Le Père Pacifique, a 1' Ambassadeur (Cësy
Alep^ 6 Décembre 16*^6, (BibL nat. mss.fr. i6ij8f. ^42).
Sommaire : L'autorisation accordée par la S. Congrégation de la Propagande aux Pères capucins d'exercer leurs fonctions aux lieux où ne sont pas les Pères Observantins doit s'entendre dans un sens un peu plus large que ne le comporte le sens strict do la Lettre.
Le beau décret de la Congrégation (2) que V.E. m'envoie contient une parole ambiguë, qui au lieu d'être en faveur des Pères Joseph et Léonard qui l'ont demandé et à notre avantage, est tout affait contraire, si on ne l'explique. Car après avoir deffendu au
(1) On trouve la minute de la lettre de rAmbassadeur à « l'Archevêque des maronites du mont Liban ji lui recommandant » deux bons Pores François de l'Ordre des Capucins », au folio 188 du ms. fr. 16160, Bibl. nat. — Sur l'archevêque maronite, cf., ci-dessus, notre Introduction à la mission auprès du patriarche ohaldéen, £lie, n. 7 D, et plus loin, n. 36, D.
(2) Par deux lettres, en date du 19 Avril et du 19 Juin de l'an 1625, la Cour de Rome, sur la demande du P. Joseph du Tremblay et de Richelieu, avait accordé aux Capucins de France les pouvoirs nécessaires pour établir des missions à Constantinople et dans les autras parties de TOrient.
Gardien de Jérusalem et à tous ses ministres d'empescher aucun missionnaire Capucin et autre d'exercer leurs fonctions en tous lieux de la Syrie^ Palestine etc., il ajoute ces mots : aux lieux où ne sont pas les religieux de r Observance ; de manière que n'y ayant aucune yille de tous ces quartiers où il nous permet d'être, en laquelle il n'y est quelque chapellain Observantin. Par conséquent, c'est nous deffendre de nous mettre en aucun lieu, et ainsi ce ne serait rien concéder. Vous pouvez donc bien croyre que ce mot est un équivoque du Secrétaire qui, sur ce que nos Pères ont protesté ne point vouloir prendre les lieux des Observantins (entendez par ce mot lieux les églises et chapellenies qu'ils servent), ils ont concédé cette demande et ont mis l'exception des lieux susdits.
19. Le Pèrb Pacifique, Supérieur des Capucins d'Alep, A l'Ambassadeur Français a Constantinopi.e.
Alep, 7 Décembre 1620.
Sommaire : Difficultés entre les Franciscains et les Capucins d'Alep.
Le P. Pacifique remercie d'abord Cési d'avoir établi les Pères Capucins à Constant inople... de les avoir recommandés « icy (Alep) à M. d'Olivier notre consul qui nous a assisté de très bons avis... » Puis, il ajoute :
<i Nous tâchons de vivre en paix avec ces bons Pères Observantins ; mais nous avons beau faire ; car sitôt qu'il leur arrive la moindre disgrâce, ils nous donnent la coulpe... Aujourd'hui le Chapelain Français m'est venu trouver... disant entre autres choses que j'4tais un séditieux et indigne de porter l'habit que je porte.))(l)
(1) Voir ce qae nous avons dit, n. 12 B et n. 19. Est-il besoin de répéter que ces petites querelles, ces légères taches, s'atténuent bien ou disparaissent devant Tédat jeté par tant d*actes héi*oique8, à Jérusalem et ailleurs i Au sujet de^ Pères Praiiciscains et des Pères Capucins, voici ce que nous lisons dans un ouvrage très estimé : « A dire la vérité, je ne trouve guères de personnes plus propres pour la conversion des infidèles, que les R. P. Capucins, à cause de leur bel extéi*ieur, de leur genre de vie austère et religieux... » M. Le Febvre. Théâtre de la Turquie, Paiis, 1681, p. 53. Il est bien vrai que Tauteur de cet éloge mérité n*e»t autre que le célèbre Père Capucin Jean-Baptiste de S'- Aignan, Dtoire (inédit) des Pères Capucins d' Alep, année 1680. — Mais le même auteur ne fait pas un moindre éloge des Pères Cordeliers de Jérusalem : a De quelque côté qu'ils se tournent, apportassent-ils toutes les précautions imaginables, ils ne sauraient s'exempter de la persécution... Aussi peut-on dire qu'ils vivent dans de continuelles traverses. » Ouvr. cité : Avanies et tyrannies qu'ils font (les Turcs) aux Pères de la Terre Sainte, p. 305 sq. Voii* en particulier Tarticle 31, p. 314-319, De la charité de ces Pères envers les particuliers qui vont en Jérusalem.
20. Lb Père Pacifique, Supérieur des Capucins d'Alep, A l'Ambassadeur Français a Constantinople.
Alep, 15 Décembre 162(5.
(BibL naU Mss. fr. i^j8 f. ^44).
Sommaire : Doléances du Père Pacifique contre le consul et contre les PP. Observantins, en particulier contre le Père Observantin chapelain des Français.
