‹ Documents inédits ou peu connus sur MontaigneChapitre 2 sur 7 · LETTRES DE MONTAIGNE · texte numérisé non relu

LETTRES DE MONTAIGNE

1» LETTRES INEDITES.

M. Anlonin Macé vient de publier, dans le Journal dç l'instruction publique (mercredi 4 nwcmbrc), une lettre de Montaigne, qu'il a découverte dans la collection Dupuy, à la bibliothèque royale (loni. LXI, f» 102).

Nous nous empressons de mettre cette intéressante missive sous les yeux des admirateurs , et nous dirions volontiers des détracteurs de Montaigne.

Diverses circonstances, et en particulier la nature des pièces qui composent le volume où se trouve celle-là , autorisent à penser que la lettre est adressée à Henri IV. Il paraît que ce prince avait engagé Montaigne à venir le joindre et à accepter quelque charge à la cour ; mais , connaissant la modicité de la fortune du philosophe , il lui avait probablement donné à entendre qu'il suppléerait à T insuffisance de ses ressources personnelles.

Montaigne répondait :

« Sire ,

» celle quil a pieu à vostre majesté mescrire du vintiesme de juillet ne ma este rendue que ce matin, et ma trouué engagé en vne ficbure tierce très violente, populaire en ce pais despuis le mois passé. Sire, je prens a très grand honneur de receuoir vos commandemcns et nay poinct failly descrire a monsieur le mareschal de matignon trois fois bien expressément la délibc-

ration et obligation enquoy jestois de laler trouuer, et jusques a luy merquer la route que je prendrois pour laler joindre en seureté sil le trouvoit bon. a quoy nayant heu aucune responce jestinie quil a considéré pour raoy la longueur et hazard des chemins. Sire, vostre majesté nie fera sil luy plaist ceste grâce de croyre que je ne plaindray jamais ma bource ans occasions ausquelles je ne voudrois espargner ma vie. je nay jamais receu bien quelconque de la libéralité des rois non plus que demandé ny mérité, et nay recen nul payement des pas que jay employés à leur seruice desquels vostre majesté a heu en partie cognoissance. ce que jay faict pour ses prédesseseurs je le feray encores beaucoup plus volontiers pour elle, je suis Sire aussy riche que je me souhaite, quand jauray espuisé ma bource auprès de vostre majesté a paris, je prendray la hardiesse de le luy dire, et lors sy elle mestime digne de me tenir plus long temps a sa suitte, elle en aura meilleur marché que du moindre de ses officiers.

» Sire » je suplie dieu pour vostre prospérité et santé,

» Vostre très hûble et très obeissa servitur et subiet

>: Mûtaigne(I).

de roontaigne, ce second de septembre.

M. Macé fait suivre la transcription de cette lettre de réflexions destinées à établir qu'elle est aathenti(jae, autographe, inédite j et qu'elle a été écrite en 1 590.

(I) Cette copie présente d'assez nombreuses différences avec celle qu'a donnée M. Macé; mnis nous garantissons l'exactitude de la notre.

]Vous ferons remarquer que la lettre est sans alinéa, qu'elle n'offre de lettres majuscules qu'au mot Sire , et qu'elle ne présente pas de traces de ponctuation. IVous l'avons ponctuée pour en faciliter la lecture.

L'iUillu'UliiiU- (le l;i U'itro no saurait ôlro un instaul douteuse : sa souscription , la collection dans laquelle elle se trouve , la mention qu'elle fait du maréchal de Matignon, la date qu'elle donne de la lettre du roi, et qui coïncide avec celle (j)ul)liée par M. Berger de Xivrey) que le même prince adressait probablement en même temps à ce maréchal (1) , tout le prouve.

D'ailleurs, on n'invente pas de ces lettres-là , et il y avoit certainement à. la cour peu d'hommes qui eussent position et caractère pour écrire en ces termes au roi de France.

On voit que nous ne mentionnons pas l'écriture de la lettre au nombre des considérations qui nous ont démontré son authenticité ; c'est qu'en effet nous différons ici tout à fait d'opinion avec M. Macé, et , malgré son avis et celui de plasicuix savants patrograp/ics qu'il a consultés, nous déclarons que le corps de la lettre n'est pas de la main de Montaigne , et (piil n'y a de lui que la souscription et la signature. -/-

Du reste , M, Macé confesse qu'il n'a point comparé la lettre qu'il a découverte avec les autographes de Montaigne , parce que la bibliothèque royale n'en possède pas d'autres de ce pliilosophe. Nous, qui avons aujourd'hui vu plus de vingt signatures et cinq lettres de Montaigne, nous nous croyons en droit de formuler un jugement; et, s'il était contesté, nous trouverions dans chacun des mots de la pièce en question des raisons qui ne laisseraient subsister aucun doute.

