‹ Documents inédits pour servir à l'histoire du christianisme en orient [XVIe-XIXe siècle];Chapitre 9 sur 113 · Le P. Deschamps, Jésuite, m'avait extrêmement solli · texte numérisé non relu

Le P. Deschamps, Jésuite, m'avait extrêmement solli

(1) Voir cette protestation signée du R. P. «F. Archangelo di Maltaj guardiano e unrato », (ibid. au f. 25). Voici son sens : Les PP. Franciscains ont une double crainte : crainte d'avanie» parce que dans cette église avait été chantée la prière musulmane, il y a un demi siècle ,' et crainte de se voir privés de la chapelle consulaire.

(2) Le P. Lardizaval, procureur de Terre-Sainte, avait pi'ésentô à TAmbassadeur une requête pour redemander cette église.

(3) Voir au Ministère de la Marine, {B\ 56 f. 243 et 27G), les lettres du

cité pour obtenir ragrandissement de l'église des Maronites d' Alep. Mais je n'ai point trouvé à propos d'en parler à Ândrinople, dans le temps que j'avais beaucoup d'autres choses à demander plus importantes à la gloire du Roi et au commerce. C'est une grâce que j'aurai même de la peine à obtenir dans la suite, parce qu'elle est directement ciîhtraire à la loi mahométane et qu'elle ne regarde point les Français.

MÉMOIRE DES Maronites de Chypres

le 1 juillet 1686. (1) ( Ibid. 7165. ( 3° du journal ) f. 7. )

25. — La pauvre nation catholique, apostolique et Romaine des Maronites habitant dans l'île de Chjpres, composée de 150 personnes, supplie très humblement V. E. de lui être favorable pour la délivrer des tyrannies qu'elle souffre des Turcs et des Grecs, dans les villages qu'elle habite, qui sont huit, nommés Cormaggidi, Carpaggia, Sumatu, Cambilli, Vno, Clevini, Santa-Maria et Crusida. Il faut observer que cette nation était ci-devant composée de 500 personnes payant le karache à 4 piastres chacun, et que n'étant aujourd'hui que de 150, tant à cause que plusieurs sont morts, que d'autres ont fui pour éviter la tyrannie, le receveur du karache veut qu'ils paient pour les morts et les fugitifs, dont ils demandent d'être dispensés, et qu'en payant le karache pour le nombre de 150 qui habitent aujourd'hui à Chypres, ils ne soient point molestés.

26. — Les évêques, prêtres et diacres de la dite nation, venant du mont Liban à ChypreSt on leur a fait payer le karache, quoique cela ne se pratique en aucun autre lieu ; l'évêque Grec de

Roi aux Pachas de Jérusalem» Caire, Smyrne, Seyde, Chjpres, Candie, Alep et Salonique, recommandant le sieur Dortières, « envoyé pour établir Tordre et la police parmi les marchands Français qui trafiquent dans le Levant. » Elles sont datées du 15 août 16R5.

( 1 ) A cette date, l'Ambassadeur écrit dans son Journal : « Les députés des Maronites de Chypres, en faveur desquels le Consul m*avait écrit, étant arrivés ici, m*ont rendu quelques lettres et présenté un Mémoire touchant ce qu'ils avaient à demander à la Porte. 0

Chypres exige, sans aucun droite de Tévêque Maronite et de chaque église de leur rite, 40 ou 50 piastres par an.

C'est pourquoi on a recours à V. E. pour obtenir que les évêques et les prêtres soient dispensés du karache, que l'évêqueGrec n*ait aucune juridiction et ne puisse rien exiger des Maronites ni de leurs églises, puisqu'ils ont leur patriarche et leur^évêques catholiques, qui ne doivent point être assujettis à célébrer l'office suivant le rite Grec, puisqu'ils sont soumis à l'Eglise Romaine. (1)

L'Ambassadeur au P. Deschamps a Alep Constantinople, le 11 Juillet 1686

( Ibid. f. 142 V. )

