Yoy. (Eu,vn$ en fm>$e, p. lxxxvi^ note
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rite dans une question pourtant si claire, c'est uniquement celui d'incriminer Barère. Et Ton voit ce but se dessiner quand il dit (p. cxxvjii) : Ce mémoire^ adressé à la commission d* examen des détentions^ alla, non pas à la chambre du conseil du tribunal révolutionnaire, comme son auteur le supposait, Y)iais au comité de salut public. Qui l'autorise à dire cela? Quelle preuve, faible môme, en apporte-t-il ? Son affirmation seule, procédé commode, familier à M. de Chénier; mais qui Tcntraîne, ainsi qu'on l'a vu à chaque page, dans un dédale inextricable d'erreurs. Le reste de sa biographie n'est plus qu'un roman; il va jusqu'à décrire, étrange hallucination, Teffet que ce mémoire dut produire sur les membres du comité de salut public.
Enfln arrive la scène du 4 thermidor. La veille, le nouveau concierge de Saint-Lazare, le nommé Verney, avait refusé à M. de Chénier père de lui laisser voir son fils. Douloureusement affecté, l'infortuné vieillard ne put calmer ses angoisses, et le lendemain, 4 thermidor, il se rendit de nouveau chez Barère. Voici la scène telle que M. G. de Chénier la raconte : Barèi^e, suivant sa coutume, fut froid et poli; ses réponses aux sollicitations du vieillard étaient vagues et évasives, mais M, de Chénier insista, devint pressant et demanda une solution nette et précise; c^est alors qu^il arracha de Barère ces mots redoutables : « Votre fds sortira daïis trois jours. »
Au sujet de cette réponse, que nous admettons comme vraie, puisque M. de Chénier père a dit
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l'avoir reçue , l'éditeur nous cite et fort inexactement. Dans l'édition des Poésies de 1862, nous avions dit que c'était peut-être son secret, la chute prochaine de Robespierre , que Barère avait laissé échapper pour donner quelque espoir au malheureux père. Ce n'était là qu'une hypothèse ; et les hypothèses sont sans valeur intrinsèque en histoire. Aussi en 1869 (je dis 1869, parce que la seconde édition des Poésiesy bien que parue en 1872, était terminée en février 1870 comme le témoigne la date de l'avertissement), aussi en 1869, dis-je, nous avions rejeté cette hypothèse , nous contentant de dire que, sans doute, c'était là une de ces promesses, vaines comme tant d'autres, que les solliciteurs arrachent aux hommes qui sont au pouvoir. Déjà dans cette seconde édition nous avions fait remarquer la liaison intime qui existait, entre la mort d'André Chénier et la conspiration des prisons. Enfin de 1869 à 1872, préparant l'édition des Œuvres en prose, nous avons, par de longues recherches aux archives, fait pénétrer la lumière dans les développements fort obscurs de cette conspiration de Saiiit-Lazare , et suivi le malheureux André Chénier depuis la liste des délateurs jusque sur l'échafaud. Ayant alors en main une suite de documents historiques, nous avions simplement rejeté de la discussion tous les récits de la famille. C'est le seul procédé scientifique qu'il soit permis d'employer vis-à-vis de témoignages qui échappent à tout contrôle, de lambeaux de conversations rapportés par un seul des intéressés et qui nous arrivent par delà deux gé-
nérations. C'est un débat que la famille eût dû soulever publiquement avant la mort de Barère, survenue en 1841. Mais M. G. de Ghénier a attendu la mort de Barère pour porter cette accusation contre sa mémoire ; de môme qu'il a attendu la mort de de Latouche pour Taccuser d'abus de confiance. Scientifiquement , cette réponse attribuée à Barère n'a aucune valeur. Est-elle exacte, textuelle? sa signification était-elle, ou non, précise, éclaircie par une phrase précédente ou par les développements de la conversation? Autant de questions obscures. Personne n'en peut fournir aujourd'hui une explication certaine, et celle qu'a tentée M. G. de Ghénier est entièrement contraire à la vérité. Un fait pourtant pourrait être considéré comme acquis, c'est que l'impression produite sur M. de Ghénier père, par la conversation et la réponse de Barère, ne se prête pas aux conséquences que l'éditeur veut en tirer. M. de Ghénier père, en effet, crut cette réponse bienveillante et revint chez lui soulagé et plus tranquille^,
La conclusion de l'éditeur (p. cxxxi-cxxxiii) est aujourd'hui entièrement controuvée; ce n'est qu'une fable, une bulle gonflée de vent qui crève au moindre toucher. En effet ^ dit-il, le jour même les comités de salut public et de sûreté générale réunis envoyèrent le mémoire à V accusateur public avec l'ordre de soumettre d'urgence le procès
1. Je n'éprouve, ai-je besoin de le dire, aucune sympathie pour Barère. En prenant sa défense ici, je n'ai d'autre but que de rétablir la vérité historique.
d'André au tribunal révolutionnaire ; les emplayés du parquet qui avaient consenti à mettre constamment ce dossier sous les autres se crurent trahis et dénoncés, et, dans le trouble qu'ils éprouvèrent à la demande de l'accusateur public, ils remirent à la fois et les pièces concernant Andréy et celles relortives à Sauveur, Fouquier-Tinville,,,. n'eut pas le temps de distinguer les faits et les personnes, et brocha à la hâte un seul et m,ême acte d'accusation. Or, les comités de salut public et de sûreté générale n'ont pu envoyer à l'accusateur public un mémoire qu'ils n'ont jamais eu. Ils n'ont pas envoyé à l'accusateur public Tordre d'instruire d'urgence le procès d'André, puisque ce procès n'était autre que celui des quatre-vingt-deux individus compris dans la conspiration de Saint-Lazare, et que, dès avant le 2 thermidor, Fouquier-Tinville avait demandé, des renseignements sur ces prévenus, au nombre desquels figurait André Chénier. Cela est prouvé, d'abord par plusieurs listes conservées aux Archives et paraphées par Subleyras, le président de la commission, ensuite par une lettre signée des membres de la commission, Trinchard, Subleyras et Thibaulot, qui est une réponse à la demande de Fouquier, et qui est datée du 2 thermidor*. Enfin nous avons déjà prouvé ci-dessus que toutes les histoires relatives au dossier d'André Chénier ne sont que des chimères, puisqu'André n'a jamais eu de dossier au tribunal révolutionnaire.