Pour le moDient , il nous suffira de faire remarquer que, par suite de ses sentiments chrétiens, Montaigne, comme plus tard Racine , M'"" de Maintenon et d'autres , comme aujourd'hui encore les religieux de profession , ligurait une croix au haut de toutes les missives qu't/ écrivait lui-même ; cette croix ne se trouve pas sur la lettre en question. L'aspect général du manuscrit suflirait d'ailleurs à lui seul. Chez Montaigne, l'écriture est allongée , penchée , et se compose , autant que pos-

(1) Lettres missives de Henri IV, loin. III , p. 2t9, dans la Collection de Documents inédits sur Vllistoirc de France.

sible , de lignes droites ; dans la lettre nouvelle , l'écriture est ronde , verticale , et on remarque une tendance générale aux liaisons et aux inflexions des queues de lettres. Montaigne ne manque presque jamais de figurer une majuscule au commencement de chaque phrase ; ici , il n'y en a pas une seule dans ce cas. Il met constamment deux P au mot .supplie; ici , il n'y en a qu'un. Notre philosophe, qui signait Mdtaigne , et qui a signé ainsi la lettre découverte par M. Macé , quoique ce dernier ne le dise pas , écrivait le nom de son château de la même manière ; ici , au contraire , le château est écrit Montaigne. llnûn, l'auteur des Essais semblait, en écrivant, toujours pressé de finir, et il se permettait un grand nombre d'abréviations; la lettre nouvelle n'en présente pas une seule , et l'écrivain semble se complaire à ce qu'on pourrait appeler des tusus calami. Et qu'on ne dise pas que Montaigne a modifié sa manière parce qu'il écrivait au roi, puisque, dans les deux lignes qui sont bien de lui , il y a trois abréviations, sans compter celle de son nom.

Il est donc de toute évidence que le corps de la lettre n'est j>as autographe de Montaigne; cette écriture semblerait presque une écriture de femme : M"'^ ^e Montaigne aurait-elle été le secrétaire de son mari?

Nous admettons sans difficulté la date de 1590, proposée par M. Macé, et nous la trouvons très probable; mais nous ne croyons pas que le titre de roi, pris par Henri IV, puisse être invoqué, comme le fait M. Macé en disant que la lettre doit être, par cela même, postérieure à l'assassinat de Henri HI, qui eut lieu en 1589, puisque, avant d'être roi de France. Henri était roi de Navarre; et nous voyons qu'il est ainsi qualifié dans une remontrance que lui adresse Montaigne en 1583, comme hîaire et au nom de la ville de Bordeaux.

Quant à Vinédiiion de la lettre, elle est certaine ; la trace en était complètement perdue. Nous ne pensons pas qu'elle ait jamais été imprimée ; les conservateurs de la Bibliothèque n'en soupçonnaient pas l'existence , et les catalogues , même ceux

de la collcclion Diipuy, ncD font aucune mention. Le mérite de la découverte est donc tout entier i\M. Macé, et la lettre est si belle , si noble, si digne, que nous osons dire qu'en la faisant connaître , il n'a pas seulement rendu service à la littérature, mais qu'il a aussi servi la mémoire de Montaigne.

Après avoir rendu justice à M. Macé, il nous permettra de lui adresser quelques réflexions au sujet de son commentaire.

M. Macé dit qu'il était naturel que Henri IV cherchât à se rallier un homme tel que Montaigne, et il semble admettre que les rapports intimes entre ces deux personnages n'ont commencé que vers cette époque. Mais notre philosophe, depuis long-temps était au mieux avec Henri IV : le Béarnais, n'étant encore que roi de INavarre , était plusieurs fois venu au château de Montaigne , et on montre encore la chambre qu'il a habitée. Enfin, Montaigne, maire de Bordeaux pendant quatre années, avait été fréquemment en contact avec Henri , lieutenant -général (lu roi au pays et duché do Guyenne.

Ailleurs , M. Macé dit que De Thou nous représente Montaigne, aux états de Blois, louvoyant entre les partis, prévoyant déjà que Henri de I\'avarre reviendrait an catholicisme, se liant avec lui, sans se brouiller cependant arec te duc de Guise. De Thou ne dit rien de semblable; De Thou , ami et admirateur de Montaigne, a dit de lui : « Homme franc, ennemi de toute contrainte (1 ). »

Comment M. Macé a-t-il pu tracer ces lignes en présence de la lettre qu'il a si heureusement découverte ! Comment «a-t-il pu faire jouer un si indigne rôle à l'ami de Pas(juier et de lllùpital, à l'homme que le duc de Guise avait choisi pour médiateur entre lui et le roi de Navarre , à celui (jui disait de luimême : « En ce peu (jue j'ay eu à négocier entre nos princes j'ai curieusement évité qu'ils se mé|)rinssent en moy et s'enferrassent eu mon masque. " Et ailleurs : « Je reviendrois vo-

(1) Mémoires, toSl.

lontiers de Taulrc inonde pour desmenlir celui qui me lornieroit autre que je n'estois, feust-ce pour m'honorer ! »

M. Macé , qui a lu les lettres imprimées de Montaigne, aurait pu se souvenir que notre philosophe, en adressant au chancelier DE FRANCE les vers latins de La Boétie, lui écrivait : « Ce léger présent servira à vous tesnioigner l'honneur et révérence que je porte h votre suffisance et qualitez singulières qui sont en vous : carj quant aux estrangères et for lui tes (les titres , les dignités) , ce n'est pas de mon goust de les mettre en ligne de compte. »