27. — Les difficultés qu'on m'a faites pour le bâtiment de votre église de Galata me font désespérer de pouvoir obtenir l'agrandissement de l'église des Maronites d'Alep. Cependant je crois que les commandements qu'on m'a accordés, depuis peu, en faveur de ceux de Chjrpres, leur pourraient être avantageux, et s'ils en veulent de semblables, vous n'avez qu'à me l'écrire. Je vous en enverrai par la P occasion les copies, afin de vous donner lieu de procurer quelque avantage à ces bonnes gens que vous aimez tant. Il ne leur en coûtera que six à sept piastres pour chaque commandement. (2)

(1) Le 3 juillet, rambassadeur écrivait à Saavan, Consul à Cbjpres : (ibid. f. 13): «Les deux prêtres que vous m*avez adressés sont arrivés ici, et je ferai mon possible pour leur procurer la satisfaction qu'ils désirent. »

(2) Voici ce que d'Arvieux écrit, à cette époque, sur la valeur des piastres {BihL Nat Mss. Fr, 7164. f, 146 v.) : « Ils [les Marchands ] portent des piastres ou réaies d'Espagne du grand poids, qu'on change à Alep avec quelque profit contre une monnaie au coin de Hollande, qu'on appelle abouquelb, ou père chien, à cause qu'eUes sont marquées d'un lion, avec lesquels on y fait tout le commerce. Ces réa^es ou piastres de réaux sont recherchées par Ifîs marchands Indiens, Persiens et Arméniens.»

Dans un Mémoire de 1686 ( Ministère des Affaires Etrangères^ Correspon" daire Consulaire d'Alcpy Carton \)^ je trouve encore les renseignements suivants sur la valeur correspondante des monnaies :

Seguin Vénitien d'or valant L. 7 — 10

Abouquelb, écu de Hollande o 3

Seguin d'or du pays » 6 — 15

Medin, petite monnaie d'argent » 1

Aspres, la plus petite monna'e d'argent — 2:6

Cf. aussi le T. I des Docvments, p. 508 et 571.

L'Ambassadeur au P. Boisot, Jésuite

Constant inople, le \Q juillet 1686

( Ibid. f. 141 V. )

28. — Le procès de MM. Arvieux et Julien est renvoyé devant M. Morant, intendant de la Province, qui les jugera sans passion.{l)

29. — Je ne conseillerai jamais à vos Maronites de tenter d'obtenir par l'argent l'agrandissement de leur église ; et je l'obtiendrai plutôt, dans quelque occasion favorable, pour dix écus, que d'autres ne feraient pour des sommes très considérables. Comme le P. Deschamps est chez moi le protecteur des Maronites, je lui rends compte de ce que j'ai fait pour ceux de Chypres, et je lui offre d'obtenir de semblables avantages pour ceux d'Alep.

L'Ambassadeur a Julien, Consul a Alep

Constant inople, le 22 novembre 1686

( Bibl. Xat. Mss. Fr. 7165, f. 146)

30. — Je n'avais pas prévu que les religieux de Terre-Sainte dussent faire difficulté de rentrer en possession d'une église, dont ils avaient été privés dans le temps que les Turcs ont déclaré la guerre aux Vénitiens pour attaquer le royaume de Candie, et par cette raison, je ne vous avais point marqué, en vous envoyant le commandement, par qui devaient être supportés les frais de son enregistrement, ne doutant point que ces religieux n'en fissent fort volontiers les avances. J'ai déjà été remercié de la part de leur Général, qui est à Rome, du bien que je leur avais procuré, et les religieux du même ordre, qui sont ici, ne peuvent comprendre quel peut être le motif du supérieur d'Alep pour former les difficultés qu'il fait. Le R. P. Lardizaval, leur procureur général, leur écrit aujourd'hui et au supérieur de Hiérusalem pour faire rendre incessamment la somme qui a été déboursée par le sieur Urtis.

Toutes les objections qui ont été faites tant de la part du Père

(1) I^ jugement de l'Intendant se trouve dans les Mémoires d'Arvieux T. VI, p. 574. Il est contre Julien.

