l'Ambassadeur, au P. Pacifique
Minute sans date, mais
de 1627 (?)
(BihL Nat. Mss.fr. iSijSf. )6s)
sommaire : La Propaganda de Fide autorise les Capucins à s'établir en Syrie et en Palestine, tout en limitant cette autorisation pour les lieux où sont établis les Pures Observantins.
Je vous ai envoyé ci-devant un décret que la Congrégation de Propaganda Fide m'avait adressé en faveur du désir qu*a eu le Roi d'établir des missions es quartiers de Syrie et Palestine, dans lequel ayant trouvé une parolle qui pourrait être prise pour équivoque : quominus in locis ubi non sunt Patries de Observantia^ j'ai voulu vous interpréter l'intention de ces Messieurs de la Congrégation... qui est que vous ne puissiez prendre les chapellenies des consuls... Mais on prétend qu'en tous les lieux et villes des pays de Syrie et de Palestine, vous puissiez vous y établir, bien que les R. P. Observantins y aient des chapellenies. (>e que veut dire le décret en parlant des lieux et villes, c'a été pour Jérusalem et Bethléem. Ce que j'ai voulu vous faire entendre afin qu'on s'eu tienne à cette explication qui nfa été plus amplement déclarée qu'elle ne l'est dans le décret.
23. Le p. Pacifique, Capucin, au P. ARCHANaE des Fosses, Supérieur des Capucins de Constantinoplej^I).
D'Alep, ÎJ Mai 1627, De notre honpico des (/apucins.
(Muùst. Aff. F.tr. Corresp. d'ipl. Turquie, T. ?, f. 420)
Sommaire : l^ioge du zèle de T Ambassadeur (Césy) qui a assuré aux nouveaux missionnaires la protection du nouveau Grand-Vizir, leur a obtenu les commandements désirés pour tout rHmpire. Accord avec les R. P. Cordeliers. Quatre missionnaires capucins attendus.
La vostre m'a donné un très grand sentiment de joye, voyant
( 1 ) Le P. a. des FosdéH, custode de Grèce et eapérieur des Frères de la Mission de Coastantinople, était parti de France le 5 février 1626, La France cath. en Orient^ p. 50 et 91.
que non seullement vous allez de bien en mieux en yostre mission, mais encore que vous avez déjà multiplié à Cio, où je croy que les religieux recevront beaucoup d'honneur. Voyla des fruits de votre bonne conduite. Mais ce sont des effets du bras puissant de Mgr l'Ambassadeur, qui ' n'opère pas seullement à Constantinople et à Cio, mais il s'estend jusques ici où nous en ressentons de si puissants effaits que nous pouvons dire que ce seul bras nous maintient. Je prye Notre-Seigneur qu'il le maintienne aussy en sa bonne volonté pour nous, et au crédit que sa vertu et sa générosité se sont acquis sur les esprits des plus grands de la Porte. Il a bien fait de ne nous point envoyer de commandement de Constantinople. Il suffisait de dire : Voyla le Grand Vizir qui va en Alep. Je say que tout ce que vous lui demanderez en mon nom, il vous sera donné (1) .
Car, en effait, un peu avant la réception de celle de Mgr et de la vostre, nous avions obtenu le commandement désiré, non seullement pour Alep, mais pour tous les pays, villes, bourgs et villages de l'Empire où il y aura quelques chrestiens ; et tout cela à la seulle nomination et réclamation au nom de Mgr., auquel le S^ Bordier, son agent en cette ville, asseurant le Vizir qu'il ferait plaisir et chose très agréable s'il concédait aux Capucins d'icy un tel commandement, à ce que personne ne les molestast, il dit aussitost : Ouy de très volontiers : je leur en donneray un si puissant que personne n'aura la hardiesse de leur nuyre. Il prist la plume et écrivit le Houyourdi, mettant au-dessoubz que pas un officier n'en prenne d'argent. Aussitost tous ces Renégats Français qui sont icy se mirent en campagne pour solliciter l'office qui fut expédié en moins de rien". Ce qui a fort étonné ici notre Consul et tous les marchands de toutes les nations, quand ils ont sceu en quelle estime estait mon dit Seigneur auprès du plus grand de l'Empire, voyant que la seulle nomination de son nom par un de ses serviteurs pouvait ce que les autres Ambassadeurs et Consuls seraient bien empeschez d'obtenir en postulant et avec bien de l'argent et des vestes.
Je mande tout cecy à nos Pères de Marseille, de Lyon et de Paris, et fais bien voir à chacun de combien un tel Ambassa-
( 1 ) Ce Gi'and- Vizir était Khalil Pacha ; passant à Alep pour aller prendre le commandement de Texpôdition contre les Perses^ il favorisa rétablissement des nouveaux missionnaires.
deur est utile à son Prince et à toute TEglise de Dieu, comme tout bon chrétien ha obligation de pryer Dieu pour sa conservation. Je ne lez scaurais assez remercier à mou gré ; mais je vous prje d*y suppléer (1). Oultre la lettre qu'il ha escritte à notre Consul en faveur des Pères Jésuites, il luj en a encore escritte une autre en notre faveur, que Madame ha secondée de sa grâce, qui ont eu tant de pouvoir qu*elles ont tout changé le dit Consul, qui commença hjer à nous faire sa première aumosne et promet nouvelle pour nous après. Il voit que nous n*a vous beaucoup affaire, Dieu merci, ayant, le Dimanche du Quasimodo, fait la paix avec les R. P. Cordeliers chez le Consul de Venize ; où ayant derechef exhibé toutes mes facultés et obédiences, qu'ils ne voulaient point admettre, estant pour la Perse ; enfin je m'avisai de leur produire une que j'avais eue, il y a deux ans, du R. P. Général, qui est en parchemin et sigillée du grand sceau de l'Ordre, où il ne me détermine aucun lieu à moy et à mes compagnons, ains dit in partes Orientis, comme nos facultés (2) . De quoy ils restèrent contents, et me donnèrent l'approbation de jouyr d'icelles, par escrit et scellées.
Après cela nous est venu ce commandement dont je vous ai envoyé une coppie en Français. S'il vous peut servir aux autres villes que vous prendrez, mandez -le-moy et je vous en envoyeray une coppie authentique en Turquesque, buUée du Cady, que vous ferez enregistrer de là comme j'ay fait icy chez le Cady, et en ay tiré plusieurs coppies pour les frères qui prendront des placer nouvelles. Et tout cela ne m'a rien cousté ; car un mien amy, qui est amy du Cady, me l'a fait faire pour Tamour de Dieu et m'a fait plaisir. Nous voilà donc entièrement en paix ; nous disons la Messe, preschons et chantons l'office nous trois, avec de nos escoliers que je mets en campagne pour seconder nos voix. J'attends le Père Gabriel avec trois religieux (3). Je vous manderai l'arrivée de nos frères, quand ils seront venus. Continuez à rendre votre mission glorieuse aussi bien que votre ministère.
( 1 ) M. de Césy estimait fort les PP. Capucins. Voici, entre autres, une marque de cette estime : « Il n*j a que les Capucins et les Jésuites qui sMtadient à apprendre les langues, aux quelles beaucoup sont déjà très veiraés. Lettre de Césj, septembre 1685 (Bibl. nat. Mss. fr. 20983).
(2) Voir letti*e du 6 déc. 1626, n. 18, en note.
(3) Le P. Gabriel de Paris, destiné à la Perse, est Tauteur d*ua dictionnaire persan vulgaire, La France catholique en Orient, p. 122.