Lisez chiovi, les clous, au lieu de chiavi, les clefs
22 ANDRÉ GHÉNIER.
« Ici maintoiifint on iventeml pins qn'un scnl cri, grands et petits, hommes et femmes, militaires- et prêtres, tous les Parisiens solonisent,
« On n'entend que ce cri : les États ! et si le souffle répotîd au désir, je crois que le règne des soldats touche à sa fin.
« La triste gent, dont toute cour est pleine, murmure elle aussi, et elle pens(! ijue la chaîne rompue pourra se ressouder.
« Je ne sais ce qui en résultera, mais quelque tristes que soient les soirées qui adviendront, elles le seront beaucoup moins que la nuit qui régnait en France.
« Cependant moi dont l'âme n'est affligée ni par une sotte ambition, ni par la soif de l'avarice, je traîne une vie doucement mêlée
« De gloire et d'amour, près des yeux riants de cette vertueuse femme à qui tu as écrit, et j'apprends à moissonner des lauriers parmi les épines.
« Mais je suis infatigable, tenace et invaincu dans mon sublime dessein : jour et nuit, je lime, je change, et ce que j'ai écrit deux fois je l'écris encore,
« Pour que mes tragédies, quand je serai couché muet dans le tombeau, ne tombent pas dans la nuit de l'oubli, comme il arrive aux écrits des ignorants.
« Et que d'efforts pour faire résonner la trompette de cette bavarde que nous appelons Renommée et faire retentir ensuite l'écho des siècles!
a Ce désir insensé me domine tellement qu'il me fait supporter lés tourments de cette chose qu'on a bien tort de ne pas appeler mort,
« C'est-cà-dire de revoir les sottes erreurs des imprimeurs, correcteurs et proies, tous à l'envi plus inattentifs les uns que les autres.
« Parmi les points et les virgules, les f et lesj, je consume donc les jours, les mois et les années, pour que les ignorants puissent me comprendre.
« Mais toi, que fais-tu chez ces flegmatiques Anglais,
dont la triste et taciturne face redouble les désagréments d(> leurs épais brouillards?
(( N'y a-t-il point parmi leurs savants quelqu'un qui te plaise? Je crois qu'un croc serait bien utile pour leur arracher du gosier les paroles qui te glacent.
« Mais il se prépare chez eux, à ce que j'apprends, une fête pompeuse, en l'honneur du roi qui a recouvré la raison, ce qui est un grand sujet de réjouissance.
« En vérité, c'est une grande merveille, et qui doit te paraître telle, non-seulement qu'un roi ait retrouvé sa raison, mais encore qu'il ait pu la perdre.
« Que Londres s'en réjouisse donc maintenant et que ce miracle nouveau passe à la postérité, pour raviver le royalisme de ceux qui se dégoûteraient d'un roi.
« En attendant, chasse tes sombres pensées. Toi qui es né pour écrire, ne pense qu'à écrire. C'est la seule chose au monde qui soit durable.
« Aime-moi et reviens' où tu es toujours désiré. »
Cette épître fait grand honneur au goût d'Alfieri et montre quel cas il faisait du talent poétique d'André et de ses vers trempés de mielattique. Les deux poètes semblent avoir vécu à cette époque dans une grande intimité, comme le témoigne encore la lettre de la comtesse d'Albany. On aurait pu souhaiter à ce sujet quelques détails plus circonstanciés. Au surplus sur le séjour d'André en Angleterre, sur les congés qu'il obtint et enfin sur l'époque précise de son retour nous ne trouvons, dans la nouvelle notice, que très-peu de renseignements. Le dernier point méritait particulièrement d'être fixé. L'éditeur nous dit (p. lxiv) (.[xi' André revint chez son père au mois de juin 1791. Eh bien! nous croyons qu'il se trompe. Sans doute