la consolation de le faire exécuter et de «t voir que les peines qu'il s'est données pour la « réussite des sages projets de Votre Grandeur « ,n'ont pas été tout à fait inutiles » .
« Si le Roi , maître des deniers et des ouvrages « publics avoit la bonté de nous confirmer le don « qu'il nous a fait de l'église , construite sur nos « murailles^ bâtie presque entièrement des deniers <« delà marine, et disposée de telle sorte qu'elle neci sauroit plus être séparée de son séminaire , je « puis assurer Votre Grandeur que le procès de la n paroisse finiroit bientôt, et que MM. du conseil, « les RK. PP. Bénédictins, et cinq ou six person- « nés, qui en sont les auteurs , pourroient le faire « durer cent années, sans que le séminaire et le « public, qui trouveroit toute sorte de secours « dans notre église , s'en inquiétassent beaucoup. »
Ce moyen , en effet , eût în&illiblement réussi
avec des titres si bien établis et reconnus pour bien fondés par les hommes les plus probes et les plus éminents , et la question était termiliée , si le nouvel Évéque eût partagé leur avis ; mais il était secrètement gagné par le parti hostile aux Jésuites, et là était bien , comme Tentrevoyait M. le maréchal d'Estrées^ la raison cachée de la résistance opiniâtre du maire et du syndic
* Les Jésuites, on le oomprend , devaient enfin se lasser de tant de tracasseries , dont bat évident était de leur faire renoncer à l'église promise par le Roi et Mtie au moyen d*on impôt portant en grande partie sur la marine. Cette lutte oontinoelle contre te mauvais vouloir et robstination d*un petit nombre dliaMtanls menés, peut-être à leur insu , par les jansénistes^ devait poortant avoir un terme. Les Jésuites, fatigués de réclamer Inutilement Texécution des promesses royales et la justice de la Cour, perdaient patience, et dès le 37 mars 1703, le P. ?an-Bhyn, Recteur du séminaire de la marine , écrivait au ministre, M. de Pontctaartrain : « Monseigneur, ma conscience' et ma droiture naturelle m'obligent « de déclarer à Vostre Grandeur, à ma confusion , que je suis inca- « pable de remploi dont on m'a chargé , malgré mes justes répu- « gnancps et mes représentations réitérées. Peut-être aurois-je pu « autrefois estre Recteur à Brest , lorsque la Cour décidoil elle- « même des affaires du séminaire royal de la marine, et gue le a supérieur n'y avoil point dautre soin, que celuy des bonnes « œuvres et de contenter réglisc , la marine, le chasteau, la « noblesse , la justice et la bourgeoisie , car par la miséricorde de « Dieu , je ne croy pas qu'on se plaigne beaucoup de moy ; mais « aujourd'huy. Monseigneur, que la cour, occupée de la guerre, « abandonne son premier séminaire de la marine , el qu'elle laisse « ruiner par les procès cetle magnifique maison , le P. de La Fare
D'un autre coté , les commissaires du conseil du Roi étaient, comme nous l'avons déjà dit, encore plus mal disposés contre toute la Compagnie de Jésus : c'étaient, MM. Trudaine, rapporteur, Daguesseau, Yoysin, Amelot, deRibeyre et de Pontchartrain. Au lieu d'un arrêt définitif, qui semblait devoir être favorable au séminaire, le conseil, sur le rapport delà commission, rendit le 12 octobre 1702 un arrêt provisoire qui chargeait l'Evéque de confier à teb prêtres qu'il lui plairait la desserte* de la nouvelle église de Saint-Louis de Brest. Celui-ci , des le 29 octobre suivant, se liâta de porter une ordon* nance, qui commettait « messire Jean Roignant ,
« et moi , ne sommes point propres è la gouverner. Votre Gran- « deur le jugera aisément par la sitoation des choses, etc... » Après en avoir fait Texposé, le P. Yan-Rbyn demande au ministre à quoi opt servi les présents du Roi, du Pape, de l'Évèque^ du Parlement, de la marine , da château et de la ville , sinon à soutenir des procès pour les intérêts et volontés du Roi, sinon à grever le séminaire de 2Zi,000 livres de dettes, elc...
Cependant le P. Van-Ilhyn ne donna point sa dcniissioîi, comme on a bien voulu l'inipriiner, et cela par une raison fort sini|>le : les Jésuites, connue les soldats, n'ont point le droit de donner leur démission, mais Lien celui de mourir à leur poste. Le P. Van- Rhyn garda le sien , et son courage fit enfin triompher le bon droit.
Des laïcs, sans doute bien intentionnés, mais se faisant, de leur propre autorité , docteurs en droit canon , ont accusé le P. Van- Rhyn et les Jésuites d'avoir violé les canons en se cliargeant de Féglise Saint-Louis de Brest. Quand les susdits docteurs auront donné pour preuve de leurs affirmations, non leur propre autorité, nais celle de TÉglise catholique, nous les écouterons volontiers.
« prêtre , recteur de la ville de Brest , pour celé- « brer la messe et &|re le service divin , avec les a prêtres, ajoutait le prélat, qui seront approuvés, « dans ladite église Douvellement construite dans la « ville de Brest, jusqu'à la décision du procès.
Dès le lendemain il en donnait avis au ministre : « Je me suis réservé le pouvoir de commettre et (« tl'ùter, selon que je le croirai nécessaire, les « prêtres qui l'aideront (le sieur Roignant) à exer- « cer les fonctions. Sur quoi j'exécuterai ponctnel- « lement les ordres qu'il vous plaira me donner , « en me marquant ceux qu'il est plus à propos de <i commettre >» . Moyen habilement ménagé , pour le cas où les Jésuites reviendraient eu faveur. C'est dans cette même vue qu'il écrivait encore à M. de Pontchartrain :
« Ce n'a pas été sans peine que je me suis vu « obligé de faire cette ordonnance, prévoyant la « peine qu'elle feroit aux Jésuites^ que j'ai toujours « estimés et aimés ». Mais, prétendait-il, « je ne « pouvois me dispenser de nommer pour desservir « cette ^lise, le recteur de Brest qui a un droit « naturel d'y (aire toutes les fonctions pendant sa 41 vie, quand même les RR. PP. Jésuites auroient « gagné leur procès, et l'union confirmée ».
Le prélat leigiiait adroitement de ne se pas souvenir que le sieur Roignant, n étant que vicaire
des Sept- Saints 9 n'avait droit d'offîcier que
dans son église paroissiale, et non dans celle de S. Louis, qui n'avait pas encore ce titre, et dont la possession faisait le sujet du litige. Aussi, bien que son ordonnance ne parlât que de célébrer la messe et de faire le service divin, le sieur Roignant entrant dans la pensée secrète de rÉvêque, s'empressa d*y ' 'faire transporter les cloches et les fonts baptismaux, d*y faire toutes les fonctions curiales, et même, comme s il eût été propriétaire incontesté de l'église, d'y vendre des places à ses paroissiens.
Les Jésuites n'étaient point dupes de toutes ces menées^ et le P. Isaac Magnau récrivait, le 4 novembre , au ministre de la marine : < Je suppose que « Votre Grandeur sait à présent que l'Évéque de « Léon a ouvert Téglise, qu'il y officia pontificale- 0 ment mercredi dernier (V novembre) ; qu'il mit (« en possession de cette église le curé de Brest et « les paroissiens. Ce n'est pas sans raison, Mon- « seigneur, que j'ai eu l'honneur dédire à Votre a Grandeur, à Fontainebleau, que la chose arric veroit de la manière dont elle est arrivée, fai « appris les* ressorts qui ont fait jouer cette « machine, £n un mot. Monseigneur, je vois bien « que les Jésuites ne conviennent pas à Brest. Le « P. la Chaise est en retraite; quand il en sortira, « je le prierai de voir le Roi et de savoir ses der-
« niéres volontés là-dessus. » Le Roi voulut ssL^oir
les moyens dont on s'était servi pour empêcher que » l'église ne fût remise aux Jésuites, le P. de la Chaise osa-t-il les lui révéler? On ne le sait pas Toujours est-il qu'on voit dans les archives de la maison de ville, que M. l'Évéque de Léon écrivait en date du 4 décembre « que les Jésuites mettent « tout en usage pour obtenir à leur fin, et détruire « son ordonnance, que néantmoins on ne doit « rien négliger et qu'il est d*avis que nous ayons a un homme intelligent et qui agisse avec vigi- Cl lance, o et plus loin il promet aux paroisaens 0 d'appuyer leur demande auprès du Roi. »
M. de la Bourdonnaye fut pourtant obligé de Caire un pas en arrière. Le 15 mai 1703 il publia une seconde ordonnance par laquelle , interprétant la première , il autorise spécialement les Jésuites à
* Dans ane lettre de Fénelon au duc de Beauvillien, du 7 février 1703, qui ne se trouve pas parmi ses Œuvres, mais dont Pextrait a été publié dans le Catalogue des autographes de M. Farison , <)iez Laterdet (Paris, iS56) , on Ut ces mots significatif : « Quand ie
Bot tourne en plaisanterie vos ambragcs sur le jansénisme , ne
pourrie z-vous pas n' pondre en riant, que vous avez cfc tenté de vous modérer là-dessus , îuais (jue Cexpérience vous a contraint de ( ivoire qit'il y a du jaust'nisnic vacM et de la cabale presque partout? Vous lui donnen t peut-être un peu à pensi r. S'il vous pressait de vous expliquer , vous pourriez lui fui te entendre, sans notnmer personne, que le parti s'est relevé depuis plusieurs années et qu'il trouve de la protection partout* »
prêcher, confesser et dire la messe dans l'église Saint-Louis. «• Voici une ordonnance » , écrit au ministre le P. Yan^Rhyn , en date du 25 mai , « dont nous remercions Votre Grandeur , persuau dés que nous en sommes redevables aux lettres « qu'elle a eu la bonté d*écrire à l*Évéque de Saintci Pol de Léon, l^es deux motifs de l'ordonnance a justifient ce que j'ai eu l'honneur de mander fl souvent à Votre Grandeur, que la paroisse de Brest « n'a aucun fonds et par conséquent qu'elle man- « quera toujours de prêtres. Ceux que MM. les a bourgeois y ont attirés depuis la Toussaint, n*y « trouvant pas de quoi subsister , nous prient tous « les jours de les recevoir au séminaire. Nous en « embarquâmes un le mois passé ; depuis dix jours « nous en avons embarqué un autre , et je crois « que nous allons en recevoir un autre au sémi* « naire. Leur bon et unique chantre vient d'aller fk chercher du pain sur les batteries, etc. M. de la . « Reinterie , notre commandant , à qui l'Évêque a « écrit pour faire ouvrir une des deux petites portes « de l'église qui communiquent avec le séminaire, « nous avoit promis avant-hier d'y donner ordre « incessamment, mais ayant appris ce matin que « M. le maréchal d'Ëstrées approchoit , il nous a « conseillé de l'attendre , de peur que notre préci-
« pitation ne lui déplut : nous supplions Votre F 5
« Grandeur de recommander nos intérêts à M. le M Maréchal. »
Malfifré tout, le parti , qui se sentait soutenu k Paris, ne se tenait pas pour battu. La nouvelle ordonnance de l'Évêque avait été signiBée au curé le 26 mai; dès le lendemain, dimanche 27, à la requête des marguilliers , les sieurs du Carpont- Gamonal et de la Yallée-Keravel , l'assemblée de la paroisse en interjette appel comme d'abus au Conseil du Roi.
Nonobstant cet appel , le 1®"^ juin , M. de la Reinterie , commandant de Brest , accompagné du P. VanoRhyn , recteur du séminaire , vint faire lecture dans la sacristie, au sieur Roignant, d'une lettre de M. le maréchal qui enjoigoait de hire exécuter le mandement de rËvéque. Ils lui firent beaucoup d'IiQpnétetés , l'assurèrent qu'on ne prétendait en rien attenter à ses droits ni à ceuz du peuple , et protestèrent même qu'on le reconnaîtrait pour supérieur daas l'égli^^ où les PP. Jésuites ne diraient la messe qu'en prenant ses heures. C'est ce qui fut fait dès le soir uiéme : mais au Père qui demandait de la part du R. P. Recteur à quelle heure l'autel serait libre , on répondit : ^ quatre heures du soir. Aussi le lendemain, samedi 2 juin, on ne sonna point les cloches, les portes de Téglise restèrent fermées, et quand les Pères se présenlè-
renty od leur demanda insolemment ce qu'ils cherchaient.
Cette conduite était le résultat des délibérations d'une assemblée clandestine, où le sénéchal, le bailli, ' plusieurs niarguiliiers et autres bourgeois s'étaient résolus de s'opposer de toute manière à l'entrée des Jésuites du séminaire dans l'église Saint-IiOuis. Us y accoururent donc au signal donué, avec une foule de gens de bas étage, et s'y retranchèrent comme dans une citadelle. De son côté, M. le commandant, avec deux de ses oiEciers , MM. de Planque et d'Astruc et quelques soldats, vint faire ouvrir les portes; puis sur le refus qu'on ût aux Pères de leur céder ràutel et de leur donner des ornements , il les pria d envoyer chercher ce qu'il fallait pour dire la messe. C'est à ce moment que le tumidte commença. « Lorsque les soldats voulurent passer les (> ornements , dit M. de la Reinterie dans son. « mémoire à M Chamillard, ministre de la guerre,
• il n'y eut extravagances, emportements et injures
• que les prêtres ne nous dirent, et il y en eut un « qui me poussa si fort, que M. de Planque, qui <i a eu la jambe cassée, il n'y a que huit mois , et « qui a un bras coupé , se jeta au devant, en leur « disant honnêtement : Messieurs, songez à ce que t vous laites , et n'avez- vous nul égard pour votre « commandant ? Il n y eut aucun coup de canne
« donné , ni n'en fut aucune mention dans Téglise,
tt ni au dehors j mais avant d'entrer , voyant le « peuple attroupé sur la place qui est devant l'église, « autour des portes , je dis aux soldats de faire faire « place; il ny eut pas même une bourrade de « donnée : j'en menaçai deux de les envoyer au « château , et j'exhortai les autres à être sages , et « tout se retira. Voilà, Monseigneur, la pure vérité. « Le sieur Kargour n'osa pas, en présence de M. le maréchal , soutenir que je Teusse menacé de « coups de canné, ni què je lui eusse rien dit; « grâces à Dieu je ne suis pas capable d'une telle « imprudence , et j'ai trop de respect pour la mai-. « son du. Seigneur et des gens de ce caractéi^, « quoique indignes; il est vrai que je reprochai au • curé (le vicaire Michel Lallouer) qu'il étoit un « ingrat : ayant eu vingt plaintes contre lui ^. « J'avais seulement prié le Recteur de lui laver la « téte; et s'il étoit question de rechercher sa vie, il « seroit bientôt exclus de tout bénéfice, i Les jansénistes accusèrent plus tard le commandant d'avoir &it tirer sur le Recteur pendant qu'il disait la messe. Voici comment il s'en justifie dans ce même mémoire. « LeHecteur (curé) ayant donné uo soufflet
* Si Ton dësire conoattre le méfait repro^cbé an vicaire « on |ient le lira tont an long dans te Mémoire de M, de (a Beinierie, aux ffièces jusHfieaUves,
« à un soldat et lui ayant passé son étole dans le
« col , son camarade le voulant débarrasser , le « fusil s'en alla , ne l'ayant eu joue , ni présenté ^ « mais tout haut, et n'ayant aucun commande^ « ment de tirer, ses officiers étant dans le milieu « de réglise , et ses camarades devant lui ».
« S*il y a eu du désordre dans l'église, conclut « M. de la Rein ter ie , il n'a été fait que par lem- « portement des prêtres y excités encore parquel- « ques mauvais esprits séditieux... Si le sénéchal, « le bailli etle sieur Keranmoal, marguillier, eussent « été aussi sages et aussi prudents que les RA. PP. « Jésuites, et j'ose dire que les officiers et moi, il « n'y auroit pas eu une parole et tout se seroit ir accommodé et passé amiablement. »
Cependant M. l'Evéque de Léon vint à Brest quelques jours après; et grâce à son intervention, les Jésuites purent dire la messe pendant quelques mois dans l'église Saint-Louis, « Quoique M. TÉvê' que de Léon » , écrivoit le 22 juin, M. le maréchal d'Estrées au ministre de la marine, « ait châtié le « curé et le sacristain , qui sout les sieurs Lallouer t et le Kargour, selon les peines ecclésiastiques « (l'interdit) ; il me semble que ces châtiments sont • bien légers , et que si ces ecclésiastiques rece- « voient une lettre de cachet pour passer dans un « séminaire un peu éloigné de la ville , trois ou
t< quatre mois, je ne doute pas qu'ils ne rentras-
« sent en eux-mêmes , et qu'elle ne f ît l'effet , qu'on « en doit attendre , de contenir les esprits dans des « mesures de retenue et de prudence. »
Le sieur le Kargour fut relégué à Luçou d'où il ne revint plus à Brest , et le sieur de Keranmoal à Avranches*. Mais les séditieux n'en devinrent pas plus traitables. Ils dressèrent un libelle diffamatoire en forme de placet , où les faits sont tellement travestis que leur avocat IVr Poirier refusa de le signer. Us eurent recours à M"" Lauthier et Gouét de Montbayeux, qui non-seulement le signèrent avec plaisir, * mais qui le firent imprimer cbacun séparément en
' Dans un factum moderne et reproduisaDt, sous forme d'Aûtoirc^ les pamphlets du xvni* siècle , nous lisons ce fait raconté en style attendrissant : Le maiigoiUier Queranmoal fut enté. Une letire de cachet le sépara He sa famiUe et C obligea de rewmeer aux moyens d^existence que bU f^rocurait sa double profession de notaire et de procureur» Jl se retira à Avranches où il mourut, croU'-on, de chagrin et de misère. Ce croit-on est bien naïf sous la plumer d*un écrivain ayant en à sa disposition les archifes de la marine , et pouvant y lire la dépêche du ministre an P. de Bellouan, Recteur de Brest, et datée du 36 mars- 1704: J*ai reçu, mon Bévérend Père^ la lettre que vous m'avez écrite te il de ce mois^ J'ai rendu compte au Boi de ce que vous me mandez , au sujet d'un nommé Kéranmoal, habitant de Brest ^ exilé à Avranches, Sa Majesté a bien voulu le renvoyei' chez lui, à votre prière; je vous en adresse l'ordre, ete»,* VoUà comment les Jésuites faisaient mourir de chagrin et de misère le séditieux marguiUier 1 3laîs à quoi bon réfuter des écrivains faisant de Phistoire avec des libelles et des pamphlets?
plusieurs formats. Ce libelle fut distribué comme un ouvrage excellent, non-seulement à Paris, dans toutes les Communautés, mais par tout le royaume; . et pendant que le fils de M* Lauthier jetait des satires en vers de sa faron , composés sur le même modèle y dans les boutiques et les cafés, son père, par une irrégularité fort nouvelle, le faisait signifier aux Jésuites, sans ordonnance du rapporteur.
« Le R. P. Recteur des Jésuites , écrit au minis- « tre, le maréchal d*Estrées , s'est chargé d'avoir « l'houneur de vous informer de la continuation « des mauvais procédés de leurs parties adverses , (t les habitants de Brest. Us se sont avisés d'écrire « une manière Aefactum, qui est plutôt un hbelle. « Les PP. Jésuites vous le feront tenir. Je me con- « tenterai de dire que ces procédés méritent quel* « que châtiment , et surtout Timprimeur de cette « ville, appelé Malassis, pour la voir imprimé sans « aucune permission, i» I^es prêtres qui avaient signé cette pièce ée rétractèrent de vive voix devant M. l'Ëvéque de Léon, et s'excusèrent en disant qu'ils n'avaient cru signer qu'un simple exposé du nombre et des qualités des prêtres qui desservaient la paroisse. D'un autre coté, le 1 5 juillet, « la Corn- « munauté et les juges de Brest, écrit le maréchal , « ont témoigné à M. de la Reinterie , en lui rendant fl visite dans le château qu'ils d'avoient aucune
N part à l'écht. dont il se croyoit offensé , qu'ils ¥ seroient très-fâchés dV en avoir eu et qu'ils « en blàraeroient extrêmement les auteurs. »
Ce fut pourtant sur cette pièce calomnieuse que M. Truclaine basa son rapport au Conseil , et que le Conseil, par arrêt du 23 août 1703, reçut les habitants, maire, curé et prêtres appelants ^ comme d abus des ordonnances de l'Évéque de Léon des 25 juin 1 688 et 1 5 mai 1 703. Cet arrêt fut signifié à rÉvéque et aux Jésuites le septembre suivant. Le P. Van-Rhjn crut devoir informer M. de Pontchartrain du mauvais effet que cet acte produisait parmi les hommes les plus honorables. Il lui mandait que M, de la Bourdonnaye, ne.se voyant pas ' soutenu par le Conseil , qui lui avait donné charge et droit de commettre les prêtres, selon qu'il le jugerait convenable, avait quitté Brest au moment de faire signer aux prêtres de la paroisse un désaveu du fameux placet. « M. le maréchal d'£strées et « M. de la Réinterie, notre gouverneur, surpris de « ce que le Conseil n'a pas rejeté la requête du sieur a du Verger-Bigot, qui roule presqu'entièrement « sur le fameux placet, flétri parla Cour, désavoué « par nos juges, par nos bourgeois et blâmé par « tous les honnêtes gens , et même par les prêtres, « ne, veulent plus , Monseigneur, se uièler des N affaires de notre séminaire. » Il ajoutait : « L'ar^
« rét du 23 août ne détruit pas Fordonnance du
« 15 mai, de M. rÉvéque; cependant le sieur le « Dal, qui n*est ni maire, ni marguillier, vint avant- « hier (2 septembre) dans réglise neuve, nous empé- « cher d'y dire la messe. Hier il nous attendit le M matin dans TégUse; et aujourd'hui que nous y « sommes allés avec deux notaires , il y est aussi « accouru avec les siens et y a soutenu sa fausse « démarche d*avant-hier , quoique le maire, les « échevins et les juges, que leur sonneur de cloches « est .allé chercher , n'aient point voulu venir ni « avoir part à cette procédure irrégulière et vio- « lente. La conduite du sieur le Dal, uQe des quatre » colonnes du procès de l'église , ne doit pas sur^ « prendre; car M. le maréchal ayant proposé le « 20 d'août y quelques moyens d'accommodement « à M. le Recteur de la paroisse, au maire, aux « échevins et à nous autres, le sieur le Dal osa ■ bien, derrière le maréchal, en présence de tout le « ntonde, de M. FÉvéque, de M. le marquis de la « Lande, maréchal de camp et de M. le Gouver- « neur,' dire : Nous ne le voulons pcLS^ nous ne le • ferofis pas y et cela ne sera pas : paroles qui indi- « gnèrent si fort M. le marquis de la Lande qu'il « s'approcha du sieur le Dal , lui demanda son « nom, et lui dit qu il avoit l'air séditieux, et que « M. le maréchal, s'il l'avoit entendu le feroit mettre
K sur le champ en prison et bientôt punir par la
« Cour. I^es gens de bien croient qu'il seroit néces- « saire de nous faire rentrer incessamment dans « réglise neuve, d'y feire feire des confessionaux « pour nous et plusieurs autels, comme M. l'Évé- « que l'ordonna chez M. le maréchal d'£strées , le « 20 août, du consentement du Recteur de la « paroisse , de MM. le maire , les écbevins , le « marguillier, de nous y assigner une des chapelles « inutiles, pour notre sacristie, de faire ouvrir une « des petites portes iisiites pour communiquer aTec « le séminaire et que MM. les bourgeois de leur « propre autorité tirent murer il y a trois ans. »»
Vainement pour applanir les difficultés, les Pères delà Compagnie, tout en réclamant la propriété de i'éghse, s étaient désistés de l'union delà cure à leur séminaire , par actes des 1 9 novembre 1 702 et 23 janvier 1703 : le parti ne voulait d'eux à aucun prix. Grâce d'ailleurs à la partialité des commissaires du Conseil, toute conciliation était devenue impossible. M. Trudaine, rapporteur de i'atiaire, iiuit jours avant la signature de Tarrêt, qui recevait 1 appel des habitants, en avait averti leur député, le sieur du Verger-Bigot. Celui-ci s'était hâté d'en écrire à Brest, et par là avait fait échouer raccommodement. Quand, à leur tour, les Jésuites munis de l'ordonnance de l'Evéque, qui prescrivait l'érec-
lion d'an autel et de confessionnaux à leur usage, et des certificats du maréchal, du gouverueur et 'du marquis de la Lande , qui constataient le consentement des recteur, maire, échevins et marguilliersy présentèrent requête , afin d'être rétablis 3ans leurs droits à dire la messe et à confesser dans Téglise neuve, dont les marguilliers venaient de les exclure; le Conseil du Roi, qui avait admis Tappel comme d*abus, rejeta la requête de réintégrande et la rattacha aux autres pièces du procès jusqu'à Tarrét définitif. Cet arrêt se fit attendre près de deux ans. Dans cet intervalle, i\IM. I rudaine et Amelot fiirent remplacés dans la commission par MM. Dubosc du Boucheti rapporteur, et Rouillé, conseiller d'état.
On s'étonnera peut-être de ces lenteurs. Le Roi
Louis-le- Grand aimait les Jésuites et appréciait les services qu'ils rendaient à ses États. Sa protection ne leur avait jamais manqué. D'où vient que dans cette occasion, il sembla éviter de prendre connaissance, par lui-même, d'une afiaire à laquelle il avait 9onné lieu en faisant accepter la cure de Brest aux Jésuites contre leur gré? C'est qu'on lui avait persuadé (pi'il valait mieux dans cette circonstance laisser au tribunal ordinaire le soin de la débrouiller. De son côté, par suite sans doute des mêmes influences, le Conseil parut prendre plaisir à la traîner eu longueur.
Enfin le Roi se décida à faire rapporter le procès
en sa présence, et dès lors les choses changèrent de face. Les rostres de la maison de ville de Brest' nous apprennent que M. Daguesseau , un des membres de la commission , écrivait au sieur du Verger-Bigot ponr Tavertir que le dernier bureau devait se tenir le 5 octobre (1705) à Fontainebleau, et qu'ensuite le procès serait rapporté devant le B.oi le 14 ou 15 du même mois. L'arrêt fut enfin rendu le 29 novembre suivant; il ordonne que l'église Saint-Louis de Brest « demeure définitivement et « appartiendra au séminaire , et que les Jésuites « directeurs dudit séminaire en seront mis inces- « samment en possession par le sieur Evêque de « Léon; ordonne Sa IVlajesté qu^il sera inces- « samment bâti pour la commodité des habitants « de la paroisse des Sept-Saints une église dans le « lieu qui sera choisi, etc. Jusqu'à ce que la dite « église soit bâtie, il sera pourv|i par ledit sieur « Evéque de Léon au service de ladite paroisse, « soit dans la dite église de Saint-Louis ou autre- « ment ainsi qu'il le jugera à propos. £t ce qui sera « par lui ordoniié tant pour raison de la mise en « possession des Jésuites que du service provisoire <« de la paroisse, sera exécuté nonobstant o|>po- « sition ou appellation comme d'abus. »
Ainsi fut jugée et terminée cette longue afi&ire. Cependant les Jésuites n'entrèrent pas immédiate-
Oigjtized by
ment en possession. Les habitants demandaient
qu'en attendant que leur église paroissiale fût bâtie, et tant que le service se ferait dans Tégiise Saint- Louis y les Jésuites en fussent exclus. « Les habi- « tants de Brest » , écrit le 26 mai 1706 le R. P. de Bellouaa , nouveau Recteur du séminaire, « inven- • tent de nouvelles oppositions à l'exécution de « l'arrêt ; M. TÉvéque n'ose aller en avant. » Une lettre du ministre lui en donna le courage , et le 17 juillet les Jésuites furent mis en possession. Ils eurent l'usage du grand autel jusqu'à dix heures dli matin ; ils Tabandonnaient ensuite aux prêtres de la paroisse. De pluç ils exerçaient dans cette église tous leurs ministères accoutumés ; ils prêchaient ^ confessaient 9 faisaient les. réunions de piété , exposaient le Saint-Sacrement et donnaient des saiuts solennels.
