‹ Documents inédits pour servir à l'histoire du christianisme en orient [XVIe-XIXe siècle];Chapitre 77 sur 113 · Lettre de M. de Fontenu · texte numérisé non relu

Lettre de M. de Fontenu

CONSUL DE SmYRNE AU' P. FlEURIAU

Smyrne, 22 Avril 171 4.

(Aff, FAr. : Aff. relig, et Mis.nons du Leiwit)

Je feray embarquer ces jours-cy un jeune élève pour vostre collège, dont je m'assure qu'on aura lieu d'estre content. C'est le petit Grimaldi de Scio, âgé de 8 ans ; il est de l'illustre famille des Grimaldi de Gennes, ses parents sont fort affectionnés à la France.

58, Lettre du P. Stanislas Xavier Justiniani AU Ministre de la Marine.

Salonique 7 Avril 1725.

(Aff. Etr. : Aff. rel. et Missions du Levant f carton)

Sommaire : A. Le Père J. l'un des premiers Levantins élevés à Paris, a jugé qu'en devenant jésuite il répondait aux intentions du roi, désireux d'aider, par Tiusiitution des Jeunes de langues, à la propagation de la foi catholique. — B. Mais, sujet de la Porte, il a été accusé de vouloir bâtir

une église etc. ; et obligé de ne plus prêcher. Il prie le ministre de lui obtenir le titre de chapelain du consul français de Scio, et de lui procurer ainsi la liberté de son saint ministère.

A. Un Jésuite missionnaire comme moi doit plus que tous les autres se souvenir des obligations qu*il a à votre illustre Famille; et je me regarderais comme le plus ingrat des hommes, si j^oubliais ce que je dois à M^ votre Père qui, après Dieu, m*a fait tout ce que je suis. J*ai rhonneur d'être des premiers Levantins élevés. à Paris par les libéralités du feu Roi et sous les ordres de M^ le comte de Pontchartrain, dont votre Grandeur occupe si dignement la place dans le ministère de la Marine. Je ne saurais assez reconnaître les faveurs dont il m*a honoré préférablement à mes autres compatriotes, et la grâce particulière qu'il m'a faite, d'obtenir pour moi du feu Roi, la permission de me faire Jésuite. C'est en embrassant l'état où Dieu m'a appelé que j'ai cru pouvoir mieux correspondre aux intentions de Louis le Grand et aux soins de M'* votre Père, qui en nous faisant élever et instruire dans la Religion Catholique, ont prétendu la planter et l'affermir par notre moyen dans nos propres pays. C'est ainsi qu'au milieu des embarras et des affaires de l'Etat ils trouvaient le loisir de penser à la conservation et à la propagation de la vraie foi, et travaillaient à faire de tant de jeunes plantes les instruments de leur zèle et de leur piété. Si quelques uns de ces Levantins se sont rendus indignes par leur conduite du bon accueil qu'on leur avait fait en France, on ne doit pas en être snrpris ; c'est là un effet de la faiblesse humaine : de tant de gens instruits par le Sauveur même, très peu profitèrent de ses Instructions : de tant de témoins de ses miracles et de la sainteté de sa doctrine très peu ouvrirent les yeux à la Vérité.

• Pour moi Monseigneur, quelque bonne envie que j'aie de remplir les obligations de mon état et en le remplissant, de seconder le zèle et la piété de mes illustres Bienfaiteurs, ma bonne volonté devient inutile par la raison qu'étant né sujet du Grand Seigneur, je n'ai pas la liberté d'être missionnaire dans mon pays, ni d'y prêcher la foi catholique. Je me vois continuellement exposé aux avanies des Turcs; il n*y a pas encore longtemps que je fus contraint de me tenir caché sans rien faire. On me cherchait pour me mettre aux fers avec plusieurs autres de mes compatriotes, et cela sous