Et pourquoi Montaigne aurait-il commis cette lâcheté? Etaitce pour se mêler aux intrigues des courtisans? De Thou nous dit qu'il n'était entré dans aucune cabale. Était-ce pour obtenir des honneurs? Il les a fuis en désertant la cour de Henri III. Il a fallu un ordre du roi pour qu'il acceptât celte mairie de Bordeaux , qu'il avait d'abord refusée ! Etait-ce pour conquérir la fortune? Mais nous venons de lui entendre dire, grâce à M. Macé : « Je suis , Sire , aussi riche que je me souhaite ! »

J'aurais bien encore quelques observations de détail à adresser à M. Macé. Ainsi il dit que la Vie de Montaigne par le président Bouhier a été publiée à Londres, mais elle avait été antérieurement imprimée deux fois à Paris. Il dit qu'on ne connaissait que dix lettres de Montaigne : celle qu'il a publiée est la quatorzième dont j'ai connaissance. Il dit que dans ces lettres Montaigne s'occupe beaucoup des guerres de religion : nous n'y avions jusqu'à, présent rien trouve de semblable. Il parle de Mémoires de Montaigne publiés par M. Champollion; mais les Documents historiques ne contiennent qu'une seule pièce, de peu d'étendue : c'est une remontrance, au nom de la jurade de Bordeaux , pour obtenir du roi de Navarre la liberté de navigation sur la Garonne, et nous n'en connaissons pas d'autre (1).

(1) Cette pièce a une sorte d'à-propos aujourd'hui que la liberté du commerce préoccupe tant les esprits. Nous lu donnons plus loin.

Puisque M. Macé avait l'occasion de s'occuper de cette collection, nous aurions voulu qu'il relevât les erreurs singulières qui se sont glissées dans la publication officielle.

Ainsi, cette lettre adressée par Henri III à Montaigne pour l'engager h accepter la mairie de Bordeaux, présentée comme inédite (en 1843), avait été, cinq ans auparavant (1838), donnée par Buchon dans un article inséré dans le Panthéon littéraire, sous le titre de : Bibliollièqucs puOligues et archives des Basses- Pyrénées.

Il en est de même pour la plus importante des deux lettres de Montaigne qui suivent celle-là : publiée en 1843 par M. Champollion dans ses Documents inédits, elle avait été antérieurement, et pour la première fois, je pense, publiée par M. G. Bruuet dans le Bulletin du bibliopkile (juillet 1839).

Enfin , il aurait fallu relever cette grosse erreur ramassée dans quelque infime dictionnaire biographique, mais déplacée dans une collection publiée par ordre du roi, par les soins du ministre de l'instruction publique! à savoir, que Montaigne était mort au château de Gournay (1)!

J'ajouterai encore un mot. Les catalogues de la Bibliothèque se taisaient sur cette lettre de Montaigne ; en particulier , ceux de la collection Dupuy, l'un par ordre alphabétique et l'autre par volume , n'en faisaient aucune mention : le silence du catalogue de la Bibliothèque ne prouve donc rien contre la possession de certaines pièces. Ainsi , quoique ces répertoires fussent muets au sujet de la lettre de Montaigne fac-similée dans la Galerie française, il se pourrait donc qu'elle eût fait partie des collections de cet établissement avant l'époque à laquelle Lemontey l'a possédée, ainsi qu'il nous a été affirmé qu'il en était , et comme nous l'avons dit dans la notice bibliographique sur Montaigne.

En résumé, M. Macé vient de doter le monde littéraire d'un

(I) Recueil de lettres missives de Henri IV public par M. Berger de Xivrey. Tome II, note de la page 4").

— J2 — précieux document qui , s'il n'éclaire pas beaucoup la biographie de Montaigne, servira puissamment à faire ressortir le noble caractère de l'auteur des Essais. Nous souhaitons que M. Macé reçoive la récompense que méritent ses patientes et consciencieuses recherches; mais, dans tous les cas, la reconnaissance des hommes de lettres et celle des admirateurs de Montaigne lui est bien légitimement acquise.

La lettre qui va suivre a eu une célébrité éphémère, lorsque, quittant la collection dans laquelle elle était enfouie, elle a affronté le grand jour des enchères publiques. Mais son éclat n'a duré qu'une soirée. Estimée d'abord avec exagération , elle a bientôt été frappée d'une réprobation tout aussi peu motivée ; cependant on peut dire que cette page ne méritait

Ni cet excès d'honneur, ni cette indignité,

et , malgré les discussions qu'elle a soulevées , elle n'a point été appréciée encore à sa juste valeur.

