PROTECTORAT ET QUESTIONS D'EGLISES
Maronites d'Alep et de Chypres
SOMMAIRE
1686 : 26 janvier. V Ambassadeur au P, Boisât s. ;.: — i. Q.uerelle entre le Consul d'Arvieux et son successeur Julien. — 2. L'Ambassadeur désire connaître l'état des missions, pour mieux travailler au progrès de la Foi. — 3. Il faut travailler à la conversion des Français hérétiques établis à Alep.
16 février. Julien, Consul d'Alep, à V Ambassadeur : 4. Efforts pour la conversion de deux Français hérétiques.
ly février. Boisots.j. à l'Ambassadeur : 5. Tristes effets de la querelle entre les deux Consuls d'Alep. — 6. Fruits consolants de la mission d'Alep et zèle du patriarche Syrien catholique. — 7. Le missionnaire implore la protection de l'Ambassadeur en faveur de ce patriarche. — 8. Le patriarche Grec est schismatique et peu favorable aux catholiques. Le grand nombre des convertis de Damas l'irrite. — 9. Les principaux Arméniens d'Alep ont quitté leur hérésie. — 10. Attachement des Maronites à l'Eglise Romaine ; leur ignorance ; leurs supplications pour l'agrandissement de leur église. —
11. Insuccès du missionnaire auprès des deux hérétiques Français.
— Récit de l'Ambassadeur, relativement à Véglise des Maronites d'Alep :
12. Eloges que fait le P. Deschamps s. j. des Maronites d'Alep, et ses instances en faveur de l'agrandissement de leur église. — 13. Supplique des Maronites ; leur nombre et celui des autres chrétiens et des missionnaires d'Alep (en note ). — 14. Difficultés de l'entreprise ; refus du grand Vizir en 1677. — 15. Raisons de cette politique et influence néfaste des drogmans Grecs de la Porte. (En note : Portrait de Maurocordato.^
10 mars. L'Ambassadeur au P. Boisot s. j. : 16. Délai laissé aux hérétiques. — 17, Espoir pour l'agrandissement de l'église Maronite. (En note : commandement pour le rétablissement de l'église des Franciscains d'Alep ; les maisons religieuses du ressort du Consulat Français de Saïda et du Consulat d'Egypte, à k même époque ; zèle des missionnaires).
^ mai. Mémoire du Consul de Chypres sur les Maronites : 18. Villages habités par les Maronites ; protection que le Consul leur accorde contre les Grecs. — 19. L'église de Nicosie appartenait aux Maronites. — 20. Elle a
passé régulièrement entre les mains des Observan tins. — 21. Zèle de ces missionnaires.
4 mai. Le Consul de Chyprcs à V Ambassadeur : 22. Il recommande les Maronites allant à Constantinople demmder protection contre l'oppression des Grecs.
juin. Le P. Boisot s.j, à l'Ambassadeur : 23. Espoir en faveur des Maronites. La question de l'ancienne église des Franciscains d'Alep.
j juin. L'Ambassadeur à d'Ortïères : 24. Difficultés pour obtenir ce que les Maronites demandent. (£« note : mission de d'Ortières).
/ juillet. Mémoire des Maronites de Cïjypres : 25. Leur nombre et les noms des villages qu'ils habitent. On leur fait payer le Karage pour les morts. — 26. Exigences intolérables des Grecs à leur endroit. (£"« note: l'Ambassadeur promet de Its protéger).
ly juillet. LAmbajsadcur au P. Deschamps s. j. : 27. Les commandements obtenus en faveur des Maronites de Chypres pourraient être utiles à ceux d'Alep : {En note: Prix comparatif des différentes monnaies d'alors).
79 juillet. — Au P. Boisot s. /. : 28. Le procès d'Arvieux et Julien. — 29. Que les Maronites ne tentent pas d'obtenir par l'argent l'agrandissement de leur éj:lise.
22 fiovembre. — A Julien: 30. L'égiise des Franciscains d'Alep, devenue un magasin, est rendue à ses anciens propriétaires. Elle doit rester sous le protectorat du Roi de France.
2) novembre. — Au P. Boisot s. j. : 31. Commandement obtenu en faveur de l'église S' Benoît de Galata. — 32. Mort du P. Qément s. j.
1687 : li février. — Au Roi : 33. Retard apporté à l'exécution des ordres du Roi, relativement à la chapelle consulaire d'Alep.