Le 19 juillet le P. de Bellouan écrivait à M. de Pontchartrain : « Monseigneur , il me semble que « j'ai déjà trop différé de remercier Votre Grandeur «' de la paix qu'elle a procurée à cette maison. Les « lettres , que vous avez bien voulu. Monseigneur, « écrire àM. rÉvéque de Léon , ont eu leur effet. Car « le prélat nous mit vendredi dernier en possession « de l'église Saiut-Louis et régla le seryice de la <i paroisse d'une manière qui doit contenter tout <( le monde. Tout se passa dans une grande tran-
« quillité. 11 n'y eut pas d'opposition que celle que « forma le fomeux du Verger-Bigot , qui vouloit « nous charger des dettes que la ville a faites pour 0 la bâtisse de l'église ; mais on n'eut point d'égard « à cette opposition. »
Cependant en 1 740 , l'église paroissiale n'était pas encore bâtie. Le P. de Kéret , alors Recteur du séminaire de la Marine, offrit à la ville de lui céder entièrement l'église Saint-Louis , moyennant une somme de cinquante mille livres , qui serait employée à la construction d'une autre église pour le séminaire. L'offre ayant été agréée , avec le consentement du Roi y les PP. de la Compagnie se mirent sur le champ à l'œuvre , et ils ont construit Téglise qui existe maintenant poiu* le service exclusif du séminaire de la marine royale.
Voici y en abrégé , toute cette affaire de Brest que les ennemis des Jésuites, après l'avoir suscitée et * très-habilement embrouillée , ont exploitée durant un demi-siècle , au grand, plaisir des ennemis de la religion.
ùiyitizeo by ^OOglc
En terminant la lecture de ce Récit, on sera peutêtre surpris de lui voir passer sous silence uu procès intenté aux Jésuites de Brest, par les héritiers d'Ambroise Guys? La surprise cessera si l'on vent bien se rappeler que ce procès , dépassant les limites connues de l'absurde et du ridicule, ne mérite pas d'examen : les tribunaux où il fut porté se seraient compromis en le prenant au sérieux , et celui de Rennes renvoya, sans beaucoup de façons, les impudents solliciteurs qui avaient osé frapper à sa porte quarante ans trop tôt. En effet , si nos adversaires avaient eu assez de patience pour ne pas jouer, au commencement du xyiii" siècle , une comédie dont lé succès eût été certain vers le milieu de ce même siècle , ils auraient été alors favorablement écoutés de nos juges philosophes , dont l'éducation venait d'être achevée par les jansénistes. Mais y en 1718, on savait encore du respect humain , et Tincomparable La Ghalottais , ce soleil , celte gloire du Parlement de Bretagne , était encore
à venir, ou tout au plus faisait-il alors l'admiration de sa nourrice.
Cependant, nous devons 1 avouer, les Jésuites de Brest ne crurent pas inutile de se défendre en 1 71 8; sans doute ils pensaient comme ce célèbre magistrat, avouant sa frayeur de la justice humaine et disant : Si on accusait ef avoir mis dans mes poches les tours de Nôtre-Darne , Je commencerais par me sauver ! Le procès Guys était bien aussi absurde que la mise en poche des tours dé Notre- Dame, et si les accusés ne prirent pas la fuite , ils firent acte de prudence en retournant leurs poches devant la justice de Rennes. Toutefois leur procès gagné , les Jésuites ne furent pas à l'abri de nouvelles insultes. L'audace des héritiers Guys, encouragée parles jansénistes, ne recula pas devant les plus grands excès , et bientôt parut un arrêt ^ soi-disant rendu par le Roi , en son Conseil , et condamnant les Jésuites à restituer les biens volés aux héritiers Guys , ou à leur payer la somme de huit millions. On eut l'effronterie d'afficher cet arrêt et même d'aller le signifier aux Jésuites de Paris! Enfin, pour faire cesser et réprimer de telles énormités, le Roi rendit un arrêt en bonnes formes pour venger les Jésuites. Voici cet arrêt; mais avant de le copier, nous ajouterons ceci : Tauteur du faux arrêt contre les Jésuites fut enfin découvert et mis en prison:
là , par un second et bien plus grand crime, il vdu-
hit se soustraire aux suites du premier : il se suicida.
Jrrest du Conseil dEiat du Hoif du 30 mars 1759. (Extrait des Registres du Conseil d'Etat.)
« Le Roi étant informé qu*il se répand dans le
public un écrit imprimé ayant pour titre : Arrêt du Conseil dEtat du Roi, qui condamne tous les Jésuites du royaume j solidairement ^ à rendre aux héritiers d Amhroise Guys, les effets en nature de sa succession, ou à leur payer par forme de res^ tittition la somme de huit millions de livres, ledit arrêt en date du 1 1 février 1 736 , et quoiqu e la seule lecture de ce prétendu arrêt il ne soit pas per- • mis de douter , parla forme en laquelle il est conçu, et par les dispositions qu'il contient, que cet arrêt ne soit supposé , comme il Test en effet; cependant les nommés Jean Humbelot, ingénieur et ci-devant commis aux fermes de SaMajesté, au département de Langres, et François Robineau de Lafosse, se disant cessionnaire des droits des héritiers dudit Ambroise Guys y ont fait le 3 du présent mois , signifier ledit prétendu arrêt, comme collation né par Tun des secrétaires de Sa Majesté, aux Jésuites de la Maison
professe à Paris. Sa Majesté a estimé ne devoir pas F 6
laisser subsister la signification qui a été faite d'un
arrêt qui n'a jamais été rendu, et qu'il est de sa justice de faire punir sévèrement ceux qui seront convaincus d'avoir eu part à la fabrication dudit prétendu arrêt, et de l'avoir imprimé, vendu, débité y ou autrement distribué dans le public : A quoi voulant pourvoir, Sa Majesté étant en son Conseil, a déclaré et déclare nulle la signification dudit prétendu arrêt , faite le 3 du présent mois , et toutes autres significations qui en auroient été cidevant fuites, ou qui en seroieut faites à l'avenir. Fait défenses auxdits Humbelot et Robineau de Lafosse, de se servir de la signification faite dudit prétendu arrêt le 3 du présent mois, et de faire aucunes procédures sur icelle , à peine.de trois mille livres d'amende. Fait défenses sous les mêmes peines, à tous huissiers et sergens de &ire aucune . signification dudit prétendu arrêt. Enjoint à son Procureur général aux Requêtes de son Hôtel, de tenir la main à Texécution du présent arrêt : Ordonne qu*à la requête de sondit Procureur général , et au rapport du. sieur Taboureau, maître des Requêtes ordinaire de son Hôtel , le procès sera instruit , fait et parfait, et jugé en dernier ressort auxdites Requêtes de son Hôtel , à ceux qui ont eu part à la ùibnr cation dudit prétendu arrêt , leurs complices , adbéraus, fauteurs et participes , et à ceux qui ont
imprimé, colporté, vendu, débité, ou autrement distribué ledit prétendu arrêt. £t sera le présent arrêt imprimé, lu, publié et affiché partout où il appartiendra. Fait au Conseil d'Etat du Roi , Sa Majesté y étant, tenu à Versailles, le trente mars mil sept cent cinquante-neuf. •
« Signé ^ Phelypëaux. »
On se demandera peut-être en achevant la lecture de notre opuscule , si les Jésuites de Brest , de 1 686 à 1 7C2 , époque de leur suppression , n'ont pas été perpétuellement en guerre avec les habitants de cette ville? Une telle supposition serait trés-fausse; mais il est vrai de dire qu'un petit nombre de geus obstinés et poussés par les jansénistes firent tout le bruit possible d'une affaire dont raccommodement eût été facile , sans le mauvais vouloir de ces tapageurs, dontle but, en faisant du scandale, était de rendre les Jésuites odieux et de paralyser leur ministère. Ce but détestable ne put être atteint; les habitants de Brest; comme les gens de guerre et de la marine ,
profitèrent pendant soixante-quatre ans du dévouement des Jésuites : et le bien opéré par la Compagnie la consola des tracasseries d*un petit nombre d'ennemis. Le scandale causé par ces derniers eut sans doute beaucoup de reteutissement, mais iaut-il s'en étonner? NVst-ce pas le cas de se rappeler le proverbe : Deux fc mines qui crient , Jbnt plus de bruU que dix mille hommes qui se taisent ! Or, on le sait , la reconnaissance n'éprouve pas , comme la haine, le besoin de pousser des cris et d'ameuter les gens. Les ennemis des Jésuites ne se lassent jamais de crier, et leurs amis se contentent , le plus souvent, de prier Dieu pour eux.
Voila comment s'explique la multitude des libelles sur TafTaire de Brest : mais cette explication , la seule vraie y ne sera peut-être pas très-goùtée par nos adversaires.
Nous croyons utile de publier ici la pièce suivante, retrouvée parmi les papiers de Brest : c'est une note, malheureusement |)eu détaillée, sur les
Directeurs du séminaire de la Marine royale.
« Parmi les supérieurs ou recteurs du séminaire,
nous signalerons d'abord le P. Pierre Le Fort, premier supérieur du séminaire et premier instructeur des aumôniers de la marine à Brest. C'était un religieux pieux et instruit. Après avoir enseigné la philosophie et la théologie, il fut successivement recteur des collèges de Nevers, d'Orléans, de Quimper, de Brest, de la Flèche, et pendant vingt ans, père spirituel à la maison professe de Paris, où il mourut à 1 âge de 90 ans, le 24 décembre 1718. 11 eut pour successeur à Brest, en 1689, le P. Joseph lloilaiid. CAîlui-ci lut remplacé par le P. Dobeil, en 1691 ; le P. Louis de la Fare était reèteur en 1695. Vint après lui le P. François Forlet, et, en 1700, le P. Jean Yan-Rhyn, qui fut ensuite recteur du collège de Blois.
Le P. Pierre» de Belouan était supérieur à Brest en 1 7(15. Puis, de 1 707 à 1 71 0, ce fut le P. Ohvier -
Louis Ërinar, ancien professeur d'Écriture sainte au collégedela Flèche. En 1720, le P. Charles Guenonville, qui était déjà à Brest depuis plusieurs années, dû il exerçait les fonctions de prédicateur. De i 724 à 17*27, le P. Jean-François Malescot, autrefois (en i 703) pénitencier à Lorette, en Italie, il fut ensuite recteur pendant plus de douze ans en divers collèges. Il avait été remplacé à Brest, en 1 727, par le P. Martin de Fontenelle. £n 1746, le P. Joseph d'Antoyer , qui a été successivement professeur de théologie, prédicateur, et pendant douze ans recteur dans plusieurs collées; il est mort à la Flèche, âgé de 68 ans, le 2 février 1755. Ijb P. Guillaume Le Planquoys, qui était recteur à Brest, de 1 748 à 1753, fut ensuite instructeur des aumôniers dans la même ville, et y mourut en grande réputation de zèle et de piété, le 14 décembre 1 757. Voici ce que le P. Joublet alors son supérieur, écrivait le 18 du même mois : depuis l'érection du nouvel hôpital en ce séminaire, le P. Planquoys s*est signalé par sa charité pour les malades jusqu'à une espèce d'excès. Aux diverses représentations que je lui faisais pour prendre quelques adoucissements, il me répondait toujours ces admirables paroles : « Jamais Jésuite n'aura wie plus belle occasion de mourir » . Après douze jours d'un travail infatigable*, il contracta la maladie et, victime de son zèle, malgré nos soins, nos
vœux et nos besoins, il rendit sa beiie ànie à son Créateur, le 14 de cemois, à près de midi, après avoir reçu les derniers sacrements avec la plus attendrissante édification. Ije P. Planquoys méritait et avait la confiance de presque tout ce qu'il y a de respectable pour la piété, dans l épée, dans la plume, et dans tous les états de cette vilie. Les pauvres qu^il aimait tendrement, qu'il confessait si volontiers, se ressentaient babitueileuient delà confiance qu'avaient les riches pour leur saint confesseur. Aussi est-il généralement regretté, si l'on excepte les ennemis de la religion. Le P. Ltienne Joublet, dont nous venons de rapporter les paroles, mourut comme le P. Planquoys, victime de la cbarité. Voici en quels termes le P. de Botdern parle de cette mort précieuse. « Une vie toute occupée de bonnes œuvres, écrit- il, devait se terminer dans l'ex^ice de la charité. Le Seigneur, par une providence bien particulicre, lui en aménagé la précieuse occasion. La ville de Brest devenue un grand hôpital, par la maladie contagietise qu'y apportèrent 21 vaisseaux venus de Louisbourg, le P. Joublet, notre digne chef, nous apprit si bien par son exemple ce que doivent être des ministres du Seigneur dans ces sortes de circonstances, que nous avons perdu de notre seule maison, au service des malades, 12 prêtres et un de nos frères, et que
presque tous les autres ont été frappés de la maladie contagieuse. I^e P Joiiblet aussitôt qu'il se sentît frappé, se disposa à la mort par une confession générale, rextrème-onction et le saint-viatique qu'il a eu le bonheur de recevoir plusieurs fois dans le cours de sa maladie. C'est ainsi que devait mourir un martj'T de la charité. Le Seigneur l'a appelé à lui le 21 mars, sur les six heures du matin, dans la cinquante-sixième année de son âge, et la trentesixième de son entrée dans la compagnie, m
« Enfin le dernier Recteur du séminaire de Brest, avant la suppression de la Compagnie, a été le P. Jacques Lenoir Duparc , qui avait été pendant plus de 1 0 ans professeur de rhétorique au collège Louis-le-Grand , à Paris. Cet homme pieux et modeste, se consacra, après l'extinction de son ordre , à la publication de différents livres de piété. On lui doit , entr'autres , Tédition des Œuvres spi' rituelles du P. Judde, Il est mort à Paris vers 1789.
« Parmi les instructeurs des aumôniers de vaisseau on peut signaler les PP. Jacques de Cavillon , qui avait été lui-même deux fois Recteur de collège \ de fiellouan , Jacques de Guy , de Botdern , Charles de Catuelan , Gabriel Fleuriau , ancien préfet des classes du collège Louis-le-Grand, etc. Parmi les prédicateurs , les PP. Julien de l'Ëpinay, de Guenonville, Gd[>riel de Réacamp, Jean de la
Pierre, François-Marie I.e Féroii , Pierre Brunei , Jacques Dambrio , Claude de Bréanl et François de Ganappeville , tous deux missionnaires sur les vaisseaux. Le P. de Ganappeville fut ensuite Recteur du noviciat de Paris où il est mort en 1 746, en grande réputation de ,piété.
' tt Parmi les autres Pères , missionnaires , pères spirituels 9 procureurs, etc. , notons les PP. Julien Chauvel qui, pendant plusieurs années, a suivi nos marins dans leurs expéditions ^ Olivier et Alexis de Kéret , Jules de Bréhant, Etienne Foré, Jacques Coilui , Joseph Allain , Michel et François Aubert , Hyacinthe de Kermorvan, Julien Percheron^ Auguste ' Quérard, Hyacinthe des Rivières, J.-B. Corollec,etc. Terminons cette liste par les noms des professeurs
de mathématiques et d'hydrographie. Ces professeurs, comme ou le sait, étaient chargés de donner l'instruction aux gardes de la marine. I^e premier d*entre eux a été le P. CK Joachim Thoubeau qui plus tard enseigna aussi les mathématiques à Toulon. 11 fit sur mer plusieurs voyages avec les Maréchaux de l'ourville et de Château-Regnault , et est mort à Paris à Page de 75 ans, le 28 août 1728. Son successeur à Brest fut le P. François de la Maugerays qui a ensuite professé au collège Louis- le- Grand à Paris, où il composa plusieurs articles pour le yoiir/?a/</e Trévoux. Après lui, le P.Charles
Le Brun , qui a continué à Brest cet utile enseignement pendant plus de quarante ans. Eniïn le P. Jacques de la Rocbe , né à Toulouse et maître ès arts
en rUniversité de cette ville , probablement de 1 T4G à 1 762.
• Le commissaire de la marine , Deslandes , écrivait, en 1748: « Les Jésuites qui ont procuré tant d'excellents professeurs de mathématiques à la marine, avaient alors à Toulon le P. Hoste , si connu par son Recueil des Traités de inatliéinati' ques qui peuvent être nécessaires à un gentilhomme pour servir tant à la mer qu'à terre, et qu'on doit ' encore plus regarder comme le premier auteur ou même Tinventeur de la tactique de la marine et des évolutions navales. — « Outre le P. Hoste , ajoute Deslandes , il y a encore eu à Toulon le P. Laval , excellent astronome et qui a beaucoup perfectionné la théorie des réiractions du soleil. ' Pour le port de Brest, on y a vu successivement les PP. Thoubeau, de la Maugeraye, Le Brun . J'ai été lié d'ime étroite amitié avec ce dernier, et je puis dire de lui sans flatterie : Quando uUum inverUent
paveni ? {Lettre sur la construction des vaisseaux , écrite à M. de G. par M. Demande* t commiuaire de la martne, à Jirest.)
« IjC p. Charles Ije Bnm , dont on vient de parler,
mérite une mention spéciale; ce Pere, mort à Brest le 23 juillet 1 756, dans la 76* année de son âge, était
— Tollé à Pans le 24 février 1G70; il était entre dans la Compagnie de Jésus au mois de septembre 1081 . «
« Le P. Le Brun était un de ces hommes tels que lu Compagnie peut les désirer pour en faire de vrais religieux. Du côté de la nature il était doué d*un
^ esprit solide , juste, pénétrant, d'un jugement sain, ferme, d'une mémoire infiniment heureuse; aussi a-t-îl réussi, ou pour mieux dire a-t-il excellé dans toutes les sciences auxquelles il s'est appliqué: belles-, lettres, philosophie, théologie, mathématiques, géométrie. Presque toujoursdans sa chambre, occupé de l'étude, sa prmcipale occupation, il n'en sortait que dans le temps qu'il était obhgé de vaquer aux devoirs de son emploi. 11 s'y était rendu si habile qu'il s'était attiré l'estime et la confiance de toute la marine et que tous, depuis le premier jusqu'au dernier, le regardaient comme leur maître. Il faut avouer aussi que son caractère, joint à son savoir, contribuait à lui gagner les cœurs ; toujours prêt à faire plaisir, toujours poli dans la convèrsation ,
• toujours affable à tout le monde; ne ne se plaignant jamais de sa peine ; ne parlant jamais de ses maux ; ne se refusant à rien de ce que son devoir et son état pouvaient lui permettre , il ne pouvait manquer de passer pour un homme infiniment aimable. Aussi est-ce pour cela qu'il s'est toujours fait estimer, aimer, chérir de tous les officiers généraux avec
lesquels il a plus d'uqe fois embarqué , et surtout
de deux qui étaient chargés avec lui de l'éducation de MM. les Gardes de la marine.
« Si le P. Le Brun avait toutes les qualités naturelles propres de son état, il en possédait aussi toutes les vertus. Piété tendre et toujours soutenue, depuis sa plus tendre jeunesse jusqu'à sa mort , il ne fallait que le voir devant le Saint- Sacrement, l'entendre prier, pour sentir que son cœur était pénétré d*uue véritable dévotion , et qu'il s'adressait à Dieu , comme un enfant s'adresse à son père; une innocence de mœurs admirable , obéissance parfaite , respect infini pour ses supérieurs, détachement entier de toutes choses qui allait souvent jusqu'à la dureté pour lui-même, se refusant tout et ne voulant aucune distinction. Patience héroïque dans les plus grandes douleurs, qu'il offrait à Dieu de tout son cœur; amour tendre pour la Compagnie dont il soutenait avec zèle, mais toujours avec modestie, les intérêts , et dont il procurait la gloire par ses travaux et ses vertus. Si de pareils hommes pouvaient * ne pas mourir, ce serait un grand bonheur pour les Maisons qui les possèdent. La nôtre ressentira long- , temps la perte quelle a faite en perdant le P. Le Brun.
• Quoique sa mort ait été prompte, puisqu'on ne s'est apperçu du danger que 24 heures auparavant, elle n'a pas cependant été imprévue pour lui.
A la manière dont il s^exprimait quelquefois sur ses infirmités , il était aisé de concevoir qu'il envisa» geait la mort de près, mais sans crainte , sans alarmes , toujours avec cette fermeté d*âme que produit le témoignage d'une bonne conscience. Cependant pour n 'être pas surpris, il crut devoir profiter du dernier jubilé pour s'y préparer, en fai$antsa confession générale de toute sa vie avec des sentiments de douleur, de componction et en même temps de confiance en la bonté et en la miséricorde du Seigneur, dignes d'un vrai clirétien et d'un bon religieux. »»
Cette notice sur le P. Le Brun fut écrite par le P. Joseph Danthoyer, pour annoncer la mort de ce Père; elle est datée de Brest, le 24 juillet 1756. A la suite de la notice se trouve une lettre du P. Le Brun ; nous ne croyons pas devoir la supprimer, elle donnera au moins uu spécimen de son style.
Lettre du P. Charles Le Brun , professeur cthy-
drographie au séminaire de la marine à Brest , au P. Etienne Souciet, à Paris.
M05 RéviEfiRD P^RE ET TRES-CHER AMT ,
Pn GhrisU.
« Je vous suis trés-obligé de la peine que vous
avez bien voulu prendre , au sujet de la comniis-
sion dont j'avais pris la liberté de vous charger; une chose cependant me fâche ^ c'est de n'avoir icy d'occasion de vous être bon à quelque chose. Je ne puis pas recevoir les livres que vous m'envoyez que dans 8 ou 1 0 jours ; les voitures sont extrêmement dérangées en ce pays, par la rigueur de la saison. Il y a six semaines que nous ressentons icy un froid très- vif et auqnel nous ne sommes point acoutumez ; ce climat étant extrêmement tempéré, soit pour le chaud 9 soit pour le froid. Il me paroist que le froid de cet hiver, ne cède point à celuy de 1709. 11 est même arrivé une chose , cette année ^ qui n'arriva pas alors , c'est que nostre port s'est trouvé tout couvert d'une glace épaisse d'un doigt , 3 ou 4 jours de suitte , il est vray que sur les 9 ou. 10 heures cette glace disparoissait, mais cela ne s'estait veu cy-devanty au raport des anciens, qu'une fois ou deux depuis pins de 60 ans. On travaille toujours icy à faire des vivres et à remplir nos magazinsy et l'on se trouve présentement en état de mettre .en mer une vingtaine de vaissaAix en très-peu de temps, malgré cela nous ne pouvons nous persuader qu'on fasse un armement si considérable, on attend la décision de la Cour, la semaine prochaine.
« Notre R P. Recteur doit aller prêcher le caresme à Quimper. Il a fort bien débutté en ce pays et se fait fort aimer et estimer de nos^marins.
— sali Si celuy de nos Pères, qui prétend que cet» qui
ont fortifié notre port et notre rade n'y ont rien entendu, est de vos amis, dites iuy confidament que le procez qu'il a avec son adversaire est bon àaccomoder, pourveii qu'il le trouve en bonne humeur. Je croy qu'il était difficile de mieux faire que ce qui a été fait pour deffendre notre rade , le Goulet et l'entrée du port. Ce qu'on appelle icy le Goulet peut avoir environ deux lieues de long sur une demi-lieue de large, un rocher assez long se trouve au milieu et oblige les vaisseaux qui veulent entrer, de ranger la côte d'un bord ou de l'autre; toute la côte des deux costez est bordée de canons. Il est vrai que si on eut fait un fort sur le rocher qu'on nome le Mingan, on eut rendu le passage plus redoutable, mais cela n'a pas été possible. Les tentatives qu'on a fait pour cela n'ont pu réussir, le courant qui est très-violent dans le Goulet , détruisant le peu d'ouvrage qu'on avait pu faire avec bien de la peine. D'ailleurs ce rocher est souvent couvert. Après toutes choses estant dans l'état ou elles sont. Il ne paroist pas que les ennemis osassent tenter de passer le Goulet pour mouiller en rade , tandis que nos batteries seront armées. Au surplus quand mesme il arriverait qu'ils eussent franchi ces premières barrières et qu'ils eussent mouillée en rade , qu'y feraient- ils , exposez aux batteries de mortiers et
de canons qui les environnéraient de tous cotez.
« Pour ce qui est de notre ville, elle est assez mal fortifiée du coté de la terre, mais ou n'a prétendu faire que ce qui était nécessaire pour empêcher un coup de main; et cela suffit, car il n*est pas probable que les ennemis s'avisent de tenter une descente pour nous attaquer, les chemins par où ils pourraient venir, après avoir fait leur descente, en cas qu'on la leur laissât faire , sont si escarpés qu'ils ne serait pas possible de voiturer de l'artillerie ; d'ailleurs tous les passages sont bordés de bons fessez et de bons retranchements qui rendent les approches de Brest très-difficiles , quand mesme ces passages ne seroient défendus que par nos milices bretonnes. Vous pouvez voir dans le Neptune françois, la carte de notre rade et du Goulet , qui vous mettra fort au fait.
« Je suis, mon très-cher Père, avec tous les sentiments d'estime, de respect et d'attachement ,
« Votre très-humble serviteur, «G. Le Brun, s. J. »
A Brest, ce 15 février 17**.
P. S, Il fait si froid que je ne puis tenir ma plume.
APPENDICE
Nous avons promis des pièoes justificatives et nous pourrions en donner plus de soixante ; mais toutes ces pièces grossiraient considérableinent notre volume , sans aucune chance de modifier le jugement des historiens dont le siège est fait. Osécrivains, parfaitement décidés à peindre les Jésuites comme une plaie de la société , ne changeront pas de langage, car, peureux, la vérité historique doit céder devant Timpérieuse nécessité de nous dénoncer comme une peste publique.
Si nous ne prétendons point éclairer des gens décidés à ne pas ouvrir les yeux , nous devons nos documents aux hommes droits et chercharfl la vérité y quand même elle serait favorable aux Jésuites. Le Bécit dont ils viennent d'achever la lecture est en partie composé de pièces justificatives; mais
nous croyons devoir en ajouter ici quelques^nes, F, 7
et nos adversaires nous ont , sans le vouloir, indiqué notre choix.
Ëu 1 704 , on vit paraître un mémoire où toute Taffaire de Bresf était racontée et discutée en présence de témoins , tous , ou à peu prés , encore présents. Le mémoire était signé Ferrary. £n rédigeant ce mémoire justificatif, l'avocat Ferrary a certainement travaillé sur des pièces ou documents fournis par les Jésuites , et son travail ne semble pas y avoir perdu.
Le mémoire in^primé^ distribué et lu avec avidité , disparut trè&-promptement de la circulation. La caisse des jaiisétustes, toujours prête à payer les faiseurs de Libelles çontre TÉgli^e et les Jésuites, javait aussi des fondt» pour acheter et brûler les publications des adversaires du parti. Gi savoir^ foire des jan^nistes, dont nous aurons ailleurs occasion de parler amplement , rendit extrêmement rare le mémoire de Ferrary (imprimé à Paris, en 1 704, chez Sevestre) et , aujourd'hui , c'est à .peine si nous pourrions en indiquer trois exemplaires. En - le rééditant, c'est donc à peu prés publier de rinédît? Puis, nous avons une autre raison de le livrer aux curieux : uu historien , parlant de ce ' mémoire , maia se gardant bien de le donner, le critique comme une pièce de fort mauvais goût et (gâtant notre cause. Nous ne sommes point assez
scrupuleux pour imiter la réserve de notre prudent ennemi : nous reproduirons sans rougir et dans son intégrité le mémoire de l'avocat Ferrary. Nous le ferons suivre de plusieurs autres pièces, et la dernière sera Tarret rendu par Louis XIV, après la publication de ce mémoire.