Le P. Pacifique manifeste dabord sa crainte qu'on se serve « de 1% justice turquesque » contre les Pères Capucins. Puis, il poursuit : « Il est vray que je me moqueray de tout cela, si je pouvais demeurer icy jusqu'au retour du religieux que j'ai envoyé à Paris, que j'espère estre à la Pasque ou Pentecôte icy. Voilà pourquoi je supplie V. Ë. de nous prêter main forte (I) ; et pour dire la vérité, je ne crains en aucune façon les religieux qui ne peuvent de leur estooq que m'excommunier : ce que j'estimerais me devoir être alloué^ en qualité et vertu de Jubilé, sachant le peu de pouvoir qu'ils ont de ce faire. Je ne crains que les piastres du mont de Sion, sachant le pouvoir qu'elles ont sur les ministres de cet Etat, pour leur faire user de violence sur nous. Ce qu'encore ne peuvent-ils faire sans l'appuy de quelque consul ou de quelque Nation. Or je suis assuré qu'ils n'auront ni celle de Venize qui nous aime fort, ni celle d'Angleterre ni de Flandre... de mode que JQ ne crains que le nostre ; non que je croye qu'il le fasse apertement, car il nous dit toujours de belles paroles. Mais nous avons sujet de doubter qu'il y ait un consentement tacite : P parce que son
( 1 ) Le P. Pacifique demande à rAmbaBBadeur des commandementa pour rétablissement des Capucins à Alep. La copie de ces commandements se trouve dans les papiers de M. de QMy ( Bibl. nat. 16158, f. 347.) : Commandemeat du Grand Seigneur adi*dssé à Haly, Pacha d*Âlep, pour rétablissement des Capucins en Ja dite ville d'Alep, fin de Rajab 1036 ( 15 Avril 1627) ; Commandement du Grand Seigneur permettant aux Capucins d*aller et vojag-er dans TEmpire Ottoman, \" Chaban 1036 (26 Avril 1627).
chapellain qui nous hait à mort, les autres Pares de Venise et leur procureur, nommé Gaspar de la Chieza, qui cherche toutes les voyes de nous faire sortir, viennent souvent tenir leur conseil en la chambre de notre consul (1). 2^ Son chapellain nous ayant fait et faisant toujpurs mille outrages. 3^ Ayant ce même chapellain confessé en présence de mon compagnon qu'ils poursuivent auprès du Vezir un commandement — (que je scay d'ailleurs être vray) — à ce que dorénavant autres religieux qu'eux ne puissent demeurer en ces pays... (2).
21. Par contre, dans ane supplique du R. P. Gardien de Jéinisalem adi*eiaée aux Cardinaux de la Propagande, en 1Ô27, le Gardien ae plaint des Capucins qui usurpent les droits des Franciscains et se loue de la conduite des Jésuites et des Carmes. Les Capucins n*ont pas observé « che con tanta puntualità ed
(1) Le consul de France était alors Pieri*e d'OlLiYier (1625-1631). Le 14 janvier 1625, le consul d'Alep, Pierre Yiguier, assemble la nation et lui présente Pierre d'Ollivier, escujer de la Tille de Marseille, icj pi-ésent, qu*il met en possession pour exei*cer la susdite charge du consulat, ayant pouvoir de mettre une personne à son lieu et place, comme il a obtenu par ari*ât, donné au Conseil d*E!tat du roi, le 28 août 1624. — Nous avons sous les yeux plusieurs letti*e8 de Capucins, de Jésuites et de marchands, qui se plaignent du substitut de Yiguier. OUivier se défend en accusant le consul de Venise.
Il semble que Pierre d'Ollivier fut ensuite plus favorable aux missionnaires. Ainsi, le 25 mai 1627, en réponse à une lettre de Tambassadrice, qui lui recommande les Capucins, il promet de les protéger (Bibl. nat. MUs. fr. 16161. f. 119) Yoii* t. L des Doc. p. 365-391. — P. d'Ollivier représentait donc le consul Yiguier. Pendant quelque temps, les consuls avaient ainsi mis en leur place des commis ou fermiers. Sur ces abus, voir A. Bopp, Journal de la Correspondance de Gédoyn « le Turc », consul à Alep. Paris, 1909, p. XI, XYI, 208 etc.
(2) Voir ce que nous avons dit dans notre Inti*oduction aux lettres du P. Pacifique. — Il serait souvent difficile de tracer la limite exacte, entre les droits résultant des anciens privilèges des Pores Franciscains et les pouvoirs accordés de Rome aux nouveaux missionnaires arrivant en Syrie. Est-il surprenant que, parfois, les plaintes se soient élevées de la part de Religieux d'Ordres différents, en général vertueux et zélés ? Ainsi, le 12 décembre 1627, le P. Jacques de Yendôme, Franciscain, Gardien du Couvent de Nazareth, écrit d*Alep à l'Ambassadeur, et se plaint des Capucins qui ne se sont pas contentés de leur ôter la chapelle de Saïde et veulent encore avoir Nazareth. Il ajoute : « I^a Pères Capucins, Jésuites et Carmes y sont [à Alep] accommodez et en bonne paix depuis mon arrivée [à Alep] Jusque maintenant ». (Bibl. nat. mas. fv. 16160 f. 45).
edificazionâ vien obseryato dalli PP. Oiesuiti e Carmelitanl, missionari similmente deputati da questa S. Congregazione. » 11 demande enfin que les Pères Capucins Michel de Rennes, René de S* Paal, Ange de Guérande et Romain de S' brieuc. soient sévèrement châtiés.
( Aff. Etr. IVUm. et doc. Turquie, t. 70, f. 21 ).