‹ Documents inédits pour servir à l'histoire du christianisme en orient [XVIe-XIXe siècle];Chapitre 12 sur 113 · Jérusalem et Bethléem se sont révoltés à Toccasion · texte numérisé non relu

Jérusalem et Bethléem se sont révoltés à Toccasion

des concussions que le Pacha de Damas, après son départ, a continué d'exercer sur tous les habitants et sur les couvents, par le gouverneur de Jérusalem. Les Bethléemitains s'étaient arrangés avec ce gouverneur, moyennant trente bourses, et trois otages pour garants du paiement de cette somme; mais ayant su qu'ils couraient risques d'être avanisés de nouveau, et qu'on allait envoyer contre eux la garnison de Jérusalem, ils ont dressé une embuscade, qui leur a réussi. Aussitôt que les troupes ont été hors de la ville, ils j sont entrés, en ont fermé les portes et ont proposé au gouverneur de continuer ses fonctions avec ce qui lui restait de monde, ou d'aller rejoindre son Pacha. D'autres gens de Jérusalem, joints à des arabes et à des paysans, ont attaqué les troupes, qui, n'ayant pu retourner à Jérusalem, ont été complètement dispersés. Voilà donc la nation latine de nouveau compromise, Terre-Sainte exposée, pour cette nation, à de nouvelles avanies, et l'Ambassade à de nouvelles importunités.

C'est dans des circonstances aussi singulières que le nouveau Révérendissime le Père Tomato, Romain, a fait son entrée à Jérusalem avec huit religieux Franciscains. Cette révolte m'afflige d'autant plus que, peu de temps auparavant, j'avais obtenu d'Abdallah Pacha, qui a des droits à percevoir dans Bethléem pour la Sultane, qu'il traiterait favorablement les chrétiens à ma recommandation qu'ils avaient sollicitée.

Le Consul d'Acre au Ministre

Seyde, le lo août 1825 (Dépêche chiffrée )^

13. — L'Agent d'Acre m'a rendu compte de l'apparition devant cette place de la corvette du Roi « La Diane » commandée par M. Bégou de la Rouzière, capitaine de vaisseau.. M. le commandant ayant demandé à l'Agent s'il ne pouvait pas lui donner quelques nouvelles intéressantes touchant l'afl'aire du mont Carmel, l'Agent, après bien des recherches, a découvert que le Pacha a reçu dernièrement du Grand Vizir l'avis que la Porte a donné un flrman à la France en vertu duquel il est permis que le couvent soit reconstruit comme auparavant. Le Pacha surveillera les travaux, mais on ne sait qui les payera.

Le Consul d'Acre au Ministre

Seyde, le 6 septembre 1825 (Dépêche chiffrée).

14. — Les missionnaires bibliques, n'ayant pu rien faire à la montagne, se sont séparés. Plusieurs sont partis pour l'Europe, et les autres, au nombre de 6 seulement y compris le médecin, se sont établis à Bejrout, sous la haute protection du Consulat Anglais, qui reçoit de la société un traitement annuel de mille cinq cents talaris. Ces Messieurs, avec de très forts appointements auxquels ils ne tiennent pas moins qu'au but apparent ou secret de la bibliomanie, occupent les meilleurs logements dans les environs de Bejrout, et partagent leur temps entre l'étude de l'arabe et du turc, et l'enseignement gratuit, à tour de rôle, de l'italien et de l'anglais à une dizaine d'enfants Maronites. Déjà ils ont fait deux conversions : celle d'un vieux juif qui leur a escroqué 4000 piastres, et celle d'un Maltais que la misère oblige d'aller tous les dimanches entendre leurs sermons sur l'intolérance et le fanatisme des catholiques. Us entendent si bien la charité qu'ils ont défendu à leur médecin de prêter son ministère à aucun étranger.

Le Consul d'Acre a l'Ambassadeur

Seyde, le 21 septembre 1825 ( Dépêche chiffrée )

15. — Vous m'avez fait l'honneur de m'aïinoncer, par votre dépêche du 20 juin dernier, le grand acte de justice que vous avez obtenu de la Porte dans le ârman qui autorise la reconstruction du Carmel. J'ai cette affaire trop à cœur pour méconnaître la convenance de ne la présenter que sous le jour que vous avez daigné m'indiquer, et encore à l'époque où le fait de la reconstruction lui donnera de la publicité.

C'est peut-être à l'occasion de ce flrman que le Pacha recommence à avaniser les chrétiens. Il a fait murer deux églises dans Acre. Les négociants de Beyrout, craignant d'être traités comme ceux d'Acre et de Jaffa, ont pris la fuite le 16 de ce mois, au nombre de 500. Ils prétendent savoir que leur avanie est fixée à 250 raille piastres. La ville de Bejrout ne tardera pas à devenir déserte, car les Turcs riches l'abandonnent aussi.

Le Consul d*Acrb a l'Ambassadeur Seyde, le 23 septembre 1825

16. — Je m'enpresse à vous transmettre tous les renseignements à ma connaissance sur l'avanie faite aux religieux de Jérusalem par Moustapha Pacha. Pour que V. E. connaisse la quotité de l'avanie, je joins ici la note que j'ai reçue du R. P. Procureur général, d'après laquelle Terre-Sainte a souH'ert un dommage de 60020 piastres 10/40 non compris la perte sur les monnaies à Damas....

Les religieux n'avaient pas compté alors les 3448 p. 10/40 de perte sur les monnaies, ni le droit à'dboudié de 4421 p. 30/40 perçu à Bethléem. Ils prétendent que ce droit n'est pas dû, parce qu'il porte sur des rayas dont ils ont fait une nation latine pour avoir des sujets dans ce pays, comme les Jésuites en avaient au Paraguay....