MéMOmB lUSmiGAflF de la conduite des JitolTES POUR RÉPONDBB Aine CALOMNnS QU'ON LEUR IMPOSE DANS LA
REQUKTE PRKSF.NTKR AU Roi CONTRE EUX , SOLS LE NOM DES HABITANTS DE BREST.
Comme on a para être surpris du silence où les Jésuites
sont demeurés depuis six mois , au sujet de la dernière requête pi^ésentée au Roi, contre eux, sous lenoni des maire, échevins et habitants de Brest, etc., ils ont cru devoir , avant tontes choses , rendre raison d'une conduite que la
modération leur avait fait prendre , et que la nécessité d'une juste défense et i édification du public les oblige enfin de quitter.
Ces Pères sont si accoutumés aux traits de la calomnie ,
et si faits à se voir déchirer impitoyablement dans leur réputation et dans leur honneur, sur les moindres intérêts qu'ils ont à démêler , qu'ils croyaient que le public s'était aussi accoutumé à les voir maltraiter injustement, et n'en était pas plus ému qu'eux , surtout lorsque les calomnies étaient si outrées , si grossières et si pleines de contradic-
tions, qu'elles se détrubaimit en quelque sorte d'ellesmêmes.
La requête, ou plutôt le libelle dont il s'agit, leur avait paru de ce caractère ; et , ne croyant pas qu'il pût taire la moindre impression à leur préjudice sur l'esprit des personnes qui le liraient sans passion , ils avaient résolu de s'en tenir précisément à répondre aux moyens juridiques qu'on y emploie touchant le fond de l'affaire , sans entrer en justification avec des gens qui veulent qu'ils aient surpris toute la terre , et qui n'ont pas même gardé de vraisemblance dans leurs calomnies.
' Mais ils reconnaissent aujourd'hui, par expérience, que les calomnies les plus méprisables en elles-mêmes, ne sont
plus à niépris<ir dès qu'elles tombent sur eux , et que , par le soin que prennent leurs ennemis de les faire valoir et de leur donner du poids, elles se répandent, et trouvent créance auprès de bien des gens, qui ne se donnent pas la pein(' d examiner les choses : outre que par un préjugé dont tout calomniateur sait si bien se prévaloir, les personnes même qui y vont de meilleure foi ne peuvent pas s'imaginer qu'on eût assez peu d'honneur et de conscience pour avancer des faits aussi odieux et aussi criants que ceux qui sont dans la requête, s'ils n'étaient constants et avérés.
Ce sont ces considérations qui arrachent enfin aux Jésuites une justification dont ils s'étaient défendus jusqu'ici, pour épar^nier de la confusion à leurs calomniateurs ; et la crainte du scandale, qui les avaient obligés de se taure les forcent aujourd'hui à parler.
Quelques sujets qu ils aient de se plaindre des excès où
* l'on s'est porté contre eux dans ce. libelle diflbmatoire, ils ne sont point assez injustes pour les imputer aux habitants
de Brest, sous le nom desquels il a paru. Les Jésuites savent combien on désapprouve , à Brest , la conduite du député de cette ville, dans la manière injurieuse et outrageante dont il les traite. Ceux qui sont à la tête des affaires s'en sont déclarés plus d'une fois , et ne croient pas que les intérêts qu'ils ont à démêler avec les Jésuites puissent les dispenser des devoirs que la charité chrétienne et l'honnêteté purement civile prescrit aux gens d'honneur. Ainsi l'on doit regarder les habitants de Brest comme entièrement hors de cause à cet égard ; les Jésuites les honorent tous en général, comme ils doivent; ils saveiit même que, pour le fond deTafi^ire, il n'y a proprement contre eux que quelques particuliers accrédités qui donnent le mouvement, ou imposent le silence au reste des habitants; ils * sont sensiblement affligés de voir ces personnes dans des préventions si fâcheuses à leur égard ; et ils achèteraient volontiers l'honneur de leur amitié par un désistement entier de toutes les prétentions du séminaire de la Marine ; s'il leur était permis de renoncer aux droits d'une maison dont le Roi, en leur en confiant la conduite, les a mis dans la néc(issité de soutenir les intérêts.
Ge n'est donc que sur le député de Brest en particulier que tombent les plaintes des Jésuites , au sujet du libelle satiri(jue qu'on a fait contre eux en forme de requête. On a quelque peine de se voir réduit à qualilier de libelle une requête adressée au Roi; mais, du caractère dont est cette pièce , loin que le nom du Roi qu'on y interpose
puisse la mettre à couvert, il ne peut servir au contraire qu'à rendre plus ooupables et plus dignes de punition ceux qui en abusent si indignement, pouf donner du poids à
des calomnies, et pour les débiter dans le monde avec plua d'autorité. La fureur avec laquelle on a- répandu cet écrit dans les provinces du royaume les plus éloignées et
jusque dans les armées , donne assez à comprendre dans quel esprit il a été fait, et quelle a été l'intention de ceux qui l'ont dressé.
On n'est pas surpris que le député de Brest ait tenu une
conduite si indigne et si blâmable en toute nnanière ; il se croit payé pour cela , et sa réputation çst tout à fait à couvert. Mais que les avocats du oonseil , qui sont membres d'une Compagnie pleine de gens d'bonneur , n'aient . pas fait de difficulté de prêter lour plume à des calomnies si noires et de travailler sur des pièces du caractère de celles sur lesquelles ils. ont bâti leur requête, c'est ce qu'on a de la peine à comprendre.
Le sieur Poirier, que les habitants de Brest avaient ' choisi d'abord pour leur avocat, n'en a pas usé de même ; il n'eut pas plutôt examiné les mémoires qu'on lui avait mis entre les mains , et sur lesquels il devait appuyer sa procédure , qu'il aima mieux se démettre de l'affaire que d'intéresser sa conscience et son honneur , en autorisant de son nom et de son ministère tant de faussetés et de calomnies. Que si le sieur Lauthier n'a pas eu la même délicatesse sur ce point, c'est qu'apparemment il ne s'est pas cru obligé de ménager si fort sa réputation , au préju- ' dice de ses intérêts , et d'un r^sentiment secret dont on ne
connâit [Nisla cause, mais qu'il semble déjà avoir tranmiis â ses enfants, ^mme par une espèce d'avancement d'hoirie.
C'est un mystère qu'il n'ignore pas qu'on est en état d'éclaircir; et Ton a preuve juridique de la disgrâce que s'est attiré son fils ainé , Pierre-iean-BaptisIe Lauthier , pour avoir dit en vers ce que son pàre avait dit en prose. La pièce d'ailleurs est si pitoyable que , s'il avait eu allaire aux juges de police du Parnasse , il n'aurait pu éviter d'être condamné à quelque peine afflictive, convenable à sa jeunesse , pour avoir fait de si méchants vers.
On ne croit pas que le sieur Coiiet de Montbayeux trouve mauvais qu'on le fasse entrer ici en .cause avec le sieur Lauthier, malgré la oooi^ie qu'il a donnée au public, en désavouant la requête de ce dernier, qui avait paru sous son nom , et où il prétendait qu'on avait inséré à sou insu d$$ termes qu*U ne pwmit approuver.
Car, comme celle qu'il *a fait signifier en son particulier, ne diffère du sieur Lauthier, qu'en ce qu'il emploie quelquefois des termes plus injurieux que n'a t'ait l'autre ; on a tout lieu de croire que tout ce qu'il désapprouvait dans les termes dont il se plaip^nait , c'est qu'ils étaient tix)p doux et trop modérés. Ainsi on ne fera point de façon de les rendre également responsables de la première requête; et quoique, dans la suite de ce mémoire, on semble ne s'adresser ordinairement qu'au député de Brest , on les croit assez équitables pour se rendre justice à eux- mêmes, sur les calomnies dont on va les convaincre , eux et ce député , duquel ils ont bien voulu être les organes.
Et pour procéder en ceci avec quelque ordre , il est à
propos de hire d*abprd un plan exact de la requête à
laquelle on répond.
Cette pièce reoi'erme deux parties assez différentes , et qtt*il M nécessaire de bien distinguer.
La première, qui est fort longue et fort étendue, et en
même temps très-vive et très- animée , est un tissu de
calomnies, par lesquelles on tâche de rendre odieuse la
conduite qu'ont tenue les Jésuites dans raffiniro présente.
La seconde , qui est fort courte et fort serrée, et qu'i est dans un style simple et uni , fait à peine la quatrième partie de la requête , est un exposé précis , et même assez modëré , tant des moyens de nullité qu'on emploie contre l'union de la cure de Brest au si^minairc , que des moyens d'appel comme d'abus au sujet de l'ordonnance de Mgr révêquede Léon » d'aujourd'hui , en foveur des Jésuites.
La disproportion qui se trouve entre ces deux parties de la requête, et pour Tétendue ët pour le style, n'a point surpris ceux qui savent que la passion est tovgours plus éloquente que la raison.
Les Jésuites en ont été encore moins surpris que personne ; les libelles satiriques que l'affaire de Brest leur a attirés , depuis trois ans , et qui ont déjà paru au nombre de quatre ou cinq , ont dû les préparer à ce qu il y a de plus violent et de plus outré dans les derniers. Mais pour ne rien confondre , ils ont cru devoir démêler dans la requête ce que la raison y avait mis, d'avec ce que la passion y avait fait couler : c'est-à-dire, les moyens juridiques qu'on employé contre eux , sur toute cette affaire , d'avec les ealomnks dont on les charge si injustement ; et
il leur a paru qu'ils ne pouvaient mieux faire que de traiter, séparëmeot et en particulier, chacun de ces deux points.
C'est dans cette vue qu'ils ont commencé par présenJer . une requête au Roi , où après avoir réfuté les moyens de nullité et d'appel comme d'abus , dont on se sert contre eux , ils font connaître à Sa Majesté que cette aflkire les regarde beaucoup moins qu'elle-même , puisqu'il s'agit de l'union d'une cure , faite à un séminaire qu'elle a établi et fondé; union qu'elle a souhaitée, et qui ne s'est faite qu'à sa demande ; union qu'elle a confirmée par ses lettres patentes , enregistrées depuis au Parlement de Bretagne ; union en lin où l'on a observé les règles les plus exactes et les plus nécessaires dans ces sortes de procédures.
Après cela, que Sa Majesté ratiQe l'union , ou qu'elle ^ l'annule, les Jésuites qui n'ont sur cela d'autre intérêt que celui du séminaire de la marine , et qui ne prennent même aucune conclusion à cet égard , sont toujours di|^»osés à recevoir avec toute sorte de soumission ce qui aura été réglé.
Mais, de quelque manière que l'aftaire puisse tourner , il leur est très-important que le public, à qui on a fait des ^ peintures si odieuses de leur conduite , reconnaisse la fausseté des calomnies qu'on leur a imposées , c'est uniquement ce qu'on a eu vue dans cet écrit , où l'on va mettre les choses dans un jour si évident , qu'il faudra vouloir s'aveugler, pour ne rendre pas , sur cela , une justice entière à la bonne foi et à l'iimocence des Jésuites.
Pour peu qu'on ait fait attention à la manière dont on ouvra la scène dans la requête , elle a dù donn^ une idée
très-juste du caractère de toste la pièce , et de la bofine
foi de ceux qui l'ont dressée.
On commence par y représenter les Jésuites comme des
• gens sortis de dessous ferre, qui paraissent tout d'un coup dans Brest, sans qu'on sache ni comment ni pourquoi, sinon, qu'ils n'eurent pas plutôt appris , en 1086, qu'on agrandissait la ville de Brest qu'ils songèrent à s'y venir habituer. C'est-à-dire qu'ils y sont venus de leur cïu^jl et de leur seule autorité , précisément sur ce qu'ayant appris qu'on agrandissait la ville , elle leur parut digne de leur séjour et de leur présence. Cette manière de s'introduire dans une ville est nouvelle et curieuse pour une communauté , surtout en France , où l'on sait assez qu'il faut d'autres façons; mais l'air dont s'y prirent les Pères ,
« sel<Mi le système de la requête, pour s'établir et pour s'assurer un revenu fixe et ui)e honnête subsistance, a quelque chose encore de plus nouveau et de plus curieux.
On les dépeint comme des gens qui n'ont pas plutôt mis le pied dans Brest , qu'ils jettent les yen& à droite et à gauche, pour voir qui peut leur convenir, et quî se font donner le biei) d'autrui , dont ils dépossèdent les propriétaires, mettant , congédiant, transférant, en un mot dis-^ posant de tout à leur gré, sans autre droit, sinon .que les choses paraissent à leur bienséance. >
On fait ensuite un exposé magnifique des grands biens qu'on leur donna en arrivant dans Brest, et dont on dit
seulement, qu'ils lui turent donnés, sans expliquer par. qui ; comme pour laisser à entendre que ce fut apparemment par quelques bonnes personnes charitables, qui
furent touchées de la peine que ces bons religieux avaient à s'établir:
Il faut avouer que les Jésuites sont des gens heureux. Us viennent à Brest sans qu'on les en prie , ni qu'on les demande! A peine sont-ils arrivés, qu'ils prennent à droite etè gttuche tout ce qui leur platt, sans que personne s'en olïV'iise, ou leur dise mot: au contraire, comme si Ton avait peur que des gens si réservés et si honteux se laissassent manquer de quelque chose, on leur jette les biens à la tète, dix mille cinq cents Hyres de rente d'un côté, dix mille livres pour des meubles, et six vin^ mille livres pour des {>âtiment^ de l'autre ; un grand terrain pour ces bâtiments, outre un jardin magnifique : enfin, on leur ouvre l'arsenal , et on leur laisse prendre à discrétion le bois de charpente , le fer et le plomb dont ils peuvent avoir besoin. Quel bonheur et quel succès comparable à celui-là?
Je crois que Sa Majesté même aura peine à le concevoir , et que , si elle a lu la requête, elle n'aura pas été peu surprise d'apprendre qu'elle u*a eu aucune part à un établissement qu'elle a fait elle-même, et qu'élle a doté de ses deniers royaux ; et de voir qu'il n'y est non plus fait menlioii de son autorité, que si tout cela s'était fait dans les terres du Grand-Mogol. On ne sait à quoi attribuer l'affectation étrange que fait paraître le député de Brest à supprimer, dans tout cela, le nom du Hoi. A-t-il envié à Sa Majesté l'honneur d un établissement qui lui est si glorieux, par le secours qu'il procure à la marine, et l'utilité qu'il rapporte à l'État? Ou- bien a-t-il pu ignorer la vérité des
choses, loi qui était k Bmt quand elles se sont passées? Si cela est , les Jésuites veulent bien lui en rendre compte
et l'en instruire.
Il saura donc, lorsqué ces Pères apprirent qu'on agrandissait la ville de Brest , ils en eurent véritablement de la joie, mais pourtant sans être éblouis de cette nouvelle grandeur; et ils songeaient aussi peu à s'y venir habituer, qu'ils avaient songé cinq ans auparavant à se foire donner le séminaire de la marine, lorsiju'on l'érigea au Folgoet. Sur quoi donc fondés, vinrent-ils en 1686, s'établir à Brest? de fut, non sur la permission , non sur Tagrémenl , mais sur les ordres exprès de Sa Majesté, qui le voulut ainsi. Ceux qui sont entrés dans celte affaire savent combien les Jésuites eurent de répugnance à se charger de la direction dès séminaires de la marine qu'on leur proposa , et que ce ne fut que par une déférence et une soumission aveugle aux volontés de Sa Majesté , qu'ils y consentirent , et qu'ils acceptèrent en particulier le séminaire de Brest. Voilà de quelle manière ils furent établis à Brest. Ils ne se firent point donner le séminaire du Folgoët , ils n'en congédièrent point les propriétaires, ils ne le transférèrent point à Brest ; ce fut feu M. l'Evéque de Léon qui tit tout cela par ordre ' du Roi , et qui régla tout ce qui se fit dans cette translation , selon les intentions de Sa. Majesté, et selon les lumières de sa prudence. CSe tut encore Sa Majesté qui leur donna tout ce qu'on dit dans la requête, qui leur fut donné à leur arrivée , sans énouci r par qui , c'est-à-dire ce grand terrain , ce jaixliu magniliquc , etc. L'on ne comprend pas l'assurance et la hardiesse d'un homme qui. en parlant au Roi
de ses bienfaits mêmes, ne veut pas lui en faire honneur, et au lieu de dire : Votre Majesté leur donna , se contente de dire : il leur fut donné. £t conune il paraît de l'affectation dans la manière dont le député de Brest étale dans le commencement de sa requête le bien des Jésuites , et dans le soin qu'il prend de grossir les revenus du séminaire de la marine , et il. ne trouvera pas mauvais qu'on les réduise ici à leur juste valeur.
Sur l'exposé qu'en fait d'abord le député de Brest, il n'y a personne qui ne juge que le séminaire de la marine a 39,500 livres de rente. En effet, il faut retenir aux Jésuites 7,000 sur le Folgoët, il faut monter l'abbaye de Daoulas à 22,000 livres; ce qui joint aux 10,500 livres dont il parle et qui font propremoit les deniers de la fondation, fait préci- ' sèment 39,500 livres de rente. Les Jésuites pour l'intérêt qu'ils prennent au séminaire de la marine voudraient fort que les choses fussent en cet état ; mais il s'en faut beaucoup qu'elles ne s'y trouvent, puisque le séminaire, toiites charges comprises, jouit à peine de 15,000 livres de rente. Ce sont les Jésuites peut-être, qui disent cela? Non, c'est le député de Brest, qui, après leur avoir donné d'abord 39,500 livres de rente, quelques pages après, comme s'il s'était repenti de les avoir foit si riches, réduit ce gros revenu à iî),000 livres. On prie ici le lecteur de ne point s'effrayer de cette contradiction, il en verra de plus étonnantes dans la suite» et il connaîtra, par expérience, que le député de Brest et ses avocats ont trouvé l'art de se contredire non-seulement dans la même page, mais quelque- Ibis aussi dans la même ligne. Il est toujours certain qu'on
peut s'en lier au député, quand il dit que les Jésuites n'ont que 45,000 livres de rente pour l'entretien du séminaire.
On sera curieux apparemment de savoir comment 39,500 livres ^ réduisent à i5,0UU livres : rien n est plus aisé à expliquer; car, premièrement, l'abbaye de Daoulas, que le député fîiit monter k 32,000 livres de rente, et sur le revmiu de laquelle il prétend qu'on a trompé le Roi, est encore entre les mains de l'abbé, et ne produit rieii aux Jésuites. Le député assure si positivement qu'on a exposé au Roi qu'elle n'était que de 6,000 dans le Fouillé, qu'il faut croire qu'il était présent (juand on lit cet exposé à Sa Majesté: mais pour moi qui ii'^ étais pas, ce que je puis assurer c'est qu'elle n'est marquée qu'à 6,000 livres dans le Fouillé, et que l'abbé a bien de la peine à en tirer 7,000 livres de rente. Il est vrai que les Jésuites sont en possession de la manse conventuelle, qui est de 3,500 livres de rente; mais sur laquelle, payant 5,750.1ivres de rente, il s'en fout plus de 3,200 livres qu'il leur reste rien. On ne parle point des 25,000 livres (le rente de bénéfice en dépendant; il en faut autant rabattre que de Tabbaye ; mais , quand ils iraient deux fois plus haut, les Jésuites qui n'en sont que les présentateurs^ et qui n'en peuvent être les tîtolairës, ne s'en trouveraient pas plus à leur aise. Pour ce qui est du Fol^oët
qu'on met à 7,000 livres, charges acquittées, il ne va tout au plus qu'à 4,000 livres, et encore ûiît-il partie des 10,500 livres de rente qui sont les deniers de fondation : en quoi il y a lieu d'admirer la bonne toi du député, qui fait passer deux fois la même somme en compte. Mais, sans entrer dans un plus grand détail qui serait trop ennuyeux, il
sufill dédire que, |Mir an mémoire présenté à 11. le oomie de Ponekartrain, le dix-neuf janvier mil sept cent trois, les
Jésuites ont justifié, article par article, que, de quinze mille livres de rente, il ne leur restai, toutes charges t'aiten, que trois mille cent itvrea pour nourrir TÎngl aum^oiera, neuf jésuites prâtres, deux frères et quatre valets, et pour entvetenir ces quinze personnes. Ce niémuire est encore entre les mains de M- le comte de Ponchartraiu, et a été vëriiié sur les lieux par l'intendant de la marine; et comme si Ton eût prévu l'aecusation que foît aujourd'hui le député de Brest, qui dit que les Jésuites n'ont jamais eu que trois ou quatre aumôniers dans le séminaire, et souvent même qu'un seul, on envoyaen même tempsles nomades aumûniersqui étaient actuellement au ncmibre de qnatorxe, le surplus, qui allait jusqu'au nombre de vingt-trois, étant sur mer, ou . s'étant retiré, apsès avoir vécu, la plupart, six mois dans le séminaire. U fiiui ne savoir pas quelle attention est chargée d'avoir sur le séminaire Tintendant de la marine , surtout par rapport à ce qui regarde les aumôniers, et le compte qu'il est oUigé d'en rendre au ministre, pour croire qu'on pût, même quand on le voudrait, imposer sur cela a la cour. Elle est instruite parfaitement, et du nombre des aumôniers, et de la manière dont ils sont traités , tant pour, la nourriture* que pour le logement. Le conte de l'aumônier, logé dans une soupente, a fait pitié à Brest, où l'on sait que les aumôniers sont nourris et logés comme les Jésuites, de sorte que tout ce que dit le député sur cela ne sert qu'à faire voir que, pour être habitant de Brest, il n'en est pas mieux instruit de ce qui s y passe, et que, pour être
— iOO —
d^uté, il n'eD est pas de meilleure foi. C'est ce qui parait encore dans ce qu'il dit , au sujet des six vingt mille livres données parles États de Bretagne, et qu'il prétend avoir été données pour bâtir une église et deux corps de logis; mais il se trompe autant dans l'attribution de la somme, que • dans la somme même, car les États ont donné jusqu'à cent cinquante mille livres, non pour bâtir une église avec doux corps de logis, mais uniquement pour l'édilice magnifique ordonné par la Cour. Il est vrai que les Jésuites ont employé dans ce bfttiment du fer, du plomb, et d'autres matériaux tirés de l'arsenal du Hoi ; mais, comme M. le comte de Ponchartrain leur a iait remettre, par ordre du Roi, 3,000 livres dont ils étaient redevables à l'arsenal pour ce qu'ils en avaient tiré, ils croient que cela est suffisant pour leur décharge, et, quand le député de Brest semble vouloir leur en demander compte, il ne fait point réflexion qu'il n'est • point chargé des intérêts de Sa Majesté, et que ce soin passe les bornes de sa députation. Il serait à souhaiter pour lui qu'il eîit mieux su s'y enfermer qu'il n'a fait, et, qu en se * donnant la liberté de censurer un établissement fait par Sa Majesté, et en débitant à ce sujet, des faussetés grossières et manifestes, il n'eût pas donné dès le commencement de sa requête une idée si désavantageuse de ce qu'on pouvait attendre, dans la suite, de son jugement et de sa probité.
Quelque mauvaise opinion qu'on en puisse concevoir sur un débat si extraordinaire , on va voir qu'il la justifie pleinement dans le reste de la pièce, et qu'il y soutient parfaitement le caractère qu'il a pris d'abord. Mais. avant d'entrer
en discussion sur ses calomnies qui sont en grand nombre
et qui auraient peut-être embarrassa les Jésuites, s'il n'avait souvent eu lui-même la charité de leur ménager des réponses dans ses contradictions fréquentes , il est à propos de commencer par établir l'état de la ([uestion pour mettre leur lecteur au fait. Or voilà de quoi il s'agit :
£n 1688 , feu M. l'Évéque de Léon , à la demande de Sa Majesté , porta un décret pour unir la cure et la nouvelle paroisse de Brest, qu'on bâtissait alors, au séminaire Royal de la marine. Le Roi donna , la même année , des lettres-patentes en confirmation de ce décret; et, Tannée d'après, ces lettrés-patentes furent enregistrées au Parlement de Bretagne. Tous ces faits sont sùrs.et n'entrent point en contestation.
Ce décret d'union fait au su et vu de tout Brest, a subsisté dix ans entiers , sans que qui que ce soit ait songé à y trouver à redire. On a changé la situation de l'église, pour " l'approcher du séminaire; on a pratiqué des ouvertures du côté du séminaire pour le passage des Jésuites et des aumôniers qui devaient desservir la paroisse. Le député de Brest lui-même, fort zélé alors pour les Jésuites, était tous les jours dans la nouvelle église qu'on bâtissait , à raisonner avec eux sur la manière dont il fallait arranger les choses pour la commodité de leur maison , et se donnait de grands / mouvements sur ce qui les touchait. G est de quoi quantité de gens rendent encore aujourd'hui témoignage. Mais les temps sont changés , et il soutient présentement que , ni lui ni autre, n'a jamais entendu parler de cette union, dans Brest.
On démandera' ici , et c'est la première difficulté, corn- F 8
ment on s'est avisé de revenir , au bout de dix ans, sur une affaire terminée depuis si longtemps, et pourquoi les habitants de Brest ont attendu si tard à s'apercevoir du préjudice que leur apportait cette union? A cela Ton répond que l'aventure curieuse qui a fait naître ce procès n'est arrivée que dix ans après ]a consommation de l'afiTaire. Or voici cette aventure, qui fera voir qu'il faut souvent trèspeu de choses pour exciter bien des troubles. Un jour qu'il y avait prédication dans la chapelle des Jésuites , plusieurs officiers de la marine envoyèrent de leurs soldats pour y garder des chaises; quelques femmes de la ville envoyèrent aussi de leurs domestiques pour la même fin. Ceux-ci voulurent placer les chaises de leurs maîtresses devant celles 4es otliciers ; les soldats qui les gardaient n'eurent pas la complaisance de les souffrir, et repoussèrent assez incivilement ces domestiques et leurs chaises. Les maîtresses , qui surent cela , le prirent pour un affront; et, parce (|ue la scène s'était passée dans la chapelle des Jésuites , le res- ' sentûgnent tomba sur ces Pères. On se mit donc à dire qiie, quand ils seraient maîtres de la paroisse, ils en chasseraient les bourgeois. Les femmes qui avaient reçu l'affront prétendu» intéressèrent les autres dans leur querelle, ou gagna les maris , ensuite les parents, cousins et arrières-cousins; tout fbt engagé dans le parti ; et , quand on eut ameuté le monde, et fait un corps assez considérable, on convint, après une mûre délibération, que les Jésuites avaient encouru l'indignation de la ville» parce que les soldats avaient eu l'insolence d'insulter les domestiques de quelques bourgeois, dans la chapelle de ces Pères, sans qu'ils se
fussent mis en devoir de prendre le parti des domestiques, et de se battre contre les soldats.
.Gomme la &ute était considérable , on conclut que la punition le devait être aussi , et qu'on ne pouvait mieux cliâtier les coupables, qu en les coniinant dans la petite chapelle qui ava^t servi de théâti'e à l'insulte dont on se plaignait. Il fut donc résolu d'un commun accord qu'on mettrait tout en usage pour exclure les Jésuites de la nouvelle église. Cependant comnie. la chaleur avec laquelle cet arrêt impitoyable lut porté , n'empêcha pas qu'on ne . prévit bien toute la difficulté qu'on trouverait dans Fexécution , on résolut de consulter l'affaire à Rennes , avant • que de T entreprendre.