Archange de Malte que des Députés de la Nation, qui me marquent appréhender la suite de cette affaire, et qu'elle ne donne lieu un jour à des avanies, ne m*ont point fait changer de sentiment ; et j*estime que rien ne peut être plus utile, pour remettre la paix entre tous les missionnaires d*Alep, que le rétablissement de cette église, et rien de plus conforme à la piété du Roi, et qui fasse davantage paraître sa puissance, que de faire rétablir une église qui a appartenu à la République de Venise, et qu'elle n'a pu obtenir par le traité de paix conclu avec la Porte en 1669. Le Vizir n'a point ignoré que cette église ait été profanée par le cri du muhesin^ mais il a su aussi que les Turcs n'en ont point fait une mosquée, et qu'elle a toujours servi de magasin. Vous devez être persuadé, et tous les marchands aussi, que la puissance de Sa Majesté étant aussi connue et aussi redoutable qu'elle l'est, les officiers de la Porte se donneront bien de garde de rien entreprendre qui puisse la choquer, et de lui contester une grâce qui lui a été accordée.

Vous devez prendre soin à l'avenir de vous conserver la protection de cette église, quand même les Vénitiens retourneraient à Alep, au cas qu'ils fassent la paix, puisque, outre que le Roi est généralement protecteur de toutes les églises du Levant, il s'est acquis un droit particulier à l'égard de celle-ci, qu'il a fait rétablir après l'abandpnnement des Vénitiens.

Je ne souhaite point qu'il se fasse de procédure, à cette occasion, contre les religieux de Terre- Sainte. Ils connaîtront d'euxmêmes leurs avantages et se mettront en état d'en jouir avant que j'aie reçu les ordres que j'attends du Roi et de la Cour de Rome, que je saurai bien faire exécuter, s'ils sont encore en demeure. Cependant je suis d'avis qu'ils continuent à célébrer la messe dans votre chapelle jusqu'à ce qu'ils aient le loisir de faire les réparations dans la dite église et de la mettre en état d'y célébrer l'office divin (1).

(1) Au folio 109 du même vol. se trouve la requête où les Députés de la Nation Franvaise exposent leurs craintes d'avauies. La providence épargna cette épreuve aux missionnaires.

L'Ambassadeur au P. Boisot, Jésuite Constantinople^ le 23 novembre 1686

(Ibid. f. 155)

Après avoir résumé sa lettre du 22 novembre au Consul Julien, et prié le Père de mettre la paix entre le Consul et les marchands, l'Ambassadeur ajoute :

31. — Je ne puis m'empêcher de me réjouir avec vous sur le bonheur que j'ai eu d'obtenir enfin la permission de faire construire une voûte à votre église de S. Benoît à Galata, et d*y faire autant de fenêtres qu'on jugera à propos. Le Roi a ordonné 1000 1. à vos Pères pour contribuer à la dépense.

32. — Le pauvre Père Clément étant mort, il j a quelques jours, de la peste, a obligé vos Pères à se disperser chez des amis, et le R. P. de Guillj, supérieur, est resté seul dans la maison.

L'Ambassadeur au Roi Constant inople, le 13 février 1687

( Ministère des Affaires Etrangères, Corresp. Diplom.

Turquie : T. XIX, f. 40)

33. — Les religieux Observantins d'Alep s'étaient résolus à remettre la chapelle consulaire aux seuls Jésuites, sur le consentement que j'avais prêté qu'ils y continuassent leurs fonctions curiales pendant trois mois, que j'ai cru leur pouvoir accorder pour faire leur établissement dans leur ancienne église. Ainsi j'espère que V. M. agréera que je diffère pendant ce temps-là à leur faire connaître l'ordre qu'il lui a plu de m'adresser et que je ne m'en serve qu'en cas de désobéissance.

