‹ Documents nouveaux sur André Chénier et examen critique de la nouvelle édition de ses œuvres, accompagnés d'appendices relatifs au Mis de Brazais, aux frères Trudaine, à F. de Pange, à Mme de Bonneuil, à la duchesse de FleuryChapitre 38 sur 99 · LES FRÈRES TRUDAINE · texte numérisé non relu

LES FRÈRES TRUDAINE

Nous ne répéterons pas ici les détails iionibroux (jue nous avons donnés, dans l'introduclion aux (Euvres en prose d'André Chénier, sur la famille Tnidaine, sur les réceptions de l'iiolel de la i)lace Louis XY, et sur la part que les deux amis du l)0ëte prirent au grand mouvement libéral de 1789 à 1791. Les deux frères Trudaine ne mérilaient pas le sort tra<j;i(jue (jui les allendait. Trudaine de Alontigny, l'aîné, était une nature d'élite, aimant et cultivant les lettres et les arts, ouvrant sa riche bibliothèque aux savants, et sou\ent sa bourse aux artistes. C'est lui c{ui avait commandé à David le tableau de Socrate buvant la ciguë, moyennant un prix convenu de six mille francs; et qui, après l'exposition, où le tableau avait eu un grand et légitime succès, avait libéralement ajouté deux nulle francs à celte sonnne.

Tnidaine de la Sablière, le cadel, ■■ iriin carac-

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lère plus doux, dil Morellet% d'iino santé faiblo, partageant les goûts et les sentiments de son frère, les déployait sous des formes plus délicates encore. M L'aîné avait donné des gages de ses sentiments véritablement patriotiques. « Il avait prodigué à sa section, d'abord celle des Champs- Elysées, el puis celle du Mont-Blanc, les secours les plus généreux. Six volontaires étaient armés et équipés par lui sur la section des Champs-Elysées, deux sur celle du Mont-Blanc, deux à Rouen pendant son séjour dans cette ville. Il avait donné deux pièces de canon à la commune de Provins. » 11 avait fourni en outre soixante-dix mille francs à rem|)runt volontaire, et, sur une nouvelle demande, ajouté cinquante autre mille francs. De telles libéralités étaient un gage non équivoque de ses sentiments véritablement généreux et de son attachement aux nouvelles destinées de son pays.

Comme André Chénier, comme François de Pange, Trudaine et son jeune frère avaient refusé de se laisser entraîner à la suite des idéalistes et des sectaires. Dès le 10 août, la cause de la liberté était véritablement perdue aux yeux de ces hommes de bien. Le renversement des lois avait livré le pouvoir aux démagogues et soumis le gouvernement d'une grande nation à l'aveugle instinct dos masses populaires. Quand les premières gouttes de sang tachèrent la place Louis XV, les Trudaine

1. Mémoire pour les citoijennes Trudaine, veuve Micauli. Micauli veuve Trudaine et le citoyen Vivant MicauU-Courheton /ils, Paris, l'an III de la République.

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avaient abandonné avec horreur l'hôtel qu'ils habitaient et s'étaient réfugiés dans une maison qu'ils possédaient sur la section du Mont-Blanc. Mais tout Paris parut bientôt livré à la démence; le séjour en devint impossible à tous ceux qui avaient conservé leur raison et leur sang-froid. Les deux frères allèrent se fixer dans leur propriété de Montigny au mois d'août 1793; et ils y vécurent avec les deux plus jeunes membres de la famille Micault de Gourbeton, à laquelle Trudaine de Montigny était allié.

Le 16 juin 1789, il avait épousé la fille de Jean- Yivant Micault de Gourbeton, président du parlement de Bourgogne. Ce mariage heureux devait avoir les plus fatales conséquences. Le beau-père de Trudaine, ce vieillard septuagénaire, avait été arrêté, accusé d'émigration, condamné à mort et exécuté. Ge malheureux, absolument innocent du crime qu'on lui imputait (puisqu'on voyait alors un crime dans l'absence la plus naturelle et la plus légitime), avait deux fils, frères de Mme Trudaine et beau-frères de Trudaine de Montigny. Aussitôt que le père fut monté sur l'échafaud, les fils devinrent suspects, et ce n'est point une phrase banale, un lieu commun que nous écrivons ici. Dans son Mémoire en faveur des veuves Trudaine et Micault, Morellet nous a heureusement conservé en partie un arrêté du comité révolutionnaire de la section de Bondy, pris à la date du 26 floréal an II; et cet arrêté porte (et nous soulignons ce que Morellet en cite comme textuel) que : « ^4/lendu que Micault de Gourbeton vient d'être frappé

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