‹ Documents nouveaux sur André Chénier et examen critique de la nouvelle édition de ses œuvres, accompagnés d'appendices relatifs au Mis de Brazais, aux frères Trudaine, à F. de Pange, à Mme de Bonneuil, à la duchesse de FleuryChapitre 75 sur 99 · LXIX. — Ce fragment appartient aux Bucoliques · texte numérisé non relu

LXIX. — Ce fragment appartient aux Bucoliques

LXXII. — Pour rompre la monotonie de cette analyse, nous ne pouvons résister au désir de citer ces jolis vers.

0 peuple des oiseaux !

Qui traversez les airs ou nagez sur les eaux, Vos destins sont heureux. Vous planez sur des ailes. Vos grâces, vos couleurs plaisent aux yeux des belles. Souvent de leui's baisers vous goûtez les douceurs Et la mort elle-même ajoute à vos honneurs-, C'est alors que D'. r. n voit vos plumes brillantes

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En un faisceau léger, sur la gaze, ondoyantes. Parer sa belle tête ; et, sur ce front charmant, Etendre un doux ombrage et flotter mollement.

Dois-je ravouer? Tandis que je transcrivais l'avant-dernier vers, ce front c/iarmont, qno célèbre le poëte, me rappelait (ô profanation !) l'écrou de Mme de Bonneuil : « Cheveux et sourcils châtains, yeux bruns, nez et bouche moyenne, visage et menton rond, front élevé. »

LXXV. — Dans les fragments rassemblés sous ce numéro, ce sont bien les fragments d'une seule et même élégie qu'a l'intention de nous offrir l'éditeur. Il le dit formellement à propos du dernier vers de la page 138 : Ce vers et les trois qui le suivent devaient terminer Félégie dont on vient de lire les fragments. Toujours la même illusion. Ju.stement, les quatre vers dont il parle sont un frugmcniâeVArt d'aimer. \oy. le vol. II, p. 116. Quant aux autres morceaux, ils n'ont aucun lien les uns avec les autres. M. de Chénier n'est pas plus heureux dans les explications qu'il nous donne de quelques passages. Il nous apprend que

La plante divine Qui ranime le flanr des biches de (lortine,

c'est le séséli dont Pline parle dans son livre VIII, chap. xxxn. Or, le séséli dont Pline parle en effet, est une plante purgative que recherchent les chèvres fatiguées parla gestation. Mais l'éditeur s'estil donc imaginé qu'il s'-agissait ici de purgation, et d'une comparaison à la Diafoirus? Le poêle op-

pose les blessures de l'amour, qu'aucun art, qu'aucune herbe ne peut soulager, aux blessures héroïques que ferme l'art de Machaon, ou à celles 'dos biches que guérit In plante divine, qui n'est autre que le dictame, cette plante de Crète dont parlent Pline (XXY, vin , Dioscoride et bien d'autres, et qui, dit Virgrile [.Enéide, XII, 414^, « n'est point ignorée des chèvres sauvages, lorsqu'une llèche rapide s'est arrêtée dans leur flanc. »

L'éditeur n'a pas été plus heureux dans l'explication historique qu'il a donnée des quatre vers qui suivent.

Le guerrier Scandinave, effroi du nord barbare, îs'osa point regarder la belle Ivonismare; Il osait bien marcher d'un œil calme et serein Contre les feux tonnants et les bouches d'airain.

Le guerrier srandinave , dit M. de Chénier, est r électeur de Saxe Frédéric-Auguste. Eh bien! je ne me serais jamais imaginé que Frédéric-Auguste eût été un guerrier Scandinave; ni surtout que ce personnage, que l'on dit avoir eu un grand nombre de bâtards, dont le plus illustre a été le maréchal de Saxe, né de la belle Kœnigsmark, eût été un Hippolyte, Nous pensons que le guerrier Scandinave effroi du nord barbare n'est autre que Charles XII. Car nous trouvons dans l'histoire de ce prince, racontée par Voltaire, le passage suivant: « (Auguste) se détermina à demander la paix au roi de Suède... L'affaire était délicate; il s'en reposa sur la comtesse de Kœnigsmark, suédoise d'une grande naissance, à laquelle il était attache. C'est