prétexte que j'avais bâti une église ou que j'avais contribué à la faire bâtîr sans Tagrément de la Porte, ce qui est uu grand crime en Turquie. On rae faisait plus d'honneur que je ne mérite, je n'ai jamais bâti, ni contribué à faire bâtir aucune église. On voulait de l'argent et pour en avoir, on cherchait à me rendre criminel. J'étais particulièrement en butte à la haine et à l'injustice des Turcs, parce qu'étant sans défense et sans protection, je pouvais moins échapper à leur avarice. Je travaillais dans Scio comme je pouvais à la vigne du Seignepr avec quelques autres Mis^** de différents Ordres, et comme on n'osait s^attaquer aux missionnaires Français par crainte ou par respect pour la France, on s'en prit à moi comme à la partie la plus faible, et à quelques autres Prêtres ou Religieux Sciotes, qui sont comme moi nés sujets du grand Seigneur. Je fus obligé à leur exemple de me déguiser et de m'enfuir pcjur me dérober à la violence de la persécution qui commençait. Me voilà maintenant exilé de ma Patrie, et par cet exil je me vois hors d'état de correspondre aux intentions de Louis le Grand, qui en me faisant élever dans le collège tiui porte son nom, prétendait me faire le soutien et l'appui de la Religion dans mon propre pays. C*est dommage que les libéralités de ce grand Prince n'aient pas eu tout le succès qu'il s'en promettait pour l'avantage de la Religion : je voudrais bien pouvoir faire tout ce qu'il attendait de moi.

B. Le seul moyen qui me reste pour répondre ^ux vues qu'il avait sur moi, est la qualité de Chapelain ou d'interprète du consul de France. Ces deux qualités mettent les sujets du Grand Seigneur qui en sont revêtus a couvert des avanies des Turcs, parce que des là ces infidèles n'osent plus toucher à des personnes qu'ils regardent comme des gens de la maison Consulaire, et attachés au service de la France. La qualité d'interprète ne saurait convenir à un Missionnaire, parce que les devoirs de l'un sont incompatibles avec ceux de l'autre. La qualité de Chapelain du Consul de Scio est la seule qui puisse convenir à un homme né sujet des Turcs qui se voit missionnaire en Turquie, et celle que je demande à V. G. pour pouvoir faire mes fonctions sans être plus exposé aux avanies de ces Barbares. Un de nos plus anciens Missionnaires Français remplit maintenant cette place en vertu d'un Brevet du

feu Roi. Mais les fatigues jointes à ses infirmités, l'ont tellemeat épuisé, qu'il a besoin de quelqu'un pour l'aider dans ses travaux et pour partager avec lui ses pénibles fonctions. J'avais déjà commencé à le faire, lorsque la persécution suscitée contre les pauvres Catholiques de ma Patrie m'obligea de penser à la retraite pour la raison que je viens de dire à votre Grandeur.

•Je me flatte que le Roi, assis sur le trône de Louis le Grand voudra bien à votre persuasion, Monseigneur, achever l'ouvrage que son Illustre Bisajeul avait commencé et qu'animé du même zèle que lui pour la Religion il me fera employer pour sa défense les armes dont je suis muni par les libéralités de ce grand Prince. J'ai besoin pour cela d'un titre qui autorise mon ministère parmi les Turcs mêmes qui en sont les seuls obstacles. Ce titre doit être avec le bon plaisir du Roi, la qualité de Chapelain du Consul de Scio et comme le père Martin Jésuite, déjà dans l'âge et presque hors de combat, s'en trouve revêtu, je demande la grâce de partager avec lui cet honneur, sa vie durant et après sa mort de lui succéder dans son emploi. Voilà l'unique moyen de me faire devenir réellement Missionnaire, ne l'ayant été jusqu'ici que de nom, et de me procurer le libre exercice de mes fonctions, ne les ayant pu faire jusqu'à présent, faute d'avoir un titre qui me servit comme de rempart contre les avanies des Turcs> auxquelles sans ce titre un homme né sujet du grand Seigneur comme moi, se voit continuellement exposé. J'attends cette grâce de la bonté du Roi, et j'espère que par votre puissante recommandation auprès de sa Majesté, j'obtiendrai sans peine ce que je prends la liberté de demander.

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