‹ Documents inédits sur MontaigneChapitre 4 sur 10 · QUI A APPARTENU A MONTAIGNE · texte numérisé non relu

QUI A APPARTENU A MONTAIGNE

J'ai eu occasion dans mes publications antérieures de faire connaître un précieux volume que possède le savant M. Parison. C'est l'exemplaire des commentaires de César qu'a possédé Montaigne, et notre philosophe a tracé sur les marges des annotations dont le nombre ne s'élève pas à moins de 368.

Malheureusement ce volume a été relié postérieurement à la possession de Montaigne et le couteau a atteint une grande partie des notes, ce qui les rend extrêmement difficiles à déchiffrer. Nonobstant ce surcroit de difficultés je suis parvenu à les lires toutes, sauf cinq ou six ; ce ne sont que des sommaires, lesquels lus isolément n'auraient pas d'intérêt, mais j'aimerais à voir un éditeur des commentaires de César, utiliser ces sommaiies dans une édition nouvelle !

Quelques unes de ces notes forment une pensée complète, ou représentent des phrases qu'on retrouve dans les essais, j'en donnerai des spécimen.

Mais ce qui donne à ce volume une valeur et un intérêt incomparables, c'est une page entière autographe de Montaigne écrite d'inspiration, en finissant de le lire.

Le lecteur jugera ce morceau qu'on peut dire une paye retrouvée des Essais, car on se souvient que Montaigne a transcrit dans ce livre ce qu'il avait inscrit sur son Guichardin, son Commines et son Du Bellay ; la page en question fait exactement le pendant de celles là et on verra qu'elle ne leur est pas inférieure.

Voici le titre exact de cet exemplaire :

C. IVLll CAESAUIS commentant nouis emendationibus illustrât]*, eivsdem librorvm qui desiderantur fragmenta ex bibliotheca Fvlvi Vrsini Romani, Antverpiae, ex officina Chrisloph. Plantini cid d lxx. in-8 de 499 pages chiffrées, plus 16 feuillets non chiffrés pour le libellus variorum, et 16 non chiffrés pour les titres, pièces préliminaires, cartes, etc.

Au bas de ce frontispice est une signature Môtaigne, à la fin on trouve la belle page que je vais transcrire; elle est précédée de quelques mots qui donnent la fin d'une note enlevée par le relieur et qui comportait probablement « Commencé de lire ce livre des guerres » ce qui reste continue ainsi « ciuiles 25 feur 1518 | 44, | (ce dernier chiffre donne l'âge de Montaigne, qui né le 28 février 1533 n'avait pas encore complété ses 45 ans); enfin sur l'autre feuille de garde, Montaigne a écrit « achevé de lire ces livres des guerres de Gaule le 21 jiril 1578. | 45 | (il était en effet alors dans sa 46" année).

Le passage sur César commence par un mot peu lisible, cependant, après beaucoup d'études, decomparaisons avecles lettres analogues de Montaigne, MM. Paris et Lacabane ont accepté l'interprétation que je leur proposais, c'est-à-dire le mot some poursoHime comme on dit : en somme, somme toute, au résumé.

Ce début en effet semble naturel d'après le ton d animation, d'exaltation, sur lequel la note est écrite.

« En somme, en résumé, César est un des plus grands

« miracles dénature! » (1)

On remarquera que Montaigne ne mentionne que les

(1) Il y a une foule d'endroits et dans les essais et dans la traduction de Sebonde où Montaigne emploie cette manière de parler. — Ainsi à l'occasion de l'ambition de César, il dit : « Somme, ce seul vice à mon advis « perdit en luv le pins beau et le plus riche naturel qui feut oucques. »

(Essais.)

Guerres ciuiles et les guerres de Gaule et il n'a annoté que celles-là; ne regardait il pas la guerre Alexandrine, celle d'Afrique et celle d'Espagne comme l'œuvre de César?

Quoi qu'il en soit, les notes les plus nombreuses sont au livre III de Bello civili et aux livres II à VII de Bello gallico.

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