Chapitre I. Persécuttons en Syrie contre les chrétiens
2. La persécutton s'étend sur toute la Syrie ; l'insolence des infidèles n'a plus de borne.
Damas: 3. Le patriarche grec est obligé de se cacher ne pouvant satisfaire à la cupidité des turcs, — 4. L'évêque vicaire du patriarche, hom-
me pieux et catholique de cœur, est jeté en prison et reçoit 200 coups de bâton sur la plante des pieds. — 5. Les turcs ont envahi l'église et enlevé le calice de mains du célébrant, avant ou après la consécration, nous rignorons. — 6. Les femmes elles-mêmes sont emprisonnées, contrairement à ce qui se faisait jusqu'ici, et leur pudeur gravement menacée. — 7. Le missionnaire Jésuite se cache, les prêtres maronites s'enfuient, un Père Franciscain est saisi par ks turcs et mené en prison, parce qu'il avait dit la messe en secret dans l'église des maronites.
Saïda : 8. Le consul et les marchands se sont réfugiés à Acre ; le gouverneur leur avait extorqué 40 à 50 mille écus et condamné deux d'entre eux au pal ; il ne lâcha sa proie qu'après avoir obtenu tout l'argent qu'il désirait.
Tripoli : 9. Le consul franc emprisonné et torturé ; on lui introduisit des pointes de roseau sous les ongles pour le forcer à apostasier ou à leur ouvrir sa caisse ; il préféra ce dernier parti.
Jérusalem : 10. Les Franciscains sont accusés d'avoir reçu secrètement la visite du fils d'un roi chrétien ; l'avanie absurde et sans fondement leur coûta cependant plusieurs milliers d'écus.
Alep : II . Les tortures barbares infligées aux chrétiens de cette ville sous de futiles prétextes. On les cloue aux murs par les oreilles, pour avoir porté un turban de soie ou des souliers de couleur. — 12. Partout les chrétiens souffrent ; les Européens sont épargnés à Alep, grâce à l'énergie du consul Picquet.
Ohapltre II. Augures de protootion céleste : 13. De nombreux prodiges présagent la ruine prochaine de l'empire turc. — 14. En deux mois, quatre tremblements de terre à Alep. — 15. tremblement de terre à Saïda le jour de S' Elie (20 juillet). — lé. A Tripoli, la foudre tombe sur trois mosquées à la fois ; éclipse de lune. — 17. Autres signes célestes à Damas. — 18. Item à Constantin ople. — 19. A Alep. — 20. Ces signes et surtout les troubles intérieurs de l'empire annoncent sa ruine prochaine. C'est pourquoi il nous faut des ouvriers qui sachent la langue, et soient prêts à recueillir la moisson au jour opportun.
Cbapttre III. Fruits de la Mission de Syrie. I § Mission S<^ Paul de Damas :
Affaire des Consuls : 21. Graves dissensions entre les consuls Fran-
çais d'Alep et de Saïda ; les princes du Liban prennent le parti du consul d'Alep ; le gouverneur de Saïda se range de l'autre côté. — 22. Les hostilités allaient commencer, quand les missionnaires proposèrent comme arbitre au deux partis, un noble catholique de Damas. Les deux consuls acceptèrent. — 23. Le consul de Saïda vint à Damas féliciter le Pacha, devenu ^and vizir. Grâce au zèle des missionnaires, les deux consuls vivent en parfaite paix. — 24. Les missionnaires intercèdent, au nom du consul d'Alep, en faveur de quelques commerçants de Saïda, et le consul de cette échelle se montre
plein de bienveillance. — 25. Le jour de k Pentecôte, un Jésuite prêche en français dans l'église maronite, en présence des consuls de France et d'Angleterre ; c'est peut-être la i® fois que Ton prêche à Damas en cette langue. — 26. Générosité du consul Français envers l'église des maronites et les enfants de notre école ; sa marche triomphale, à cheval, dans les mes de Damas ; deux janissaires marchaient devant lui : grande joie des chiétiens et dépit des musulmans. Le pacha lui-même se lève pour le recevoir.
Les apostats et les esclaves a damas : — 27. Histoire d'un apostat Italien que les missionnaires ramènent à de bons sentiments. — 28. Conversion et pieuse mort d'un apostat Allemand. — 29. Efforts infructueux en faveur d'un esclave Picard. — 30. Récit abrégé de la délivrance d'une jeune fille de Gmdie, devenue plus tard la mère de l'évoque grec actuel de Damas. — 31. Un riche grec catholique nous autorise à confesser et à communier ses esclaves chrétiens.
Œuvres apostoliques : 32. Discussion avec les syriens, en présence de leur patriarche. — 33. Visite des chrétiens à domicile, en compagnie des écoliers ; succès de notre école ; catéchisme que nous faisons dans les autres écoles. — 34. Pour se concilier la bienveillance des grecs, les missionnaires assistent à leurs cérémonies, dans la basilique patriarcale. — 35. Prédications et catéchismes dans l'église maronite. Pendant le caiôme, le Jésuite obtint que les jeunes femmes vinssent dorénavant à l'élise : ce qui ne se faisait pas ; elles vont bien cependant aux bains publics et aux noces. — 36. Fruit de cette station : nombreuses confessions générales de 20 ou 30 ans ; le Père entendit les confessions générales de chrétiens grecs, jacobites, etc. — 37. Deux nobles syriens accomplissent publiquement leur devoir pascal ; générosité de l'un d'eux surtout, qui se dit catholique. — 38. Pendant la fuite des prêtres maronites, un Franciscain s'est chargé des offices et un Jésuite de la prédication ; ce dernier confessa et communia 16 esclaves européens, apostats pour la plupart. — 39. Histoire de l'ancien gouverneur turc de Chypre et de 16 esclaves chrétiens ; ils avaient sauvé la vie à leur maître ; l'un d'eux, chirurgien Français, vint voir les Pères Jésuites. — 40. Les autres vinrent aussi et remplirent leurs devoirs de chrétiens ; le chirurgien s'exécuta le dernier, après avoir abjuré des pratiques démoniaques auxquelles il était attaché ; tous ou presque tous retrouvèrent la liberté, par la volonté de leur maître ou par la fuite.
Les ECOLES : 41. Malgré la pesté de 1657, les écoliers continuèrent à venir. Coutumes relatives aux écoles du pays : un enfant ne peut quitter l'école qu'il fréquente pour aller à une autre, sans s'exposer et exposer ses parents à de graves ennuis. — 42. Œuvres poslscolaires les jours de fêtes : les travaux mécaniques chôment, et les anciens élèves viennent entendre l'explication de l'évangile et de la doctrine chrétienne. — 43. Les missionnaires n'ont cependant pas osé jusqu'ici établir une congrégation pour les
adultes, par crainte d'avanies. — 44. Matière de l'enseignement : l'arabe , le grec, le français ou l'italien. Le dernier missionnaire arrivé, qui leur faisait la classe d'italien, apprit d'eux l'arabe courant en moins d'un an. — 45. Le maître de l'artillerie [Condoléo] nous envoie son fils.
Mœurs du pays : 46. Représentation enfantine de la résurrection de Lazare. — 47. Description de la concélébration chez Its maronites, certains jours de fêtes. Le célébrant communie les concélébrants avec l'hostie trempée dans le précieux sang.
II § Mission s^ Ignace de Salda: 48. Principaux ministères APOSTOuauES A Saida : congrégation des marchands, travaux à bord des navires, visites en ville et dans les environs, écoles. — 49. Rachat de deux esclaves que la tempête avait amenés à Saïda, et que le patron céda enfin à 333 écus. — 50. Ministères en temps de peste. — 51. Mort pieuse d'une jeune fille fiunque.
Ecoles : 52. Succès d'un jeune écolier qui prononce dans l'assemblée des francs et en français un discours préparé par le Père. — 53. Deux drames préparés par les écoliers et les jeunes gens ; la peste et le départ de la Nation pour Acre en empêchèrent la représentation.
Navires : $4. Sept ou huit navires ont abordé à l'époque de la récolte de la soie ; catéchisme et confessions à bord ; beaucoup de retardataires se confessent.
Congrégations : 55. Plusieurs jeunes gens, tombés dans le vice, ont été ramenés à la congrégation et à la piété par la prédication du carême ; sujet traité : la prédestination, pour les prémunir contre le fatalisme musulman. — 56. Un Père Carme avait prédit la ruine de l'échelle de Saïda, juste châtiment de la licence de plusieurs *,. nous en sommes d'autant plus désolés que l'évéque grec de cette ville venait de nous permettre de faire le catéchisme dans son église.
Courses apostoliques : 57. Mission à Acre aux fêtes de Noël ; messe à bord du bateau ; confessions et communions générales. — 58. Arrivée de deux missionnaires que la tempête pousse à Beyrouth. — $9. Nouvelle mission à Acre. — 60. Emotion d'un jeune hérétique en voyant sa chambre comme tout en feu ; les missionnaires répandent de l'eau bénite, et les spectres ne se voient plus. — 61. Confession générale d'un marchand poussé par une inspiration divine ; le P. Franciscain d'Acre, homme pieux et docte. — 62. Arrivée des Pères Antoine Resteau et François Lambert. Celui-ci, ancien négociant de Saïda, avait fait naufrage, en revenant des Indes, d'où il rapportait de grandes sommes pour fonder la mission de Syrie ; les richesses sont perdues ; mais c'est par son zèle qu'il semble destiné à sauver les âmes.
m § Mission de 8^ Jean de TripoU : 63. Depuis quatre ans, la résidence de Tripoli était privée de prêtre missionnaire, quand' le P. François Lambert y fut envoyé. — 64. Depuis le massacre des Francs et Tanathème du Pape
contre ceux qui y feraient le négoce, Tripoli semble une terre maudite. Eprouvés par de nombreuses avanies, malgré leur pauvreté, les missionnaires, d'accord avec le consul d'AIep, (de qui dépend cette échelle), avec le consul de Saïda et le vice-consul de Tripoli, demandent au pape le retrait authentique de Tanathème ; avanie contre les Jésuites. — 65. Sainte vie du Frère resté seul tout ce temps, et bon exemple qu'il donne. — 66. Le zèle du P. Fr. Lambert donne les plus belles espérances. — 67. Les grecs nous connaissaient à peine et se tenaient à l'écart ; aujourd'hui ils traitent, comme les maronites, avec nous. — 68. L'évoque grec nous est favorable, mais n'est pas encore venu nous visiter. Le P. Lambert a composé, avec Taide d'un prêtre grec catholique, un petit catéchisme en arabe qui s'est beaucoup répandu. Les enfants l'apprennent à l'envi. Une concertation publique sur le catéchisme a eu lieu entre les enfants grecs et maronites, dans l'église de ces derniers. — 69. Les missionnaires profitent des occasions pour convaincre les grecs des points controversés. — 70. Réconciliation d'un prêtre grec avec son jieveu. — 71. Un grec cherche auprès du Père une réponse aux objections que lui font les musulmans et est confirmé dans la foi. — '72. Le Père peut entendre les confessions en ai-abe ; il sait le turc ; il visite les malades et se dépense au service de tous »
— 73. Autres œuvres de charité ; prédications contre les erreurs de Luther et de Calvin, en présence d'hérétiques venus d'Europe.-^— 74. Un vieux prêtre grec catholique se réconcilie avec son évêque. — 75. Il peut faire beaucoup pour l'union ; les missionnaires lui ont recommandé de faire faire un acte de foi orthodoxe in génère^ à ceux qui ignorent le schisme. — 76. Délivrance providentielle d'un matelot Marseillais, près du château de Tortose ; ramené à Tripoli, il est consolé par le Jésuite, son compatriote ; abjuration d'un apostat Sicilien. — 77. Bon exemple donné aux musulmans avec qui nous vo^^ageons. — 78. Discussion avec un savant Juif sur les prophéties relatives au Messie. — 79. Avec les chrétiens, entretiens pieux.
— 80. Visite à un ancien vice-consul franc, demeurant au Liban. — 81. Messe dans Téglise du village S' Gabriel, non loin de Tripoli, où se trouve un tableau de S* Ignace de Loyola. — 82. Visite au nouveau patriarche maronite, qui reçoit paternellement les missionnaires.
IV § MlMion de la B. V. Maria d*Aiep : 83. Alep est la tnère des missions de Syrie et de Perse. Zèle du Père à apprendre l'arabe ; il accompagne le missionnaire Carme, vétéran, travaille auprès des syriens, se fait estimer pour sa doctrine. — 84. Notre Frère coadjuteur fait un autel pour l'église syrienne. Le patriarche de ce rit, qui se montrait bienveillant, quitta subitement Alep ; et le consul français obtint qu'un catholique fut reconnu évêque des syriens ; celui-ci, découragé, se retire au Liban. — 85. L'évêque est ramené à Alep où il remplit en paix sa charge pastorale. Il avait été amené à la foi catholique par le P. Chezaud. — 86. Trois congre-
gâtions : des marchands francs, des hommes et des jeunes gens indigènes ; visites aux malades et aux afHigés. — 87. Le missionnaire transcrit les écrits arabes des anciens Pères, n'ayant pas de quoi les acheter ; sa science quasi universelle lui gagne l'estime même des turcs. — 88. Discussion avec un musulman sur le Fils de Dieu. — 89. Il ne nous est pas permis de provoquer les musulmans ni d'attaquer leur religion ; mais nous pouvons défendre notre foi quand ils en parlent ; discussion sur la conception de Jésus dans le sein de Marie. — 90. Le Père empêche l'apostasie de deux pauvres chrétiens, en leur procurant les aumônes dont ils avaient besoin ; les hérétiques Anglais et Hollandais coopèrent à cette bonne oeuvre. — 91. Délivrance d'un officier Allemand, tombé en esclavage. — 92, Zèle du missionnaire célébré en Perse. — 93. Si les chrétiens d'Europe voyaient les persécutions dont souffrent les pauvres chrétiens d'Orient, et l'insatiable cupidité des turcs, ils se montreraient généreux. Les orientaux travaillent et souffrent beaucoup sans rassasier leurs maî|;res fainéants. La charité leur dilate le cœur et les arrête sur la pente de Taposlasie. — 94. Le Père attire à la foi romaine révéque grec d'Alep.
95. Les Frères coadjuteurs se font estimer et aimer dans la mission. Tous font le pèlerinage de Jérusalem, le Frère occupé à l'école de Damas excepté.
96, Célébration du jubilé.
Chapitre IV. 97. Bécit détaillé de la sainte vie d'Honoré Audiffray, négociant à Saida.
Chapitre V. La nouvelle Mission de S^ Joseph (Antoura). — 98. Noblesse d'Abounaufel et services rendus par son père et par lui à la religion, auprès de Facardin et de ses successeurs. — 9^. Eloge pompeux de ses qualités remarquables et de son influence universelle. — 100. Générosité d'Abounaufel et description d'Antoura où les Jésuites commencent l'établissement d'une résidence.
1. — Quonam fato fieri dixerim ut cum primigense Ecolesise temporibus, eo florentius ejus status fuerit , quo erat per adversariorum potentiam turbulentior ; nunc e contra luxatur et inclinât in ruinam Ecclesia in SjrisB partibus, concassa et maie habita Mahometanorum vexationibus ; discriminis causam aliam nuUam inyenio nisi quod in primitiva fuit fldes viyacior, quippe quse radiis illapsi e CkBio Solis propinquior ; atque adeo magnorum virorum exemplis et eruditione, tenuiorum et inflrmorum nutans virtus fulciretur ; in prsesentiarum autem, iniquiori loco res positse sunt, his in regionibus, in quibus et fldes, instar lampadis emorientis, pêne expirât, et qui ad clavum sedent, gubernatores Ecclesiarum,
magnam partem ignari, nec multo magis a virtute parati et commendati, possunt aut labentes populos sustinere, aut hostes ingruentes undique et in eau las palam irruentes, refellere aut dejîcere.
Quo ât ut, sine captatione aut ambitu laudis, usurpare liceat istud prophetsB : nisi Dominus reliquisset nobis semen, aut ex abundantia Europœ asiaticorum penuriœ providisset per missionarios, ut vocant, qui, r^ligiosse vitse factis et apostolici verbi luce, tanto malo mederentur, nihil hodie Syria forte differret a Barbaria, nec in illa alii quam in ista christiani comperirentur, qui, belle capti, retinent in vinculis libertatem qua nos Christus liberavit ; quod rerum gestarum narratione per annos 1656 et 1657 extra dubium fiet, cum a persecutionibus turcarum in christianos exorsi, tum, in decursu, quid opis feramus fldelibus ut in âde perstent et ex fide vivant, per singulas mission es exponemus.
CAPUT lum De Persecutionibus in Syria adversus Christianos,
2. — Ex quo in bas oras, ante sex annos, Dei gratia, perveni, insolentiam infldelium tam longe patentera et tam efferam non vidi, quam ea quae nunc circumquaque jactatur effrenate juxta ac impune, etiam in luce urbium prsecipuarum, sive ab Àlepi ânibus in septentrione sitis ad Hierosoljmse Loca Sancta — quae duae longitudinem provinci» magna ex parte circumscribunt, — sive a Tripolitana civitate Damascum usque, — quas latitude patet habitabilis, caetera quippe déserta.
3. — Ducamus ergo initium a capite Syriae, Damasco, ubi sic saeyit vis tjrannica, ut nec hominibus, nec ipsis sacris parietibus parcatur. Cessit procellosis temporibus patriarcha graecorum, fuga dilapsus ante annos postremos aliquot, nec quo reclusus abierit signiflcatur ne, e latebris erutus, absentiae damna resarcire, hoc est, hiantem avaritiam turcarum hydram cogatur pascere lautius.
4. — Procurator ejusdem nationis episcopus, vir catholicus, recens in carcerem actus quod a patriarcha venisse dicerentur mulae onerariae, auro et argento congestis consarcinatae, nec tamen inde sol visse ses grande quo tenetur apud primarios mahometanos,
pro avaniis, — sic vocant mutuata ab his pecunia, — eluendis. Miser, heu ! insons licet et vir sanctus, iii ergastulo positus, fustibus etiam caesus ad plantas, repetitis impactionibus ad dacentas ; non est dimissus nisi promissis novis pecuniis pro fustuariis et pro numéro plagarura, uti moris est. (1)
5. — Invadere ausi sunt sacerdotem ipsum, sacris operantem in patriarchali basilica ; ab ejus manibus argenteum calicem rapere, effundere, exportare, consecratione praemissa necne, sunt qui affirmant, sunt qui negant. Odiosa res est et plus quam barbara, quam detrectare factam etiam qui fecerunt debent.
6 — Sexus ipse rauliebris cui manus injicere ut in vincula traheretur, hactenus piaculura fuit, ob honorem membri infîrmi, jam ejurare fidem cogitur, quoniara non ut ante in honore habetur, sed vinciunt, nisi vincitur pudor mulieris^ expugnatus pecunia qua solvat imperata tributa.
7. — Non dissimulabo etiam ad religiosos francos flammam penrenisse Damasci ; quidam e Nostris, sacerdos hic degens, odorem ignis ut sensit, scitus declinavit, nec in eorum manus devenit turcarum, qui e Franciscanis Patribus unum tenuere, et carceri addixere, quod in obseratse ecclesiae maronitarum septis, sacrum facere solitus esset, cujus saeculares sacerdotes omnes ex urbe fugitivi, post grandsevum ex ipsis baculis contusum, spem praedonis eluserant. Hac parochorum absentia moti religiosi francii cum acta in seipsos procella deferbuisset, parochialia munia inter se partiti sunt, ut suo dicetur loco. De Damascena civitate hsec dicta sufiiciant.
8. — De Sidonia, satis fuerit dicere francos mercatores omnes cum consule sedem inde movisse et Ptolemaïdem fugisse, ad 40 milliaria versus meridianam plagam, quippe quia Sidonius gubernator ad palum duos damnaverat, quod ii pecuniariis concussionibus, quas raoliri non desistebat, manus non darent : quadraginta enim inter vel 50 millia nummorum per vim excusserat, nec excussus ab humeris damnatorum palus, quocum adsuppliciura procedebant, — immane spectaculum ! — nisi pacta pecunia.