J mars. — Au Roi : 34. Commandement obtenu en faveur du patriarche Syrien catholique.
10 avril. Le patriarche Grec Athanase à l'Ambassadeur : 35. Il se déclare catholique sincère, et veut être reconnu pour tel. — 36. Il demande à être sous la protection du Roi de France. — 37. Sa profession de foi catholique.
22 airil. L'Ambassadeur au Roi : 38. Fêtes célébrées par l'Ambassadeur pour le rétablissement de la santé du Roi. — 30. Conversion d'un évoque Arménien. — 40. Le Roi de France, protecteur de la Foi.
1686*1688. — Commandements obtenus par V Ambassadeur : /^i-^^. En fiveurdes Maronites de Chypres. — 46. En faveur des marchands de Saïda, Acre etc. relativement à la douane et aux présents que réclament les gouverneurs. — 47. En faveur de l'église des Franciscains d'Alep. — 48-50. En faveur du commerce en Egypte. — 51. Défense de vendre des Français comme esclaves. — 52. En faveur du commerce en Egypte.
GiRARDIN, AMBASSADEUR DB FRANCE A CoNSTANTINOPLE
AU P. BOISOT Supérieur de la Mission de la Compagnie de Jésus à Alep.
Constantinople, le 26 janvier 1686
(Extraits du Jounial de M^ Girardin, Bibl. Nat. Mss. Fr. 7163.
2\ II du Journal, f. 114).
-1. — Mon Révérend Père. Comme il est important pour faire cesser les différends qui sont entre MM. Julien et Arvieux et établir la tranquillité et la bonne intelligence entre les marchands Français d*Alep, qu'une ordonnance, que j'ai rendue sur ce sujet, soit rendue publique dans une assemblée de toute la nation, j'ai cru que je ne pouvais mieux faire que de vous adresser le paquet ci-joint, que je vous prie de remettre entre les mains de M. Julien, Consul, et des députés de la nation, auxquels j'en ai fait l'adresse, et je vous prie de leur dire que, sous la première enveloppe, ils trouveront un billet par lequel je leur marque mes instructions sur ce qu'ils doivent faire avant d'ouvrir le second paquet. Vous me ferez plaisir. Mon très Révérend Père, de m'informer de quelle manière la chose se sera passée, et des suites que pourraient avoir les différends des deux Consuls, quoique je sois persuadé que j'ai pris toutes les précautions nécessaires pour les empêcher. (1)
2. — Je recevrai aussi avec joie les nouvelles que vous me donnerez de l'état de vos missions, et de la conduite des Français qui sont sous votre direction spirituelle, afin qu'à l'exemple de la grande piété du Roi, je puisse contribuer, en tout ce qui dépendra de moi et de mon ministère, au maintien et à l'augmentation de la véritable religion.
3. — J*ai écrit au sieur Julien et aux députés de la Nation touchant les Français hérétiques qui peuvent se trouver à Alep, et
(1) Ces différends avaient lieu presqu^à tous les changements de Consul^ au grand préjudice du prestige de la France. Voir sur celui dont il s'agit ici« le récit du Consul d*Arvieux dans ses Mémoires, édités par Labat (1735) T. VI,' p. 547 etc.
leur ai ordonné de les renvoyer en sûreté en France, suivant les ordres de Sa Majesté, — qui a entièrement détruit Thérésie dans son royaume et fait démolir tous les temples, — s'ils sont refusants de se convertir dans un mois. C'est à tous à travailler à cette con* version et à les exhorter à suivre l'exemple de tous les autres Français qui ont reconnu la vérité.
Julien, Consul de France a Alep, a l'Ambassadeur
Aiep^ le 16 février 1686.
( Ibid. f. 326)
4. — Je fis hier tenir une assemblée au sujet du sieur Philibert, marchand, et son neveu Clock (1), de la religion protestante réformée. Je les assemblai avec le R. P. Boisot, Jésuite, et j'espère que si on les cultive doucement, l'on pourrait les résoudre à une conversion. C'est un cadet de maison de Lyon qui n'attend que l'avènement de ses parents pour se déterminer, et cela fait qu'il demande du temps.. J'ai prié le P. Boisot d'en prendre soin, et je ménagerai diverses conférences entre eux.
