Etat de la Mission S. J. en Strie
au moment de la sappression de la Ciompagnie.
Note du P. Désorgues, Supérieur, datée du 17 oct. 1773.
Nous en donnons une analyse complète.
(Corresp. de Turquie ; /. i$^, fol. )o6)
A. — La Maison d'Alep n'a d'autres revenus que loo piastres qu'elle retire de la chapelle consulaire. Elle est composée de 4 prêtres et 2 frères, savoir :
PP. G. Desorgues de la Prov. de Lyon, Laurent Gossart de la Flandre française ; Jean Antoine Owoles de Toulouse, Michel Simiot de la prov. de Lyon ; les FF. J. David de la Prov. de Champagne et Jos. Gourgues de Toulouse.
B. — Damas. Cette maison n'a aucun fonds de terres ni aucun revenu; elle est composée de 3 PP. de la prov. de Toulouse : Antoine Gueynard, Jos.Roussct, Pierre Moranzel ; et du P. Pierre Etienne Virot de Champagne, du Fr. J. B. Werpe de la Flandre française.
G. — Antoura, séminaire où on élève encore gratis q. q. Maronites ; maison fondée il y a environ 38 ans par M. Xi menés. Les revenus étaient de 1500 Livres.' Ils ont été saisis avec ceux de nos maisons qui montaient à 30 mille livres, lors de notre expulsion de France^ II n'y a dans cette maison qu'un seul prêtre, qui en est le directeur, Louis de Phehgui, de la Prov. de Paris.
D. — La Mission possède une maison et 2 magasins dans le Khan de Seyde^ Il n'y a là actuellement aucun Jésuite. Les magasins rendent 40 piastres, quand ils peuvent être loués.
Conclusion du P. Desorgues : (cette conclusion embrasse l'état de la maison de Tripoli, etc. exposé ci-dessous).
La Mission de Syrie S. J. est composée de 24 religieux : 15 prêtres, 9 FF. coadjuteurs, distribués dans 6 maisons. Le revenu actuel de ces 6 maisons ne monte en tout qu'à 380 piastres, c.-à-d. un peu moins de 16 piastres pour chacun. C'est jusqu'à ce point de misère que Dieu a permis que nous soyons réduits depuis 1762.
Fait à Alep, le 17 oct. 1773. Désorgues sup. général.
E. — Etat de la maison des Jésuites de Tripoli de Syrie, dont dépend celle d'Antoura, etc. Etat dressé en grande partie par le P. Royde sous le contrôle du consul français de Tripoli, Chaillou ; 26 oct. 1773, fol. 329.
La maison pourrait loger jusqu'à 6 religieux, qui y seraient fort à l'étroit. Lors de la suppression des pensions, les PP. pour soulager les autres maisons, ont loué une partie de leur maison à des chrétiens du pays ; ce qui leur a fait un revenu de 5 5 piastres par an.
Au-dessous des chambres des PP. sont des magasins, loués depuis q. q. années au consul d'Angleterre, qui a sa maison attenante à celle de ces religieux, et qui paye 44 piastres par an pour le loyer de ces magasins. Dans un de ces magasins, il y a q. q. puits à huile et dans un autre des jarres. pour rhuile, dont la location est d'environ 80 piastres.
Suit rinventaire d'une maison achetée par les PP. qui leur produit 49 piastres par an.
F. — Les Pères (de Tripoli) ont à Zgorta une maison et une chapelle dédiée à S* Joseph (don d'un archevêque devenu Jésuite^ Rome) à charge pour les Jés. de Tripoli de venir faire, de temps en temps, une mission dans ce village composé de près de 1600 hab., et d'y tenir une école, etc.
En 1743, les habitants d'Ehden (ce sont ceux de Zgorta qui se transportent là l'été) d'accord avec Mgr Gabriel Douaihi, cédèrent aux Jésuites une ancienne et assez belle église, dédiée à S. Georges, aux mêmes conditions à peu près que le bénéfice de S. Joseph de Zgorta. Lts PP. ayant reçu du curé, ancien administrateur de l'église S. Georges^, 400 piastres, aux .quelles ils ajoutaient une bonne somme, firent bâtir près de l'église un ermitage pour 4 ou 5 religieux.