9. — Quid de Tripolitana dicam ? Consulem ipsum francum in vincula conjectum et carceres, serael, parum esti etiam secundo,
( 1 ) C'est Tarohevéque Gérasime. cf. supra p 2 20.
unde uti erueretur, nihil propius fuit quam ut stimulis cannarum cogeretur in digitos infixis, aut fldem ejurare, aut crumenam effundere. Hanc profundere elegit, vi nulla cogendus, — ut audivi referentem, — ut alteram perderet. (1)
10. — Intacta fuit Hierosolyma sancta illa ? Quid intactum, quid sanctum furiis ? Deferuntur quidem Patres Franoiscaui criminis magni illius, — fldem enim superat, quia fleri nequiverat — venisse videlicet in ea loca sacrosancta fllium cujusdam régis Christian! ab Europa, nec ejus delatum esse adventum ad praefectum urbis, oui munerà ex usu débita deferret. Sane quidem cum nulli regum christianorum filius hodie aut sit, aut qui possit per aetatem transmeare, nedum factum sit occultate, muleta tamen pluribus nummorum millibus stetit.
11. — Àlepi ludus alius luditur ; sanguine litatur, confixis cum pariete per vicos civibus auriculas tenus cum clavo, ad triginta per dies ; oblectandi enim sese causa agit, qui est loco prdefecti, bacchantis per agros et populantis ; is civitatem obambulans, si quos invenit contra praescriptuin, aut serico pileo turrito in morem orienta lium, aut solea coloris alteriusa nigro, sic plectit subrîdens et exprobrans fanatici praecepti violationem.
12. — Quis ad haec audita tam duro est corde ut non moveatur ? Quid ad visa ? Quid ad passa ? Neque tamen omnia referre scopus est, sed e singulis christianorum generibus unum, e patriarchis, episcopis, sacerdotibus, religiosis, feminis, hominibus indigenis, Europœis, hoc est cunctis in consternatione positis oppressione tyrannica, Alepum pro Europœis si exceperis, ubi franci in honore sunt, industria et authoritate mirabili consulis, praBoonium dixerim eximie pii. (2)
CAPUT IJum.
Auguria cœlestis auzilii.
13. — Digna plane divi Gregorii commentantis de perituri mundi
( 1 ) D'après nos autres documents» il 8*appelait Marco, et était consul des Français, des Anglais et des Flamands. Cf. aussi Besson^ p. 96.
(2) Cf. dans Arv?eux ( Mém. I, p. 262 et 357.) Picquet (Vie, p. 215 ) le récit d'avanies semblables. Voir aussi Paul Masson : Histoire du commerce Français dans le Levant au XVir siècle — ch. l*"^ : les Avanies.
catastrophe sententia, uti haec ista est : midta mala debent prcecurrere ut malum valeant sine fine nuntiare ; ita nec absimili ratîone quis dixerit ingentera imminere imperio turcico ruinam quae tôt et tantis dudum prodigiis praenuntiatur. Huruin partem dediraus in praecedentiura relationum observationibus ; in subsequentiura annorum cursu, et haec notatu dignareferimus.
14. — Per bimestre duntaxat quo, extremo anno, Alepi habui, quatuor terrae motus civitatem coneusserunt, 'Dei beneflcio quidem sine ullarum aedium subversione, sed non sine malo omine^ etiam a turcis propalato, imperii concutiendi.
15. — Nec multo antequam illuc transraigrarem, Sidone terra conyulsa est, a maritima plaga in qua urbs posita, ad montanam quae suppositae imminet, ad eum locum in quo divi Eliae sacellum in ejus festo me contuleram, pro erudienda per catechesim plèbe, tum cum murus cui innitebar, treaiere ; credere vitiura esse parietis maie compacti ; at mugire tellus sub pedibus ut cœpit, aliam subesse causam proclive fuit judicare, praesertim cum delapsus Sidonem iutellexi per id tempus in sacello Rev. Patrum Franciscanorum inducti parietis crustam defluxisse ; contremuisse in aedibus consularibus consignationem domus superiorem, spéculas instar.
16. — Verum prodigio majore est quod Tripoli contigit ipsis ejusdem anni auspiciis. Ëxcussa cœllo fulmina tria eodem momento in très urbis partes praecipuas, ab se longo intervalle dissitas : in culmen arcis, in valvas civitatis et in meditullium urbis, idque in tria fana mahometana. Verum in eo quod arcis est, perculsus et necatus qui ipso meridiano tempore eo eminentiori turris parte, preces aolemnes sacrilegas populis proclamabat. Ibidem, aliquot abhinc mensibus, sub anni médium, quadam die, tergeminus sol ortus est, et quod praeter consuetudinem pareliorum est, in eadem linea, non ex adversiaipartibus, medio qui aliorum pater et formator erat. Ferunt subecutam in aère crucem ; sed incertum id est, nec omnium ore, ut praecedens meteorum, confirmatur. Nec multo post, eo mense qui sacer et benedictus turcis dicitur, quo jejuniam indicunt — , ramadan vocant, — eclipsis lunae intégra, maie aagurantibus mahometanis, omnium conspectui oblata est.
17. — Adde quod anno 1656, Damasci spectatum et auditum est, — septembri, ipsis natalibus B. Virginis, — passim a turcis et christianis : sereno enim cœlo, hora post meridiem tertia, discindi
sether yisus est, erumpere cuin tonitru flamma ingens, illa ex parte montis qua Christus Paulo apparuit quondam, in via Hierosolymitana, et ruere ab aquilone in meridiem, Mecham versus. Equidem longe maximo omnium ostento vix fidem haberem, nisi prseterrumorem Damasci sparsum, authorem liaberet âde dignum, christianum, aetate et conditione commendatum ; is enim retulit Patribus e Nostris duobus conventum se a nobili turca e magnatibus urbis, ut quid inesset augurii in oblàto viso, non sibi sjolum, sed pluribus ejusdem notio bominibus ediceret. Cum enim diluculo ad primarium fanum se conferrent, inquit, — quaa basilica christianorum olim erat, — viderunt derepente militum coronam peregrinis armis instructam, quaô' totum templum, praesidii in morem cingeret ; interrogant qui sint et unde. Respondent se de cœlesti militia venisse qui expurgarent profanatam Christi ecclesiam, qui eo brevi rediturus et regnaturus est. Id postremi anni mense augusto factura.
18. — Hœc et similia cum cuidam francorum referrem Tripoli, quem, pro medico, urbis praefectus apud se receperat, affirmavit sibi dictum Constantinopoli in aula, a pluribus mahometanorum proceribus, districtum gladium ab ipsis recens animadversum de sublimi aère civitati imminentem ; et quid ominis id visum portenderet, interrogatum, elusisse.
19. — Fertur et in amplissimo Alepensi fano compertos implexos inter se ensem et crucem, illum subter, hanc supra ; et cum experiundi causa, contra repositi essent, ensis supra, crux subter, posteriori die restitutos ut ante. fuisse. Hoc^ quia authorem certum non habeo, ut incerti ruraoris do (1).
20. — At vero sat multa bene confirmata quae retuli, et inter ea, dissentio hostium inter sese, Ëuropae nota, haud dubia ruinse prsenuutia pro valido stimulo esse possunt strenuis operariis uti nobis subsidio venire non tardent, donec messis matura colligenda erit, tum cum gnari linguarum et parata opéra, horrea Domini implebunt, ipsi vero tardigradi in elementis idiomatum versabuntur, hoc est in accingendo se, cum operari oporteret.
( 1 ) L'auteur se montre trop crédule. Le P. Besson s'est fait l'écho des mômes récits, ('f. La Syrie, p. 182.
CAPUT Illum
De Fructu Missionum S3rriad Sectio 1^ : De Missioue Damasceua Sancti Pauli
21. — Si bella regnorum, quoniam amplo martis campo excurrunt, grandem edere stragem assolent, nihil propius fuit quam ut contentio et dissentio eorum qui nationibus francis in Syria prsesunt, ingentia ultro citroque importarent mala, anno 1656. Ea jurgia ex jurisdictionis ambiguo titulo inter consules francos Alepensem et Sidonium, utrumquetamen virtute, ingenioet prosapia clarum^ orta primum, aliquot mensium processu, proceres indigenas etiani implicarunt : ex partibus Alepensis quidem, is qui inter montis Libani principes potentissimus est, stetit , ex Sidonii partibus, gubernator ejusdem urbis ; nobiles, ut fit, his ducibus, hinc inde.
22. — Jamjam ad arma veniendum erat ; vi» interceptœ, epistolse deprehensae, captivi ducti, pro praeludiis erant ; tum cum Deus hanc nobis ingerit mentem ut Damasci magnatem catholicum, utrique parti notum et amicura, interponendum curaremus pro litis dirimendae arbitre. Scripsimus eam in rem ad consules unum et alterum^ tum cum religiosus alterius Ordinis id ipsum, pacem dico, .60 tempore moveret Sidone. Sidonius ea comitate qua major non potuit^ et arbitrum et locum conferendi acceptare rescripsit, ideo duntaxat quod a nobis proponeretur : verba sunt epistolae. Nec rainori facilitate in pace tentanda fuit Alepensis ; locum quidem quippe a se remotiorem detrectare videbatur, ut reapse non illuc conventum est, sed quoad ea quii) opportuna oonciliandis rébus omnia judicaremus, in di versa nunquam iturum spondet, ut concepta habet litterarum formula.
23. — Tractatum ergo per litteras negotium, internuntio religioso ejusdem Ordinis cum eo quem dixi primum Sidone rem agitasse, nos vero litteris partim in prsesentia cum consule Sidonio egimus, qui Damascum, visendi prœfecti urbis causa in primarium imperii ministrum evecti, venerat ; sicque inter utrumque medii, ut dicitur, ivimus, ut consulum quisque nos pro altero stare
suspicaretur, quamquam civilia attingere semper detrectaremus, solum quse ad paciflcandos animos fàcerent, nobis usurparemus ; atque adeo 6t gratia utriusque non excidimus et in gratiam inter se reducere non irrito conatu laboravimus ; in tantum enim concinnata amicitia vivant concordes, quantum antea discordes.
24. — ^ Delegati sumus recens ab Alepensi ad Sidonium deprecari pro nonnullis mercatorum Sidoniorum qui ex partibus Alepensis fuerant. Dici non potest qua benevolentia accepti non modo sumus, sed et qua sinceritate, iii gratiam delegantis, quidquid tune fieri potuit, ultro concessit, parte jam rogatorum transacta, parte altéra in tempus commodius rejecta, in favorem eorum pro quibas intercessores accessimus. (1)
25. — Per ea vero tempera quibus Damasci consul Francus commoratus est, cum festum Pentecostis incurrisset, pro celebritate concionandum nobis esse apud Francosjudicavimus^ quamvis in peregrino lingu» nostrœ loco, in templo maronitarum catholicorum. Convenere consules Francus et Ànglus una cum mercatoribus, imo adstantibus ipsis maronitis tum viris, tum mulieribus, quamvis
( 1 ) Sur cette querelle entre Henri de Bricard, consul à Saïda et François Picquety consul à Âlep, relativement au consulat de Beyrouth, cf. Mém. (VArvieux II 355. — L'accord dont parle Tanteur de la relation ne terminait pas cette affaire. J'ai trouvé au Ministère des Affaires Etrangères (Corresp. dipl : Turquie T.V, f. 575), un mémoire adressé par Picquet, le 15 mai 1658, à l'Archevêque Sergio^ maronite^ qui débute ainsi : o Sur ce qu'il faut faire à Paris concernant l'affaire de Barut pour la satisfaction de chek Abounofel : Présenter requête au Conseil pour faire casser l'arrêt donné contre moi et contre le chek Abounofel du 19 mai 1656, ou plutôt en faire donner un autre en ma faveur, par lequel il soit dit que le consulat de Barut est dépendant de celui d'Alep, que le droit de consulat de 2 pour cent sera payé au consul d'Alep ou à son vice-consul établi au dit Barut> sur toutes les marchandises qui s'achèteront au dit lieu par les Français ou autres négociants sous la protection du dit vice-consul.... et que par conséquent le consul de Seyde soit débouté de sa prétention au consulat de Barut... etc. » Ibid . f. 508, Enregistrement en date du 7 septembre 1652 à Ais, des Lettres patentes nommant François Picquet, éouyer de la ville de Lyon, o consul pour la nation Française à Tripoli de Syrie, Ile de Chypres, Barut, Alexandrette, Côte de Caramanie» Alep et leurs dépendances.» Copie faite à Alep le 16 juin 1656 ; avec les attestations de Frère Bruno de S^-Yves, vicaire des Carmes desrchaux, et Georges Riehelius, supérieur de la mission de la Compagnie de Jésus à Alep.
nihil eoruiu quse dicerentur percipientibus, quippe arabice tantam scientibus, et nobis gallice orantibus, quo idiomate forte nunquam Damasci peroratum est ; omini id sit bono ; nec dilapsi per horam arabes, allecti insolentia habitas, lingusB et exedraB concionantis ; borum enim mos est ex piano dicere, sine sacerdotali supparo carbasino aut alio pileo aut veste a corn muni, et saepe ex libro ; nobis contraria omnia, ex memoria^ cum quadrato pileo, castula carbasea, ex suggestu pronuntiantibus.
26. — Eidem consuli franco exinde authores fuimus ut ecclesite huic laboranti sere aliène, suo opitularetur ; fecit, quin et catholicaB familise ad extrema redactœ, nobis deprecatoribus, ad quindecim nummos erogavit. Sua autem sponte scholam adiens uostram, propria manu decem nummos pueris discipulis distribuit,— r loco feriarum quse indulgentur in Europa, hic vero locum non habent, — quo factum ut tubarum instar egressi, promulgarent per urbem liberalitatem francorum ; tum cum consul ipse incederet in equo solus, mercatoribus cinctus peditibus, prseeuntibus vero duobus de militia turcarum mitratis et cum virgis, — janissarios vocant, — plaudentibus christianis et de tectis aut solariis despectautibus, frementibus mahometanis, indignum id esse dicentibus ut fidèles, scilicet janissarii^ pédestres praeirent infideli consuli equitanti. Sed moris id est consulibus certe cum bene illis est cum urbium praefectis, ut tune erat, etiam cum facto primario regni ministre, qui visentem se consulem assurgens excepit, sedere unum secum imperavit, stante aula universa.
27. — Hoc eodem anno adlaboravimus in reducendis in sinum Ecclôsiae duobus apostatis^ quorum Italus alter quidem uxores duas dudum duxit, et libères plures suscepit ; sed quod venerat e Lipara insula frater, motus luctuoso illius statu, et exploraturus num quid opis afferre posset, cogitavimus opportunum fore si in sedibus R. Patrum Franciscanorum, ubi habitat novus ex Italia hospes et convenerat apostata, hune rationibus quibus fas esset ageremus ; eo res processit ut convictus plus satis in lacrymas iret, frater collacrymaretur ; ille vero, num salvari posset eo loco quo erat, flens rogabat ; frater nobiscum negabat. Tandem promisit tempore opportuno regressurum se in patriam ; interea cum parte bonoram potiore, nummaria scilicet, frater rediret, quem sequeretur ; rediit frater bene nummatus ; nactus alter occasionem opper-
tunissimam, convocatus videlicet Constantînopolim in subsidium contra Venetas classes, ingressus est turcicas, et ex vulneribus desperata vita exscendens in terram, inter mahometanos obiisse fertur, uti vixerat.
28. — E Germania fuit alter apostata, qui saepe domum nostram se contulit quidem, consilium accepturus ; sed notior in urbe, de manu heri eripi non poterat ; postulabat libros a nobis pios quos legeret, aut ex quibus oraret, Fratre nostro Alemanno (1) excitante ; sed non putavimus annuendum, ne in manus venirent patroni, et inde rei ad judices citaremur, potestate tamen facta ut orationes transcriberet si vellet ; cui officio gratus, munuscula interdum oiïerebat gentili suo. Verum misellus incidit in morbum, cum unus restaret iû aedibus nostfis frater coadjutor noster et popularis suus ; is cum R. P. Franciscano aegrotum invisit agente medicum ; non judicat Pater periculosum morbum, atque adeo nec esse de confessione audiendum, ne sacramentum exponatur si convalescens cogatur profiteri mahometismum. Tamen biduo aut triduo moritur, sed sic in fide christiana obiirmatus ut nunquam adduci potuerit uti obyerteret se ad Mecham, de more mahometanorum, moriturus ; quod si per vim converteretur, ipse se in contraria obvertebat, cum dicerent domestici hoc rufi iliius imberbis, gentilis sui, factum, qui eum inviserat et fascinaverat. Nihil tameu inde damni nobis obvenit, Deo propitio.
29. — Tertius vero etiam, is adolescent ul us, venerat in manus gubernatoris, eques Melitensis, e Piccardia oriundus, qui sese in libertatem asserere omni via tentabat. Optato serviebat e Patribus nostris unus, eo libentiusquoet Picardus; sed cum alii plure^interseruerint se filo texendo quo e labyrinto erueretur, tela rupta est, et incassumlaboratum.
30. — Subtexam ego hic nobile facinus quod nuper didici de puella captiya, post modum matre episcopi iliius Damasceni catholici, de quo supra. Haec cum in Candia a gubernatore rapta fuisset et soUicitanti parère recusaret, in conclavi reclusa est ; quo ardente, nescio quo casu, nec ipsa valente aliter incendium nascens restinguere, corpore incumbens, ignem illaesa oppressit. Res ad
( 1 ) F. Walrad Bangen.
raptorem defertur ; spectat vestigia ignis, nigridine scilicet deturpatos parietes ; libertate donat.
31. — Et quoniam in argumento de captivis versamur, rneminisse addecet graBcumillum e magnatibus et catholicum, quem anno superiore adductum ad sacramenta obeunda post très annos intermissa, diximus (1); hune, inquam, ipsum nobis, serves sucs emptitios de captivorum grege, postulantibus donasse ultro, ut ad Eucharistiae et pœnitentiae sacramenta convenirent ; quorum erat qui duos, alius qui très annos, sine horum usu transegerat.
32. — Disceptavimus de naturis duabus in Christo contra Surianos unam asserentes, coram ipsorum patriarcha, eo exitu, — quae Dei gratia fuit, — ut horum doctissimus, procedeuti controversia, velut mutus et elinguis resederit.
33. — Invisere pergimus civium domos, quandoque ducibus liberis e schola qui recitent quse docti sunt. Ea vero [schola] procedit ut prius féliciter, et numerosior semper aliis omnibus, inquibus et catéchèses habere sinimur.
34. — Intersumus rei sacrae grsecorum in patriachali basilica, ut conciliemus et hac ratione benevolentiam ; in qua, si quid minus congrue fieri observamus, dum monemus priyatim, emendari palam videmus. (2)
35. — Catéchèses et conciones his duobus annis habit» in ecclesia maronitarum , sed, postremo anno, Pater e Nostrisqui conciones habuit per quadragesimam non modo consecutus est ut puel- Ise nobiles et recenter nuptaB intéressent, quod, anno superiore, nulle non moto lapide obtineri non potuerat a prsetendentibus contra morem patrium esse ut in templa commeent hac aetate, cum tamen ad balnea et ad convivia nuptialia convolent ; — tantum invaluit exemplum muliercularum mahemetanarum, quibus fana interdicuntur. (3)
(1) Cf. Doc. IL p. 241.
(2) Avant la prohibition du S. Siège, les missionnaires aimaient à considérer les grecs comme des schismatiques purement matériels.