Le p. Boisot,. Jésuite, ▲ l'Ambassadeur Alep, le 17 février 1686
( Ibid. f. 327)
5. — Je dois vous dire que la justice de votre ordonnance vous a fait ici beaucoup d'honneur. Les chrétiens et les Turcs, à qui tout le passé avait inspiré du mépris pour notre nation, ont reconnu, parce que vous avez fait, que nos lois ne souffraient ni l'injustice ni la violence. Il eut été à souhaiter que les ordres de V. E. fussent arrivés plutôt de quelques jours. Ils auraient sans doute arrêté l'entreprise du nouveau Consul contre l'ancien. M. Julien ne se serait pas apparamment avisé de faire rompre la porte intérieure de la chambre et du cabinet du sieur Arvieux, de visiter, de lire les lettres et les papiers qu'il y a trouvés, de se saisir de ceux qu'il
(1) Nommé ailleurs da CJob.
voulait avoir, et de faire murer, après cette expédition, deux portes qu'il avait fait sceller dès le commencement de la querelle. Cette action a fait grand éclat dans le pays. Elle a fait perdre au sieur Julien, dans Tesprit des officiers Turcs, l'estime qu*un Consul de France y doit avoir, et je ne sais comme il pourra la rétablir et se soutenir....
6. — J'ose dire à V. E. que nos missionnaires ont ici de grands succès, par le zèle et l'autorité du patriarche Surien catholique qui nous soutient en se déclarant hautement pour l'Eglise Romaine. La considération qu'il a pour tous les missionnaires nous donne lieu d'attirer à la vérité le reste de sa nation qui ne l'a encore connue. Il est sûr que tant qu'il sera maintenu dans son siège patriarcal, nos missions seront très florissantes, et nous serons à couvert des tempête?^ que nous excitait son concurrent.
7. — Je crois que le sieur Jean-Marie, frère de MM. Maunier qui sontici si zélés pour la religion et pour la gloire du Roi, aura éclairci à V. E. l'afi'aire du concurrent au patriarcat Surien, et qu'il lui aura fait connaître l'importance qu'il y a de rompre les entreprises que cet hérétique fait à la Porte pour se rétablir dans le siège patriarcal. J'implore à cet effet la protection de V. E. dont nous avons besoin pour affermir dans sa dignité un patriarche catholique, que le Roi même protège, en le gratifiant d'une pension annuelle.
8. — Le patriarche Grec n'a pas pour nous les mêmes considérations qu'a le patriarche Surien. Comme il demeure ferme dans son schisme, il souffre impatiemment ceux de sa nation qui se font catholiques, et les tourmente. Il n'ose pas éclater ici contre nous, parce qu'il craint le nom du Consul de France ; mais il se dédommage à Damas de ce qu'il ne fait pas à Alep. Le nombre des Grecs qui ont quitté leur schisme dans cette ville-là le surprend et l'irrite, de sorte que ne craignant point là l'autorité consulaire, les Jésuites, qui y sont, sont exposés à tout ce qu'il plaît à son zèle schismatique de lui inspirer pour nous inquiéter et nous détruire.
9. — Les Arméniens nous inquiètent moins que les Grecs, parce qu'ils n'ont point ici de patriarche, et que les principaux de leur nation ont quitté leur hérésie.
10. — Les Maronites sont ceux de tous les chrétiens du Levant qui ont pour nous plus de respect, et plus d'attachement à
rRglîse Romaine. Comme ils sont tous catholiques, ils reçoivent avec ardeur ce que nous leur disons pour les tirer de cette profonde ignorance dans laquelle la domination Ottomane les a jetés. Leur patriarche tient son siège à Canobine... Ils ont ici un archevêque fort zélé pour le salut de son peuple. 11 implore la protection de V. E. et son crédit à la Porte pour avoir la permission d'agrandir son église, en abattant la muraille qui la sépare d'une maison voisine qui appartient aux Maronites^ dans laquelle les femmes entreront pour assister aux prières^ sans être obligées, comme elles sont aujourd'hui, d'être dehors parmi la foule des hommes de différentes nations. Les Pères Benier et Deschamps expliqueront à V. E. les détails de cette affaire, dont le succès rendra sa mémoire éternelle dans ce pays, et en bénédiction parmi les catholiques.
11. — J'ai travaillé inutilement à la conversion des deux hérétiques Français qui sont ici...