Voici en quelques mots l'histoire de cette pièce. Lorsqu'en 1 834 M""* de Castellane vendit sa collection d'autographes , les amateurs furent mis en émoi par l'annonce d'une lettre autographe de Montaigne, et, au jour de la vente, Guilbert de Pixérécourt se rendit adjudicataire pour une somme de près de 800 fr. Mais le célèbre dramaturge ne fut pas plus tôt en possession du précieux autographe qu'il avait tant convoité , qu'il parut s'en repentir, et il chercha à mettre en doute sa légitimité. Les autorités autographiques furent consultées, quelques membres de la société des Bibliophiles intervinrent, et après de longs débats il fut décidé que la pièce était apocryphe, non qu'elle fût une copie donnée pour un original, mais on déclara que la lettre élail fausse en f-ocis points, imaginée de toutes pièces, et le grand argument fut qu'elle contenait le moi passeport , qui , suivant les consultants , n'était pas dans la langue française à cette époque La lettre dut donc être immédiate-

— l;î — ment rendue à M""' de Caslellanc , qui s empressa de la reprendre.

Cette décision n'a aucune valeur, car le motif sur lequel clic se fonde est de toute inexactitude. M. Fontaine a cité une lettre du cardinal de Lorraine antérieure à celle-ci de 29 ans, et dans laquelle se lit le mot passeport. Pasquicr. contemporain de Montaigne , emploie celte même expression , et , précisément à, l'occasion de notre auteur, il dit qu'à sa mort Marie de Gournay traversa ja France, sous la faueur des passeports, pour aller mêler ses larmes à celles de la femme et de la fille de son père d'alliance (1). On trouve encore le moi passeport employé dans plusieurs ouvrages à peu près contemporains de Montaigne. Ainsi Darnal et la Lettre du maire et cclievin de La Rochelle à M. de Montmorency, amiral de France, présentent cette expression. Enfin, et pour clore cette discussion, nous avons fait remarquer que ce mot se trouve employé sept fois dans un acte authentique promulgué plus de 120 ans avant la lettre arguée de faux, savoir : ïordonnance d''institution des postes, rendue en 1464 par Louis XI (2) .

La décision motivée sur la présence du mot passeport étant ainsi annulée, voyons ce qu'on doit penser de la lettre en question.

De toute évidence l'écriture est celle de Montaigne, et le récit que fait cette missive d'un guet-apens dont notre auteur faillit être victime nous paroît avoir incontestablement trait à l'événement dont Montaigne rend compte dans les Essais , au chapitre De la physionomie. Nous retrouvons là la forêt , les hardes dévalisées, la boîte prise, etc. Les différences que (es deux versions présentent peuvent très bien s'expliquer par la

(1) Voy. Lettres de Pasquicr, l. Il, p. 384-5; I" du liv. XVIÎI, à M Pelgé, maître des comptes.

(2) Voy. les art. 6, 12, 14, 16, 26, de rinstiliition et establissement que le roy Louis XI nostre Sire veut et ordonne estrc faits de certains coureurs et porteurs de ses depesches en tous les lieux de son royaume, etc., donnés à Luxies , près de Doullcns , le 19' jour de juin 146^.

- u différence des positions dans lesquelles se trouvoit le narrateur à chacun de ces récits, et par les buts divers qu'il se proposoit en les rédigeant.

Du reste , les abréviations , la forme de la souscription , la signature, tout ressemble, à ne s'y pas méprendre, à hmanière de Moutaigoe.

Est-ce donc à dire que la pièce de M'»^ de Castellane fût véritablement autographe? Nous ne le pensons pas; mais nous ne faisons pas doute qu'il a existé et qu'il existe probablement encore une lettre aatkentiqae de Montaigne, dont celle-ci était une copie assez habilement mais niaisement figurée ; la main du faussaire a hésité en beaucoup d'endroits, il n'a pas compris ce qu'il écrivoit, et en particulier le mot ligueu (pour ligueur), et il a rais li gnon. Ion gicr pour iongur, booucoup pour beaucoup, etc.

A la rigueur , ces âneries du copiste seraient pour nous une preuve de plus : celui qui aurait voulu inventer une lettre de Montaigne lui aurait donné un sens , et ici il est un grand nombre de phrases qui n'en ont pas, parce que celui qui les a imitées n'a pas su les déchiffrer sur l'original.

Nous n'hésitons donc pas à admettre que Montaigne a bien réellement écrit la lettre qui a servi à faire cette copie fautive. Nous prétendons que cette page a un véritable intérêt historique, et nous croyons que l'événement auquel elle fait allusion a àvi avoir lieu en 1 588.

L'histoire du temps nous apprend que, lorsque l'armée étrangère, composée de Suisses et de reistres (1), et commandée par le maréchal de Bouillon , venait d'atteindre la Loire , et que Henri IV, vainqueur à Coutras, était près de la rejoindre, Henri Hl chargea le duc de Nevers de gagner les chefs suisses, démoralisés par une série de défaites, et que, moyennant quatre cent mille écus, il les décida à rentrer dans leur pays avec leurs troupes rassemblées alors vers la foret d'Orléans et près d'elle.

(1) Reistrc, cavalier, de l'allemand rciter et du flamand reullcr, qui signifitnt homme de cheval , que les Anglais nomment Reider.