(3) Cf. dans Besson p. 105 et 109, des détails curieux sur a Tindévotion des femmes et leur extrême ignorance. » Le missionnaire espère que « le temps, qui est un grand médecin et un grand maître », parviendra à détruire les préjugés relatifs à la réclusion des femmes chrétiennes, qui et vont aax bains et ne fréquentent pas les églises. »
36. — Sed is vero etîam sic animos permovit timoré divino ut parochus retulerit suos omnes in pasehate exomologes générales instituisse totius vitae, certe qui viginti, qui triginta annorum aut amplius, prout conscientia dictabat opus habere aut conducere sic repetere praeteritas confessiones, quas idem Pater plures e diversis christianorum sectis, graecorum, jacabitarum, necessario repetendas excepisse affirmât. Ita parum idonei suiit parochi excipiendis iis, aut parum instructi iis instituendis populi.
37. — Perfçcit et ipse ut duo inter surianos nobilissimi, qui paschalia etiam festa praeterire sinebant, non obitis paschalibus certe palam sacramentis, neduai per annum, rei sacrse interesse festis jdiebus videbantur, iu pasehate, spectantibus et Itetantibus omnibus, christiano munere fungerentur ; sed et priorem incuriam, largis in pauperes eleemosynis redimerint, rem sacram frequentarint, certe ille e duobus qui catholicum se et romanum, agente Pâtre, proiîtetur.
38. — Et novum spectaculum fuit, sed luctuosum, quodfugitivi maronitarum pastores oves coacti sint dimittere, ut supra perstrinxi, gratum vero angelis, quibus înstigantibus, franci religiosi in eorum locum suffecti, quorum Franciscanus sacerdos sacrum faceret, sacerdos vero noster concionibus, ut in fide stabiles, procelloso tempore, permanerent, hortarëtur ; et ille idem captives christianos numéro sexdecim, maximam partem apostatas, diversad nationis, Italae, Francse, Hispanae, Germanse^ Polonae, omnes sacramentis confessionis et communionis imbuit.
39, — Vénérant Damascum cum gubernatore Cypri insulae turca, in qua eum ipsum contra rebellem mahometanam militiam ad mille quingenlos janissarios^ ipsi ad quinquaginta dumtaxat emptitii, quorum hi sexdecim erant residui, vindicarant, imo et eripuerant e manibus conjuratae plebis Cypriic ; hos ipse victor victores deportabat secum Mecham in praesidium viae ; horum unus, gente franeus, arte chirurgus, sed praefectus domesticae œconomiae, primus Patrem adiit, cumque congressus placuisset, sociorum aliquos ad eum allegavit ; hi primi ad officia christiana adducti, alios ad eadem permovere ; et isti alios usque ad postremum.
40. — Tamen insignis fuit duorum Alemannorum ad fldem catholicam conversio, qui cum nunquam antea EucharistiaB sacra-
mento refecti essent, nec exomologim fecissent, dici vix potest quauto devotionis affecta utroque munere defuncti sunt, cum sibi infortunio captivitatis gratularentur, sine qua in seternum captiyi daemonis mansuri erant. Insignior vero et fuit chîrurgi ejiiratio daemoniacas artis, qui caractères plures magicos cum haberet, difficulter his exui se passus est ; ad pœnitentiam ultimus venit qui primus domuni nostram, uec nisi post lacrymas cum a liberatore urgeretur, imo post strictum pugionem quo aut se aut Patrem acrius compellentem feriturus minaretur. Sed gratia Dei praevaluit ddemonum prsestigiis, et ipse secutus est quos prsomiserat, et plerique omnem libertatem in via Mechae nacti sunt, aut sibi fecerunt, usi cousilio ejus qui animam liberam prius fecerat omnium. Unus fuit Hispanus qui cum domino suo redux et Damasco regressus, renuntiavit omnes émancipâtes fuga, unum se captivum superesse, nec dudum fore, si aspira verit votis Deus (1).
41. — Pestis cum grassata sit nonnihil anno 1657 inter aôtate minores pueros, tamen scholae aditu non sunt prohibiti, sed duntaxat locus separatim assignatus quibus sauies pestilens adhuc efflueret, vel sanis quidem, sed qui de peste domestica ingénue commonerent. Hoc enim sic fleri prope necesse est ne schola tota defluat, non recoUigenda ; ubi enim magisterium aliud inierit aliquis, ab eo resilere nefas, et si magister ad judicem provocet contra pueri parentes, etiam offerentes quod erudiendo usuveniret mercedis, litem obtinet.
42. — Nec eorum qui fréquentant scholas solum confessiones excipimus^ sed et eorum qui emeriti commeant per dies festos quibus vacant ab artibus mechanicis ; iis et evangelium edisserimus, doctrinam christianam olim traditam retractamus, bonis moribus informare nitimur omni qua possumus ratione.
43. — Nondum tamen sodalitium Beatse Virginis ex iis adultis instituere licuit, quippe qui magna his in oris cautela, per haec tempera, agendum videmus ; ne nova res rumorem moveat, rumor bella et lites in mahometanorum, per avaniarum muletas, emolumenta.
44. — Est vero juvenilis aetas, pr»ter arabicae et graecse lingu» idiomata, etiam francaeseu italicaestudiosa ; quo factum ut qui
( 1 ) Besson^ p. 75
ab Italia recens venerat e nostris Patribus unus, dum doceret convenientes italicum idioma, ipse arabicum ab iis doceretur ; et hoc comraercio quotidiano sic profecerit in sermone indigenarum ut novsB missioni, de qua suo loco, instituendse, nondum expleto anno idoneus fuerit.
45. — Âd ejusdem disciplinam, prsefectus tormentis bellicis Babylone(l), maximain tamen anni partem degens inter graecos Damasci, âlium suum adultum transmisit italice docendum ; is ex iis fuit qui fluente pestifero ulcère, ad nos ventitabat.
46. — Finem faciam observàtione ritus, ad aspectum jucundi, qui in usum venit feriis paschalibus iis quibus kalendarium romanum cum graeco pro earum celebratioue coincidit ; tum enim pueri omnium rituum, ipsa semulatione ornatiores procedunt in sericis et splendentibus vestibus, pro spectaculo couimendando quod circumferunt per domos, Lazari a Christo suscitati. Ingressi aream, iii more habent ut horum unus pro mortuo jaceat extensus, peristromate a sociis coopertus, qui corona facta circa ementitum Lazarum, historiam raysterii in circulum acti, cantu evolvunt, tristes, usque dum ventum ad Christi verba suscitantis ; tum enim exur-
(1) Michel aga Condoléo. En 1661, Tévôque de Béryte, de la Motte-Lambertj rencontre Condoléo à Bagdad. Voici ce qu'il en dit, après avoir raconté les facilités qu'il rencontra dans la visite de ses effets à la douane de cette ville :
« Ce qui nous causa ce bonheur fut le Topigi-bachi, c'est-à-dire le lieutenant de Tartillerie de cette même ville. Il est fort honnête homme et se pique de servir les Français ; et nous reçumos de lui mille bous offices. Il fait profession ouverte de la religion catholique, en laquelle il a été ûlevé, étant Vénitien de nation. Il alla lui-même à la douane, et fît estimer à cent écus ne qui nous avait coûté plus de quatre cents dans Paris.. Ce Topigi demeure d'ordinaire proche de Damas, dans une terre que le Grand Seigneur lui a donnée pour les bons services qu'il lui a rendus contre le roi de Perse» et cette terre est de quatre ou cinq mille écus de rente. Il aurait pu parvenir à, une meilleure fortune selon le monde, s'il eût voulu prêter l'oreille aux propositions qu*on lui a faites de quitter sa religion. Son fîls, quoique jeune, est reçu en survivance de sa charge.
Notre illustre Vénitien part tous les ans de sa terre, distante de Tripoli de Syrie d'environ une journée, pour aller faire son quartier et exercer sa charge de lieutenant de Partillerie dans Bagdad. Il n'emploie que vingt journées pour s'y rendre. Il part au plus tard, chaque année, le quinzième d'octobre et arrive au commencement de novembre. » Cf. aussi Doc. L p. 591
git qui jacet, plaudentibus universis, et sic tragicomœdia paracta, alio ipsa vehitur.(l)
47. — Addere extremum licet, ecclesiasticara csereraoniam notatu dignara inter maronitas ; usu enim receptum est diebus festis ut très simul sacrum in codera altari faciant, et eodem tempore, uno duntaxat in vestibus sacris, eoque niedio, aliis perinde tamen sacris operantibus, quo soient modoiuEuropa novi sacerdotes eo die quo initiantur ab epîscopo, excepto quod qui in habitu est e tribus, is duos alios ex ordine accedentes ad laevam, hostiae particula in sanguine intacta reficit ; tum ad altaris cornua hinc inde, qui eorum locus per sacrum^ redeunt (2). Is taraen modus eommunicandi seculares raaronitis non est in usu sed graecis, qui utraque sub specie pro omnibus synaxim célébrant.
Sectio 2^ : De Missione Sidouia Sancti Ignatii.
48. — Cura sodalitii mercatorura, commeantium e christianitate, navium inforraatio in rébus salutis, urbis et pagorum visitatio, scholae modiciP. exercitatio, ea sunt in quibus liaec missio de more occupa ta est. Quare horum duntaxat memoriam faciemus quae prîjeter consuetum in iis accidere, postquam duo praemissa fuerint quae ad capita illa quatuor reduci non possunt.
49. — Primuin est de redemptis duobus captivis, Italo uno, Veneto altero^ annuente Pâtre Nostro, nec verbo tantum sed et exemple praeeunte, et eo quidem die quo aChristo redempti sumus ; et quoniam majori summa liberandi erant a servitute, ipse duodecim nummos de nostra penuria priraus contulit, quo mercatorum et negotiatorum opulentiam provocaret. Contigit tamen ut minoris steterit assortie libertatis, infelicique in speciem casu, huiceximio charitatis officio benedixerit Deus. Nam cum de pretio conveniri non posset, et Sidone in -^gyptum subhastandi transveherentur, cœlum intercedere visum est> eraota maris et ventorum procella, cujus vi ab itinere reflexa cymba et in insulam Sidoniam impacta ; ex quo semimortui emptitii servi evadentes, et aliunde a francis moniti ut
( 1 ) Cette pieuse représentation enfantine était encore en usage à Beyrouth, iJ y a 15 ans. Elle tend à disparaître, comme d'ailleurs beaucoup d'autrea pratiques naïves et touchantes des temps passés.
(2) Synod. Liban. P. I, Cap. XIII, 18. Cf aussi La Concélébration liturgique par le P. Parisot et Revue al^Machriq, I, 340 et 776.
valetudinem afâictam fingerent desperatam, quo vilius ab hero veûderentur, morem gesserunt, tamque accommode personara egerunt ut 333 nec amplius nummis venierint ; et libertate donati, in Europam, expiata conscientia, impartita Eucharistia, tam laeti qiiam sani redierint.
50. — Hoc primum, ut et alterum, a charitate Patris profectum est, id videlicet opis quod francis ipsis detulit in pestilentiae obortae periculo ; nam praeterquam quod perculsos de confessione audiit, intactis vero etiam non defuit, pro quorum solatio, altare^ patente loco, in foribus nostris fornicatis erexit, in quo tum sacrum faciehat de longe spectantibus, matutino tempore^ tum serotino statutas preces.
51. — Puella franca cujus primo confessionem excepit, nondum deprehenso in ea luis morbo, sic pie et religiose obiit, cum spe salutis tam certa, cum iis ad sororem monitis natu minorem^ ipsa anno major, nec duodecimum excedens, cum iis ad parentes de colendo Deo adhortationibus, ut adstantibus lacrymas devotionis cierit, et patrera suura ipsius permoverit ut religiosius viveret,
52. — Addere juvat hic pueri graeci, anno consequenti, audax factum aeque ac pium, oriundi quidem e Francia, nati tamen Constantinopoli. Is ab eodem Pâtre nostro concionem gallico idiomate scriptam, memoria complectendam acceperat, pronuntiandam vero in conventu francorum, die sacro incarnationis Verbi Divini, de quo sumptum erat argumentum ; quod perfecit integram prolocutus, ea pronuntiationis dignitate, ea linguae nostrae articulatione, ut qui educati in Franciie meditullio et orti, successu feliciore perorare non possent ; et quod prodigii instar est, si quando memoria verbis labebatur, judicii firmitate alia supplebat congrua; ipse alioquin vix egressus annum duodecimum.
Is e schola nostra unus, in qua nongallice modo didicit, et apprime quidem, sed et arabice et scr ibère et loqui ; graece vero callet a natura, ut et turcice, initiatus a parente qui ea lingua apud gubernatorem, pro franco consule interpretem agit (1).
53. — Théâtrales actiones duae, argumente e sacris historiis petite, prope erant ut exhiberentur, una per pueros, altéra per ephœbos, mercatorum ûlios, erecto jam theatro, cum lues oborta
(l) Besson p, \b6 ; et ^fem. (rAnpeux II 267. Le drogman B'ap[j6lait Fuzibée.
coDsilium disturbavit et apparatum ; nec restitui passa est calainitosis temporibus oppressa, anrio posteriore, adeoque transportata Ptolemaïdem negotiatorum Scala (1).
(1) Nous trouvons le récit des avaaies d'alors dans Le voyage de la Terre- Sainte, fait Van 16^2 par M. J. D. P. ( Jean Doublan^ prêtre ), chanoine de V église royale et collégiale de S^ Paul à S^ Denis en France. {Paris, Clousier 1657 ) :
(< Il y a trois camps [ à Sejde ] pour les marchands Français, qui sont assez bien bâtis et fort commodes^ particulièrement le grand, où demeurent les religieux de S*" François de la famille de Jérusalem, les Capucins et les Jésuites, M. le consul de France et les marchands, qui y font grand trafic de coton et de soie. Sur le revenu de ce camp, il y a tous les ans huit cents piastres destinées et affectées pour payer les santons qui font le service de la grande mosquée de la Mecque ; le second appartient au Bâcha de Damas, et le troisième à Taga des Janissaires de la Porte- Nous avions laissé les marchands de Seyde en paix, lorsque nous en partîmes ; mais, à notre retour [ samedi, 18 mai 1652 ], nous les trouvâmes traversés d'une rude guerre, qu'un méchant gouverneur, nommé Ali aga, nouvellement venu, leur avait déclarée. Et sans m'arrôter aux inventions dont il avait déjà usé p:)ur tirer l'argent de leurs bourses, il voulut ensuite se déclarer ennemi de la religion : car il commença à leur reprocher qu'ils avaient plusieurs églises, contre les traités et articles accordés entre Je Roi très chrétien et le Grand Seigneur, pai* lesquels il est dit que les francs ne doivent avoir dans la ville qu'une église, qui doit être la chapelle du consul et dans sa maison même et non ailleurs.
Des paroles, il vint aux effets ; il entre accompagné de vingt-cinq ou trente de ses gens armés dans le camp, et va visiter les lieux haut et bas, les magasins et les chambres, et n'y a si petit coin qu'il ne fasse ouvrir pour voir s'il n'y a point d'autel. Mais il n'avait garde d'en trouver ; car ces Messieurs en ayant été avertis, les avaient ôtés, et mis des lits et des tables à la place : ce qui nous obligea tous les prêtres de dire la messe et faire le service divin, le jour de la Pentecôte, dans la salle du consul, où on avait dressé un autel. Néanmoins le lundi et mardi, on retourna aux chapelles accoutumées, où toutes les messes furent dites à porte close et de grand matin, crainte de quelque surprise. Et ce môme jour de mardi, le gouverneur retourna pour la seconde fois à la visite des églises, avec de grandes menaces de bastonnades an premier des francs qui sortira du camp, ou sera trouvé dans les rues : défendit aux portiers de la ville et aux gardes du port d*en laisser sortir un seul : ce qui nous emprisonna si bien que nous n'eûmes autre liberté, pendant ces trois jours, que de nous divertir sur les terrasses.
La haine de ce gouverneur n'était fondée que sur le refus que les marchands lui avaient fait de cinq ou six mille piastres qu'il leur demandait par empiniDt, c'est-à-dire, à jamais rendre ; et lu mercredi, vingt deuzième [mayl652 ], ils résolurent ensemble de lui en donner deux mille, qu'il
54. — Quoad naves^ numéro septem aut octo, solo tempore raessis sericse, portum tenuere praster alias aliis temporibus, quas omnes et'singulas lustravimus, invitantibus ad invidiam maritimis hominibus ; in tantum valet ab iis nihll petere, indulgere nostra, id est imagines, rosaria et alia id geuus ; praecipuum post catéchèses et exhortationes, munus missionum inter eos est, confessiones excipere ; plures enira comperiuntur qui festa paschalia sine sacramentis abire sinunt. Fuit qui post duos, qui post très, qui post quinque, imo qui post decem annos ad se rediit in hac parte ; occasio dilationisest quod saepe navigant per hsec sacra tempora, atque adeo reduces in patriam, de officio christiaui hominis iraplendo non cogitant, sed de nova adornanda profectione, quaraquam et sunt in illis qui pietate praestant, et quod nobis movet admirationem, videre est interdum innocuos in lacrymas contritionis effundere se, ubi noxii et rei
accepta et reçut et cent par dessus, et cependant il ne lai Bsa de les tourmenter en tant de sortes qu'ils furent Contraints de députer quatre do leur compagnie, Messieurs le consul, Bellerot, Trubert, parisien, qui fait à présent son commerce à Paris, où il m'a raconté l'histoire, et un autre, pour aller à Damas, à trois journées de là, afin de faire leurs plaintes au Racha ; lequel arrivant de nouveau, ne les eut pas si tôt vu qu'il leur demanda d'abord, pour sa bienvenue, quinze raille piastres, qui furent réduites à six mille qu'il reçut en même temps, outre mille autres piastres qu'il fallut donner à quelques officiers. Et au lieu de leur rendre justice et d'écrire à leur gouverneur en leur faveur, il les renvoya avec si peu de satisfaction, qu'à leur retour à Seyde, ce perfide Ali aga les persécuta encore plus que devant, et même fît tous ses efforts pour empêcher quelques marchands de s'embarquer pour retourner en chrétienté, jusqu'à les excéder de bastonnades et d'injures par ses gens, et tirer du château quatre volées de canon à balle sur leur vaisseau qui était à la rade.
: . . Le mercredi 22, le gouverneur de Seyde ayant reçu l'argent des marchands, nous eûmes la liberté de sortir et nous promener . . .
A une lieue ou environ de Seyde est le village de Sidon, qui est demeuré des restes de l'ancien Sidon au pied d'une haute montagne qui fait partie de l'Antiliban, sur laquelle sont les sépultures de tous les chrétiens de la ville, et une petite place ronde, couverte d'un tamaris, qui sert d'église aux maronites.
... Le vendredi, 24 de mai, sur le soir, le vaisseau du capitaine Panoui^e de La Cioutat, arriva d'Acre ... Je fus convié de prendre cette voie par une très honnête compagnie de religieux <)t <1e marchands qui retournaient en chrétienté, et par la prière que me fîront les R. P. Jésuites de Seyde de prendre le soin de deux Jeunes enfants maronites, l'un desquels était neveu du patriarche du Mont Liban, pour les conduire au Séminaire de Rome.»
grandium crîminum, siccis oculis accediint et corde saepe duriore, ad sacram exomologim.
55. — Quoad sodalitium mercatorum, aliud nihil referemus nisi priori aniio, nonnullos juniorum dilapsos in vitium, a congregationis frequentatione desiisse ad tertipus ; sed Patris, prsefecti sodalitio, exhortationibus quadragesiraalibus redire compulsi sunt, ut et posteriori aiino, cum per ea tempera quadragesimae de praedestinatione conciones, pro eorum captu, essent institutae ad refellenda prava sensa mahometanorum, sensim in christianos nostros illabentia, major quam antea unquam factus est concursus, eo fructu ut qui maie famati et maie versati erant inter infidèles, ita ut fuerit quiducentos amplius nummos famosée mulieri pro xeniis ipso anni auspicio dederit, ad meliorem mentera conversi sint.