Rbcit D£ l'âmbàssadbur
(ibid. f. 260)
12. — Le P. Deschamps, Jésuite, missionnaire destiné pour Alep, où il avait déjà demeuré longtemps, s'était embarqué avec moi en France pour revenir en Levant, et m'avait souvent entretenu, dans le passage, du zèle et de la piété des Maronites, qui sont vraiment catholiques et reconnaissent la primatie du Pape. Il désirait passionnément de leur pouvoir porter un commandement qui leur permit d'agrandir leur église, devenue trop petite pour contenir le grand nombre de ces peuples qui, étant descendus du mont Liban, s'étaient établis à Âlep. J'eus beau lui représenter qu'il était impossible de réussir dans son dessein, la loi Turque y étant directement contraire et s'opposant de la même manière à l'agrandissement des anciennes églises qu'à l'établissement des nouvelles, il fallut prendre un mémoire, à condition néanmoins que je n'en ferais point la proposition si je ne la trouvais pas à propos.
13. — Voici ce que ce mémoire contient : Les chrétiens Maronites n'étant, il y a environ cinquante ans, qu'un très petit nombre à Alep, on se contenta de leur donner pour lieu d'oraison une chambre dépendante de l'église des Arméniens, laquelle ne peut contenir que 40 à 50 personnes. Cependant, cette nation s'étant depuis peu augmentée par le grand nombre de ceux qui sont venus
du mont Liban, avec leurs familles, s*établir à Alep, où ils sont tous très utiles par leur travail en toutes sortes de métiers, et par les soies qu'ils y préparent, elle est aujourd'hui de plus de 4000 àmes(l), ce qui fait que leur église n'étant pas assez spacieuse pour en contenir la moindre partie, on demande qu'en considération qu'ils sont de la religion du Roi, il leur soit permis de l'accroître, en j joignant une chambre ou magasin qui n'en est séparé que d'une muraille, et en j faisant une porte par laquelle ils puissent avoir communication dans une petite cour à côté, qui servira d'entrée à leur église.
14. — Il me parut d'autant plus difficile d'obtenir cette gràce^ que M. de Nointel ayant eu ordre du Roi, par une lettre du 2 octobre 1677, en conséquence des instances que le Pape en avait faites à Sa Majesté, de s'employer fortement en faveur des Maronites de Chypres, contre la persécution que leur faisait souffrir Hilarion Cigala, archevêque Grec schismatique, et d'obtenir, s'il était possible, un ordre de la Porte qui les exemptât de la juridiction des évêques Grecs, et cet Ambassadeur^ ayant en conséquence fait présenter un mémoire au Vizir^ ce ministre, après avoir demandé quels étaient ces Maronites, et qu'on lui eût répondu qu'ils faisaient partie des sujets de Sa Hautesse, avait répondu eu un seul mot : olmas^ c'est-à-dire : cela ne se peut, voulant par là faire entendre que les Ambassadeurs chrétiens ne se doivent point mêler de ce qui concerne les sujets du Grand Seigneur, de sorte que la réplique qui lui fut faite, que les Maronites ne pouvaient dépendre que de leur patriarche, qui vit aussi sous la domination de Sa
(1) Ce chiffre parait fort. Voici d*aprôs un mémoire de M. d'Arvieax^ Consul de France à Alep« en date de 1686 ( Bibl. Nat, Atss.Fr. 7164./:i4d ) quelques renseignements :
Il y a à Alep environ 6000 Grecs, 5000 Arméniens, 4000 Suriens^ 3000 Juifs^ 1500 Maronites II y a aussi dans cette ville quatre maisons religieuses : les Cordeliers Observantins, les Jésuites, les Capucins et les Carmes déchaussés. Les premiers sont vicaires du Gardien de Jérusalem «t y font les fonctions curiales. Les autres trois sont des missionnaires qui sont occupés utilement auprès des Max*onites et des Suriens; ils les enseignent, les catéchisent et prêchent dans leurs églises, les fêtes et les dimanches, à cause de rignorance de leurs prêtres. Les Jésuites ont chez eux uxm congrégation de marchands Français, auxquels ils prêchent une fois la semaine*
Hautesse, et dans un rite différent de celui de Grecs, ne put produire aucun effet.