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elle... dont le fils a commandé les armées de France avec tant de succ^s et de gloire. Cette femme, célèbre dans le monde par son esprit et sa beauté, était plus capable qu'aucun ministre de faire réussir une négociation... Tant d'esprit et d'agrément étaient perdus auprès d'un homme tel que le roi de Suède. Il refusa constamment de la voir. Elle prit le parti de se trouver sur son chemin dans les fréquentes promenades qu'il faisait à cheval. Effectivement, elle le rencontra un jour dans un sentier fort étroit; elle descendit de carrosse dès qu'elle l'aperçut : le roi la salua sans lui dire un seul mot, tourna la bride de son cheval, et s'en retourna dans l'instant. «

LXXYI. — Page 140. Comparez le fragment : <c Souvent do tous les dieux, etc.,» avec le fragment XLIl. — Tous les morceaux compris sous le numéro LXXYI seraient mieux à leur place dans VArt d'aimer, dont ils ont fait partie. En etïet le premier morceau : On ne vit que pour soi, etc., était d'abord à la seconde personne, ainsi que nous l'apprend l'éditeur :

On ne vit que poui* soi; l'amitié n'est qu'un nom. Je veux que ton ami soit hors de tout soupçon; Mais tu vas, tout rempli de ton enchanteresse, Lui conter tes plaisirs, ta beauté, ton ivresse, etc.

Nous reviendrons là-dessus quand nous en serons aux poëmes.

LXXYII. — Nous ferons la même observation pour tous les morceaux rassemblés sous ce nu-

méro; nous y reviendrons plus loin. Indiquons les jolis vers qui forment le dernier de ces fragments, et ({ue, dans l'Art d'aimer, nous aurons l'occasion de citer :

Du céleste voyage à mon char confié, etc.

LXXVIII. — Il faut rattacher à ce canevas en i)rose les quatre vers qui commencent à la fin de la page 136; ils correspondent à la dernière ligne de prose : « Avait mis en de si belles mains les rênes de son cœur. "

LXXIX. — Cette élégie devait se terminer })ar les vers qui sont à la page 146. Les quelques lignes de prose qui la suivent sont, non pas une suite, comme le dit l'éditeur, mais une note, une indication dont il a fait usage dans le canevas de l'élégie, ligne 12 et suiv. de la page 146.

LXXXIII. — Nous ne ferons que quelques observations rapides. Page 150. Levers : L'astre qui fait aimer, etc., a été employé dans l'élégie X, p. 30.' Tous les esais de traduction de deux vers de TibuUe se rapportent à l'élégie XV, p. 39, dans laquelle ont définitivement pris place ces derniers vers :

Des jours amers, des nuits plus amères encore; Chaque instant est trempé du fiel qui me dévore.

Pag€ 155, le vers : Etlarose,... a pris sa place dans l'élégie V, p. 17, sous cette forme ;

Et la rose pâlit sur ta bouche mourante^

Page 156, comparez le fragment : Hésiode..., avec les vers 4 et 5 de la page 85.

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Élégies italiennes. LXXXIV. — La première do ces élégies italiennes n'a absolument rien d'iJalien. P. 163, le rragiiient : Ah! qu'ils portent ailleurs...., n'a aucun rapport avec ce (|iii précède: c'est un morceau distinct : là, il s'agissait de Camille; ici. il s'adresse à Lycoris. El ce qui le prouve encore davantage, c'est la disposition des rimes qui est remar(|uable. C'est le second exemple de rimes croisées (|ue nous rencontrons. (V.l'églogue LXXVIll. Le fragment de la page 163 contient un bien joli passage :

. Nous n'avons qu'un seul jour; ot ce jour précieux S'éteint dans une nuit qui n'aura pas d'aurore. Vivons, ma Lycoris ; elle vient à grands pas Et dès demain peut-être elle nous environne ; Profitons du moment que le destin nous donne, Ce moment qui s'envole et qui ne revient pas....

C'est une variation sur une pensée qui, d'ailleurs, se trouve un peu partout.

LXXXV. — Cette élégie porte en tête ces mots grecs abrégés : D.Ey. ÏTaX.ce cjui ne signifie pas tliyo; iTaÀôç, comme le dit l'éditeur, p. 337; mais sÀsyo; t-a/izo';, élégie italienne. M. G. de Chénier parle de l'édition de 1841 qui n'a rien à faire ici; c'est de Latouclie qui a publié cette pièce en 1829, dans la Revue de Paris, et il avait eu bien raison de supprimer les vers 13 et 14 de la page 164, et 5 et 6 de la page 165.