56. — Non taraen divina justitia sic placata est quia prsedictio de Scalse exitio a quopiam R. P. Carmelita discalceato, ante aliquot annos, ob vitse licentiam nonnullorum facta (1), hoc postremo evenerit ; indoluimusquidem communicladi, ut par erat, sed eo etiam magis quod ab episcopo graecorum Sidonio facta nobis erat potestas catechesis habendae in suo teraplo, quod hactenus a grsecis nullibi consequi potuimus ; sed restaurato Sidone negotio, quod speratur, et facultatis factse usum, Deo bene juvante, restituemus.
57. — Excursum est non modo in pages circumpositos, concionando et doctrinam christianam tradendo, sed Ptolemaïdem usque Natalibus Christi itum est, primo quidem anno, cum eo fructu et plausu quo major sperari aut optari vix poterat. Postulavit a nobis id consul Sidonius, de cujus jurisdictione est is portus (2), quo
( 1 ) Tvèa pau de marchands des échelles étaient mariés ; la privation de la vie de famille explique le dérèglement dea mœurs et les habitudes de débauches dans les([uelles tombait un grand nombre ; un consul écrivait quelques années plus tard : «De 100 Français qui passent en Levant, Texpérience fait voir que 90 y meurent [ de mort naturelle, de peste où d'excès de toute genre ], 2 font faillite, 3 reviennent aisés, et 5 plus pauvres ou plus riches que quand ils sont venus. ». C'est peut-être exagérer les choses. Mais les récits contemporains sont unanimes à parler de leur vie scandaleuse. Les relations que noua publions prouvent cependant qu'il y avait parmi eux des hommes très honorables ot même de saintes gens.
(2) Les provisions du Consul de Saïda portaient qu'il avait sous sa juridiction, « ( outre Seyde ) Sour, S. Jean d'Acre, Caïffe, Jafife, etc. ». Elles étaient concédées le 18 août 1652 à Jean Viguior et Baptiste Tarquet ; et le
raercatoribus illic degentibus, et appulsis navibus, per ea festa conciones haberertnis, et alla missionum ministeria obireinus, existentibus ibidem Patribus non aliis a Majoricis Franciscanis. Ab accessu nostro, tum in urbe, tum in navibus ad portum religatis, omnium francorum sive residentium, sive advectorum exomologes facta, vix uno excepto, quorum unus cum eam plus quam annuam institueret : Actiim erat de me, inquit, ni hanc opcm Deus prope desperato submisisset. Tria sacra in Christi Natalitio, in majori eaque capacissima nave célébra vimus ; hujus navigii liomines maritimi, ante primuni sacrum in média nocte factum, expiarunt peccata, id quod et alii, qui convenerant, post secundum sacrum fecere ; sponteque sua omnes Eucharistiam simul et semel suscipiendam distulere ad tertium, sub auroram, ut fieret majori devotione. Locus sic erat apparatus et ornatus ut ecclesiam referret, prout dicebant gratulantes, parochiae Massiliensis. Nec defuere cantata de more id temporis festiva carmina ; adeoque omnia, Deo aspirante, gesta opportune, ut compléta caeremonia, facta sit aeris et maris commotio et perturbatio tanta quanta vix passa sit, ut mercatores qui in urbe resederant, — cum ne sacris quidem operari in ea liceret, per appulsum pridie turcam in ecclesias inquirentem, — ad navim nostram per motos fluctus appellerent una cum sacerdote Franciscano, qui unicum missae sacrificium summo labore perfecit, cum ea nausea stomachi adstantium, ut plures eo die refici venerabilissimo sacramento non potuerint.
58. — Nec portu Ptolemaïco se continuit tempestas; pervagata est usque Sidonem, in cujus conspectu, duo e Francia appulsi Patres nostri tantura non periere obruti emotis fluctibus ; ex iis enim unus, qui etiam secundo naufragium fecerat in India, dictitabat se nunquam tantum esse periclitatum. Propulsi sunt Sidone, vi ventorum, Berythum usque, ad20milliaria, septentrionem versus, in cujus portum descendere. (1)
15 janvier 1657, à « Vint' mille de Sciasons sur la démission de Tarquet, Bon beau-pére ». ( Arcli. du Minist. de la marine B' , 52 ; fol. 789 et 741 ). On sait que les titulaires ou propriétaij'es des consulats ne résidaient guère dans leur poste; ils en confiaient l'exercice à des déléofuéa ou consuls fermiers. C'est à la fin du XVII" a. seulement que Colbort et Fontchartrain parvinrent à porter remède aux inconvénients résultant de cet affermage. Cf. AfassoUf p^ lïSl. 191. 244, et passim.
(1) Besson p. 150 et 164
59. — Priusquam de novis his operariis dicamus aliquid, adjungamus rediisse nos iterato Ptolemaïdem, anno posteriori et iisdem festis diebus, spe quidem allecti paris successus, sed et occasione conciliandi consulis franci cura mercatoribus nonnullis^ de quo postreina sectione. Verum quoniam francos illic religiosos comperîmus, non isfuit operœ fructus qui aute ; peroraviuius tamen ad mercatores francos Sidone illuc translates, et ad nauticara gentera in navibus, modo his, modo illis, diebus Natalibus Christi, S^* Stephani, S^^ Joannis et Circumcisionis Domini ; non omissa catechesi, exceptis primariorum confessiônibus et peculiari et generali exomologi et nautarum et negotiatorum.
60. — Non est omit tendu m quod contigit prima profectione, in cubiculo junioris mercatoris, quondara haeretici. Is per unum diem aut alterum abfuerat ab urbe ; redux videt per noctem non incendii speciom modo in cubiculo, sed et spectrum flamma circumfusum ; horret, orat, fugit, conclamat opem ; socio adjuncto intus regreditur, nec apparet ultro spectrum ; cum factura narrât mane, is qui pridie eodem loco decubuerat, refert se incendii quidem formam vidisse, spectrum non vidisse ; nec ausum referre reduci, ne timorem faceret audienti. Postulatum est a nobis ut si quid remedii esset afferremus ; auscultaviraus, et cura Pâtre Franciscano, precibus solemnibus ad id institutis, locum lustravimus, nihilque posthac simile oblatum est.
61. — Fuit et alterum non de inferis, sed e cœlo. Cum œgrotus negotiator quispiam procrastinaret conscientiara eluere, retulit ipse se id facere cœlesti viso impulsum, quo omnia peccata sua quasi in speculo Deus exhibuisset, ut generali confessione apud nos eadem expiaret. Sed cum id narravit prope exsceusuris in equo, nec morbum periculosum judicaremus, reraittendum putaviraus, dura convaluisset, ad absentera tum religiosura Franciscanum, virum pium et doctura prope diera rediturura. Sed facto periculoso morbo, cum Sidone audivissemus non posse illum adduci ad conscientiara retegendam, nihil propius fuit quam ut e vestigio revolaremus, tum cum renuntiatura est confessum esse peccata, qui adhuc vivit
et valet.
62. — Resumara postrerao loco appulsum duorum Patrum e Francia, ipso primo anni die, (grata xenia), in urbera Sidoniam. Hi sunt P. Antonius Resteau et P. Franciscus Larabertus, ille e Campaniffî Provincia, hic e Lugdunensi. Priorera dimittaraus nunc, suo
loco retrectandum ; sed posterior raercator, ex India quidem veuiebat navG bene onusta, cum, naufragio facto, prope nudus enatavit ; opes quas referebat, fundandae in Syria Missioiii destinabat, ex qua solverat, Sidone prius negotiator ; salva non sunt bona, ut salvus fieret, aliisque multis sua opéra, non suis opibus, salus pararetur ; quod quam strenue agressus est, hac, quae sequitur, sectione disseremus. (1)
Sectio 3^ : De Missione Tripolitana S^^ Joannis.
63. — Incultus ager, quantumvis soli bonitate praestat, in spinas et urticas luxuriet necesse est ; et vero quisculturam dederit, ubi operarius est nullus. Non infaecundior Tripolitana missio foret aliis si, ut alibi, quisoperam in ea suam posuisset. Sed a morte P. Joannis Amieu, hoc est quatuor abhinc annis, destituta estoperario stabili sacerdote ex Nostris, quando P. Franciscum Lambertum înduxirauSjConductum ex ultirais terrae finibusaDeo,qui sufficereturin locum dudura vacuum operis eoque sterilem, quainquam sterilitatis causam altius repetere est.
64. — Ex quo enim francos omnes olim, conspiratione facta, trucidatos, in puteum dejecit ea urbs (2), eauique ob rem anathematismo Summus Pontifex subjecit eos omnes qui raercaturam e christianitate in loco exercèrent, nihil exinde nisi tribulos et spinas, id est omne genus malorum negotiatoribus europaeis terra maledicta procuravit, atque ita, licet abolitum ipsa temporis diuturnitate anathema, ut usus fert humanus, videatur, tamencum divina duret vindicta in eos qui appellunt, quibus nihil succedit, et discordiae inter sese perennes, censuimus factu optimum si a Pontifice Romano petatur absolutio anathematismi authentica ; de qua procuranda cum consule Alepensi, cujus jurisdictionis haec scala est ut et cum Sidonio, cujus mercatores frequentiores eo loco commeant
(1) Cf. Besson 136-153.
(2) Le pacha ayant eu avis qu'un navire était arrivé à Tripoli, portant de grosses sommes pour y acheter des soies, fit porter secrètement, à bord, des turbans et envoya des soldats se saisir de l'équipage et du bateau, sous prétexte que les marins avaient tuo dos turcs. Il trancha la tête à 33. Les marchands réclamèrent à C jnstantinople mais n'obtinrent aucune satisfaction. Ils durent quitter Técheile. Cf. Bcsson p. 86.
convenimus, necnon cura eo vice-consule qui Tripoli degit, cujus postremi clades, nepote interempto de iiocte propriis in sedibus, uxore in flore astatis elata, filio unico, angeli spécimen referente, sic venustus erat, inatrem subsequuto, cœlestem irain satis loquitur. Quam et nos expert! suraus recenter, facta nobis avania seu extorsione pecunise, pro aedibus nostris, quantumvis bene comparatis, iis tainen retinendis; centum enim et viginti quatuor numraos oportuit ganeonibus eifundere, venditorum collusione cum fratre ipsorum, tune minore, quando domus coerapta est. Adde quadraginta nummos eodem anno pro tributis urbanis imperatos, cum ante paucos annos decem aut duodecim nummis res staret. Levé id quidem bene nummatis videatur ; sed iis qui ad yitam tolerandam minutiis parcunt, grande est detrimentum.
65. — Coadjutor Frater e Nostris tamdiu solus hic habuit, quamdiu per tôt anno^ peregrinus sacerdos e Nostris illac non transiit, aut aliquot menses interdum moratus est in hospitio ; ea taraen integritate vixit ut, virtutum exemplis, iucitamento intuentibus esset ; ea vero simplicitate ut non veritus sit dicere cuidam primario viro inter Francos, qui author aut fautor discordiarum credebatur, experturura ultricem Dei manum, nisi resipisceret. Minatus is est monentem exportaudum ultra maria, sed sine Fratris timoré aut minarum effectu.
66. — At ut ad colonura novum, sacerdotem jam inventum stabilem, redeamus, spem facit, cura raaledictio pontificia araota fuerit, benedictos fructus non paucos producturum, quantum ex jam actis ab adventu conjectare licet. Is ubi apudnos Sidone, prope ad semestre resedit, quo informaretur methodo missionum, junior in Societate, altero semestri sic féliciter primitias laboris posuit, ut in oraLium benevolentiàm, etiara indigenarum, irrepserit.
67. — Et grœci quidem, Ecclesiiïî Romanae minus addicti, cum ante novennium ex quo illic suraus, unum duntaxat Patrem e Nostris consistere per annura cura medio vidissent, nos non modo non noverant, sed si in eos forte incideremus, aut hi nos ut noyos homines dispiciebant, non ausi terere liraen nostrum, aut, si filii sponte accédèrent, interdicebant aditu, quasi quid a nobis timendum esset. Nunc autem, non catholici solum maronitae, sed et graeci promiscue, irao et hi frequentius adeunt, et inter eos quidam primaria nota sicut et infima.
68. — Episcopus dudum aiite amicus, sèd nonduai cum muneribus sedes subierat, quod ut amoris, ita et honoris argumento est. Liberietiam grsecoruin, quamquam non aperta schola, ne invidiam faceremus ipso initie, confluant ad invidiam ut catechesim perdiscant, quam cum docte vire, sacerdote graece catholico Romane, Pater compesuit, ipse tradens argumentum, illo vero in arabicum idioma convertente ; tam felici successu, ut tum in urbe, tum in pagis, certatim fiant exemplaria, non arabice mode, sed et syriaco caractère, ad usum maronitarum, imo et turcice, quod bene vortat Deus ! Ita autem eam pueri, et tante ardore commendarunt memoriae, et demi et in scholis ad quas itur, ut certamen aemulationis exortum est graecos inter et maronitas, commissaque concertatio illorum cum istis in horum templo, quis palam ferret felicioris memoriae. Opportuniusjudicatum est nihil controversum in eam doctrinae christianae formulam inducere, quod ex consilio féliciter successit. (1)
69. — Non intermittimus tamen, data occasione commoda, inter agendum cum parentibus graecis, authoritatem Pontificis Romani in génère, et alias inter nos controversias, pro cujusque captu, in médium afferre.
70. — Dissidentem cum nepote doctum hune quem dixi graecum sacerdotem, ita ut ad aspectum unius alter non veniret, conciliavit Pater inter sese, demi nostrae, et ut in amplexus mutuos venirent effecit.
71. — Fuite graecis juvenis quidam qui apud magistrum turcam turcice disceret ; sed cum multa a magistro contra fidem christianam audiret, quae nec ipse per se posset refellere, nec a consultis ecclesiasticis graecis sibi satisâeret, turbatus mente et dubiis anxius, Patrem adiit, quod torqueret animum exposuit ; tantumque lucis et consolationis instillavit responsio prudens et apposita ad captum consulentis, ut exinde nobis addictus sit, et in fide mire confirmatus.
72. — Jam confessionibus indigenarum excipiendis idoneus factus
( 1 ) « Il fallait bien qu'il [ le P. Lambert ] sût le secret de ménager ces cœurs [des grecs et des maronites ], puisqu^il a eu le crédit de mener les grecs dans le cabou des maronites ( qui est une église creusée dans le roc à coups de marteau ) et d'unir des esprits, dont la manière de voir est si différente. » Beuon, p. 152.
est idem* Pater, quod jam arabîce sciret aliquantum, ex quo alias hîs in oris commoratus erat, imo et turcicam linguam callet supra arabicam, cujus et fructus daturum esse tempore, in Domino confidimus. Conducitur per domos, ut aegris manus, pro more regionis, imponat, orationesque fundat ; et in pagis optatur ; sed quod prsecipuum est, omnibus se impendens et superimpendens, sibi non deest, eximii exempli domi et foris.
73. — Per hos extremos annos duos, qui e Nostris per hanc urbem viam fecit non semel, aliquandiu substitit, plures conciliavit inter sese discordes, etiam consules. Conciones habuit contra hsereticos Lutheranae sectae et Calvinisticae ab Europa appulsos, inter Francos in concione cousidentes. Puellam mali odoris domo quapiam ejici, cum aliis religiosis adlaboravit.
74. — Dissidium obortum episcopo grœco cum grseco sacerdote catholico Romano, antiquitate et doctrina inter alios potiore, sedavit ; cesserat ille e domicilie episcopali in Francorum religiosorum aedes ; statuerat abire civîtate jam septuagenario proximus, cum magno catholicorum detrimento, quos plerosque ex confessione audit. Convenerunt graecorum primores domum nostram in eam rem; sed nihil, illis et nobis agentibus, obtinebatur; tandem evicimus ut ad episcopum supplex iret, benedictionem uti posceret excessurus ; consensit, idque humiliter sane prsestitit, sed ut in civitate haereret, commercium ut ante cum episcopo haberet, non consequebamur. Reductus in aedes nostras est, et sic cum eo actum precibus, rationibus, annitentibus etiam aliis Francis religiosis, ut postridie mane manus dederit et in domicilium episcopi redierit.
75. — Et quoniam pluriraum potest in augendis etiam catholicis, quasi aliudagens, inter excipiendas confessiones, monuimus ut curaret tum elici actum fidei orthodoxae in génère ab iisqui controirersiarum ignari; haereticse labi sic nihil communicabunt.
76. — Verum quoniam Tripolitana seges, defectu operariorum arctior est, referam hoc loco factum mirabile quod et ad eam pertinet quodamteuus. Ferebatur piratica navis mari syriaco, quic ad insulam castello Tortosio dictam aquatum venit. Cum illic substitit, quidam conductitius miles Massiliensis, ex ea furtim in terram exscendit, veritus minas ducis ob jurgium cum commilitone habitum ; palantem deprehendunt longe adhuc abeoturcas, qua pedites, qua équités ; sed quia pileatum vident, fugam arripiunt ; sic eo loci Francos piratas quandoque excurrentes timent. Tamen duo e pedi-
tibus inter vêpres haesere proni ; vident accedentem solum ; socîos inclamant, improvisum adorsi ; dumque tenent hinc inde, adest ia equo alacrior, qui ut feriat commodius, exilit ense falcato, hac illac csedit ; sed dum in pectus acuraen vibrât urus erat, pes ferientis labitur, et elabitur e manibus stringentium victima ; in praeceps se dat inter dumeta promontorii ; credunt mortuum tura lapsu, tuni raulto vulnere ; abeunt lieti ; miser cultrum stringit, ut quod vitae residuum erat hauriret ; excidit ferrum e mniibus, nec quaesitum comparet ; statuit se in mare dare, sanguine suo rubens ; sed horrore resilit.
Quid faciet ? qua pedibus, qua manibus adrepens proraontorium vincit, et cruentus ut erat, ad castellum Tortosium serpsit potius quam venit. Etiam infidelibus misericordiam movit, qui albugine cum calce raixta, plagas circuraligatas obduxere. Alepo mercatores Europsei Tripolim venientes casum intelliguut ; impétrant a castelli gubematore hominem, pretio facto, et cymbae irapositum pratmiitunt Tripolim. Ea fuit vulnerura putrefactio ut vermes quasi e cadavere ebullirent. Gentilem suum Pater (1) e Nostris invisit ssepe, ut solatio esset, si quod esse poterat eo loei posito. Tandem convaluit, salutemque B» Virgini quae Tortosse primum quondam altare habuisse dicitur, a D. Petro Antio.^hiam pergente erectuin, adscribit ; uec immérité qui schedam.profectionis suî© Lauretum circumpositam brachio quasi mortis amuletum gestabat. Sed a cacabo in ignem incidit ; nam praefectus urbis inoura, ut in captivum, invasit ; fidem vero etiam expugnare tentavit ut Siculi et Angli quos apostatas fecerat. Et Virgoadfuit in hoc pericolo periculosissimo ; nec modo victorem vicit, perstansinfide, sed pro Victoria^ incremento, Siculum domura nostram clam adduxit ut ejuraret apostasiam ; quod pr^ractum felicissime, obitis pœnitentiae et eucliaristciî sacramentis, dum hic prcBstolatur fugam, îlle redemptionem per gontiles suos (2).
77. — Addam et hic ad calcem eos, si quos inter profectionea nostras, fructus, quasi in transcursu collegimus. Cum sermones aliquando misceremus, ut de more nostro in via facimus, cum turcis, judaeis, christiauis, una pergentibus, factum est ut redux Sidonem
( 1 ) P. Lambert.
