‹ Documents inédits sur MontaigneChapitre 3 sur 10 · SUR LES ANNOTATIONS DES ÉPHÉMÉRIDES DE BEUTHER · texte numérisé non relu

SUR LES ANNOTATIONS DES ÉPHÉMÉRIDES DE BEUTHER

HT0 l . — Cette note a été écrite postérieurement à l'événement qu'elle relate, puisque Montaigne est né en 1533 et que le volume n'a été imprimé qu'en 1551. Celle écriture pourrait bien être celle du père de Monlaigne; elle est, au moins, plus ancienne que les annotations qui sont dues à Michel, car elle est d'une pâleur extrême.

J'ai fait remarquer la radiation subie par le nom Aiqucviius, el le plus souvent, lorsque le nom d'Eyquem se présente dans ces noies, il est pareillement effacé ; cela indiquerait-il de la part de la famille l'intention de renoncer à ce nom pour s'en tenir à celui de la terre?

~H° 13. — Montaigne s'est marié en 1565. Je ne sais d'après quelle autorité M. J.-V. Leclerc dit que ce fut en

Ï*T° 14. — Montaigne dit aux Essais qu'il était le troisième des enfants de son père; comme jusqu'ici aucun renseignement ne m'avait montré qu'un de ses frères eût hérité de la terre et du nom, j'avais compris que Michel avait immédiatement succédé à son père, et que ses deux frères aînés, Arnaud dit Saint-Martin et Beauregard, étaient morts avant le père. La note de Montaigne vient démentir cette supposition.

Un des frères aînés de Montaigne a-t-il donc possédé pen- i

liant quelque temps? ce survivant était-il dans une position qui le rendait incapable de succéder? A t il renoncé à la succession?

Oans tous les cas, la déclaration est formelle. Pierre Montaigne, en mourant, a laissé cinq enfants mâles, donc un fils, qui était l'aîné de Michel.

I*o 15. — C'est évidemment à cette fdle nommée Thoinette que se rapporte un passage de la dédicace par laquelle Montaigne adresse à sa femme la traduction de la lettre de consolation de Plutarque. Cette lettre, datée du 10 septembre 1570, dit textuellement : * N'ayant enfant qu'une « fdle longuement attendue au bout de quatre ans de notre « mariage, il a fallu que vous l'ayiez perdue dans le deuxième « an de sa vie. »

Montaigne, marié en 1565, a cet enfant en 1570. Voilà les quatre années comptées à la légère ; et probablement Montaigne dit quatre ans parce qu'il n'y en avait pas encore cinq, puisque le mariage avait eu lieu en septembre (26) et que l'enfant naît le 28 juin. (Nous verrons plus loin que c'est toujours ainsi que Montaigne compte son âge.)

D'un autre côîé, si l'enfant est morte deux mois après sa naissance, comme le dit la note autographe de Montaigne, elle a dû mourir vers le 28 août, et c'est quinze jours après que Montaigne, qui alors était a Paris, adresse à sa femme la lettre précitée.

Il n'y a donc pas de confusion possible; c'est le seul enfant que Montaigne ait attendu pendant quatre ans; il meurt en 1570, à la fin d'août, et Montaigne écrit dans les premiers jours de septembre. Mais s'il en est ainsi, il faut que Montaigne se soit trompé en écrivant « que vous l'ayiez « perdue dans le deuxième an de sa vie. » Si sa fille avait vécu jusqu'à sa deuxième année, plus ou moins, cela nous reporterait postérieurement au 28 juin 1571; or, la lettre

est écrite en 1570, donc Montaigne a écrit le mot année pour mois. Surabondamment, j'ajoute qu'excepté Eléonore qui a survécu, les autres enfants de Montaigne, toutes filles, n'ont pas atteint leur deuxième année. Ainsi Montaigne, ou son imprimeur, a commis là une erreur qui s'est imperturbablement maintenue d;ms les nombreuses éditions qui ont donné les lettres de Montaigne.

N° So. — Ce renseignement est rendu plus intéressant encore par une note des registres secrets du parlement de lîordeaux, laquelle dit :

« Le 4 mai 1574, Montaigne vint à la Cour prononcer un « discours. »

Malheureusement on ne donne pas ce discours !

Il semblerait que les fonctions de conseiller à la Cour, préalablement remplies par Montaigne, expliquent comment il a pu être admis à la séance du parlement, car je lis dans La Roche Flavin ce qui suit : « Un conseiller du privé con- « seil de robe courte se présentant au parlement le 1"" dé- « cembre 1607, apportant une lettre du lîoi, n'est pas reçu « à être ouï, sur ce que son oftice ne lui donne ni entrée, < ni séance, et que les sieurs d'Escars, de Lansac, de Biron, « ayant demandé pareille entrée autrefois à la Cour, leur a avait été refusée. Le premier président et quelques con- « seillers furent chargés, comme commissaires, de recevoir « sa créance. »

l*8 fci. — C'est à cette fille ou à Anne, n» 18, que se rapporte ce que dit Montaigne dans les Essais, en parlant de ses enfants : * J'en ai perdu en nourrice deux ou trois, « sinon sans regret, au moins sans fâcherie, >

\» Z3. — Nous n'avons pas besoin de faire remarquer l'intérêt de cette note. Nous ignorions complètement que Montaigne eût été gentilhomme de la chambre du roi de Navarre.

