CLYTIE
Un voyageur (ce pourrait être le voyageur qui conte luimême à sa famille ce qu'il a vu le matin) en passant sur un chemin, entend des pleurs et des gémissements. Il s'avance ; il voit au bord d'un ruisseau une jeune femme échevelée, tout en pleurs, assise sur un tombeau, sa main appuyée sur la pierre, l'autre sur ses yeux :
a Ah 1 tu ne m'entends point. Vois, reconnais ce sein.
« Vois, j'embrasse ton urne et je te parle en vain.
« Mes soupirs et les pleurs d'une paupière aimée
« Ne peuvent réchauffer ta cendre inanimée.
a Portes d'enfer, cessez de me le retenir I
a Une heure, un seul instant, laissez-le revenir,
a La nuit, voir cette couche, hélas I qui fut la sienne I
a Que je n'embrasse plus l'ombre invisible et vaine 1
« Qu'un instant je le voiel Ah! tu n'es plus à moil
a Et l'éternelle nuit me sépare de toi !
« Et je suis seule au monde 1 ô déités jalouses !
a Que vous avais-je fait? A peine étais-je à lui!...
« Trois mois coulaient à peine ! solitaire ennui !
« tombe, ouvre tes bras à la veuve expirante 1
« Eh! puisqu'il ne vit plus, comment suis-je vivante?»
Elle pleurait ainsi, haletante et ses mots
Expiraient sur sa bouche étouffés de sanglots.
Ses yeux gros d'amertume inondaient son visage.
J'aurai peut-être alors agité le feuillage ;
Elle lève la tête, elle voit un témoin ;
Elle crie, elle fuit. Elle était déjà loin.
Elle s'enfuit à l'approche du voyageur qui lit sur la tombe cette épitaphe :
Mes Mânes à Glytie : « Adieu, Glytie, adieu.
« Est-ce toi dont les pas ont visité ce lieu ? « Parle : est-ce toi, Glytie, ou dois-je attendre encore? « Ah ! si tu ne viens pas seule ici, chaque aurore, « Rêver au peu de jours où je vivais pour toi, « Voir cette ombre qui t'aime et parler avec moi, « D'Elysée à mon cœur la paix devient amère, « Et la terre à mes os ne sera plus légère.
« Ghaque fois qu'en ces lieux un air frais, au matin, « Vient caresser ta bouche et voler sur ton sein, (( Pleure, pleure, c'est moi ; pleure, fille adorée ; « G'est mon âme qui fuit sa demeure sacrée, « Et sur ta bouche encore aime à se reposer.
« Pleure, ouvre-lui tes bras et rends-lui son baiser. » Alors il prend des fleurs et de jeunes rameaux, et les répand sur cette tombe en disant : a jeune infortuné. . . .
Dans les champs bienheureux dors et repose en paix !
Ta Glytie était là, pleurante, échevelée ;
Dans ses pleurs, malgré moi, c'est moi qui l'ai troublée.
Je n'ose te verser et le miel et le lait ;
Car votre amour jaloux verrait avec colère une main étrangère
Ecrit ces mots : « [0] jeune et belle infortunée, L'étranger dont Taspect t'a fait fuir aujourd'hui A pleuré sur ton sort.... Adieu, pardonne-lui. » Il remonte à pas lents et la tête baissée ;
Il s'éloigne
Pensant à son épouse et craignant de mourir.
On le voit, tout se lie, tout se tient et le dessein est complet. André n'était pas encore fixé sur la manière dont devait être conduite la narration : tantôt il parle à la première personne, tantôt à la troisième. Dans les vers 6 et 7, il a employé la petite inscription citée plus loin (p. 99) : Horis noctumis ut eum videam. C'est autre part, dans Mnaïs, qu'il a intercalé un trait emprunté à la dernière épitaphe de la page 99 : Qiub viooi <mn. XX; et qui ne se trouve pas dans l'épigramme de Léonidas :
Et ma vingtième année a trouvé le tombeau.
Les fragments qui suivent sont des projets d'idylles, ou plutôt une série de petites élégies pastorales dans le même goût que celle de Clytie. L'une d'elles, porte cette indication, \<s\li poux., c'est-àdire T^ffua pouxoXtxdv, chant bucolique.