(2) Beswn, p. 95
quidam non ignobilîs turca dixerit mercatoribus Francis : «Video equidem nunc religionem vestram nostra ipsorum esse meliorem ; nam qui nobiscum Ptolemaïdem venit Francus religiosus alius longe est a nostris, et his mecura egit colloquiis de rébus divinis, quibus nostri religiosi nec soient nec valent. »
78. — Alia quadem die, in judasura synagogae prsesidem, incidimus ; cacam vocant; is jam senectute gravis praeferebat quid eruditae authoritatis ; hominem honeste compellimus ; dilabimur fàbulando in fidei controversiam ; quaesimus quid de Messia sentiat, qui Jacobi vaticinium hoc intelligat: non deficiet sceptrum de Juda^donec e/c. Instamus : « Ubi euim jam sceptrum regiumjudaeorum et ex quot annis exciderit e manibus.» Respondet imo regem ipsis etiam nunc esse in India. Quœrijiius quo nomine et rex et regnum ejus. Haîret adhuc in responsione. Aliud urgemus de numéro annorum a Daniele edictorum usque ad Messiam. Hic blasphémât in prophetam ; ignarum dicit fuisse ipsum annorum intercedentium.
79. — Et christianosinter ambulandum docemus mandata Dei etsolemnes preces ; facilius tamen id usu venit in sedibus in quibus nos amanter excipiunt, non sine mercede certe, institutis cum illis colloquiis de rébus salutis.
80. — Francum mercatorem quempiam, quondam vice-consulem, post ferias paschales afflicf um visimus in pago, quo sacramenta quae in Paschate non receperat, irapartiremur et solaremur, uti factum est. Is gratificari voleus nobis abeuntibus comitem dédit nobilem maronitam qui ad hospitium invitavit in quodam montis Libani praealto cacuraine, pergentes Tripolim ; acceptamus ut sacris operari de via daretur, alioquin non habituri copiam celebrandae missae.
81. — Inter celebrandum nescio quo pietatis sensu moti non expectato, miramur nescii causae ; sed absoluto sacro, cura ecclesiam lustramus, incidimus in tabellam S^* Patris nostri Ignatii, naturali forma a capite ad calcem, quam Roma asportatam a quopiam alumno maronitarum credidimus. Fuit autem id teraplum olim amplissimum, cujus jam una sola ala residua, pago praegrandi a S*^ Gabriele dicto, pro ecclesia est. At quadraginta olim in eo dicuntur fuisse templa, quorum rudera non pauca videntur.
82. — Novum patriarcham ' maronitarum in Libani praevasto antre habentem sedes suas, nec incommode adeo, — sic antiquum xnonasterium in eo digestum et compactum est, — salutaturi adivimus, qui peramice accepit, liberaliter tractavit, et abscedentes a
duobus episcopis in vin deduci imperavit, questus praecipitem regressum.
Sectio 4^ : De Missione Alepensi B» Mariœ
83. — H«c domus antiquitate prima omnium est, et ceterarum missionum velut mater, quae non in Syria modo, sed et in Perside, ad quara postremum .extensis praepropere palmitibus, non fecundior inde extitit. Sacerdotem unum habet cura fratre, nec amplius ut aliae quse in Syria ; sed hic ille pluriura instar est (IV Tantum enimvero duorum annorum cursu, ex quo venit, in arabicam linguara progressus est, quantum qui consenuisset in his regionibus. Priraus annus totus fuit, post sodalitium Francorum, positus in hac lingua labore impigro comparanda, quo posset quantocius indigents opi esse. Et quamvis post aliquot menses balbutiret potius quam loqueretur, tamen cœpit serere sermones et conversari cum hujus idiomatis hominibus. Et quoniam, si quando verba non erarit in promptu, ea ex notis de pera erutis requirebat, dictus est vulgo is Pater qui in pera reperit quidquid opus habet, Adjungebat vero etiam se socium R. Patri superiori Carmelitarum (2), aedes visenti christ ianorum, ut et eas quae horum sunt nosset, et morem cum iisdera agendi a veterano disceret : quo tanto studio sic provectus est in regionis lingua et moribus observandis, ut plurimura contulerit in Surianis ad Ecclesiam catholicam compellendis, opinione praesertim sparsa ejus doctrinae non vulgaris, et ingenii solertiaB in pluribus detegendis eorum erroribus hactenus non deprehensis, inter quos est iste intolerabilis ut missas non paucas celebrarent ritu publico sine consecratione (3).
84. — Verum et quantulamcumque contulit operam suam Frater e Nostris in concilianda Surianorum gente, fabricato his altari in eorumdem templo, tamen patriarcha Surianus qui hue usque ad Romanam Ecclesiam propensum se praeferebat, is inopinato die Alepo se subduxit, Damascum iit, re infecta. At consul Francorum Alepensis, vir pietate juxta ac eruditione nobilis, atque zelo impul-
(1) Le Père Georges Riehelius, orojons-nous. Cf. Mém. d'Arvieux 11,37, et Besson, p. 54 et infra son EJoge.
(2) Le P. Bruno de St-Yves cf. Doc. I, pass'tm,
(3) Le P. Besson (p. 55) répète la même accusation sans s^expliquer non plus.
sus suo quo totum hoc negotium, annitentibus Francis religiosis, susceperat, necnon et authoritate, qua apud primarios urbis valet, fretus, curavit mandatum Constantinopoli ab Imperatore venire quo Surianus populus cogeretur episcopum catholicum quem consul ipse habebat ad manum, Surianœ gentis, accipere; qui quidem intrusus est, sed ad longum tempus non est toleratus ab invitis plerisque ; eas enim molitiones, ea probra in episcopam immeritum faciebant in dies, ut deserere ipse elegerit sedem Âlepensem, et in Libanum montem ad catholicos secedere.
85. — Verum mensibus aliquot elapsis, et remisse turbarum fervore, obtinet a seculari potestate idem consul ut adigantur Suriani sacerdotes, inter quos frater major episcopi catholici, ipse heereticus et in ceteris infestissimus, egressum requirere et reducere. Parent ; sed requisitus reditum detrectat ; interponitur authoritas patriarcha? maronitarum a consule, a quo delegati eam in rem ad eam sumus. Suadet per litteras patriarcha, sed non persuadet causanti infîrmitatem, et alias aliquas rationes alleganti. Negotium id divinum erat ; Deus unus id promovit, cum desperata sunt omnia. Scribit episcopus Tripolim epistolam ad religiosum Francum, consilium postulans tranquillando animo in dubiis quibus fluctuabat. Is religiosus rem nobis communicat ; una imus ad cœnobium montis Libani in quo degebat, post unum duntaxat congressum, die ipso adventus nostri, post celebrata divina mysteria postridie manus dat ; spondet decensurum Tripolim, inde Alepum perrecturum. Descendit ex condicto ; perrexit, illicque jam pacifice satis episcopali fungitur munere, nobis amicus, quippe qui ante annos plures a P. Amato [ Chezaud ] e Nostris, ad âdem catholicam adductus, ut ex ore ejus ipse accepi (1).
Regrediamur porro ad Patrem Alepensis missionis, qui, disturbato primum hoc episcopi negotio sic afflictus est ut cum se concussum semel et iterum in vita scriberet tristitia et mœrore, hancsecundam numerabat occasionem ereptam bene collocandse pro Ghristo operae, quae restituta est, quaque uti non impiger est.
86. — Sodalitia indigenarum intermissa, partim vi persecutionum, partim defectu ejus qui vernaculam linguam sciret, ipse instaurayit, yirorum unum, adolescentium alterum ; atque adeo,
(l)C£.i>oc. I, 94et470.
dominica die, primum maue Fraucorum congregationi tribuit; postea adultis indigenis juvenibus ; pomeridianum tempus ipsis civibus. Primos meditationibus potius, quas exponit, fovendos in pietate putat, quam politis exhortationibus quae auribus duntaxat serviant; adolescentes in fundaraentis fidei catechesi erudit et firmat ; viros evangelii elucidatione pascit et recréât : omnibus non minus acceptus quam utilis. Tota ipsa dominica a feriantibus operis visitur ; ipse vero per hebdomadam laborantes adit, afflictos, qui non desunt magno numéro, solatur verbo ; aegrotos etiam consilio et ope medica, hujus non ignarus artis ; in qua accessiones facere, quantum licet, non intermittit.
87. — Patrum antiquorum scripta arabica manu propria transcribit, qnx per penuriam nostram coemere non valet ; post haec tamen non aliud queritur quam déesse argumentum ponendae operae, tametsi bonam noctis partem ducat insomnem, et perdiem recreationis nihil sibi indulgeat, nisi charitas in peregrinos id poscat. Pro levamento enim labor esse videtur homini et robusta valetudine et zeli ingeniique vigore cœlitûs donato. Scientias percallet omnes bis in oris optabiles, theologiam, philosophiam, controversias; aliis communes non memoro , medicam perstrînxit ; mathematicis egregie eruditus est, qui bus sic commendatur inter turcas, ut a nobilibus et visatur et domura invitetur. Sed vix quidquara illis indulget commercii inutiliter habendi hoc tempore, non suo modo, sed et turcarum judicio. Commémorât enim se quadam die, média platea, incurrisse in mahometanum, qui, post salutationein, quis is esset, rogavit. Cum Pater subjecisset : « Francus ego sum et religiosus . » — « Et vero, reposuit alter, specie delectatus staturse grandioris quae in honore hic est, quid rerum agis ?» — « Quod alii religiosi Europriû.» respondet. — Fatuus is iutulit turca : « Nihil nec tu nec tui simile proaiovebitis sine armata et valida manu. » Et Patrem dimisit.
88. — Cum ego ipse qui ha3c scribo Alepum contenderem, incidi
(1) D'Arvieux ( ?né,n. II, 37, année 1659) dit du P. Riehelius :« C'était un homme très savant dans les mathématiques et dans les langues orientales. Le Pacha [ de Gaza ] lui parla beaucoup pendant le repas et prenait plaisii* ii lui faire des questions sur la géométrie, sur Tastrologie judiciaire et sur d*axitr68 choses qui nous donnèrent beaucoup de plaisir. »
in praBfectum fani turcici, inter hos doctrîna celebrem, — si quam habent. — Is cum me vestitum^ ut Patrem Alepi viderat, deprehendit, in oppido viginti circiter milliaribus ab urbe remoto, adiit e Yostigio, quis essem rogavit ; socium religionis Alepensem mire commendavit matliematicis ; tura, — qui mos ejus essedicitur, — lacessere cœpit dicteriis fidem nostram ; inter alia qui Deo filium adscriberemus cum feiiiinam non liabeat. Subrisi hic quidera ; sed et argumento ad homineniy ut vocant, invicem lacessere cœpi : « Cur vos vero etiara Mariae filium ipsum sine pâtre tribuitis ? » Id enim d.^ Christo post Mahometum admittunt. Haeret ipse ; urgeo : « Infirmior ergo erit Deus ut pariât filium solus sine muliere quam Maria sola sine filio. Addequod in Alcorano, subjunxi, Jésus Kelmat Allah id est Verbum Dei, appellatur^ quod ipsum filium Dei nominamus nec aliud quidquam est, neque enim corporeum procrearî filium a purospiritu dicimus. »Haec hominem oppressere, nec ultra mutire ausus est.
89. — Similibus multis Pater Alepensis conflictatus est hominibus ; provocare tamen nobis nefas est ad praelium ; sed cum nos ipsi impetunt, fidemque nostram convellunt, reddere rationem non prohibemur, abstinentes tamen ab impugnanda, certepalam, mahometana. Cum ergo quadam die interrogaretur a turca Scioto qua ratione Virgo Jesum generasset : « Nonne, inquit, ea qua, formato vel ex aère vel ex cœlesti materia corpore, in uterum illapsus ; postea ab eo prodiit, more puerorum ?» — « Non sic se res habuit, subjecit Pater ; alioquin ego qui in officina tecum sum pharmacopolae, erant enim eo loci, cum ab ea prorliero, dicar filius hujus orficinae. Habe igitur modura partus Virginei. » Hic verum reposuit ; que mire delectatus turca : « Et vero, inquit, extemplo ad magistrum refero a quo priorem accepi, posteriorem multo commodiorem renuntiaturus. » Semina haec sunt quae in incertum jacta quidem, sed tempore suo fructum datura, si Deus aspirabit.
90. — Fructus praesentior fuit operae positae ab eodem Pâtre cum duos in periculo proximo ejurandi christiânam fidem cohibuit ne facerent ; horum unus adolescens grandior, qui penuriam deplorans suam, ad mahometanorum castra transire meditabatur ; nec salubribus tantum consiliis adfuit, sed et nummis aliquot de aère nostro modico ; atque adeo in ecclesia retinuit.
Puella adulta secunda fuit quam mater ipsa quae solvenda non habebat turcis, erat iisdem traditura, quoniam majori obligabatur summa; banc Pater con({uisitam matri dédit, et alise fidem conservavit.
Âttinet tamen hic dicere et in commendationem ejusdem Patris, sic etiam haereticis Francis Alepi degentibus accepti, ut viginti nummos manu ministri corrogatos ab Anglis pro redimenda bac puella receperit ; partem aliam Hollandi, a religioso alio Franco moniti de periculo oviculae, alioquin in ora lupi venturae, contulere.
91. — Addam Alemannum quempiam qui sub vexillis Venetianis militarat, dux ipse, lapsum in servitutem, in Tenedos insulae reçuperatione a turcis bono dolo redemptum Constantinopoli, Alepum cum patrono pervenisse. Percussus erat in femore catapulta, in quo religatos habebat nummos aureos plures ; fœdo vulnere et in saniem et in cruorem fluente absterriti turcas, alio omni loco palparunt. Propositus sub hasta in urbe Constantinopolitana, videt praetergredientem apostatam notum olim Mediolani ; orat voce peregrina ut redimat ; negat alter adesse quo faciat ; captivus daturum se retulit si e turba subducat ; subducit quasi exploraturus si usui esse possit, viso vulnere ; nummos accipit, redimit, déportât Alepum ubi apostata uxoratus erat, sed aegritudine et labore vise languidum. Domum nostram, litteris commendatitiis Constantinopoli acceptis a Pâtre Polono, adit, habitu et vultu miserationem movens, si quam opem ferre possimus orat ; non defuimus misero ; primum sanitati restitui curamus ; tum commendamus Patri Francîscano, coiisulis capellano Flandre, quo anuitente nobiscum, ses reliquum quo pro vise sumptibus patrono obligatus erat, apud Flandres obtinuit, imo vestes duce dignas ; nos, non intermissa animse cura, et de confessione audivimus, et eucharistia sacra refecimus, et testimonio date catholicae fidei dimisimus ; qua Isetitia, quis dicat t Virum certe probum, quem naviimpositum Deus, ut precor et spero, deduxerit incolumem ad portum Ëuropse optatum.
92. — Scriptum denique mihi est ex Perside, a missionis nostrae superiore, vix in ea Armenum alium se catholicum profiteri palam, ab eo qui Alepo redux mire depraedicat Patrem nostrum Alepensem, quod vitam, bona, fidem, ab eo sarta tecta tulerit. Erat enim ad mortem usque gravi segritudine periclitatus illic ; Pater eum omui
ratione curatum, tum quoad corpus medicinis, tum quoad animam christianîs officiis, sic devicit ut in fide ab eo mire confirmatus, fidem ei debere dicat ; certe bona quse turcis addicta fuissent, demum vitam, de qua conclamatum erat (1).
93. — Ad extrenium optaverim, qnouidLm feriunt acrius oculis siibjecta fidelibusj ut EMVOi^dBi ultramarini videant quid hic christiani, rerum omnium egeni, patiantur, quamque exhibita in eis sublevandis charitas pro retinendis in fide valeat. Spectaculo iniseriarum motos Anglos et Hollandos ipsos haereticos subvenisse dictum est, et ope collata, qui in Europa sunt catholici non suceurrerint christiano nomini, si ooulis uaurparent quae audiunt duntaxat. Oertum hoc et indubitatum, si nobic essent hae facultates, quarum subsidio adesse christianis etiam ope temporali liceret, raulto plures in fide stabiles conservatura iri, quos egestas transvolare facit ad partes hostium ; non quod corrupti peounia, fingerent esse quod non essent, sed quia in tantis angustiis, ea charitate cor dilatatur, eoque aptius est recipere salut is monita ; contracto vero anirao verba duntaxat ingerere, est faraelico cantilenam occinere, qui non pascitur aère ; sed his in partibus torquetur amplius quod a nihil habente petitur, sub interminatione baculi, ut det quo satiet insatiabilem turcse famem pecuniae. Nec est quod labori parcere insiniulentur ; vix alii a christianis in artibus sudant, et quod partum sudore, alteri inerti cedit et ignavo. Qui ergo in eos misericordiam pecuniarum exercent religiosi Alepenses, et eam bene ponunt, nec infructuose, lucro animarum non paucarum. Res ipsa loquitur ; si enim plures solatorio verbo ne fldem prodant consequimur, qui fructus harum missionum est quotidianus ; quid fieret si ipsa negandae fidei causa — timor fustium, defectu pecuniae imperatse, — subsidio pecuniarum tolleretur.
94. — Piaculum commiserim si praecipuum Patris Alepensis decus silentio praeterirem : quod pro coronide reservandum fuit : adductum scilicet ad fldem catholicam Romanam episcopum graecum Alepensem. Est enim provecta aetate, gravis, bene sensatus, concionator egregius ; et quod est prodigio simile, eum in partes nostras traxit cum nondum satis a lingua arabica paratus esset ut
(1) Besson, p. 59 et 161
de confessione audiret ; quare huic muneri R. P. Garmelitarum superiorem substituit, dum ipse per se visere et fovere in orthodoxa religione non desivit.
95. — Caeterum, non incongruum fuerit de Fratribus nostris aliquid ex occasione Alepensis subtexere ; is sic ubique se acceptum praebet, ut a consule Alepensi triginta numiiios tulerit quo Hierosolymitanam profectionem instituent, nec pauciores a mercatore Sidonîo in eam rem, oui Sidone notas fuerat. Sidonius vero Frater a mercatoribus sjmbolum etiam conferentibus. eamdein peregrinationein sanctara cum priore alio suscepit. Tripolitanus autem, anno sequente Nazarethanam, alieno vero subsidio. Restât Damascenus (1), sic distentus alendis in pietate pueris et erudiendis more patrie, in grajce, arabice, italice» légende, ut peregrinari ipse ab opère vacuus nolit.
96. — Denique Alepijubil9eura,ut et Damasci et Sidone, a Francis eelebratum est sacramentorum devota susceptione, nobis qua publica, qua privata cohortatione annitentibus ; Tripolim duntaxat excipere est, ubi e nostris Patribus uullus tune degebat.
CAPUT IVum
Spécimen conversionis ad Deum insigne.
97. — Non est consilii mei proferre hoc loco exemplum conversionis ad Deum ex projecto ad orane soelus peccatore ; sed ex homine qui, cura Massilire secularium more honestorum quidem genio indulgeretj^tamen Sidonem appulsus, aliam omnino iniit vivendi viam, quaB religiosum potius saperet quam negotiatorem, ipse inter mercatores degens, huncque appellare de nomine quid prohibet post fata, hoc est postquam curriculi spatia emensus periculi expers ad metam pervenit. Hîrgo Honoratus Audiffray dictus is quidem, cujusnos mentionem facere eo addecet magis quod in sodalitio gae Virginis nostro, non modo professus sit, sed et praefectura ornatus, e seculo distîesserit, ei'iue a confessionibus fuerim tribus his annis quibus in Syria vixit.
( 1 ) F. Bangen, Cf. ïnfra son Eloge.
Fortuna sua fuit, aut providentia divina potius, facfcum quod ipso adventu adjunctus sit tum in negotiatione, tum in contubernio, mercatori cuidam ipsi etiam affini, in quo pietas cum ingenio certare videbatur. Sub tali raagistro vix operam posuit primam, cum statim eruditus in schola pietatis evasit, in qua non tam verbis, quam exemplis, per quœ brevior est via, docebatur, atque ita rnomento factum stupuerunt omnes ut qui in Provincia aulicorura more comptus incederit, juvenis quinque supra viginti, aut triginta circiter annorum, nobilis familiiLS is in Syria siraplici et modesto habitu, conversatione gravi, eastigatis moribus, in templis frequens, in pauperes effusus existeret ; verbe dico non jam seculi aura pasceretur, sed devotionis studio uno duci videretur.
