‹ Documents inédits concernant la Compagnie de JésusChapitre 7 sur 18 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DBS INDES.

De l estât des Indes de Portugal , quant au tem« porel je sçay fort peu et ne m'en doibs mettre en

peine , sinon en tant que Dieu y est bien servy et ia religioD observée.

!• On m*a dit que ce que les Hollandois et Aogiois possèdent au prix de la couronne de Portugal que c'est peu de chose.

2° Que les Portugais pour la pluspart vont en marchandise , et pour ce, ont des vaisseaux faits à cette fin ; et que les HoUandois et Anglois sont tous pirates , et leurs vaisseaux légers et faits pour escumer, en un mot que les voleurs sont plus forts que les voyageurs.

3** L'an 1 623 les HoUandois faisant seoiblant de vouloir rachepter leurs captifs , vinrent à Macao avec quatre navires et s'arrestérent là quinze jours en attendant leurs compagnons; leurs compagnons estant venus, ils sautent à terre pour prendre la ville, et voicy comme la ville fut garantie. Quelques jours auparavant le P. Bruno , mathématicien duquel j'ay parlé cy-devant, estant Ministre du collège et comme Kecteur , par la maladie et vieil* lesse du P. Recteur, avoit du congé du gouverneur qui se moquoit de son dessein , fait traisner quatre pièces de canon, qui estoient inutiles et démontées, au collège qui est sur une montagne et dessus la ville. Et le gouverneur voyant arriver tant de vaisseaux ennemis commanda qu*on se mist en armes, et que les religieux mesmes fissent la monstre.

Tout estoii eu eijfroy , et la ville toute desgarnie , parce que les marchands estoient allés au trafic. Le leodemain donc , jour de Saint- Jean , les ennemis ayant pris un bateau et oultre cela quelques fugitifs, apprirent que dans la ville il n'y avok point d'artillerie. Us se mettent donc en chemin. Soixante Portugais leur furent au rencontre , mais ayant esté tournés en fuite, l'ennemy venoil vers la ville avec les ûires et tambours, euseigoes desployées, et en signe de resjouissance Tartillerie jouoit sur les vaisseaux. Quand arrivé qu'il fut à un mille près de la ville correspondant à notre collège, tous nos Pères avec nos serviteurs qui sont au nombre de cent paroissent en armes sur la monta* gne, quant et quant, et leur envoyent un boulet d'artillerie qui donne devant leurs pieds sans faire autre effet qu'esbouier la terre et faire une nue de poussière. A ce coup succède un autre qui emporte trois, et puis un autre, et un autre qui en emporte plusieurs; ce que voyant Tennemy et croyant qu'il avoit esté trompé par ceux qu'il avoit pris, tourne bride et prend par une montagne voisine , faisant le circuit, croyant que de ce costé ils ne pourroient estre endommagés de l'artillerie. Le P. Ministre, voyant cela, laisse une partie des ser? viteurs à la garde de la maison et de l'artillerie et de toutes les richesses que Ton avoit apportées en

notre maison; car il n*y avoit que notre collège qui faisoit deffense, et prend luy-meswe le tambour; va par la ville voir si quelqu'un se voudroit joindre à ses enseignes. Tous les religieux qui hier faisoient monstre et le gouverneur luy mesme , religieux aajourd*huy , sont dans une tour cachés et tapis et demy-mortSy et jamais ne parurent. Mais plusieurs qui estoient dispersés ça et là reprirent courage. Le P. Ministre donna le tambour à un qui sravoit le battre ; luy prend la rondasche et l'espée avec tous ceux qui se joignoîent et s'en va au rencontre de Tennemy. Nos serviteurs d'ailleurs cri oient partout Victoria, ce qui fit que tout le peuple se rassembla; et les ennemis après avoir tiré contre quelques 24 Portugais qui les attendoient à une chapelle qui estoit sur le chemin , et tué deux d'iceux seulement, espouvantés du nombre des gens qu'ils virent sur les montagnes, prirent la fuite. Cinq cents se sauvèrent, quatre cents y demeurèrent, quelques-uns furent pris vils , dont le P. Jean Adam , natif de Cologne en Allemagne, prit un capitaine Hollandois, pour lequel on vouloit rendre trois cents Portugais, ainsy me Ta raconté le mesme P. Bruno , trèshomme de bien , et qui malgré luy reçut le commandement du P. Général , pour des maladies de cure difficile de retourner des Indes. Maintenant il

se porte bien et demande en sa vieillesse très-instamment à retourner.

L'an 1625 les HoUandois ont perdu une bataille navale et laissé neuf cens des leurs , et peu après furent enfoncés deux vaisseaux chargés pour venir en HoUande. Quant à Ormuz , un bruit vint par TAssyrie qu'elle estoit reprise , mais cela n'a point de probabilité; car on ne Ta point assi^ée, et Tarmée qui avoit esté faite à ce dessein a esté employée à la chasse des Angiois et Hollandois^ bien ^ dit-on, que tost ou tard on recouvrera Ormuz; car elle est assez facile à reprendre, pourvu qu'on leur oste Teau , et pour ce, il faut estre un an devant avec telle force qu'elle puisse résister aux in-^ cursions des HoUandois. Le vice-roy , qui a commandé ces cinq années dernières, est grand cerveau, mais desja vieil; celuy qui maintenant ést tout fraiscbement substitué est don François Mascareuhas, jeune homme de trente-cinq ans, nepveu des deux frères assistants de notre Compagnie, Antoine, qui estoit soubs le P. Aquaviva, et Nuonius, qui maintenant est à Rome; mais pour tout cela il ne nous aime guères, contre l'ordinaire de toute la maison de Mascarenhas , qui dés le commencement a toujours affectionné nostre Compagnie; mais o*est à faire à nous de prier Dieu qu'il luy donne la

grâce de bien gouverner à i'hoDiieur de son Koy et amplification de l'Eglise.

