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Documents inédits ou peu connus sur Montaigne

Lorsque tout récemment M. Macé a fait connaître une lettre de Michel Montaigne qu'il venait de découvrir, nous avons cru devoir intervenir pour contester quelques allégations dont celte pièce avait été l'objet, et nous avons confié nos observations au Bulletin du Bibliophile (1). Il nous a paru ensuite qu'il y aurait avantage à publier isolément notre article , afin de donner une plus grande publicité à la lettre nouvellement connue du philosophe périgourdin; et l'idée nous est venue de profiter de cette occasion pour faire paraître quelques pièces non encore imprimées, ou insérées seulement dans des recueils qui ne se trouvent pas dans le plus grand nombre des bibliothèques , et il nous semble qu'elles doivent être dorénavant comprises dans les éditions des œuvres de Montaigne.

Nous n'avons cependant point entrepris de donner un supplément aux éditions de Montaigne ; notre but unique a été de grouper autour de l'admirable lettre qui vient dètre découverte quel-

(I) Octobre 18 ;6.

(}ucs pièces analogues , alin de donner à noire IVèle publication un peu plus de consistance, de lui assurer, s'il est possible, quelques jours de plus d'existence, et de retarder le moment où elle ira

Où vont toutes choses,

Où vont les feuilles de roses Et les feuilles de laurier.

Forcé de nous restreindre, nous nous sommes borné à réunir les renseignements qui, par leur nature, se dérobaient plus aisément aux recherches.

C'est par ce motif que nous avons rejeté les yhis donnes par Catherine de Mcdicis à Charles IX , quoique nous ayons eu d'abord l'intention de les admettre, puisque, rédigés par Montaigne , ils doivent, suivant nous , être réunis à ses œuvres (1).

Pour justifier le titre d'iisÉDiTS, que nous avons donné à quelques-uns de nos documents , nous avons joint à celte publication une lettre qui jusqu'ici n'a pas été imprimée, un fac-similé qui n'avait point encore paru , une liste de quelques ouvrages qui ont fait partie de la bibliothèque de Montaigne , un portrait copié sur un tableau original que nous possédons (2) , et nous

(1) Ces Avis n'ont encore clé publiés, à notre connaissance, que dans la Galerie philosophique du XVh siècle par de Mayer, tom. I! , et dans les noies de VÉloge de Montaigne par Jay.

(2) Ce tableau est du temps de Montaigne; il est peint sur bois , cl son exécution n'est pas sans mérite. Son anllienlicitc ne saurait cire mise en doulc , car il offre une ressemblance frappante avec celui qui est placé en lèle du Voyage in-i", et des renseignements certains nous ont appris que ce dernier, gravé par Saint-Aubin, avait été copié sur un portrait à l'huile que Montaigne avait fait faire lui-même, et qu'il avait rapporté d'Italie. Du reste, les portraits peints de Montaigne sont rares : le Musée royal n'en possède pas ; celui de Versailles n'en a qu'un seul , qui représente Montaigne eune , avant qu'il fût décoré , et dont l'aspect ne rappelle pas l'auteur des Essais tel que la gravure nous l'a fait connaître.

La lithographie que nous joignons à cet opuscule est due au crayon de M. L. Ilamon, jeune pcisitrc qui donne de belles espérances. L'artiste a su transporter dans son dessin les traits de caractère de son modèle, et celle planche donne b représentation exacte de l'original.

Mentionnons i( i deux circonstances qui ont trait au sujet qui nous occupe.

— ;3 — V avons ajouté les armes du gentilhomme, qui n'ont jamais été dessinées dune manière exacte (1) et conforme aux règles du blason.

Nous espérons que cette petite collection offrira quelque intérêt aux bibliophiles; nous ne nous abusons pas cependant sur son importance, et celte publication ne nous fera point oublier l'obligation que nous nous sommes imposée de donner le résultat de nos recherches bio-bibliographiques sur Montaigne , dès que nous les aurons coordonnées de manière à pouvoir les offrir avec quelque sécurité aux hommes de goût.

Malheureusement des occupations , qui sont d'impérieux devoirs, nous permettent trop rarement de demander à la littérature

et qui ne sont probablement pas connues. IVous avons cité , dans la Notice bibliographique, le quatrain qui se trouve au bas du portrait de Montaigne grave par Thomas de Leu :

Voici du grand MoDtaigne une entière figure. Le peintre a peint le corps, et lui son bel esprit : Le premier, par son art, égaie la nature ; Mais l'autre la surpasse en tout ce qu'il écrit.

Une note manuscrite de Jamet nous autorise à penser que ces vers sont de Malherbe ; du moins le célèbre philologue parle du quatrain que Malherbe a ajouté au portrait de Montaigne, et nous ne connaissons que celui de Thomas de Leu qui porte celle adiiition. — V,. Yignères nous a procuré dernièrement un portrait gravé et exactement copié sur celui-là même de Thomas de Leu , mais ilirigé de Tautre côté. Le personnage est également revêtu de la robe de maire de Cordeaux tiii-partie blanche et mipartie rouge. C'est , en un mot, la reproduction fidèle du portrait de Montaigne gravé par Thomas de Leu ; cependant celui-là est signé L. Gaultier, et il porte au bis le nom de Olivier de Lavîmay, s^ ue Gverkgehiy, cheualier de Vordre de Saint -Michel, conseiller, surintendant et contrerolleur général de Vhostel Madame Éléonor d'Austriche , royne de France ! C'est une énigme dont nous n'avons pas trouvé le mol.

(I) L'édition de lt)'>5 in-folio, bien que donnée par Marie de Gournay, porte, au bas et à droite du frontispice gravé, des armes qui n'ont aucun rapport avec celles de Montaigne. Dans le supplément donné in-4'' à Lon~ dres en 1740 ou 1741, on a représenté, très imparfaitement encore, les armes du philosophe, cl nous ne pensons pas qu'elles aient été doimées ailleurs. Kappelons ici que, par son teslamenl, Munlaigne avait permis à Pierre Charron, son ami, de porter les armes de sa famille.

le repos des préoccupations scientifiques. Deiis nobis non otia fecit, nous n'avons pas encore connu ces doux loisirs que nous aurions eu tant de bonheur h consacrer au profond penseur qui a occupé une si grande place dans notre vie intellectuelle , et nous osons à peine espérer aujourd'hui que le Ciel nous les accorde !

D' J-F. Payen

Décembre 1846.

§ 1er.

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