N° £4. — Cette note complète ce qui manque au commencement de la relation imprimée du voyage. Montaigne fait partir la durée de son voyage du jour où il a quitté son château, le 22 juin 1580. Il vient à Paris, puis il se rend à I.a Fère, et il prend part au siège : « Moi étant c audit siège. » Ce siège, commencé à la lin de juin, dure six semaines, d'après Mezerai, soit jusqu'au milieu d'août. Or, nous voyons que M. de Grammont a été tué le 6 de ce mois; on transporta ensuite son corps à Soissons, et Montaigne l*y accompagna. Il est probable que ce transpor n'eut lieu qu'après la levée du siège, puisqu'après avoir accompli ce pieux devoir, nous voyons Montaigne se mettre définitivement en route pour la Lorraine, et que le 5 septembre il est à Vitry et couche à Meaux.

De Caillière, dans la vie de Matignon, contredit Mezerai pour la durée du siège ; mais la note de Montaigne semble ponner raison à ce dernier. Caillière dit que le siège ne dura que quelques jours, et qu'après dix ou douze attaques les assiégés parlementèrent. Or, si le siège a commencé à la tin de juin et durait encore le 6 août, il y a là plus que les douze jours de Caillière.

Enfin cette note éclaire un point obscur de la vie de Montaigne; il a été soldat, il le dit, Brantôme se permet de plaisanter sur son épée; mais on voit qu'il n'était pas enrôlé sur des cadres réguliers, qu'il n'avait pas de fonctions fixes, stables ; son service était facultatif, spontané. Nous le voyons, en effet, partir pour l'Italie ; mais on fait le siège de La Fère, il lui convient d'y assister, il s'y rend ; le siège levé, il reprend sa liberté, il remplit un devoir d'amitié envers le mari d'une femme a laquelle il avait dédié un chapitre des lissais

(la bt'lle Corisandre), puis après il reprend sa course et continue son voyage.

X° 'it. — Montaigne se trompe sur son Beutlier pour l'année de son départ : il dit 1579 pour 1580; son voyage en effet a duré 17 mois et 8 jours; or, s'il est revenu le 30 novembre 1581, il est clair que c'est eu 1580 qu'il est parti, le journal du voyage du reste le dit ainsi, « d'où j'élois parti le 22 juin 1580. »

K° «8. — Il y avait alors 14 mois que Montaigne était de retour de son voyage. — Ce fût le sixième et dernier enfant de madame de Montaigne.

Le premier, Tlioinette, née le 28 juin 1570, morte deux mois après.

Le deuxième, Léonor, née le 9 septembre 1571, a vécu et a eu des enfants.

Le troisième, Anne, née le 5 juillet 1573, vécut sept semaines.

Le quatrième, N., née le 27 décembre 1574, mourut trois mois après.

Le cinquième, N., née le 16 mai 1577, morte un mois après.

Le sixième, Marie, née le 21 février 1581, ne vécut que quelques jours.

j%'° «S*. — M. Berger de Xivrey, mentionne dans les Séjours et Itinéraire du roi de Navarre, deux séjours de ce prince au château de Montaigne, les 19 décembre 1584 et 24 octobre 1587; c'est au premier de ces séjours que se rapporte la note de Montaigne, et nous y voyons l'explication de ces mots « aux champs » que M. B. de Xivrey place aux 20 et 21, Montaigne nous dit » je lui lis eslaccr un cerf en ma « forôt, qui le promena deux jours. >

Le début de cette note est intéressant pour Henri IV, Montaigne dit « et y fut deus iours serui de mes ians sans « aucun de ses officiers, il n'y souffrit ni essay ni couvert. »

Il s'agit ici évidemment de ce cérémonial suivi pour la table des rois et des grands seigneurs, dans lequel on faisait l'essai des aliments solides et liquides, et dans lequel les objets qui composaient le couvert personnel et les serviettes en particulier étaient renfermés dans des pièces dont une s'appelait le cadenas et l'autre la nef; on peut consulter sur ce curieux usage qui s'étendait jusqu'à la communion, l'Étal de la France, le Grand d'Aussi/, le journal de Dangeau, l'article intitulé le Gobelet du Roi dans la France Littéraire 1842, etc., etc.

]¥°3«. — L'avant-dernière phrase offre quelque obscurité qui me parait tenir à la destruction du texte; il manque des mots, j'y fus mis, est le commencement d'une phrase non terminée.

~X° 36. — Monlaigne parle d'un capitaine Rous; il avait déjà mentionné ce personnage dans une lettre datée du 22 mai 1585, que j'ai publiée, « je cherche un capitaine Rous. »

Je retrouve ce même nom dans les personnes de la suite de Henri de Navarre dans la visite au château de Montaigne.

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