‹ Documents inédits pour servir à l'histoire du christianisme en orient [XVIe-XIXe siècle];Chapitre 11 sur 113 · Il a éclaté dans le Liban, ejitre rérair Béchir et le · texte numérisé non relu

Il a éclaté dans le Liban, ejitre rérair Béchir et le

cheikh Béchir, une guerre qui a nécessité le déplacement du Pacha d'Acre. Ce Vizir a fait ce matin son entrée à Sejde, au bruit de l'artillerie, et accompagné des principaux habitants, parmi lesquels se trouvaient les drogmans du Consulat, qui avaient été envoyés avec les janissaires à plus d*une lieue le complimenter de ma part, suivant Tusage. Cette attention a dû lui être d'autant plus agréable que l'Agent Anglais, qu'on appelle également Consul, était parti la veille pour Beyrouth, en manifestant son mécontentement que le Pacha lui eût repris, pour y loger, la maison dont il payait le loyer à S. E. Cette maison était autrefois le Consulat de France. Le Pacha a expédié de suite une .partie de ses troupes au secours de l'émir Béchir, et a établi la rigoureuse police d'Acre dans la ville de Seyde, qu'il parait avoir l'intention de fortifier. Je ferai tout mon possible pour cultiver son amitié et la mettre à profit pour le service.

Le Consul d'Acre au Ministre

Seyde, le 20 janvier 1825

2. — Après avoir informé V. E. de la venue d'Abdallah Pacha en cette ville, et de l'étroite amitié que je conserve avec lui, je dois vous annoncer que je n'ai pas pu me dispenser, contre l'usage et contre toutes les convenances, de lui ofi'rir de ma part un petit présent et d'aller lui faire visite avec mes nationaux. Il nous a reçus avec une afiabilité et avec une politesse qui ont surpris tout le monde. Il a répété plusieurs fois qu'il me doit de la reconnaissance. Il s'est levé quand nous sommes entrés et quand nous sommes sortis: ce qui est le nec plffs ultra de là politesse turque envers des chrétiens.

Le Consul d'Acre a.u Comte Guilleminot, Ambassadeur de France à Constantinople

Seyde, le 23 janvier 1825

3. — Il a éclaté, à 6 ou 7 lieues de Seyde, dans le Liban, un soulèvement des Druses contre l'émir Béchir, prince de toute la montagne, quafld leur chef, le cheikh Béchir, qui avait été chassé, est revenu se mettre à leur tête. Le Pacha d'Acre a jugé à propos

de se transporter ici en cette ville pour être plus à portée de secourir rémir, auquel il envoie toutes les munitions et toutes les troupes qu'il peut rassembler.

Le Consul d'Acre au Ministre

Seyde, le 7 février 1825

4. — Le Pacha d'Acre et l'émir Béchir ont triomphé des Druses commandés par le cheikh Béchir. Ce cheikh, expulsé de la montagne depuis un an, a fait les plus grands efforts d'intrigues et de valeur pour reprendre sa place de gouverneur des Druses. Il avait mis trois princes dans son parti, l'émir Aabass, l'émir Soléiman et l'émir Hassan, tous parents de l'émir Béchir. Il s'était servi du zèle des Aâkals, qui sont les sages, les secrets dépositaires de la religion des Druses. Malgré l'avantage du nombre et l'exaltation religieuse, les Druses n'ont pas tenu contre les troupes du Pacha, ou plutôt contre l'artillerie, qui a joué pour la première fois dans leurs rochers. Il y a eu plusieurs actions sanglantes, à la suite desquelles l'émir Béchir a envoyé des charges de têtes à Seyde ; elles ont été écorchées, salées et expédiées à Constantinople. Cette pratique barbare acheva de décourager les Druses. Leur chef s'est enfui avec quelques braves, et après plusieurs journées de marche à travers les neiges, il a été pris par les troupes du Pacha de Damas. On prétend qu'il sera envoyé à SWean-d'Acre.