Les avocats consultés répondirent que l'entreprise était téméraire , qu'elle serait d'une grande dépense pour la
ville; et que, pour revenir sur une affaire consommée , il y avait déjà dix ans , ils ne savaient qu'un seul moyen , qui était de dire qu'on n'en avait point eu connaissance, îl fallut donc en passer par là , et se servir de ce moyen faute d autre, puisqu'on' était résolu , en quelque manière que ce fût y de faire un procès aux Jésuites. L'embarras était de trouver quelqu'iin qui voulût soutenir cet étrange paradoxe au nom de toute la ville. Sur cela le sieur du Ver^'er-Bigot , qui s'ennuyait à Brest dans sa boutique , et qui était bien aise de voir Paris aux dépens de ses compatriotes, s'offrit à soutenir la chose moyennant de bons appointements. Comme le ministère était délicat, et qu'il n'était pas aisé de trouver des gens qui voulussent s'en charger, on le prit au mot , et on lui passa tout ce qu'il
voulut, à condition qu'il soutiendrait hardiment qu'on n'avait eu nulle connaissance à Brest de ce décret d'union auquel la ville avait donné son consentement dix. ans aiipaperavant. n assura qu'on pouvait être en repos sur cet article , et qu'il ferait plus encore qu'il n'avait promis , que , non-seulement il soutiendrait qu'on n'avait eu à Brest nulle oonnaimnce de œ décret , mais même qu'on s'y était opposé formellement , quoiqu'on n'en eût point de connaissance ! Il s'engagea de plus à taire entendre au public, que les Jésuites n'avaient obtenu ce décret d'union qu'à force de surprises multipliées et aocumulées les unes sur les autres ; et il se fit fort de foire accroire à tout le monde, que ces tMms Pères , comme il les appelle, avaient trouvé le secret rare et curieux de surprendre tout à la fois , dans cette affaire :
4« Le Roi qui a demandé et procuré l'union de la cure de Brest au séminaire de la marine;
2» Le Ministre , feu M. le marquis de Seignelay» qui a donné les ordres à cet effet ;
Feu M. Des Clouzeaux , intendant de Brest , qui les lit exécuter ;
4® Les deux substituts , qui , successivement , ont travaillé à l'affiure, et ont lait les réquisitions , au nom de Sa
Majesté ;
5** Les habitants de Brest, qui y ont donné leur consentement;
6* Le chapitre de Saint-Paul de Léon, qui y donna aussi le sien par acte capitulaire ; ' 1^ Le feu évêque de Léon, qui porta enauite le décret ;
8*^ Feu M. le chancelier , qui lit expédier les lettrespatentes en confirmation du décret ; 9® Le Parlement de Bretagne , qui enregistra ces lettres ,
sans nulle opposition.
Voilà à quoi s'obligea, envers ses compatriotes» le sieur du Verger-Bigot , en se diargeant du poids et des émolu-
ments de la députation; de sorte qu'il semble qu'on peut lui appliquer en partie la déiinitiou qu un homme d'esprit a fait autrefois d'un ambassadeur , en disant que c'était un honnête hmnme, envoyé dans un pays éloigné pour mentir au profit de la république : vir bomis jjere<jrè missus , ad nmtiendum pro republicâ. Ën effet le sieur du Verger-Bigot qui regarde sa députation comme une espèce de petite ambassade dont les droits utiles sont plus considérables , à la vérité, que les honorifiques, ne peut discotiveiiir qu'il n'ait été envoyé au nom de toute la ville de Brest, pour soutenir qu'on n'y a eu nulle connaissance d'une affaire sur laquelle il s'est fait cent procédures sous les yeux de tous les habitants, c'est-à-dire , pour mentir en faveur de la patrie; sur quoi il fout lui rendre cette justice : qu'il a rempli sa députation dans toute son étendue , et qu'il a bien gagné ses appointements. C'est ce qu ou a déjà pu voir par le préambule de sa requête, dont on a liait l'exposition. ' Mais ce n'était là que son coup d'essai , et l'on verra dans la suite qu'il a bien profité.
Et afin de faire les choses avec ordre, il établit d'abord, pour premier principe et pour proposition fondamentale , que les Jésuites n'ont d'autre droit sur la nouvelle église de Brest, que ce qu ils ont pu acquérir par surprise et par la
voie des armes. C'est la division de soii discours et ce qui partage le reste de la requête.
Il comprend sous le titre de surprise, tout ce qui s'est passé au sujet de l union de la cure de lîrest au séminaire de la marine ; et , sous le titre de voie des armes , tout ce qui est arrivé depuis, k Tooeasion de l'ordonnance de M. Vévêque de Léon, par laquelle ce prélat chargeait les Jésuites de contesser, de prêcher, de dire la messe dans la nouvelle église.
Ce discours, pour être si méthodique n*en est pas plus chrétien , ni plus édifiant ; c'est ce qu'auront pu remarquer aisément ceux (jui en auront tait la lecture ; c'est ce qu'on verra encore mieux par l'examen qu'on en va faire dans ce mémoire, oh , pour suivre l'ordre de la reqiiêtci , on commencera d'abord par ce qui regarde la voie de surprise.
Examen des voies de surprises prétendues , desquelles les • Jésuites ont usé pour faire unir la cure et la paroisse de
Brest au séminaire de la marine, dont ils sont directeurs,
La surprise dont il plaît au député de Brest d'accuser les ^ Jésuites, contient une infinité de chefs différents dont chacun est une surprise en particulier. H y en a (|ui touchent le lond de l'aifaire, selon ce qu elle a d'essentiel ; et il y en a qu'on ne peut regarder que comme des espèces d'incidents , qui lui sont purement accidentels. On examinera par ordre les unes et les autres.
Il est bon cependant, avant toutes choses, de taire remarquer que toutes ces surprises prétendues, ne sont alléguées iqu'à la faveur de certains faits , qui sont vrais pour le fond ,
mais que le député ajuste à sa mode, et auxquels il donne les couleurs qu'il lui platt , sans- autre preuve de tout ce qu'il avance, que le droit, qu'il s'imagine être essentiellement annexé ù sa députation , de dire vrai ou taux , tout ce qui lui parait propi'e à rendre sa cause moins mauvaise.
Ainsi l'on ne pense pas qu'il ait lieu de se formaliser si l'on dit, que la manière dont il traite l'atlaire t'U question tient bien plus du roman que du style judiciaire, qui r demande une exacte vérité. En effet, comme les romans, pour l'ordinaire , sont fondés sur certains faits connus et tirés de Thistoire , mais où , par la manière dont on les ajuste, l'histoire se trouve étrangement défigurée; aussi, certains faits,qu'il rapporte dans sarequétesontpourlaplupart, véritables pour le fond ; mais revêtus de circonstances si fausses, et accompagnés d'interprétations si absurdes et si chimériques, qu'on n'y reconnaissait presque plus rien. Car, par exemple, il est sûr qu'on a changé l'église de place , et ([u'on l'a rapprochée du séminaire. Il est sûr que M. le inar([uis de Seignelay a écrit une lettre à feu M. Des Glouzeaux, intendant de la marine à Brest, touchant l'union de la cure et de la paroisse au séminaire. Il est sûr que ce ne tut pas le procureur du Roi qui fit la demande et la réquisition pour cette union , mais un de ses substituts, et que ce substitut mourut vingt^sept jours après. 11 est sûr que la procédure fut continuée par un autre substitut. 11 est encore sûr (jue ce fut, en conséquence de cette pi<océdure , que le feu évéque de Léon donna une sentence en faveur de l'union , et que , sur cette sentence , on obtint des lettres-patentes du Roi.
Voilà, pour ainsi dire, le canevas du loinan , et le tond sur lequel on l'a bâti; mais aussi, c'est tout ce qu il y a de vrai, tout l&reste n'étant que des fictions ingénieuses, par lesquelles le sieur Député a jugé à propos d'embellir son sujet, et d'égayer sa requête pour en rendre la lecture moins ennuyeuse, et pour réjouir le public aux dépens de ceux qu'il appelle agréablement les bons Pères. De sorte qu'à bien prendre les choses» on peut fort justement appeler la requête, le roman de l'affaire de Brest. Mais comme les bons Pères, dont il parle, ne sont pas d'une profession à goûter les romans, il ne trouvera point mauvais qu'ils s'en tiennent à Thistoire, et qu'ils démêlent la vâ*ité d'avec ces fables, dont on a jugé à propos de l'embellir : c'est ce qui ne sera pas bien difficile.
On a pu voir dans la requête des Jésuites, au Roi, quel fut le motif qui porta feu M. Des Glouzeaux à proposer à Sa Majesté l'union de la cure et de la paroisse de Bi*est au séminaire royal de la marine ; on y a pu lire aussi la réponse que fit sur cela M. le marquis de Seignelay à M. Des Glouzeaux. Le député de Brest, qui ne trouvait pas son compte à cette letti'e, telle qu'elle est rapportée en sou entier, a jugé à propos d'en retrancher un mot qui l'embarrassait dans sa marche , et qui ne pouvait cadrer à ses desseins, et, au lieu du procureur du Hoi delà ville, il a mis simplement procureur de la ville, en retranchant le nom du Roi, qu'il semble ne pouvoir souffrir dans toûte cette affaire, et qu'il supprime partout où il peut, comme on l'a déjà remarqué. ^
Ce député est un homme incomparable; il produit la
lettre d'un ministre qui écrit par ordre du Roi. Dans toute cette lettre, il n'y a qu'un mot d'essifintiel et qui l'incommode, et c'est ju&tement celui qu'il l'etranche : il n'avait osé hasarder cette sapfffession dans son premier fiaustom, où il avait mis tout du long, procureur du Roi de la ville : mais comme on s'enhardit, eu clieniii^ faisant, et qu'on s'aguerrit dans la procédure, il n*a point fait difficulté de franchir le pas, dans la dernière requête, en mettant simplement le procureur de la ville.
il dii'a peut-être que le procureur du Roi de la ville, et le procureur de la ville ne sont que la même chose ; mais si cela est, que ne laissait^il la lelt|« de M. de Seignelay telle qu'elle était, et pourquoi en altérer les ternies ; si œsdeux termes étaient synonymes, et s'ils ne désignaient tous deux, que le même officier, le public s'en serait aperçu comme
, sans qu'il se donnât la peine de lui en faciliter rintelUgence. Cependant, c'est sur cette altération que le député appuie une calomnie atroce qu'il impose à teu M. Des Giouzeaux et aux Jésuites.
ils lîrent insinuer à Votre Majesté, dit-il en parlant des Jésuites, car les Jésuites ont tout tait selon lui; ils iîreut insinuer à Votre Majesté par le sieur Des Glouzeaux, intendant de la marine, que les habitants souhaitaient que la cure tut unie au séminaire des aumôniers; et en même temps, continue-t-il, à quelques particuliers de la ville que c'était l'ordre de la oour que cette union fût foite. Cette accusation du député de Brest contient deux chefs : 1« que M. Des Clouzeaux a trompé Sa Majesté et les habitants defirest, en faisant entendre au Roi que les habitants deman*
daient l'union, et aux habitants, que c'était Sa Majesté qui
' la voulait; 2° que cette double superciierie s'est laite par le
conseil, à Tiustigatiou des Jésuites.
Pour ce dernier article il n'en apporte point de preuve.
Il se contente seulement de dire : Les Jésuites tirent insi- I nuer à Votre Majesté , et il suppose sans façon qu'on en
doit croire un député de Brest sur sa parole. Le premier chet'qul regarde H. DesGlouzeaux contient deux faits : l'un, (ju'ii ait trompé le Roi . l'autre, qu'il ait trompé les habitants de Brest. Ce second tait est encore sans preuve; ainsi voilà déjà deux calomnies avérées. Toute l'accusation se • réduit donc à ce point, que M. DesGlouzeaux, intendant de la marine, a trompé Sa Majesté en lui insiimant que les iiabitants de Brest souhaitaient que la cure t'ùt unie au séminaire des Aumôniers. Sur quoi , il est bon de remai^ quer qu'il ne s'agit pas de savoir si cet intendant a dit que l'union , qu'il proposait, ne serait point contre le gré des habitants , qu'ils n'y avaient point de répugnance , et qu'ils y ccmsentiraient volontiers ; mais si le motif , qu'il a apporté pour faire cette union , a été que les habitants la souhaitaient , car, autre chose est de dire : Il est à propos que Votre Majesté fasse l'union , parce que les habitants la souhaitent; autre chose de dire : le service de Yoti^ Majesté demande qu'on fasse l'union et elle se peut faire de l'agrément des habitants (jui ne s'y opposeront point. Dans ce dernier exposé, l'agrément des habitants n'est que comme un motif subsidiaire ; et , si M. Des Glouzeaux n en a parlé que dansée sens-là, la suite a bien fait voir qu'il u a pas imposé à Sa Majesté, puisque eifectivement
les habitants ont consenti à Vunion de fort bonne grâce ,
et(iue, depuis laffairo conclue, ils ont i)ereisté dix ans entiers dans ce consentement. Mais que I mteiidaut ait parlé de l'agrément des habitants ou non , c*est ce qu*on ne sait pas au vrai , et ce qu'il n'est pas nécessaire de savoir; il s'agit seulement de vérifier si le seul ou le principal motif qu'il a apporté en faveur de cette union a été le désir et rinclination des habitants ; en un mot , s'il a dit au Roi : Les habitants de Brest souhaitent l'union de la cure au séminaire, et Votre Majesté est suppliée de lu procurer pour lui faire plaisir. Voilà de quoi le député de Brest accuse cet intendant, comme d'une surprise insigne, et voilà la preuve ({u'il apporte de cette insigne surprise.
M. de Seignelay , dans la réponse qu'il fait à la lettre (la lettre est du 19 septembre 1687) que M. DesClouzeaux lui
avait écrite pour proposer l'union à Sa Majesté, s'expli<tue ainsi : Sa Majesté trouve bon que vous vous entendiez avec le sieur évéque de Léon , sur l'union de la cure de Brest au séminaire des Jésuites ; mais , et c'est toute la preuve du député, il ne convient pas que vous en tassiez la ré(juisition , et il est plus à propos que ce soit le procureur du Koi de la ville.
Sur quoi voici le raisonnement de et; député : • Puisipie M. «le Seignelay, dit-il, répond qu il est à [>rupos «jue la demande se tasse par le procureur de la ville , il est évident que l'intendant avait écrit que les habitants souhaitalent l union. Mais il y a des i-cns (jui raisonnent tout autrement et qui disent : Puisque M. de Seiguelay avertit rinteudaut qu'il n'est pas à propos que ce soit lui qui
fasse la réquisitioD , il est évident que cet intendant avait
écrit qu il était du service et de riiitérêtdu Uoi qu'elle se lit , et qu'il n'avait point allégué pour mptit' le débir des habitants à cet égard. Car, autrement , à quoi bon oette précaution ? Un intendant est-il un officier de ville? est-il le syndic de la ville ? Et est- il nécessaire de l'avertir que ce n'est point à lui à faire les réquisitions, au uofu de la ville, sur les choses qu'elle demande. Si l'intendant n'avait proposé d'autre motif de l'uiiion que le désir et l'inclination des habitants , le ministre se serait contenté de lui répondre : Puisque les habitants souhaitent l'union , qu'ils la fassent demander par le procureur de la ville, ou par le syndic , ou celui qui l'ait les réquisitions au nom de la ville ^ et il ne se serait jamais avisé de prendre la précaution qu'il prend, d'avertir l'intendant qu'il ne convient pas que ce soit lui qui fasse la réquisition. Cette précaution eût été là tout à fait hors d'œuvre y au lieu qu'elle est nécessaire si l'intendant avait apporté , pour motii' de l'union , le service et l'intérêt du Roi , à qui cette union épargnait la dépense d'une seconde église qu'il avait promise au séminaire. Ainsi , en supposant même (|u'il n'y a point d'altération dans la lettre de M. de Seignelay, telle qu'elle est rapportée par le député dans sa requête, et qu'il y a simplement : Procureur de la ville et non pas procureur du Roi de la ville, cette lettre qu'on emploie comme une preuve évidente , et telle qu'on dit qu'il n'en faut point d'autre pour convaincre M. DesClouzeaux d'une insigne surprise , coutient la justification en termes tort clairs.
Mais voici encore quelque chose de plus. Toute Taccusation ne roule que sur ce que le député prétend que le
terme de procureur du Roi de la ville ou de procureur de . la ville, comme il a falsifié aiiu d'aider à la lettre, doit s'entendre de celui qui agit au nom de la ville, et qui en fiiît les affiiires en qualité de procureur du corps de ville , et qu'il ne doit point s'entendre du procureur de la juridiction. Voilà sa prétention et son interprétation, mais dont n n'apporte point de preuve. Ceux au contraire qui se croient obligées de défendre l'honneur et la réputation de M. Des Clouzeaux» soutiennent que le terme de procureur du Roi de la ville ne peut s'entendre que du procureur du Roi de la juridiction ; etla^preuve qu'ils en apportent, est : |o Que c'était le seul pixxîureur du Uoi qu'il y eut alors à Brest, les charges de procureur du Roi des corps de ville n'ayant été créées que depuis. — C'est un fait incontestable etqui montre la mauvaise toi du député, dans l'affectation qu'il fait paraître à qualifier de procureur du Roi de la ville celui qui faisait les affaires de la communauté, seulement en qualité de syndic.
2* Que les procédures faites par le substitut du procureur du Roi du siège de Brest, au sujet de l'union, ont été
approuvées en Cour , comme fiîîtes par un officier compétent, et selon les intentions du ministre ; et que le décret de l'évéque, fait en conséquence de ces procédures, a été confirmé par lettres-patentes de Sa Majesté, enregistré depuis au parlement de Bretagne. Ces procédures ont été examinées dans tous ces différents tribunaux, sans que per- . sonne y ait trouvé rien à reprendre; les habitants de Brest
jiiême ont été plus de dix ans sans s'apercevoir qu'il y eût rien de défectueux ; et c'est sur la réquisition du substitut du procureur du Roî» dans la juridiction de Brest, qu'ils ont donné le consentement dont on parlera dans la suite. Or que conclure de tout cela , sinon que le député et ses avocats ne sont pas heureux dans leurs conjectures; qu'ils ont mal pris leur mesure pour flétrir la réputation d*un homme d'honneur, qui a servi le Koi jusqu à la lin de ses jours avec lidélité et avec succès, et qu'en voulant convaincre feu M. Des Glouzeaux d'une surprise insigne, ils se sont convaincus eux-mêmes d'une insigne calomnie.
C'était incontestablement au procureur du Roi de la juridiction de Brest, comme on vient de le prouver, à faire la réquisition au nom de Sa Majesté; or étant absent pour lors, et se trouvant à Rennes à la poursuite d'un procès , comme les Jésuites l'ont véritié par ses lettres mêmes qu'ils ont entre les mains, il fallait se servir du ministère du sieur Cariou, substitut-né du procureur du Roi , qualité qu'on ne lui dispute pas, comme étant pour lors le plus ancien ^vocat. il présenta donc, eu cette qualité, le 3 décembre 1687, la requête qu'on a rapportée ci-devant.
Il se ([ualilie, dans cette requête, de substitut du procureur du ^oi de la juridiction de Brest. Il déclare que c'est le Roi qui lui ordonne de requérir; il dit : Je requiers au nom de Sa Majesté.
Cependant le député veut qu'il ait usé ici de surprise, et d'équivoque. On lui fit prendre, dit-il, le titre de substitut du procureur du Roi de Brest, comme s'il l'eût été de la ville, bien qu'il ne le tût que de la juridiction.
On ne peut s'empêcher de se récrier ici contre la mau* vaise fi>i du député de Brest, qui sait qu'il ne pouvait y
avoir d'équivoque, n'y ayant point alors, comme on l'a remarqué, de procureur du Roi dans le corps de ville, toutes les affaires de la communauté des habitants s'étant toujours faites jusque-là par un syndic.
La principale pièce sur laquelle il se l'onde pour faire rompre l'union , en est une preuve sensible ; car dans cet acte, qu'il appelle l'acte de l'opposition des habitants, fait en conséquence de la requête du sieur Cariou; et, six semaines après, celui (jui y parle au nom de la ville et communauté de Brest ' et l'on déhe le député de produire aucun acte, au-dessus de ce temps-là, où un officier de la communauté ait pris la qualité de procureur du Roi de la ville. Cela étant, comment pouvait-il y avoir la moindre ombre d'équivoque, cpiand d'ailleurs le substitut, requérant au nom des habitants , n'aurait pas ôié tout lieu de chicaner de ce cùté-là. Le député de Brest qui a prévu combien il serait facile aux Jésuites de détruire des calomnies de cette nature, s'est adroitement ménagé plusieurs retranchements, pour se sauver dans l'un , à mesure qu'on le chasserait de 1 autre. Ainsi , pour se préparer à tout événement, après avoir contesté le pouvoir du procureur du Roi à la juridiction de Brest, en prétendant que ce n'était pas à lui, mais au procureur du corps de ville à faire la réquisition, il conteste ensuite le pouvoir de ses substituts, et pour cela , instruit par ses avocats, il établit doctement,
* Et qui M nomme Yves Le Gac, sieur de TArmorique, prend point d'antre qualité que celle de syndic de la ville....
comme une maxime incontestable dans la jurisprudence, qu un substitut ne peut point en agir en l'absence du procureur du Boi, et que tout oe qu'il a fait est nal, si le procureur du Roi ne l'avoue. Or , dit-il , le sieur de Liiac , procureur du Roi au siège de Brest , ayant appris le mauvais procédé qu'avaient tenu, à son insu, les sieurs Gariou et Taillar, substituts, a déclaré expi^ssémeut, par un acte, qu'il n'avait vu ni reçu aucun ordre de la Cour pour requérir l'union , et que ne leur ayant donné aucune charge, il désavouait ce qu'ils avaient lait à ce sujet. De tout cda qqe conclut le député? que cet acte de désaveu suffit pour montrer que cette prétendue union est absolument nulle, etc.
La meilleure réponse qu'on peut faire & une dilBculté de celte nature, est d'avertir charitablement les avocats du député de Brest de s'instruire un peu mieux des maximes de justice, et de ne point s'appuyer sur des principes qui ne font pas bonnenr à leur capacité. Ds ne prennent pas garde que celui qu'ils avancent va trop loin ; car , s'il avait lieu, les procureurs du Roi des juridiq^ions subalternes, n'étant proprement que substituts des procureurs généraux, et n'étant pas qualifiés autrement dans le stylé du palais, îl ne leur serait jamais permis de donner des conclusions à l'insu des procureurs généraux dont ils dépendent en qualité de substitut. Il n'y a point de petit clerc du palais qui ne sache que ce que Mi un substitut, en l'absence d'un procureur du Roi, a la même force en justice que s'il était fait par le procureur du Roi même, dont il est censé avoué, dôs là qu'il est substitut. Autrement, dès
que le procareur du Roi serait absent, toutes les affaires
cesseraient, au grand préjudice du public, et ç a été pour remédier à cet. inconvénient que , dans les juridictions subalternes, où il n*y a point de substitut en cbarge, il a été établi que le plus ancien avocat serait substitut né du procureur du Roi , et pourrait agir en cette qualité dans son absence. Or le sieur Gariou, et, après sa mort, le sieur Taillar, s'étant trouvés successivement les plus anciens avocats, et par conséquent substituts nés ; c est à eux, en cette qualité, que s'est adressé M. Des Giouzeaux, dans l'absence du sieur de Lizac, procureur du Roi, qui était alors à Vannes à la poursuite d'un procès. II n'est pas surprenant qu'il n'ait ni vu ni reçu aucun ordre de la Cour, puisqu'il eût été fort inutile de les lui envoyer à Vannes pour une affaire qui devait se traiter à Brest, et qui pouvait se faire aussi légitimement par ses substituts que par luimême.
Ce retranchement ne pouvait plus mettre à couvert le
député de Brest, il se retire dans un autre, et, après avoir attaqué inutilement le pouvoir et la compétence du sieur Gariou, il attaque cet officier par Tétat de sa santé. G'était un moribond, dit-il, il était au lit de la mort. Le député ne considère pas que, si cela était vrai , ce serait un préjugé bien favorable pour les Jésuites, et qu'il n'est guère vraisemblable qu'un homme qui se voit sur le point d'aller paraître devant Dieu, veuille agir contre son devoir et contre sa conscience. Mais pour que ce fait fût véritable, il faudrait que ce moribond prétendu eût été au moins 27 jours à l'agonie, car il n'est mort que le 30 décembre 1687, F. 9
et la requête est signée de lui le trois du même mois. Si on veut écouter le d^uté de Brest, il fout faire un nouveau
code et annuler tous les actes qu'un homme aura faits :27 jours av^nt sa mort. Quaiid ce règle/uent aura été établi , on s'y soumettra; mais, en attendant, le député ne tipuvera point mauvais qu'on s'en tienne aux anciens, et qu'on fasse fond sur un acte signé 27 Jours avant la mort de celui qui l'a dressé.
Après cela, il semble qu'il ne reste plus rien à dire pour
infirmer la réquisition faite par le substitut; mais le député n'en demeure pas là : non content d'avoir été prendre le àeuT Gariou au lit de la mort, pour détruire, par son état prétendu de moribond, tout ce qu'il a pu fdre en &veur de Tunion de l'église au séminaire,. il va encore ciiercher jusque dans son tombeau de nouveaux moyens de nullité; c'est-à-dire qu'il prétend q u'après la mort du sieur Gariou, on ne laissa pas de continuer les poursuites pendant neuf semaines entières, au nom et à la diligence de ce. défunt. Voilà ce que dit le député, mais sans en apporter de preuves, quoi(iu*il semble que la chose fût assez de conséquence' pour en mériter. On pourrait, à son exemple, se contenter de nier la chose, sans en rendre de raison ; mais, pour lui dter tout lieu de reproche, on est bien aise de prouver juridiquement que le fait est faux. Il ne faut, pour cela, que ranger par ordre les actes qui ont élé faits dans (îette affaire et en marquer les dates. La requête du sieur Gariou , à feu Mgr l'Évêque de Léon, est datée du 3 décembre 1687. Le député en convient. Le soit communiqué au promoteur, les conclusions préparatoires du même promoteur, l'ordon-
nance de l'évêque pour informer du commodo ou incommodo, suivirent immédiatement après, et le tout fut expédié avant le 16 du même mois : de sorte qu'en oonséquence de l'ordonnanee de l'évêque, les assignations et afifiches publiques se lirent le 16, 19 et 23 décembre. Le sieur Cariou ne mourut que le 30, et, depuis sa mort, il ne se lit point d'autre procédure, jusqu'au 8 et 9 de mai 4688, que le sieur Taillar, qui, en qualité de plus ancien avocat, lui avait succédé dans la fonction de procureui* du Hoi, lit faire les informations.