Les reistres tenaient encore ; mais, désespérant de rejoindre le roi de Navarre, ils finirent par se laisser gagner, et conclurent, le 20 décembre 1587, une convention avec d'Epcrnon.

^lais il est très probable qu'un certain nombrt; de traînards resta dans la contrée et détroussait les passants ; cela concorde parfaitement avec ce que dit Montaigne dans les Essais : « me » fiant à ie ne scay quelle trefve qui venoit d'être publiée en » nos armées » , et avec ce qu'il raconte dans la lettre comme lui étant arrivé en février (1588), c'est-k-dire six semaines après cette trêve, qu'il qualifie vaguement, parce que ce n'était pas là. une capitulation qui fît époque (1).

Divers renseignements m'autorisent à croire que la lettre originale a existé à Paris, et qu'elle y a été vendue au C. 0. de S. -P. ; peut-être, avant de s'en dessaisir, le possesseur d'alors a-t-il voulu en conserver une copie.

Quoi qu'il en soit, celte lettre, que nous tenons pour être certainement de Montaigne, n'a jamais été imprimée. M"'^ Delpech avait obtenu de M'"<= la comtesse Boni de Castellane de la faire fac-similer pour l'insérer dans V Iconographie française; le tirage était préparé, lorsque la lettre fut arguée de faux. M'"^ Delpech , avec un scrupule qui l'honore, ne voulut pas admettre une pièce suspecte dans sa belle collection, et elle n'hésita pas à faire briser la pierre; malheureusement on ne réserva pas même quelques exemplaires d'épreuve. Cependant, quelques années après, désirant conserver le souvenir de cette lettre, je priai M"'« Delpech de vouloir bien faire rassembler les débris de cette pierre lithographique, ce qu'elle m'accorda très gracieusement ; les fragments nombreux furent rapprochés et provisoirement maintenus, trois épreuves furent tirées et me furent remises, et la pierre fut aussitôt et définitivement détruite. C'est sur ces exemplaires , qui aujourd'hui

(1) Voyez les histoires du temps, et en particulier Vllistoire des derniers troubles de France sous Uenri III et ffcnriiT, jouxte la copie imprimée i! Lyon, 160i, lom. I, p. 40.

— IG — conslilucnl, comme on le voil, une véritable rareté , que nous copions la pièce suivante :

Monseignor uous aves sceu nostre bagage pris a la forest de Villebois a nostre veue despuis après beaucoup de barbouillage et de longur la prinse iugée iniuste par môsicur le prince (1). Nous n'osions cependâ passer outre pour l'incertitude de la sûreté de nos persones de quoi nous dénions cstre esclercis sur nos passepors le ligueu a faict cete prinse qui prit (2) M. de Barraut (3) et M. de la rochefocaut la tampeste est tubée (tombée) sur moi qui auois mon ariat ( argent ) en ma boite. Je nen ai rien recouuert et la plus part de mes papiers et barde leur sôt (sont) demurées. Nous ne uismes pas mosieu le prince. 11 s'est

perdu cinquate tat (tant) (4) {ici un mot illisible). Pour

môsieur le cote (comte) de Thorigny (5), un' euiere (6) d'ariant (d'argent) et quelques bardes de peu. Il a destourné {probablement le comte de Tkorigny) son chemin en poste pour aller uoir les dames esplorees a môtresor (7) ou sont les cors des deus frères et de la gran mère et nous rcprint bier en cette ville dou nous partôs presâtemât (présentement^. Le voïage de normâdie est remis. Le roy a despesche messieurs de Bellicure (Bellièvre) (8) et de la guiche (9) vers môsieur de guise (10) pour le semondre de venir a la court (11) nous v serons judi(12).

D'Orléans, ce 16 feur, au malin.

Voslre très liuble svitur

MÔTAIGNE.

Cette lettre semble écrite sous l'influence d'une déroute récente ; les phrases sont morcdées , les idées se heurtent , et quand bien morne l'ignorance du faussaire n'auroit j)as augmenté le décousu de la rédaction , elle seroit encore fort em-

brouillée. De bonne foi , celui qui aurait voulu créer une lettre de Montaigne l'aurait-il construite d'une manière aussi bizarre et aussi incompréhensible ?

Obsnr citions.

Nous fixons à 1388 la date de cette missive, d'après les rapprochements historiques que nous avons faits précédemment, et aussi parce qu'on sait que Montaigne vint cette année-là à Paris, qu'il y fit imprimer la cinquième édition des Essais, où ce récit paraît pour la première fois , enfin parce qu'elle ne peut être d'une époque postérieure , puisque le duc de Guise est mort cette même année.

(1) Monsieur le prince dont il est ici question est sans doute le prince de Conli , car les histoires du temps nous apprennent qu'il était là , dans le voisinage , entre Auneau (Eure-et-Loir) et Orléans.

(-2) Nous avons écrit qui prit; mais ce ne sont pas là les mots de la lettre. La phrase semblerait indiquer que le ligueur croyait prendre MM. de Barraul et de la Rochefoucault, mais que la tempête est tombée sur Montaigne.