L'activité qu'Abdallah Pacha a déployée dans cette circonstance a préservé la Syrie d'une invasion des troupes Egyptiennes, que le Vice-Roi Mohammad-Aly Pacha voulait envoyer au secours de l'émir Béchir. On a été à temps d'arrêter leur marche aussi poliment que l'on a pu. Cependant les Naplousins ont profité de l'absence du Pacha d'Acre pour exercer des brigandages et se constituer en état de révolte. Sur cet avis, le Pacha a rappelé ses troupes de la montagne, et est parti ce matin pour S^-Jean-d'Acre, avec la seule garde de son sérail.

Abdallah Pacha a beaucoup gagné à se faire connaître à Seyde, où les pauvres, du moins, ont sujet de le regretter. Il leur a fait distribuer trois mille piastres par les chefs des difi*érentes religions, savoir deux mille piastres aux musulmans, 750 aux Grecs catholiques, et 25U aux Maronites. Partout il s'est montré généreux, vigilant, affable, comme s'il sentait qu'il doit faire oublier son

début dans l'exercice de Tautorité despotique dont il est investi. L'instruction chez lui sert à modérer sa fierté. Les honneurs qu'il m'accorde sans peine, parce qu'il les rejette toujours sur une ancienne amitié, lui coûteraient infiniment avec tout autre Consul, à en juger parle refus qu'il fait d'accorder à mon collègue. M' Henry Guys, le titre de Consul gérant le Consulat de Beyrouth. Il ne veut reconnaître qu'un Consul pour chaque nation, et ne considérer tous les autres que comme de simples agents..

Le Consul d'Acre a l'Ambassadeur Se3de le 21 m\rs 1825 (dépêche chiffrée)

5. — Le Moubachir que V. E. m'a annoncé est arrivé hier à Acre.. Déjà je puis annoncer à V. E. le résultat de mes premières démarches auprès du Pacha, pour connaître ses dispositions relativement à l'allaire du mont Carmel. Notre Agent, M^ Catafago, en qui il a beaucoup de confiance, nous sert ft)rt bien en cette occasion. Le Pacha l'a écouté avec attention, puis il lui a dit qu'il était informé qu'on devait envoyer un architecte de Constantinople , ( c'est le Moubachir arrivé \ qu'il donnera à cet architecte les renseignements les plus favorables à notre cause, ainsi que les vrais motifs qui occasionnèrent la démolition du couvent. Il a seulement observé que si la Porte lui ordonne de rebâtir ce couvent à ses frais, cela lui sera impossible, mais qu'il assistera aux travaux et les pressera.

Comme il n'a pas encore terminé avec l'architecte, je lui ai fait dire, au sujet de la dépense qui peut le retenir, de faire un rapport aussi favorable que nous le désirons, que je suis tout disposé à représenter à l'Ambassade que les encouragements qu'il donnera aux travaux par son assistance équivalant au moins à la moitié de la dépense, il sera bon de chercher l'autre moitié ailleurs que dans son trésor, que cette affaire est plutôt pour l'honneur et la justice, que pour des vues d'intérêt.

Le Consul d'Acre a l'Ambassadeur

Seyde, le 25 mars 1825 (Dépêche chiffrée )

6. — L'Agent d'Acre m'écrit qu'il a vu le Pacha avant-hier pour connaître le résultat de la conférence avec l'architecte. S. Ex.

lui a dit que le Grand Vizir a demandé si le couvent du mont Carmel peut être rebâti au même endroit où il était anciennement, sans préjudice pour Acre, ou s'il serait mieux de le rebâtir à une plus grande distance de la montagne, ou bien auprès des couvents de Seyde. Le Pacha a dit qu'il comprend, par le sens de la lettre vizirielle, qu'il règne ujie parfaite intelligence entre la Cour de France et le Divan de Constantinople. Il doit répondre au Grand Vizir que, dans un temps, le couvent a pu faire naître quelques soupçons ; mais que, tout bien consi 1ère, il ne doit inspirer aucune crainte ; que le couvent peut être reconstruit au même endroit où il était auparavant ; et que c'est là l'emplacement convenable. C'est aussi l'opinion de l'architecte qui s'est transporté sur les lieux. On peut donc espérer la réussite de cette affaire.