Outre Tarchev. d*£hden, les 10 au 12 prêtres de la localité venaient célébrer dans l'église S* Georges, à laquelle q. q. biens sont annexés.
Voici les charges avec les dépenses faites cette année pour les dits biens.
pour miri ou droit du Gr. Seigneur, 86 piastres par an.
pour le maître d'école, 36
pour travailler aux soies et faire hs huiles, 14,21
pour l'entretien de l'église de S. Georges, 25
donné en aumônes, 17,5
pour labourages de terres, culture de oliviers, 30 • pour l'entretien d'un mission n. et de son
domestique, durant 4 mois, ' 36
pour un présent fait au chek du dit lieu, 3,10
piastres 247,8
F. — La maison des Jésuites d*Antoura leur appartient. Mais
elle n'a d'autres fonds qu'un jardin potager et un autre planté de mûriers.
tous les deux attenant à la maison ; le dernier produisant au plus de 50 à 60 piastres. La maison d'Antoura comptait 3 prêtres et 2 frères ; ceux-ci étant médecins, leur art procure q. q. chose à la maison ; et depuis les malheurs de la Qe, on vivait partiellement à Antoura, comme ailleurs, des aumônes des fidèles. Avant la saisie des fonds des Missions de la Société de Jésus en Syrie, on recevait pour chaque missionnaire 500 livres de pension. On pouvait se passer alors du secours des frères médecins et des aumônes des fidèles.
Les Jésuites oot aussi à Antoura une école pour l'éducation des enfants maronites et autres orientaux, bâtie par le feu P. Nacchi, jésuite maronite. Ce Père avait placé à Paris tous les fonds de cette fondation qui produisait un revenu d'environ 700 piastres par an. Depuis la saisie de ces fonds, les Jésuites se. voient obligés malgré eux à congédier la plupart des enfants, ne pouvant plus fournir à leur subsistance ou à celle des maîtres et directeurs de la bonne œuvre du P. Nacchi, qui avait reçu les fonds de quelques personnes charitables d'Allemagne et d'Italie et même de quelques maronites.
G. — Les Jésuites de Tripoli sont au nombre de cinq :
Le P. Royde, de Franche Comté, âgé de 60 ans, supérieur. Le P. Portois, de Tournée » 50 »
Le Fr. Brège, de Lorraine » • 80 » hors de service.
Le Fr. Robba, Piémontais, médecin' » 50 » infirme.
Le Fr. Clocher, de Cambrai, pourvoyeur et cuisinier, 35 ans.
Les Jésuites d'Antoura sont au nombre de 4 :
Le P. Charles Périgord, de la Prov. d'Aquitaine a fait profession à Antoura, 25 mars 1751.
Le P. Et. Phil. Cuénot, de la Prov. de Lyon ; a fait profession à Tripoli, 2 fév. 1752,
Le Fr. Louis Teixier, de la Prov. de Lyon, a fait ses derniers
vœux à Scyde, 15 août 1740.
Le Fr. Paul Gibelli, de la Prov. Romaine. Le P. Louis de Phengui, de la Prov. de Paris, a fait profession
à Gènes, 15 août 1765.
Tous ces religieux, soit ici, soit à Antoura, mènent une conduite aussi édifiante qu'exempte de reproches ; ils ne donnent aucun embarras ni peines aux consuls de France ; ils sont estimés par le pays ; ils sont habillés à l'orientale à l'instar des Chrétiens du pays. Les ornements de leurs églises sont aussi modestes que propres.
Je ne leur connais d'autre argenterie que les vases sacrés. Les meubles de leur maison à Tripoli sont fort simples. S'il était question de vendre les immeubles vendables, ainsi que les meubles des maisons des Jésuites de Syrie, on n'en tirerait pas je pense, de quoi fournir à leur passage, à leur habillement à la française et à leur donner de quoi se rendre dans leur patrie... J'ajouterai qu'il serait assez difficile de remplacer ces missionnaires... Fait à Tripoli de Syrie, 26 oct. 1773 par nous consul de France.
Pour copie conforme, Chaillau.