L'Ambassadeur au Roi

Constantinople, le 5 mars 1687

( Aff. Etr. /. c. T. XÏX, f. 64)

34. — Le Patriarche des Suriens d'Alep, nommé Ignace- Pierre, qui reconnaît l'Eglise Romaine, et comme très bon catho-

lique, est depuis longtemps sous la protection de Votre Majesté, qui a bien voulu lui accorder une pension, ayant été dépossédé^ par ordre duVizir, qui avait mis un schismatique à sa place, j*ai obtenu son rétablissement et l'ai fait confirmer pour toute sa vie par un commandement très précis du Grand Seigneur, qui m'a été délivré par le Çaïmacam, après en avoir écrit au Vizir. Les Pères Jésuites et le.v> autres missionnaires d'Âlep m'avaient marqué son zèle et l'avantage qu'en reçoit leur mission, parce qu'il n'institue aucuns évoques el; n'ordonne aucuns prêtres qui ne soient véritablement catholiques et capables d'enseigner la pureté de la religion aux peuples qui sont soumis à leur juridiction spirituelle.

Le Patriarche Grec Athanase a l'Ambassadeur

Alep, le 10 avril 1687

( AfF. Etr. /. r. T. XIX, f. 121)

35. — Si j'avais cru n'être pas connu de Votre Excellence, et qu'elle eut douté de ma foi, dont tous les religieux Francs en ce pays sont pleinement informés, sans doute que j'aurais prévenu la nette demande que vous me faites dans votre lettre, qui m'a été rendue ici par le supérieur des Pères Jésuites missionnaires d'Alep. Dès mon enfance, ayant été élevé à la catholicité à Damas, par les dits Pères Jésuites, dont j'ai été l'écolier et le disciple, je ne m'en suis jamais éloigné par la grâce de Dieu ; et l'on m'a toujours jugé si fortement attaché à la vraie foi, que les Pères de Terre-Sainte, qui la soutiennent avec beaucoup de zèle en ces quartiers, ne m'ont pas jugé indigne de la dignité que je possède, ainsi que M. Jean- Marie [ Maunier ], qui est à Constantinople, pourra vous en rendre témoignage. Depuis quelques mois, j'ai envoyé par ceux-là mêmes ma profession de foi à Rome, pour être présentée à Sa Sainteté ; et aujourd'hui, je l'envoie à V. E. dans un papier séparé que vous trouverez joint à cette lettre : ce que je fais d'autant plus volontiers que vous avez désiré cela de moi, et que je n'ai rien plus à cœur que d'être reconnu, devant Dieu et devant les hommes, pour ce que je suis, à savoir vrai catholique, suivant en tout la doctrine et les décisions de l'Eglise Romaine, dans la communion de laquelle je veux vivre et mourir.

36. — Après cela, qu'il me soit donc accordé, Mgr, comme je TOUS en prie, d*étre sous la protection de l'invincible Empereur de France, d'y recourir quand j'en aurai besoin, et d'en ressentir les glorieux effets, en m'adressant à vous, son très digne ministre et ambassadeur. La grâce que je vous demande présentement est de faire observer mes ennemis, qui sont les ennemis déclarés de TEglise Romaine, et de les empêcher de me détruire et de me nuire à la Porte Ottomane, où il parait que tout vous est aisé, par la puissance du grand Monarque dont vous représentez la personne^ par votre prudence consommée dans les affaires, et par le crédit que votre rare mérite vous a acquis en cette cour.

Je prie Dieu qu'il comble votre haut et puissant Empereur et son illustre ministre à la Porte de ses plus spéciales bénédictions, pour cette vie et pour l'autre, et qu'il me donne lieu de marquer à V. E. l'affection avec...

( Sceau et signature en grec et en arabe )

Profession de foi du Patriarche Athanase.

37. — Je, soussigné, reçois, crois et confesse tout ce que l'Eglise catholique, apostolique et Romaine reçoit, croit, confesse et enseigne, et en particulier ces articles suivants, conformément à la doctrine et aux décisions de la dite Eglise, assemblée au Concile de Florence :

P Le S* Esprit procède du Père et du Fils, en unité de principe.

2^ Il y a un purgatoire, où les âmes de ceux qui meurent sans avoir satisfait pleinement pour les peines dues à leurs péchés et redevables à la justice divine, souffrent et endurent, et sont soulagées par les prières et autres bonnes œuvres des fidèles.