Le Consul d'Acre a l'Ambassadeur

Seyde, le i mai 1825 ( Dépêche chiffrée )

7. — Le Ministère m'ayant ordonné, dans l'intérêt de la santé publique et pour l'extension de nos relations commerciales, d'entretenir une correspondance suivie avec M. le Consul général du Roi à Alexandrie, j'ai l'honneur de représenter à votre Excellence que ma correspondance avec M. le Consul général acquerra peutêtre un nouveau genre d'utilité, en me mettant à portée de transmettre à l'Ambassade des renseignements certains sur les projets du Vice-Roi d'Egypte, projets qui paraissent avoir pour but, sinon la conquête, du moins l'établissement de l'autorité de Son Altesse en Syrie. Déjà il exerce une telle influence à titre de patronage, que le Pacha d'Acre, qui lui est dévoué par faiblesse et par reconnaissance, exécute toutes ses volontés. C'est ainsi que le Vice-Roi fait tenir le cheikh Béchir dans la prison d'Acre, et qu'il en exige quinze cent mille piastres, pour les frais de l'expédition qu'il avait projetée contre ce cheikh.

Le Consul d'Acre au Ministre

Seyde, le i mai 1825

8. — Les mesures financières de la Porte ont excité, vers la mi-avril, un soulèvement général à Damas. On y a publié le firman qui démonétise toutes les espèces d'or et d'argent en circulation, à

Texception des sequins adili de 12, de 6, et de 3 piastres, et des pièces neuves dites altemichliks ou de 60 paras ; qui défend, sous des peines sévères, de vendre ou d'acheter avec d'autres monnaies, et qui annonce l'intention du Sultan de retirer ces monnaies, en les faisant acheter au poids par un trésorier qui doit être envoyé à cet effet. Après cette publication, tous les khans, tous les magasins ont été fermés. Le lendemain le peuple s'est porté en armes au méhkéméy pour prendre le Cadi, qui a été porté dans un takhtarwan ou palanquin sur les épaules de la foule jusqu'au sérail. Alors, avec des cris et des menaces de tuer le gouverneur et toutes les autorités, si l'on ne révoque sur-le-champ la première publication, le peuple a obtenu de faire publier que toutes les espèces restent en circulation jusqu'à l'arrivée du trésorier de Constantinople. De cette manière la tranquillité a été rétablie ; mais, depuis lors, les monnaies ont augmenté de 10 pour cent.

Le Consul d'Acre a l'Ambassadeur

Seyde, le 21 mai 1825

9. — A l'arrivée de M. Durighello, Consul général d'Espagne à Alep, j'ai reçu du Supérieur de Terre-Sainte à Jérusalem une lettre en date du 18 avril, par laquelle, sans m'annoncer qu'il a fait à l'Ambassade un rapport contre Moustapha Pacha, il me prie d'adresser à V. E. la note ci-jointe que j'ai traduite de l'italien selon son désir. Ainsi, Mgr, à défaut des renseignements que ce Supérieur aurait pu me donner, j'ai l'honneur de vous transmettre ceux que j'ai extraits d'une lettre de M. Durighello, datée du 15 avril, à M. le Chargé d'Affaires d'Espagne à Constantinople. M. Durighello annonce dans cette lettre la copie du rapport qui a été fait à V. E. pour obtenir la restitution de 52150 piastres, conformément à une note que le R. Père Procureur général a adressée au Chargé d'Affaires d'Espagne par la même occasion. Cette somme calculée au cours des monnaies à Constantinople s'élèverait à 70 mille piastres.

Toutes ces réclamations tiennent au désordre qui règne dans la comptabilité et l'administration temporelle de Terre-Sainte (1).

( 1 ) Selon noti'e habitude, nous laissons aux auteurs des Documents la responsabilité de leurs jugements. Le lecteur n'aura pas de peine à rectifier oe qu*il y a d'injuste, dans cette manière d'apprécier les vexations dont les vénérables gardiens des SS. Lieux ont ea & souffrir.

S'il est de la piété et de la munificence des princes chrétiens d'autoriser la perception, dans leurs états, d'aumônes dont personne ne connaît la quotité, pour être envoyées à Jérusalem, grossies de leurs dons particuliers, il est bien affligeant et bien humiliant, d'un autre côté, de voir que des secours si abondants passent en grande partie au pouvoir des mahométans, et compromettent sans cesse la dignité de la protection Européenne.