Hiec subita vitae in contrarium comrautatio, ut admirationem faciebat iis quibus notus ante fuerat, ita suspicionem movebat ne non diuturna foret. Verum tantum abfuit ut de instituto novo vel latum uuguem decederet, quin progressiones in eo majores exliiberet in dies, primum quidem erga Deura, frequentia sacramentorum, assiduitate festis diebus in divinis offîciis , dominica vero in exercitiis sodalium B*'^ Virginis, singulis foriis in missie sacrificio, cui a mane diei interesse non intermittebat, tum vespertinis lioris orationi vacare solemne habuit coram venerabili sacrameiito. Ad haec librorum piorum curiosus ut fuit, ita congressus cum reljgiosis studiosus, oranem viam odorabatur promovendi sesein omni virtutum et bonorum operum génère, quorum angélus custos conscius, a Dec Opt. Max. mercedem elatoaccessivit.
Quoad proximum vero, ea fuitcharitatent beneficentia nullum praeteriret egentium, non in servitutem actos a turcis, quibus liberandis symbolum conferebat ; non peregrinos Hierosolymitanos, quos studio juvabat ; non oppresses in Syria christianos, quos œre suo relevabat. Europaeos omnes religiosos suo quosque nomine hic compello, num quod et nos ipsi prœdicamus memores beneficiorum, ultro fatebuntur per anni cursum diem celebrem nullum abiisse quin sibi Numen couciliaret, erogata in singulas domos nummaria eleemosyma non modica. Neriuo vero id satis nobis fuerit propalasse quod aliis commune, quippe peculiari benevolentia nos complexus, semel et iterum erga nos profusior fuit. Primas cur mihi non yindicem, cui minus merito, plura contulit, tum cum ad octoginta nummos subministrarit etiam reluctanti, quo Hierosolymam dedu-
ceret una secum, nec alios iu partem venire impens» passus sit oblatos, cum diceret mihi dissuadenti ne eam faceret unus : « Pater mi, non tam pecuniis egeo quam virtutibus. » Nec singulare minus fuit, quamvis aliis e Nostris commune beneficium, cum his restituit magnam partem de suo, quod praedo, non gubernator, Sidonius, eripuerat pecuniarum, pergentibus in Persidem (1). Addequod non vivus modo cuilibet praedictorura Ordinum benefecit, sed et e vivis egressus, iterata liberalitate, tum ipso defunctionis die, tum resignato testamento largius ; nec iis modo qui Sidone, sed singulis domibus eorumdem Ordinum Massiliae largissime.
Quid plura ? vivam demortui charitatem facere, crimen non erit : juvenem dico e Provincia ante aliquot annos advectum. bene formatum quidem illum animo et corpore, quem adeoque periculose his inoris sine magistro fore quod sciret, hune sibi adscivit non tam in servura quam in fîlium. Aluit, vestivit, erudiit in negotiorura tractandorum methodo, dum vixit ; et moriens mille librâs velut orphano legavit ; imo etiam et procuratoribus negotiorum quibus quatuor millia nummorum reliquit, sibi obventura ex tribus aut quatuor navibus ad portum relegatis, si supervixisset, scripto codicille commendavit, ut ejus opéra non indonata uterentur.
Restât ut quoad seipsum quis exstiterit perstringamus. Sic animum regebat, eaque modestia, hac aetate, conditione, opulentia, ut prodigii simile fuerit ; praefervidus quidem natura, sed tantum arte et cura temperatus, quantum nihil humanius, nihil officiosius in quoquam desiderasses. De corporis cultu quid attinet dicere, cum in censuram potius inciderit neglecti nimium quam retenti alicujus ex pristino luxu ; nec canes, nec equos, quos juventus nostra hio alit ad diverticulum, habuit.
Castitatis porro laude imprimis floruit, cujus non.violare decorem, eo œtatis flore, eo sanguinis ardore, posita extra oculos parentum juventute, et in ea licentia quae in Imperio turcarum est viventi, pro miraculé est. Is qui e negotiatoribus cum eo quem commendo cohabitavit, instar angeli vixisse affirmavit, et hoc ipsum confirmavit qui Ptolemaïde ad tempus cum eodem vixit ; solitum vero
( 1 ) Le P. Alex, de Rhodea et §ea compagnons. Cf. Doc. T. II, p. 249.
etiam de seculi vanitate et de rébus divinis agere inter receptôs, appulsa nocte et sub somno irrepenti colloquia periude ac si uon e seculo quispiaiu, sed e claustro religiosus exiisset. Isobis vero cur uon liceret hoc loco palam facere quod sacraïueuti secreto tametsi acceperim, nihil tamen ofdciet rei sacrae Hujus revelatio, uimirum iiiter eluendas conscieutia) noxas ex quo in Sj^ria fuit, lethale factuin uullum audivisse, contra eani virtuteni castimonisB qu<A3 homiiies supra angelos evehit.
Denique pro corona sit vitae taux sancte traductâe eximia in
extremo inorbo patientia ; habet enim pertectum ojjus hujus virtutis
pocsitum experinientuni ; tum Damasci ubi cœpit decumbere, tum
Sidone ubi desiit vivere, contestantibus oculis omnium et auribus,
non questus de doloribus aut medicis inexpertis aut expertis, in
uirosque enim incurrit, condictatus cum non gravi minus quam
longo morbo. Longanimitatem non appellabo per trium mensium
longas périodes, per lapsus novos et* relapsus, maxime vero per
prierupta Libani et montium aniractus in transvectione Damasco
âidonem, ejus cujuselanguerat robur omne corporis, et eas defec-
tiones patiebatur virium ob quas consultum putavimus non ingre-
diendam esse viam sine iis quibus ultima sacramenta emorienti
simili, siquid humanitus contingeret, ministrarentur. Tamen aequiori
fuit animo tota via. quam nos ipsi sani, qui segrum tanlum non
morientem comitabamur ; cumque interdum rogarem qui haberet,
respondebat : « Juvat bona Virgo ; » quippe cui sese devoverat in
tanto profectionis periculo ; nihilotamen minus a medicis imperata
fuit e bajulis lectica qus6 Sidone reverti non valuit plagis acceptis
impotens ex collisione cum rupibus aut truncis per abrupta
Libani, cum adlaborarent ne onus prseceps iret e manibus.
Post hanc aeris mutationem, nulli rei parcitum ut fato eriperetur, quaiaquam ipse Damasci inter colloquendum dixerit emori sibi non esse grave, Sidone autem, et ojjtare adjunxit ; mirabile prorsus in juvene vegeto, sed et ad opulentiam amplam currente, aperta et plana via. Verumtamen ea dispositione qua erat sancta, post expiata in monte Calvario peccata, in quo vitae praeterrit» exomologim generalem ab eo accepi, post jubilasi anno sequente accessionem^ cujus bénéficie usus Damasco, post seriam de gloria
paradisi commentationem quaiti ex lectura Bellarmini hauserat, eo do argumento scribeutis, in quam forte fortuna aut providentia potius sic disponente, receus incurrerat, non poterat resilire, non facta violentia Spiritui Sancto, qui animée hujus pire et ad beatorum sortem allectae domicilium sibi consecrarat œternuni, prout exitu e vita insolite contestatum est.
Ad viginti quatuor horas in agonia fuerat nullo mentis dispendio aut ratiouis variatione, quippe qui, sibi prsesens, ut pîa ingeremus dicta, rogaret identidem. Tamen cum nocte postrema et die praecedente tota, immotus pedes manusque et caput hsesisset lecto affixus, repente in ipso expirantis animae articulo temporis, oculos in cœlum manusque ambas^sinistram non aeque, exporrexit, laeto primum vultu, quem cura oculis statim depressit, verabundo similis sed et subtristiori, in praesentia trium superiorum çorum qui Sidone sunt Ordinum religiosorum, imo et medici, quo insolenti facto, ne me continui quidem quin erumperem in haec verba admirationis : « quid hoc rei ! » Credidimus interpretati eventum, eioblatum fuisse visum aliquod cœleste, audiisse quidem in eo felicem sententiara, tamen purgatoria pœna môderatam ad tempus.
Obiit sabbato, biduo ante Virginem Assumptam, diliculo ipso, tura cum ad primum sacrum pulsaretur, quod et caetera omnia animae solatio impensa sunt. Corpus vero ea obsequii pompa et officii celebritate elatum est qua neminem vidi alium his in oris : quippe religiosis pluribus Hierosolymitanis tune Sidone degentibus, et cantu et praesentia funus colionestantibus. Is beatus et sanctus obitus non parum profuit Francorum pietati promovendae, quorum unus inter ditiores et ingeuio nobiliores, forte primusde via oblatus mihi de mortuo agenti, subintulit : « Equidem, Pater, e vestigio lubens moriar, si ea felici sorte qua gaudet potiturum me speraverim. » Haec ille. In tantum vero, id est, cœli effatum : Timenti Dominion bene erit m extremis, et in die defunctionis benedicetur. Quod elogii argumentum fuit uni e Nostris qui elato parentavit, coram consule et negotiatoribus omnibus in sodalitium convocatis (1).
(1) Cf. Beswn p. 133.
CAPUT Viim De Nova Missione Sti Josephi
98. — Est inter Tripolim et Berythum urbes montana regio, pars Libani, quae Quesrouan vulgo dicitur, in qua degit vir marooita nobilitate perillustris, dotibus auimi perquam iusignis, et vero etiam apud principem mahometanum, montium velut regem, authoritate prœpollens. Is Aboiinaufel nuncupatur, cujus pater pro dextra fuit principi Facardin, avunculo prioris illius cui filius, de quo agimus, pro capite oonsilii est. Stirps eorumdem inter catholicos facile prima, cura antiquitate, tura opulentia, cujus virtus, et comes virtutis honor, in bonis haereditariis nuraerari possunt. Pater cum principe Facardin in Italiam, Florentiam usque, olim profectus est, quem sic christianis mysteriis imbuerat, ut lavacrum unum sacri fontis superesse videretur ; quem mors praeceps antevertit. Filius vero eadem profectione cognitus Alexandro VII, pontifici maximo, tune Militensi in sacro officio praesidi ; unde postquara is in pontificatum evectus est, illum christianorum principistituloinsignivit, pro meritis, quippe qui Mer Melhem avunculi successorem ita sancte de fide nostra sentire facit, ut eam amplexurus, cum sine periculo poterit, videatur. (1)
99. — Neque vero animi dotes sanguinis nobilitati cedunt ; quas inter religiosus Dei cultus primo loco commendari débet, qui pro praecipuo décore cordi est ipsi, cum non modo catholicus romanus audiat et sit. verum etiam et eorum qui sub hoc vexillo meentur, praesidium et asylum sese profîtetur, qua potestate est apud principem memoratum ; patriarcha maronitarum nihil arduum aut prœstabile aggreditur, eo inconsulto, cujus ut zelum pro pietate novit, ita et cordatum pectus caputque bene sensatum magni facit ; quod frons et vultus per sese loquuntur, et multo diser-
(1) Arvieux ( Mém, II, 358 ) fait un tout autre portrait d'Abounaufel. Si les missionnaires, par gratitude pour les bienfaits reçus, excèdent parfois dans reloge^ Arvieux, par dépit peut-être, tombe dans Texcès oontralre.
tius, rerum gerendarum ratio et probata omnibus methodus ; tum liberali facie, manu magnifica , quibus acceptus est christianis omnibus, sive europaeis advenis^ sive asiaticis propularibus suis, tum comitate qua Syrorum nihil habere praeter linguam censeri potest, et inter Francos, hanc si deraas, computari, devincit universos. Haec sunt quae et principem montium sic heroi huic isti conciliant ut cujus consilii author est, hoc arripiat priuceps ; cujus dissuasor, hoc respuat ; in tantum experientia docuit illum aptissima quaeque retinendis subditis, scilicet Drusis in obsequio prlmum, tum in concordia cum christianis una simul habentibus fovenda ; denique in alenda cum imperatore Constantinopolitano pace,
pervidere.
100. — Hic ille est qui nullo nomine nobis obstrictus, cuique noti eramus pêne, duntaxat amicorum nostrorum commendatione, cum dicerint nos instituendis populis in pietate et pueris erudiendis aliquid valere, tamen non semel invitavit, uti nos ad se conferremus, sedem in terris poneremus, cum adderet se nec subsidio, nec gratia defuturum. Quae cum ita se haberent, et Sidonia missio, mercatorum Ptolemaïdem transmigratione, vacaret, optimum factu duximus ad sedes novas oblatas convolare, maxime cum perpenderemus, luis tempore, his in partibus prope annuaB, et bellorum irruentium rumore, nullum habere nos locum quo ex urbibus aut correptis pestilentia aut belle vexatis nos nost raque recipiamus. Ad haec erat in promptu e Francia recens appulsus Pater, qui arabicas linguae studio incensus, quam ex parte jam tenebat^ optabat accessiones facere majores inter eos qui hane tantum usurpant. Illum tandem ipsum illuc misimus sub ânem septembris anni postremi, cum e Fratribus eo qui architectonicaui callet. Accepti sunt peramanter ab hospite honoratissimo hactenus invitante ; locum quasi destinatum ad aedes novas parandas, — cessurus veteres flliis, — nobis attribuit, jam aliqua ex parte exstructas, et dato lapide et promisse ligne perficiendis necessario. Villa ergo in qua cœpimus degere, Antoura dicitur, Berytho octo .millibus semota, pergentibus Tripolim ad dexteram deflexa modicum via, per montium juga ; in quorum uno eminet, piano tamen et aperto solo, qua spirat aura salubrior, quaque et maris prospectus est. Non longe positi sumus a monasterio monialium catholicarum, de quarum reli-
gioso admodum instituto alias dictum (1) ; vicini vero etiam habitatioui Mœcenatis nostri, et circumpositisoppidisaut villispluribus in quibus omni missionariorum munere defungi libère possumus, sine turcarum impedimento, qui aut nulli sunt, aut serviunt.christianis heris. Qui praeest villae nostrae instar domini, cœpit et ipse, exemple benefactoris nostri, cui sanguine jungitur, benefacere, attributo agro ad viueaB paranda sata. Verum cum operam ponere colonus novus aggressus esset Pater in febrim incidit gravem et longam ; ex qua tamen, Dei gratia singulari, convàluit post très prope menses, nihil de zelo decedente, et proposito hic hserendi aut circumcursandi potius per adjacentes populos. In villa nostra ne signum quidem crucis norant pueri, qui catechesis bonam partem jam tenent. Nostrae tamen voluntatis non est âgere hic sedem, sed per vices illuc commeare ab urbibus, in quibus quia fides periclitatur amplius, necessarii magis sunt fidei satores et propugnatores.
R» Y^ Servus in Xto.. Nicolaus Poirresson, s. j. (2)
Mort du Pore Alexandre de RI?odes
{décédé à Ispakarij le 5 novembre 1660)
Lettre du P. Aimé Chbzaud (Tlspahan, leW novembre 1660
(Collection Rybeyrète, Arch. de la Province de Paris s. j,)
SOMMAIRE
I. Maladie du P. Al. de Rhodes. — 2. Sa sainte mort. — 3. Il s'attendait à la mort et il s'y prépara par la retraite et une confession générale. — 4. Détails sur sa dernière maladie. — 5. Son grand zèle; regrets qu'il
(1) Le couvent de Herache. Cf. Besson, p. 101, 113 et Doc, T. I» passim,
(2) Nous ayons reproduit cette relation latine, telle que nous TaYons dans notre copie, avec ses fautes et ses obscurités.
laisse. — 6. Sa mortification extérieure et intérieure. — 7. Efforts qu'il fait pour apprendre la langue du pays. — 8. Ouverture de h mission de Tartarie. — 9. Sa patience ; petits enfants malades qu'il baptise. — 10. Son désir du martyre. — 11. Respect dont il était entouré. — 12. Son obéissance et sa charité. — 13. Sa confiance en Dieu. — 14. Sa pureté. — 15. Ses relations avec les mahométans. — lé. Son désir du martyre et souvenir de ceux de ses compagnons qui ont répandu leur sang pour J.-C. — 17. Sa dévotion envere la S'® Vierge. — 18. Son horreur des jurements et de la détraction. — 19. Vertus qu'il pratique pendant sa dernière maladie. — 20. Ses obsèques. — 21, Estime dont il continue à jouir ; plusieurs vont prier sur son tombeau. — 22. Regrets et douleur.
Mon Révérend Père, Pax Christi,
1. — C'est pour donner avis à V. R. du décès du feu Père Alexandre de Rhodes, décédé ici le 5 novembre de cette année, par une longue et changeante maladie ; car, à un aux de ventre qui le tint et débilita fort, quasi tout le mois de septembre, succéda un fâcheux ténesme, qui ne lui permettait pas quelques fois de dire la sainte messe, — ce qui lui causait plus de douleur que le mal même, — et co, environ jusques à la mi-octobre, sans qu^aucun remède qu'on employât lui donnât soulagement. Après cela, il fut contraint de s'aliter et de s'abstenir du tout de célébrer la sainte messe, tombé qu'il fut en une sorte de flux do sang, causé, comme on a jugé, d'un abcès dans les intestins, si fréquent qu'il ne lui permettait bonnement aucun repos ni jour ni nuit. Et toutes ces incommodités furent accompagnées d'un grand dégoftt, ou plutôt perte d'appétit, et, sur la fin, d'une douleur de rate ; et tout cela fut rebelle à tous les remèdes qu'on lui a donnés, et qu'on jugeait lui devoir être profitables : ce qui montre qu'il avait les forces de la faculté naturelle grandement abattues et débilitées.
2. — Néanmoins, comme il avait le cœur bon, et que même les derniers jours de sa maladie, nous n'y voyions que fort peu d'émotion de fièvre, nous espérions que tout cet assaut de maladies ne l'emporterait pas. Même le vendredi, cinq heures environ avant qu'il expira, il semblait méliorer, prenant son repas selon son ordinaire, quatre ou cinq heures après lequel, ayant par la grâce de
Dieu reçu tous les sacrements, il rendit son âme à Dieu aussi doucement que saintement, je veux dire sans convulsion aucune ni travail visible, finissant comme un cierge dont la flamme s^éteint de soi-même.
3. — Il y a longtemps, à mon avis, qu'il avait non seulement désiré, mais encore prévu et, par avance, connu ce temps déterminément ; car, dès lors que notre Frère Georges Berthe et moi fûmes ici de retour, il y a maintenant un an, il nous dit qu'il croyait que Dieu avait voulu ou permis que nous retournassions pour l'assister à mourir, l'un spirituellement, et l'autre corporellement. Et dès lors il s'y prépara par les Exercices annuels, qu'il fit d'une ferveur nouvelle, particulièrement pour ce dessein ; et ensemble commença à faire sa confession générale de toute sa vie, à quoi il s'était préparé très diligemment et longuement auparavant, recherchant et mettant par écrit jusques aux moindres circonstances des plus petites faute§. Pour cela, il ne la put achever que dans plusieurs jours, et toujours avec de grands ressentiments intérieurs et extérieurs de contrition, qui ne lui ont pas moins duré que sa vie, qu'il faisait bien paraître aux confessions qu'il faisait tous les jours, tant qu'il pouvait, selon sa coutume, pour le moins tant qu'il a été ici. Il trouvait matière pour les faire, pour autant qu'il était d'une conscience si timorée qu'elle passait jusqu'aux scrupules, trouvant péché où il n'y en avait pas, et qu'il s'y préparait très soigneusement, comme je sais qu'il a fait durant 5 ans et 4 jours, que j'ai eu le bien d'être son confesseur, — excepté onze mois environ de mon absence, — et la plupart, et peut-être toutes les lettres qu'il a écrites dans cette année témoignent bien qu'il envisageait la mort comme proche de soi, ce que peuvent bien voir ceux à qui il écrivit avant le fort de sa maladie.