3^ Le Pape est le vicaire de Jésus-Christ en terre, le vrai et légitime successeur de S^ Pierre et le chef de l'Eglise Universelle.

4^ L'on consacre validement dans les azymes et dans le pain levé.

5^ Les âmes des saints jouissent de la gloire immédiatement après leur mort. (1) [Sceau et signature )

( 1 ) Sur C6 patriarche redevenu plus tard hérétique, cf. nos Documents T. I, p. 546 etc.

L'Ambassadeur au Roi Constaritinople^ le 22 avril 1687

( Aff. Etr. Turquie. T. XÏX, f. 147)

38. — Je supplie très humblement Votre Majesté de me permettre de lui dire que sur la nouvelle que j'ai eue du parfait rétablissement de sa santé, j'ai fait assembler, le 7 de ce mois, tout le clergé catholique de cette ville, et qu'après une messe célébrée pontiflcalement par l'évêque de Spiga, vicaire apostolique et pensionnaire de V. M., qui a prononcé un discours sur ce sujet, et avoir fait chanter le Te Deum, j'ai fait une fête et réjouissance publique avec le plus de splendeur et de magnificence qu'il m'a été possible dans un pays aussi dénué de toutes choses que celui-ci ; et que, nonobstant le peu de disposition que la Cour Ottomane a présentement à approuver les démonstrations de joie, le G. Seigneur a agréé que je marquasse la mienne par des illuminations, des feux d'artifice et le bruit du canon des vaisseaux Français et de deux cents boîtes placées dans une cour, dont les décharges ont commencé à la pointe du jour, et continué pendant le Te Deiim et le repas, où ont mangé plus de 1200 personnes de toutes nations et religions, dont ma maison a été remplie jusqu'au milieu de la nuit.

39. — Cette fête, à laquelle a assisté un archevêque Arménien, député par le patriarche universel de cette nation, dont le siège est en Perse, pour visiter toutes les églises de son rite, a engagé ce prélat à s'instruire des véritables dogmes de l'Eglise Romaine, de manière que par les soins de notre évêque et des Pères Jésuites, il a fait sa profession de foi canonique entre les mains du dit évêque, et officié pontiflcalement avant-hier dans ma chapelle, avec quantité de prêtres Arméniens, qui ont tous suivi son exemple pour se soumettre à l'Eglise Romaine et abjurer leur hérésie, en sorte que tout le peuple qui leur est soumis, les voulant imiter, vient en foule pour se faire instruire et se convertir.

40. — VExaudiat et les prières ordinaires pour la conservation de V. M. ont été traduites en Arménien et chantées publiquement ce jour-là, par un nombre infini de sujets du G. Seigneur, qui vous ont reconnu pour le plus puissant et l'unique Protecteur de la foi.

Je vous avoue^ Sire, que cette circonstance m'a donné une joie

«{ue je ne puis exprimer à V. M., parce qu'elle me fait espérer que

sa piété triomphera de Thérésie dans le Levant, comme elle a fait

en France , et que j'aurai occasion de contribuer à ce grand

ouvrage.

Extraits de la Liste des Commandements

Obtenus par M. de Girardin

( Bibl. Nat. Mss. Fr. 7165, f. 85)

L'Ambassadeur écrit en date du 15 juillet 1686 : Le 15, on m'a donné quatre commandements en faveur des Maronites de Chypres :

41. — P, Commandement adressé au Cadi de Famagouste pour empêcher que le Pacha de Chypres ne fasâe payer 5 piastres à chaque Maronite, au lieu de 3/4 de piastre qu'ils avaient coutume de payer.

42. — 2^, Un autre à ce que les patriarches, métropolites et évêques Grecs n'aient aucune juridiction sur les évêques Maronites, et ne puissent faire aucune taxe sur eux et sur leurs églises.

43. — 3°, Et le 3®, à ce que les Maronites de Chypres ne paient leur karache que sur le pied du nouveau registre, et qu'ils ne puissent être contraints de payer d'autres impôts que ceux qui seront portés par le commandement de la Porte.

44. — 4^, A ce que les évêques, prêtres et religieux Maronites habitant à Chypres ne paient point de karache ou autres impôts.