Sur quoi donc fondé est-ce que le député avance, qu'après la mort du sieur Cariou, on continua durant neuf semaines entières les poursuites, à la diligence du défunt. Ce ne peut être que sur l'assemblée que tinrent Messieurs de la ville, au commencement de janvier 1688, pour délibérer de l'alfaire de l'union, ou, sur le consentement qu'ils y donnèrent, sauf leurs droits, coutumes et prérogatives, le 20 janvier, entre les mains de Mgr Tévéque de Léon. Or, • s'il appelle cela des poursuites faites à la dilijj^ence du défunt, et qu'il y ait de l'irrégularité, ce n'est qu'à Messieurs de ville qu'il doit l'imputer. Mais qu'il n'ait point d'inquiétude sur cet article ; car on fait tous les jours de ces sortes de poursuites, à la diligence des morts, comme il l'appelle, ou, pour parler plus juste, sur les diligences qu'ont faites, de leur vivant, des officiers fondés en pouvoir légitime, et dont la mort n enipêclia pas que les procédures qu'ils ont commencées ne subsistent. Autrement, quand un procureur du Roi, ou quelque autre officier de justice viendrait à mourir; il fondrait casser tous les actes qu'ils
auraient faits, et ensevelir avec eux toutes leurs procédures : ce serait un moyen très-court pour éterniser les procès, et dont on devrait la découverte à M. le député.
Mais il n'y a pas d'apparence qu'on change sur cela les anciens usages, à moins qu'il ne trouve le secret d'aifranchir de la mort et de rendre immortels les officiers de justice, ce qui augmenterait considérablement le- prix des
charges de judicature, même en temps de guerre.
Après avoir attaqué l'union par les surprises prétendues, dont le député vent que M. Des Glouzeaux ait usé, à Tins-
tigation d(;s Jésuites, et par l'incompétence des officiers qui l'ont poursuivie au nom du Roi , il l'attaque ensuite par l'irrégularité qu'il y a eu dans les informations , et il prouvé cette irrégularité par trois chefs. Le premier , que les témoins (|u'on a entendus étaient incapables de déposer sur le fait en question. Le second , que les parties intéressées et nécessaires pour consentir ou contester l'union , et qui y avaient formé leurs oppositions , ne furent point appelées. Et le troisième , qu'il ne fait <|u'insinuer en passant, est que ce dessein de l'union a été caché avec soin.
Je commence par ce dernier article, parce qu'il nie parait convainquant contre les Jésuites , cf. qu'il peut donner une juste idée de la surprise dont ils ont usé dans toute cette affaire. Ils avaient dessein de faire unir la cure au ^séminaire; mais ils tenaient ce dessein caché avec grand soin : do sorte qu'on ne s'en aperçut (}ue par hasard et à l'occasion d'une prétondue sacristie qu'ils se ménageaient derrière le chœur de Téglise du côté de leur sémi-
naire. On parlera de cette sacristie en son lieu; mais il ne s'agît présentement que de savoir quand elle fut découverte. Ce fut , dit le député , quelque temps apn s que les lettres patentes turent accordées. Et quand le furcnt-ellesî Ce fut, dit le même , au mois de septembre 1688. Ainsi , ce dessein de Tunion , qu'on avait toujours caché avec soin , ne fut manifesté , comme le prétend le député , tout au plus tôt qu'en septembre 1688. Le lecteur est prié de faire une attention singulière à cette date de 1688 , pour la confronter avec celle qui suit de 1687.
Et d'abord , < coninie ces bons Pères >, pour user des termes de M. le député , t sont accusés d être grands poli- « tiques, et d'aller à leurs fins par des voies particulières t et détournées, il est bon que le public soit instruit de t leurs artifices et qu'il sache comment ils s'y prennent « pour cacher leurs secrets. Ils ont dessein de taire unir « la paroisse et la cure de Brest à leur séminaire ; mais ils « veulent ce dessein bien caché. * Que font-ils pour cela ? Voici le tour dont ils s'avisent. Ils commencent d'abord , dès le 16 décembre 1687, à le faire annoncer à cri public eiùuam du tambotof, au milieu de la ville de Brest C'est M. le député qui nous l'apprend pour nous découvrir les ruses des bons Pères; car il convient (jue la procédure se lit à cri public et au son du tambour, et il ne peut discon* venir que cela ne se smt fait dès le 16 décembre 1687, puisque l'acte même , que les habitants firent à ce sujet, en fait mention expresse. Les Jésuites ne s'en tiennent pas là: ils continuent la même manœuvre trois jours durant , et , pour tenir la chose encore plus secrète , ils choisissrat
exprès trois jours de marché , qui forent les 16 , 19 et 23 du mois de décembre 1687, toujours à cri public et au son
du tambour , et cela au milieu d'une ville où, quand on bat du tambour à un bout, il fa\it être bien sourd pour ne pas l'entendre à l'autre.
Les J<'suites, en gens habiles, usèrent encore d'un autre tour de souplesse , qui fut de faire taire le cri public en ' deux langues, c'est-à-dire, en langue française et bretonne. Il semble qu'ils pouvaient être en repos après tant de précautions ; cependant , comme on n'en saurait trop prondre , quand il s'agit de cacher un secret qui est d'importance , et que ces Pères sont gens k n'ëpar^er lien pour couvrir leurs desseins, ils imaginèrent encore subtilement deux nouveaux stratagèmes. Le premier , de faire publier la chose aux prônes des paroisses; et le second , d'en faire attacher des affiches aux portes de ces mêmes paroisses et à celles de l'auditoire de la juridiction. — Après toutes ces précautions, ils crurent qu'on serait bien lin si l'on devinait leur secret. Effectivement, personne ne s'en doutait dans Brest, et de l'aveu même de M. le député , homme de probité et d'honneur, ce ne fut que neuf grands mois après que , malheureusement pour les Jésuites , on vint à éventer la mine. Il est bien vrai que , huit mois auparavant qu'on eût découvert ce grand et merveilleux secEet de l'union , il se tint une assemblée de ville , où il fut résolu qu'on ferait les diligences nécessaires à ce que cette union , dont on n'avait pas encore la première idée, ue put préjudicier aux droits , coutumes et prérogatives des paroissiens. Il est encore vrai qu'en conséquence de
eeUe rés<^otioo , le syndic se trouva miraculeuseioeiit transporté à Taudience de feu Mgr l'évêque de Léon , c'està-dire, au jour et au lieu désignés par le cri public et par les affiches, et qu'il exécuta les ordres dont la ville l'avait chargé. Mais, malgré tout cela, on n'avait encore rien pressenti du dessein des Jésuites, par rapport à l'union rfc la paroisse et de la cure au séminaire de la mariue ; de sorte que , sans cette malheureuse sacristie qui , après être sortie des fondements et s'être élevée de terre aux yeux des habitants, et après avoir échappé, malgré tout cela, durant plusieurs mois, à leur vigilance et à leur attention, sans doute par un de ces secrets et de ces artifices que savent les Jésuites , et qu'ils lui avaient auparavant enseignés, ne put enlin, au bout de deux mois se dérober plus longtemps aux lumières et à la pénétration de tant de personnes éclairées ; sans cela, dis-je , on serait encore à savoir (pic les Jésuites eurent pensé à taire unir la paroisse et la cure de Brest à leur séminaire de la marine , ' et ils ne se verraient pas dans la triste nécessité de soutenir le procès que leur a suscité cette aiTaire. Gela fait bien voir que l'on a beau faire pour dérober sa marche au public et cacher ses desseins , les grands secrets s'éven* tent t6t ou tard , et quelque ^in et quelque précaution qu'on prenne , il n'est pas possible de les tenir toujours cachés. Mais, après tout, il faut avouer ((ue les Jésuites sont des gens bien mystérieux et bien impénétrables ; et , quand il s'agit de cacher un secret , ils savent faire jouer des ressorts imperceptibles; ils ont pour cela des ruses , des artifices, des subtilités et des stratagèmes de politique
qu'on ne peut deviner. Fau^il donc s'étonner s'ils ont trouvé le moyen de faire réussir, dans rafTaire de l'union ,
toutes les surprises dont le député prétend qu'ils ont usé, et s'ils ont pu tromper à la fois ia ville de Bi'est et ses habitants, Tévêque de Léon et son chapitre, le Boi et son conseil , et enfin tout le Parlement de Bretagne.
Mais venons à l'information dans laquelle le député •trouve de grandes irrégularités.
La première consiste, selonlui, en ce que les parties intéressées ne furent point appelées.
Ce n'est ni aux députés de Brest ni aux Jésuites qu'il faut s'en rapporter pour cela , mais à la teneur même des ban< nies. Elles furent faites les trois jours de marché qu'on a déjà dit, et dans les places publiiiuos de Brest , en langue française et bretonne, au son du tambour et au cri public, par les sergents royaux déclarant à hjiute voix ce qui suit : c Que , par ordre de Sa Majesté , Mgr l'évêque de Léon « prétendait unir la rectorerie et cure de Brest au séminaire f ix>yal des aumôniers de la marine, dont il leur donnait t avis, avec assignation, à tous prétendants droits à ladite « cure, de comparaître au tribunal de Monseigneur , à l'aut dience du 20 janvier , à Saint-Pol, sa ville épiscopale , « pour y déduire leurs raisons et oppositions sur l'exécu- « tion des ordres de Sa Majesté. > Après ce cri public, ils affichèrent des copies de leur procès-verbal aux portes de la paroisse et de l'auditoire de la juridiction.
De quelle autre manière le député voulait-ii qu'on s'y prit pour citer les parties intéressées ? On assigne tous prétendants droits à la cure de Brest à comparaître le 20 jan-
vier 1688, à l'audience de feu Mgrl'évéque de Léon. On ne se coiiteute pas de les assigner verbalement , mais on affiche des copies de celte sommation aux portes de la paroisse et de Tauditoire de la juridiction. Gela se fait airec toutes les formai it(?s requises en pareille occasion , c'est-à-dire , durant trois jours de marché, dans les places publiques, en langue française et bretonne, au son du tambour, et au cri public , et par des sergents royaux. Que pouvait-on faire * de plus ? Quand on fait ces sortes de diligences, les parties intéressiies sont censées bien et dûment averties , et ne peuvent plus revenir sous couleur d'avoir ignoré la sommation.
Mais, bien loin de l'avoir ignorée , elles déclarent ellesmêmes qu'elles l'ont sue, et que ce n'estqu'en conséquence de cette sommation qu'elles ont fait leurs diligences pour la consm'ation de leurs droits. Et oh déclarent-elles cela ? Dans l'acte même qu'elles ont fait à cette (in et qui est cité dans la requête. Car, dans cet acte , le syndic , qui se dit fondé en ordre, et procure de 101. les maire et échevins et habitants de la ville , datée du 13 do ce mois (janvier 1688), énonce qu'à la requête de AI. Christophe Cariou , avocat en la Cour, substitut de M. le procureur du Roi de Brest, il aurait été banni en ladite ville , le 16 , 19 et 23 du mois de décembre (1687) deniier , que , par ordre de Sa Majesté, on prétendait unir la cure au séminaire.
Il ajoute que cette bannie a été faite avec assignation
expresse et préfixe à tous ceux qui prétendaient avoir droit de s'opposer à ladite union et annexe, de se trouver à l'audience de ce jour, et il déclare ensuite que c'est en consé-
queiico de cette assignation qu'il comparaît au nom des habitants. C'est pourquoi , dit-il , le remontrant chargé par ladite oommunauté de former opposition à ladite union ,
à ce qu'elle ne peut faire dérc^tion ni préjudice , etc
Enfin , il requiert acte lui être décerné de son opposition aux fins qu'il a dit, et dont il offre de fournir un autant au procureur dénommé anxdites bannies. Sur quoi on donande qui il en fieiut croire? ou le député et ses avocats qui disent que les parties n'ont point été appelées , ou ces parties elles-mêmes qui déclarent qu'elles l'ont été.
Les parties dont il fait mention , sont :
10 Les religieux Bénédictins de Saint-Matthieu qu'il qualifie patrons et présentateurs de la cure, mais qu'on a prouvé , dans la requête , ne l'être point, et n'avoir point
dû être cités en particulier.
2° Les marguiiliers ; mais ceux-ci sont compris dans les habitants. .
3* Le procureur de la ville ; ce procureur n'avait garde d'être appelé , puisiiu il n'y avait point de procureur de la ville dans ce temps-là , mais.soulement un syndic. Or ce syndic fondé en ordre et procure du maire , échevins et habitants, datée du 43 janvier 1688, comparait en vertu de l'assignation expresse et préfixe donnée dans les bannies, demande acte de ce qu'il a fait ses diligences, et offre de fournir un autant au procureur dénommé dans les bannies; c'est-à-dire, que, par cet acte même, que le député de Brest regarde comme le plus essentiel de sa cause, le syndic, au nom de toute la ville, donne un démenti ibrmel au député et à 8e« avocats sur ce qu'ils disent que les par-
lies n'ont point été appelées , et les convainquent d'une contradiction grossière : car n'est-ce pas se contredire dans la même ligne que de dire que les parties, qui avaieul formé leur opposition , n'ont point été appelées, lorsqu'il
se trouve que ces oppositions n'ont été faites qu'en suite et en conséquence de l'appel, et qu'elles en font mçntion expresse.
Ces Messieurs ne sont pas de meilleure foi dans ce qu'ils
disent de l'opposition des habitants, qu'ils regardent comme une opposition absolue , quoiqu'elle renferme un consentement des plus formels» ainsi qu'il est justifié dans la requête des jésuites ; cette opposition n'ayant été faite, ainsi que celle du curé , qu'aux lins de la conservation de leurs droits respectifs, l^uels ayant été conservés formellement dans le décret d'union , toute opposition est levée.
Il ne reste donc plus à discuter que le dernier chef d'irré^'uiarité qu'on trouve dans la procédure qui a précédé le décret.
Il consiste , dit-on , en ce que les témoins , compris dans
l'information faite au sujet de l'union , claient incapables de déposer sur le fait en question, n'étant ni notables , ni bourgeois, ni ecclésiastiques, mais seulemmit officiers de la marine et de la guerre.
Sur quoi , voici ce qui s est passé , même depuis le consentement , donné par les habitants sauf leurs droits.
Feu Mgr l'évéque de Léon , non content de ce consentement formel , voulut s'instruire des choses par lui-même , et, s'étant transporté à Brest, il crut devoir prendre en personne le sentiment des habitants, sans négliger celui des
officiers de la marine qui ont intérêt à une paroisse où ils font très-souvent leurs Pâques, où ils peuvent mourir, et dans laquelle plusieurs d'entre eux sont établis. Il interrogea donc, le 8 et le 9 de mars, à )a requête du sieur Taillar, substitut du procureur du Roi, douze des principaux bourgeois , le commandant et le major de la ville, et du château, et cinq des principaux officiers de la marine. De ces dix-neuf personnes, il n'y eut qu'un gentilhomme de la campagne, et un honnête homme de Paris, peu instruits des avantages de l'union, qui s'y opposèrent Le maire répondit que, si Sa Majesté souhaitaitrunion, il n'avait rien à dire. Un syndic déclara qu'il n'avait aucun moyen d'opposition à l'union de la paroisse au séminaire. Trois anciens .maires, le syndic, le commandant, le major du diâteau et de la ville, trois habitants des plus distingués, un habitant, capitaine de la compagnie bourgeoise, et dix personnes, parmi lesquelles il plaît au sieur député de ne reconnaître aucun notable bourgeois , approuvèrent tous l'union avec éloge , expliquèrent les avantages qu'en retirerait le public, et du surplus, se rapportèrent à l'opposition des habitants faite à l'officialité de Saint^Pol de Léon , le 20 janvier. Preuve évidente que cette opposition ne regarde que la conservation des autres droits, coutumes et prérogatives de l'Église et des habitants de la paroisse de Brest : autrement, il se trouverait que ces dix personnes auraient dit le pour et le contre.
Cinq officiers de la marine, tous distingués par leurs emplois et par leur mérite, et dont quatre avaient leur famille et leur bien à Brest, louèrent aussi l'union; de
sorte que tout homme de bons sens qui lira cette information faite par. feu Mgr l'évêque de Léon, ayant pour adjoint M. R. Nayo, notaire royal, ne pourra s'empêcher d'être indigne de la manière dont le député de Brest en parle , dans la page six de la dernière requête. Toute cette affaire, si on l'en croit, ne s'est faite que par surprise : il y a eu surprise dans le dessein et dans le motif, il y a eu surprise dans l'exécution et dans les moyens, et il y a eu surprise dans l'accomplissement et la consommation. Le Roi , le secrétaire d'État, l'intendant de la marine, les substituts du procureur du Roi , le promoteur de l'ofiScialité, les habitants, les ecciésiastiiiuos de Brest, le chapitre de Saint-Pol de Léon, le chancelier et le parlement de Bretagne i tout cela a été surpris. Mais comment se persuader que les Jésuites aient pu être assez habiles et assez heureux pour réussir à surprendre tant de persoimes, de rangs, de carac*
tères, de professions et d'intérêts si différents? N'y auraitil pas en cela plus de bonheur que d'habileté, et ne seraitce pas une espèce de miracle ? On peut donc dire que le député de Brest, pour vouloir prouver trop, ne prouve rien , et que ces surprises prétendues, à force d'être multipliées, se détruisent par leur nombre.
Or, pour liiïircet article, la conclusion qu'on prétend en retirer* après avoir justifié la régularité des procédures qui ont été faites au suj< t de l'union, est : qu'il n'est point si surprenant, quele veut bien faire entendre le député, qu'un décret tel que celui de cette union, ait été rendu par un évêque , et qu'il ait pu trouver des religieux pour défenseurs ; puisque jamais peut-être aucune affaire pareille n'a
été conduite si régulièrement ni avec plus de sincérité et de bonne foi de la part de ceux qui y sont entrés.
Mais, quand rien ne s'y serait fait que par surprise , et qu'avec toute la mauvaise foi possible , coiame le veulent faire entendre si injustement le député et ses avocats, je leur demande sur quoi fondés ils prétendent en foire retomber le blàmc sur les Jésuites, et les rendre garants d'une affaire où ils n'ont été que parties muettes , pour ainsi parler, et od ils n'ont eu d'autre part que d'être direoteuro du séminaire auquel on a uni la cure. Sont-ce les Jésuites qui ont demandé l'union de la cure de Brest à leur séminaire ? Sont-ce les Jésuites qui ont donné les ordres sur cela ? Est-ce au nom des Jésuites que se sont fidtes les réquisitions, les sommations, les informations, et toutes les autres procédures, et qu'ensuite l'évèque a porté le décret? Pourquoi donc vouloir rendre les Jésuites responsables des surprises prétendues dont le député et les avocats soutiennent qu'on a usé dans le cours de cette affaire ? Mais , insinue-t-on , ce sont eux qui, sans paraître, ont remué toutes les machines, et qui ont fait jouer tous les ressorts , e'estÂ-dire, que tous ceux qui ont eu part dans cette aflOiire n'ont été que comme des automates entre les mains des Jésuites, qui leur outdonné l'impression et le mouvement qu'il leur a plu ; que ces Pères ont fait faire au Roi, au ministre, à l'intendant, aux habitants de Brest, à l'évèque, au chancelier, au parlement de Bretagne, tout ce qu'ils ont voulu. Mais quelle preuve apporte-t-on d'une puissance si extraordinaire, et, en même temps, d'une calonmie si insigne ? Aucune. On dit seulement que les Jésuites se sont emparés
^laide l't'gli^e par surprise ; et , dans toute la requête , on ne {KToduit pas ttQ.6 seule piâoe, on ne cit» pa& un seul témoignage qui piouTe rien contre ces Pères, ni par ola on ait
lieu de soupçonner qu'ils aient agi dans cette affaire. Or, dès là, ne se dt>ciare-t-on pas calomniateur public, et ne se couvre-t-on pas de confusion à la face de toute la .terre? Toute calomnie déshonore ou celui sur qui elle tombe , quand elle est bien prouvée ; ou celui qui l'a faite , quand il ne ]a ]usli|ie pas. C'est sur quoi le député et les avocats feront leurs réflexions, aussi bien que sur. les autres calomnies dont ils chargent les Jésuites ; et e'est pour cela qu' après avoir détruit celles qui touchent le fond de l'alfaire, on va parler de quelques autres qu'on y a insérées incidentamment à cette occasion,
La première qui se présente, est ce qu'on expose sur le changement de l'emplacement de l'église, où l'on dit que le bâtiment de la nouvelle église étant élevé de cinq ou six pieds dans la place de Queravei, les Jésuites trouvèrent que cet édifice nuirait à la vue de leur jardin , où ils disaient qu'ils voulaient avoir un observatoire pour instruire les aumôniers; et, par leur crédit, ajoute-t>on, ils firent en sorte qu'iq>rès avoir causé une dépense considé- • Table pour démolir ce qui avait été construit, il fallut Recommencer le bâtiment en un autre endroit pour satisfaire à la volonté des Jésuites.
Il V a deux choses à considérer dans cet article :
La première est le changement de l'emplacement de la nouvelle église. Ce fait est vrai, et ne fait rien contre les Jésuites.
La deuxième est le motif de ce changement, qui fat, dit^ on , de satisfaire à la volonté des Jésuites, sous prétexte
d'un observatoire prétendu ; et ce point est faux. Le député et ses avocats avancent la chose sans la prouver, et c'est leur méthode ordinaire. Les Jésuites le nient dans toute son étendue, < t apportent les preuves de ce qu'ils disent , comme on va le voir.
Voici donc le fait :
Feu M. Des Clouzeaux, intendant de la marine de Brest,
voyant l' alla ire de l'union fort avancée, par le consentement des parties qui étaient le plus intéressées , et considé* rant d'ailleurs que, la nouvdle église étant trop éloignée • du séminaire où résidaient ceux qui la devaient desservir , en conféra avec les Jésuites : et, ces Pères lui ayant proposé, sur la demande qu'il leur fit, le lieu le plus commode par rapport au séminaire pour y placer l'église, il en écrivit en Cour. Sa Majesté, avant que de rien décider, voulut elle-même voir les plans, et ayant approuvé ce que l'intendant proposait, elle donna sur cela ses ordres à M. le marquis de Seignelay. Voilà des faits t Mais comment les prouve-t-on ? Par une lettre de M. le marquis de Seignelay même, qui écrivit en ces termes à M. Des Glouzeaux :
c Sa Majesté ayant jugé à propos do fliire changer la
f situation de l'église paroissiale de Brest, et de la faire
^ t construire à l'endroit proposé par les Pères Jésuites qui
• la doivent desservir , il faut que vous donniez ordre, de
€ concert avec le sieur Garangeau et l'entrepreneur, de
€ déponter la maçonnerie qu'il peut avoir faite, au pre-
< mier ordre donné, et de faire transporter les matériaux
c au lieu où cette église doit être bâtie présentement. Vous
< réglerez, avec ledit sieur Garangeau, ce qu'il conviendra
< raisonnablement faire passer en compte à Tentrepre-
« neur , dont vous m'envoierez le mémoire. »
Cette lettre est du d février 1688, et par conséquent postérieure au consentement donné par les habitants : ce qui prouvé que ce ne fut que depuis ce consentement qu'on proposa (le changer remplacement de l'église que le Koi voulut qu'on fît construire à l'endroit proposé par les Jésuites, mais sur quel motif? Le député dit que ce fut pour satisfaire à Ja volonté des Jésuites, et sous prétexte d'un certain observatoire qu'ils avaient dessein d'élever. Mais M. de Seignelay dit que c'est parce que ces Pères la doivent desservir. Le public jugera qui mérite le plus de créance en ce point, ou du député qui dit ce qui lui platt et sans aucune preuve, ou d'un ministre qui écrit à un intendant par Tordre du Roi.
Cette lettre de M. le marquis de Seignelay embarrasse terriblement le député; et, faute de mieux, il tâche de se sauver sur la dépense qu'il dit ici avoir été considérable, et que dans d'autres factums il fait monter à 60,000 livres, et quelquefois à 73,000; car il n*est pas toujours d'accord avec lui-même, comme on a déjà pu le reniai ((uer. Cette dépense, quelle qu'elle soit, pourrait être imputée aux Jésuites, si dans l'exposé qu'on fit au Roi, en demandant qu'on changeât l'emplacement de la nouvelle église, ils avaient fait entendre que cela irait à p^u de chose, mais ils ne l'ont point fait, et il n'en faut point d'autre preuve, sinon que le
député même ne les en accuse pi|s. Il faudrait, pour juger F 40
au juste à quoi elle a monté, avoir en main le mémoire que M. Des Gloozeaux a dû envoyer sur cela à M. le marquis de Seignelay, selon Tordre qu'il en avait reçu. Mais, au
défaut de cette pièce, on peut s'en tenir, ce semble, au jugement des ingénieurs et des architectes, qui ne l'ont estimé que 6 ou 7,000 au plus. S'il s'agissait d'affàires de compte ou de trafic, on déferrait plus au jugement de M. le député qu'à celui de l'architecte ou de ces ingénieurs; mais, en fait de bâtiments, il ne trouvera pas mauvais qu'on s'en rq>porte plutôt à des gens), qui sont juges compétents en cette matière, qu'à lui qui n'est pas obligé d'être si savant. Et quand il dit à ce sujet que les Jésuites n'ont contribué autre chose au bâtiment de l'église, que d'avoir choisi et indiqué la place qui serait le pins à leur bienséance, il ne fait pas réflexion qu'ils ont donné eux-mêmes l'emplacement sur le terrain de leur séminaire.
Mais pour revenir au motif de l'emplacement, isi la lettra de M. le marquis de Seignelay ne satisfait pas le député, et s'il ne trouve pas les Jésuites assez bien justiliés sur le papier, il faut lui montrer leur justification et leurs droits mêmes, par rapport à l'union de la cure au séminaire, gravés sur l'airain, et imprimés dans les fondements de la . nouvelle église, pour y être un monument éternel de sa bonne foi. Si les hommes se taisent, les pierres parleront; car voici par quel charme il se trouve que celte église, dont M. le député se porte pour défenseur, dépose ellemême contre lui. La première pierre, qui y fut posée le premier jour de mars 1688, de la main même de M. Des Glouzeaux , intendant de la marine et des fortifications au
département de Brest, est couverte d'une lame de cuivre qui porte cet inscription latine :
Satictis Ludovico et Xaverio Ludovicus Magnus Parochialem hane EccUmm conseeratdm wUuit; ac Patribm mietatù regendam mà cum seminario Bratemi eommitit illustrimmus
episcopus.
C'est-à-dire, pour la rendre littéralement en français, que Louis-le-Grand a dédié cette église paroissiale à saint Louis et à saintXavier ; et que Villustrissime évéque. . . a com-
mis aux Pères do la Compagnie le vsoin de la dessenir conjointement avec la direction du séminaire dont il les a chargés.
L'original de cette inscription est entre les mains de l'entrepreneur. On y voit le motif qui a fait changer l'eraplacement^ qui est qu'elle devait être desservie par les Jésuites. On y voit qu'elle y est attribuée à ces Pères pour être desservie sous leur autorité. C'est le Roi et feu M. Tévéque qui le déclarent et qui l'attestèrent à la postérité la plus reculée^ mais M. le député ne veut pas que cela soit. Le Roi l'a dédiée et l'a consacrée à saint Louis et à saint Xavier conjointement; mais , comme ce dernier saint, en qualité de Jésuite, a eu le malheur d'encourir la disgi'àce de H. le député , il ne veut pas qu'il partage les honneurs de la nouvelle église avec saint Louis , selon l'intention de Sa Majesté. C'est pour cela que , quand il parle de cette église , il ne la nomme jamais que Téglise de saint Louis; c'est pour cela qu'il a fait biffer des registres publics le nom de saint Xavier. On souhaite qu'il l'ait épargné dans les fondements de l'église même; car, que u'a-t-ou pas à
craindre d'un ho^mp. qui étend les effets de son indignatioD jusque sur les saints, que la béatitude dont ils jouissent dans le del ne peut mettre à oouYert de ses ressentiments.