Nos religieux se sont composé, parmi les Maronites et parmi les Grecs catholiques, une nation qu'ils appellent nation latine, quoique formée de rayas. Ils prétendent la protéger parce qu'ils la nourrissent. M. Durighello, qui a obtenu du Pacha plusieurs faveurs pour Terre-Sainte, a eu l'occasion de se convaincre que cette nation est la principale cause des avanies. Le Pacha lui a dit qu'il n*a jamais eu l'intention de mettre Terre-Sainte à contribution, mais bien ces rayas qui ont caché chez eux les effets des rebelles de Bethléem. Il leur avait d'abord demandé 500 bourses, qui ont été réduites à 100, sur la représentation de Terre-Sainte, puis à 75, à la sollicitation de M. Durighello. C'est cette somme qui a été payée à Damas de la manière indiquée dans mon n^ 58 du 14 du courant. Tel a été le prétexte de cette avanie. Quant à celle de 16400 piastres, le Supérieur de Jérusalem m'a informé que le commissaire de Coiistantinople lui a écrit que Terre-Sainte n'en a recouvré que 8840 piastres, tous frais déduits.

Le Consul d'Acre au Ministre

Scyde, le 25 mai 1825

10. — Après avoir rendu à l'Ambassade un compte très circonstancié de nos affaires à Damas et à Jérusalem, je m'empresse d'adresser à V. E. des renseignements qui me paraissent dignes de votre attention.

Le Pacha de Damas, Moustapha Pacha, dans la tournée qu'il vient de faire pour lever les impôts et pour châtier les habitants de Bethléem, qui, depuis deux ans, ne lui en ont point payé, a porté sa vengeance sur Jérusalem, ayant trouvé Jérusalem entièrement évacué, même le couvent de Terre-Sainte, dont les rebelles s'étaient emparés pour leur sûreté. A son arrivée à Jérusalem, il a commencé par faire emprisonner tous ceux qui avaient reçu des effets appartenant aux Bethléemitains, et de cette façon il a saisi des rayas

du rite latin, pour lesquels Terre-Sainte a dû payer une avanie de 52150 piastres, dont elle demande à présent la restitution à l'Ambassadeur du Roi à Constantinople. [Suit le récit ut supra)

Lb Consul d'Acre au Ministre

Seyde, le i6 juin 1825

11. — J'ai eu rhonneur de vous informer de la détention du cheikh Bëchir dans les prisons d'Acre. Depuis lors, il est venu d'Egypte des ordres, que l'on croit que l'émir Béchir a sollicités, d'après lesquels ce cheikh, si longtemps son rival, a été étranglé et exposé plusieurs jours hors le? portes sur le chemin. Ce guerrier recommandable est mort avec courage et résignation. Il fumait sa pipe, entoure de quelques domestiques fidèles, quand le seigmanbachi s'est présenté devant lui avec quatre hommes armés. Après le salut, le cheikh demande à cet officier le motif de sa venue. — L'ordre de Dieu et de notre maître Abdallah Pacha, répond celuici. — Cet ordre a bien tardé, répliqua le cheikh. Permettez que je fasse ma prière. II l'achève en un instant et demande lui-même le fatal cordon qui casse deux fois sur son cou. Alors il dit tranquillement à ses bourreaux : Est-ce que votre maître n'a pas une meilleure corde dans son sérail ? On a aussi étranglé le même jour un autre cheikh des Druses.

L'émir Béchir a tiré une vengeance bien plus cruelle des princes de sa famille, qui avaient suivi le parti du cheikh Béchir. Il leur a fait crever les yeux et couper la langue, en sa présence, pour prolonger leur supplice et leur humiliation. Reste à savoir comment il saura conserver en même temps l'amitié du Pacha d'Egypte et celle d'Abdallah Pacha.

Mgr l'évêque Gondolfi qui se trouve chez moi depuis une vingtaine de jours, et qui doit bientôt partir pour Livourne, étant autorisé de se rendre auprès du Saint-Père, n'a pas voulu quitter ce pays sans me mettre au fait de bien des affaires concernant les missions et la sienne en particulier.

Le Consul d'Acre a 1/ Ambassadeur

Seyde le 18 juillet 1825

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