45. — Le plus important des commandements est celui qui soustrait les prêtres et les églises des Maronites de la juridiction des évêques Grecs, qui les obligeaient de faire le service et de célébrer les fêtes selon le rite de l'église Grecque.

Liste envoyée en 1688 ( Aff. Etr. Turquie. T. XXL f. 81 )

46. — Un commandement autorisé d'un Khatchérif du G. Seigneur, adressé au Pacha et au Cadi de Seyde et Barut, à ce que les Français, en payant la douane à raison de trois pour cent, ne puissent être obligés de payer le droit appelé douane d*or, ni celui du poids nommé mi'^A/e^i/^ ; qu'on soit obligé de leur donner quit-

tance de la douane, afin qu'ils ne soient pas tenus d'en payer une nouvelle à Acre ; qu'on ne leur fasse pajer que trois cents aspres pour le droit d*ancrage, au lieu de vingt cinq piastres qu'on en exigeait ; qu'on ne puisse forcer les Consuls à faire aucuns présents, et qu'on se contente de ceux qu'ils offriront volontairement ; qu'on sera tenu de recevoir des 'marchands les monnaies courantes pour le payement de la douane sans les obliger à la payer en piastres sévilliennes ; qu'on ne pourra emprisonner les marchands ni les interprètes ; et puis, faisant défense d'exiger les cinq cents piastres qu'on prenait annuellement pour laisser la liberté des églises, ordonne la restitution de ce qui a été reçu sous ce prétexte, et généralement de tous les droits qui ont été exigés au-delà de ce qui est porté dans les Impériales Capitulations.

47. — Un commandement adressé au Pacha et au Cadi d'Alep, à ce que les religieux Observantins de S^ François soient remis en possession de Téglise qu'ils ont eue autrefois, et qui sert à présent de magasin aux marchands Francs.

48. — Un commandement qui ordonne au Pacha du Caire de permettre à Antoine Villard d'acheter, encore cette année, quatre mil ardebs de ris., et vingt cinq mille quilets de blé pour les transporter en France, au prix courant.

49. — Autre commandement au Pacha du Caire, qui lui ordonne de faire restituer 700 piastres qu'un nommé Aly Effendi a exigé d'un vaisseau Français pour lui permettre de charger du ris pour Constantinople, et 250 piastres que l'Aga de la douane d'Alexandrie a aussi prises pour le même sujet.

50. — Autre commandement au dit Pacha du Caire à ce que le Consul Français ne soit tenu de payer la douane des choses qu'il fait venir pour faire des présents, ni aucun droit pour le vin qu'il fait entrer pour sa provision et celle des marchands.

51. — Autre commandement au dit Pacha du Caire à ce que les corsaires de Barbarie ne puissent vendre, dans l'étendue de son gouvernement, des Français comme esclaves, et que ceux qu'ils y ont vendus soient mis en liberté.

52. — Autre commandement au dit Pacha de Caire qui sup* prime le droit de samsara qui se perçoit à Boulac, et est de 25 piastres pour le Consul, et d'une piastre pour chaque Français, à

leur arrivée, et qui supprime aussi le droit qu'il fallait payer pour avoir la permission d'ensevelir ceux qui mouraient au Caire. (1)

(1) Sur les Maronites de Chypres et leur état actuel, ef* Tintéressante Relatton du R. P. Pierre Ghaleb, dana le Bulletin du Séminaire Oriental de Beyrouth (19(»8), p. 54-63.