15. — La raison de cette politique provient, comme le remarque très bien M. de Nointel dans sa lettre du 13 janvier 1678, de ce^ que les drogmans de la Porte, qui sont ordinairement schismatiques, insinuent aux ministres qu'il est nécessaire d'abaisser ceux des sujets du Grand Seigneur qui sont soumis au Pape, et qu'il est à propos qu'on ne reconnaisse point, dans l'Empire Ottoman, de puissance étrangère, par soumission de religion ou autrement, en pouvant résulter des conséquences fâcheuses contre le légitime souverain ; et c'est là un des principaux motifs qui a porté les Vizirs à priver successivement, depuis 40 à 50 ans, les religieux latins de la plupart des Saints Lieux, et finalement du Saint Sépulcre, et de la préséance sur les Grecs (1).
L'Ambassadeur au P. Boisot, Jésuite
Constant inople y le 10 mars 1686 ( Ibid. f. 338 V. )
16. — J'ai trouvé à propos de donner trois mois aux deux hérétiques Français qui sont à Alep... Je vous prie de continuer vos soins pour leur faire prendre le bon parti.
17. — J'avais cru qu'il serait impossible d'obtenir ce que vous me demandez pour l'agrandissement de l'église des Maronites à Alep. Mais je commence à espérer d'y pouvoir réussir. J'y travaillerai.(2)
(1) Eu date du 11 juillet 1686, rAmbassadenr écrit au cardinal d'Ëstrées : » | Alexandre] Maurocordato, premier interprète de la Porte, a été élevé à Rome. Il a étadié la médecine à Padoue, où il a toujours fait profession de notre religion. Cependant il est aujourd'hui des plus attachés au rite Grec ; et comme les langues latine et italienne lui sont familières, il est appelé dans tous les conseils du Vizir, où il est plus envenimé contre les chi'étiens que les Turcs mômes. »
(2) Dana le mé.ie volume, il est question (au f. 376 et à la même date 1686) d'an commandement obtenu pour le rétablisse me fU de régllse des Observantins à Alep, dans le Khan Chibani,
Au f. 420, j'ai trouvé une lettre de Lempereur, Consul de Seyde, à l'Ambassadeur, en date de février 1686. Voici son i-ésumé tel que je l'ai dans mes notes :
MÉMOIRE DE SaUVAN, CoNSUL DE FRANCE A ChYPRES
Chypres, le 2 mai 1686
( Bibl. Nat. Mss. Fr. 7164 f. 447)
18. — Il y a six ou sept villages de chrétiens Maronites qui paient karach au Grand Seigneur, et toutes les années, il vient un évêque du mont Liban, d'ordre du patriarche, pour voir si les églises sont bien desservies et si les prêtres font bien leur devoir. Le susdit évêque est sous notre protection lorsqu'il est arrivé, la S. Congrégation de Propaganda Fide nous faisant l'honneur de nous écrire sur ce sujet. Messieurs les Grecs font ce qu'ils peuvent pour les inquiéter ; mais je les ai toujours soutenus, et j'ai empêché qu'ils ne soient par eux vexés.
19. — L'église des R. P. Observantins de Nicosie, dédiée à Sainte-Croix, appartenait, il y a environ 45 ans, aux Maronites, qui est une nation orthodoxe et soumise au S^ Siège. Or, n'y ayant pour lors ni présentement aucune famille de la dite nation, résidente dans la ville, à la réserve d'un bon prêtre dont se servaient pour
Il y a dans le ressort du Consulat de Sejde quinze maisons religieuses : Trois de Jésuites : Seyde, Damas et Antoura ; en tout 9 à 10 religieux. — Cinq de Capucins : Seyde, Damas, Barutb, Gazir et Bey ( sic ) ; 15 à 16 religieux. — Sept de Cordeliers : Jérusalem, Nazareth, Rama, Aci^e» Seyde, Dam as «et Arisac ( sic ). — Une de Carmes : au mont Garmel.