LXXXVI. — Imprimée en 1830 dans la Revue de Paris. L'éditeur a confondu perpétuellement les

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éditions ; nous ne pouvons le remarquer chaque fois.

LXXXIX. — Cette pièce, dit l'éditeur, prouve ce que fai avance, qu'André trouva dans son imni/ination, aidée des poètes de V antiquité, la plupart des beautés qu'il a célébrées dans ses élégies. Elle prouve , bien au contraire, que sous les noms qu'il empruntait aux poètes de l'antiquité, il y en avait toujours un réel et véritable. Il suffît de lire le début du canevas en prose : « 0 belle [son nom, pas le véritable) » A la fin, il explique que, lorsqu'il rencontre une belle qui excite son admiration, c'est à elle qu'il reporte les ardeurs que des beautés lointaines avaient allumées en lui dans ses rêveries innocentes. Qu'on veuille bien encore relire, p. 65, du même volume, ce qu'il dit au sujet du nom de Lais qui se trouve dans l'élégie XXIV.

Élégies orientales. XCIII. — Porie en tête : ÈAsy. •^w. Ce que l'éditeur, p. 337, explique fort mal par

IXeYO? ^ioç; ces deUX mots sont pour e/.SYoî r,wo;,

élégie orientale, et mieux encore pour îXeyoi -/iwot, c'est-à-dire : à mettre dans mes élégies orientales.

XCIY. — Comparez les deux derniers vers avec deux vers de LV, p. 123, qui forment un fragment isolé et dont le premier doit se lire : « Baisser tes chastes yeux » Ce fragment n'est qu'une variante qui devrait figurer ici : .le ne (e verrai plus... baisser, etc.

XCYI. •— Je n'ai point besoin de faire remarquer

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que les notes et le fragment en vers ne se tiennent point. Il faut vraiment toute l'imagination de l'éditeur pour écrire celte note extravagante : Dans cette dernière pièce Vauteur aurait employé des fables orieiitaîes, et Vaurait teriainêe par un résumé historique et philosophique dont les vingt derniers vers sont le remarquable spécimen. Parmi les notes, je trouve cette petite ligne : « Megnoun et Leïleh...., Gemil et Sha)iba , qui faisait des vers comme Sappho. » On trouve sur ces noms des renseignements, dont André comptait tirer parti, dans la Bibliothèque orientale^ de D'Herbelot. D'abord, page 525: « Leilé, nom de la maîtresse de Megnoun. Les amours de ces deux amants sont aussi célèbres parmi les Orientaux, que ceux de Pétrarque et de Laure parmi nous. Ils ont .fourni la matière à une infinité d'ouvrages en prose et en vers que les Arabes, les Persans et les Turcs ont composés sur leur sujet. » Ensuite, p. 579 : « Ce mot de Megnoun est devenu le nom d'un fameux personnage que les Orientaux prennent pour le modèle d'un parfait amant. Sa maîtresse, qui se nomme Leïleli, est regardée par les Orientaux comme la plus belle et la plus chaste de toutes celles de son sexe. L'on trouve les Amours de Megnoun et de Leïleh écrits en arabe, en persan et en turc, et tous les mahométans regardent également ces deux amants à peu près comme les Juifs ont fait l'Époux et l'Épouse du Cantique des Cantiques. » Enfin, page 348 : « Gemil et Schanbah, c'est le nom d'un de ces couples d'amants dont les Orientaux célèbrent, dans leurs histoires et dans leurs poésies.

la constance et la fidélité. Les plus lamcux sont Joseph et Zoleikhah, Megenoun et Leilah,. Khoiroii et Schirin. »

Nous avons terminé ce que nous avions à dire à propos des élégies ; nous avons dû négliger beaucoup de menues observations, mais il est impossible de tout dire. Nous demandons au lecteur la permission de quitter ce troisième volume et de passer au milieu du second. Ce n'est pas par caprice que nous allons ainsi d'un volume à un autre. Mais il nous est nécessaire d'aborder maintenant l'examen des fragments et notes que l'éditeur a rassemblés sous le titre de Théâtre. En procédant ainsi, nous aurons éclairci plusieurs questions importantes quand nous arriverons à l'examen des autres parties des œuvres.

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