Et , puisque nous sommes sur l'article de l'église , il est naturel de parler ici de la prétendue découverte d'une sacristie que les Jésuites s'étalent pratiquée adroitem^t,
dit le député, à Tinsu et contre Tintention de ceux qui Élisaient travailler. Le député apprend donc au public que, quelque temps après que les lettres patentes furent obtenues on s'aperçut qu'en bâtissant la nouvelle égliMi, on avait pratiqué une pièce derrière le cbœur, du côté du séminaire , dont les Jésuites pouvaient , à la faveur d'une ouverture , se faire une sacristie commode dans la paroisse , qu'on présume aisément par qui l'ouvrage avait été conduit; mais que, les plans ayant été rapportés, l'entrepreneur fut blâmé d'avoir passé ses ordres , et la sacristie postiche fut supprimée. Cette sacristie prétendue , dont parle ici le député , nous fournit encore un de ces miracles qu'il a rendus si fréquents dans l'affaire présente ^ et qui doivent le faire regarder comme une espèce de petit thaumaturge , ^il n'y a point de magie. Et voici comment. .
La nouvelle église de Brest se bâtit aux yeux de tous les habitants ; ils en voient jeter les fondements ; ils en voient élever toutes les parties ; ils sont tous les jours au milieu des manœuvres qui y travaillent , et cependant ils ne s'aperçoivent point de cette sacristie. Us voient clairement et à découvert toutes les autres parties et dépendances de r^gll^e, il n'y a pas un coin qu'ils n'aient soin de recon-
nattre : cette prétendue sacristie est la seule pièce qui leur
échappe. Elle s'élève à petit bruit et à la sourdine , et elle est sur pied pendant plusieurs mois , sans que qui que oe soit songe à lui demander qui Ta mise là. De sorte que ce n'est enfin qu'au bout de bien du temps, et en septembre iG88 , qu'elle se manifeste aux yeux des habitants, comme un nouveau phénomène , et qu'ils s'avisent de lui faire un procès. Tout cela n'est-il pas miraculeux? Mais enfin c'est un artifice des Jésuites , et Ton voit bien par qui l'ouvrage avait été conduit. Les Jésuites seraient fort embarrassés à répondre à une accusation d considérable , si M. le député n'avait eu lui-même la charité d'y pourvoir, en mettant leur justification dans les paroles qui suivent immédiatement celles qu'on a citées. La sacristie postiche fut supprimée, dit-il , et, sur un nouveau dessin approuvé par Sa Majesté,le bâtiment fut continué comme il est à présent.
Si , en supprinïant cette prétendue sacristie postiche , il a fallu changer le dessin de l'église et en faire un nouveau, elle était donc comprise dans le premier; autrement , cette sacristie étant supprimée , toutes choses demeuraient en état, sans qu'il tût besoin d'un nouveau plan. Certainement il y aurait eu de Tinjustice à blâmer l'entrepreneur; aussi n*a-t-il point été blflmé, et ce blâme prétendu est de l'invention du député , qui est si sujet à se contredire luimême dans ce qu'il avance , que les Jésuites trouvent trèssouvent leur justification dans les choses mêmes qu'il dit contre eux.
Il accuse encore ces Pères d'avoir troublé les consciences par leurs discours et leurs sermons, d'avoir tout mis en
usage pour éloigner les habitants de leur paroisse, et les
détourner de leur pasteur légitime, ainsi que la preuve en est rapportée. On veut croire que le député a effectivement rapporté cette preuve; mais comme cette prétendue preuve, quelle qu'elle soit, n'est point venue à la connaissance des Jésuites, et que M. le député n'a pas fait l'honneur à ces Pères de la leur communiquer, il ne trouvera point mauvais qu'ils s'inscrivent à faux sur ce point, qjui est assez considérable pour n'être point avancé, sans être suivi immédiatement de sa preuve. C'est ce qui fait qu'on a lieu de croire que le député n'aurait pas négligé de la répéter ici , s'il l'eût jugée bien concluante.
Il trouve encore difficile de concilier la poursuite d'une telle union (c'est-à-dire de la paroisse au séminaire) avec l'indifférence que les Jésuites ont diverses fois témoignée pour les choses du monde, et la déclaration expresse qu'ils ont faite par leur père recteur de Brest, qu'ils n'avaient d'autre envie que de servir le public, et ne prétendaient nuire à personne. On s'aperçoit bien ici que M. le député est malin, et plût à Dieu qiie ce fût la seule chose dont les Jésuites eussent à se plaindre dans son procédé; niais eniiu cette indifférence 4>our les biens de ce monde, cette unique envie de servir le public, cet éloignement de nuire à personne, et cet air affectueux et plein d'onction dont on représente ces bons Pères, comnie les appelle M. le député; tout cela joint à la poursuite de l'union d'une cure, fidt un contraste d'où ^l résulte un certain ridicule auquel il est mal aisé (1(^ [)arer, surtout lorsque les choses sont tournées aussi liiiement que le sait faire M. Je député. Cependant,
puisqu'il trouve «ees deux points si difficiles 1 eondlier
ensemble, il faut l'aider, malgré toute sa malignité ; ou le prie donc de considérer que le désintéressement le plus parfait ]pieut fort bien compatir avec un soin modéré de soutenir des droits légitimes, tels que le sont ceux du séminaire dont les Jésuites sont directeurs. A l'égai'd du désir qu'ils ont témoigné de servir le public, pouvaient-ils en donner une meilleure marque que de consentir à cette union qui les mettait dans l'obligation de faire par devoir ce qu'ils ne faisaient auparavant que par charité. Et pour ce qui est de la déclaration qu'on leur fait faire, et qu'ils font encore de nouveau, en tant que besoin est, de ne vou* loir nuire à personne , ils ne croient point y être contrevenus en acceptant l'union dont il s'agit, et ils s'en . rapportent pour cela au consentement que les babitants,.et toutes les parties intéressées de cette union, ont bien voulu y donner, ce qu'ils n'auraient pas fait, s'ils avaient cru en pouvoir craindi'e quelque préjudice.
Enfin, .il y a encore deux choses qui donnent du chagrin à M. le député et sur lesquelles il faut le satisfaire :
1^ 11 trouve mauvais que, contre la disposition des lettres patentes de 1688, qui établissaient la levée d'un certain droit sur l'entrée des vins ou bière , avec clause que personne n'en serait exempt, quelque privilège qu'il eût. Sa Majesté ait osé en exempter les Jésuites par un arrêt de son conseil du 2 février 1687, que le député a grand soin de citer, en quoi il serait à souhaiter qu'il Ht paraître autant de jugement que de bonne foi.
2^ 11 n'approuve pas non plus, en second lieu, que ces
Pères aient sur certaines atlaires leur évocation générale au grand conseil.
Pour le premier de ces deux reproches» comme il s'adresse directement au ïloi, à qui le député semble contester ses pouvoirs, on laisse à Sa Majesté à examiner si elle les a passés, et si elle a eu moins d'autorité, pour exempter les Jésuites, qu'elle n'en a eu pour déclarer que personne ne serait exempt. Et sur les deux chefs en f^énéral, on prie le député de déclarer si c'est son intention qu'à l'avenir, dans les grâces et les privilèges qu'il plaira au Roi d'accorder aux Jésuites, on insère cette clause : que ce n'est que sous le bon plaisir, et avec la permission et l'agrément de M. le député de Brest
Après tout ce que l'on vient de dire, on croit pouvoir se flatter d'avoir justiiié pleinement le portrait qu'on avait fait de ce premier morceau de la requête, en disant que c'était une espèce de roman, où il n'y avait rien de vrai que le fond (Je certains faits indifférents d'eux-mêmes, (|ue le député, aidé de ses avocats, a pris soin d orner de fixions et d'histoires à sa manière. Mais il n'a pas voulu en demeurer là, et, pour rendre le roman complet, il a jugé à propos de joindre, à ses intrigues de cabinet, des exploits militaires, qui pussent relever son ouvrage, et lui donner du merveilleux : c'est ce qu'il a fait dans la suite de sa requête; car, après avoir parlé d'abord des voies de surprise, il vient après aux voies de violence, dont il [)rétend que les Jésuites ont usé pour faire exécuter l'ordonnance de Mgr Tévéquede Léon donnée en leur faveur, et c'est ce qui nous reste maintenant à examiner.
Examen des voies de fait et de violences dont ont accuse les Jésuites d'avoir usé pour l'exécution de l'ordonnance de Mgr rÉvêque de Léon,
. La manière dont on expose, dans la requête, les voies de fait dont bn accuse les Jésuites, a quelque chose encore de plus singulier et de plus curieux , incomparablement , que tout ce qu'on a vu jusqu'ici. Ce Jésuite (ju'on fait niarcherà la téte d'une compagnie de trente soldats, et qui, sans s'en fier aux soins- des deux lieutenants qu'on lui donne sous lui, veut examiner par lui-même si les armes sont en état; cette messe, célébrée à main armée et sous les nious([uots d'une soldatesque, dont une partie se range autour de Tautel et l'autre s'empare des portes de l'église; ces mousquetaires gardes^manche du célébrant; ce surplis déchiré ; ce pasteur qu'on tait prendre au collet et traîner par son étole ; ce prêtre couché en joue pendant qu'il dit la messe, et ce coup de fùsU prétendu tiré sur lui ; ce coup de canne et ces fr( ntes bourrades, que le député de Brest et ses avocats distribuent avec tant d'économie; enfin ces pleurs, ces cris et ces gémissements qu'on fait retentir au milieu de cette expédition militaire , et qui ont été poussés incognito sans que personne les ait entendus : tout cela, il faut l'avouer, est heureusement imaginé; ceslictionsont un air de nouveauté qui pique, on sent que les auteurs ont travaillé dé génie, et qu'en fait d'événements imaginaires, ils n'en cèdent ni aux Scudéris ni aux Galprencdes.
S'ils ont prétendu divertir le monde par leurs peintures
grotesques et fabuleuses, ils ne pouvaint mieux s'y prendre ; mais ils ne trouveront pas mauvais que, s' étant chargés de ràjoair le public, les Jésuites se chargent de l'instruire et de lui apprendre à quoi s'en tenir par rapport aux fictions dont on a voulu l'amuser. Sur quoi ou peut dire qu'il eu est, de cette seconde partie du roman, à peu près comme de la première, c'est-à-dire, que le fond de certains faits en est vrai, comme, par exemple, qu'on a été obligé d'envoyer des soldats à l'église, de donner des gardes au prélrc , en disant la messe , et qu'il y a eu un coup de fusil de tiré , quoique par accident , et ainsi du reste. Hais hors le fond de ces faits qu'on a revêtus de circonstances aussi fausses qu'odieuses, on peut dire qu'il y a encore moins de vérité dans cette seconde partie que dans la première, et que jamais narration ne fut plus romanesque.
On ne craint point d'attester ici sur la vérîté de l'exposé qu'on va faire, tout ce qu'il y a de gens d'honneur dans
Brest, qui ont été les premiers à coiulaiiiuer la violence des prêtres et de quelques particuliers qui se joints à eux, aussi bien que la hardiesse et la témérité insigne du député à débiter cent calomnies à ce sujet. Â l'égard des procès-verbaux, il n'y en a que trois qui puissent passer en quelque sorte pour authentiques, étant les seuls qui soient dre.ssés et signés par des notaires. Aucun de ces trois ne charge \ei Jésuites des violences dont on les accuse dans la requête; et pour les autres qui ont été faits après coup, hors de la présence des notaires, et dont la plupart n'ont été signés que par le curé et ses prêtres qui y ont inséré tout ce qui leur a plu, ce sont des pièces ({ui ne peuvent être admises
Oigitized by
dans une justice réglée, et pour lequel ou a tout le mépris que méritent des actes de ce caractère.
Pef^nne n'est mieux instruit de tout ce qui s'est passé à l'occasion de cet incident, que M. le maréchal d Estrées et MgrrévéquedeLéon, qui sont venus sur les lieux dans le temps que les esprits étaient le plus animés, et qui ont été pleinement informés de tout ce qui s'est passé avant leur arrivée. Les Jésuites s'en rapporteront volontiers à leur tâmoi^age sur toute cette affaire, et ils sont persuadés que le témoignage de personnes de ce rang sera d'un plus grand poids auprès des gens équitables que tous les procès-verbaux du monde.
Au reste, dans l'exposé qu'on va donner de tout ce qui est arrivé en cette occasion, on ne suivra point la méthode du député de Brest et de ses avocats, qui, ne cherchant qu'à embrouiller les choses, ont confondu les faits d'une manière fort propre k imposer et à surprendre : on va les ranger ici par ordre, en marquant exactement le jour, le lieu et toutes les circonstances de chaque faàt en particulier. La manière distincte et articulée, dont on le fera, portera avec elle un caractère de sincérité et de bonne foi, capable , elle seule , de désabuser ceux qui ne voudront pas absolument être trompés.
Après la mort du dernier évoque de Léon, qui avait uni la cure et la paroisse de Brest au séminaire royal de la marine. Sa Majesté nomma en sa place M. l'abbé de La Bourdonnaye, à qui, par un arrêt du conseil donné le 15 octobre 1702, il fut permis de commettre celle des parties, qu'il jugerait à propos de choisir, poui' desservir la
ûiyitizea by ^OOglc
cure jusqu'à la décision du procès. Ce prélat» qui savait que, dans l'affaire de l'union, on n'avait jamais prétendu
donner atteinte aux droits du curé qui était en possession de rancienne paroisse, et qu'il était dit expressément, dans le décret, qu'il jouirait sa vie durant de ladite cure, le nomma, par provision, pour desservir la nouvelle paroisse jusqu'à la décision du procès.
Ce choix qui ne préjudiciait en rien au droit des Jésuites, ne laissa pas d'être regardé , par les chefe du parti opposé , comme une espèce de petit triomphe; et les acclamations , dont le député parle avec tant de pompe , ne turent point épargnées, moins pour rendre la fête plus solennelle que pour insulter aux Jésuites, et porter, jusque dans leur séminaire, la nouvelle de leur prétendue défaite.
Ces Pères essuyèrent tranquillement toutes ces pieuses insultes, et. laissèi'ent le curé et ses partisans s'applaudir d'un vain' triomphe. Ils ne parurent dans l'église ni seuls ni à la tète d'une soldatesque, il n'y eut ni surplis déchire ni bourrade donnée ; le célébrant ne fut point couché en joue, et il ne lui fallut point de mousquetaires gardes-manches pour l'escorter à l autel. En un mot, tout se lit dans la plus grande tranquillité du monde.
Mais il n'en alla pas de même quand il fut question d'introduire les Jésuites dans la nouvelle église, en exécution de l'ordonnance de Mgr l'évéque de Léun donnée le 15 de mai 1703. Ce fut alors qu'on vit un curé à la tête des prêtres et de quelques paroissiens mutinés donner le branle à la sédition et à la révolte, et, au lieu des leçons d'obéissance et de soumission qu'il aurait dù leur faire, leur
apprendre par sou exemple à résister à l'Ëvéque , au roi et à la personne de ceux qui Je représentent dans la province et dans la ville , et enfin entreprendre de soutenir un siège dans son église. C'est un scandale que les Jésuites auraient voulu cacher au public, quelque a vaiita^'e qu'ils en pussent tirer, en montrant par là de quelles violences et de quels emportements sont capables les gens à qui ils ont affaire. Mais puisqu'on les oblige de parler, ils le feront avec toute la sincérité que demande leur caractère, et, en même temps, avec toute la fermeté et toute la force qu'inspire l'innocence calomniée; et ils ne craignent point de défier le député et ses avocats de s'inscrire en faux contre rien de ce qu'on va avancer, sur la manière dont les choses se sont* passées. On y verra une modération extrême de leur part, et une rébellion pleine d'emportement, dans quelques particuliers, qui eu sont venus à des excès que la cour n'a pu apprendre, sans faire ressentir à deux des plus mutins qu'elle a exilés, les justes effets de son indignation. Or voici ce qui donna occasion à cet incident qui est devenu si consi.dérable dans la lia ire présente.
Mgr l'évêque de Léon, considérant que le petit nombre de prêtres qui était avec le recteur, et qui se réduisait à trois, nc sullisait pas pour desservir la nouvelle église, fit une ordonnance, le 15 mai 1703, par laquelle il chargea les Jésuites et les aumôniers do la marine d'y faire aussi leurs fonctions. Il en donna avis au recteur ou curé, au commandant de la ville et château de Brest, et au maire de la ville; il marqua même, en particulier, dans la lettre qu*îl écrivit à M. le commandant, qu'il serait à propos qu'on
fit ouvrir une des petites portes qui communiquent de réalise au séminaire, afin que les Jésuites pussent être plus
à portée d'y servir le public.
On ne s'arrêtera point ici à réfuter tout ce qu'il plaît au député et à ses avocats de dire contre cette ordonnance « parce qu'on Ta déjà fait dans la requête. Le prélat, dans son ordonnance du 29 octobre 1702 , par laquelle il charge le sieur Koignant de desservir la nouvelle pai*oisse, se réserve le pouvoir d'y nommer encore. C'est en vertu de ce pouvoir , qu'il s'était réservé, que , par son ordonnance du 15 mai 1703 , il nonnno les Jésuites et les Aumôniers du séminaire de la marine poui* aider à desservir la paroisse. Le député et l'avocat applaudissent à la première ordonnance, et la trouvent juste et conforme à l'esprit de la religion , parce qu'elle leur paraît contraire aux Jésuites ; mais la seconde n'a été obtenue, selon eux, que par importunité ou par surprise , parce qu'ils la trouvent trop favorable à ces Pères.
Les Jésuites qui avaient laissé exécuter , sans aucune violence de leur part, la première ordonnance de Mgr l'Êvêque , quelque avantage que leurs parties en prétendissent tirer à leur préjudice, crurent trouver la même docilité , au sujet de la seconde , dans le curé et ceux de sa faction ; mais l'exemple de ces Pères ne fut point suivi. £t quoique , de leur côté , ils ne manquassent non-seulement à aucune des formalités nécessaires en pareilles occasions, mais même à aucun des devoirs d'honnêteté que la bienséance et la charité demandent , on n'y répondit que par des viotoces et des rusticités, qui ne donnent pas une idée
bien avantageuse de la politesse et du savoir-TÎvre de leurs
parties.
Les lettres et rordoniiance de Mgr l'éTéque de Léon arrivent à Brest le 23 de mai 1703. Les jésuites vont aussitôt au château pour prendre sur cela les ordres de M. le commandant^ qui l'est en môme temps de la ville. Ils voulaient aller de là chez M. le recteur et chez M. le maire ; mais M. le commandant les pria d'attendre qu'il eût parlé à ces Messieurs. Il le lit, le lendemain 24, et leur conseilla, quelque parti qu'ils prissent, de ne se point déshonorer par de mauvaises manières.
Le 25 ^ quelques bourgeois s'assemblèrent chez M. le sénéchal , et chargèrent M. le maire de représenter aux . Jésuites qu'il était à propos, et qu'on ferait plaisir aux habitants de ne point exécuter l'ordonnance de Mgrr l'évêque , sans la participation de M. le niar»jchal d'Estrées, commandant général pour le Roi dans la province. M. le commandant de Brest se joignit au maire pour porter les Jésuites à surseoir; et, quoique ces Pères comprissent bien qu'on ne leur faisait demander ce délai que pour avoir le temps d'écrire à Paris au député et de prendre des mesures
contre eux , ils crurent devoir cette déférence à M. le commandant, et cette marque de modération aux habitants. Ils consentirent à tout ce qu'où voulut. Cependant l'huissier , déjà chargé do l'ordonnance de Mgr l'Évêque , ne laissa pas de la signifier le lendemain 26 : ce qui prouve assez que les Jésuites n'ont pas manqué aux lormalilés essentielles, comme le député et ses avocats le prétendent, en même temps qu'ils parlent de cette significa'*
tion même , dont ils semblent faire un crime aux Jésuites. Hais -le public jugera si Ton pouvait prendre trop de précautions avec des gens qui , pour raison de leur désobéissance aux ordres que M. le maréchal d'Estrées leur avait envoyés, par une lettre écrite à M. le commandant de Brest, ne répondirent autre chose , sinon quer la lettre n'était point en papier timbré.
Durant la surséance que les Jésuites accordèrent, jusqu'à ce qu'on eût reçu les ordres dont on ' vient de parler , voici ce qui se passa ; car on est bien aise de rapporter exactement les faits jour pour jour , et d'en marquer les dates.
Le 27 de mai , jour de la Pentecôte , on lut au prône , dans la nouvelle église , rordoniiaiice de Mgr l'évêque de Léon. La grand'messe finie ; le sieur de Keranmoal , premier marpiillier , qui a été depuis exilé , par lettre de cachot, pour ses beaux faits, voulut aussi faire un prône à sa manière , et , montant sur un banc dans la croisée , se mit à haranguer militairement l'assistance d'une manière fort pathétique et fort touchante. Le but de son discours tut qu'il ne fallait point obéir à l'Évêque, et, pour profiter de l'émotion qu'il crut que son éloquence avait causée dans les esprits, il descendit de sa tribune, et, sans se donner le temps de s'essuyer ou de se rafraîchir , il prit le cahier de la paroisse, où il écrivit le résultat fie sa harangue, qui était que Messieurs les prêtres et les habitants s'opposaient à l'ordonnance et en rappelaient comme d'abus. Le curé fut le premier à signer contre son ÉvLujue; les prêtres qui se trouvèrent là, pour la plupart étrangers, eurent
— diode la peine à suivre son exemple ; ils ne le firent que sur ce qu*on leur donna à entendre qu'il ne s'agissait que de faire
connaître les ecclésiastiques qui étaient dans la ville, et il ne faut point d'autre preuve de cette surprise que la protestation qu'ils en firent , depuis, à Mgr l'Êvéque, le 9 de juin, en lui demandant pardon d'une faute qu'on leur avait fait commettre par supercherie. Ce ne fut que par de semblables artifices qu'on vint à bout de faire signer aux habitants; on porta le cahier dans les maisons de (iuol([ues particuliers ; on dit aux uns que toute la marine et tous les honnêtes gens avaient signé ; aux autres, qu'ils devaient craindre , s'ils ne signaient, que les échevins ne les chargeassent de gens de guerre. Et malgré toutes ces ruses , la signature se trouve si peu chargée d'honnêtes gens , qu'il n'y a point de paroisse de campagne où, pour une bonne cause , il ne s'en trouvât davantage à signer : c'est ce qui a fait conclure à la cour qu'il faut qu'il y ait très-peu • d'honnêtes gens ù Brest, ou qu'ils soient presque tous pour les directeurs du Séminaire royal de la Marine.
Voilà à quoi (i®"" juin) les parties des Jésuites employèrent le délai qu'ils avaient demandé à ces Pères le 25 mai jusqu'au i*' de juin, qu'arrivèrent les ordres de M. le maréchal d'Estrées, qui écrivit à M. de La Reinterie, commandant de la ville et château de Brest, pour lui mander de presser l'exécution de l'ordonnance de Mgr l'évéque, laquelle , étant provisoire, devait toujours avoir son effet , malgré toute opposition , suivant l'ordonnance du Roi de 1695. C'est à quoi, si les sieurs Couët et Laùthier avaient
fait attention, ils n'auraient pas avancé que l'opposition F II
des habitants est suspensive : ce qui peut faire mal penser de leur capacité ou de leur lionne foi.
Les Jésuites s'étant rendus au château, le l*' juin (1703), M. le commandant envoya quérir le maire et les échevins, et, en présence des oiliciers, leur fit la lecture de la lettre de M. lemaréchal. Tous convinrent qu'il fallait obéir. Sur cela, il mena les Jésuites et M. le maire au presbytère, et , de là, à la nouvelle église, où le curé disait une grand'messe, après laquelle M. le commandant vint trouver le curé, à la sacristie, et lui dit ces paroles : c Je ne viens pas, Monsieur, vous c apprendre à obéir à votre évêque, c'est à moi à recevoir • sur cela vos leçons; je viens seulement vous assurer que c vous ferez plaisir à M. le maréchal, commandant général I de la province, d'exécuter au plus tôt son mandement, et c que les Jésuites auront pour vous tous les respects et t toutes les déférences dues au pasteur de la paroisse. »
On ne pouvait prendre le curé dans une circonstance plus favorable pour en attendre des paroles de charité et dedouceur. Il sortait de l'autel ; cependant, comme s'il l'eût oublié, il dit cent duretés aux Jésuites et même à M. le commandant ; et ensuite, deux de ses prêtres s'étaut mis de la partie , ils firent un vacarme très-peu convenable à leur caractère et au lieu où ils étaient, et s'emportèrent ensemble avec tant d'excès contre leur évéque et contre M. le maréchal, que le commandant fut obligé de leur imposer silence.
Le curé, voyant que ses invectives n'étaient pas bien reçues, baissa .de quelques tons , et, commençant à se fonder en raisons, il voulut faire montre de son cleigé nom-
breux, et donner à entendre qu'il n'avait pas besoin d'autre
secours pour desservir la paroisse. Mais on n'eut pas de peine à lui faire voir que, de tous les prêtres qu'il s'attribuait; il n'y en avait que trois au plus qui pussent lui appartenir , et qui dussent être regardés , avec quelque apparence , comme habitués à la paroisse. Celui-là , lui dit-on, eu les lui dési^^nant les uns après les autres, est de la paroisse de Saint-Vouga, et n'est à Brest que pour y plaider; cet autre est de la paroisse de Kernilis, et il n'a quitté la Mission de Piougucrnau que pour venir ramasser ici un reste de quête ; ce troisième est du séminaire de la marine, et il y a couché encore cette nuit; pour ce jeuno homme , il est écolier de rhétorique à Quimper et devrait être au collège. Le prêtre sacristain réclama l'ecclésiastique du séminaire et assura, avec un air fort dévot , que ce prêtre, qu'il n'avait jamais vu dans l'église que depuis deux heures, était prêtre habitué de la paroisse, et que s'il avait couché la nuit au séminaire, c'était dans ledeseind'y faire une retraite. Mais son air dévot n'imposa à personne, et ne servit qu'à faire connaître qu'il y a des gens qui savent mentir avec onction. L'ecclésiastique même, dont il s'agissait, désavoua, en s'approchant des Jésuites , et en leur protestant qu'il n'avait nulle part à ce petit manège. . Le curé, voyant que le dénombrement de son clergé prétendu n'avait point réussi à son honneur, et, n'ayant rien de bon à opposer aux ordres de son évêque , abandonna la question du droit, pour s'en tenir à celle du fait, qui était : que ni lui ni les paroissiens ne souiïriraient que les Jésuites disent la messe dans l'église neuve. Ce fut la déclaration
qu'il fit, en 86 toaraant vers le peuple, comme pour lui
donner le signal de la rébellion.