Le nouveau Révérendissime et le Procureur général à Jérusalem m'ont informé qu'on leur a mandé de Constantinople qu'il est émané une lettre vizirielle pour la restitution de l'avanie faite par Moustapha Pacha à Jérusalem. Ils m'observent que la somme n'est pas énoncée avec cette formalité qui convient pour convaincre un Pacha, et de plus qu'il y a alcune usanze, certains droits, certaines coutumes confondues avec l'avanie. Ils veulent parler sans doute de l'augmentation progressive du droit d'âboudié sur les chrétiens de Bethléem. On leur a aussi écrit que la lettre vizirielle m'a été adressée, et ils me prient amicalement de la faire mettre à exécution ; comme si, pour une affaire de cette nature, je pouvais exercer la moindre autorité consulaire dans un Pachalik pour lequel je n'ai pas de barat. Malgré cette réflexion, je ferai tout ce que V. E. daignera me prescrire.

Le Consul d'Acre a l'Ambassadeur

Seyde, le 15 octobre 1825

17. — Un capigi^achi a enfin apporté l'ordre à Moustapha Pacha de restituer à Terre-Sainte le montant de l'avanie qu'il lui avait faite... Quand à Moustapha Pacha, la voix publique, ses démarches, tout annonce qu'il a été dûment destitué (1).

( 1 ) Ce Pacha avait détourné, & son profit, des sommea considérables.

Le Consul d*Acre au Ministre

Seyde, le 22 novembre 1825

18. — Le 5 de ce mois, je me suis embarqué moi-même à bord de la corvette du Roi, « la Victorieuse », pour aller présenter au Pacha d'Acre le firman du mont Carmel. Comme j'étais aussi chargé de lui offrir un cadeau de la part de S. E. M^ le Comte Guilleminot, il m*a de suite accordé audience... Le Pacha m'a renouvelé sa promesse d'aider par sa surveillance et par ses soins à la reconstruction du couvent. Il a paru flatté de l'attention de l'Ambassadeur et de l'empressement que j'ai mis à me déplacer en cette saison, pour l'assurer de l'amitié de S. E.... J'ai profité de l'occassion pour faire reconnaître M^ Henry Guys Consul de France à Beyrout....

Depuis mon retour, Abdallah Pacha, sur la demande de M' Catafago, a permis au R. P.' Jules, vicaire du mont Carmel, de faire déblayer et nettoyer les puits avant l'hiver, opération indispensable pour commencer les travaux dans la belle saison.

Le Consul d'Acre a. l'Ambassadeur

Seyde, le 22 novembre 1825

19. — Je me suis embarqué le 5 de ce mois... Le 6, nous étions devant Caïfa.... ( suit le récit de Vaiidience ).. Après m'avoir dit qu'il avait eu connaissance de notre flrman depuis 6 mois, Abdallah Pacha m'a demandé si l'on n'enverra pas d'architectes, de maitres ou d'ouvriers de la Chrétienté. J'ai répondu que je le présumais, mais que je n'en savais rien positivement. Cette question avait pour but de m'indiquer, comme il l'a expliqué ensuite, qu'il n'est pas dans le cas de fournir aux frais de la reconstruction du couvent. Aussi l'ai-je assuré que je ne pensais pas que V. E. eût rien demandé de semblable, et que je vous avais toujours prié de vous intéresser à sa situation

M. Lesseps, Consul de France a Alep, A Beaudin, Agent de France a Damas

Alep, le 24 novembre 1825

20. — J*ai été bien peiné de voir, par votre lettre, la violence

dont a usé Moustapha Pacha à votre égard, et le refus qu'il a fait d'obéir aux injonctions de son gouvernement pour le remboursement dû à Terre-Sainte. Je vais instruire, par l'occasion la plus prompte, l'Ambassade du Roi à Constantinople de cette affligeante circonstance.

■ Le Consul d'Acre a l'Ambassadeur

Seyde, le 28 novembre 1825

21. — Moustapha Pacha s'est enfui de Damas aussitôt qu'il a eu la certitude de sa destitution. Cet événement est cause qu'il n'a pas tenu la promesse qu'il avait faite à M^* Beaudin de rembourser à Terre- Sainte la somme portée dans la lettre vizirielle qui lui a été présentée... Il a laissé plus de mille bourses de dettes qu'il aurait pu payer, suivant ce qu'a dit le dareb-kana-emini à M^ Beaudin. Au reste, Moustapha Pacha possède de grands biens à Alep, et la Porte doit être intéressée à réparer des injustices qui décèlent en lui la coupable intention de profiter des circonstances malheureuses dans lesquelles l'Empire Ottoman se trouve engagé.

L'Ambassadeur A Beaudin, Agent consulaire de France a Damas

Constantinople, le 20 janvier 1826

22. — Lorsque j*ai su que Moustapha Pacha était parti de Damas, sans avoir obéi à l'ordre de la Porte pour la restitution des sommes qu'il avait indignement prélevées sur la mission de Terre- Sainte, j'ai demandé aussitôt ici et obtenu une lettre vizirielle très énergique contre ce vizir. Elle lui a été expédiée sans retard à Césarée où il se trouve. J'ai lieu de croire qu'il en fera plus de cas que de la première.

Je vous recommande, M', d'employer tous vos soins auprès du nouveau gouvernement de Damas pour que Terre-Sainte soit désormais à l'abri des odieuses vexations dont elle a eu à gémir durant le règne du Pacha disgracié.

Le Consul d'Acre au Ministre

Seyde, le 20 janvier 1826

Page 1