Il m'avait prié de l'avertir du danger de sa maladie, quand on jugerait qu'il y en aurait ; mais avant que nous le connussions être hors de remède, il entra, sur les deux heures après midi, dans un sommeil que nous pensions être salutaire, vu qu'il semblait assez doux, et que son pouls ne semblait pas à celui qui le traitait pour pouls de moribond. Pourtant cet assoupissement le porta jusqu'au sommeil de la mort, huit heures environ après.
4. — La dernière messe qu'il célébra fut le 24 d'octobre ; après
quoi il s'alita tout à fait, et se confessa et reçut la sainte eucharistie depuis, plusieurs fois, et eût bien désiré de la recevoir plus souvent ; mais il s'en abstenait par respect, ne jugeant pas décent de le faire, son flux de sang le pressant quasi à toute heure jour et nuit. Ce dernier assoupissement nous priva du profit et de la consolation que nous espérions d'avoir, par quelques bonnes paroles dont nous nous promettions qu'il scellerait sa vie, et lui ôta le moyen de faire paraître sa dévotion en recevant l'extrême-Onction, qu'il avait auparavant demandée. Voilà pour sa mort arrivée au 61 de son âge, commencé depuis le . . . jour du mois de ... de l'an . . . . (sic) auquel il naquit en Avignon.
5. — Ainsi on le doit dire un homme d'un autre siècle, plus pour sa vie approchant de celle des apôtres, que pour le nombre de ses années, qui, en mourant, nous laisse beaucoup de regrets et de consolation, regrets pour sa piété, non seulement à nous, mais à tant de missionnaires épars par tout ce Levant, auxquels il a donné efficacement le branle, et a beaucoup travaillé pour les pourvoir d'entretien et pour les acheminer, montré un soin paternel pour les instruire de ses conseils et animer de son zèle ; consolation pour sa mémoire, qui sera longtemps conservée tant par une infinité de lettres très édificatives qu'il a écrites à ceux de sa connaissance, que par les relations et écrits qu'il a composés à l'édification de tout le monde ; tellement qu'il n'est pas besoin pour le faire^ connaître que j'écrive la relation de sa vie ; il en a assez fait lui-même pour donner connaissance de son mérite. L'Italie et la France par où il a passé, revenant ici, ont eu autant de vénération que d'admiration pour lui ; et la faveur des grands, et l'honneur, qui lui a été rendu de tous généralement, ne procédait que de l'opinion qu'on avait de sa sainteté.
6. — Certes, je n'ai pas connu personne si exacte qu'il était en tout ce qu'il faisait ; que si je voulais écrire de ses vertus, je ne sais pas par laquelle il faudrait commencer. Il semble qu'on devrait donner le premier lieu à la mortification qu'il a toujours portée en son corps, faisant tous les jours, hors les dimanches et les principales fêtes, la discipline : coutume qu'il a gardée jusques à sa dernière maladie ; comme aussi de porter certains jours de la semaine une chaîne en ceinture, faite de fil d'archet avec des pointes, qu'on
a trouvée, en lavant son corps, y avoir imprime beaucoup de marques, et de faire tous les jours abstinence, ne mangeant ordi^ nairement qu'une salade ou chose semblable au lieu de souper. Il accompagnait ces mortifications corporelles d'une grande mortification intérieure et d'un exercice ordinaire d'oraison mentale, outbe la coutume en la Compagnie, pour laquelle il se levait tous les jours qu'il se portait bien, une heure environ avant les autres.
7. — Son étude continuelle des choses spirituelles n'empêchait pas l'étude de la langue persienne, pour l'acquisition de laquelle il s'est employé avec tant de travail, qu'un jeune de bonne santé ferait beaucoup d'en employer autant, s'assujé tissant à écrire infatigablement pour y faire plus de progrès.
8. — Son zèle n'était point renfermé dans la Perse, tant qu'il y a été ; il s'étendait par tout l'Orient ; c'est pourquoi ne pouvant aller à la grande Tartarie,^où la Compagnie n'a encore point fait de mission, il m'encouragea d'y aller, et m'y envoya avec un Frère, et n'a pas tenu à lui qu'elle n'ait réussi, mais bien à mes imperfections ; et méditait de faire encore une autre mission vers les Géorgiens. Mais les ouvriers lui manquaient.
9. — Quant à sa douceur, certes au milieu des loups il s'est bien ici toujours comporté en brebis, supportant avec joie les malédictions, paroles de mépris, même les coups de pierre, dont on prend maintenant ici coutume de nous accueillir, donnant en récompense du lait de i)onnes et douces paroles et de bénédictions ; comme pour contenter son zèle, il allait chercher, par les villages d'alentour, des enfants malades, dans l'espérance de les laver de l'eau lustrale, s'il les trouvait moribonds.
10. — Il ne s'impatientait pas de se voir moqué des infidèles, et lassé des chemins, et rebuté quelques fois pour ne pouvoir si bien s'expliquer en persien, aux discours qu'il ne se laissait jamais de faire dans les occasions aux infidèles pour leur salut, sans crainte ou appréhension aucune, voire poussé du désir de mourir par cette voie, par zèle qui semblait quelques fois aller à l'excès, s'il y peut passer, tellement que si bien il n'a pas ici apporté et fait du fruit, comme il avait fait ailleurs, ce n'est pas qu'il se soit épargné, ou que son zèle se soit ralenti ; mais faute de matière préparée et dis» posée.
11. — Tous les chrétiens et plusieurs infidèles lui portaient un grand respect, même ceux qui ne le connaissaient que pour Taycir vu en passant ; plusieurs le prenaient pour un prélat, à cause de sa modeste gravité ; les autres l'appelant homme ?iourani, c'est-à-dire illuminé ou de lumière, les autres, saint, admirant en lui un maintien de saint.
12. — Je ne veux pas parler de son obéissance et humilité ; aussi ne le saurais-je faire qu'à ma confusion. Si pourtant on en veut avoir mon sentiment et celui de nos frères, nous nous accordons en ce point de dire qu'il a été très excellant en icelles ; mais nul qui l'ait connu en la Compagnie n'en peut douter.
Sa charité envers les pauvres et les malades, tant domestiques qu'externes, allait de pair avec cette vertu-là ; il se comportait à l'endroit de ceux-là comme père, et à l'endroit de ceux-ci comme mère ; témoin un pauvre serviteur que nous avions en même temps que lui malade chez nous, dont il avait plus de soin que de soimême, et ne pouvait endurer que rien lui manquât, s'abaissant à lui faire jusques aux plus vils services,
13. —V Tant plus étaient grandes les difficultés dans les affaires, tant plus faisait-il paraître de confiance en Dieu ; et sa conformité à la volonté divine le rendait toujours égal à soi, quoi qu'il arrivât. La douceur en sa conversation et la présence de Dieu étaient deux de ses éléments.
14. — Quand à la pureté, elle ne peut qu'elle n'ait été égale à ses autres vertus, vu qu'il ne se peut trouver homme plus soigneux de la garde de ses sens, nommément de la vue aux visites des femmes où la seule charité le portait.
15. — Dans sa conversation avec les mahométans^ il s'étudiait particulièrement de faire connaître, tant qu'il pouvait, les deux principaux mystères de notre sainte foi, la très sainte Trinité et l'Incarnation du Verbe ; et pour mieux inculquer celui-ci, au lieu qu'on dit ordinairement dans les salutations : Khoda nigah dared. Dieu vous conserve, il disait toujours ; Hhazaret Eissé ou Christse nigah dared, Jésus-Christ vous conserve, pour donner à entendre qu'il est Dieu.
16. — La brièveté que je me suis proposée ne me permet pas de rien dire de sa dévotion au S* Sacrement, à la S*® Vierge, aux S*' Anges et à certains Saints, particulièrement à ceux de notre Coiû-*
pagnie^ et nommément aux martyrs qu'il avait connus, dont il conservait la mémoire toujours fraîche, mêlée de sainte envie pour n'avoir eu semblable heur de répandre son sang, ou boire ces eaux, ou être pendu dans une fosse au Japon, comme plusieurs de ses compagnons, dont il portait des reliques sur soi, par grande vénération, désirant fort de finir sa vie par le martyre, si Dieu lui en faisait la grâce, qu'il demandait ardemment. Pour ce encore avaitil grand soin de lire à table notre ménologe tous les jours qui avaient été honorés de quelque martyre ou mort signalée des Nôtres.
17. — Sa dévotion à l'endroit de la Mère de Dieu paraissait toutes les fois qu'il en parlait soit aux fidèles, soit aux infidèles. Il avait, outre le chapelet, d'autres exercices de dévotion dont il l'honorait journellement, outre qu'il lui avait, dès ses jeunes ans, fait particulière promesse de chasteté.
18. — Il ne pouvait supporter que les séculiers, parlant à lui ou en sa présence, jurassent Dieu, et partant il prenait la liberté de les avertir doucement et souvent efficacement de ne le plus faire ; et se comportait encore de la sorte envers ceux qui. par mégarde ou autrement, jetaient quelque parole de détraction ou contre l'honneur du prochain.
19. — Je m'assure que ceux des Nôtres, parmi lesquels il a plus longtemps demeuré et travaillé, pourront bien dire des choses plus remarquables. Le sujet de la petite relation n'est principalement que le dernier point de sa vie, qui montre bien quelle en a été toute la tissure. Jamais on n'a vu un religieux plus semblable à un bâton d'un vieillard que lui durant toute sa maladie, patient comme s'il n'eut été plus sensible qu'un bâton, prêt à se tenir en la posture qu'on voulait, comme s'il n'eut eu plus de volonté qu'un bâton, ne montrant aucun signe de douleur ni répugnance à prendre ce qu'on lui donnait pour remède ou pour nourriture. En quoi nous Tadmirâmes au dernier souper qu'il fit, environ trois ou quatre heures avant que de rendre l'âme, se rendant admirablement obéissant à son infirmier, nonobstant que ses sens fussent en quelque façon assoupis, et n'oublia point de donner la bénédiction et rendre grâces, voire de faire le signe de la croix, selon sa coutume, sur la tasse où on lui donnait â boire.
Ce qui fut bientôt suivi d'une douce agonie, puis d'une mort autant et plus précieuse devant Dieu, que la perte nous a été sen-
sible, si toutefois nous devons appeler ce passage perte, que son mérite nous doit plutôt faire appeler avantage, que nous espérons devoir être tel, qu'il est plus pour établir cette mission là où nous croyons pieusement qu'il est, qu'il n'eût pu faire demeurant davantage où nous sommes.
20. — Pour plusieurs raisons, nous ne l'avons pas enseveli dans notre maison, mais bien au cimetière commun des chrétiens, en un endroit destiné pour les catholiques ; parce que P, nous n'avons qu'une chapelle, qui est au second étage, et partant où nous ne le pouvions enterrer, et qu'il n'y a pas autre lieu propre pour cela dans notre logis ; — 2^,que nous ne sommes pas assurés d'y demeurer longtemps, étant plus probable, comme j'ai conjecturé des paroles que me dit une fois V Etemad-Daulet, le premier ministre d'état, qu'on fera aller tous les religieux demeurer hors la ville, en la contrée où on a envoyé habiter tous les chrétiens du pays, et où se sont retirés les Francs séculiers ; — 3^, parce que lui-même avait témoigné être plus aise si on l'enterrait là qu'en notre maison, peut-être pour cette seconde raison. — Tellement que le lendemain nous lui fimes ses obsèques, auxquelles assistèrent tous ceux qui y pouvaient assister des autres religieux Âugustins, Carmes, Capucins, et des séculiers Français, Portugais, Anglais, Olandais, et quelques Arméniens ; et le portant ainsi, avec un convoi tel qu'on n'avait encore jamais vu ici, en terre au dit cimetière éloigné de notre maison environ d'une lieue et demie, où le R. P. Prieur des ÂugustinS) vicaire apostolique, fit l'office, et chanta encore la grand'messe en notre chapelle le septième jour, où assistèrent encore les mêmes religieux.
21. — La plupart des Arméniens sont bien aises et se tiennent fort honorés qu'il soit enseveli proche de leurs sépultures, pour l'opinion qu'ils ont qu'il est saint, et peut-être, disent-ils, l'unique saint qui soit là. Aussi est-il l'unique des religieux Francs qui y soit, les autres d'autres Religions, qui sont décédés ici, étant ensevelis dans leurs églises.
Depuis le jour de son enterrement, beaucoup de chrétiens du pays, même des prêtres et des évêques, sont venus et viennent prier Dieu sur sa sépulture, le priant d'intercéder pour eux ; et tel m'a dît qu'il me conseillait d'ouvrir sa sépulture au bout de l'an, estimant que nous avons à trouver son corps tout entier sans corruption.
Etant en vie, il allait peu souvent dehors qu'il ne portât en son sein Tévangile en persien, pour s'en servir aux occasions ; et étant mort, il porta glorieusement par la ville et dehors, ce qu'aucun encore n'avait fait, une croix bien visible de velours blanc sur le drap de velours noir, dont était couvert son cercueil, prêchant ainsi la croix à ces infidèles, même après sa mort ; c'est pour l'avoir fait si dignement durant sa vie. .
Si la voix du peuple est la voix de Dieu, on ne peut douter qu'il ne soit un grand homme, pour ne pas dire saint. Ce sentiment de son mérite a été commun par l'Italie et la France, quand il y passait pour venir ici ; et nos voisins, quoique mahométans, ont témoigné encore avoir ce même sentiment.
22. — Quant à nous qui restons ici, nous pouvons bien dire que la colonne qui appuyait notre maison est tombée, que le flambeau qui nous éclairait est éteint, que celui qni a commencé et beaucoup avancé pour établir cette mission, enterré qu'il est, nous servira de pierre fondamentale, que notre pourvoyeur a quitté cet office, pour aller faire au ciel celui d'intercesseur pour tant de missions qui le reconnaissent comme leur père, nommément celle-ci qui était comme son benjamin. Et partant, lui ayant rendu les derniers devoirs ordinaires, nous supplions V. R. de lui procurer les suffrages accoutumés, espérant par son assistance d'avoir un jour part à sa couronne, quoique meritis impares et multum inferioris ordinis. Et pour ces fins encore, nous implorons, moi en particulier, l'aide des saints sacrifices etc. de Y. R. et de tous les Nôtres de par delà.
De V. R. le très humble serviteur et obéissant fils en N.-S.
Aimé Chezaud s. j.
A Ispahan, ce 11 novembre 1660.
Le P. Alexandre de Rhodes en Perse, 16^9
Extraits de la Relation de la Mission des Pères de la Compagnie de Jésus établie dans le Royaume de Perse, par le R. P, Alexandre de Rhodes ; dressée et mise au jour par un Père [ Jacques de Machault ] de la même Compagnie, [Paris, Renault, 1659 ) :
SOMMAIRE
I. Origine de la Mission. — 2. Générosité de la Reine de Pologne. — 3. Voyage du P. Al. de Rhodes : à Orfa, il rencontre le patriarche Jacobite, qu'il gagne au catholicisme. — 4. Le Père et son compagnon à Diarbékir. — 5. Etat du christianisme à Diarbékir. — 6. Suite du voyage jusqu'en Perse — 7. A Tauris, visite aux parents d'un Arménien martyrisé en Cochinchine. — ^. Etat de la mission de Perse. — 9. Baptême des petits enfants mourants. — 10. Edit du roi ordonnant à tous les juifs de professer la loi de Mahomet ; causes de cet édit. — 11. Emoi parmi \ts chrétiens ; le roi les rassure, mais il leur ordonne de s'établir hors d*Ispahan. — 12. Zèle du P. Chezaud. — 13. Ses conférences avec les Persans sur la religion chrétienne ; ses ouvrages pour la défense du christianisme. — i4. Reconnaissance des Arméniens envers le missionnaire. — 15. Présents du Roi de Fran:e au Roi de Perse. — 16. Extrait d'une lettre du P. Chezaud sur l'origine de ces conférences. — 17. Autres ouvrages du même Père. — 18. Estime dont il jouit. — 19. Travaux auprès des Arméniens. — 20. Le roi veut voir le missionnaire. — 21. Espérances pour l'avenir. — 22. Projet d'une mission en Tartarie . — 23. Extraits d'une lettre du P. de Rhodes sur l'état de la mission.
24. Lettre du P. Al. de Rhodes sur la mission de Tartarie (1659)
25. Lettre du P. A. Chezaud sur la nouvelle résidence de Julfa (1662).
1. — Origine de la mission. J'apprends premièremeot des mémoires de notre mission d'Alep que Mgr TEvêque de Babylone se trouvant en cette ville-là chez nous, et considérant nos fonctions, la diligence et l'industrie des Pères à aider les âmes, leur jeta les les premières paroles de la résolution qu'il avait formée d'avoir avec lui des Nôtres en Perse ; car je ferai plus, ( ce furent ses termes ), avec deux Jésuites qu'avec plusieurs autres ; et là-dessua il les exhorta de s'y préparer.
2. — En second lieu, la sérénissime Reine de Pologne, laquelle avec sa très haute naissance, a porté de la France en ce royaume-
là toutes les plus augustes qualités d'une âme royale... s*est montrée éprise d'une si généreuse piété de gagner et de conquérir à J.C. la Perse, que pour commencer une entreprise tant glorieuse, elle a tiré de son épargne un fonds notable qui serait employé à la subsistance des missionnaires destinés à cette fonction.
3. — Le P. Alexandre de Rhodes, ayant été établi par notre R. P. Général, supérieur de la mission de Perse, s'embarqua à Marseille, le 16 de novembre 1654, avec un autre Père et un Frère, tous trois destinés au même lieu.. Il aborda à Seyde le 11 de décembre...
Gomme il attendait de France quelques dépêches qui lui étaient nécessaires... il visita la Terre Sainte.. Il y passa les fêtes de Noël, et aussitôt après, il se rendit à Alep ; de la en huit jours de chemin il vint à Orfa, où le Frère qui l'accompagnait fut saisi d'une violente maladie.. Dieu les consola tous deux par la rencontre du patriarche des chrétiens, nommés Jacobites, qui, bien que schismatique, leur fit beaucoup de faveurs ; il les fit loger près de son église, les visitait souvent et portait des remèdes et d'autres rafraîchissements au malade.
Le Père, de son côté, pour reconnaître ses charitables offres, tâcha de le servir en ce qui lui était le plus important pour son salut, et, dans plusieurs conférences qu'il eut avec lui, l'exhorta à se réunir à l'église catholique avec ses évêques qui dépendent de lui en grand nombre , ( car il se dit patriairche d'Antioche ), et qui assistaient à leurs entretiens. Il les rendit tous capables de ses instructions, et les gagna jusqu'à ce point qu'ils arrêtèrent d'envoyer à Rome l'un d'entre eux afin de reconnaître le Pape pour le cnef universel de l'Eglise, et pour lui rendre les dues soumissions au nom de tous. Gelui qui a été député à cette mission est homme de bon sens, et le Père lui a donné des lettres de recommandation, selon qu'il l'en avait supplié.
4. — Gependant, le Frère compagnon du Père, après un mois et demi de maladie, commençait à se guérir et donnait même par charité des remèdes, ( en quoi il a quelque intelligence), à des malades, lesquels le venaient chercher de toutes parts... Le bruit en courut jusqu'à Diarbecquer, qui est la capitale de la Mésopotamie, dont le gouverneur envoya un exprès avec suite de monde pour enlever le Frère, comme s'il eût été quelque excellent médecin venu de France, tant la renommée enchérissait sur la vérité...
Le Père retrouva son compagnon en pleine santé ; il fut fort bien reçu au logis où le Frère était arrêté en qualité de médecin, dont en effet il assistait le maître...
5. — La ville de Diarbecquer est fort grande et bien peuplée; car on lui donne d'habitants bien vingt mille turcs et trente mille chrétiens, mais tous schismatiques de sectes différentes, dont les plus considérables sont des Arméniens, des Jacobites et des Nestoriens ;
îl y aurait espérance d'y faire beaucoup de fruit, s*il y avait une mission établie et qu'on sût la langue turquesque ou arménienne, qui sont les deux plus courantes et plus communes du pays.
