‹ Documents inédits pour servir à l'histoire du christianisme en orient [XVIe-XIXe siècle];Chapitre 85 sur 113 · Lettre de M. Deperdriau consul a Alep, au Ministre · texte numérisé non relu

Lettre de M. Deperdriau consul a Alep, au Ministre

(M. DE Sartinb).

Alep, 13 nov. 1772.

(Corresp. consul. Alep et Alexaiidreiie),

Sommaire : Le consul appuie la requête des Missionnaires Jésuites privés de ressources. Part qu'ils ont eue dans la conversion des Jacobites d'AIep, dont le consul fait ailleurs Texposé.

Les R. P. Jésuites ont l'honneur d'adresser à Votre Grandeur d'humbles supplications sur leur situation ici. Depuis le plus longtemps, ces missionnaires y desservent la chapelle consulaire. Leur conduite des plus régulières ne donne nul embarras à la nation. J'ose, Mgr, m'autoriser à joindre leurs respectueuses représentations à la présente. La relation annexée à mon n. 18 (lettre du 23oct. 1772) de la jouissance de l'Eglise Surienne que ces Pères viennent de procurer aux Catholiques, parait démontrer avec évi-

dence Tactivité de leur zàle à remplir les foactions de leur état avec autant de prudence que de sagacité (1).

(i) « A rexception de q. q. coeurs pervers et endurcis, écrira plus tard le consul, tous les Jacobites, hommes et femmes, séculiers et ecclésiastiques firent solennellement leur abjuration».L'évôqueJacobite, alors absent, étant rentré à Alep, avait abjuré et envoyé sa profession de foi à Rome (1775). — Cependant, au lendemain de ces conversions, un trouble profond surgit daus TEglise syrienne. Le patriarche syrien jacobite, accouru de Mardin, menaçait de déchaîner une persécution par ses présents aux représentants de la Porte.

Il fut apaisé par un compromis. Les convertis lui promirent une augmentation de la redevance annuelle qu'il percevait. Moyennant cette concession, il institua son procureur temporel, l'évéque jacobite Géroué devenu catholique, et il lui confia l'administration de TEglise. A l'opposé des Missionnaires Français et de quatre anciens élèves de la Propagande, les Missionnaires Franciscains, jugeant que la conversion de la plupart des Syrien et surtout celle de Géroué était insuffisante, avaient saisi de leurs plaintes le préfet de la Pi-opagande. Le cardinal Castelli chargea d'une enquête l'évéque syrien catholique de Jérusalem, Kodsi. Celui-ci déclare que Géroué est un hérétique et il prend le gouvernement de son église. Or,révêquc condamné avait, nous l'avons dit, envoyé à Rome sa profession de foi, et il avait reçu du pape une bulle, datée du 22 juin 1775, qui l'absolvait et lui confiait l'administration de l'église syrienne d'Alep. •

Il protesta contre la sentence de Mgr Joseph Kodsi. A l'exception des Franciscains, tous les Missionnaires estimèrent que, par la bulle du pape, Géroué avait été institué évêque légitime. L'archevêque de Jérusalem maintint néanmoins sa décision. Alors tous les catholiques, anciens et nouveaux, voyant que l'Eglise syrienne allait retomber au pouvoir du patriarche schismatique, conjurèrent Deperdriau de faire rentrer Géroué dans la maison épiscopale.

Le consul de France bannit d*Alep les Religieux opposants et réussit à faire revenir Géroué. Kodsi, abandonne de tous, se retira vers la fin de 1776. Le nouveau Gardien des Franciscains de Jérusalem approuva les décisions du consul. Enfin une lettre du S* Père, datée du 22 juin 1776 et arrivée à Alep le 1 3 octobre suivant, confirma la décision qui donnait à Mgr Géroué la juridiction sur l'Eglise et le clergé syrien catholique d'Alep.