(3) Darnal mentionne comme jurât en 1566 lean Jacbert, sieur de Barrault, l'un des 100 gentilshommes de la maison du Roi.

(4) Il y a là un mot illisible. Montaigne y fait l'énuméralion de ce qu'a perdu le comte de Thorigny, savoir cinquante... une... d'argent et quelques bardes de peu.

(5) Le comte de Thorigny dont il est question devait être Charles de Matignon , fils unique de Matignon , gouverneur de Guyenne depuis 1581 , et mort dans l'exercice de sa charge en 1597. Ce maréchal avait succédé h Montaigne dans la mairie de Bordeaux. Le comte de Thorigny fut aussi, après la mort de son père , maire de cette même ville.

IVe semble-t-il pas que 1 auteur de cette prétendue fausse lettre a étudie bien à fond l'histoire du temps , et en particulier celle du Bordelais ?

(6) Le mot que j'ai écrit cuiere commence incontestablement par un e. .l'ai cru que Montaigne avait peut-être employé cette expression comme synonyme d'aiguiére , pour vase à contenir de l'eau (comme on dit évier) ; mais M. Richard pense que la première lettre pourrait bien être un c bouclé, et, dans ce cas , on devrait lire une cuière (cuillère d'argent).

(") Montresor ou Monlhrésor, petite ville au sud de Blois et au sud- est de

Tours , sur rindrais , non loin de Loches. Elle fui érigée en comté en faveur de Hourdeilles , puîné de coUe famille. Le château devait sa fondation à Foulques de Nera, comte d'Anjou.

(8) Ce Bellièvre devait èlre Pompone de Bcllièvre, tils du premier président du parlement de Grenoble , né à Lyon en 1529. Il fut ambassadeur sous Charles I\, Henri III et Henri IV; il suivit le duc d'Anjou (depuis Henri II!) en Pologne, et fut fait , par ce prince devenu roi de France, surintendant des finances en 1575. Ca fut encore lui que le roi envoya h Soissons , eu 1588, au devant du duc de Guise, pour lui enjoindre de ne pas entrer dans Paris au mois de mai.

(9) Ce de la Guiche était Philibert de la Guiche, né vers 1540, mort en ie07, gouverneur de Lyon. Il était bailli et capitaine de Màcon à Tépoque de la Saint-Barihélemi, et il refusa d'exécuter les ordres sanguinaires qui ui furent transmis ; il fut gouverneur de plusieurs provinces , chevalier du Saint-Fsprit, grand-maltre de l'artillerie. Il s'efforça de convaincre et d'adoucir le roi, qui, la veille des Barricades (11 mai 1588), voulait faire assassiner de Guise , lorsqu'd se présenterait dans l'appartement de la reine. Il est remarquable que Henri III envoyait au duc de Guise deux hommes qui , sans èlre de son parti, étaient au moins les admirateurs de ses quali- ,és, car Bellièvre passait aussi pour avoir un certain faible pour Henri de Guise.

(10) L'histoire du temps nous dit qu'à cette époque le duc de Guise était à Nancy.

La lettre de Montaigne prouve qu'en février Henri III appelait ce prince à la cour, et on vient de voir qu'au mois de mai suivant il lui faisait défendre de s'y présenter.

(11) En février 1588, la cour était à Paris , où elle était rentrée depuis le 25 décembre précédent , et elle y resta jusqu'aux Barricades.

(12) Le 16 février de l'année bissextile l.'>88 était un mardi. Montaigne annonce son arrivée à Paris pour le jeudi ; c'est bien là le temps qui était nécessaire alors poi-r franchir cette distance.

Notre respect pour la vérité nous fait un devoir de produire ici une objection que nous nous sommes faite sur notre explication, et à laquelle nous n'avons pu répondre d'une manière précise.

Dans notre version , Montaigne aurait été dévalisé par les liuyuenots; — dans la version de la lettre, il l'aurait été par les ligueurs.

A moins que la traduction que nous donnons ne soit inexacte, cl qu'il n'y ait pas ligueur 1

Suh judice lis est.

^" LKITRES DÉJÀ ISIPRIMÉES.

L'original de la lettre qui suit appartient aux archives de la ville de Bordeaux, et il est entièrement écrit delà main de Montaigne.

Cette lettre a d'abord et pour la première fois été publiée par M. Gustave Brunetdansle Bulletin du Bibliophile (juillet 1839); j'ai publié, à cette occasion, quelques observations dans le numéro d'octobre suivant.

.Postérieurement cette pièce a été insérée dans les documents historiques inédits pour servir à l'histoire de France, publiés par M. ChampoUion Figeac, tome 11, Pom , Firmin Didot , 1843, in-i» (p. 484).

Le fac-similé de cette lettre est joint à cet opuscule (1).

+ Messieurs iespere que le voïage de Môs<' de cursol (2) apor-

(1) Comme notre but , en faisant cette publication , est principalement de mettre le lecteur à même de reconnaître les autographes do >Io\taigne , nous avons cru devoir non seulement conserver scrupuleusement son orthographe, mais encore ses abréviations. Nous nous sommes borné à écrire in extenso le mot entre parenthèses lorsqu'il étoit obscur, et à ponctuer afin d'éclaircir le sens.