Quant au spirituel, le Ro^ de Congo chrestien demande un collée des Nostres et pour ce, on y fera cette année une mission en Angola , pour de là aller à Congo. A cecy se préparent trois Florentins et un Wallon. Les Portugais ne sont encore advertis. En Ethiopie, il y a dix-huit des Nostres : ils ont fait une mission aux gentils et en ont baptisé qtiatorze mille ; eux , venant à la foule se faire baptiser, ne vouloient estre baptisés par autre main que la nostre. Les nostres , ne pouvant satisfaire , furent contraints d*habiller de nos habits les séminaristes pour les baptiser , et puis s'en retournoient contents et fort consolés. On envoya ceux qui debvoient aller en Ethiopie, qui estoient huit, en quatre bandes. Une bande est tombée entre les mains des Turcs, aux prisons desquels ils sont détenus j les autres sont arrivés heureusement. On ne sçauroit exf^quer Thonneur qu'on a rendu et rend-on journellement au Patriarche : tous les grands se veulent confesser généralement à luy . Je ne sçaurois dire icy davantage , sinon que desja il y a cinq mille hommes de réduits et qui publiquement professent la Komaine. Maintenant l'Empereur fait la guerre aux Turcs , qui désire les déposséder des havres qu'injustement ils luy sont occupés ; et si cela

se fait y le chemin sera comme d'aller de Lyon à Milan avec travail , mais sans danger.

A Lahor le grand Mogor poursuit à chérir nos

Pères , et nos Pères poursuivent à disputer contre les Mahometans et amplifier la foy, Le Roy de Mogor tout nouvellement a fait peindre en son cabine quatre tableaux , un de Jésus , l'autre de Marie , le S*' le sien , le V celuy du Pere qu'il tient en sa cour.

Du grand Catay , on escrit que le Roy nous a accueillis la seconde fois mieux que la première ; qu'ils font le signe de la croix; croient la Sainte Trinité , Tlncamation du Verbe au yentre d'une Vierge , un enfer et une récompense après la mort; et pour tout sacrifice , ils versent souvent une ai* guière d'eau fraische, afin que Dieu les rairaiscliisse après la mort, et allument une lampe pour voir clair quand ils seront morts.

Quant à la situation du climat de ce royaume , on n'en sçait rien à présent , parce que ceux qui y sont allés jusques à cette heure, n'ont pas esté curieux de cela. Le P. la Bauchère avec un compagnon y a esté envoyé pour cet e£fect, et du Pékin , cité royale de la Chine , le P. Nicolas Trigault s'y est transporté. Car de la Chine le chemin y est aisé à cause des marchands qui y vont, et du Gatay à la Chine réciproquement. On doit attendre du P. Trigault un livre qui déclarera tout cela. Icy je croirois faire

tort à Taffection de nos Pères envers le P. la Bauchère , si je ne disoU qu'il est aimé grandement et qu'il a converty plusieurs infidèles. Je luy escriray combien on l'aime par de là.

A la Chine on a imprimé un livre d'Astrologie , qui a pensé brouiller les affaires Eux, outre l'air, n'admettent qu'un ciel. Maintenant tout est apaisé, et on y entre comme dans sa maison , pour les Nostres, tellement que tout y va bien. Au Japon , pire que jamais. L'an 4625 , on fit cette tant notable ambassade que le P. la Bauchère descrivoit ; mais rien n'a esté agréable à l'Empereur si qu'il rejetta les présents des ambassadeurs. De fraische date deux Pères Portugais nommés Carvalho, l'un de Conimbre, l'autre de Brague^ ont enduré le martyre , l'un estoufFé dans la neige, l'autre dans les flammes : tratisierunt per ignem et aquam. Davantage il y a defifense aux vaisseaux qui de Macao ou des Philippines abordent au Japon de porter aucun religieux de quelque ordre qu'il soit , nommément des Jésuites, soubs peine de la vie et confiscation des navires et des biens. Au reste, les chrestiens croissent par la grâce de D,ieu d eux-mesmes, et si la persécution cessoit, c'est un commun dire et sentiment qu'il n'y auroit que les bonzes qui ne se fissent chrestiens. Mais c'est une chose plus à souhaiter qu'à espérer : car si l'Empereur est animé contre le

nom chrestien , le ûls qui luy doibt succéder et qui prend desjà part au gouvernement l*est encore

davantage.

• Du Royaume de Jeso on n*en peut rien espérer bonnement que par la conversion du Japon , tellement qu'il faut attendre les occasions.

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