Voilà de quelle manière se comporta ce bon pasteur. Il est vrai» comme dit le député et ses avocats, qu'il aurait été
dans les règles r[u'une telle permission , c'est-à-dire , l'ordonnance de 1 evêque, pour rectilier les termes de ces Messieurs, eût été agrée par le curé. Jésuites firent toutes les démarches qu'ils devaient pour cela : ils allèrent, avec M. le commandant qui les conduisait, au presbytère du curé où, ne l'ayant pas trouvé, ils vinrent le chercher à l'église, et se présentèrent à lui pour lui demander son agrément par rapport à l'exécution de l'ordonnance. On ne peut faire les choses plus dans les règles. Si le curé , de son côté, eût voulu faire ce qui était dans les règles , au lieu d'éclater , comme il fit, en paroles outrageantes et contre son évéqueet contre le maréchal d'Estrées, commandant général de la province, etcontreM. lecommandant de Brest présont, il se serait soumis avec respect aux. ordres du prélat; ou , s'il eût cru devoir y former quelque opposition, pour la conservation de ses droits, il se serait contenté des formalités juridiques usitées en pareilles rencontres, et n'aurait point taché, par des discours séditieux, d'exciter le peuple à la révolte ; ce qui obligea M. le commandant, pour prévenir le mauvais effet que pourraient produire, dans l'esprit du i)euple , les paroles inconsidérées du curé, peu convenables à son grand fige, d'ouvrir entièrement la porte de la sacristie et de parler lui-même au peuple. Il le fit encore plus en Père qu'en Gouverneur. Le peuple, qui, dans toute celte affaire, s'est comporté avec une sagesse qui a confondu plusieurs de ses
chefe, et qui a mérité, par sa conduite, les ménagements
que M. le maréchal eut pour lui cette année, écouta , avec toute sorte de respect , ce que lui dit M. le commandant pour l'engager à persister dans son obéissance, et prêta le même silence aux paroles du supérieur des Jésuites, qui dit tout haut qu'il était sûr de l'affection du peuple , que les Jésuites servaient gratis jour et nuit depuis dix-sept ans , en le secourant dans ses besoins spirituels et même dan^ les temporels, et qu'il répondait que ce peuple assisterait avec joie au sacrifice qu'il allait offrir pour eux, si on lui donnait des ornements. Sur le refus qu'on ût de lui en donner, M. le commandant en envoya quérir au séminaire aussi bien qu'un autel. Les prêtres et leur cabale firent aussitôt fermer les portes de communication par où on les devait apporter > et il fallut que le commandant usât de menaces pour en faire retrouver la clef qui avait disparu.
Ce fut dans cette conjoncture qu'un misérable violon de la ville, homme marié, mais qui, pour gagner quelque chose aide quelquefois^ chanter au lutrin, faute d'ecclésiastique , s'étant émancipé ii vouloir parler dans le style de son curé, et à tenir des discours séditieux , M. le commandant qui savait de quelle conséquence il était d'arrêter ces premiers mouvements, et qui , au lieu de ces trente fusiliers (ju'on lui donne dans la rc(iU(He, n'avait avec lui qu'un seul laquais, fut obligé de prendre lui-même ce prétendu chantre par le bras, et de le conduire à deux cent pas de là au corps de garde, où il donna ordre qu'on lui donnât dix fusiliers pour les mettre à la porte de la croisée de l'église, afin d'empêcher le désordre et la mutinerie,'que le déchsd^
nement du curé et de quelques-uns de son parti donnaient
lieu de craindre.
Voilà ce que c'est que l'histoire de ce sieur Le Berre dont on fait tant d'éclat dans la requête» et dans qui le député et ses avocats semblent se plaindre qu'on n'ait pas assez respecté le caractère prétendu de chantre, (jui ne l'aurait pas mis plus à couvert d'un châtiment rigoureux , s'il avait eu afiEûre à un gouverneur moins modéré.
M. le commandant étant rentré h l'église, le supérieur du séminaire dit la messe , sans qu'aucun habitant donnât la moindre marque de chagrin ni de mécontentement. Le peuple l'entendit en silence et avec dévotion, et les dix fusiliers, que le commandant avait mandés , n'étant arrivés qu'à la hn de la messe, se tnirent hors de l'église, où ils furent fort inutiles; car, M. le commandant ayant fiiit ouvrir la grande porte, etquantitéde personnes étantentrées dans l'église, avec M. le supérieur du séminaire , il n'y eut aucune foule en sortant.
Jusqu'ici, comme on voit, hors les dix fusiliers qui n'arrivèrent que sur la fin de la messe, et qui n'entrèrent pas même dans l'église, rien ne s'est fait à main armée, la m^sse s'est dite tranquillement et avec l'édification du . peuple qui l'entendait. Cependant M. le curé de la paroisse, dans un écrit qu'il dresse de concert avec ses prêtres , tel qu'il leur plaît, n'étant signé que d'eux seuls, et qu'il envoie cependant au député de Brest , comme pièce juridique, en qualité de procès-verbal , sans que ni les parties ni aucun notaire n*aient été appelés , à l'assurance , pour ne rien dire de plus fort, d'exposer que le recteur du sémi-
naire royal de la marine , qu'il ne veut qualifier que de recteur de la maison des Jésuites , est venu, escorté de M. de la Reinterie, commaDdant ès ville et château de Brest, soutenu par.one troupe de soldats de la garnison , sous l'appui desquels le recteur des Jésuites a, les armes à la main , célébré la sainte messe sur une lable qu'il a fait apporter de la maison. Dans ce beau procès-verbal , tout change de nom et de nature : M. le commandant de Brest, qui fait l'honneur au curé de lui venir présenter lui-même le supérieur des Jésuites, devient une escorte ; un simple laquais qu'il a à sa suite se trouve métamorphosé en une troupe de soldats ; le Jésuite qui célèbre la messe paraît un gendarme , armé de pied en cap ; l'autel sur lequel il célèbre n'est qu'une simple table, et; dans la suite de l'exposé, le corps-de-garde est changé en cachot.
Voilà ce que le curé appelle un procès-verbal , où il a été le notaire, et où les prêtres ont servi de témoins et de parties, ne se croyant pas apparemment obligés aux formalités essentielles, comme on peut le lui reprocher, avec plus de fondement que le député et ses avocats ne l'ont fait aux Jésuites.
La messe étant finie, les marguilliers renouvelèrent leurs
oppositions du 28 de mai , mais sans aucun mauvais procédé; et, après des honnêtetés mutuelles qu'on se lit de part et d'autres, on sortit de l'église; M. le commandant ' retourna au château , et chacun se retira chez soi.
Jusqu'ici , à l'exception du curé et des prêtres qui avaient donné l'exemple aux habitants, personne n'était sorti des
bornes de la iTiodération , et chacun avait soutenu ses droits selon les règles de la bienséance ; les Jésuites avaient rendu visite aux principaux bourgeois de la ville , et en avaient reçu d'eux , lorsque , sur le midi, le courrier ayant apporté les réponses du député de Brest aux lettres qu'on lui avait écrites le 23 de mai , au sujet de la nouvelle ordonnance de Mgr révéque de Léon , on vit les choses changer de face par les lettres de ce député, qui apportèrent avec elles la violence et le désordre.
H. le commandant, qui avait toujours été dans les intérêts
des habitants , et qui n'avait agi que par les ordres de M. le maréchal coni mandant de la Province , fut regardé comme un traître; M. le maire , homme sage et modéré, quoiqu'il eût été toujours plus opposé que personne à l'union de la nouvelle église au séminaire, ne put éviter d'être traité de la même manière, de sorte que la femme d'un premier juge de la ville voulut prendre en main une cause qui lui paraissait abandonnée par ceux qui la devaient défendre , et, ayant engagé son mari à entrer sur la scène, eut l'indiscrétion de dire dans une compagnie ces propres paroles : c Puisque le gouverneur et le maire ont vendu la ville, la < justice va se mettre à la téte des habitants. » Et sur cela trois prêtres excitèrent plusieurs bourgeois, même des domestiques des Jésuites à aller chez le magistrat, mari de cette femme, pour en recevoir de bons conseils.
Voilà l'origine de tous les désordres qui arrivent le lendemain. La lettre du député ralluma le feu de la sédition
qui commençait à s'éteindre, on sonna l'alarme de tout
— iN —
côté, le parti se ranima, et une femme se mit à la téte de la cabale : Dux fœmim faeti.
Cependant ces Jrsuitos qu on accuse, dans la requête, d* avoir toujours usé d'artifice pour troubler Tordre du service pontifical, ou en disant la messe quand le prédicateur montait en chaire, ou en enipècliant les prêtres habitués de se revêtir des habits sacerdotaux pour aller à l'autel, prirent une précaution bien opposée à cette conduite : car, pour ne rien troubler au service de la paroisse, ils envoyèrent, sur le soir, demander au curé à quelle heure il souhaitait, pour sa commodité, et pour celle de MM. les prêtres et du public, qu'ils disent leurs messes le lendemain. M. le sacristain, prêtre de la paroisse, répondit dé\oiemeul : à quatre heuî es du soir. M. lo curé et les autres prêtres qui tenaient chez lui conseil de guerre, et qui fabriquaient apparemment ensemble le prétendu proc^-verbal dont on a parlé, furent frappés de la vivacité et du sel ([u'ils trouvèrent dans une réponse si spirituelle, et ne purent s'empêcher d'y applaudhr et de la répéter avec admiration.
Tous ces préludes donnèrent lieu aux Jésuites de croire que, quoiqu'il y eût eu quelque bruit ce jour-là, les choses ne se* passeraient pas si doucement le leudemain.
En effet, on ne sonna i^Vi%V Angélus le matin, selon la coutume, on n'ouvrit point les portes de l'église, afin de frapper le peuple par l'attente de quelque chose d'extraordinaire et de Tattrouper. A six heures et demi, un Jésuite se présente pour dire la messe, on lui répond qu'on va quérir la justice pour faire ouvrir l'église, selon ce qui avait été concerté la veille. A sept heures, deux des pre-
mîers juges de robe, M. le maire, les marguiUiers, quelques bourgeois, deux notaires, le curé et ses prêtres, étant entrés dans l'église, et y ayant fait de longues écritures, les juges, *qui s'étaient ingérés là sans en être requis ni par M. le procureur du Roi, ni par M. le lieutenant général de police, qui a fait un procès-verbal de leur descente irrégulière dans l'église neuve, demandèrent au Jésuite oe qu'il souhaitait.- Il répondit, adressant la parole au curé : je viens vous prier, Monsieur, de me faire prêter des ornements pour dire ici la messe, comme nous tïmes hier, selon l'ordonnance de Mgr l'évôque, autorisée par H. le maréchal commandant général en Bretagne, et par M. le gouverneur de Brest. Les dçux juges répondirent ([u'un s'y opposait formellement. Le Jésuite, sans entrer en discours avec des Juges qui s'ingéraient mal à propos dans une aifaire oii ils n'avaient nulle autorité, continua toujours d'adi'esser la parole au curé, et lui dit que, puisqu'il taisait ditïiculté de lui prêter des ornements, il le priait de trouver bon qu'il en fit venir du séminaire de la marine. Après quoi ce Père, se retirant, dit en particulier à ces deux juges qu'il ne savait pas s'ils avaient assez prévu les conséquences de ce qu'ils taisaient; que les choses s'étaient passées assez tranquillement la veille; mais qu'il appréhendait que cette démarche, faite à l'insu du gouverneur, ne causât du tumulte, et qu'on aurait dû s'en tenir à 1 opposition laite quelques jours auparavant.
M. le commandant, averti de la désobéissance de ces Messieurs, aux ordres de leur évêque et de leur commandant général, M. le maréchal d'Ëstrées, et, en apprenant
en même temps que le peuple s'attroupait, et remplissait
tout le marché qui est devant Tëglise neuve, y envoya trente soldats, et choisit exprès, pour les commander, un ancien lieutenant, homme fort modéré et fort sage.
Voilà les affaires qui commencent & se brouiller. Mais avant d'entrer dans la mêlée, il est ])Qn d'expliquer ce que c'est que ce Jésuite que le député et les avocats mettent à la téte des tr^te fusiliers dont il est question, et ce prêtre couché en joue à l'autel. Les trente soldats étaient Tenus du château à l'église, sans avoir aucun Jésuite à leur téte, ni avec eux. Après qu'ils furent arrivés, ils demeurèrent à la porte près d*une heure sans entrer. Pendant ce temps-là un Jésuite, qui venait à l'église, passa au milieu d'eux, comme mille autres qui venaient y entendre la messe. Et voilà ce que le député de.Brest appelle être à la téte des Soldats. Sur ce pied-là, les trente fusiliers eurent, dans ce jour, plus de mille commandants différents. Aussi toute cette fable n'a-t-ello eu d'autre fondement qu'une plaisanterie que dit, le même soir, au supérieur des Jésuites, à l'assemblée qui se tint chez M. le commandant, un' des deux juges dont on a parlé ; car, ayant dit, en badinant, qu'il avait vu un Jésuite ù la téte de 30 soldats, le supérieur lui demanda, sur le même ton, quelle action de bravoure il avait vu faire à ce nouveau capitaine; sur quoi le juge, qui est vit' et franc, se mit à rire et dit : Le Père est entré dans l'église, s'est mis à genoux, et a prié Dieu de bon cœur.
Voilà à quoi se réduit précisément la fiction sur ce Jésuite
ù la téte de 30 fusiliers, et à ({ui on fait prendre la précaution d'examiner par lui-même si les armes sont en bon
état. Le premier qui a débité cette circonstance, est le prêtresacristain de la paroisse, qui a été, depuis, interdit par Mgrl'évéque, et exilé par ordre du Roi; encore s'était-il contenté dédire, en général, en racontant la chose : On a appris. Mais le député de Brest qui ne rougit point, et qui serait tàçbé de ne pas renchérir sur la calomnie la plus grossière, retranche ces termes vagues qui marquent de rinoertitude , et assure comme une chose positive que le Jésuite a pris la précaution d'examiner par lui-même si les armes étaient en état. Il met la chose en caractères italiques, pour lui donner plus de poids, ajoutant, ce qui est notoirement faux dans tout Brest, et & quoi il n'y a pas eu la moindre apparence, que ce Jésuite avait amené les soldats du château, et était venu à leur tête. C'eût été un spectacle assez extraordinaire qu'un Jésuite, à la tétede 30 soldats, pour exciter la curiosité et l'attention du peuple qui était attroupé dans la grande place vis-à-vis l'église. Cependant personne n'aperçut le Jésuite dans la marche ; et il faut croire qu'il trouva le moyen de se rendre invisible, aussi bien que la sacristie postiche dont on a parlé dans la première partie de ce mémoire.
La seconde fable du prêtre couché ^ joue, tandis qu'il
était à l'autel, et sur lequel la requête dit qu'on a tiré, est à peu près du même caractère. On ne s'arrête pas à montrer l'absurdité qu'il y a dans cette accusation, oii l'on veut qu'au lieu de coucher en joue, ou le curé ou les autres prêtres, qui défendaient l'entrée de leur église, comme on aurait défendu l'entrée d'une place, on s'avise de vouloir . tirer sur un prêtre j ui, loin d'avoir aucune part à ces vio-
leiices, était occupé à un ministère dont la sainteté seule le rendait respectable ; mais ni le prêtre qui était à l'autel, ni les autres qui n'y étaient pas, ni aucun des assistants ne fut couché en joue. Et yoici tout le dénoûment de cette
fable.
Le curé, à la vue de trente soldats qui étaient à la porte de l'église, y accourut, et, à l'aide de trois ou quatre prêtres, se mit en devoir de la barrer, pour se retrancher derrière. Choqué ensuite de la figure d'un grand soldat qui s'était un peu plus avancé que les autres, il lui jeta son étole sur le éol, comme s'il eût voulu l'exorciser, et se mit à le tirer violemment à lui. Un des camarades du soldat, à qui l'clole ne lit point de peur, entra sous le tambour de la porte, pour tirer, des mains de l'exorciste, ce nouvel ënergumène. Le peuple, attiré par cette espèce de combat, étant accoui'u on loule, poussa, en se pressant, le bras du soldat qui était dans le tambour et qui avait la main sur le chien de son fusil, appuyé contre son bras gauche, le bout en haut ; ce mouvement violent fit débander le ressort dont le repos ne valait rien, le coup partit, brûla la main gauche du soldat, perça perpendiculairement le haut du tambour, fit lâcher prise au curé, et mit fin à Texorcisme.
Voilà toute l'histoire du coup tiré sur ce prêtre couché en joue, tandis qu'il était à l'autel. Personne ne s'avisa alors de faire un procès sur ce coup tiré; il n'en fut pas même parlé le i^o'ir dans l'assemblée qui se tiiit au château, où, de chaque coté, chacun exposa ses griefs aussi au long qu'il lui plut; et l'on atteste ici la foi et la probité de MM. les juges, et de M. de la maison de ville, s'ils ne con-
viennent pas encore aujourd'hui que le coup ne fat tiré que par un pur hasard. La trace seule de la balle qui est tout à
t'ait perpendiculaire, et que M. le maréchal, Mj^r l'évêque, et M. l'intendant de Brest ont examinée, suHit seule, selon le jugement qu'ils en ont porté , pour détruire la calom-» nie.
Après la fausseté inanil'este de deux calomnies aussi criantes que celles dont on vient déparier, le public jugera quelle créance méritent des gens qui, dans une requête adressée an Roi, ont la hardiesse d'employer des impostures de ce caractère.
Au reste, ce qu'on dit ici est moins pour justifier la conduite des Jésuites, que pour rendre témoignante à la vérité. Ces Pères ne sont point responsables des excès que pourraient commettre des soldats qui ne reconnaissent point leur autorité; et si ces soldats s'étaient échappés à quelque violence à l'égard du curé, il ne devait s'en prendre qu'à son indiscrétion et à son imprudence, de s'aller commettre avec eux, et de croire qu'il n'y a qu'à leur jeter l'étole au col pour les désarmer. C'est une action qui dément l'âge du curé et qui conviendrait mieux à un prêtre de 25 ans qu'à un curé à qui on en donne 75. Mais ce qui est de vrai , et ce qu'on est obligé de dire , à la contusion de ce curé de 75 ans, c'est que les soldats furent beaucoup plus modérés que lui, et qu'ils se contentèrent, l'un de dép:aiîor son col do l'étole, l'autre d'aider son camarade à se retirer des mains du curé, sans lui faire d'autre violence.
Le lieutenant, envoyé à la téte des 90 fùsiliers, les > ayant fait rester à la porte de l'église, y entra , et exposa
la commission qu'il avait de M. le commandant de faire exécuter l'ordonnance de Mgr l'évéque , et demanda qu'on laissât dire la messe aux Pères Jésuites. Le curé et ceux
(le son parti refusèrent d'obéir ; et , quelque chose que pût faire le lieutenant, pour leur représenter les suites de leur désobéissance et de leur rébellion , il n'en, put rien obtenir. Quoiqu'il eût main forte pour se faire obéir, il aima mieux donner avis à M. le commandant de tout ce qui se passait, pour eu recevoir de nouveaux, ordres.
M. le commandant, surpris d'un procédé si étrange, vint lui-même, sur-le-champ , accompagné de trois capitaines, et, à son arrivée, le peuple, par respect, s'écarta à droite et à gauche pour lui faire place , à la réserve de je ne sais quel rustaut qui, n'ayant pas jugé à propos de se ranger comme les autres , obligea le commandant de le repousser de son chemin , avec menace de punir son insolence. Et là précisément se réduisent toutes les bourrades et les coups de canne qu'on fait valoir dans la requête.
Cependant les deux juges, les marguilliers, et autres du parti, se retirèrent incognito et sans bruit ; mais le curé et les prêtres tinrent bon, et ne se contentant pas de vouloir disputer l'entrée de l'église au gouverneur, lui dirent encore cent duretés, le traitant de méchant catholique mal con->verti , de reste de calviniste , et qui n'était pas même chrétien. C'est pour couvrir les emportements furieux et les extravagances scandaleuses de ce curé , aussi bien que l'insolence de ce» prêtres que le député et ses avocats ont feint, contre toute vérité, qu'on l'avait pris au collet et tiré par son étole d'une manière si outrée que le surplis en fut
déchiré ; que le commandaut, qu'ils se contentent de nommer l'officier principal, afin de diminuer l'horreiir de lears excès et de leur révolte, en dissimulant le caractère et la
qualité de celui (jui commandait en chet dans la ville et qui y représentait la personne du Roi , que le commandant, dis-je, s'étant avancé d'un air à faire craindre qu'il ne se portât à une plus grande extrémité contre le curé , le sieur Cargour retint, avec ses mains le bras de l'officier, comme il le nomme, qui , dit-on, le traita sur-le-ciiamp de séducteur du peuple , le menaça de coups de canne et de le faire chasser de la ville.
Voilà le roman , et il a pu paraître d'autant plus vraisemblable qu'il n'aurait pas été surprenant qu'on eût usé de quelque violence pour repousser celle de ces prêtres qui, oubliant eus.-mi'ïnes leur caractère, prétendaient défendre leur église à main armée contre leur commandant et leur gouverneur. Mais, à quelques excès qu'ils se portassent, le commandant et ses officiers demeurèrent toujours dans les bornes; et, ce qu'il y eut d'atlniirable dans tout ceci , c'est que les gens de guerre se comportèrent en gens d'église, c'est-à-dire, avec toute la modération qui conviendrait à des prêtres , 1 1 (jue les gens d'église se comportèrent en véritables gendarmes, c'est-à-dire, avec toute la fureur et l'insolence qu'on pourmt attendre d'une compagnie de dragons.
Mais , nonobstant tous leurs excès et malf^ré l'emportement du curé en particulier, on ne lui fit aucune violence, on ne le prit point au collet , on ne le tira point par son étole, et, si son surplis s'est trouvé déchiré, ce qu'on ne
sait' pas au vrai , il uc doit s'en prendre qu'aux mouvements conTulsife qu'il se donna dans cette espèce de mêlée, où il parut un des plus violents acteurs. Ce qu'il y a de merveilleux en ceci , est que celui qu il accuse de l'avoir |>ris au collet, comme pour l'étrangler, est un officier qui a perdu un bras au service du Roi , et qui avait même alors assez de peine à marcher ; de sorte que la ridicule accusation (lu curé donna beaucoup à rire aux officiers de la garnison , qui disaient , en raillant, à leur confrère, qu'on Taocusait d'avoir voulu étrangler le curé avec ses deux mains. Rien n'est donc plus faux et plus fabuleiA que ce narré , sur lequel on s inscrit ici hautement en taux : on ne porta point la main sur le curé; mais ce fut le sieur Gargour qui eut lui-même Tinsolence de la porter sur M. le commandant. On saitqu*en Ci*s occasions, il est bien difficile a un gouverneur, qui se voit niancfuer de respect en public , d'être maître de soi-même et de faire attention au caractère de celui qui Tinsulte. Cependant , preuve bien sensible de la religion de ce gouverneur, il ne mit point la main sur cet insolent , dont les attentats ont été , depuis , punis par la cour. Il se contenta, de l'aveu même du député, de le traiter de séducteur du peuple , comme il Tétait en effet, ayant été, depuis, interdit de son Évéque et exilé comme tel , et de le menacer de le chasser de la ville ; car pour les menaces de coups de canne , quoiqu'elles fussent pardonnables dans un premier mouvement , le commandant n'en vint point là, et, sans faire davantage attention ni aux paroles outrageantes de ces prêtres furieux \ il prit
tout le peuple à témoin de leur conduite séditieuse , dont il F. K%
leur déclara qu'il instmtniit la cour. Et, oomme te Jésuite quiélait venu le luatiii pour dire la messe s'était déjà retiré il y avait lon^mps » sur le refus qu'on lui avait fait de lui permettre de la dire, le gouverneur en envoya chercher un au séminaire, avec un autel et des ornements, et il fit dire la messe devant lui. Il voulut même, après s'être retiré et avoir fait retirer les soldats , que les Jésuites disent encore deux messes, pour faire voir que le peuple ne suivait pas les égarements de son pasteur.
Voilà comment stf passa la matinée du 2 de juin , dans -laquelle«les Jésuites, à qui la requête impute tout, ne
iirent autre chose que de demander à dire la messe et de se retirer sur le relus qu'on leur lit de le periuettre. Ainsi quelque désordre qu'il ait y pu avoir, les Jésuites, qui n'étaient pas présents , n'y ont point eu de part , et l'on ne sait sur quoi ibndé le député veut leur en faire un crime. Qui donc en répondra ? Le gouverneur? Il n'y a pei*soone qui , en lisant l'exposé qu'on vient de faire de tout ce qui se passa , et sur lequel on ne craint point d'attester tout le peuple de Brest, ne loue la modération du commandant en chef dans la ville , qui n'a pu faire autre chose , pour l'aire exécuter les ordres de M. le maréchal commandant général de la province, que de se rendre lui-même à l'église, voyant qu'on refusait d'obéir à un otficier envoyé de sa part , et qui, malgré toutes les insultes et tous les outra- * ges par lesquels on viola sa dignité et son caractère , n'éclata jamais qu'en des menaces justes et nécessaires. C'est aux prêtres et plus encore au curé qui était i\ la tête , à répondre d'un désordre et d'un scandale qu'ils ont causé
par leur rébellion contre leur Évéqué , contre leur cornmandant général, M. le maréchal, et contre leur commandant dans la ville de Brest, M. de la Reinterie, et enfin contre toutes les puissances divines et liuaiaiues. Quelque bien fondés qu ils pussent être dans leur opposition, l'église ^ estelle faite pour soutenir un siège ? C'est leur honte, leur confusion et leur crime , qu'un gouverneur ait été obligé de se faire accompagner de gardes dans le temple du Sei* gneur, pour forcer des gens, qui devaient prêcher Tobéissance aux autres, d'obéir à leur Evéqueet à leur ronnnandant général; qu'avec ce secours même de gens de guerre, il ait eu de la peine à réduire des prêtres qui en sont venus à cet e&cès, que de vouloir faire violence à leur gouverneur, et que de déshonorer et d'avilir leui' caractèi e en se coUe- 4ant avec des soldats ! %
Quand, dans l'assemblée qui se tint dans l'après-diner
de ce même jour (2 juin) an cliâteau, le subdélégué de M. rinteudaiit, M. le maire, le premier marguillier et les deux juges, se trouvèrent avec les Jésuites, l'un de ces juges se plaignit ({u on avait voulu les faire insulter, le matin, j)ar une ti uupt' (le soldats ; M. le ronnnmandant sut bien répondre aux deux juges, après leur avoir donné un avis sur l'air brusque et effaré avec lequel ils étaient entrés en sa présence, qu*il n'avait point envoyé de soldats pour les insulter, mais pour les taire obéir à K'ur t'vêtjue et à leur commandant général, M. le maréchal d Estrées, et pour empêcher que leur mutinerie et celle du curé et des prêtres ne passât jusqu'au peuple. Les juges nièrent qu'il y eût des ordres de M. le maréchal. Le commandant qui les avait donnés au marguillier pour les faire voir à ces juges et à
\ Messieurs de ville, lui en demanda raison. Le margaillier
répondit qu'il y avait plus de vingt-quatre heures qu'il les avait montrés aux autres. La défaite dont se servirent les juges» pour 'sortir de ce pas, paraîtra fort curieuse. H est
bien vrai , dit l'un d'eux, que nous avons vu les ordres, mais ils n'étaient pas en papier timbré.
Cette réponse, digne d'un procureur fiscal de village, fit
pitié à tout le monde. Mais l'un de ces doux }vi^os tut encore plus embarrassé , quand le lieutenant , qui avait commandé le matin ses soldats, Taecusa de l'avoir menacé de faire armer le peuple. Le juge se défendit fort mal, et ne laissa pas, le lendemain, de s'applaudir en public de la chose même dont il s'était si mal défendu, en présence du commandant, lequel, ne cherchant qu'à remettre le calme dans les esprits, voulut bien fermer les yeux sur beaucoup de choses qui s'étaient passées, et qui méritaient châtiment; de sorte qu'après que chacun eut dit ses griefe, sans que personne s'avisât de parler du coup de fusil tiré de la manière dont on l'a dit, M. le commandant disposa les parties à entrer en accommodement, et l'on convint, de part et d'autre, que po^ur ôter toute preuve de désobéis- .sance, on ferait entendre, le lendemain, au peuple, les ordres de M. le maréchal. Et, comme cela ne se pouvait faire qu'à la grand'messe, il fut arrêté, de concert avec les Jésuites, qu'ils ne diraient point ce jour-là, 3 de juin, la messe dans l'église neuve, mais que, dès le jour d'après, 4 de juin, il leur serait permis de la dire sans aucune opposition, avec parole que désormais tout se passerait dans les règles de l'honnêteté et delà bienséance.