Nous devons faire remarquer que nos copies présentent de nombreuses différences avec celles imprimées dans les documents historiques : c'est que les éditeurs de cette collection ont altéré l'orthographe de Montaigne. Ainsi cet auteur a écrit, et nous l'avons imité : Bourdeaus, Tholosc, ladite, ouvraige, paslelz, soullaigcment, iuste, ic, i'espere, fauorablc, aucs, tiendercs, iuralz ; les documents écrivent Bourdeaux, Tolose , la dicte , ouvrage , pastels, souUagement, juste, je, j'espcre, favorable, avez, tienderez , jurais, etc.; et c'est à tort : nous garantissons l'exaclilude minutieuse de nos transcriptions, faites sur les pièces originales par nous-même ou par nos amis , accoutumés à ce genre de recherches , et nous nous plaisons ici à nommer MM. Francisque Michel, et Gustave Brunet, de Bordeaux.

(2) Ce M. de Cursol était jurât de Bordenuv , ninis non second jurât .

tcra qiu'lciue côrnodilc a la ville aïant o niein vne cause si iiisle et si fauorahlc Vous aues mis tout lordrc qui se pouuoil aus affaires qui Se presantoint les choses étant en si bons termes ie vous supplie excuser ècorcs pour quelque (1) lamps mô absancc (jue i'acourcirai sans double aulât que la presse de mes affaires le pourra permettr. Jespere que ce sera peu cepâdant vous me lienderes sil vous plait en notre bone grâce et me côanderes (commanderez) (2) si l'occasion se presante de m'cploïer pour le seruice publiq et votre Mon^' de cursol m'a aussi escrit et auerti de son voïage. Je me recôâde {rccommmule) bien hublemat et supplie dieu.

Messieurs vous doner lôgue et hureuse vie. De môlaigne, ce 21 mayl582.

Votre heuble frère et servitur,

MÔTAIGNE.

Au dos il est écrit :

A Messieurs Messieurs les iurats

de la ville de bourdeaus.

comme dit une note des Dociimens historiques , car il n'a eu ce rang qu'à partir de juillet 1582, et la lettre est datée du mois de mai. A cette époque , a jurade se composait de Montaigne , maire ; jurats : Du Périer, Delurbe , Treilles, Cursol, Turmet et Fort. {Voyez Damai.)

(l) Nous ferons remarquer que l'original offre ici une rature. Montaigne avait écrit d'abord quelques io; mais il a préféré mettre quelque tems, au lieu de quelques jours. Cela lui laissait plus de liberté.

La lettre donnée par M. Macé, quoique adressée au roi, contient aussi des ratures. Cela rappelle que Montaigne dit, dans les Essais, qu'il dictait très vite, qu'on pouvait à peine le suivre , et qu'il « avoit accoustumé les » grands qui le connoissoient h Supporter dans ses lettres des litures et des » ratures, et un papier sans plieure et sans marge » ; ce que conûrme l'esamen des lettres que nous connaissons.

['i) Les Documens historiques disent à tort manderez.

La lettre qui suit appartient , comme la précédente , aux archives de la ville de Bordeaux. Elle a été pour la première fois, que nous sachions, imprimée dans les documents historiques.

Elle n'est pas écrite par Montaigne; il n'y a du philosophe que la souscription et la signature (1).

Messieurs Messieurs les juratz de la ville de Bourdcaux.

Messieurs, jay prins ma bonne part du contentement, que vous maseures auoir des bonnes expédions quy vous ont esté rapportées par Messieurs voz députes et prens a bonne augure que vous ayes heureusement achemyné ce commencement dannée espérant m'en conjoyr auecques vous à la première commodité. Je me recommende bien humblement à vostre bonne grâce et prie Dieu vous donner,

Messieurs, heureuse et longue vye de monta, ce viije feburicr 1585.

Votre hùblc frère et servitur,

MÔTAIGNE.

Nous donnons ici la lettre suivante , quoiqu'elle ait été imprimée déjà à la suite des Essais. Elle ne se trouve qu'à un petit nombre des éditions modernes , et elle a paru pour la première fois dans celle d'Amaury Duval , en 1820-23. En la réimprimant, nous la donnons, comme les précédentes, en con-

• (1 ) Nous ferons remarquer que cette lettre , écrite par un secrétaire , ne porte pas la croii fiçurée à la précédente.

servant les abréviations de Montaigne, et en respectant lortliograj)he , ce qu'aucun éditeur n'avait fait jusqu'ici.

Celle lettre, dont l'original appartient aujourd'hui à M. F. Feuillet , de Conchcs , parut d'abord dans la Galerie française (1), où elle fui fac-similée , et on imprima une copie in extenso en regard pour en faciliter la lecture. Amaury Duval l'inséra ensuite dans le Q^ volume de son édition des Essais , publié en 1823; mais il dit dans une note qu'il a exactement suivi l'orthographe de l'original qui se voit à la Bibliothèque du Roi. C'est une erreur; la lettre , telle que l'a donnée Amaury Duval, est textuellement copiée sur V imprime de la Galerie française, et, par conséquent, très différente de l'original. Celle lettre a paru ensuite dans les éditions données en 182G et 183G, par M. J.-V. Le Clerc ; dans l'édition du Panthéon, en 1837; dans celle de Didot, en 1838, etc.

