Extrait d'une lettre du Cardinal de Bkrnis
AU DUC d'Aiguillon.
Rome, 12 janvier 1774.
(Correspofidancc de Turquie)
Sommaire : Le Cardinal loue les mesures prises par Saint-Priest à l'égard des Jésuites. Le Pape a approuvé ces arrangements provisoires ; nouveau plan à élaborer.
On ne saurait donner trop d'éloges au parti sage qu'a pris M le Chevalier de Saint-Priest, lorsque le Bref qui supprime l'Ordre des Jésuites est arrivé dans le Levant. C'était ruiner les Missions
dans cette partie, que d'exécuter ce Bref à la lettre. La précaution que prit alors cet Ambassadeur en m^écrivant directement, me mit à portée de faire approuver au Pape l'arrangement provisoire que M. de Saint-Priest avait fait adopter au Vicaire Apostolique (1). Par cette même précaution le régime ancien des Missions du Levant que dirigeaient les Jésuites se trouve à peu près dans le même état où il était avant la suppression de cet Ordre ; les ex-Jésuites sont soumis aux Evêques comme ils l'étaient à leurs Supérieurs. La Congrégation de la Propagande ne pouvait se plaindre, puisqu'elle ne perd rien de sa juridiction ni de l'exercice de ses droits et tout le temporel qui appartenait aux Jésuites reste à la disposition du Roi, (tour en faire l'usage le plus utile à la propagation de la Foi et aux établissemens français qui sont sous la protection de Sa Majesté, dans les Etats du 6r. Seigneur. Cette situation donne le temps de travailler au plan d'un nouveau régime qui puisse remédier aux vices du régime actuel, en conservant sous l'autorité épiscopale ceux des anciens Jésuites qui seront approuvés, et en établissant un nouveau séminaire, dont les supérieurs seraient tirés de celui des Missions Etrangères.
71. Extraits d'un Mémoire de S^-Priest A M^ LE DUC d'Aiguillon.
2 Octobre 1773.
(Corresp. de Turquie, t. ij^y fol. 2j2)
Sommaire : A la tactique des Russes qui s'appuient sur les Grecs, la France doit opposer une contrebatterie et s'appuyer sur les Arméniens et les Syriens catholiques.
Il est aisé d'apercevoir par l'usage que la Russie a fait des Grecs pendant la présente guerre, par les succès militaires et par
(i^ Une lettre du cardinal de Bernis à M. de Saint-Priest (10 nov. 1773, fol. 370) l'informe que le Pape a agréé les dispositions proposées par l'ambassadeur de France.
les termes de son ultimatum qu'elle ne vise pas à moins qu'à chasser les Turcs de TÇurope. Elle regarde le fanatisme des Grecs pour elle comme le moyen le plus propre à y employer. La paix ne fera que lui faciliter les moyens d'intrigue avec cette nation... Il s'agit donc d'élever une contrebatterie qui balance les efforts réunis ; et c'est à quoy la nation Arménienne en Grèce, les nations Syrienne et Maronite en Syrie, semblent assez bien disposées. Les grands progrès qu'y fait la Religion catholique..., la rivalité entre ces nations et la Grecque pour leurs intérètis respectifs, peuvent, si la chose est bien conduite, leur faire tourner les, yeux vers le Roi, comme vers un protecteur, jusqu'à contrebalance^* le poids de la protection que la Russie accorde aux Grecs... L'accès que IM Arméniens catholiques ont auprès des Grands, dont ils sont généralement les banquiers, pourra souvent nous faire prévaloir sur l'intrigue des Grecs et les moyens de corruption qu'ils emploient. Qui sait même si le temps ne viendra pas, où les Turcs se désabuseront de nommer des princes grecs enValachieet Moldavie, et de prendre pour les affaires de la Porte un interprète de cette nation et si on ne pourra pas, un jour, «introduire dans cette place un Arménien catholique et faire ainsi tomber le bouclier des Grecs... G*esj; un but auquel le sacrifice d'une somme considérable en présent pour les ministres Ottomans, si l'occasion favorable de les y déterminer s'offrait, serait utilement employée... Si Ton porte les vues jusqu'à l'époque, peut-être peu éloignée, où l'empire turc venant à s'écrouler, il s'agira de disposer de ses vastes décombres..., les Russes semblent avoir le plus beau jeu pour s'emparer deConstantinople ».
HHM4
• 72. Extrait d'un Méiioias db M*' de S*-Prïkst
A M^ LE DUO d'Aiguillon. .
daté du 10 nov. 1773.
Sommaire : Eloge des Missionnaires S. J. dans le Levant.
a Aucun de ces moines ne font proprement la Mission. Depuis longtemps les Jésuites étaient véritablement les seuls religieux qui s'y employassent avec zèle (1). C'est une justice qu'on ne peut se dispenser de leur rendre, et qui ne saurait être suspecte à présent qu'ils ne sont plus. On leur doit en très grande partie les progrès de la Religion catholique, parmi les Arméniens et les Syriens, ainsi qu'il en a été rendu comte dans le Mémoire de l'Ambassade de l'année dernière (2). Dépositaires de la confiance des sujets du Grand Seigneur, il importe de conserver les ex- Jésuites dans leurs fonctions pour ne pas compromettre les fruits qu'ils ont fait ou semé ».
(i) Nous donnons tel quel cet extrait du long mémoire de TAmbassadeur. Mais nous sommes persuadé que M. de S*-Priest, en rendant hommage au zèle des missionnaires de la Ôie de Jésus, qui venait de disparaître, est sévère jusqu'à l'injustice pour leurs anciens émules, les missionnaires des autres Ordres religieux, qui par un laborieux apostolat, au prix de toute sorte de fatigues et de tribulations, ont contribué pour une large part à la formation des Chrétientés catholiques indigènes. Voir ce qui a été ait, dans le présent fascicule, sur Tapostolat des Capucins, des Carmes, des Dominicains, etc., sur les avanies essuyées par les Pères de Terre Sainte.
(2) Le 23 nov. 1772, M. de S*-Priest écrivait à M. Deperiiiau, consul d'Alep : « La cession faite par les hérétiques suriens de leur église aux catholiques est un ar-rangement très avant^eux pour la religion ; et la conversion de la plus grande partie de ces schismatiques met le sceau à la bonne œuvre qui est due au zèle et aux soins des Missionnaires. Il est bien à désirer que le reste de cette nation suive l'exemple de ses compatriotes ; rien ne serait plus capable d'assurer à la catholicité l'acquisition qu'elle vient de faire et la tranquillité parmi les chrétiens ». (Corresp. consul. Alep et Alexandrette).
Parmi les Missionnaires loués ici étaient aussi compris les Capucins et les Carmes. Mais le résultat obtenu fut, dans le cours des années suivantes, remis en question, comme nous l'avons indiqué un peu plus haut, dans les notes ajoutées à la lettre de M. Deperdriau du 13 nov. 1772, n. 68, p. 592.