— Voici la description de l'église des Maronites d'Alep en 1680 ( Yxe de Piequet, p. 328) : « Elle est fort petite, et la seule où il soit permis aux misâionnaires de prêcher. Comme celles des Grecs et des Arméniens n'ont qtL*une même cour avec celle des Maronites, c*est heureusement pour ces deux nations une occasion prochaine de parvenir à la connaissance de la vérité^ parce que la chaire est placée auprès d^une fenêtre, d*où ceux qui sont dans la cour, et même dans ces deux églises, peuvent voir, ou du moins entendi*e le prédicateur. »

— Nous extrayons du Voyage au Levant de Corneille Le Brun, Hollandais, ( Paris 1714) quelques détails relatifs à son passage au LibaA, à Alep et k Chypres :

Nous arrivâmes à Cannobin... [janvier 1682] C*est ici que demei^re le patriarche d*Antioche, et sa juridiction s'étend par tout ce pays et toiit le long de la c«>te, sur tous les chrétiens Maronites. Celui qui était revêtu de cette dignité lorsque j*y passai était une personne de mérite et fort civile ; il B'appelait Stephanus Petrus, et parlait fort bien l'italien, parce qu'il avait étudié quatorze ans à Rome ... Dans le voisinage et aux environs' de ce cloftre de Cannobin, se tient dans la montagne un herraite qui est Français de naissance. Pendant que je demeurais à Tripoli, il venait quelquefois manger dans la maison où j'étais logé. Les marchands lui donnaient de temps en temps les choses dont il pouvait avoir besoin ; entre autres choses, il demanda un jour un fusil pour se défendre contre les loups et les autres bêtes dangereuses, dont il y a beaucoup dans ce lieu-là ; aussi le lui donnat-on.

Sa demeure ordinaire était une grotte delà montagne. C'était un homme fort civil et honnête, et pouvait avoir cinquante ans. Depuis qu'il s*était retiré dans cette solitude, il était retourné plusieui*s fois dans son pays, et à tontes les fois qu'il en revenait, il apportait toujours quelques raretés dont il faisait présent au patriarche, qui de son côté lui donnait tout ce dont il avait affaire et qu'il lui demandait...'» ( 1 ) (p. 305 et 308).

a Nous arrivâmes à Alep huit jours api*è8 que je fus parti de Tripoli. ( mai 1682). J*allai aussitôt au logis de Messieurs Conrad Kaleherner et J^an Va/i Bobbert^ pour qui j'avais des lettres de recommandation... Cette ville est il^an très grand commerce, parce qu*on y amène tant de l'orient que de toute

(1) Le P. François, Piémontais(?). Ct Voyage de Syrie et du Li^an, par M, de la Roque, (t'aris 1722) T. 1, p. 63...

rEui*ope toutes sortes de marchandises, tant par mer que par terre, et que de là ou en envoie aussi par tout le monde.

Autrefois il fallait que tous les marchandises de la Perse et des Indes orientales passassent par là. Mais depuis qu*on a découTert le chemin des Indes par mer, Alep et toutes les autres villes marchandes et places maritimes qui sont sous l'empire du Grand Seigneur ont fait une pei'te considérable par rappoi*t au commerce. Les principales marchandises, dont on trafique à Alep et qu'on envoie de là de tous côtés, sont des soies de Perse, des noix de gales, des pistaches, des drogues médicinales.

Le plus grand nombre des Européens qui demeurent dans cette ville est des Français ; après eux, ce sont les Anglais, qui j font un grand commerce, et qui j sont les principaux ; aussi y ont-ils un Consul, de môme que les Vénitiens. Il y a à présent deux maisons de négoce de la nation Hollandaise. Celle où je me trouvai logé est une des plus considérables de tout Âlep par rapport au commerce. Notre nation s'était mise dans ce temps-là sous la protection du Consul Français, M^ Laurent d'Arvieux. C*est une personne fort civile, de qui j'ai reçu toutes sortes de bon offices. Il parlait et écrivait en huit langues différentes... il portait, à la manière du pays, une longue barbe, et il avait également Testime et Tamitié des turcs et des arabes, aussi bien que des chrétiens. ( p. 333).

Nous vînmes jeter l'ancre devant Salina (Chjpres), où étant descendu à terre, je m'en allai à Larnaca... J'allai incontinent au logis de Bal t basa r Sovan, Consul de la nation Française, et qui exerce aussi la même charge pour les Anglais et pour les Hollandais. Comme j'avais de bonnes recommandations aupi*è8 de lui, j'en reçus les mêmes civilités que j^avais reçues de tous ceux de ce caractère.. ( p. 373).

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