Enfin , quelques années après, M. Feuillet consentit à ce que M"'« Delpech fît fac-similer cette belle page pour Vlconographie française. Ce qui a été fait.

Nous n'avons jamais vu l'original de cette lettre ii la Bibliothèque du Roi ; la Galerie française dit qu'elle a appartenu à cet établissement, et c'est sur l'autorité de M. Gouget, l'auteur des fac-similé de celle collection, et sur celle d' Amaury Duval, que nous avons avancé, dans la Notice bibliographi(pie sur Montaigne , que celle pièce avait appartenu à la Bibliothèque , car, à l'époque à laquelle nous composions ce petit ouvrage , on ne l'y retrouvait plus.

Plus tard ce fut à l'obligeance de M. Feuillet que nous dûmes de connaître cette précieuse lettre. 11 nous dit l'avoir reçue de Lemonley, et certes, pour qui connaît le loyal possesseur actuel , il ne peut exister l'ombre d'un doute sur la légitimité de sa possession.

Cette belle missive est petit in-folio , elle est tout entière autographe , elle offre en haut la croix dont nous avons parlé ; au

(') Paris , 18^1-23, in-4», 3 vol. Au nom de Montaigne.

dos il csl écrit de la main de Montaigne Piiv, i)onr l'aire savoir à son secrétaire à qui la lettre était destinée , et de la main de ce dernier à Monsieur Monsieur du Puy (1) , conseillier {sic) du lioy en sa cû de Parlement de Paris à Xaintes. Celle circonstance nous rappelle que Montaigne dît dans les Essais « com- M me l'aime mieulx composer deux lettres que d'en clore et » plier une , ie resigne touiours cette commission à quelquau- » tre. » (1.39.)

Enfin cette lettre était pliéc carrément comme une feuille d'impression, puis fendue près des bords libres, lesquels étaient fixés par une languette de papier indépendante de la lettre. — C'est de la même manière qu'était close la lettre de la Bibliothèque royale.

Monsieur l'action du s"" de uerres prisonnier qui mest très bien conue mérite qu'a son ingéniant nous aportés uostre douceur naturelle si en cause du inonde nous la pouues iustemant aporter. Il a faict chose non suleraât [seulement) excusable selon les loix militeres de ce siècle mais necessere et come nous iuiûs (jugeons) louable. Et l'a faict sans double fort presse et enuis(2) le reste du cours de sa uie n'a rien de reprochablc. Je nous supplie monsieur y èploïer uostre attantion nous Irouuerres lair de ce faict tel que ie uous le représante qui est poursuiui par une uoie plus raalitieuse que n'est l'acte mesmes. Si cela y peut aussi seruir ie vous veus dire que c'est vn home nourri en ma mais(3, apparâte (apparenté) de plusieurs honesles familles et surtout qui a tousiours vescu honorablemât et innoçamât qui m'est fort ami. En le saunant uous me charges d'une extrême obligatiô ie vous supplie très hûblemât l'auoir pour re-

(I) Il s'agit probablement de Claude Dupuy, ne à Paris en 1oi5, et un des quatorze juges envoyés dans la Guienne, d'a[)rès le traité de Fleix , en lu80. (rest peut-être dans celle circonstance que Montaigne lui adressa cette lettre de recommandation. (.1. V. L.)

{"1) \ regret , malgré lui ; du latin tnri7«s.

— u — côande {recommandcj et après uous auoir baise les meins prie dieu vous doner,

Môsieur lôgue et hurcuse vie, du castera (1) ce 23 d'auril.

Votre affectione svilur

MÔTAIGNE (2).

(1) Il existe en Gascogne plusieurs locaFilés du nom de Castera , en particulier Castera-Vivenl , qui possède des eaux minérales ; mais il est p|ûbable que le lieu où a été écrite cette lettre est le Castera , paroisse Saint- Germain-d'Esteuil. (V. Baurein, Var. bord., t. II, p. 9".) Celte seigneurie, fort ancienne, a appartenu, par suite de son mariage avec Jacquetle d'Arsac , à Thomas de Montaigne , seigneur d'Arsac , de Lilhan et de Loyrac , frère de Michel Montaigne.

(2) Cette lettre est celle qui a été la plus inexactement transcrite dans les diverses éditions qui Pont reproduite ; elles se sont copiées l'une l'autre, et chaque éditeur, en annonçant que la pièce se trouvait à la Bibliothèque du roi , n'a pas cherché à vérifier sa copie sur l'original. Ainsi on écrit : cogneu, doulceur, pouvez, iustement, jugeons, malicieuse, peult, veulx, etc., au lieu de : conue, douceur, pouués, iustemant, iuions, malitieuse, peut, veus, etc., etc.

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