Suivant cet arrêté dont on était convenu, poui' pacilier
tout, le ieiidemain, dimanche de la Trinité (3 de juin), on lut à lu grand'messe les ordres de M. le maréchal, qui furent reçus du peuple avec respect. Les Jésuites ne parurent point à l'églisê neuve, et ne manquèrent à rien de ce qu'ils avaient promis. Ils firent même plus que ce qu'ils s'étaient engagés à taire; car ils allèrent, Taprès-diner, chez le curé et le marguillier, et, n'ayant trouvé ni Tun ni l'autre, ils envoyèrent sur le soir chez le curé, pour savoir à quelle heure il souhaitait qu'ils disent leur messe, le lendemain. Ce bon pasteur ne répondit autre chose, sinon qu'il s'y opposait. Un Jésuite, y étant retourné, en reçut la mrnie réponse, et ce Pere lui ayant représenté que M. le commandant, les deux juges, le maire et le marguillier avalent répondu de son consentement, et qu'on était con- • venu de tout: On estconvenu, dit-il, que je m'opposerai. Le Jésuite, ne pouvant tirer d autre raison , alla rendre compte de cette conversation à M. le maire, qui le rassura, en lui disant qu'il y avait du mal -entendu, qu'il parlerait au curé, etc[u'on pouvait, le lendemain, venir dire la messe dans réglise neuve.
Les Jésuites, sur la parole de M. le maire, envoyèrent, le lendemain, un de leurs Pères, |)our dire la messe à la paroisse. Il y ti'ouva les prêtres, le vicaire et le sacristain à la tête, encore prêts à soutenir un second siège, et, sur le refus qu'on lui fit de lui laisser dire la messe, il se retira. Ceci se passa sur les 7 heures (4 juin, lundi de la Trinité).
le comaiandant , informé de ce procédé si bizarre , et indigné d'avoir alfaûre à des gens qui ne gardaient nulle mesure , et qui àllai^t forméllement contre ce qu'on
avait arrêté de concert avec eux , envoya l'aide-major du château avec dix soldats , et voulut absolument qu'on dit
la messe. Cet officier se lit obéir saus grande violence ; un Jésuite , qu'il envoya chercher au séminaire , vint dire la messe , et , quand il fut à Tautel , Tofficier» qui connaissait l'esprit mutin et violent de quelques ecclésiastiques, prit la précaution, avant de se retirer, de consigner et Tautel et le prêtre à deux soldats. Ce sont de ces mousquetaires gardes^mauches dont on fait tant de bruit dans la requête.
Mais quand on saura les indignités que les Jésuites, qui venaient dire la messe , ont eu à essuyer de la part de ces prêtres brouillons et furieux , qui en viennent à arracher par deux fois l'amict au prêtre (|ui s'habillait, et (jue i'otficier obligea de revenir comme il s eu retournait, pour ne point donn^ plus longtemps occasion à des insultes si scandaleuses et si criantes , on ne sera point surpris de la précaution qu'on se crut obligé de prendiH3 contre des prêtres qui , par leur conduite emportée et sacrilège, donnaient lieu d'appréhender que la présence même de leur Dieu , dans le saint sacrcjnent, ne fût pas un frein capable d'arrêter leurs violences. Ces escortes ne tonl point de déshonneur à ceux à qui on les donne , mais à ceux contre la violence desquels on les donne. Et rien n'est plus capable de domier une idée vraie; des enq)urtenients scandaleux, de ces ecclésiastiques» et de la nécessité où se trouve un vieil officier, qui a blanchi sous les armes, et qu'on ne peut soupçonner d'avoir pris mal à propos la détermination de mettre dus {<ardes dans réalise de Dieu , aux deux côtés du prêti*e et de l'autel, pour garantir l'un et l'autre des insul-
tes, non de quelques barbares ou de quelques hëréti((ucs , mais (ies pivtres mêiiios, qui devraient être les plus jaloux de l'honneur du temple, et en sortir plutôt que d'être, je ne dis pas les auteurs , comme ils l'ont été , mais même les témoins des profanations (]ui pourraient s'y commettre.
Les Jésuites eurent tant d'horreur de toutes ces profilnations, qu'on continua encore, après qu'ils furent sortis de rëglise , en mettant la table de leur autel à la porte, et en leur renvoyant en désoidro les nappes de l'autel et leurs ornements , dont on chargea plusieurs enfants avec assez d'irrévérence ; qu'ils prièrent M. le commandant de trouver bon qu'ils ne se commissent plus avec des prêtres qui avaient secoué entièrement le joug , qui ne reconnaissaient plu9 aucune puissance ni spirituelle, ni temporelle, et qui violaient ei indignement les conventions qui avaient été faitesde part et d'autre. Kt comme on attendait, de jour en jour, M. le maréchal, ils lirent agréer à M. le commandant qu'ils ne retournassent plus à l'église neuve jusqu'à son arrivée. M. le maréchal arriva effectivement le 6, et Mgr rÉvê(|ue , le 8 de juin.
Ce prélat, instruit de la conduite séditieuse de ces prêtres , ordonna au curé , au vicaire et au sacristain , <{ui étaient les plus coupables , d'aller taire des excuses à M. le commandant , et , pour réparer , autant qu'ils le pourraient, le scandale qu'ils avaient donné , il interdit les deux derniers. Le lendemain, après avoir dit lamessedaiis l'église, il la lit ensuite; dire au supérieur du séminaire ; et, ayant conféré avec M. le maréchal , pour établir un ordre stable dans la paroisse et y mettre la tranquillité, il voulut que le
curé, les Jésuites, le maire et le niarjj;uillicr s'ahuuchasseul, pour lé^Mer ce qui regardait rarrangemeut des messes et des eoiifessionnaux. On couvint de tout assez paisiblement. M. le maréchal fit écrire devant 20 personnes CCS conventions , ut ils voulurent bien, lui et Mgr l'Évêque, s en rendre gaïauts.
Voilà des conventions authentiques laites à l'amiable entre les deux partis, et dont rËvêque du lieu et le commandant gém'i al (le la ijnjvince, revêtus de toute l'autorité qu'une haute naissance, de grandes dignités et des exploits signalés savent donner, se font ensemble les garants. Voyons comment on les observera.
Dès le lendemain , ou lit des chicanes aux Jésuites pour les confessionnaux. Peu de jours après , on les ferma à la clef, pour empêcher les Pères de s'en servir. On n'ouvrit plus la porte delà croisée voisine du séminaire. On défendit de sonner leui s messes. Pour cela, on enferma les cordes. Et, cette précaution ne paraissant pas encore suffisante, on ôta les battants , qu'on avait soin de remettre quand il fallait sonner les messes des prêtres de la paroisse , (jui, pour occuper le tçmps destiné aux messes des Jésuites , s'emparaient de l'autel et y demeuraient, tout habillés, des trois quarts d'heure, avant que de commencer leurs messes.
Ce sont là des laits de notoriété publique , et dont tout le peuple, qui en était témoin, était scandalisé. Voilà de quelle manière on traita ces Jésuites qu'on accuse d'avoir
troublé l'ordre du service [iuiitilical. Il faut, par ces délations, qu'on renonce à toute réputation d'honneur et de
probité , quand on est capable d'avancer des faussetés si insignes contre des personnes à qui on fait les avanies et
vexations que les Jésuites ont eu à endurer en cette matière. Des ^eus qui ùteut lus battants des elocbes pour enipèclier qu'on ne sonne les messes des Jésuites, et qui se tiennent trois quarts d'heure habillés à l'autel avant que de commencer leur luesse, pour consumer le temps, et empêcher ces Pères de dire la leur, osent se plaindre que les Jésuites ont troublé le service pontifical t
Mgr révêque fut bien informé du contraire; et, ayant appris (jue le prêtre sacristain , nommé Cargour, était le principal auteur de toutes ces vexations que les Jésuites ont eu à endurer, il lui envoya une lettre par laquelle il lui défendait de faire, à l'avenir, aucune ionclion ecclésiastique dans la ville , et d'y demeurer plus de 8 jours.
Cette lettre lui fut rendue le juillet, en présence du curé, ou recteur de la paroisse, par un écrivain delà marine. Sur cela , voici la conduite que tint ce prêtre , dont ou fait un héros dans la requête, et qu'on y représente comme un juste persécuté. Le lendemain qu'il eut reçu son interdit, il dit publiquement la messe à son ordinaire, et fut seulement un peu plus assidu au coufessioimal.
Mgr l'évéque, instruit d'une désobéissance si scandaleuse , lui envoya , le 8 , une nouvelle défense d'exercer aucune fonction ecclésiasticpu; et au euré un ordre d"y tenir la main. Le lendemain, 9 de Juillet, ce bon prêtre monta encore dévotement à l'autel et continua ses fonctions comme les jours précédents, sans que le curé se mit en devoir de l'empêcher.
Diyitizea by ^OOglc
Le grand-vicaire du diocèse arrive à Brest, le soir du même jour ; et, ayant repr^nté au sacristain qu'étant pleinement instruit de la volonté (Je Mgi* l'évêque, quoique i'iuterdit ne lui eût pas été signifié dans les ibrmes , il n'avait pu, sans un péché considérable, dire la messe, ni confesser, ni le curé le souffrir. 11 menaça de l'entreprendre , s'il n'exécutait incessamment les ordres de Mgr i'évéque,'qui était d'autant plus maître de ne se point servir de lui , qu'il n'était point de son diocèse. Le sacristain , intimidé par ces menaces et par les justes craintes que lui donnait sa mauvaise conduite, promit d'ol>éir, de ne plus porter le surplis dans Brest, et d'en sortir, au plus tard , dans deux jours. Mais ce saint ecclésiastique ne jugea pas à propos d'exécuter ce qu'il avait promis.
Ce fut vers ce temps-là que M. le maréchal , après un voyage de quelques jours, revint faire un tour à Brest, pour voir comment on aurait observé les conventions donl il s'était fait garant. Il apprit toutes les scènes que les prêtres et le marguillier avaient données au public. Il les envoya quérir et leur reprocha leur mauvaise fol. Le marguillier répondit que , à la vérité, ils étaient convenus de plusieurs choses en sa présence , mais qu'ils ne les avaient point signées. Il devait dire encore qu'elles n'étaient pas sur papier timbre. L'impertinence de cette réponse indigna M. le maréchal qui , ne daiguant pas entrer en plus longue conférence avec des gens si grossiers, leur tourna le dos, et ne voulut plus en entendre parler.
On vit paraître , prescjuc dans le même temps , un placet infâme adressé à M. de Ghamillard contre M. de la Rein- •
terie, conmiaiidant de Brest etdaiédu i Juin. 11 tïit imprimé
et envoyé dans tout le royaume. Et quoiqu'il soit fait pour la jusliûcation des prêtres , il n'y a personne qui , en le
lisant , ne soit convaincu de leurs violences et de leur rébellion , tant les choses y sont habilement tournées.
Mais, qui que ce soit qui en ait été Tauteur, car on ne sait si on doit faire l'honneur au sacristain de le croire capable (le faire même une mauvaise pièce, ce fut ce bon piètre (|ui le lit signer, par surprise, au curé et aux autres ecclésiastiques dont la plupart ont protesté qu'ils ne savaient pas de quoi i! s'agissait.
11 ne taixla pas à être puni et lio ce placet et de ses autres excès , et lui et le principal marguiiler. Car le Roi , informé de la conduite séditieuse qu'ils avaient tenue l'un rauti*e dans toute cette affaire, envoya, par lettre de cadiet, ie sacristain à Luçon, et le marguillier à Avraacbes , pour y £EÛre des réflexions sérieuses sur leur mau* vais déportement; et, dissimulant, à la prière de M. le maréchal , les fautes des trois autres personnes, il les obligea seulement d'aller , à la tête de leur corps, au château, faire des excuses à M. le commandant , et désavouer le placet.
Il n'y eut personne dans Brest qui ne fût convaincu nonseulement de la justice , mais même de la clémence de S. M. dans la pu;iition de ces deux mutins, qui, ayant mis tout en œuvre pour exciter une sédition dans la ville , méritaient sans doute encore un plus rude châtiment.
Le «léputé de Brest, qui n'en a pas jugé de même , se déclare hautement le protecteur de ces Messieurs, et contre
la cour , qu'il accuse de s'être laissé surprendre à leur égard, et contre Mgr rËvéque , et contre H. le commandant de Brest, et contre M. le maréchal d'Estrées, commandaut général dans la province , qu'il accuse en particulier, quoique sans le nommer , d'avoir fait exécuter la lettre de cachet contre le sacristain avec une circonstance ignominieuse. Il explique ensuite cette circonstance en disant qu'on le lit conduire et accompagner par les archers , comme s'il eût été un scélérat
Quand le député parle ainsi , il veut marquer apparemment plutôt ce qu'on devait faire que ce qu'on a fait. Car , quoiqu'il n'y eût pas de circonstance si ignominieuse pour user de ces termes, dont ce prêtre brouillon ne se fût rendu digne, cependant M. le maréchal, voyant qu'il reconnaissait sa faute , et la fausseté des calomnies imprimées dans le plaoet injurieux fait contre le gouverneur, non-seulement ferma les yeux, sur deux quêtes qu'on fit pour lui dans la ville , comme il a fait encore depuis sur une grosse aumône des deniers de la ville , qu'on a envoyée au sacristain exilé à Luçon , et au marguillter exilé à Avranches. Mais , par un ellet de sa compassion et de sa charité , il lui donna encore un de ses gardes pour le conduira et le défrayer jusqu'à Luçon , avec une lettre de recommandation à l'Ëvêque du lieu en faveur de ce prêtre, à qui il priait de donner de 1 emploi.
Voilà la circonstance ignominieuse avec laquelle s'exécuta l'ordre de la cour , et , ce qui est de notoriété publique dans Brest, où, quand on a vu la manière dont le député en parlait dans sa requête , il n'y a personne qui
n'ait été eifi ayé de la hardiesse du personnage, qui, depuis qu'il a perdu de vue sa boutique , et qu'il se voit revêtu du caractère de député , croît aller de pair avec ce qu'il y a de plus grand dans le royaume , et en prend droit d'attaquer la réputation et la conduite des intendants , des gouverneurs, des maréchaux de France , des ministres d'Ëtat et de ses Ëvéques. Mais une conduite si irréguHère n'a pu plaire auxchetsdes liabitants, qui lui ont mandé qu'ils ne / l'avaient pas envoyé à Paris , pour se répandre en calomnies et en injures contre leurs parties , et contre les personnes de considération qu'il attaquait si indiscrètement , mais seulement pour presser le jugement du procès. C'est ce que déclara, chez le maréchal , le 20 août , le maire de la ville , à qui il faut rendre cette justice que, quelque opporé qu'il ait toujours été à l'affaire de l'union, il ne s'est Jamais démenti de la modération qui convenait à son caractère. 11 a été le premier à désapprouver et les violences et la mauvaise foi des prêtres , qui ne tenaient rien de ce qu'ils avaient promis en différents traités. Les deux juges dont on a parié dans le moment furent aussi si choqués de ces mauvais procédés, qu'ils déclarèrent , à la fin, qu'ils ne voulaient plus se mêler de toute cette affaire.
Pour ce qui est de M. le commandant , qui en eut plus à souffrir que personne , et qui se vit manquer de respect
plus d'une t'ois par ces rebelles mutinés, il déclara aux habitants ;
Qu'il serait toujours le père et le protecteur d'un
peuple dont il était très^ntent, et auquel il avait déjà
rendu justice à la cour et auprès de M. le maréchal ;
2* Qu'il était si choqué de la mauvaise toi, des brusqueries et des violences de quelques bourgeois , que désonnais il éclairerait leur conduite, et saurait distinguer ceux qui feraient leur devoir :
Qu'à régard des Jésuites, il les avait trouvés si remplis de modération , de droiture et d'honneur , qu'il ne pouvait s'empêcher de leur eu rendre un témoignagre public , après le leur avoir rendu auprès des ministres , ni d'avoir pour eux une véritable considération.
Le blâme général que l'on donna aux chefs de la cabale, et la punition des deux principaux auteurs de toutes les violences, ayant rendu les esprits plus souples et plus disposés à entrer en accommodement, Mgr FÊvéque, pour profiter de cette disposition et de la présence de M. le maréchal, qui était alors à Brest, s'y rendit aussi, et dans une assemblée qui se tint le 20 d'août, chez M. le maréchal, où les parties furent appelées , en présence de Mgr 1 Évwjue et de M. le commandant de Brest, on convint qu'on mettrait dans l'église des confessionnaux pour les Jésuites, qu'on y dresserait un second autel; et Mgr l'Évêque en fit ensuite une ordonnance , qu'il mil entre les mains du marguiliier pour la faire exécuter, mais qui , attendant de jour en jour un arrêt décisif que lui promettait le député , reculait sourdement l'exécution des choses.
Enfin , le 30 août, arriva un décret qui n'était rien
moins <[ue décisit*, puis({u'il portait seulement que les habitants étaient reçus appelants comme d'abus , et qu'il n'empêchait pas que TordonnaBoe, qui était provisoire et qui avait mis les Jésuites dans l*^1ise , n'eût son plein et entier effet, comme elle l'avait eu auparavant. C'est ce qu'en jugèrent toutes les personnes qui avaient quelque teinture des affaires. Le premier échevin fut le seul qui en jugea autrement , et qui , se prévalant de cet arrêt comme d'un arrêt décisif, le fit sigiiitier aux Jésuites , le 1*>" septembre , contre le sentiment du maire, des écbevins, des juges et des avocats. Il alla» le S du mois, de grand matin , à la sacristie, suivi d'un bourgeois, (|ue le voisinage de boutique lui avait acquis depuis peu. 11 y attendit les iésuites de pied ferme, leur refusa des ornements, et leur déclara , de son autorité , qu'il ne souffrirait plus qu'ils disent leur messe dans l'église neuve. ^
Mgr rÉvéque, persuadé que sa voiiL était trop faible pour se faire entendre d'un homme de ce caractère , sortît de la ville. M. lemai^échal envoya chercher l'échevin, lui reprocha son insolence d'avoir osé agir ainsi , sous ses yeux, par voie de fait , et lui dit qu'il l'en aurait déjà puni , s'il ne jugeait plus à propos de laisser à la justice le soin de venger ses droits , et de le châtier dans toute h rijîueur qu'il méritait. 11 témoigna aux Jésuites que, s'ils avaient recours à son autorité contre cette violence , il ne pourraifpas la leur refuser ; mais qu'il leur conseillait, puisqu'on prenait le prétexte des lois pour les attaquer, de se servir des mêmes lois pour se défendre , de dresser des procès-verbaux de ce qui s'était passé , et de les envoyer en cour , où
il les appuierait par le témoigoage qu'il rendrait à leur modération et à leur sage conduite.
Les Jésuites , en conséquence de cel avis qu'ils reçurent avec le respect de la reconnaissance qu'ils devaient, se rendirent dans la sacristie de l'église neuve, le 4 septembre, accompagnés de deux notaires. Le sonneur de cloches courut aussitôt chez M. le maire, les échevins, les juges et les bourgeois considérables ; mais aucun d*eux, ni aucun autre homme d'honneur ne voulut autoriser par sa présence la conduite irrégulière et insoutenable du premier échevin , qui , avec tous les courriers qu'il mit en voie, ne put jamais ramasser qu'un marchand, son voisin , deux artisans et le marguillier, et , appuyé de cette petite troupe, il mit la main sur les ornements, et dit aux Pt'r( s (|u'il ne souffrirait qu'ils disent la messe. Le procès-v^bal en fut dressé, et le lendemain les Jésuites l'envoyèrent à Paris, avee toutes les pièces nécessaires pour être présentées à MM. les commissaires , qui ont trouvé bon de joindre c§t incident au fond du procès qu'ils* doivent juger incessamment.
Les Jésuites attendront, avec respect, ce qu il plaira à la cour d'ordonner sur cette affaire. Mais , soit qu'Ëlle ratifie l'union de la nouvelle église, au séminaire royal de la marine , faite par ordre du Roi ; et qu'elle les rétablisse dans cette église, d'où ils ont été injustement repoussés ; soit qu'Ëlle juge plus à propos d'en faire bâtir une autre pour leur séminaire , ils n'ont pu se dispenser de rendre un compte public de leur conduite, si cruellement calomniée , et à laquelle tous ceux qui voudront l'examiner de sang-froid et juger des choses sans passion , seront
obligé de rendre la même justice que Mgr l'ëvéque de
Léon, M le maréchal commandant général de la province, et M. le commandant de firest , qui ont été témoins des choses , et qui <Hit eu même tant de part à l'incident dont on vient de parler, y ont rendu.
Un grand avantage qu'ont ces Pères dans toute cette affiilre , c'est qu'ils n'y paraissent que comme parties occasionnelles de tout ce démêlé. Car» en. ce* qui regarde Funion, c'est le Roi qui l'a voulue, et qui a fait agir pour cela ses ministres, sans que les Jésuites y aient eu d'autre part que d'accepter l'union qu'on faisait , par ' ordre de S. H. , à leur séminaire , et qui s'y est faite dans toutes les formes usitées en France, c'est-ù dire réquisitoire des officiers du Aoi, intbrmatioos, décret de i'évêque, let* très patentes et enregistrement de ces lettres au parlement.
Pour ce qui est du dernier incident et des troubles qui sont arrivés au sujet de l'exécution de l'ordonnance , donnée par Mgr l'évéque de Léon pour introduire les Jésuites dans la nouvelle église , il n'y a que ceux qui ont été auteurs de ces troubles à qui on puisse justement les imputer, c'est-à-dire le curé, les prêtres et leur cabale, qui ont obligé le commandant de la ville d'employer son autorité pour les réduire ii l'obéissance qu'ils devaient à leur évêque et à leur commandant général M. le maréchal d'£strées. Les Jésuites ne se sont point trouvés dans ce tumulte et n'y ont eu nulle part ; de sorte que, quand il serait arrivé encore de plus grands désordres, on ne pourrait, avec justice , les en rendre garants. Ils se sont présentés
pour dire la messe; dès qu'on s'y est opposé, ils se sont F 43
retirés, et ne sont rentrés dans Tëglise que par ordre du gouverneur ou d'un officier envoyé de sa part.
Il est vrai que le député attribue tout aux Jésuites , et que , selon lui , ce sont ces Pères qui ont tout fait ; mais on voit bien que c'est une manière de parler qui lui est familière , et que les Jésuites ont fait agir le gouverneur ot les officiers , dans cette occasion , à peu près de la même manière qu'ils se sont fait donner tout oerque dit le même député au commenceineiit de sa reciuéte. C'est à leur instigation que M. Des Clouzeaux , intendant de la marine, a trompé le Roi. C'est aussi à leur instigation que M. le commandant de Brest s*est servi de son autorité pour réduire des mutins à obéir à leur évéque. On ue s'arrêtera pas davantage à réfuter de pareilles extravagances. L'idée qu'on doit concevoir maintenant de la probité de celui qui les a avancées avec autant de hardiesse et d'insolence, comme on Ta fait voir, dispense les Jésuites d'entrer désormais dans une plus longue justification sur tout ce qu'il pourrait dire contre eux, et répond , de Véquité du public , que, comme on sest laissé surprendre de bonne foi aux calomnies d(^ cet accusateur, ou veuille bien revenir avec la même sincérité , quand on en aura reconnu la fausseté , ainsi qu'on le peut aisément , dès qu'on se donnera la peine de lire cet écrit, sans préventions, et dans le seul dessein dé s'éclairer de la vérité.
Si les sieurs Lauthier et Gouêt de Montbayeux trouvent
mauvais qu on les ait pris à partie dans cette réponse, ils doivent considérer qu'ils ont mis les Jésuites dans la nécessité de le faire, et que, ayant agi , dans les procédures »
plutôt en parties déclarées qu'en avocats , ils ne doivent
point être surpris qu'on les ait regardés moins comme des avocats que comme des parties déclarées. S'ils eussent voulu demeurer dans les bornes* de leur ministère, ils devaient examiner les pièces qu'on Heur mettait dans les mains, rejeter celles qui étaient vicieuses, ou du moins faire distinction des pièces juridiques d'avec celles qui ne l'étaient pas, n'employer ces dernières qu'avec réserve, et enfin ne point renchérir sur les calomnies qu'elles contenaient et dont ils voyaient clairement la fausseté. Mais, bien loin d'observer ces règles , que l'honneur et la bonne foi leur prescrivaient, ils ont reçu indifféremment tous les mémoires qu'on leur a fournis ; ils ont fait également tond , et sur les pièces qui étaient dans les formes et sur celles qui n'y étaient pas ; ils n'ont fait nulle distinction des procès-verbaux dressés par les notaires, d'avec ceux qui n'ont été dressés que par les parties, et dont plnsieurs ne sont signés que du curé et d(i ses prêtres , qui les ont fabriqués de concert et comme il leur a plu. Quoique , de ces procès- verbaux , qui sont au nombre de 8 , il n'y en ait que Sd autlientiques, que ces trois ne disent rien contre les Jésuites , et que les cinq autres ne puissent être regardés que comme des relations satiriques faites contre toutes les formes et toutes les règles de la justice , ils les ont tous employés avec autant d'assurance et sur le même pied de pièces juridiques.
Enfin, ils n'en sont pas même demeurés là ; ils ont encore
renchéri sur les calomnies de ces faux procrs-verbaux , en assurant positivement ce que ces pièces n'énoncent qu'avec
doute et incertitude, en rapportant, comine coiistaiits et avérés , des fiiits qu'on y dil seulement qu'on a puî dire ou qu'on a appris , et en mettant même ces faits en caractères italiques , pour imposer davantage. Il n'y a personne qui ne juge qu'une pareille prévarication , dans ces avocats, n'ait dû leb rendre indignes de la considération qu'on aurait eue pour eux , si , en sortant de leur caractère , ils ne s'étaient visiblement déclarés dans cette affaire. C'est une faute qui ne peut manquer de leur attirer quelque réprimande de la part de leur Compagnie , qu'ils déshonorent par une conduite si contraire à sa pratique et à ses maximes.
Au reste , quelque long que puisse paraître ce mémoire, on a tâché de n'y mettre rien d'inutile ; mais il a fallu nécessairement entrer dans le détail des faits qui ont donné matière aux calomnies, pour pouvoir les détruire ; la fausseté, comprise en deux mots, oblige souvent à une longue apologie. Rien n'est plus aisé que d'accuser les gens de surprise et de violence, surtout lorsqu'on ne se met pas plus en peine, que ne Ta fait le député de Brest et ses avocats, de prouver les faits sur lesquels on appuie d&s accusations si odieuses. Mais, quand on veut se justifier pleinement, et suivre pas à pas un calomniateur , cela demande plus d'étendue. C'est ce qui doit faire excuser la longueur de cette réponse, où Ton se flatte d'avoir montré clairement que, dans toute la conduite des Jésuites, au sujet de l'affaire de Brest , il n'y a eu ni surprise ni violence de leur part , et qu'on ne peut exiger plus de bonne foi ni de modération qu'il n'en a paru dans leur procédé.
K£QU£STE D£S PÈRëS DM. LA COMPAGNIE DË JÉSUS, DlRËCïËUaS DU , SÉMINAIRE ESTABU A BREST; POUR SEhTIR DE RÉPONU A LA REQUBSTE PRÉSENTÉE AU ROY PAR LES StEflRS CURÉ, MAIRE, ET HABITANTS DE BREST CONTRE L*UN10N D UNE CURE DE BREST AU SÉMINAIRE ROYAL DE LA MARINE, L ATTRIBUTION d'UNE NOUVELLE ÉGUSE AUDIT SÉMINAIRE , LES ABTIF1CES , LES SUR- PRISES ET LES VIOLENCES PRÉTENDUES DESPITS PÈRES DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS.