Lettre de M. Depbrdriau à de Boynes
Alep, II juin 1774.
(Corresp. Consul. Alep ci Alexandreiie)
Sommaire : A. — Le P. Franciscain délégué par le Rév. Custode de Terre Sainte vient signifier aux Jésuites d'Alep le Bref qui dissout leur Société. B. — Le consul représente que les circonstances ne leur permettent pas d'abandonner leur résidence et de vivre dispersés. C. — Leurs pouvoirs d'administrer les Sacrements sont suspendus.
A. — Le R. P. Maxime, chargé par le Révérendissime de Terre Sainte de signifier à nos Ex-Jésuites la bulle qui supprime leur Ordre, arriva ici au commencement de mars. Le 24, suivant que nous en convinmes, je fis assembler dans la maison consulaire ces Religieux. Le commissaire s'y rendit. En présence de trois Pères de T. S., de deux Pères Capucins, de moi, du Sieur Luc Fronton, il exhiba ses ordres pour remplir cette commission. Il lut la Bulle du S^ Père, etc. Ensuite, il demanda s'ils s'y conformaient et reconnaissaient le Révérendissime pour leur Ordinaire. Ils répondirent affirmativement, oui. 11 leur dit quïl fallait qu'ils se séparassent, que chacun d'eux demeurât dans une maison étrangère et y prît ses repas, qu'ils eussent à lui remettre leur maison et effets.
B. — A la F® (ie ces propositions, je répliquai au P. Maxime que la maison que les Ex-Jésuites habitaient ne leur appartenait pas, que le bail depuis un longtemps, en était au nom des consuls de France, qu'en qualité d'aumôniers de la chapelle consulaire, ces missionnaires ne pouvaient en déloger ni manger en particulier
sans causer un scandale, même des avanies qui tendraient à compromettre la Religion : cette ville n'offrant pas comme celles d'Europe des commodités propres à ce genre de vie. Â IMgard de leurs effets dont il demandait de se saisir, je lui répondis que mon Souverain étant le seul qui eût le droit d'en disposer, en ma qualité de consul de France et des ordres que j'ai reçus de M. de S^-Priest, je m'opposais à une pareille démarche. Le P. Maxime parut se rendre à ces raisons sans s'en formaliser.
C. — Les Ex-Jésuites lui ayant demandé s^il pouvait leur donner les pouvoirs de continuer leurs fonctions, il leur dit afSrmativement : je n'en ay aucuns. Sur ce sujet, adressez-vous à Jérusalem. Alors ils lui répliquèrent : Nous allons nous soustraire à celles qui concernent les Latins, jusqu'à ce que le Révérendissime nous autorise à les continuer. Mais nous ferons usage pour les catholiques des autres rites des pouvoirs qui nous sont donnés par leurs Patriarches et Evêques. Sur cet exposé, le P. Maxime leur dit purement et simplement : Mon opinion est que vous ne pouvez vous servir de pareils pouvoirs. Je les considère comme illégales (illégaux). Après quelques entretiens, chacun se sépara.
Sur ce refus du P. Maxime d'octroyer aux Ex-Jésuites les pouvoirs de continuer leur mission, ils (se) sont adressés au directoire de Jérusalem. En conséquence, celui qui représente le Révérendissime, passé depuis quelques mois à Rome, avait, âous diverses conditions à qui les Ex-Jésuites se soumettaient, autorisé ce commissaire de les leur concéder. Mais par des motifs qui paraissent moins fondés que caractérisant l'empressement qu'ont les Religieux de la T. S. de voir ces ecclésiastiques expulsés du Levant, ce commissaire leur en ayant fait un second refus, ils viennent derechef d'en faire la demande à Jérusalem. Y sera-t-elle prise en considération? C'est ce dont je doute.