Tel est, en substance, le résumé de deux mémoires que nous avons sous les yeux. Le premier daté du 28 janvier 1777 et envoyé à M. de Sartine, secret. d'Etat et min. de la marine, est signé par J. A. Ortholès, Michel Simiot, Missionnaires apostol. ; Fr. Stanislas de 5. Charles, vie. des Carmes déchaux ; Fr. Eleuthère Capucin, Custode ; Fr. Césaire et Fr. Justinien, Capucins, Mission, aposlol. — Le second écrit est un mémoire justificatif de M. Petro Deperdriau, daté du 9 mars 1777 et envoyé au même ministre. Voir aussi la lettre du même consul au même ministre, 24 oct. 1776.

69, Lettre du chevalier i^ S^-Pribst au duc

d'Aiguillon (ministre).

Constantinople, 2 Septembre 1773.

(Correspondance de Turquie, t. //^, fol. 260)

Sommaire : A. — Embarras de l'ambassadeur recevant le Bref qui dissout la Compagnie de Jésus. Dépouiller les religieux de cette société du pouvoir d'administrer les sacrements, c*est jeter les Missions dans un désordre extrême. B. — Au temporel, l'ambassadeur maintiendra le régime établi, sauf les prescriptions du Pape relatives au costume, etc. . C — Saint- Priest écrit au card. de Bernis de suspendre, s'il se peut, la publication du Bref sur les Missions.

Monsieur le Duc,

La nouvelle de l'extinction de l'Ordre des Jésuites m*est parvenue en même temps que le Bref du Pape qui l'a prononcée. Cet événement, si longtemps annoncé, m'a pris ad dépourvu, parce que tant de retards y jettaient de l'incertitude, et je me faisais une peine de in*occuper d^avance de la dépossession de ces Religieux, à laquelle je n'aurais peut-être jamais à m'employer, et que, prenant possession de mon Ambassade cinq ans après leur expulsion de France, j'avais trouvé des mêmes droits qu'auparavant ; cependant la teneur du Bref a exigé de moi de jetter sur le papier quelques idées peu digérées, et d'en former le mémoire ci* joint, que je vous prie de lire avec indulgence, n'ayant pas eu le temps de le soigner ; le parti à prendre sur son contenu n'est pas absolument aussi pressé que colui de déterminer quelque chose sur les ex-Jésuites eux-mêmes. Quant aux individus, le Bref interdit à ceux qui resteraient dans les Missions de leur Ordre l'administration des sacrements, et ne laisse ^s aux Ordinaires le pouvoir de les y maintenir. Le Pape se réserve de prononcer sur les Missions en un Bref particulier sur ce sujet : ce qui n'empêche pas que l'exécution ne soit préalablement ordonnée. Or, dépouiller les Jésuites du Levant de l'administration des sacrements et de leurs biens, serait mettre dans uu désordre extrême ces Missions et celles de Constantinople nommément.

Cependant je ne sais trop comment m'y opposer, quant au spirituel, si la persuasion ne peut rien auprès des Ordinaires. Mais quant au temporel des Jésuites, j'ay pris sans balancer le parti d'écrire à tous les officiers du Roy des lieux du ressort de mon Ambassade où sont des maisons de ces Religieux, de ne permettre à qui que ce soit d'entrer en prise de possession des maisons, capitaux et autres effets appartenant aux ex-Jésuites, sans nouvel ordre de ma part, et en attendant, d'y maintenir le régime établi, sauf les changements que ces Religieux voudraient faire à leur habillement, en exécution du Bref du pape déjà publié. Je prends la liberté de vous observer. Monsieur le Duc, que ce n'est qu'au Roy que peut appartenir la disposition du temporel des Missions des Jésuites en Levant, servies par ses sujets sous sa protection constante, et devant être considérées comme existantes en ces (ses) propres Etats.

J'envoye à M. le cardinal de Bernys un extrait de la présente lettre, sans y joindre le mémoire. Je l'exhorte à suspendre, s'il en est temps encore, la publication du nouveau Bref, pour ce qui concerne le Levant ; et s'il est déjà promulgué, à prévenir le S^ Père sur ce que son exécution rencontrera de difficultés de ma part.

Au reste, je dois vous ajouter que le Vicaire patriarchal n*a reçu jusqu'à présent aucun ordre de Rome, et m'a paru disposé à se contenir en tout état de cause, quant au temporel des Jésuites, dans les bornes que je lui prescrivais.

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