Le Consul ajoute :
c( Nos religieux ne s'épargnent pas pour fortifier les pauvres chrétiens, que la tyrannie des Pachas jette souvent dans un si grand oubli d'euxmêmes qu'elle les réduit à la nécessité de se faire turcs. »
Et ailleurs ( Mss, Fr, 7164, f, 334 ) je lis dans un Mémoire de David Magy, Consul Français au Caire, en date du 23 mars 1C«6 : « Dans l'Egypte, il n'y a que cinq églises : au Caire, oelle du Consul, celle des Capucins et celle de l'hospice de Terre-Sainte. Les Pères Capucins sont Français, aa nombi'e de trois, sans juridiction [curiale]. Les Pères de Terre-Sainte sont quatre ou cinq. A Alexandrie, il y a Téglise du vice-Consul et celle des Pères de Terre-Sainte. 11 n'y a que deux ou trois religieux Italiens de résidence. A Rosette, il n'y a point d'église. Le vice-Consul fait pourtant dire la messe dans une chambre et en secret, et l'on prend un religieux de Terre-Sainte, en qualité de chapelain, tel qu'on veut, et au gré du vice- Consul. »
lors MM. les Consuls comme chapelain, un religieux Italien, nomme P. Jean-Baptiste, Observantin réformé, missionnaire de la Congrégation de Prop. Fide, alla s'établir au dit Nicosie, et s'accommoda avec le susdit prêtre et ceux de la nation de la dite église, qu'il fit aussitôt réformer et réparer. Ce Révérend Père fut ensuite fait évêque de Chypres, et toujours fut paisible possesseur de la dite église, avec les autres missionnaires Observantins réformés^ ses compagnons, jusqu'à sa mort.
20. — Quelque temps après, les R. P. Observantins de la Custodie de Terre-Sainte représentèrent à la Congrégation de Prop. Fide que la dite église leur était nécessaire pour y mettre des religieux aân d'apprendre les langues : ce qui leur fut accordé par un brevet de la dite Congrégation, joint au commandement du patriarche des Maronites qu'ils obtinrent facilement.
21. — Depuis deux ans, la même S. Congrégation a donné un nouveau décret par lequel, au lieu d'un préfet de la mission que les dits PP. Observantins réformés missionnaires avaient pour supérieur, elle les soumet au Rév™® Gardien de Hiérusalem. Ainsi les deux communautés sont présentement réduites à une seule, composée de trois ou quatre religieux. L'exercice des dits religieux est d'enseigner les enfants des Grecs, et d'aller aux villages des Maronites confesser et prêcher, lorsqu'ils sont en nombre compétent. Ils vont passer alternativement quelques mois en un village, distant de la ville de huit lieues, pour servir une église de Maronites, laquelle leur a été comme donnée à cette condition ; elle leur est d'autant plus commode qu'elle est située au milieu des villages des dits Maronites.
Sauvan, Consul a Chypres, a l' Ambassadeur
Chypres, le 4 mai 1686 ( Ibid. f. 451 )
Après avoir recommandé les Maronites de Chypres au zèle de TAmbassadeur, le Consul ajoute :
22. — Comme ces pauvres gens sont fort oppressés des Grecs, ils ont fait dessein d'aller à Constantinople se jeter aux pieds de V. E. pour avoir quelques commandements qui leur sont nécessaires... Il )' en a un [ parmi les envoyés ] qui parle fort bien la langue
italienne.. Je ne prendrais pas la liberté d'écrire à V. E. pour ces misérables, si je n'y étais forcé de Rome et par le patriarche du mont Liban.
Lb p. Boisot, Jésuite, a 1/ Ambassadeur
Alep, le 5 juin 1686.
( Ibid. f. 29 et 290 )
23. — La lettre que V. E. m'a fait l'honneur de m'écrire d'Andrinople ne m'a été rendue que deux mois après sa date.. M^ d'Ar vieux est parti trois jours après l'arrivée de M^ d'Ortières. Le P. Deschamps est arrivé. Il m'a fait le récit des obligations que nous devons à V. E. sur le sujet des Maronites. J'ose tout espérer sur ce récit et sur le crédit qu'Elle s'est acquis à la Porte. M*^ Julien m'a montré le commandement que V. E. a obtenu en faveur des PP. Observantins pour le rétablissement de leur église. Le Consul prit aussitôt le parti d'aller au Gadi pour le faire valoir. Le Gardien Observantin s'en alarma et fit des protestations par écrit contre le procédé du Consul (1).... Comme vous savez que noua ne sommes nullement entrés dans l'intrigue de cette affaire, que nous regardons comme l'ouvrage de votre sagesse et du zèle que vous avez d'établir partout la paix et l'ordre, je vous prie de faire connaître au monde, dans l'occasion, que nous n'y avons de part que dans la soumission que nous devons toujours à vos ordres. (2)
L'Ambassadeur a d'Ortières (3) a Alep
Constantinople, le 5 Juin 1686
( Bibl. Nat. Mss. Fr. 7164. f. 313 v, )