Le Père de Rhodes traita familièrement et conféra plusieurs fois avec trois évêques de ces sectes sur les mystères de la foi ;... il les trouva assez faciles et disposés à recevoir la vérité... 11 rencontra là un Père de S. François, homme de vertu et de savoir, qui y fait beaucoup de bien, comme il y est missionnaire ; mais il ne sait que la langue arabique, qui est entendue de peu de gens...
6. — Enfin, le Père avec son compagnon partit de Diarbecquer, après la Notre-Dame d'août. Il avait envoyé auparavant d'Orfa un Père Polonais, qui était aussi destiné pour la mission de Perso, afin de donner avis aux Pères qui sont là,.. Le voyage par ces dernières provinces de la Turquie se passa, dans de continuels périls ... il leur fallut subir plusieurs extorsions et oppressions très violentes, où ce qu'ils avaient eu de la libéralité des personnes vertueuses et zélées pour les missions, fut pour la plupart absorbé, et ce fut encore beaucoup qu'ils purent échapper des mains de ces harpies, la vie sauve. Enfin ils entrèrent dans le Perse au commencement d'octobre ; le souvenir récent des dangers passés leur fit mieux goûter le traitement qu'ils reçurent dès les frontières de ce grand royaume, tout plein d'humanité et de courtoisie.
7. — A Tauris, ils trouvèrent les parents d'un nouveau martyr de la Cochinchine, Arménien de nation ; celui-ci étant passé aux Indes jusques à ce royaume si éloigné de son pays, avait embrassé la foi catholique et abjuré le schisme, par le moyen de nos Pères qui travaillaient à la conversion de ces infidèles ; puis s'étant donné à eux en les aidant parmi leurs saints emplois, il avait reiiiporté la palme d'un glorieux martyre... (1)
8. — A Aspahan, où ils arrivèrent en novembre, ils trouvèrent les Pères en bonne santé, occupés assidûment à l'étude de la langue du pays, et qui furent comblés de consolation à la vue de leur nouveau supérieur.
Le P. de Rhodes, en prenant la charge de la mission, y trouva trois des Nôtres, deux Pères et un Frère, et lui avec son compagnon faisaient cinq en tout... Comme la connaissance de la langue était la disposition préliminaire absolument nécessaire, devant que de l'entamer, tous de concert se mirent à l'étudier avec grand soin, sous la direction du P. Chezaud.
9. — Le premier et le principal fruit que nos missionnaires ont commencé à recueillir de ce beau champ, c'est le baptême de quantité de petits enfants, quand ils sont à l'extrémité de la vie ; ils le peuvent faire facilement, d'autant que les parents mêmes les leur apportent souvent sur l'espérance qu'ils ont de leur procurer
( 1 ) Nous n'avons pas pu retrouver le nom de ce martyr Arménien.
un remède pour la vie du corps... La moisson de ces âmes innocentes est d'autant plus riche que le nombre des petits enfants qui meurent là est plus grand. On fait état qu'en une seule année il est mort bien quarante mille enfants dans Aspahan ; et, d'ailleurs, un seul Père en baptisait pour sa part cinq ou six en un jour...
Je ne puis taire ici la dévotion particulière d'une grande duchesse de notre France.. En la maladie d'un de ses fils, elle promit une fondation à perpétuité de cinquante écus tous les ans, applicable à la subsistance de ceux qui dans les missions instituées parmi les infidèles, vaqueraient spécialement à ce ministère du baptême des petits enfants. Dieu eut ce vœu si agréable que ce jeune seigneur recouvra une parfaite santé...
10. — Comme les juifs, qui sont répandus par toute la Perse en une multitude incroyable, vivaient dans une profonde tranquillité, ils furent étrangement surpris lorsque tout subitement parut, publié et affiché par tous les endroits de la Perse, un édit du roi qui leur enjoignait, sous peine de mort, d'abjurer le judaïsme et de professer désormais la loi de Mahomet. Quant au fondement qu'on a pris, il faut savoir qu'il y a trente ans passés que ces malheureux, comme ils gazouillaient sans cesse sur la venue prochaine de leur messie, vantaient avec un fanfare de paroles non moins insolentes que vaines, sa grandeur et sa magnificence audessus de tous les potentats de la terre. Comme ce bruit choqua cette cour, on obligea les juifs à promettre publiquement que si dans le terme de trente autres années leur messie ne venait et ne paraissait, ils se feraient tous mahométans. On les tenait pris au mot. Le terme expiré.., ils ont été contraints à garder leur promesse.. Le Roi pour les induire plus doucement à obéir, a donné à chaque homme trente piastres, et à chaque femme quinze. Toutes les livrées du judaïsme leur ont été ôtées ; défenses à eux faites de fréquenter les synagogues, et commandement d'aller aux seules mosquées, où les officiers mahométans ont eu ordre exprès de les conduire.
11. — Les chrétiens voyant ce procédé si étrange, eurent d'abord quelque appréhension qu'on n'usât d'une semblable violence envers eux.. Mais ils ont reconnu qu'on n'en avait pas eu la seule pensée. Cependant ce qui s'est passé à leur égard, depuis l'exécution de cet édit, n'a pas laissé de leur causer de la fâcherie.
C'est que le Roi les a obligés à quitter les logis qu'ils avaient placés d'un côté et d'autre par les divers quartiers de la ville d' Aspahan, et a commandé qu'ils allassent tous demeurer ensemble en un lieu qui en est proche, et qu'il leur a assigné à cet effet. On ne sait pas encore à quel but tend ce dessein surprenant à cause de sa nouveauté, et que d'autre part le Roi ne s'est point montré, par aucune autre marque d'aliénation ni de malveillance, contraire aux chrétiens...
12. — C'est le Père Aimé Chezaud qui a jeté les premiers fon-
déments de la mission de notre Compagnie dans le royaume de Perse. Cet excellent missionnaire avait auparavant signalé son zèle, pendant de longues années, dans nos missions de la Syrie.. Aussi méditait-il en son esprit de passer en ce grand royaume [ de Perse 1 pour y porter la lumière de l'évangile. ., Il avait à ce dessein composé un dictionnaire persien et plusieurs' autres livres en cette même langue, très utiles à la mission. Il entra donc dans la Perse l'an 1652 et commença à y travailler tout de bon, ce qu'il a continué jusques à cette heure avec une haute réputation de vertu et de capacité...
13. — Les mahométans qui professent la secte qui est ici en vogue ont cela de bon qu'ils sont faciles à disputer de leur loi, et à entendre pareillement ce qu'enseignent les autres. Or, comme dans la cour le bruit s'était répandu fort grand de la suffisance du P. Aimé Chezaud à montrer clairement et fortement la vérité des articles de notre foi, et en particulier des deux principaux, qui sont ceux de la T. S. Trinité et de l'Incarnation, le premier ministre de cet état, qui se nomme Etamad-Daulet^ a eu commandement du Roi d'assembler les plus savants docteurs mahométans afin de conférer et de disputer avec le dit Père.. Les disputes se sont tenues déjà plusieurs fois dans le palais de ce seigneur, en présence de tout le plus beau monde de la cour, et le succès a été toujours merveilleux pour le soutien de la bonne cause.
Ce qui donna commencement à ces conférences fut que le P. Chezaud ayant composé en langue persienne un livre pour la vérification des deux principaux mystères de notre foi, il le présenta au premier ministre... qui le reçut avec démonstrations d'agréments et promit qu'on y ferait réponse. Là-dessus, ayant convoqué toute la fleur des docteurs musulmans, se fit en sa présence l'ouverture de la première dispute. D'abord il ne fit pas grand honneur au Père; mais quand il l'eut entendu disputer lui seul contre une vingtaine de ses docteurs, voyant que son discours était appuyé de raisons solides et qu'il soutenait le parti de la vérité si hautement , il se mit plusieurs fois de son côté...
Entre les docteurs il y en avait un qui de rabbin des juifs s'était fait mahométan. Celui-ci étant venu à la dispute armé d'une bible en hébreu, se promettait de faire par elle quelque coup signalé. Sa prétention était de montrer que l'Ancien Testament parlait avec honneur de Mahomet... Mais le Père qui sait la langue hébraïque le confondit sur-le-champ. Cette première dispute dura depuis midi jusqu'à la nuit... et alors les musulmans se mirent à souper. Quant au Père, comme ce jour était vendredi, il ne pouvait manger de leurs viandes..
Ces docteurs n'eurent pas si tôt soupe., qu'ils renouèrent la partie par une seconde dispute.. Leurs discours étaient si embarrassés qu'ils n'en pouvaient eux-mêmes trouver ni la suite ni la ân.,«
Pour le Père, il demeura toujours avec une égale présence d'esprit, détruisant toutes les forces de leurs raisonnements.
Quelques jours après, le Père fut appelé à la troisième dispute, qui se tint encore a!u palais de ce favori du Roi... Le sujet principal de la conférence fut la divinité de J.-C. Le Père entreprit de la prouver par les passages des saints évangiles... Etamed-Daulet, comme emporté par la vérité, ne put se tenir qu'il ne dît tout haut que le Père était une mer de science,,, il le pria de coucher par écrit tout ce qu'il avait déduit... Le Père dressa l'écrit, et quand il l'apporta, ce seigneur témoigna qu'il n'osait pas le recevoir, sans en savoir auparavant la volonté du Roi.
14. — Si ces disputes n'ont pas encore ébranlé les esprits des mahométans... elles ont puissamment ému plusieurs des plus considérables Arméniens schismatiques. Le patriarche a remercié en sa propre personne le P. Chezaud de ce qu'il avait soutenu si dignement la cause de la religion ; de plus, de ce qu'il avait toujours parlé à l'Etamed-Daulet en leur faveur ; outre cela, le Père n'a jamais voulu faire entendre aux grands de cette cour la différence qu'il y avait entre nous et les Arméniens, ni découvrir leurs grossières erreurs...
15. — La venue de deux de nos religieux eut lieu vers le mois de mai 1657. Ils lui [ au P. de Rhodes ] ont apporté les lettres et les présents de notre Roi au Roi de Perse... Celui-ci fit connaître à toute la cour, par des démonstrations publiques, qu'ils ne lui étaient pas moins honorables qu'agréables... Il nous octroya un ample pouvoir de prendre logis stable et permanent près de son palais, et d'y bâtir une église.
16. — Il se présenta à même temps une autre occasion qui servit à affermir et à faciliter l'exécution de cet octroi. Les lettres du P. Chezaud, qui sont du mois de janvier 1658, la rapportent en cette teneur :
« Les docteurs mahométans avaient proposé plusieurs objections contre notre sainte religion, au sujet d'un Arménien de la ville de Gulfa, que le Roi voulait qu'il se fît mahométan. Il répondit qu'il le ferait si je ne satisfaisais pleinement à tout ce qu'ils objecteraient contre notre sainte foi. Sans m'arrêter à blâmer l'imprudence de cet homme qui mettait en compromis la vérité de notre religion, son offre ayant été acceptée, j'y fus appelé par l'Etemad- Daulet, premier ministre de cet état, en son hôtel. J'y trouvai tous les principaux docteurs mahométans, convoqués avec ceGulfain, et beaucoup d'autres habitants de Gulfa.
Les objections me sont proposées par les docteurs les unes après les autres ; j'y réponds selon que Dieu m'inspire avec tant d'énergie et tant d'assurance, que ce seigneur s'en montra si pleinement satisfait qu'il renvoya le Gulfain libre dans l'exercice de la religion chrétienne.
Or bien que je tienne pour fruit principal de cette conférence la conservation de cet homme dans la foi, il s'en est suivi encore un autre, qui est que le premier ministre nous a fait confirmer la permission, déjà obtenu du Roi, d'acheter une maison... et nous offrit de moyenner pour nous auprès du Roi la somme nécessaire à la payer.. Après l'avoir très humblement remercié de ses offres si obligeantes, je lui dis que je ne demandais ni n'attendais rien de temporel du Roi ; mais que je ne souhaitais de S. M. qu'une seule faveur, qui était qu'il lui plût voir un livre que j'avais composé tout exprès, pour avoir l'honneur de le lui présenter, afin de lui justifier la cause de notre foi. J'ajoutai aussi que pour la soutenir, je ne craignais rien de ce qu'on me pourrait faire. Ce seigneur ayant témoigné d'agréer ma demande et ma résolution, je me retirai.. »
Dieu a fait naître une médiateur que les Pères n'espéraient pas... C'est M. de la Chapelle, brave gentilhomme Normand lequel pour ses excellentes qualités est fort bien vu en cette cour..,
17. — Le premier ministre demanda au P. Chezaud de lui composer quelques livres sur d'autres matières que celles de la foi ; le Père y ayant satisfait selon son désir, il a fort agréé les premiers qu'il lui a présentés de mathématiques, parsemées de curiosité attrayantes et ingéni^euses. Et comme le Père a aussi la main industrieuse et habile, il lui a fait quelques pièces curieuses de cette même science, qu'il a admirées et vues avec grand plaisir.
18. — Le Père a gagné par ces mêmes appâts un autre grand seigneur, qui est le neveu de ce premier ministre... il est déjà dans le haut emploi ; en effet, sur la nouvelle qu'on a eue de la mort du grand Roi de Mogor, et de l'installation de son fils en sa place, il a été nommé pour cette ambassade... Ce jeune seigneur a une amitié particulière pour le Père et traite souvent avec lui...
19. — L'on a fait espérer aux Pères que le Roi leur donnera bientôt une maison à Gulfa, ville voisine, toute pleine d'Arméniens. Si aela réussit, ce sera un beau champ ouvert à la prédication de l'évangile... et à la réunion universelle des Arméniens de ce royaume avec l'Eglise Romaine ; les principaux d'entr'eux y sont très enclins...
20. — Le Roi avait commandé à son premier ministre de lui amener le Père [ Chezaud ] pour l'entendre parler des vérités de notre religion. Mais il se rencontra alors, par je ne sais quel malheur, un empêchement qui tint l'esprit du Roi si occupé qu'il lui enleva toute la pensée d'entendre le Père...
21. — L'obstacle le plus grand du salut des âmes en ce pays est, ce semble, la félicité temporelle dont il jouit... Toute cette cour se trouve si absorbée dans le luxe et dans les délices que la pensée unique des grands n'est que de prendre leurs plaisirs et de s'en repaître par tous les sens... Le P. de Rhodes, malgré tous ces obstacles, espère si bien de la mission, qu'il poursuit auprès de notre R. P. Général d'avoir deux nouveaux missionnaires capables pre-
mièrement d*apprendre les langues utiles en ce pays. L'un sera pour la persienne, l'autre pour l'arménienne. De plus, ils doivent tous deux être bien versés aux sciences divines et humaines ; car leur mélange est ici nécessaire.
22, — Le P. Chezaud prétend aller au pays où autrefois reposa, comme on croit, l'arche de Noé, à trente journées d' Aspahan, pour y faire un établissement, selon l'ouverture favorable qui se présente. Il y trouve des adversaires puissants, si actifs et si vigilants, qu'à peine peut-on lui écrire des lettres qu'elles ne soient surprises par eux ou par leur émissaires.
23. — Je viens de recevoir une lettre du P. Al. de Rhodes. Elle est du 30 mai 1658, et elle confirme tout ce que nous avons déduit en ce narré, touchant les conférences du P. Chezaud avec les docteurs mahométans. Il les continue toujours avec un aussi bon succès, et l'on en conçoit de grandes espérances. Le même P. de Rhodes a si diligemment étudié la langue persienne, que toute difficile qu'elle puisse être, et lui bien qu'il soit déjà avancé dans l'âge, si est-ce qu'il Ta tellement apprise qu'il peut en user librement tant pour la prédication que pour la confession. Il va faisant mission par les bourgs et les villages voisins d' Aspahan, où il jette les premières semences de l'évangile, et surtout y chercher les petits enfants moribonds afin d'ouvrir à leurs âmes, par le baptême, la porte du ciel ; il se promet que les anges gardiens se joignant à ces enfants bienheureux, solliciteront puissamment du ciel, par leurs prières, la conversion de leur pays (1).
Supplément
Lettre du P. Al. de Rhodes, a un Jésuite de France.
(Copie, Bibl. Nat. Mbs. 25057. f. 614) Ispahan, ii septembre i6j^
24. — Nous avons reçu Taumône que V. R. nous a procurée. Nous en avions besoin et pour payer notre maison ici, et pour avancer la nouvelle mission que nous avons entreprise dans la Perse jusqu'aux Tartares qui la confinent, et pour là ouvrir, s'il se peut, le chemin jusqu'à la Chine, car le P. Bernard Diestel avait eu ordre de Rome d'entreprendre ce voyage.. Nous avons repris le dessein abandonné par le P. Diestel.
(1) Cf. Documents T. I, p. 82-86.
Le roi de Belgk ( sic ) qui est le plus proche, a envoyé ici un ambassadeur. Le P. Chezaud traita sur cela avec lui, et Tambassadeur l'invita d'aller avec lui en Tartarie, lui promettant toutes sortes de faveur. Le Père me dit qu'il irait aussi volontiers avec lui qu'avec quelque seigneur Français. Nous jugeâmes ne devoir pas manquer l'occasion de trouver le passage pour la Chine, si désiré de la S. Congrégation, qui y envoya trois Franciscains qui, après avoir fait bien des dépenses depuis Rome jusqu'aux derniers confins de la Perse, s'en retournèrent sans rien faire, n'ayant trouvé personne qui les voulût conduire. J'ai donc envoyé le R. P. Aimé Chezaud avec l'ambassadeur, et lui ai donné pour compagnon le Frère Georges que vous connaissez et qu'il me demanda instamment. 11 est parti depuis six mois (1).
Extraits d'une lettre Du P. Aimé Chezaud au P. Joseph Besson a Albp
(Arch. Soc. Jesu) Ispaban, le 2 octobre 1662
25. — Depuis le 16 août que j'écrivis à V. R. par M. Jean Belli, Arménien catholique, j'ai encore depuis envoyé à Tauris, au dit sieur Jean Belli, des paquets de lettres venues de Goa pour Rome. Depuis ce temps-là, j'ai toujours attendu un compagnon ; mais point de nouvelles ni d'Alep, ni d'ailleurs. Dieu soit loué ! Un mien ami, père d'un de mes écoliers, allant à Tauris, et peut-être vers vos quartiers, je lui donne la présente pour avertir V. R. de mon bon portement. Mais si l'on nous abandonne comme cela, nous ne pourrons pas subsister longtemps. Nous avons fort peu d'argent de reste.
Nous avons acheté un lieu fort propre et avantageux pour nos fonctions, dont j'envoie à V. R. le plan iconographique. Mais en cas
( l ) A cette lettre, l'auteur du recueil mas. ajoute : Le P. Chezaud, arrivé aux confins de la Tartarie, s'y est arrêté, attendant queTarabassadear obtînt de son maître la permission pour ce Père d'entrer dans ce pays.. Lo Roi trancha la tête à son ambassadeur et refusa le permission. Le P. Chezaad dut revenir,
qu'on ne nous envoie pas d'argent, nous serons contraints d'en vendre une partie, la plus éloignée de la maison, que nous avons fait bâtir, et qui est presque achevée, excepté la cuisine, que difficilement pourrons-nous faire cette année ; hors d'avoir ici la moitié de notre fonds, nous serons pour nous voir tôt en nécessité. Je prie d'écrire cela à bon escient à N. R. P. Assistant.
Les autres religieux pensent à quitter la ville, comme nous avons fait, et à nous suivre ; et les Rév. Pères Carmes ont déjà acheté un lieu nou guère loin de nous, à meilleur marché mais non pas en si bon poste ; nous avons essuyé les premières difficultés...
Les Arméniens de Julfa pour la plupart et même tous nous sont affectionnés.
Mgr d'Heliopolis avec les siens partit d'icî^ il y a dix jours, pour le Bander ; deux de ses prêtres sont encore ici, détenus par la maladie d'un d'iceux.